Disclaimer : Ni Severus, ni aucun des personnages de cette histoire ne sont à moi, sauf Ioann, Milo, Ivanna, Sergueï, Henrique, Elidjah, Owen et Connors.

Béta : BettyMars

Zarakinel, oui Warrington va payer … et j'espère que sa punition va te plaire. Merci de ta review.

Morgane-bzh, je suis ravie de voir que l'évolution que je donne à Neville te plait. J'avoue avoir un petit faible pour ce petit Gryffy sui effacé qui devient un sacré loustic dans le dernier tome de la saga. Pour Warrington … je t'en dis pas plus lol

Bonjour à toutes ! Alala… je crois que mon petit Neville a fait l'unanimité avec le chapitre dernier. Je suis contente de ça. Il va être bien moins présent dans ce chapitre là, mais sa présence rapide n'est pas non plus à minimiser lol. Pour ceux qui attendaient de voir Warrington se prendre papa Severus dans la figure … c'est pour maintenant. Pour ceux qui voulaient qu'il le torture, le saigne, l'étripe, l'éventre et en fasse une potion pour désherber le parc … n'oubliez pas qu'il doit rester dans son bon droit s'il ne veut pas avoir des problèmes mais qu'il est un Serpentard ... donc rusé lol. En attendant, je vous lais découvrir le nouveau jeu de notre professeur de potion préféré : jouer au chat et à la souris accompagné de son canidé personnel lol. J'espère que ce chapitre vous plaira autant que le dernier.

Note importante : dès samedi soir, je suis en vacances pour deux semaines. Et la semaine prochaine je ne serais pas chez moi. Alors plutôt que de vous dire : j'essayerai de poster blablabla, je préfère pour annoncer tout de suite qu'il n'y aura pas de chapitre la semaine prochaine. Ainsi vous ne serez pas déçus de ne pas le voir arriver. Donc je vous donne rendez-vous dans 15 jours (le mercredi 16/06), pour voir un petit diable reprendre du poil de la bête.

Bonne lecture et à très rapidement.


Chapitre 10 : Manigances.

Mercredi 3 Février 1993

Lorsque Ioann se leva à la fin de son cours de Sortilèges, il manqua de s'effondrer. Il avait l'impression de ne plus avoir fait une seule nuit entière et reposante depuis une éternité. Si « éternité » était un synonyme du mot « mois » alors il avait raison. Ses vacances de Noël avaient été très agréables et il avait tout fait pour oublier Warrington. Mais le retour à la réalité avait été très douloureux. Le pire était que depuis deux jours, il n'avait pas réussi à garder un repas complet dans son estomac sans en être malade. Et en ce jour maudit qu'était devenu le mercredi, c'était encore pire. Il avait fait croire qu'il s'était réveillé trop tard pour petit déjeuner et avait vomi tout son repas du midi. Son dernier cours de la journée avait été très difficile. Des crampes d'estomac lui avaient fait mal tout le temps alors qu'il menaçait de s'endormir sur sa table. Il espérait grandement arriver à donner le change mais il ne se rendait absolument pas compte que physiquement, il inquiétait tout le monde.

Elidjah le bouscula légèrement et soi-disant innocemment afin de se donner une excuse pour le rattraper. Il avait bien vu qu'il était en train de faire un malaise mais savait que sa fierté l'aurait empêché d'accepter son aide autrement. Connors le regarda attentivement, ils savaient que tout allait se jouer sous peu. Ils ne savaient pas quoi mais Draco leur avaient bien dit ce qu'ils devaient faire pour la journée. Ils ne devaient pas lâcher Ioann d'une semelle, sauf maintenant où ils devaient relâcher leur attention pour lui permettre de filer à ses affaires. Ils n'avaient pas osé en demander plus. Aussi, entrainés par le babillage incessant Julian, ils se dirigèrent vers leur Salle Commune, bien décidé à ne rien faire de plus de l'après midi.

Un mal de tête commençait à faire grimacer Ioann. Il savait qu'il ne pourrait plus continuer longtemps à voler pour Warrington. Il était bien trop malade de devoir le faire. Il se décida donc à se préparer réellement à affronter le regard des autres d'ici la fin février. Il essaierait de tenir jusque là. Mais pour l'heure il allait devoir s'éclipser de la surveillance constante de ses camarades. Depuis presque une semaine, ils ne le lâchaient pas d'une semelle. Et quand ce n'était pas eux, les amis de Draco prenaient la relève. Ioann se frotta un instant ses yeux brulants de sommeil. Il avait voulu préserver les apparences mais visiblement, il s'était loupé quelque part car ils étaient tous très protecteurs envers lui. Trop. Il ne voulait pas qu'ils soient si proches de lui, car quand ils sauraient ce qu'il faisait alors la chute serait bien plus grande.

Il en était là de ses réflexions quand il se rendit compte qu'il n'entendait plus Julian papoter, ni Owen ronchonner. Il releva la tête avec stupeur se rendant compte qu'il était tout seul. Finalement la surprotection de ses amis n'était pas aussi importante qu'il l'aurait crue. Ils avaient avancé normalement, ne se rendant pas compte que lui, marchait bien plus lentement. Il regarda autour de lui. Deux Poufsouffles, trois Serdaigles et un Gryffondor. Pas de Serpentard, pas de professeur, personne. C'était le bon moment. Il accéléra le pas et fut pris d'un nouveau vertige. Il s'affala contre le mur en fermant les yeux. Il se motiva en se répétant que dans quelques heures il aurait délivré son butin et qu'il aurait une semaine pour se reprendre. Mais il savait que ce ne serait pas aussi simple que cela. Il respira fortement avant de reprendre sa route. Il ne devait pas perdre trop de temps. La dernière fois, ça avait déjà été suffisamment juste pour qu'il ne recommence pas une nouvelle fois.

