Bonjour !

Et voici un nouveau chapitre ! Qui, me semble-t-il, n'était pas aussi long à l'origine : j'ai rajouté beaucoup de descriptions des lieux, afin de permettre de mieux visualiser les lieux.

Merci LittleButterfly87. J'ai pris tellement de temps à publier cette histoire – surement la peur de voir qu'au final, elle n'est pas super, elle ne plait pas et que je suis nulle dans cet exercice – que cela vraiment chaud au cœur de savoir qu'elle ne craint pas tant que ça. Et ça me motive à continuer, à terminer cette aventure. Et à faire plus que ce qui était prévu à la base ! Alors merci. A toi à aux autres lecteurs qui ont laissés leur commentaire auparavant.

Crédit : Merci à Snow pour la relecture. Les personnages ne m'appartiennent pas, sauf celui de Solange Dumont, et de sa famille.

Bonne lecture !

Sherlock et Solange se retrouvèrent devant la devanture de la maison d'enfance de celle-ci. La maison, domaine construit en 1870 par Jonathan Rattelier pour sa femme Angela, avait été achetée par le père de la psychologue à bas prix. En effet, de nombreux travaux devaient être effectués. Après huit mois d'intenses travaux dans la maison où tout devait être refait, monsieur et madame Dumont purent emménager avec leur fille de trois ans, Solange.

La maison avait été modernisée, de la tuyauterie vétuste aux briques rouges des murs extérieurs. De grands changements avaient été opérés à l'intérieur du bâtiment, afin de mettre en place quelque chose qui correspondait plus à la vision qu'avait monsieur Dumont - car lui principalement s'était attelé à la restauration de ce bâtiment de la fin du dix-neuvième siècle – d'une maison parfaite, où il pourrait voir grandir et évoluer sa famille. Le grand jardin qui donnait sur l'arrière de la maison avait été débroussaillé, les arbres abimés avaient été coupés et déracinés. Au fil des ans, le jardin avait repris un état sauvage. En effet, Charles Dumont avait été promu et ne pouvait plus s'occuper de sa maison comme avant. Sa femme, Stéphanie Dumont, avait ouvert son entreprise d'esthétique qui s'était rapidement agrandie grâce aux échos positifs des premiers clients. Au tout début, ils avaient embauchés un jardinier qui entretenait la verdure de la propriété tous les deux jours. Or le jeune homme, ne faisant pas un travail satisfaisant pour ses patrons, avait été licencié. Aucun autre jardinier n'avait été engagé. Le jardin était alors devenu une nature sauvage, une jungle citadine, un jardin de style anglais qui constituait la principale excuse que donnaient les adultes Dumont pour justifier de l'état lamentable de la maison.

L'emploi du temps chargé de monsieur et madame Dumont ne leur permettait pas une véritable vie de famille. Monsieur Dumont travaillait au sein du gouvernement français, et son agenda était très rempli, et un créneau « famille » pouvais difficilement s'y glisser. Et quand cela était possible – entre vingt et une heure heures et minuit en semaine, et le dimanche où il s'accordait du temps loin du travail – il profitait au maximum de sa fille, qui constituait son univers, sa plus grande joie et son plus grand bonheur. Et les sentiments de la petite brunette étaient réciproques. L'ambiance n'avait pas été la même avec sa mère, qui préférait être loin de l'enfant, surtout depuis la mort de son mari, car Solange ressemblait tellement à son père que cette association ouvrait de nouveau la blessure que Vivianne essayait de guérir depuis plus de vingt ans, une blessure profonde qu'elle n'avait jamais exposée au monde extérieur, que cela soir à sa fille, à ses employés, aux journalistes, aux enquêteurs, au public. Cette situation faisait que Solange, à chaque rentrée scolaire, était accompagnée d'une nourrice, une fidèle femme, une mère de substitution, une personne pour qui elle se damnerait.

En cela, l'enfance de Solange était très différente de celle de sa meilleure amie – Molly Hooper. Malgré le fait que les deux filles aient été élevés dans un milieu aisé – les parents de Molly sont des héritiers d'une famille riche, et ce depuis de longues dates – elles ne vécurent pas les mêmes choses, pas la même enfance, et ne se forgèrent pas de la même façon. L'une, plus choyée par sa famille, fut plus protégée et ne put donc pas éclore, tandis que l'autre s'épanouit seule et se forgea une personnalité forte et indépendante – un peu trop d'ailleurs. Au final, leur caractère antagoniste faisait leur duo irremplaçable, car l'une complétait l'autre, l'une tirait vers le haut l'autre, qui tentait de calmer la première.

