Théa se remettait doucement. Des blessures physiques étaient quasiment guéries, mais elle souffrait beaucoup du choc, et Severus avait décidé d'autorité de rester quelques jours à leur campement de fortune, ce pour quoi elle lui était plus que reconnaissante.
Ces deux derniers jours, il l'avait rarement laissée seule, ne s'absentant que pendant de courtes minutes pour aller chercher à manger, nourrir leur prisonnier, et d'autres menus impératifs.
Cela faisait quarante-huit heures qu'elle avait été blessée, et elle n'avait quasiment pas quitté la tente. La neige continuait de tomber dans le Nord du Royaume Uni, et la température ne cessait de descendre. La météo Moldue parlait d'un des hivers les plus froids depuis plusieurs décennies, et si Théa ne se souvenait pas d'un quelconque écho de cet hiver 1983, elle le ressentait, malgré la chaleur magique de leur tente.
Pour la première fois depuis deux jours, elle se leva et s'habilla, tremblant légèrement sur ses jambes encore un peu faibles. Elle avait un léger élancement dans la cuisse, mais elle savait pertinemment que dans la magie, elle aurait du rester alitée pendant encore plusieurs jours, voire semaines, avec une telle blessure.
Enfin, non, c'était incorrect. Sans la magie et sans Severus, elle aurait été tuée.
En enfilant son pantalon par dessus une paire de collants, elle remarqua qu'elle avait légèrement maigri. La jeune femme soupira. Ce n'était pas acceptable. Elle allait avoir besoin de toutes les forces qu'elle pouvait rassembler lors des prochains mois de fuite, de traque et de bataille. Elle ne pouvait pas se laisser aller. C'était sa mission, et elle se devait de l'achever, pour le bien de tous, sinon le sien.
Enfilant un manteau et l'écharpe de Severus, elle sortit dans la neige, grimaçant lorsque son pied s'enfonça de plusieurs centimètres dans la poudreuse fraîche. Le prisonnier était ligoté, adossé à un arbre, à quelques mètres. La tête baissée, il ne sembla pas remarquer sa présence. Théa raffermit sa prise sur sa baguette.
S'approchant d'un pas, elle se rendit compte qu'une aura de chaleur entourait l'Auror. Au moins, il n'avait pas froid. Théa eut un demi sourire en constatant que Severus avait plus d'égards envers leur prisonnier que le ministère envers les pauvres âmes enfermées à Azkaban.
D'ailleurs, il était introuvable. Théa s'assit près du feu qu'elle raviva à la main, s'interrogeant sur l'arrivé surprise des Aurors l'avant-veille. Comment les avaient-ils retrouvés ? Dumbledore n'avait aucun moyen de savoir qu'ils seraient à Little Hangleton. Strictement aucun. Théa joua nerveusement avec sa baguette, la faisant tourner entre ses doigts, et soudainement, elle comprit. « L'enfoiré, » murmura-t-elle, sans quitter le bâton des yeux.
Ce fut le moment que choisit Severus pour reparaître dans leur clairière, descendant du balai avec un empressement presque inquiet. Il s'avança vers elle à grands pas, mais le regard qu'elle lui lança l'arrêta net.
Elle lui fit un sourire désarmant.
« Bonjour, » dit-elle d'une voix claire. « J'ai besoin d'une nouvelle baguette. »
Ils avaient décidé de le laisser là, après que Severus ait extrait toutes les informations de valeur de son esprit. Ce qui n'était pas grand-chose, mais mieux que rien. L'esprit à moitié brisé, un Oubliettes avait suffi à terminer le travail ; le Legilimens n'avait pas pris les pincettes qu'il avait utilisées avec Théa et avait dûment fouillé son esprit sans la moindre délicatesse. L'homme ne pourrait probablement jamais reprendre son travail d'Auror, et Théa n'en avait pas été désolée le moins du monde.
Ils avaient appris qu'il y avait une prime faramineuse sur leur tête. Dix mille Gallions, morts ou vifs. Ils étaient considérés comme une menace mortelle pour le monde sorcier, et Théa avait eu un goût de cendres dans la bouche en apprenant cela. Et dire qu'ils essayaient de sauver cette bande d'abrutis.
Tous les Aurors avaient décidé de mettre la main sur eux, faisant des deux complices les personnes les plus recherchées du Royaume Uni magique.
Merveilleux.