Arrivé devant la porte du bureau de son père, il regarda autour de lui pour vérifier que personne n'était là puis colla son oreille à la porte. Finalement il entra rapidement. Il s'approcha du tiroir où il savait qu'inlassablement ce qu'il cherchait était rangé. Ses jambes se mirent à trembler et il dut s'asseoir rapidement pour ne pas s'effondrer au sol. Il se massa les tempes pour en calmer le tambour qui cognait alors qu'il grimaçait une nouvelle fois. Il faudrait qu'il prenne une potion contre la migraine. Il renifla doucement alors qu'il essuyait ses yeux. Il savait qu'il ne devait pas rester ici trop longtemps mais il n'en pouvait plus. Il remonta ses jambes contre son torse et plongea la tête entre ses genoux. Il se retint de faire trop de bruit alors que de longs sanglots le secouaient. Un bruit dans le couloir le fit sursauter et il se releva d'un bond. Non, il ne devait pas s'attarder. Les yeux débordant toujours de larmes et quelques hoquets persistants le secouant, il ouvrit le tiroir pour en sortir les corrections des quatrièmes années. Il ne réagit même pas qu'étrangement elles avaient été déposées sur le dessus de la pile. Machinalement il sortit un document vierge sur lequel il copia les réponses avant de tout ranger maladroitement. Il attrapa ensuite un mouchoir, nettoya ses joues puis se moucha fortement dedans. Il savait qu'il ne pourrait pas cacher ses yeux rouges mais il aurait au moins fait le minimum pour que son chagrin passe inaperçu.

o0o

Il ne se douta pas un seul instant que de l'autre côté de la porte du laboratoire, Remus ceinturait fortement son père pour l'empêcher de venir le rejoindre et le consoler. Celui-ci avait l'impression qu'un esprit malin se servait de son cœur comme d'un punching-ball. Son petit garçon était en train de craquer et tout ce qu'il voulait c'était le serrer dans ses bras pour lui dire que tout était fini. C'était pour cela que le loup garou l'avait bloqué dans son élan et qu'il le retenait fortement de gâcher leur chance d'attraper Warrington. Severus était entré en mode papa poule et il était en train d'occulter le fait que s'il se montrait maintenant, Ioann ne serait pas capable de donner le change à son agresseur et qu'ainsi ils pourraient dire adieu au flagrant délit puis à la punition. Leur rôle était de suivre le garçon du moment où il quittait le bureau jusqu'à celui où il rencontrerait le quatrième année. Mais ils n'avaient pas prévu qu'au lieu de partir comme il était venu, Ioann décide de partir par cheminette direction l'infirmerie. Quand les flammes vertes disparurent après le départ de l'enfant, le père éprouvé donna un grand coup dans le ventre de son collègue pour se libérer.

- Lâche-moi Lupin ! Et je t'interdis de reposer la main sur moi, cracha-t-il

- Il fallait bien que je t'empêche de faire une bêtise. Si on ne prend pas Warrington la main dans le sac, il ne sera pas puni convenablement. Et vu ce qu'endure ton fils, ce n'est pas une solution envisageable.

- Je sais ! Bordel ! Mais ne viens pas me dire que ça ne te fait rien de le voir ainsi !

- Je n'ai pas dit ça. Au contraire, j'avais mal pour lui. Mais il faut suivre le plan, pour son bien justement. Si tout se passe bien, dans peu de temps ce sera fini.

- Sauf qu'il faut que je le rattrape. Le temps que je monte à l'infirmerie il sera déjà parti.

- Je te suis, j'ai juste à me désillusionner et avec mon flair on retrouvera plus facilement sa trace.

- J'aurais préféré ne pas t'avoir dans mes jambes, mais je n'ai pas trop le choix. Ne te fais pas prendre. A la sortie des cours, il y aura du monde dans les couloirs.

Il tourna des talons et se précipita à l'extérieur, direction l'infirmerie. Il espérait ne pas arriver avant que Ioann soit parti car sinon, ils risquaient d'avoir de gros soucis pour surprendre la transaction. Remus eut juste le temps de se lancer le sort avant de devoir courir après son ancien camarade de classe. En passant devant la salle de cours, il laissa trainer une oreille et fut soulagé de ne rien entendre que des grattements de plumes sur les parchemins. Severus avait quitté ses élèves cinq minutes après le début du cours en leur donnant un devoir surprise que Rusard devait surveiller. Et visiblement le concierge se débrouillait très bien pour maintenir l'ordre.

Quand ils arrivèrent à l'infirmerie, le maitre des potions grogna. Seuls les lits occupés par les élèves pétrifiés étaient occupés. Poppy s'avança vers eux avec un visage navré.

- Je suis désolée Severus. Il est arrivé par cheminée en me disant qu'il était chez vous quand il avait commencé à avoir la migraine. J'ai bien tenté de le retenir le plus longtemps possible mais il a dit qu'il devait faire un devoir très important avec ses amis. Il a pris la potion et il est aussitôt reparti chez vous, toujours par la cheminée.

- C'est pas vrai ! On ne va pas y arriver à ce rythme là.

- Il est passé par votre bureau ?

- Oui, il s'est d'ailleurs effondré là bas. On a été surpris quand il a utilisé la cheminée pour partir. Bouse de dragon, on a perdu un temps précieux à venir ici. On repart dans les cachots, il faut le retrouver avant qu'il ne trouve Warrington, annonça Remus qui était réapparu après avoir vérifié que personne ne pouvait le voir.

- Bonne chance messieurs, et ne vous faites pas prendre Remus, rappelez-vous que votre présence ici n'est connu que d'une petite poignée de personnes.

- Ne vous inquiétez pas, je serais prudent.

- Il vaut mieux, tu as des copies à corriger pour demain, râla Severus, et si vous avez fini de vous dire des politesses, on pourra peut-être reprendre notre recherche !

Il n'attendit aucune réponse et sortit dans un tourbillon de robes, pour redescendre dans les cachots. Il allait finir par devenir fou s'il ne retrouvait pas rapidement la trace de son fils. Alors qu'il passait une nouvelle fois devant la porte de sa salle de cours, il croisa le Baron Sanglant à qui il demanda s'il avait vu l'enfant. Celui-ci fit mine de réfléchir longuement avant que le professeur ne fasse claquer sa langue d'impatience. Finalement, il lui indiqua qu'il l'avait vu remonter vers le Grand Hall. Severus ferma violemment les yeux en se pinçant l'arête du nez. Il fit une nouvelle fois demi-tour avant de heurter un obstacle invisible.