Sherlock ne savait pas tout cela, mais il voyait bien que Solange était mal à l'aise devant ce portail qui protégeait une maison avec tant d'histoires, et tant de secrets qui n'attendaient qu'à être révélés. Solange s'approcha de l'interphone et appuya sur le bouton. Quelques secondes plus tard, une voix se fit entendre : « Qui est-ce ? » demanda la voix dans un français correct. Et dans un français excellent, Solange dit son prénom, en ajoutant « nanny ». Une sonnerie se fit entendre, le portail s'ouvrit, Solange entra, suivie de Sherlock.

La maison se situait au bout d'une allée en gravier beige d'environ cinq cents mètres de long, et assez large pour que les véhicules puissent circuler. Solange continua de marcher le long de l'allée, tirant péniblement sa valise sur les graviers, et Sherlock à sa droite. Ce dernier remarqua alors une employée descendre les marches de la bâtisse qui menaient à la porte d'entrée. Le détective observa la domestique et remarqua son âge avancé – elle devait avoir une cinquantaine d'année, les cheveux blancs commençant à apparaître sur les tempes de la jeune typée russe. Il nota aussi le sourire de la dame lorsqu'elle vit Solange – sourire que la psychologue rendit : les deux femmes avaient une certaine tendresse l'une pour l'autre, au regard du câlin que celles-ci ont effectuées lorsqu'elles arrivèrent à la même hauteur. La femme âgée prit le visage de Solange dans ses mains et embrassa son front. Elle lui souhaita la bienvenue, toujours dans son français approximatif. Puis elle vit Sherlock, le fixa et lui dit bonjour. Celui-ci fit un mouvement de tête, et Solange tourna sa tête vers lui, toujours avec les mains de la femme sur ses joues. Puis elle tourna sa tête vers sa nourrice et, poursuivant le plan du détective, lui annonça que cet homme était son petit ami, avec qui elle était depuis cinq mois. D'un ton plus confidentiel et le sourire aux lèvres, Solange confia à sa nourrice qu'elle prévoyait de se fiancer avec lui. « Bon dieu, qu'elle est douée ! » Se dit Sherlock. Il s'avança vers la nourrice, et dans un français très maladroit, la salua. Solange fut très surprise de cette compétence que le détective lui avait cachée, mais ne laissa rien paraître. Le détective flatta la nourrice qui ne se laissa pas avoir. Elle se présenta comme étant la domestique du foyer et anciennement nourrice de mademoiselle Solange, madame Pietra Grosnov – Sherlock pu avoir la confirmation de la provenance de la vieille femme. Elle les fit entrer ensuite dans la grande maison des Dumont.

Le détective fit semblant d'être subjugué par le hall d'entrée lorsqu'il s'engouffra dans la propriété. Celui-ci avait été décoré dans un style froid et terne. Les murs avaient été peints en blanc, et le sol était en carrelage en marbre de couleur grisâtre clair. La décoration était très légère – trop légère – car seul un tableau avait été accroché : celui de la maison en 1870, lorsque celle-ci fut achevée. Une table ronde sur laquelle avait été installé un vase de porcelaine, dans lequel un lys souffrait de sa solitude, et logeait au milieu de cette entrée froide et sans vie. En parcourant la pièce, Sherlock distingua trois portes. La première à gauche, qui se trouvait par ailleurs sous le grand escalier de marbre beige, menait à des toilettes. La deuxième, celle en face de l'entrée, menait à la salle à manger – pièce qui permettait d'avoir accès à la cuisine par la gauche, et à la véranda de la maison grâce au mur opposé. La dernière, à droite, menait à un salon dans lequel une grande cheminée et des canapés avaient trouvés leur place. Au milieu de la grande table, une fleur habillait l'ensemble. L'autre côté de la véranda – celle qui donnait sur le salon – était un petit coin de nature consacré au bien-être et à la tranquillité de qui voulait. Des sièges étaient placés au centre, et avaient été entourés de plusieurs plantes qui protégeaient le petit coin de tranquillité. Intérieurement, Sherlock se fichait de tout cela, de toutes les informations que lui donnait la nourrice de Solange sur la bâtisse. Mais il devait jouer le jeu. Face à l'émerveillement joué du détective, Solange sourit. Puis elle tourna sa tête vers sa « nanny » qui les fit monter à l'étage. Le premier étage était composé de quatre pièces : la chambre de Solange à gauche, la chambre de madame et monsieur Dumont à droite, le bureau de monsieur Dumont dont le seul accès est la chambre des propriétaires, et la bibliothèque au fond à gauche, et dont le contenu était richement fourni. Pietra fit entrer le « couple » dans la chambre de Solange, pour qu'ils puissent s'installer. Puis elle promit à Sherlock de lui faire visiter tout le domaine plus tard. Solange demanda à la domestique où se trouvait sa mère. Pietra lui répondit que madame Dumont travaillait dans le bureau de son père, aussi bien sur son l'entreprise qu'elle avait construit que sur les biens immobiliers dans lesquels elle avait investi. Solange répondit par un « d'accord » et demanda à Pietra de les laisser quelques instants, le temps de s'installer, prenant le bras de son « bien-aimé, » pour plus de réalisme. Une fois la domestique sortit, Solange lâcha le bras du détective, et souffla bruyamment.

