Chapitre Dix : Résistance, rencontre


Ainsi résolu, le jeune archer file vers l'aride désert Gerudo, là où l'attend sans doute son destin. Alors que la nuit tombe, Alan s'inquiète des terribles créatures nocturnes pouvant surgir sur l'immense plaine d'Hyrule, ayant toujours son arc et des flèches à portée de main. Les portes du désert apparaissent au loin, trop loin. Il est minuit quand le jeune homme atteint enfin la bordure du désert, mais à sa grande surprise se retrouve seul. Le vent glacial du désert le fait frissonner :

- Ce n'est pas possible... moi qui pensait que le désert était aride...

Alors qu'il observe le paysage accidenté, sa monture se fige tout à coup. Manquant de tomber, le jeune archer se rattrape de justesse et découvre le pont brisé surplombant un immense ravin. Il prends un air ennuyé :

- Comment on fait à présent ? On va jamais pouvoir passer par dessus...

Mais l'étalon fait un brusque demi-tour et s'éloigne de quelques pas du ravin, puis se tourne à nouveau vers le pont brisé, relevant avec un air fier sa fine tête. Alan s'écrie alors :

- Ne me dis pas que tu veux sauter ça ?

Sysco se cabre tout à coup, puis part dans le galop le plus allongé qu'il puisse, faisant la sourde oreille aux ordres de son cavalier. Puis le bai prends son appel à quelques mètres du ravin, et fait un bond impressionnant, tandis qu'Alan s'accroche autant qu'il peut à la crinière, un peu effrayé. Comme s'il avait fait cela depuis toujours, Sysco se réceptionne habilement, et s'arrête un peu plus loin du bord de l'autre côté du ravin. Blanc comme un linge, Alan le flatte et lui glisse :

- Si tu as d'autres talents cachés, tu ferais mieux de me prévenir avant...

L'étalon le fixe avec intensité de ses grands yeux noirs, puis hennit vers l'horizon. Comprenant le signal, Alan lui permet de se remettre en marche. Jusqu'au désert il marche, et commence à s'inquièter :

- "Et s'ils étaient déjà partis ? Qu'est ce que je devrais faire ?"

A un moment, Sysco renâcle et refuse d'avancer d'avantage, piaffant sur place. Sans un mot, Alan glisse de la selle, noue les rènes, et flatte l'encolure de l'étalon. Puis il s'éloigne peu à peu dans le désert glacial, malgré les appels désespérés de son étalon. Le vent siffle à ses oreilles, et le froid engourdit ses membres, mais il avance toujours, se battant contre le sable glissant du lieu. Longtemps il marche ainsi, plusieurs heures durant, alors que le manque de sommeil, de nourriture car il n'avait rien avalé ce jour là, l'entravent de plus en plus. Ses yeux irrités par les tempêtes de sable ne lui offrent qu'une vision limitée des choses. Puis, sans qu'il ne puisse le parer, quelque chose lui saute dessus, le paralysant net. Alors qu'il hurle de douleur, l'être le retourne avec violence dos contre terre, et il peut distinguer avec peine son visage : une gérudo... une femme à la peau très mate, très guerrière, aux pantalons bouffants, et au tee-shirt court. La gérudo lui demande avec force :

- Qui es-tu, avorton, pour violer le royaume de notre seigneur ?

Comme il ne répond pas, elle lui plante son sabre dans l'épaule. Il hurle à nouveau, et essaye de concentrer sa toute jeune magie pour former un bouclier. Mais, à peine le marque de son poignet s'illumine t-elle que la gérudo réagit plus promptement que lui : lui asseignant un cruel coup de point au visage, elle interrompt sa concentration, et l'empoigne par la gorge :

- Je t'emmènerai à notre seigneur, le tout puissant Ganondorf, pour qu'il réponde de toi...

Alan ouvre faiblement les yeux, et mumure avec rage :

- Jamais... cette horreur... n'a eu d'ordre... à me donner !

Donnant un vif coup de genou dans le ventre de son assaillante, il recule en titubant sous la douleur, et cherche son épée fine. Mais la guerrière du désert, rapide comme une lionne, lui dégage l'arme des mains, et le remet à terre, lui brisant les jambes. Puis elle s'empare de son poignet droit, et commente :

- Voilà qui changera du menu fretin de ces stupides rebelles... Lord Ganondorf sera très interressé.

Le trainant sans merci dans le sable, Alan laisse échapper quelques larmes de douleur, et s'empare de son arc et d'une flèche, ses mains tremblantes réduisant sa précision. Avec toute sa haine, il décoche la flèche, qui se fiche dans le ventre de la gérudo. Cette dernière, de surprise, le relâche, puis lève son sabre tranchant au possible pour décapiter le jeune archer. Appeuré, ce dernier se protège de ses bras, et s'attend au choc. Mais ce dernier ne vient pas : alors Alan découvre un étrange homme qui s'interpose entre lui et son assaillante : habillé comme son viel ami Anar, avec un étrange oeil rouge inscrit sur ses vêtements au niveau du ventre, des cheveux blonds échappants à un turban blanc, très mat de peau, des yeux rouges intenses et une souple combinaison à dominante bleue et blanc. La gérudo s'exclame, horrifiée :

- Oh non, pas encore toi !

Sans répondre, le nouvel arrivant se jette sur elle, avec des attaques d'une grande rapidité. Esquivant celles de la gérudo avec grâce et souplessen il fait tomber une pluie incessante de coups sur la guerrière du désert. Au bout d'un moment, comme las, il s'empare d'un fouet, et dégage le sabre de la gérudo. Cette dernière, humiliée et blessée, s'enfuit en jurant de se venger. Alan voit cette scène avec distance, ses forces s'effacant peu à peu. L'inconnu se penche vers lui et dit :

- Tiens bon. Je t'emmène en lieu sûr.