- Non d'un chaudron ! Lupin, dégage de mon chemin ! Et sers-toi donc un peu de ton flair ! Tu n'aurais même pas du nous laisser redescendre jusque là.

- Tu es mauvais langue Severus. J'ai senti son odeur, mais rappelles toi qu'il est effectivement passé par ici il y a moins d'une heure et que les cours n'étant pas fini, sa trace n'a pas été effacée et je n'ai donc aucun moyen de savoir qu'elle est plus récente.

- Me sers-tu seulement à quelque chose ?

- Dans les étages je le repèrerais plus facilement, sa présence sera moins obsédante.

- Je n'apprécie guère que tu trouves l'odeur de mon fils obsédante.

- C'était une façon de parler. Ici, dans les cachots, c'est chez lui, il y passe beaucoup de temps, son odeur est toujours plus présente qu'ailleurs.

- Ferme-là et respire, c'est encore ce que tu feras de mieux pour m'aider.

Severus le bouscula pour passer et remonter dans le hall. Remus le suivit en ne manquant pas de lever les yeux au ciel. Heureusement qu'il le connaissait depuis longtemps, sinon il aurait claqué la porte et l'aurait laissé se débrouiller avec ses ennuis. Mais un petit garçon était en jeu, et rien que pour cela, il prit le parti de ne pas se laisser déstabiliser. Une fois dans le hall, il repéra sa trace qui remontait dans les étages. Il crut que Severus allait le tuer à cette annonce tellement le regard noir qui passait au travers de son corps invisible s'était fait tueur. Il décida donc de passer devant, et de ne pas laisser le temps à l'autre homme de devenir aussi instable qu'une potion de Towler. Il s'arrêta au deuxième étage, et fut projeté au sol par Severus qui lui, n'avait pas pu voir son arrêt soudain et qui lui était rentré dedans. Le loup-garou laissa les insultes couler alors qu'il cherchait à retrouver l'odeur de Ioann. Elle était là, il pouvait la sentir, mais une forte odeur de parfum entêtant et très coûteux la couvrait suffisamment pour qu'il ait du mal à trouver la direction à prendre.

- Qu'est-ce que tu fais encore ? Grogna Severus.

- Il y a un parfum très fort qui couvre l'odeur de Ioann, j'ai du mal à le situer du coup.

- Je vais le tuer !

- Qui ? demanda Remus déstabilisé par cette remarque.

- Lockhart ! On est juste devant la porte de son bureau.

- Oh, ce qui explique le parfum.

- Concentre-toi et retrouve la piste.

- C'est plus facile à dire qu'à faire, mon nez est très sensible de part ma nature et là ça m'agresse un peu.

- Au moins la prochaine fois que je me trouverais devant un loup-garou un soir de pleine lune, j'aurais pris le temps de me fournir d'une fiole de parfum avant.

- Si tu pouvais éviter de crier sur tous les toits ma présence et ma condition, ce serait également une bonne chose !

- Alors retrouve mon fils, et qu'on en finisse !

Son collègue commençait à sentir sa patience s'effriter. Evidement, il comprenait très bien la position de Severus dans cette affaire et son angoisse quant à la santé du garçon. Mais par Merlin, à trois jours de la pleine lune, s'il continuait à titiller le loup comme il le faisait, Remus ne répondrait plus de rien. Surtout que le parfum commençait à lui monter à la tête.

Severus commençait à grandement s'affoler. La sonnerie annonçant la fin des cours venait de retentir. Il leur serait maintenant plus difficile de retrouver Ioann dans la foule d'élèves. Il se maudit de ne pas avoir prévu qu'il puisse partir par la cheminée de son bureau. Il savait que s'ils ne coinçaient pas Warrington ce jour là, alors ce serait fichu. Parce que son instinct paternel lui interdisait de laisser son fils souffrir une journée de plus à cause d'un plan pour attraper son agresseur. Non, après l'avoir vu si malheureux dans son bureau, il était hors de question qu'il laisse les choses continuer ainsi. Il sentit une main agripper sa manche et l'entrainer dans les escaliers. Il se dit avec soulagement que son loup renifleur avait dû retrouver la trace de son fils.

Mais en sentant que l'avancée se faisait moins vite, il déchanta très vite. Et ce fut pire quand il se fit entrainer dans un couloir assez inutilisé et que Remus lui avoua qu'il n'arrivait pas à se défaire de cet entêtant parfum qui lui collait aux narines. Il se promit de glisser un poison très puissant dans le verre de Lockhart dès le lendemain matin. Il était à deux doigts d'appeler le Baron Sanglant et quelques autres fantômes pour qu'il l'aide dans sa recherche, quand un 'pop' sonore le fit sursauter. Il regarda étrangement qui avait bien pu transplaner dans l'enceinte de Poudlard pour tomber dans les grands yeux de Dobby.

- Professeur Snape Monsieur, Dobby vous cherchait.

- Dobby, je n'ai pas le temps, je suis à la recherche de Ioann et je suis pressé.

- Dobby sait monsieur. Mais Dobby sait aussi où Petit Ioann se trouve.

- Mais comment … passons, où est-il ?

- Petit Maître Draco a demandé à Dobby de surveiller Petit Ioann aujourd'hui et de prévenir le professeur Snape s'il était trop longtemps tout seul, Monsieur. Petit Ioann est au cinquième étage, Professeur, il attend caché derrière la Statue de Grégory le Hautain, Monsieur.

- Merlin soit loué. Merci beaucoup Dobby. Retourne le surveiller et s'il part avant mon arrivée, suis-le et préviens-moi.

- Dobby fera ce que le professeur Snape demande, Monsieur.

- Reste bien caché. Il doit rencontrer quelqu'un qui lui fait du mal et je dois être témoin de la scène pour qu'on puisse le punir en conséquence.

- Dobby sera discret Monsieur.