« Donc te voilà dans ma chambre. Et dans ma maison. Je suis sûre que tu es impatient de rencontrer ma mère.

- Et ton père. »

Solange rigola nerveusement, et ajouta que cela l'étonnerait grandement. Alors que le détective allait ajouter quelque chose, Solange le coupa en posant violemment sa valise sur son lit, et en commençant à déballer ses affaires.

« Même si nous sommes ici que peu de temps, je vais sortir le nécessaire. Tu peux prendre un tiroir de la commode. Pas le premier : il est à moi. Tu rencontreras ma mère ce soir. Tu me diras, c'est pas plus mal.

- Pourquoi cette discorde avec elle ?

- Va savoir. »

Sherlock regarda plus précisément la chambre de son amie. Contrairement au hall de la maison, les murs de la chambre était richement décorée, malgré quelques décorations en moins qui avait laissées des traces sur les murs. Le papier peint était vert pomme quasiment décoloré sauf aux endroits où avait été installé des tableaux et des affiches. Le sol était composé de planches de bois foncés et entretenu au vu de la brillance de celles-ci. A gauche de la porte d'entrée il y avait le lit de Solange : un lit deux places simple, dont les montants étaient en fer et d'inspiration forêt fantastique. Les draps étaient de couleur beige aux motifs de lierre. Deux guéridons carrés en bois foncés encadraient les taies d'oreillers. En face du lit, il y avait une commode de trois tiroirs en bois clair. Et au-dessus de cette commode, un miroir rectangle aux contours en bois était accroché. A côté de cette commode était installé un bureau d'angle à tiroirs. Entre la porte de la chambre et le bureau, il y avait une autre porte qui menait vers la salle de bain de Solange, une pièce simple donc les murs et le sol étaient du même carrelage bleu. A gauche il y avait une douche, puis un placard blanc a qui on avait lié un petit lavabo d'angle. En face du lavabo, il y avait des toilettes. Sherlock et Solange rangèrent ensuite leurs vêtements dans la commode, Sherlock prenant le deuxième tiroir. Dix minutes plus tard, les deux amis sortaient de la chambre pour poursuivre la visite du domaine, à la demande du détective.

Le deuxième étage possédait deux grandes chambres d'amis, une salle de bain, et une grande pièce qui servait de dé cette pièce avait été entreposé meubles et souvenirs. Tout prenait la poussière. L'espace sous la toiture de la maison ne servait à rien.

En revenant au premier étage, Solange fit entrer Sherlock dans la bibliothèque qu'il trouva magnifique. Monsieur Dumont, passionné de lecture, avait accumulé une grande collection de vieux livres, allant des classiques de la littérature à celles modernes et avant-gardistes, en passant par la littérature beaucoup plus utile – par exemple La politique pour les nuls, ou Comment gérer une entreprise ? Avait été disposé près de la fenêtre une table double et deux chaises, ce qui permettait de travailler dans le calme. Un canapé double avait aussi été installé, au cas où le passage à la bibliothèque n'était que pour la lecture plaisir.

