CHAPITRE 9
Le lendemain matin, Elsa se sentait particulièrement vidée. Elle bâilla plusieurs fois avant de finalement se lever pour aller prendre sa douche. Il était sept heures. Une mélodie vint se glisser dans sa tête. Elle la chantonna sous le jet d'eau froide pendant une bonne dizaine de minutes, pendant lesquelles elle se lava les cheveux. Elle s'enveloppa ensuite d'un peignoir bleu, utilisa une serviette comme turban pour sa crinière mouillée, et alla à son bureau. Il faisait froid dans sa chambre, mais elle ne le ressentait pas comme un fardeau, au contraire. Elle préférait ça à la chaleur. Le courrier de la veille, qu'Anna n'avait pas eu le courage de lire, formait une pile d'un bon mètre sur sa table de travail. Elle s'assit en soupirant, fit un premier tri entre les lettres de formalités, les plaintes, les rapports sur les livraisons de marchandises et ceux sur l'armée. Ces derniers lui parvenaient quotidiennement, un point sur lequel le général Gard avait insisté. Il voulait que sa reine soit toujours au courant de l'état de l'armée du royaume.
Elle commença par la lecture des lettres de formalités. En les faisant défiler rapidement, elle découvrit trois sceaux qu'elle fit tout de suite passer en priorité. Asgard, Corona et Weselton. Elle ouvrit la première enveloppe.
Bonjour Votre Altesse,
Je souhaitais tout d'abord m'excuser personnellement pour tout ce qui était arrivé lors de notre visite. J'aurais aimé le faire directement à vous, mais étant donné votre état inconvenant, j'ai préféré partir. Je n'ai donc plus que ce moyen pour vous contacter. Mon retour ne doit pas être particulièrement désiré par les vôtres.
J'espère que tout se passe bien avec votre tuteur. Si vous avez un quelconque problème, ou bien une question, n'hésitez pas à m'envoyer une lettre. J'ai laissé dans la volière de votre palais un corbeau que vous reconnaîtrez sans difficulté. Il fera l'intermédiaire entre vous et moi.
Mes salutations,
Lady Sif
Elsa sourit. Anna n'avait pas dû être de bonne humeur après ce qui était arrivé. Heureusement, il semblait que la future souveraine du royaume magique l'ait bien pris. Elle prit un stylo et un parchemin, hésita, avant d'écrire un message de remerciements bref et courtois. Elle le glissa ensuite dans une enveloppe, et le posa par terre pour former une nouvelle pile qui n'encombrerait pas plus sa table. Elle prit ensuite le message de Corona.
Chère Elsa,
Ou ma chère nièce, devrais-je dire. J'espère que tu ne me reprocheras pas mon manque de distance par rapport à toi. Je n'ai jamais été quelqu'un qui a vraiment respecté l'étiquette.
Je voulais simplement t'informer que ta cousine Raiponce viendra vous rendre visite. Elle arrivera par bateau le premier de Heyannir*. Ne prends pas la peine de la recevoir avec tous les honneurs, elle ne souhaite pas déranger par une arrivée impromptue.
Autrement, j'espère que l'arrivée de l'ambassade terrienne ne vous a pas trop prises par surprise. Il faut admettre entre nous qu'ils sont un peu étranges. Surtout le blond… Steve Rogers si je ne me trompe pas. Ils ont l'air à la fois tellement soudés et tellement différents. Comme si des épreuves les avaient unis.
Je te laisse te faire ta propre opinion de cette affaire.
Avec tous mes vœux de bonheur,
Primerose
Elsa sourit. La reine Primerose et elle ne s'étaient jamais rencontrées, mais dans les nombreux courriers qu'elles avaient échangé, on sentait toujours une certaine tendresse à l'égard de l'autre. Dans sa façon d'écrire, Primerose lui rappelait son père. Ce qui n'était pas vraiment étonnant puisqu'ils étaient frère et sœur.
Elle sortit un nouveau parchemin, écrivit un message composé en grande majorité de remerciements, avant d'ajouter une mention spéciale du mariage qui arrivait. La famille royale de Corona était évidemment invitée.
Puis, elle fronça les sourcils. Le premier de Heyannir… le premier de Heyannir… Mais c'est aujourd'hui ! réalisa-t-elle soudain. Elle ajouta l'événement dans son calepin.
Elle ouvrit enfin le courrier de Weselton. C'étaient principalement des excuses du roi lui-même qui regrettait les actions du duc. Elle rédigea un message dans le même genre que celui qu'elle avait écrit pour Asgard, avant de l'ajouter à la pile à expédier. Puis, elle passa au reste.
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Il était neuf heures passées lorsqu'elle sortit enfin de son bureau. Elle s'habilla rapidement, ouvrit la porte pour sortir, et tomba nez à nez avec Loki. Elle recula instinctivement.
— J'allais justement toquer, sourit-il.
Il se baissa pour ramasser un pendentif en forme de flocon de neige, suspendu au bout d'une chaînette en argent.
— Je crois que c'est à vous, fit-il en le lui tendant.
— Mon collier… merci.