L'elfe transplana une nouvelle fois et Severus se précipita dans les étages, en prenant soin de se désillusionner. Remus eut tout juste le temps de lui dire qu'il allait prévenir Poppy afin qu'elle leur envoie Minerva, qu'il avait déjà disparu.

o0o

Ioann attendait en tremblant, caché dans l'ombre de la statue où il devait retrouver Warrington. Leurs lieux de rendez-vous changeaient à chaque fois et il n'était mis au courant que dans la matinée par message qu'il trouvait dans son sac. La potion qu'il avait prise, avait à peine fait effet et son crâne était relativement douloureux. S'il avait eu l'esprit plus serein, il se serait demandé pourquoi Poppy ne l'avait pas gardé de force dans un lit en le voyant dans son état. Mais il trouvait qu'il avait déjà bien assez bataillé pour s'échapper au plus vite.

Il entendit des pas précipités se rapprocher et se redressa doucement pour voir qui arrivait. Mais le couloir resta désert. Il ne chercha pas plus à comprendre, ayant appris depuis longtemps que des choses bizarres arrivaient très souvent dans cette école. Pourtant, à quelques mètres de lui, Severus s'était posté de façon à pouvoir observer toute la scène à l'abri de son sort d'invisibilité. Un peu plus tard, des pas se mirent à nouveau à résonner. Cette fois Ioann renifla doucement en reconnaissant la silhouette bovine de Warrington. Celui-ci arriva à ses côtés et le regarda de toute sa hauteur.

- Alors vaurien t'as ce que je t'ai demandé ?

- O… oui, bafouilla Ioann en se penchant pour sortir le parchemin de son sac.

Le quatrième année le lui arracha et Severus se retint de lui lancer un Doloris alors que la feuille venait de couper la main de son fils. Le garçon la ramena contre son torse en serrant fortement sur la coupure tout en gardant bien les yeux baissés.

- J'espère que tu ne t'es pas trompé cette fois. La semaine dernière la plupart des réponses étaient fausses et j'ai eu un Piètre à mon devoir.

- Je… je suis désolé. J'ai pourtant bien pris le…

- Oh boucle-là tu me fatigues. T'es vraiment qu'une pauvre gamine pleurnicharde. Bien, même chose pour la semaine prochaine.

- Ecoute, je… je veux plus… Je peux plus faire ça. Je …

- « Tu » rien du tout. Si tu ne veux pas que je dise à tout le monde que t'es qu'un tricheur qui vole dans les affaires de son père, tu te tais et tu fais ce que je te dis. Je crois t'avoir suffisamment dit que personne n'a rien contre moi alors que toi tu es non seulement fautif, mais tu en as le comportement. Tu vas perdre tous tes amis et ton père ne voudra plus jamais te voir tellement il sera déçu d'avoir un fils voleur, ricana Warrington alors qu'un nouveau reniflement se faisait entendre.

- Je vous trouve bien prompt à présumer de mes réactions, Monsieur Warrington, claqua la voix mortellement froide de Severus.

Le professeur en avait assez vu et entendu. Il s'était rendu de nouveau visible et avait décidé qu'il était plus que temps d'arrêter tout ça. Un petit cri de terreur, suivi d'un sanglot douloureux, retentit. Severus se força à garder les yeux sur l'élève pris en faute. Il savait que s'il posait le regard sur son fils, il ne pourrait pas s'occuper de Warrington correctement. Celui-ci sentit son sang se figer. Il avait visiblement poussé trop loin son exploitation du gamin. En même temps il aurait dû se douter qu'avec son physique maladif, il allait finir par attirer grandement l'attention. Mais pour l'heure, le quatrième année était en train de se demander comment se sortir de cette impasse.

- Professeur Snape… Ce n'est pas ce que vous croyez.

- Je ne sais pas ce que le professeur Snape croit, Monsieur Warrington, mais pour ma part, j'en ai assez vu pour vous escorter sur le champ dans le bureau du directeur, annonça Minerva d'une voix autoritaire et pincée. Et je suis suffisamment outrée de votre comportement pour vous attendre afin de vous guider jusqu'au portail de l'école.

Dès que Poppy lui avait indiquée où se trouvaient Severus et Ioann, elle avait abandonné son ouvrage pour monter rapidement au cinquième étage et être le second témoin du flagrant délit. Et ce qu'elle avait vu lui donnait envie d'envoyer Warrington au fond d'un cachot et de permettre à Rusard d'en revenir aux bonnes vieilles méthodes qu'il regrettait tant.

De son côté, Ioann voyait son monde s'écrouler. Même s'il s'était fait à l'idée que tout allait bientôt être découvert, il ne s'attendait pas à ce que ça arrive si tôt et surtout pas par son propre père. Il n'était pas prêt à subir cela maintenant. Il ne réagit même pas qu'il n'était pas la cible des reproches de Severus et Minerva. Il était bien trop enfoncé dans son idée que c'était lui le coupable et non la victime, qu'il occultait complètement le reste. Il se laissa tomber à genoux, recroquevillé sur lui-même, des sanglots lui déchirant le cœur et des tremblements le secouant fortement. Quasiment inaudible, une litanie d'excuses et de demandes de pardon sortait frénétiquement de sa bouche.

- J'y suis pour rien, c'est lui qui…

- Oseriez-vous affirmer, en me regardant droit dans les yeux que c'est mon fils qui est à l'origine de cette tricherie alors qu'il en ait malade ? Demanda Severus d'une voix doucereuse et pleine de venin.

- C'est… je … oui… et bien …

- Veuillez m'excuser, mais je pense que la colère diminue un peu mon audition, il va falloir parler un peu plus fort et articuler mieux que cela, Monsieur Warrington.

- Ce n'est pas moi qui…

- Il faudra visiblement que j'aille voir notre infirmière, mon ouïe n'est vraiment plus ce qu'elle était. J'ai cru que vous alliez encore vous défausser sur quelqu'un d'autre, lança Severus avec sarcasme.

- Je dois souffrir du même mal, mon ami, continua Minerva, pourtant je suis persuadée que ce jeune homme essaye juste de nous avouer ses fautes en toute honnêteté. Serait-ce un nouveau virus qui circule ?

- Il semblerait. Allez-y Monsieur Warrington, on va faire un dernier essai et je suis sûr que cette fois nous entendrons correctement vos explications.