En descendant au rez-de-chaussée, Solange fit entrer Sherlock dans le salon, où trônait la grande cheminée, très utile en hiver, même si la maison avait été équipée de plusieurs radiateurs, pour le confort des habitants. En face de celle-ci avait été installé un canapé triple beige et de style aristocratique. Un autre canapé était à sa perpendiculaire du même style et de la même couleur. Un guéridon rond en bois foncé permettait de joindre ceux-ci, mais aussi d'y installer une petite lampe. Au-dessus de la grande cheminée était installé un écran plat, apportant de la modernité et de la jeunesse dans ce salon pompeux et ancien. Une table basse était installée entre le canapé triple et le foyer de la cheminée. Le bois de celle-ci était aussi sombre que le guéridon. Une petite table ronde en verre était installée devant la fenêtre du salon, avec deux chaises en fer, cassant avec le reste du mobilier. De l'autre côté de la pièce était installé un bar en bois, qui permettait de servir une boisson aux invités en attendant le repas. La mère de Solange avait tendance à recevoir du monde, surtout pour les affaires. Le sol de la pièce était en bois clair, auquel on avait accordé le papier de couleur beige et sans motif. Solange ouvrit une porte, à côté du bar, pour y faire passer Sherlock, avant qu'elle-même ne la franchisse. Elle menait à la véranda.

Le sol de celle-ci était en pierre et les murs étaient en verre, dont l'armature en métal solide avait été peinte en blanc. Il y avait, dans le côté gauche de la véranda, une table en fer, quatre chaises et un grand barbecue en pierre. L'autre côté de la pièce été consacrée au bien-être et au calme de qui voulait. Des sièges avaient été installés, et des plantes protégeaient ce petit coin. Une grande porte, située près de la table en métal, permettait de quitter ce lieu éclairé pour accéder au jardin. Dans celui-ci, une grande piscine avait été creusée et remplie. Il avait été posé autour de la piscine une bande de carrelage de couleur crème. Des chaises logues en bois, sur lesquelles des matelas blancs pour chaises longues, avaient aussi été ajoutées. Cela donnait des airs de piscine d'hôtel chic au jardin. Puis Solange et Sherlock rentrèrent afin de se diriger vers la salle à la salle à manger.

Celle-ci était de forme rectangulaire et très lumineuse. Sur les murs avait été collé un papier peint bleu lavande clair uni. Le sol était composé de planches de bois gris clair. Au milieu de la pièce était installée une grande table en bois de huit personnes, avec une possibilité de mettre des rallonges pour l'agrandir. Les chaises étaient en bois et entourées de tissus blanc. Une porte permettait d'accéder au salon, et une grande arche permettait de joindre la salle à manger à la cuisine.

Celle-ci était une grande pièce carrelée au niveau du sol, et d'une peinture grise. Elle était moderne et surtout fonctionnelle, ce qui ravissait le cuisinier de la famille, Jonathan « Jo » Marèle. De couleur rouge – pour s'accorder avec les murs gris – les meubles choisis permettaient de nombreux rangements pour les ustensiles et la vaisselle. Le four à six gaz offrait plus d'opportunités de plats à produire. Enfin, une table de quatre personnes se cachait timidement dans un coin de la pièce, car les employés ne mangeaient pas avec madame Dumont. Solange avoua à Sherlock que de nouveaux travaux de décoration avaient été fait quelques mois auparavant : ainsi, la maison s'ancrait dans le paysage parisien tout en conservant un style aristocratique et pompeux qui l'en éloignait. Après avoir conclu vocalement la visite, elle proposa à « son homme » d'attendre le repas du midi dans le salon. Sherlock fut d'accord, mais seulement parce qu'ils ne devaient pas attendre longtemps. Pietra venait d'allumer un feu quand Solange et Sherlock entrèrent. Le détective s'assit sur un canapé, tandis que Solange se préparait quelque chose à boire – le détective avait gentiment décliné lorsque la psychologue lui avait demandé s'il voulait quelque chose. La brunette le rejoignit, et ils attendirent.

« Je ne sais comment la relation avec ma mère a autant dégénérée. Certes, nous n'avons jamais été très proches. Je pense que ça a empiré avec le départ de mon père.

- Où est-il allé ?

- Certains te diront au ciel, d'autres qu'il a rejoint Dieu et les anges. Qu'importe : je sais juste que mon père est six pieds sous terre, dans un cercueil cher, que je le sais seulement depuis quelques semaines, et on ne sait pourquoi il y est.

- Toutes mes condoléances.

- C'est gentil. Mais c'est passé. N'en parlons plus. »

Ces derniers mots de Solange mirent fin à la conversation, qui dura jusqu'à l'annonce du repas. Lorsque Pietra alla chercher les deux « amoureux », Solange dit à Sherlock la joie qu'il allait avoir en rencontrant sa mère. L'ironie se faisait sentir dans le ton qu'avait employé la psychologue. Et Sherlock allait vite comprendre pourquoi.

Pietra les fit entrer dans la salle à manger et leur montra leur place. Ils avaient été placés face à face, encadrant la place de madame Dumont. La table avait été mise, Solange et Sherlock n'avait plus qu'à attendre madame Dumont et le repas. Environ dix minutes plus tard, la mère de Solange entra dans la pièce.

