Auteur : Gwenaelle D.

Adresse : karrakoln@yahoo.fr

Origine : Gundam Wings

Disclaimer : ai pas inventé les persos malheureusement… mais ça serait pas une fanfic sinon ^^

Genre : romance et tout le tra la la

Couples : Zechs et Lucrézia Relena et Quince Wufeï et Hilde

Remarque 1 : j'ai eu cette idée en sortant du taff… cherchez pas ! )

Remarque 2 : AU complet, sûrement quelques OOC à prévoir, mais rien de bien grave. Ah si, z'ont pas 15 ans les gars, mais bon… :o)

Jeunes cadres dynamiques

Chapitre 10 : retrouvailles

C'en était trop. Elle ne pouvait plus le supporter. Il jouait divinement bien. Tellement bien que chaque note vrillait son cœur. La pression devenait insupportable. Toutes ces larmes… Toutes ces larmes qu'elle avait refusée de verser, qu'elle avait enfoui au plus profond d'elle-même. Elles menaçaient de couler toutes en même temps. La musique lui faisait penser à sa vie, à ce qu'elle aurait pu être si elle n'avait pas eu ce stupide accident. Elle massa son poignet tout cicatrisé. C'était injuste. Pourquoi avait-elle dû arrêter sa passion, alors que lui pouvait jouer ? Pourquoi est-ce que le destin l'avait sacrifiée ? Lui offrant une vie correcte, mais certainement pas la vie éblouissante qu'elle aurait pu avoir. Et lui ? Avec ses belles paroles. Son plus grand fan ? Tu parles ! Vu sa beauté il devait avoir l'habitude de séduire les femmes et de s'acoquiner avec toutes celles qui l'approchaient et lui plaisaient. Mais pourquoi lui en voulait-elle ? Il n'avait rien fait. A part qu'il avait un violon dans les mains, qu'il pouvait jouer sa musique, et ainsi exprimer ses sentiments. Elle n'était pas jalouse, juste triste et désespérée.

Sachant qu'elle allait craquer d'un moment à l'autre, elle se décida et se leva, demandant pardon aux gens qu'elle dérangeait, et sorti rapidement de l'aire où était installé l'auditoire. Elle se retrouva alors devant la maison… qui grouillait de serveurs et domestiques. Non, ce n'était pas un endroit tranquille où laisser épancher son cœur. Elle regarda autour d'elle et avisa un petit pavillon dans le fond du jardin, à côté de ce qui semblait être un jardin de roses. Elle s'y dirigea. Le pavillon était en bois peint, avec un charme colonial indéniable. Elle posa la main sur la poignée, et la porte s'ouvrit sans un bruit. Le peu de soleil qui faisait en cet après-midi avait plongé l'endroit dans la pénombre. Le temps que ses yeux s'adaptent et la première chose qu'elle remarqua fut un énorme fauteuil en cuir qui avait l'air on ne peut plus confortable. Elle referma la porte derrière elle et alla s'affaisser dessus. A peine les fesses posées sur le cuir lustré que les larmes commencèrent à couler. Juste à temps. Elle s'installa confortablement, la tête légèrement en arrière, ferma les yeux, et laissa enfin ses émotions s'extérioriser et saler la peau fine de ses joues.

***

Elle avait dû s'endormir, car lorsqu'elle réussit à soulever une paupière et à redonner vie à son sens auditif, elle s'aperçut que le récital était fini, et que les gens avaient entamé le cocktail qui se déroulait juste devant le petit pavillon où elle avait décidé de pleurer. Les larmes avaient séchées, et elle s'étira le temps de retrouver un peu de présence d'esprit. Elle avait le goût du sommeil dans la bouche, et elle se frotta les yeux dont les cils étaient tout collés à cause des larmes. Elle soupira. Sacrée journée dis donc. Son regard se posa alors devant elle, sur un tabouret de piano. Elle releva les yeux et vit le dit piano. Puis à côté, un trépied pour partition. Puis une symbale. Puis une petite table où reposait un saxo. Elle se leva doucement pour pouvoir faire le tour de la pièce. C'était un véritable musée de la musique, avec des instruments de valeur qui plus est. Elle était épatée. Elle jeta un coup d'œil au mur. Des partitions étaient encadrées, ainsi que des photos et …

Elle eut le choc de sa vie.