- Je … commença le Serpentard avant de soupirer et de rendre les armes. D'accord, je… j'ai demandé à Snape de voler les corrections des devoirs de potions pour moi.

- Et bien sûr, comme tout bon Serpentard cupide, il a accepté tout de suite, n'est-ce pas ? Depuis quand cela dure-t-il ? Insista Minerva.

- De…Depuis la rentrée de Septembre. Et n… non, il n'a pas voulu le faire. Je… je l'ai menacé de faire en sorte qu'il se retrouve tout seul s'il ne le faisait pas.

- Pourquoi cette menace là plus qu'une autre ? Demanda Severus d'une voix commençant à trahir son énervement.

- Sur le Chemin de Traverse, enfin avant notre rencontre à la librairie, je sortais de l'apothicaire quand il s'est mis à paniquer d'être seul. Comme ce n'était pas mon problème j'ai passé ma route. C'est après quand il m'a cogné que j'ai remarqué que c'était le même garçon.

- Et je suppose que vous avez fait tout ceci pour vous venger de la façon dont je vous ai repris à la librairie. Si vous aviez un tant soit peu de cervelle, vous auriez dû réfléchir à votre façon de faire. Pensiez-vous réellement que je n'aurais jamais remarqué que mon fils était dans un état lamentable ? La semaine dernière, vous avez manqué de discrétion et un témoin est venu m'informer de ce qu'il en était. Mais cela n'aurait rien changé car je vous aurez pincé tout aussi rapidement. Car pour vos mauvaises réponses de la semaine dernière, Ioann n'y est pour rien. Sachant ce qu'il se passait, je me suis chargé de modifier les questions du devoir à la dernière minute afin de déterminer qui était l'auteur exact de cette affaire. Vous étiez donc en sursis. Minerva, je vous confie ce jeune homme. Je ne suis plus assez impartial pour spéculer sur sa punition.

- L'avez-vous seulement été un jour, Severus ? Ricana le professeur de métamorphose. Mais vous avez raison, vous êtes le père de la victime avant d'être le directeur de Maison de l'agresseur. Albus et l'ensemble des autres professeurs statueront sur son cas. Et vous, jeune homme, je vous conseille vivement de ne pas vous faire plus remarquer, le conseil de discipline n'a pas pour habitude d'être patient.

Minerva attrapa le bras de Warrington et l'entraina dans les couloirs. Severus les regarda partir d'un regard noir avant de baisser les yeux sur la petite silhouette tremblotante roulée en boule sur les pierres froides. Il s'approcha vivement et s'accroupit à ses côtés. Son cœur lui fit mal quand il l'entendit murmurer des excuses comme si sa vie en dépendait. Il l'attrapa doucement pour l'attirer contre lui mais le garçon se débattit mollement en poussa de petits gémissements de crainte. Il le retint plus fermement et le força presque à s'installer en position du Koala. Ce n'était pas très pratique quand ainsi agenouillé, Severus n'avait qu'un équilibre très précaire. Mais il ne s'en préoccupa pas. Pour l'instant, son but était de rassurer son fils.

- Tout va bien Ioann. C'est fini maintenant. Tout va bien. Shht Chaton, calme-toi. C'est fini, c'est fini.

- J'suis désolé, j'suis désolé, voulais pas, j'suis désolé.

- Je sais mon cœur que tu ne voulais pas. C'est fini, calme-toi.

- M'abandonne pas, j'voulais pas. Me laisse pas. Me laisse pas.

- Bien sûr que non. Jamais je ne te laisserais.

- Veux pas retourner là-bas, j'suis désolé, j'voulais pas.

- Retourner où, mon Cœur ? Demanda Severus, s'interrogeant ce qu'il voulait lui dire.

- J'suis vilain et t'es déçu, tu vas plus vouloir de moi. Tu vas me renvoyer chez Lui maintenant.

Severus baissa la tête vers lui, complètement choqué de ces paroles. Ainsi donc son fils était encore plus blessé de cette situation qu'il ne l'avait cru. Il s'en voulut de ne pas être intervenu plus tôt. Il aurait dû … il ne savait pas trop quoi, mais il aurait dû agir. Il n'aurait jamais dû laisser tout ceci s'envenimer autant. Il avait encore une fois failli à son rôle de père. Cela lui arrivait bien trop souvent à son goût.

- Jamais mon Cœur. Jamais je ne te renverrais chez Sergueï. Sergueï est en prison. Et même quand il en sortira, jamais, oh non jamais, je ne te renverrais avec lui. Je ne te l'ai vraiment pas suffisamment répété pour que tu penses cela. Tu es mon fils Ioann. Mon petit garçon. Des fois tu m'exaspères, tu me fatigues, tu me fais rire ou pleurer. Quand tu ne m'écoutes pas, je suis énervé après toi et cela arrive que j'ai envie de te secouer comme un prunier pour que tu te sortes ces horribles pensées de la tête. Sûrement que tu arriveras à me décevoir à un moment ou à un autre. Mais jamais je ne t'abandonnerais. Oh non mon Cœur, jamais. Parce que tu es Mon fils. Tu m'entends ?

Severus avait resserré son étreinte et se dit un instant qu'il allait finir par l'étouffer. Un petit hochement de tête lui répondit ainsi qu'un long sanglot.

- Ioann écoutes moi. Dans cette histoire tu es la victime. Oui tu as volé dans mes affaires mais regarde comme tu t'en es rendu malade. C'est Monsieur Warrington qui est en faute. C'est lui qui t'as fait du chantage, menacé et qui sera puni. C'est également de ma faute. J'aurais dû réagir bien plus tôt et te forcer à t'ouvrir à moi. Je n'aurais pas dû attendre que tu viennes m'en parler de toi-même. Ta seule erreur est de ne pas avoir eu assez confiance en moi pour venir me voir. Mais c'est fini maintenant. C'est fini mon cœur.

- Tu m'abandonnes pas ?

- Oh non. Tu es mon petit garçon et jamais je ne t'abandonnerais, lui répondit le professeur en se relevant, le gardant bien contre lui.

- Promis ?

- Promis. On va aller à l'infirmerie maintenant. Tu as besoin de repos et de quelques potions pour aller mieux.