Elle lui lança un petit regard surpris en recueillant l'objet dans la paume de sa main, et le fit passer autour de son cou. En la voyant se débattre avec le fermoir, il se glissa derrière elle, écarta ses cheveux et l'attacha en un geste précis. Elle le remercia d'un signe de tête.
— Vous avez déjeuné ? s'enquit-elle.
— Non, pas encore. À vrai dire, je vous attendais.
Elle s'interrogea sur les raisons de ce comportement étrange. C'était tellement différent de ce que lui avait décrit Sif qu'elle se sentait perdue. Au bout d'une nuit avec cet homme dans son palais, elle ne savait déjà plus qui croire. Elle secoua légèrement la tête.
— Alors allons-y, décida-t-elle.
Il la laissa passer en première, et adopta son rythme.
Il n'y avait personne dans la salle à manger. Les autres devaient avoir mangé plus tôt, étant donné que la majorité du palais se levait vers sept heures. Ils s'installèrent, et des serviteurs apportèrent des plateaux remplis.
Elsa ne mangeait pas, elle chipotait. Elle n'avait jamais été une goinfre, au contraire d'Anna. Et la présence de cet homme non loin lui donnait une étrange sensation. Loki de son côté n'avait pas besoin de beaucoup manger. Le métabolisme de dieu permettait d'avaler peu pour une quantité d'énergie maximale. Ce qui n'empêchait pas Volstagg d'engloutir autant de nourriture qu'un Jötun affamé.
Ils quittèrent la pièce peu après leur entrée, croisant sur le chemin la Veuve Noire.
— Majesté, salua-t-elle en se baissant pour faire une courbette. Vous allez à la réunion ?
— En effet.
— Tant mieux. Je me suis perdue.
Loki se mordit la langue pour ne pas faire de commentaire, mais l'éclat amusé de ses yeux en disait long. L'agente lui retourna un regard assassin. L'échange silencieux avait duré à peine une fraction de secondes, et la reine n'avait rien remarqué. Elle partit en avant, suivie des deux autres, qui conversaient en murmurant.
— Dois-je informer Thor de votre fuite, ou bien y a-t-il un semblant d'explication logique à votre présence ici ? s'enquit la rousse d'une voix basse et coupante.
— Je pense que ce ne sera pas nécessaire.
Il émit un doux rire qui se perdit dans le bruit de leurs pas.
— Et pourquoi donc ?
— Je ne vais pas vous donner des informations que vous réutiliseriez à votre avantage, se moqua-t-il.
Elle serra les dents. Il savait qu'elle n'aimait pas ne pas savoir, et que ça l'agaçait prodigieusement. Et il en profitait.
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Elsa entra dans la pièce. Les conseillers et ministres se levèrent, suivis avec un temps de retard par les ambassadeurs, peu habitués aux manières royales. Elle alla s'asseoir à la table ronde, et Loki se posta derrière elle, attentif. Le débat commença par des formalités d'usage, puis Stark entra dans le vif du sujet en annonçant :
— Nous aimerions pouvoir construire une base de laquelle nous pourrions étudier la planète, la faune et la flore. Pour cela, nous…
Le dieu se tendit. Il avait vu les ravages causés par les humains. Cette contrée, qui semblait paisible et accueillante, ne méritait pas de connaître le même sort. Il tendit le bras, et tapota l'épaule d'Elsa. Elle tourna la tête vers lui, légèrement agacée. Il se pencha pour lui murmurer :
— À votre place, je ne le leur permettrais pas. Je sais que vous ne me faites pas confiance, mais vous devriez me croire à ce sujet. J'ai été là-bas, et certains endroits sont dans un état absolument désastreux.
Elle fronça les sourcils.
— Vous avez des preuves ?
— Moi non. Mais demandez-leur un enregistrement de tous les événements récents. S'ils sont honnêtes, vous verrez ce qui s'y passe vraiment. Il y a sans cesse une guerre. Qu'elle soit civile ou territoriale.
Stark n'avait pas arrêté de parler, sans remarquer qu'on ne faisait plus attention à lui. Elsa l'interrompit, en proie au doute.
— Monsieur… Stark, c'est ça ?
Il hocha la tête.
— Avez-vous des enregistrements de votre actualité récente ?
Il y eut un silence lourd, ponctué de regards soudainement nerveux entre les Avengers. Loki sut aussitôt qu'il avait frappé juste. Elsa aussi avait noté ces œillades. Elle attaqua :
— Que se passe-t-il donc sur votre planète ? Qu'est-ce qu'il y a de si important et secret ?
Natasha soupira. Elle sortit un petit appareil carré, qui projeta une image de la télévision terrienne.
— Nous sommes en lien direct avec eux. Ce que vous voyez est en décalage de quelques minutes avec la réalité, soupira-t-elle.
La reine fixa son regard sur les images en mouvement, tout comme Anna à sa droite. Elle ne comprenait pas les mots prononcés par les journalistes, mais les images derrière étaient claires. Elle réalisa avec un mélange de peur et de surprise que son tuteur avait eu raison.
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NdA : Heyannir est un mois dans le calendrier nordique, entre Juillet et Août. ;)
Aussi, petite note à part, pour ceux qui me laissent éventuellement des reviews anonymes, j'y réponds aussi en reviews, à défaut de pouvoir faire autrement pour communiquer avec vous ^-^