Non… C'est pas possible !   

Elle s'avança lentement vers le cadre qui trônait au milieu du mur du fond. Il contenait violon. Un vieux violon en bois, usé, avec son arche posée en travers. Elle porta la main à ses lèvres. Elle l'avait déjà reconnu, mais ce n'est qu'en amenant son visage à moins de dix centimètres de la vitre qu'elle hoqueta d'émotion. Son violon. Son violon qu'ils avaient osés (maudits soient-ils) mettre aux enchères après son accident. Il était là. Dans ce petit pavillon. Encadré…

Mais alors, d'après ce qu'il lui avait dit… C'était un petit garçon de dix ans qui l'avait acheté ! Elle eut un bref éclat de rire nerveux. Puis elle posa ses doigts sur la vitre, essayant de toucher la nostalgie qu'elle ressentait. Il était en bon état. Le verre l'avait préservé de l'humidité et des moisissures. Il était encore utilisable. Peut-être que… Avec ses économies, elle pourrait peut-être…

Quelqu'un frappa à la porte à ce moment-là. Elle sursauta et se retourna promptement, avec le sentiment d'avoir été prise en faute. Une tête blonde avec des cheveux longs et des yeux bleu azur dépassèrent de la porte et regardèrent à l'intérieur. Quand il l'aperçut, il se fendit d'un énorme sourire, puis il ajouta doucement :

- « Je vois que vous l'avez trouvé. »

Elle essuya une larme rebelle. Finalement, il lui en restait encore.

- « Je peux entrer ? » demanda-t-il doucement.

Elle resta sans répondre un instant, puis se ressaissit. Il était chez lui, bien sûr qu'il pouvait entrer.

- « Je vous en prie. » répondit-elle avant de renifler discrétement.

Il entra et laissa la porte un tout petit peu ouverte. Cela suffisait pour laisser filtrer le son d'une musique jazzy, idéale pour les fonds de conversation dans les soirées mondaines.

***~~~***

- « Je me souviens encore du jour où je l'ai acheté. » dit-il alors qu'il se tenait près d'elle et contemplait lui aussi le vieux violon. « Je l'ai acquis lors de la vente aux enchères qui suivit votre accident. Je n'aurais jamais crû que vous voudriez le vendre un jour ! »

- « Je ne le voulais pas. » murmura-t-elle.

Il se tourna vers elle.

- « Vraiment ? »

- « Oui. Je voulais le garder près de moi. Il m'aavait accompagné à tous mes concerts. C'était mon meilleur ami, il ne me quittait jamais. Mais… Après l'accident… Mes parents ont voulu que tout ce qui concerne la musique disparaissent, pour que je ne sois plus triste à la vue de ces instruments dont je ne pourrais plus me servir, paraît-i. J'ai pleuré toute la journée quand la vente aux enchères à eu lieu. Je… J'avais l'impression qu'ils vendaient une partie de moi… Je… »

Elle était bouleversée et cela se voyait. Zechs eut un sourire condescend, puis il alla attraper un tabouret. Il le posa près du mur et monta dessus. Il farfouilla sur le rebord supérieur du cadre et trouva le petit tournevis. Il commença à dévisser les quatre coins du cadre qui retenait la plaque de verre. Lucrézia se demandait bien pourquoi il faisait ça. Une fois trois des quatre vis enlevées, il posa une main sur la plaque de verre pour la maintenir en place, puis fit pivoter le cadre jusqu'à ce qu'il pende à la dernière vis. Il fit ensuite de même pour la vitre. Puis, délicatement, il prit le violon et l'arche dans ses mains, les retirant de leur écrin. Il les amena à lui et descendit précautionneusement du tabouret.

Il était là, devant elle, tenant dans ses mains son cher violon.