Théa avait également expliqué à Severus pourquoi elle devait changer de baguette. C'était évident, pourtant. La baguette lui avait été donnée par Dumbledore. Évidemment qu'il avait mis un sort de traçage dessus. Pourquoi ils ne l'avaient pas compris plutôt, elle n'en avait aucune idée, mais ils ne se laisseraient plus prendre.
« Le Paris magique, » avait dit Severus.
C'était une bonne description. Ils avaient décidé de traverser la Manche afin de lui trouver une baguette libre de sort de traçage. Cela retardait légèrement leurs plans, mais c'était un impératif s'ils voulaient essayer de rester en vie. De plus, Théa avait le vif soupçon que Dumbledore avait bridé la baguette, d'une façon ou d'une autre, et que c'était pour ça que ses sorts étaient aussi nuls.
Le quartier magique de Paris était magnifique. On y accédait par un dédale de ruelles, avec des arcades et des escaliers étroits, apparemment complètement invisible des Moldus ; au bout de ce petit labyrinthe, on débouchait sur une longue rue médiévale, propre et claire, parcourue par des sorciers et sorcières en robes de couleur vive.
Le froid était aussi beaucoup moins mordant qu'en Ecosse, et c'était un changement bienvenu.
Cela n'empêchait pas Théa d'être emmitouflée dans la cape de Severus. Depuis sa blessure, elle avait l'impression d'avoir tout le temps froid. Sa cuisse la lançait toujours un peu mais elle ne doutait pas que la douleur allait disparaître bientôt.
Ils se promenèrent quelques instants, savourant le fait de ne pas voir d'affiches à leur effigie ou de regards obliques de la part des Français, et Severus s'arrêta devant une boutique sur trois étages, sans enseigne mais avec de grandes vitrines qui laissaient son intérieur sans équivoque. Des baguettes magiques.
Ils entrèrent et furent soulagés de voir l'intérieur désert. Severus attendit patiemment tandis que Théa observait les rayonnages. Des dizaines, des centaines de boites de baguettes soigneusement rangées, sans la moindre trace de poussière. Elles portaient tous un code gravé en lettres d'or, composé de lettres et de chiffres, et Théa n'avait aucune idée de l'organisation. Elle en était à "C147D" lorsque l'arrière boutique s'ouvrit doucement.
« Severus, » s'exclama une voix surprise. Féminine. « Quelle surprise ! »
Théa se retourna, et vit une jeune femme d'une trentaine d'années. Elle était grande, brune, avec de longs cheveux noirs corbeau ondulant jusqu'au milieu de son dos, des yeux d'un bleu azur et une silhouette de rêve.
Théa ne put s'empêcher de se renfrogner intérieurement.
« Sophie, » la salua Severus en inclinant la tête.
Les yeux de la dénommée Sophie tombèrent sur Théa et ils pétillèrent.
« Bonjour ! » dit-elle en Français, un sourire au coin des lèvres. Elle jeta un regard interrogatif à Severus et revint vers Théa, en une question muette.
« Nous voyageons, Sophie, » soupira Severus d'un air pas. « Ne te fais pas d'idées. »
Théa se renfrogna encore plus et cela se vit un peu sur son visage. Détournant son regard d'elle, Sophie s'exclama, « Tu ne peux pas m'en vouloir d'espérer que mon cousin trouve enfin quelqu'un ! » dit-elle en adressant un clin d'œil discret à Théa.
Son cousin. Évidemment son cousin. Parfait !
Interdite, Théa se repassa son cheminement mental. Elle avait soupiré de soulagement. Un son que, si elle connaissait Severus assez bien pour l'affirmer, le principal intéressé avait forcément entendu. Un regard discret vers lui le lui confirma. Il avait haussé un sourcil surpris, pas plus, mais elle était sûre que c'était pour elle, et qu'il se posait, lui aussi, un tas de question.
Théa sentit son cœur s'accélérer et ses mains devenir moites tandis qu'elle réalisait doucement ce qui était en train de lui arriver. Ce n'était pas possible.
« Alors, » reprit Sophie d'un air radieux, « Que me vaut cette visite ? »
« Nous avons besoin d'une baguette pour Théa, » dit Severus rapidement. « Aujourd'hui, si c'est possible... »
« Bien sûr, » répondit sa cousine toujours dans un Anglais parfait. D'un mouvement de baguette, elle fit venir un mètre magique qui mesura Théa sous toutes les coutures. Lisant les résultats sur un morceau de parchemin, elle marmonna quelque chose et alla dans les rayonnages, cherchant vraisemblablement une boîte en particulier. Un silence inconfortable s'ensuivit. Théa se mordit l'intérieur de la joue, mal à l'aise, mais visiblement, c'était la seule ; Severus la regardait d'un air amusé, frôlant l'arrogance. Il allait se mettre à parler lorsque Sophie revint avec une boîte qui semblait plus vieille que les autres.