- Pourquoi pas à la maison ? Gémit Ioann

- Tout d'abord pour soigner cette coupure sur ta main que Warrington vient de te faire. Puis parce que je gage que tu vas avoir beaucoup de visites et je ne veux pas voir notre salon transformé hall de gare.

- Qui ?

- Oh, je ne pense pas me tromper en disant que Draco va passer te voir dès qu'il saura où tu es et qu'il en aura l'autorisation, indiqua Severus d'une voix douce en redescendant vers le premier étage tout en évitant de passer par les endroits les plus circulés. Mamie viendra aussi te voir, je n'en doute absolument pas. Ensuite, je pense que tes camarades de dortoir forceront la porte de l'infirmerie pour vérifier de leurs yeux que tu vas bien. Tu sais que tu as là de bons amis. Ils se sont fait un sang d'encre et faisaient tout pour ne pas que tu leur files entre les doigts. Et puis messieurs Crabbe et Goyle aussi. Cela fait deux semaines qu'ils ne me rendent que des devoirs bâclés car ils te suivaient dans l'ombre dès qu'ils en avaient l'occasion et si j'en juge le poids que tu as perdu, ils vont se faire une joie de te remplumer. Sans compter messieurs Zabini et Nott qui se chargeaient de faire taire les mauvaises langues qui en avaient après toi. Et crois moi qu'ils sont efficaces. Pas plus tard qu'avant-hier, Finnigan a failli mourir sous le regard assassin de Zabini. Tu vois mon Cœur, il y a beaucoup de monde à s'être inquiété pour toi. Et je suis prêt à parier que Monsieur Londubat passera également te voir et jamais il n'oserait s'aventurer chez nous.

- Vont penser que je suis faible et lâche et tricheur et y voudront plus me voir, se remit à sangloter Ioann.

- Je ne pense pas non. Draco est au courant ainsi que Monsieur Londubat. C'est d'ailleurs lui le premier à avoir appris pour Warrington et qui nous a prévenu. Quant à tes amis, si justement ils sont de vrais amis, alors ils ne se détourneront pas de toi. S'ils le font, c'est qu'ils ne te méritaient pas, Chaton.

- Tu crois ?

- Oui. Mais tu vas commencer par dormir. Parce que tu es très fatigué. On verra demain pour les visites.

- Tu restes avec moi ?

- Pendant que tu dormiras, j'irais manger dans la Grande Salle. Mais je passerais le reste du temps avec toi. Ne t'inquiète pas.

- M'abandonne pas…

La petite voix était devenue presque étouffée et quand il passa la porte de l'infirmerie, Severus remarqua que le garçon dormait profondément. Poppy s'avança inquiète et lui indiqua un lit autour duquel elle ouvrit des paravents. Elle l'ausculta un moment, soigna sa blessure d'un sort, avant de décider de le laisser dormir pour l'instant. A son réveil, elle lui donnerait une potion contre les spasmes de l'estomac, puis une potion nutritive afin d'aider son corps à assimiler la nourriture. Ensuite elle lui donnerait un repas léger mais nourrissant. Cela faisait un mois qu'il ne mangeait presque pas, elle ne pouvait pas le remettre à une alimentation normale tout de suite.

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La Grande Salle était toujours aussi bruyante qu'à son habitude. Le plafond magique montrait un ciel étoilé, dépourvu de nuage. Du côté de la table des Serpentards, une brochette d'élèves jetait des regards furtifs mais insistants à la table des professeurs. De là où il était, Severus pouvait voir l'inquiétude qui les rongeait. Il croisa le regard de son filleul et lui fit un léger signe de tête qui le rassura. Albus se leva et demanda le silence. Son visage était sévère et n'avait plus son côté bon enfant. Il semblait presque las.

-Mes chers enfants. J'ai appris une bien triste nouvelle aujourd'hui. Un élève de cette école a usé de chantage et de menaces pour pousser un de ses camarades, plus jeune, à voler et tricher pour lui. C'est un acte méprisable et impardonnable. La victime en a énormément souffert pendant de longues semaines et j'en suis extrêmement désolé. Le coupable sera bien évidemment puni. Son sort sera mis entre les mains du conseil disciplinaire composé des professeurs et des membres du conseil d'administration de l'école. En attendant, il est confiné dans un isolement total et secret. Ceci étant dit, je vous souhaite un bon appétit.

Le directeur se rassit alors qu'une explosion d'exclamations résonnait dans la salle, chacun des élèves cherchant à savoir qui étaient les deux personnes citées. Draco et Blaise s'échangèrent un regard entendu et un léger sourire en coin. Vincent et Grégory se mirent à manger avec appétit, se promettant de faire reprendre quelques kilos à leur jeune camarade. Elidjah, Connors, Julian et même Owen se mirent à sourire tant leur soulagement était grand. Ils avaient tous apprécié le caractère un peu mutin de Ioann au début de l'année et avaient hâte de le retrouver. De son côté, Neville sentait son cœur battre fortement en pensant que c'était aussi un peu grâce à lui que son ami voyait le bout de son tunnel et un sentiment de fierté lui envahit la poitrine. Un peu plus loin, George et Fred étaient partis dans un conciliabule fraternel. Ils avaient bien remarqué que si Ioann n'était pas présent, Warrington non plus. Après tout, ils étaient dans la même promotion, ils ne pouvaient pas passer à côté de l'absence de leur camarade à la silhouette massive. Ils ne savaient évidemment pas ce que le conseil de discipline déciderait pour la sentence, mais ils étaient déjà sûrs d'une chose : la punition ne serait pas assez humiliante. Aussi décidèrent-ils de faire le nécessaire pour palier à ce manque incontestable.

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Samedi 6 Février 1993

Ioann se réveilla et remarqua tout de suite qu'il était relativement tard. Il bâilla fortement avant de se rouler en boule dans la chaleur de sa couette. Il était revenu dans les appartements de son père tard dans la soirée. En fait, pour être totalement honnête, il savait qu'il devait y revenir mais il avait dû s'endormir et son père avait dû le transporter jusqu'à son lit. Le jeudi avait été une dure journée, malgré la potion calmante dont Tatie Poppy le gavait. Il n'avait eu droit à aucune visite autre que celle de son père. Et entre cauchemars et angoisses, il avait été plus fatigué que reposé de son sommeil.