- « Je n'ai jamais osé l'utiliser. » avoua-t-il. « D'une part parce qu'il ne m'appartenait pas, même s'il était en ma possession. Et d'autre part parce que c'était, et c'est toujours, le seul objet de vous que j'ai pu toucher. La première fois que je l'ai tenu dans mes bras, j'avais dix ans, et je me suis dit que c'était votre musique et votre talent qui reposaient dans mes deux bras frêles. Hé he ! Je n'osais plus bouger. J'avais peur que si je ne faisais ne serait-ce qu'un seul pas, il ne tombe en poussière… Je l'ai gardé collé contre moi pendant tout le chemin du retour et tout le repas du soir. Je ne pouvais me résoudre à m'en séparer. La nuit venant, j'ai quand même consenti à le poser sur la table de ma chambre. Il y est resté quelques jours, avant que je ne m'aperçoive que la lumière, l'humidité, pouvaient le dégrader. Alors j'ai demandé à le mettre sous verre. Il trôna sur le mur principal de ma chambre, puis, quand le Pavillon Musical fut aménagé, il y trouva tout naturellement sa place. »

Silence.

Zechs regardait le violon, plongé dans ses souvenires.

Lucrézia étouffait de bonheur. Il y avait tellement de respect et de reconnaissance dans les mots prononcés par ce magnifique jeune homme, que son menton en trembla. Mais elle avait suffisamment pleuré aujourd'hui. Elle décida de sourire légèrement à la place.

Il releva les yeux sur elle. Il lui sourit, un peu tristement, et lui tendit le violon.

- « Il est vôtre et l'a toujours été. C'est entre vos mains qu'est sa place. »

Elle n'avait pas compris. Elle le regarda avec une lueur d'incompréhension, ouvrant la bouche comme un poisson. Elle aurait aimé dire quelque chose, mais elle ne savait pas quoi. Son ange blond sourit à nouveau.

- « Il est à vous. Vous pouvez le reprendre. »

Toujours rien.

Il éclata de rire et s'approcha d'elle. Il lâcha le violon d'une main pour aller chercher la sienne et la poser délicatement dessus. Lucrézia frissonna en sentant la texture du bois sur ses doigts. Elle laissa échapper un petit rire nerveux puis elle reprit une expression de bouleversement intense.

- « J'ai souhaité si souvent » dit-il « vous voir tenir entre vos mains ce violon, comme sur cette photo. »

Toujours de sa main libre, il extirpa de l'une des poches de son pantalon une image découpée dans un magazine, toute frippée. Il la lui tendit. Sa main tremblait quand elle saisit le bout de papier.

La photo était vieille et l'image était coupée par quatre pliures. C'était une photo d'elle juste avant l'accident. Elle avait onze ans, de longs cheveux noirs descendant en cascade sur ses épaules et le long de son dos. Ses yeux noir brillaient de bonheur. Elle portait une robe lilas sans frou-frous, toute simple, avec un collier de perle pour rehausser son port de tête. Et elle tenait dans ses mains son violon et son arche. Elle serra les dents pour ne pas pleurer, puis retentit la photo à Zechs. Ce dernier la reprit et eut le plaisir de voir qu'elle venait de saisir l'arche du violon. Elle caressa les cordes en crins de chevaux avec une immense tendresse. Elle reporta alors son attention vers le violon en lui-même. Elle demanda un peu d'encouragement à Zechs d'un regard. Ce dernier lui sourit et lui tendit l'objet si cher à son cœur. Elle le prit délicatement dans ses mains, puis doucement le ramena contre son cœur.

Il était aussi ému qu'elle. Malgré ses quelques pleures, elle était transfigurée par une lumière intérieure qui pouvait enfin briller de nouveau. Il ne put résister et porta une main à la joue de la jeune femme afin d'essuyer une larme solitaire. Elle apprécia se contact plus que tout. Cette caresse, si douce et pourtant si forte. Elle le regarda et vit la même petite étincelle danser dans les yeux bleus de ce si charmant jeune homme que lors de leur première rencontre, quelques heures plus tôt. Elle sourit puis, timidement s'avança vers lui. Elle se plaça en face de lui, le violon entre eux deux, touchant son torse de ses avant-bras. Elle resta ainsi quelques instants, respirant fort, le temps que les battements de son cœur et de celui de son compagnon ne ralentissent un peu leur rythme. Puis, elle posa son front contre le début de son épaule.