« Ah ! Pietra m'avait dis que tu étais là. Tu es arrivée ce matin apparemment. Sans prévenir. Tu aurais pu. Et apparemment tu n'es pas toute seule. Bonjour monsieur... Oui, j'ai vraiment du mal à vous imaginer ensemble ... »

Madame Dumont avait récité sa tirade tout en avançant vers sa fille, puis en regardant Sherlock, en lui serrant la main et en le dévisageant. Puis elle s'assit et se servit un verre d'eau. Ce ne fut qu'à ce moment que Solange salua sa mère, avant de s'asseoir. Sherlock fit de même.

« Bonjour madame Dumont. Je suis Paul Sheldon, le petit ami de votre fille, Solange »

Sherlock avait dit ces mots, avec toute la tendresse possible sur le prénom « Solange ». Puis il la regarda, avec toute la tendresse qu'il pouvait faussement témoigner. La mère de Solange fut surprise de cette tendresse que montrait ce grand homme pour sa fille. Apparemment, Sherlock était un assez bon acteur pour berner cette femme. Celle-ci, curieuse, demanda au détective ce qui lui plaisait chez sa progéniture. « Sa gentillesse, sa loyauté et son métier atypique. » Madame Dumont fut surprise de la dernière partie de la réponse. Ainsi que Solange. Voyant les regards des deux femmes, il préféra s'expliquer :

« Je trouve qu'un psychologue est courageux : il doit garder un calme et une objectivité maximale face aux horreurs qu'il entend chaque jour. Et il faut avoir un sacré cran pour cela. »

Solange comprit que Sherlock avait dit ça pour sauver son « honneur » face à cette femme tyrannique et impressionnante qu'était sa mère. Elle savait que Sherlock n'était pas d'accord avec certains principes sur lesquels les psychologues s'appuient lors de leurs thérapies. Il défendait sa profession dans l'immédiat pour elle. Puis une idée traversa l'esprit de Solange : et si sa mère prenait cela comme une provocation, elle pourrait ne pas accepter de les aider pour leur mission ! Elle ne savait si elle devait lui faire confiance, ou si elle devait agir.

« Vous m'intriguez Paul. Combien de temps restez-vous ?

- Euh … Nous pensons rester seulement le week-end, et rentrer demain soir.

- Vous ne pouvez pas rester un peu plus longtemps ? Demanda madame Dumont.

- Nous ne pouvons pas maman, nous devons reprendre le travail lundi. »

Solange les avait interrompus dans leur dialogue, donnant de la voix après plusieurs minutes de quiétude. Grâce à son interruption volontaire, le silence dans la salle à manger tomba.

« Le problème ma fille, c'est que je tiens absolument à connaître mon peut-être futur beau fils. Or, je ne suis disponible que cette semaine. Je pars le 17 au soir chez un ami pour Noël. Et je ne reviens que le 2 janvier.

- Alors pourquoi ne pas demander à votre ami s'il est d'accord pour que Solange et moi nous joignons à vous ?

- Je ne pense pas qu'il acceptera …

- Laisse Sh ... éri. Je pense qu'elle préfère rester seule avec son amant pour les fêtes de Noël.

- Que dis-tu là ! S'énerva madame Dumont. Muhammad et moi sommes seulement amis, tu le sais très bien. Et si je préfère passer Noël avec lui, c'est pour ne pas les passer toute seule, puisque mon ingrate de fille préfère les passer avec sa colocataire ou sa famille paternelle.

- Ingrate ? Moi ? Non mais je crois rêver ! Et puis, pourquoi je devrais passer les fêtes avec toi, alors que tu rends l'atmosphère détestable tellement tu es insupportable et acariâtre ! Tu sais quoi ? commença Solange, en se levant de sa chaise, vas-y seule voir Muhammad ! Perso, je rentre demain soir et je passerais Noël avec Paul et Molly, ma véritable famille ! »

Solange avait quitté la pièce, et était montée dans sa chambre. Elle s'affala sur son lit. Et ce n'est qu'à ce moment qu'elle se mit à réfléchir. Elle venait de faire une bêtise, mais une très grosse bêtise. Son accès de colère lui avait permis de décharger un peu de son ressentiment, verbalisé assez violemment au visage de sa mère. Celle-ci, avec son caractère têtu, refuserait pour de bon de les laisser aller avec elle chez Muhammad. Et Solange s'en voulut. A mort. Sherlock avait placé une telle confiance en elle, et elle venait de tout faire rater. Puis elle se demanda : depuis quand Sherlock avait pris une telle importance chez elle ? Sans même s'en rendre compte, elle le voyait comme un véritable ami, et elle était prête à tout pour l'aider. On toqua à la porte, ce qui fit sortir Solange de ses pensées. Après avoir permis à la personne d'entrer, elle vit Sherlock passer le pas de la porte, puis la refermer. Il se mit face à elle, puis il se mit à sauter et crier de joie. Il était heureux, et face à l'incompréhension totale de Solange, il s'assit sur le lit et lui expliqua la situation.