Il avait fallu attendre la veille pour qu'il aille un petit peu mieux. Comme prévu, Draco fut le premier à venir le rejoindre, avec un paquet de Chocogrenouilles, alors qu'il était encore relativement tôt. Il lui avait fait un peu la morale en lui disant que la prochaine fois qu'il avait un problème, il devrait venir l'avertir sur le champ. « Sinon comment je tiens ma promesse de te protéger si je sais rien ! ». Ioann s'était senti penaud mais également content que son frère ne le voit pas comme un infâme tricheur. Puis après le petit déjeuner, ce fut au tour de ces amis nourriciers de venir lui rendre visite, les poches pleines de petites brioches au sucre.

Minerva était venu le rejoindre lors d'un créneau horaire libre et contrairement à ce qu'il avait pensé, elle ne lui avait pas fait la morale sur le fait qu'il aurait dû en parler et ne pas s'enfermer ainsi sur lui-même. Elle avait sorti un jeu de cartes explosives et il était sûr qu'elle avait fait exprès de perdre. Il avait ensuite dormi tout l'après midi aidé d'une potion, avant de se réveiller en fin de journée aux côtés de ses camarades de dortoir. Ils lui racontèrent avec animation leur journée et particulièrement une farce que Peeves avait faite au professeur Lockhart. Celui-ci avait été outré de voir son brushing ruiné par l'eau douteuse provenant des toilettes. Il avait également eu la surprise de voir Neville lui rendre visite à l'heure du repas. Il avait bafouillé que son père étant assis à la table des professeurs, il était sûr de ne pas le rencontrer à son chevet. Ioann, terriblement gêné, l'avait remercié pour ce qu'il avait fait, mais le Gryffondor lui avait demandé doucement de ne plus jamais baisser les yeux devant lui.

- Même si tu estimes que tu as été lâche toutes ces semaines, moi je trouve que tu as été très courageux de supporter tout ceci si longtemps sans en parler à personne. Et pour cela, tu ne dois jamais baisser les yeux.

Ioann l'avait alors regardé avant d'éclater en sanglots. Neville s'était approché et l'avait maladroitement serré dans ses bras. Il n'avait pas l'habitude de rassurer d'autres personnes et se sentait terriblement gauche. Mais alors que le plus jeune s'abandonnait dans ses bras, il s'était senti important. Parce qu'il n'avait plus eu l'impression d'être Londubat le maladroit ou l'empoté. Il était juste Neville, un garçon sur qui Ioann Snape n'avait pas peur de pleurer. Et celui-ci ne sembla pas s'apercevoir de son manque d'habitude et se satisfaisait très bien de ce qu'il lui donnait. Quand il se reprit complètement, il lui fit un petit sourire miteux alors que ses joues, si blêmes depuis quelques semaines, s'étaient colorées d'un rouge assez soutenu. Ils finirent par rire ensemble de la situation.

Puis enfin ce fut au tour d'Albus de venir lui rendre visite, chocolat chaud et bonbons au citron sous le bras, non pas pour l'interroger sur ce qui s'était exactement passé, mais pour lui raconter une histoire dont il ne sut jamais si elle était vraie ou pas. A vrai dire, il n'en connut pas non plus la fin, s'étant endormi en cours de route. Et là, il venait de se réveiller dans son lit, dans sa chambre, et tout en se promettant de ne jamais en parler à personne, il tendit la main vers son dragon en peluche qui avait perdu de sa blancheur au fil des années et qui étrangement était posé à côté de son oreiller. Il savait qu'il donnait ainsi l'impression d'être un bébé, mais il était de toute façon tout seul et puis c'était comme ça.

Peu de temps après, la porte de sa chambre s'ouvrit et instinctivement il coinça son dragon entre ses jambes sous le drap afin que personne ne le voie retomber en petite enfance. Severus s'assit à ses côtés et posa une main fraiche sur son front avant d'y déposer un bisou.

- Bonjour Chaton, tu as bien dormi ?

- Oui papa. Ça faisait longtemps d'ailleurs, chuchota-t-il en se tassant un peu.

- Je sais. Et tu as encore bien du retard en sommeil à rattraper. Je veux que tu restes au lit aujourd'hui. Demain on verra mais pour l'instant si je te vois hors du lit pour autre chose que pour passer à la salle de bain et aux toilettes, je t'attache à ton matelas.

- Faut que je fasse mes devoirs aussi.

- Pas aujourd'hui. Demain tu les feras et si tu n'as pas le temps de tout faire alors lundi pendant le cours de soutien, au lieu de reprendre le cours de Défense, tu n'auras qu'à les finir. Mais je serais intransigeant pour aujourd'hui. Tu te reposes et tu manges correctement. Tatie et Mamie viendront te tenir compagnie, Oncle Henrique aussi et je crois qu'Oncle Lucius et Tatie Narcissa viendront dimanche.

- Ils savent ? Demanda Ioann d'une toute petite voix craintive.

- Oui, je les ai mis au courant. Et ne t'inquiète pas, ils sont très en colère contre Warrington et ont bien l'intention de te chouchouter pour te faire oublier cette sombre période.

- Et Oncle Milo ?

- Il viendra te voir une autre fois. Il est sur un reportage en Australie et ne peux pas revenir pour l'instant. Bon et que dirais-tu d'un bon bain chaud pour bien commencer cette journée ? … même si la matinée est sur le point de se terminer.

- Je veux bien ! … Mais tu travailles pas ?

- Non, aujourd'hui je reste avec toi.

- Papa… hésita grandement Ioann en osant pas le regarder dans les yeux.

- Ioann, je ne vais pas t'abandonner et non, je ne suis ni en colère ni déçu. Maintenant tu peux remettre Leloo sur ton oreiller au lieu de l'étouffer au fond de ton lit et tu files à la salle de bain.