- « Merci. » souffla-t-elle.

D'abord interdit, Zechs monta lentement les bras pour l'ensserrer délicatement, telle une fleur dont on aurait peur de faire tomber les pétales. Il pencha la tête et appuya sa joue contre les cheveux doux et soyeux de sa partenaire. Puis il monta l'une de ses mains de sa taille vers sa nuque, et il la tint tout contre lui, avec force et délicatesse.

Il ferma les yeux pour profiter au mieux de leur première étreinte, de leur premier moment de tendresse. Quant à elle, elle se laissait bercer dans les bras d'un homme qui lui inspirait confiance, respect, et amour.

***~~~***

Lorsque Zechs eut fini de jouer, il y eut un silence total pendant quelques instants, puis une explosion d'applaudissements. Les gens se levèrent de leur chaise et saluèrent chaleureusement l'artiste. Relena, elle, ne bougea pas. Comme toujours, il lui fallu un petit temps de réflexion pour sortir de la transe dans laquelle la musique de Zechs la plongeait. Elle était toujours triste de revenir à la réalité. Les songes qu'elle faisait en écoutant la musique de son frère étaient toujours subtils et très agréables, lui mettant le cœur en joie. Lorsqu'elle se décida à abandonner définitivement cet état de quiétude, elle s'aperçut que Dorothy et Treize étaient déjà en route vers le coin cocktail du jardin. Elle tourna la tête et s'aperçut que Quince, lui, était toujours là. Il avait les yeux grands ouverts et semblait hypnotisé. Elle le regarda curieusement un long moment, puis, n'y tenant plus, elle passa sa main devant ses yeux. Il ne réagit pas. Cela la fit rire doucement, mais ce son suffit à réveiller le jeune.

Il regarda autour de lui, un peu ébobi, puis fixa son regard – légèrement ahuri – sur Relena.

- « Je… Waouh… »

- « Ca vous a plu ? »

- « Vous plaisantez ? C'était… Magique ! Y'a pas d'autres mots, magique… Wouah… »

Il passa ses mains sur sa figure puis dans ses cheveux, et reposa sur Relena un regard beaucoup plus réveillé. Il souriait.

- « Votre frère joue divinement bien. »

- « Oui j'adore sa musique. »

- « C'est incroyable ! » fit-il en se tournant vers elle et en s'assyeant plus confortablement sur sa chaise. « C'était comme si la musique guidait mes émotions, m'emmenait dans un monde étrange où je passais du rire aux larmes en un clin d'œil. Vous voyez ce que je veux dire ? »

- « Tout à fait. Comme si la musique portait votre âme. Enfin c'est comme ça que je le vois. » finit-elle en rougissant légèrement.

- « Oui… Oui c'est exacte. C'est une bonne définition. »

Elle lui sourit timidement.

- « Vous êtes ravissante vous savez. »

Elle se braqua aussi sec.

- « Non ! » reprit-il rapidement. « Je ne dis pas ça pour… pour vous séduire ou quoi que ce soit d'autre ! … Je … C'est vrai c'est tout. »

Il la regarda tristement. Il venait bêtement de casser l'ambiance en l'embarrassant.

- « Je… Je ne suis pas un goujat, vous savez ? Je… Ne suis pas ce genre de garçon. »

Il avait l'air tellement abattu qu'elle regretta ses gestes de recul.

- « Je sais, je n'en doute pas… »

- « Cela serait idiot de ma part en plus, vu que nous n'allons probablement jamais nous revoir après cette réception. »

Elle se mordit la lèvre inférieure. Oui, il ne se reverrait jamais, c'était clair… Cela l'attristait plus qu'elle ne voulait bien l'admettre.

- « En fait, » fit-il en la regardant lamentablement « je crois bien que je suis comme tout ces autres garçons finalement. »

- « Comment ça ? »

Sans avertissement, il s'approcha d'elle et l'embrassa.

Elle n'aurait jamais crû qu'il ferait ça. Totalement imprévisible. Alors… Alors… La déception la submergea.