« Grâce à ton accès de colère, j'ai réussi à convaincre ta mère de nous laisser aller avec elle chez son ami. Je lui ai dit que t'entêtais à dire qu'elle et Muhammad étaient amants. Alors pourquoi pas nous laisser y aller aussi et comme ça, elle pourra te prouver qu'ils sont juste amis. Elle s'est mise à réfléchir. Alors j'ai ajouté que cela lui permettrait de te montrer, une fois encore, que tu as tort. Elle doit vraiment te détester car elle a, presque immédiatement, accepté. Alors, merci Solange ! »

La psychologue n'en revenait pas. Ils avaient réussis. Elle se sentit soulagée et un petit peu fière de ce qu'elle avait accomplis.

« Sherlock, devons-nous parler à ma mère de ta mission ?

- Je pense que oui. Il n'est jamais bon de cacher les choses.

- Mais si on lui en parle, elle risque de refuser car elle se sentira manipulée.

- Et si je lui dis que ta vie pourrait être en danger, ainsi que la sienne ?

- Je pense qu'elle réagira plus si tu lui dis que sa vie sera en danger. Avance l'argument que le réseau pourrait détruire son entreprise.

- Et lui dire à quel point l'organisation est dangereuse, en rappelant les crimes commis par Moriarty.

- On va faire une liste.

- D'accord … Ce qui vient de se passer est étrange non ? »

Et Sherlock n'avait pas tort. Les deux amis avaient réussis à compléter les phrases et les idées de l'autre, comme un couple. Après s'être regardé bizarrement, Solange se leva et prit un papier et un stylo. Avec ce dernier, elle écrivit en haut de la feuille de papier pliée en deux « Arguments à dire à mère » et ils commencèrent à faire la liste de ceux-ci. Au final, ils avaient décidés de garder que quelques arguments, les plus percutants. Et ils avaient convenus de lui parler de la mission dans l'après-midi, quand elle aurait terminé avec son travail. Ils s'installeraient dans le salon, avec du café et des biscuits, pour l'amadouer. Après s'être mis d'accord, Sherlock se dirigea vers la bibliothèque, tandis que Solange appela Molly. Cette dernière prit du temps avant de répondre. Lorsqu'elle décrocha, Solange tomba sur une Molly exténuée : le ménage de la semaine était plus long à faire seule qu'à deux ! Elles rigolèrent, et Solange inventa un mensonge assez gros et simple pour que Molly y croie. La psychologue avait, bien évidemment, des remords de mentir ainsi à son amie. Mais elle ne pouvait pas faire autrement : elle se devait de la protéger. Les heures passèrent, et les deux amies ne pouvaient raccrocher. On toqua à la porte de la chambre, et Solange regarda l'heure. Il était à peu près quatre heures, et le moment redouté arrivait. Elle dit alors à son amie qu'elle devait raccrocher, la prévint qu'elle rentrait le lendemain dans la soirée, lui fit des bisous et raccrocha. Elle se leva de son lit, prit la feuille de papier où étaient marqués les arguments à dire à sa mère, puis rejoignit Sherlock, resté sur le pas de la porte qu'il avait ouverte lorsque Solange avait dit « Entrez ! » Ils descendirent dans le salon, puis s'installèrent dans le canapé, en face du foyer de cheminée, dont le feu avait été entretenu, et qui diffusaient de la chaleur dans toute la pièce, chaleur appréciable par ce froid extérieur. Solange avait demandé à Pietra de leur apporter du thé et des biscuits pour le goûter. Sherlock précisa à la vieille femme d'essayer de faire un « vrai » thé anglais. Celle-ci le rassura, en lui disant que Jo savait très bien en faire. Solange demanda à Pietra de prévenir sa mère qu'elle et Paul désirait la voir, et qu'ils étaient dans le salon. Pietra acquiesça, puis s'éclipsa de la pièce, laissant les deux amis seuls. Une minute de silence passa, puis Solange prit la parole. Elle demanda à Sherlock s'il avait trouvé des choses convenables dans la bibliothèque. Il lui répondit que oui, il en avait trouvé, et qu'il s'était lancé dans la lecture d'une édition originale d'un Agatha Christie, la plus grande auteure de roman policier de sa période, puisqu'aucun autre auteur n'avait réussis à l'égaler(1). Puis il prit des nouvelles de Molly, car il savait que Solange l'avait appelé. C'était une évidence. Alors Solange lui raconta ce que les amies s'étaient dit. Puis la psychologue demanda à son « petit-ami » ce qu'il pensait, pour l'instant, de sa famille, de la maison et du personnel. Il lui fit clairement comprendre qu'il ne l'avait jamais considérait comme une enfant de riche, et qu'il fut surpris de cette découverte, et que sa mère était insupportable, pleine de préjugés, et qu'il avait des difficultés à comprendre qu'un lien de sang les liait. La maison lui donnait la sensation de vide et de froid, mais le personnel semblait sympathique. Pietra entra avec le thé et les biscuits, les déposa sur la table basse, fit un bisou sur la joue de Solange en repartant. Elle referma la porte, laissant les deux amis seuls, encore. Sherlock posa la passoire à thé sur la tasse de Solange, puis versa le liquide aqueux, devenu brun par l'infusion des feuilles dans la théière, dans la tasse, les feuilles de thé étant retenues par la passoire. Solange le remercia, et Sherlock renouvela l'opération avec sa propre tasse. Ils prirent ainsi la collation de l'après-midi, en essayant de parler de choses et d'autres. Au final, Sherlock en apprit davantage sur Solange et son amitié avec Molly, mais aussi que cette dernière avait un chat, Toby, et qu'elle adorait ces animaux. Il apprit aussi que Toby avait été changé de foyer à la demande de Solange, étant allergique aux poils.