« Voilà, » dit-elle avec un sourire un peu incrédule. « Je crois que ce pourrait être celle-ci. Tenez, essayez-la. »
Se sentant particulièrement ridicule, Théa ouvrit la boîte, en sortit une baguette d'un bois clair et poli, et l'agita devant elle. Elle sentit une force l'envahir, et la baguette sembla crépiter entre ses doigts, avant de lancer une gerbe d'étincelles vertes.
Sophie eut un sourire ravi. « Je m'en doutais ! »
Severus lui jeta un regard interrogateur, et sa cousine fut ravie d'expliquer.
« Tu sais que mamie fabriquait des baguettes, » pépia-t-elle. Severus hocha la tête. « Un jour, elle a eu la visite d'une jeune femme. C'était il y a quoi, une cinquantaine d'années. Elle avait la vingtaine et elle était clairement perdue. On aurait dit une gamine venant chercher sa première baguette, sauf que là, c'était une adulte. Elles en ont essayé des dizaines et des dizaines, aucune ne fonctionnait. Je crois que Beauxbâtons lui avait proposé un boulot. Au bout de plusieurs heures, n'y tenant plus, mamie a fait une baguette sur mesure pour cette femme. Elle s'appelait Alice. Cœur de crin de licorne, en bouleau, 25 centimètres. Et elle a marché. Après, mamie est allée boire un verre avec cette Alice, et elle lui a raconté qu'elle n'avait aucune idée de comment elle était arrivée là. Qu'elle était une Moldue. »
Théa jeta un regard interdit à Severus qui le lui rendit. Sophie observa leur interaction avec un plaisir évident.
« Mamie est devenue amie avec Alice, » dit-elle. « Elles se sont fréquentées jusqu'à la mort d'Alice et de mamie il y a une dizaine d'années. Elles ont pris une photo ensemble. Je vais vous montrer. »
D'un geste de sa baguette, Sophie attira a elle une boîte ancienne, qu'elle ouvrit et entreprit de fouiller pendant quelques instants.
Sans un mot, elle tendit la photo à Théa, et Severus se pencha par-dessus son épaule pour voir.
Théa pâlit.
C'était son portrait craché.
Les cheveux roux-auburn, les yeux bruns, le même nez. La même bouche. Les seules différences étaient que le visage d'Alice présentait quelques taches de rousseur et que son menton était légèrement plus volontaire, mais on aurait pu les confondre aisément.
« Et c'est sa baguette ? » s'enquérit Severus de sa voix grave, envoyant un frisson rouler dans le dos de Théa.
Sophie hocha la tête et Théa lui rendit la photo.
Troublée, elle ne dit rien pendant un long moment, gardant les yeux fixés sur sa nouvelle baguette. Qu'est-ce que cela signifiait ? Elle avait un sosie, un sosie qui était arrivé des années avant elle, en France cette fois. Et l'information principale restait sur ses épaules comme une chape de plomb. Elle était morte ici. Dans ce monde. Dans cette réalité. Elle n'avait jamais pu retourner chez elle.
Tandis que Severus conversait avec Sophie, échangeant des nouvelles sans grand intérêt, il posa une main sur son épaule, la serrant brièvement. Il avait noté cette information, lui aussi. Théa ravala ses larmes et releva la tête.
« Merci, » dit-elle avec un sourire en direction de Sophie. « Je suis sûre que ce sera très utile. »
La jeune femme hocha gracieusement la tête et les mena vers sa maison, qui se trouvait derrière la boutique, après une cour qu'il fallait traverser. Elle était mariée, semblait-il, à un Français nommé Charles qui était en mission pour ce qui semblait être l'équivalent des Aurors en France.
« Vous allez rester ici ce soir, bien sûr, » pépia-t-elle en leur servant du thé.