- « Ne m'en veuillez pas s'il vous plaît. Je… On ne se reverra jamais comme on vient de le dire et… Et vous êtes si charmante. Vous semblez si forte et si fragile à la fois. J'avais envie de vous montrer que j'aurais aimé être là pour vous protéger et être à vos côtés… Pardon. C'était un geste irréfléchit. J'ai juste écouté mon cœur, qui pleurait à l'idée de ne plus jamais vous revoir. Je voulais juste… graver un peu plus profondément dans mon cœur votre souvenir… Je suis désolé… »

- « Vous savez… Je… Je vous aimait bien, je vous trouvais différent… Je ne sais pas quoi… Un petit quelque chose d'indéfinissable… Je sais très bien que vous alliez partir ce soir pour ne plus jamais revenir. J'aurais été triste car… J'aurais pu rêver que… Tous les deux… Mais maintenant… Vous vous êtes comportez….»

- « Vous n'avez pas apprécié le baiser. »

- « Bien sûr que si ! … Justement… C'est ça le problème… C'est que désormais, quand je repenserai à vous, mon cœur saignera plus car il aura pu conserver une emprunte de votre chaleur dans un coin et… »

Contre toute attente, il la ré-embrassa de nouveau.

- « Pardonnez-moi, je perd la tête. C'est juste que… Je n'ai jamais autant apprécier d'embrasser une fille… C'est la première fois que cela me plaît autant et que… Je n'ai pas envie de m'arrêter. Je suis désolé de vous dire ça mais je meurs d'envie de recommencer… C'est irraisonné, inexplicable, mais c'est comme ça… Je ne vous plaît donc pas ? Mes baisers vous rebutent-ils ? Je ne veux pas vous faire du mal, et je ne veux pas être égoïste. Je vous le jure, c'est la première fois que cela m'arrive. D'habitude je sais me tenir face à une dame, je sais être courtois, galant, poli et respectueux… Mais face à vous… Je perd tous mes moyens et j'agis comme le pire des idiots. Je ne sais pas pourquoi… C'est juste que… Relena vous êtes admirable ! J'ai envie de vous respecter, de vous connaître, de vous prendre dans mes bras… Je… - soupir – Pardonnez mes divagations. J'ai conscience de vous ennuyez mais… Il faut que vous sachiez que je suis quelqu'un de bien. Et que je suis honnête et sincère. Jamais je ne… »

Et là, c'est elle qui l'interrompit, d'un tendre baiser.

Il la regarda, interloqué. Elle était rouge pivoine, et semblait aussi perdu que lui. Alors, plutôt que de s'échanger des baisers volés, il prit délicatement son visage entre ses mains, se rapprocha d'elle tout doucement, et posa gentiment ses lèvres sur les siennes. D'abord simples caresses, ce fut bientôt un véritable baiser qu'ils échangèrent.

***~~~***

Lorsque le récital prit fin, Wufeï se retrouva à rougir comme une pivoine en regardant Hilde, dont il tenait toujours la main. Cette dernière le regardait avec un sourire charmant et plein de tendresse.

- « Merci de m'avoir invité, Wufeï. C'était de loin le plus beau récital qu'il m'ait été donné d'entendre. »

- « De rien. Et je suis très heureux que tu sois là avec moi. »

Elle rosit timidement.

- « Cette musique… » reprit-elle « c'est un véritable catalyseur à rêves. »

- « Toi aussi tu as rêvé ? »

- « Hmm hmm. Et pourtant, je ne me suis pas endormie. C'est juste que mes yeux voyaient quelque chose, mais mon âme voyait autre chose. C'était très bizarre ! »

- « C'est clair ! »

- « Toi par contre tu t'es endormi ! » fit-elle en souriant.

- « Vraiment ? »

- « Oui. Mais cela n'avait pas l'air très agréable, tu tressautais souvent. »

- « Ah bon ? »

- « Oui, alors… J'ai posé ma main sur la tienne pour essayer de te calmer… »

- « Et… »

- « Et tu l'as de suite recouverte avec ton autre main, tu l'as serré très fort et puis t'es apaisé. » révéla-t-elle en rougissant de plus belle.