Il était environ dix-sept et quart lorsque la mère de Solange descendit dans le salon, là où l'attendait sa fille et son nouveau « petit-ami. » Pietra apporta une tasse de café, et laissa le trio seul. Sherlock brisa le silence.

« Viviane - je peux vous appeler Viviane ? Oui ? Tant mieux – nous avons besoin de votre aide. »

Sherlock se rapprocha de Solange et de sa mère, qui avait pris place dans un fauteuil placé perpendiculairement au canapé. Il voulait faire le moins de bruit possible.

- Pour les fêtes de Noël, votre ami Muhammad invite quelques personnes proches - dont vous. Parmi ces personnes, il y a Ahmed Ben Algram. Je dois rencontrer cet homme pour régler une affaire.

- Une affaire ? Questionna Viviane.

- Oui. Il appartient à un réseau dangereux qu'il faut que j'éradique.

- Rappelez-moi votre travail Paul ?

- Je ne vous ai pas dit mon travail. Je suis un agent du gouvernement qui est envoyé en mission à différents endroits pour éradiquer un réseau terroriste connu sous le nom de « M-link », « M » étant issus du nom du leader décédé Jim Moriarty. Nos sources nous ont confirmé qu'Ahmed Ben Algram appartenait au réseau, qu'il se chargeait de recruter des membres. Il me faut donc l'approcher, régler cette affaire avec lui pour pouvoir mettre un bâton dans les rouages de fonctionnement du réseau. Solange et moi pensions qu'à travers vous, nous pourrions l'approcher. Nous irions avec vous pour les fêtes de Noël, je m'occupe de tout cela, puis nous rentrions après le Nouvel An. Vous ne serez pas embêté, je peux vous l'assurer.

- Paul, vous pensez sérieusement que je vais vous laisser mettre en péril mon amitié avec cet homme ? Vous rêvez! Vous vous débrouillerez sans moi, je ne veux pas y être mêlé ! Et toi, dit-elle en tournant sa tête vers sa fille, tu me déçois : tu te lies d'amitié avec des gens dangereux, des menteurs, des manipulateurs. Tu ne vaux pas mieux qu'eux.