Le dîner fut agréable. Théa mangea avec appétit, reprenant des forces après sa blessure, et écouta plus qu'elle ne parla. Sophie et Severus étaient liés par leur grand-mère, Anna Prince, qui avait eu deux enfants : Eileen et Robert. Robert avait eu deux enfants à son tour, Sophie et son frère, John, qui avait émigré aux États-Unis avec sa femme. La famille Prince était une famille ancienne mais désargentée et les femmes de la famille avaient dû se trouver un travail. Anna s'était prise d'affection pour la fabrication de baguette, et s'était installée en France après l'entrée d'Eileen à Poudlard, se mettant à son compte afin de ne pas avoir à concurrencer Ollivander, qui avait un quasi monopole sur le Royaume Uni.
Sophie, qui était venue chez elle à la mort de son père, avait repris la boutique à sa mort, quelques années auparavant.
Les deux cousins entretenaient une correspondance polie et affectueuse, mais ne se voyaient que très peu.
« Alors, » dit Sophie une fois qu'ils eurent fini le fromage, « Théa, comment avez-vous fait pour sortir Severus de son isolation presque maladive ? »
Théa déglutit et offrit son plus beau sourire. « Oh, nous nous sommes rencontrés à Poudlard, » dit-elle d'une voix désinvolte. Elle essaya de ne pas en dire plus mais c'était sans compter la perspicacité de Sophie.
« Vous ressemblez beaucoup à Alice, » dit-elle d'une voix calme. « C'en est troublant. Et que sa baguette vous choisisse... » Son regard traîna vers Severus. « Vous êtes arrivée comme elle, n'est-ce pas ? »
Théa ne répondit rien. Ce fut le moment que choisit Charles pour rentrer de mission, entrant dans la salle à manger, toujours dans son uniforme. Sophie se leva et alla l'embrasser, mais son regard resta fixé sur Severus pendant plus longtemps que ce qui semblait naturel.
Théa s'agita sur sa chaise et reposa sa serviette sur la table. Severus lui lança un regard d'alerte.
Charles leur sourit et les salua, puis entraîna Sophie dans la cuisine pour lui dire un mot. Dès qu'ils furent hors de vue, Severus se leva.
« On doit partir, » dit-il à mi-voix. « Un mandat d'arrêt international, sûrement. Les salopards. »
La voix courroucée de Sophie monta, dans un Français trop rapide pour qu'ils le comprennent.
« Théa, maintenant. »
Charles sortit à cet instant de la cuisine, baguette en main. Severus dégaina instantanément, et Théa en fit de même. Ils se jaugèrent pendant quelques instants.
« Vous êtes recherchés par les Aurors, » dit Charles dans un Anglais teinté d'un lourd accent. Severus ne répondit rien. « Je dois vous emmener au poste. »
« Ne sois pas ridicule, » dit Sophie d'un ton mauvais. « Tu vas les laisser repartir. »
« Je ne peux pas faire ça et tu le sais très bien, » rétorqua son mari sans les lâcher des yeux. « La coopération magique... »
« A d'autres. Severus est de notre famille. »
« La tienne, pas la mienne. »
Severus lança un regard rapide vers Sophie, et ce fut le moment que Charles choisit pour attaquer. Théa ne manqua pas une seconde. « Protego ! »
Le sortilège marcha, et remarquablement. Le sort de Charles s'écrasa sur le bouclier et Severus lança une salve de Stupéfix, déviés par Charles, et les sorts allèrent s'écraser dans le mur, brisant des cadres. Théa et Severus bataillaient de concert, en synchronisation, et Charles n'avait aucune chance face à Severus. Au bout de quelques minutes, il fut Stupéfixié, et Severus, à peine essoufflé, lança un regard à Sophie.
« Je ne l'ai pas tué par égards pour toi, » dit-il d'une voix grave. « S'il reste sur mes traces, je ne serai pas aussi clément. »
« Mais... » choquée, la jeune femme était restée muette pendant le combat. « Qu'est-ce que tu as fait ? Pourquoi est-ce qu'ils te cherchent ? »
« On sauve le monde, » répondit simplement Théa avant de sortir de la maison, Severus sur ses talons. Il lui tendit son bras, qu'elle prit en souriant, et ils transplanèrent.
Bonjour à tous,
Je suis désolée pour cette longue absence. J'ai pas mal de choses qui me sont arrivées récemment - un bébé, entre autres ; ma fille est née en Octobre - et des déménagements successifs m'ont fait laisser certaines choses derrière moi. Dont un ordinateur.
Je bosse sur Plutôt à Serpentard également mais je refuse de publier un seul chapitre tant que tout ne sera pas traduit. Ce long hiatus sera le dernier pour cette traduction.
J'espère que ça vous a plu, et je vous embrasse.
Nastesia