 - « Hilde, je suis désolé mais je vais devoir te laisser un petit moment. »

Regard de pur incompréhension de la part de la jeune femme.

- « Oui, » expliqua-t-il, « il faut que je fasse rapidement un aller-retour chez moi… J'en aurais pour une petite heure. »

- « Heu… »

- « Si tu pouvais avoir la gentillesse de m'attendre ici, en profitant du cocktail par exemple… »

- « Je… »

- « S'il te plaît. Tu n'as rien fait de mal, je te rassures. C'est juste que j'ai quelque chose d'imprévu et de très urgent à faire. Je te promets de faire vite. »

- « D'accord. »

Elle était toute triste et abattue. Elle cachait très mal sa déception. Il lui prit le menton et l'obligea à le regarder. Il lui donna un regard qu'il espérait le plus tendre possible.

- « C'est vraiment important. » fit-il.

- « Oui… D'accord. »

- « Je te promet de me dépêcher ! » sourit-il.

Il s'apprêtait à partir lorsqu'il se ravisa.

- « Tu ne voudrais pas… me faire un petit sourire ? »

Elle se força et sourit de façon crispé au début. Il faillit rigoler de la mine bizarre que cela lui faisait, et elle l'accompagna en souriant franchement.

- « J'en ai pas pour longtemps », fit-il en lâchant sa main à regret.

Il lui fit un petit clin d'œil et parti.

***

Hilde errait comme une âme en peine au mileu des invités. Mine de rien, l'absence de Wufeï l'attristait au plus haut point. Il aurait pu lui faire confiance et lui dire pourquoi il avait besoin de s'absenter. Peut-être qu'il ne reviendrait pas ? Elle était torturée au plus haut point. Lorsqu'elle avait osé poser sa main sur la sienne et qu'il l'avait recouverte de son autre main, elle avait failli défaillir de bonheur. C'était un geste totalement inconscient de sa part, mais même, cela l'avait rendu heureuse… Le fait qu'il la plante là juste après le récital avait brisé toutes ses illusions. Elle se dirigea d'un pas traînant vers le petit étang, un peu à l'écart de tout le monde. Elle n'avait pas envie d'entendre des rires ou des potins. Elle décida donc de se promener tranquillement et de faire le tour de l'étang. Elle croisa un couple d'amoureux surprenant : Relena et un charmant jeune homme brun aux yeux gris argenté absolument magnifiques. Elle essaya de se faire discrète et fit juste un petit geste de la main gêné, lorsqu'ils arrêtèrent leurs baisers en attendant qu'elle passe. Cela la rendit encore plus triste.

Elle venait de terminer son tour de l'étang. Elle regardait les cygnes lorsqu'elle sentit un regard posé sur elle. Elle se retourna et elle vit. Il était revenu finalement. Il ne portait plus ses vêtements blancs, mais une tunique chinoise rouge et noir, réhaussée d'or, typique de son pays d'origine. Il était éblouissant. Les larmes lui montèrent aux yeux, puis elle réalisa. Elle réalisa ce que voulais dire ce changement de tenue. Et elle ne voulut pas y croire. Son cœur s'emballa alors qu'il s'approchait d'elle, souriant doucement. Il se posta devant elle, à moins de cinq centimètres. Il la regarda droit dans les yeux. Un regard intense et flamboyant. Elle se perdit dans le noir de ses yeux. Puis il baissa la tête, rougissant légèrement. Il sourit et releva son regard vers elle.

- « Je ne pouvais pas rester en blanc. » finit-il par dire.

- « Pourquoi ? » demanda-t-elle, le sang bourdonnant à ses tempes.

- « Ce sont des vêtements de deuil, et je viens de le terminer. »

Elle hoqueta. Il sourit de plus belle et monta une main à sa joue, qu'il caressa lentement. Elle était chaude et douce.

- « Je crois que j'ai finalement tourné la page. » continua-t-il. « J'ai été long à la détente, je m'en excuses, j'espère que… Enfin si tu es toujours intéressée on pourrait peut-être… »

Elle se jeta dans ses bras. Et elle le serra fort, très fort contre elle. Il subit l'embrassade au début, puis il lui rendit son étreinte, la serrant fort dans ses bras, la soulevant presque de terre. Il la lâcha lorsqu'il la sentit reculer.