- Ecoutez-bien Vivianne - Sherlock avait commencé sa phrase en parlant tout bas, d'un ton mystérieux et menaçant, en s'approchant de la femme - ce réseau à faillit mettre en péril le gouvernement britannique. Il lui sera facile de détruire votre vie, en commençant par votre entreprise, puis votre maison, le patrimoine culturel que votre mari a mis en place avec tant de difficultés. Il fera de votre vie un enfer, car même si le chef, la tête pensante, de ce groupe est mort, les autres membres ont encore accès aux ressources disponibles, aux informations recueillies. Et je pense que vous avez un joli dossier dans les archives de M-link. Après tout, n'êtes-vous pas une entrepreneuse à succès, veuve d'un homme politique, amie d'un aristocrate marocain qui a des liens indirect avec M-link, et mère d'une personne de mon entourage ? Réfléchissez-bien Vivianne. »

Lorsque Sherlock recula, Solange vit une sorte de terreur sur le visage de sa mère. Elle avait vaguement entendu le détective, mais ce qu'il avait dit avait marqué sa mère, et fortement marqué. Ils attendirent que celle-ci reprenne ses esprits, puis qu'elle leur donne sa réponse. Le silence était lourd, pesant, stressant. Lorsque Vivianne sortit de sa torpeur, elle regarda le « couple » et leur répondit qu'elle était d'accord, mais qu'elle ne devait pas être mêlée à ça. Puis elle demanda à Sherlock comment il comptait neutraliser cet homme. Sherlock se leva, plongea son regard aqueux dans celui charbonneux de madame Dumont, et répondit simplement qu'il comptait l'abattre. Puis il se dirigea vers la porte. Sur le pas, il se retourna rapidement pour ajouter que si elle n'était plus très motivée, il pourrait facilement trouver une solution pour attaquer, et détruire, l'entreprise qu'elle avait eu tant de mal à créer. Puis il se retourna, quitta la pièce et monta les escaliers pour se diriger vers la chambre de Solange. Il laissa donc mère et fille dans le salon, devant la cheminée, l'atmosphère pensante et silencieuse. Puis Vivianne le rompit.

« Tu es fiancée à un homme dangereux, et tu le suis dans sa folie. Règle cette affaire, et ne viens plus jamais ici.

- Je sais que cette situation t'embête, mais je te remercie, du fond du cœur, d'avoir accepté. Je peux t'assurer que je ferais tout pour ne pas t'impliquer plus. »

Puis Solange quitta la pièce, et rejoignit Sherlock dans sa chambre. Il ne pouvait être que là. Lorsqu'elle entra, elle le vit assit sur le lit, souriant. Lorsqu'il l'entendit, il se leva, joyeux, et la prit dans ses bras, répétant qu'ils avaient réussis. Puis il sentit que Solange restait de marbre. Alors il s'écarta, et vit le visage coléreux de la psychologue. Il s'écarta. Solange ferma donc la porte, puis se retourna vers le détective, prête à éclater.

« On avait convenu de lui en parler calmement, lui donnant des arguments pour nous aider. Et toi, tu oses la menacer ! Je n'en reviens pas !

- De un, nous n'avions pas convenu de lui parler de tout cela calmement. De deux, c'est vrai que je l'ai menacé, et que j'en avais l'intention depuis le début. Avec ce genre de femme, la menace fonctionne souvent.

- Mais tu m'as menti ! Et tu as effrayé ma mère ! Grâce à toi, je ne peux plus venir ici. Vivement qu'on finisse cette mission, et que tu disparaisses de nouveau de nos vies. »

Sherlock ne répliqua pas. A quoi bon, cela ne servirait à rien. Solange passa le reste de l'après-midi dans le jardin, et Sherlock dans la bibliothèque. Vivianne était restée dans sa chambre. Puis Pietra vint chercher les trois individus pour le repas du soir. Vivianne ordonna de manger seule. Solange et Sherlock dinèrent dans la cuisine, avec Pietra et « Jo. » Ils passèrent un excellent repas, malgré le froid qu'il y avait entre « le couple. » Le reste de la soirée passa rapidement, dans le silence, Vivianne boudant Solange, qui boudait Sherlock, qui resta seul dans la bibliothèque. Lorsqu'il eut terminé avec cette pièce, il entra dans la chambre de Solange pour se reposer un peu. Il remarqua qu'elle était déjà endormie, cloitrée dans les couvertures. Elle avait laissé un mot à Sherlock :

« Je ne suis pas ingrate. Comme je n'ai pas de fauteuil dans ma chambre, tu peux dormir dans le lit. Mais attention ! Au-dessus de ma couette : je te boude toujours. Je t'ai sorti une couette que j'ai posé au pied du lit. Solange. »

Alors Sherlock enleva ses affaires, mit un pyjama, puis s'installa dans le lit et installa la couette sur lui. Il s'endormit.

(1) Dans la série Sherlock, le personnage est réel, et les romans dont il est le héros n'existent pas.