Ioann rougit brutalement à cette dernière remarque et attrapa sa peluche pour la remettre là où il l'avait prise tout en brossant les poils de ses mains pour faire style qu'il n'était pas gêné le moins du monde de s'être fait pincer en pleine crise de câlinage de peluche.

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Vendredi 12 Février 1993

Une semaine était passée et Ioann reprenait petit à petit le dessus même si ses cauchemars étaient toujours un peu terrifiants. Draco avait été ferme et restait d'autorité à ses côtés toutes les nuits afin de l'aider à retrouver un peu de sérénité. Au plus grand plaisir des adultes, il avait déjà repris un peu de poids, son visage avait retrouvé sa blanche fraicheur alors que ses cernes avaient presque disparu. Ioann avait pu constater que ses amis lui étaient vraiment indispensables. Eli et Connors l'aidaient dans la plupart des cours où il avait pris du retard alors que Julian et Owen avaient accentué leurs disputes puériles afin de lui redonner le sourire. Mais aucun ne l'avait accusé de quoi que ce soit quand ils avaient appris ce qu'il avait fait et pourquoi.

Actuellement il était assis entre Vincent et Grégory, qui ne lui avaient pas laissé le choix de s'installer ailleurs, et attendait comme tout le monde que les plats arrivent tout en se demandant pourquoi cela prenait tant de temps. Mais quand il vit Warrington entrer, accompagné de Minerva, il ne put s'empêcher frissonner et de baisser les yeux devant son regard noir. Un rappel à l'ordre du professeur de métamorphose détourna l'attention du quatrième année. Le directeur se leva et fit taire les murmures qui circulaient au milieu des tables. Tout le monde avait finalement bien compris que le Serpentard, n'étant plus parmi eux, était à l'origine de cette affaire de tricherie.

- Monsieur Warrington. Le conseil de discipline, composé du conseil d'administration et des professeurs s'est donc réuni pour statuer sur votre sort. Le professeur Snape étant le père de la victime, il n'a évidement pas participé aux délibérations, commença Albus déclenchant une nouvelle vague de murmures car le nom de l'élève qui avait subi des pressions était resté au maximum secret malgré quelque rumeurs. Votre comportement a outré considérablement l'assemblée et la sentence a été approuvée à l'unanimité.

Severus laissa un sourire en coin glisser sur ses lèvres et il se promit de remercier Lucius pour avoir muselé et rangé Bletchley de leur côté. Il était sûr que cet homme aurait facilement pu s'engouffrer dans cette brèche pour faire du tort à Albus. Même si pour cela il s'était servi des malheurs d'un garçon de onze ans.

- Vous êtes donc renvoyé de l'école pour un délai de deux mois. A votre retour, un sortilège de pistage sera apposé sur vous afin de vérifier que vous ne vous approcherez plus de Ioann Snape. Il est évident qu'étant de la même Maison que lui, nous ne pouvons instaurer une distance minimale dans votre Salle Commune. Aussi je charge vos préfets de vérifier que vous restiez le plus éloigné possible de lui. En cas de non surveillance, ceux-ci seront sévèrement punis. De même que si vous passez outre nos exigences, Monsieur Warrington, votre baguette sera brisée et vous serez expulsé de l'école sans possibilité de passer vos examens, le tout sans autre avertissement que celui-ci. Il va de soit que vous êtes également expulsé de l'équipe de Quidditch pour le restant de vos études dans cette école. Vos parents ont été prévenus, votre père vous attend déjà. Le professeur McGonagall va vous accompagner jusqu'à votre dortoir afin de faire vos bagages et elle vous conduira jusqu'au portail. Ce sera tout.

- Albus, intervint Minerva. Je me permets de rajouter une petite chose. Pour le regard d'intimidation que vous avez lancé au jeune Snape il y a quelques minutes, et pour ne pas pénaliser votre Maison pour votre conduite insolente, je vous demanderais donc de rédiger un essai d'une centaine de centimètres sur vos agissements pendant ces derniers mois, sur vos responsabilités envers les plus jeunes de votre Maison, et sur les conséquences de vos actes. Je veux donc que vous analysiez vos faits et que vous les assumiez.

- J'approuve ceci, Minerva. Mais avant de partir, Monsieur Warrington, je pense que vous avez des excuses publiques à faire à monsieur Snape. Nous vous écoutons.

Le Serpentard s'était renfrogné tout au long de la longue explication de sa punition avant de fusiller le directeur du regard. Mais les yeux bleus perçants et dépourvus d'amabilité le firent se ratatiner sur place. Aussi il se tourna avec raideur vers Ioann sous les attentions trop insistantes de l'ensemble de la Grande Salle.

- Je n'aurais pas dû te menacer ni te forcer à faire tout ça. Je m'excuse.

- Monsieur Snape ? Demanda doucement Minerva et voyant que Ioann restait silencieux.

- Je… je sais pas. Il m'en a déjà fait avant la rentrée et il n'y croyait pas, murmura Ioann en détournant le regard.

Il tomba alors sur Neville qui lui sourit et l'incita à relever la tête. Alors il inspira grandement avant de regarder à nouveau Warrington dans les yeux.

- Même si je les accepte, toi tu n'es pas sincère alors ça sert à rien. Et puis … et puis je n'ai pas envie de les accepter. Pas maintenant en tout cas.

- Merci beaucoup Monsieur Snape. Et ne vous culpabilisez pas, je pense que nous comprenons tout à fait votre opinion, le rassura Albus. Monsieur Warrington, vous rajouterez à votre punition des excuses écrites qui ont intérêt à être bien plus convaincantes que la pauvre prestation que vous venez de nous offrir. Minerva, vous pouvez l'emmener, il est maintenant temps pour nous de manger.

Alors que le Serpentard et Minerva sortaient de la salle, Vincent déposa son bras autour des épaules du jeune garçon à ses côtés. Ioann leva ses yeux pleins de gratitude sur lui avant de tourner la tête vers son père. Celui-ci lui fit un sourire. Severus était soulagé pour son fils. Il avait soutenu la confrontation avec son agresseur, et n'avait pas pathétiquement accepté des excuses vides alors que son cœur n'était pas prêt pour le pardon. Il avait eu le courage de ses opinions et le professeur était vraiment très fier de lui.