Elle n'osait pas sourire. Elle ne savait pas si elle devait. Elle était bouleversée, beaucoup plus qu'elle ne l'aurait crû. Elle leva les yeux au ciel et respira fortement deux ou trois fois pour reprendre ses esprits. Wufeï rigola à ce geste enfantin. Il plongea à nouveau son regard dans le sien, un sourire mutin aux lèvres.

Embrasse-moi. S'il te plaît Wufeï embrasse-moi ! Concrétise tes dires, s'il te plaît !

Comme s'il lisait dans ses pensées, il réajusta ses bras autour de sa taille et l'amena un peu plus près de lui. Puis, doucement, il se pencha vers ses lèvres tremblantes d'émotion, et y posa délicatement les siennes. Ils restèrent ainsi, leurs lèvres en contact, sans bouger plus que cela, pendant quelques instants. Wufeï se retira alors, le temps de bien emmagaziner la saveur de ces nouvelles lèvres. Il entrouvrit les yeux et vit que Hilde le regardait aussi au travers de paupières mi-closes. Elle en attendait visiblement plus. Elle lui sourit, l'invitant à recommencer sa manœuvre. Il se pencha alors de nouveau, et embrassa ses lèvres sous toutes les coutures. La lèvre supérieure, l'inférieure, la commissure… Puis il posa ses lèvres avec insistance sur celles de Hilde, et lui fit entrouvrir, afin que leurs langues puissent se joindre.

La passion les emporta alors tout les deux.

***~~~***

Incroyable ! Le récital était génial, et voilà que le gros nigaud était de retour pour lui gâcher son plaisir. Il était pourtant bien loin d'avoir un physique ingrat le bougre, il était même plutôt beau, avec ses yeux bleu acier et ses cheveux auburn. Il avait une stature musclée et fine en même temps, tout en finesse. Mais, comble de malheur, il était accompagné de Dorothy. Elle l'aimait bien, mais c'était la première pour lancer des ragots. Et à voir comment elle se pavanait, leur future conversation n'allait sûrement pas lui plaire.

- « Mademoiselle Poe. Alors, comment avez-vous trouvé le récital ? »

- « Magnifique. M. Merquise a un réel talent. »

- « N'est-ce pas ! J'adore l'écouter jouer. Ces mélodies sont si envoûtantes. »

- « Effectivement. C'est « Plaisir nocturne » qui m'a le plus plu. »

- « Hmm ? Oui oui, bien. »

- « Vous savez ? Celle où l'introduction est au piano. »

- « Oui bien sûr. Ravissante mélodie, très légère. »

- « Vous trouvez ? Je la définirais plutôt comme intense et remplie d'émotions sous-jascente qu'il n'était pas donné à tout le monde de capter. »

- « Enfin ! Que diriez-vous de nous accompagner à une table pour boire un verre. »

- « Ben… »

Sally regarda autour d'elle. Personne en vue pour la sauver. Dommage.

- « Je vous rebute à ce point là ? »

- « Ah ah ah ah ah ah ! »

C'était Dorothy.

- « Voyons M. Kushrenada, » poursuivit-elle, « vous êtes le meilleur parti de la soirée, comment pourrait-on ne pas apprécier votre présence qui nous honore ! »

Elle met les couches nécessaires dis donc ! se dit Sally.

- « Je suis d'accord avec vous, mais Mademoiselle Poe n'a pas l'air de cet avis, malheureusement. »

- « Hmmm. »

- « Aller », fit-il en la prenant par le bras, Dorothy toujours pendue de l'autre côté, « vous ne pouvez décemment refuser le verre que je vous offre. »

Je les aime pas, ces aristos ! Je les aime paaaaas !

Elle s'était résignée lorsqu'au beau milieu du trajet ce dernier demanda à Dorothy de l'excuser, et il la dirigea vers la piste de danse.

- « Oh la non non non, je ne sais absolument pas danser. »

- « Et moi je sais. Vous n'aurez qu'à vous laisser aller et écouter la musique. C'est une valse en plus. »

- « Vous êtes têtu ! »

- « Pire qu'une mûle » rajouta-t-il dans un surprenant accès d'humour.

Sally était toute tendue en commençant les premiers pas de danse, puis elle s'assouplit au fur et à mesure, commençant à entendre le rythme et à aimer tournoyer dessus. De plus, son cavalier était vraiment un excellent danseur. Et, chose heureuse, il ne parlait pas, il la laissait tranquille le temps qu'elle se sente à l'aise dans la danse.

- « On enchaîne ? » demanda-t-il à la fin de la valse.

- « Avec plaisir. » répondit-elle.

Elle était sincère. C'était la première fois qu'on la faisait danser, et c'était plus qu'agréable. Ils continuèrent ainsi pendant plusieurs danses, puis allèrent finalement boire ce fameux verre.

- « Je dois vous reconnaître au moins une qualité : vous dansez très bien. »

- « Je vous remercie. Et je suis aussi déçue que vous ne m'ayez trouvé que cette qualité ! »

- « Je suis désolée. »

Elle ne s'était pas rendu compte de sa bourde.

- « Vous ne m'appréciez guère, n'est-ce pas ? »

Elle le fixa un moment, ne sachant comment répondre, puis elle opta pour la franchise. Après tout, elle n'allait jamais le revoir, alors autant jouer franc jeu.

- « Effectivement. »

- « Pourquoi ? »

- « Vos manière, votre attitude, votre prétention… »

- « Mon rang quoi, si je comprends bien. »

- « Oui. Je ne suis pas à l'aise dans la haute société. Trop d'hypocrisie, de non dit, de potins, de prétention… Personne n'est vrai, tout le monde sonne faux. Je n'ai pas la force de caractère pour résister à tout ça. »

- « Je ne peux que comprendre. Il faut avoir été élevé dans ce milieu pour savoir s'y adapter plus tard. Et même ainsi, si vous n'êtes pas un requin vous êtes dévoré tout cru. »

- « Je ne vous envie pas. »

- « Vous avez bien raison. J'aurais aimé vous séduire pourtant. Vous auriez amené un vent de fraîcheur et de renouveau dans mon existance. »

- « Je pense que j'aurais été malheureuse. »

- « Je suis d'accord avec vous. Ca me coûte de l'admettre, mais vous n'êtes pas du tout à votre place ici et ça se voit. »

- « Je vous demande pardon ? »

- « Ne le prenez pas mal surtout, c'est juste une constatation. Vous dénotez. En bien… Votre attitude parle pour vous, tout comme la mienne parle pour moi. »

- « Hmm. »

- « Bien, donc comme je ne vous aurez à disposition que ce soir, parlez-moi de vous ! »

- « Pardon ? »

- « Oui, de vos activités, de votre vie… Divertissez-moi. »

- « Quoi ? »

Il soupira.

- « Je manque de tact, pas vrai ? … Je suis désolé… C'est juste que je viens d'apercevoir un ancien amant avec sa nouvelle conquête, et je le prends très mal, je l'avoues. »

- « Je trouve que vous gardez bien prestance, pourtant. »

- « En société je reste toujours professionnel. »

- « C'est pourtant un cocktail fait pour s'amuser… Et vous prenez ça comme un travail. »

- « Quand on nait dans ce milieu, on apprend vite à n'être soi-même que chez soi. »

- « Hé bé… Bon ! Alors, pour vous divertir, nous allons parler cinéma. »

- « Heu… C'est un sujet intéressant ça ? »

Elle le regarda comme un petit garçon qui vient de faire une gaffe.

- « Nous les gens de la classe moyenne sommes très simples et nous satisfaisons des petits plaisirs. » répondit-elle pompeusement et ironiquement.

- « Très bien ! Je vous écoutes. »

- « Quel est le dernier film que vous ayez été voir ? » 

- « Heu… Ca remonte à… Heu… C'était un western, avec des cowboys et tout. »

Sally soupira.

- « C'est pas gagné ! Bon, alors, le cinéma, quel est l'intérêt ? »

La conversation dura jusque tard le soir.

A suivre…

                                                                                                                                             Gwenaelle D., 31 janvier 2003