Ne pouvant pas se débattre, le jeune archer remarque qu'on le soulève et l'entraine dans une direction précise de la tempête de sable. Puis, lentement, ses yeux se ferment, son énergie complêtement vidée par ses blessures...
Un rayon de soleil ardent lui caresse le visage, et le pousse à s'éveille, deux jours après. Très surpris, il s'éveille dans une sorte de petite tente composée de cinq lits apparement vides, d'appareil médical :

- Où suis-je ?

Lentement, les souvenirs lui reviennent, ainsi que l'attaque de la gérudo. Craignant d'être dans un camps ennemi, le jeune homme se redresse avec brusquerie, cherchant ses armes. Une voix paisible et masculine se fait entendre :

- Déjà éveillé ? Tes blessures se referment plutôt vite pour quelqu'un de ton gabarit...

Alan devient pivoine, et se tourne vers cette voix; trouvant là son sauveur de la veille. Toutefois, il reste méfiant et demande :

- Où m'avez vous emmené ?

Les yeux rubis de son interlocuteur brillent d'un étrange éclat :

- Car tu l'ignores ?

La voix du jeune archer se fait plus dure envers le Sheikah :

- Répondez moi.

L'inconnu ne semble pas s'offusquer de l'insolence du jeune homme, et réponds d'un ton posé :

- Au camps des résistants.

Puis le sheikah se lève de son siège, et lance à Alan avant de sortir :

- Rejoins moi dehors dès que tu seras prêt. Une discussion s'impose dans l'état actuel des choses.

Alan, silencieux, ne peut s'empêcher de penser que l'inconnu lui rapelle Anar, a comme un air de famille avec ce dernier. Après avoir revêtu sa légère et souple armure de cuir, ses bottes, ses gantelets...et tout le reste de son équipement, il sort de la tente, et découvre un petit camps de guerre. Les guerriers y résidant ne le lâchent pas des yeux, à son plus grand déplaisir. Le jeune archer retrouve sur un rocher éloigné le mystérieux sheikah, et s'avance vers lui. Son sauveur jouait avec une harpe dorée richement ornée. Un air qui lui rappellait quelque chose... Sans rien dire, Alan s'assied dos à dos au sheikah, sort son ocarina, et joue la dite "berceuse de Zelda".Longuement ils jouent en parfaite harmonie, puis le sheikah lâche :

- J'avais raison de te porter secours : le fait que tu connaisses cette musique m'en dit plus sur toi...

Puis les deux jeunes gens se retournent pour pouvoir se parler aisément, et son sauveur se présente :

- Je suis Sheik, l'un des meneurs des forces résistantes. Et tu es Alan...

L'archer dévisage avec stupéfaction son interlocuteur :

- Comment le... savez vous ?

Sheik garde son expression neutre, et dit d'un air badin :

- Des sources sûres m'ont parlé de toi. J'ai été au courant de ton existence. Mais tu m'intrigues...

Le Sheikah regarde l'ocarina vert et beige d'Alan, et murmure :

- On raconte que ceci appartient au Héros du Temps... c'est la marque de sa confiance en toi. Tu dois être quelqu'un de bien.

Un long silence s'installe, avant qu'Alan ne reprenne et demande avec franchise :

- Je suis venu pour me battre à vos côtés. Dès maintenant, je suis prêt à vous servie. Ma loyauté aux résistants n'a pas de faille !

Sheik le regarde longuement, semblant l'analyser sous tous les détails, puis réponds avec gravité :

- Tu n'es pas encore prêt pour les batailles, bien que tes pas t'y ramèneront un jour. Nous n'avons pas besoin de toi ici...

Blessé, Alan se relève d'un bond, et s'écrie avec indignation :

- Pas besoin de moi ? J'ai parcouru une bonne part d'Hyrule dans l'espoir de vous trouver, et je me fais renvoyer ? Très bien, j'ai compris. Je ne dirais rien sur votre cachette, sur mon honneur. Rien à dire de plus.

Rangeant l'ocarina, il s'éloigne à vive allure, contrarié, sous le regard profond du sheikah, sans jamais se retourner :

- "Dans ce cas, mieux vaux faire cavalier seul"

Ignorant la petite voix mentale lui disant qu'il fait erreur, il passe les portes, et s'engouffre dans une corniche rocailleuse et sinueuse. Mais à peine a t'il fait deux pas qu'une silhouette apparait devant lui. Sheik. Décidant de l'ignorer, il s'arrête juste devant lui sans le regarder, et lâche avec amertume :

- Je crois que l'on n'a rien à se dire. Donc laissez moi passer.

Les yeux rubis du sheikah restent profonds, et sa voix étonnament calme malgré l'affront ;

- Ce n'est pas une attitude très digne d'un guerrier de Nayru.

L'étonnement se lit dans les yeux de l'archer, mais il se borne à dire :

- Quand on a sacrifié parents, famille, proches et contrée, que l'on a risqué plusieurs fois de mourrir pour ce but, je pense que ma réaction est justifiée.

Les yeux bruns du jeune homme se voilent de tristesse quelques secondes durant, ce que le Sheikah remarque sans peine. Il pose alors une main ferme sur l'épaule de l'archer :

- Je ne te mésestime pas, loin de là. Mais il est trop tôt pour que tu nous rejoigne. Ton aide sera plus utile à d'autres.

Alan s'exclame alors avec énergie :

- Mais je ne sais pas où me rendre moi !

Sheik se détend alors, et lui conseille :

- Quelqu'un t'appelle dans les Bois Perdus. Des lieux sacrés attendent que quelqu'un leur rendre leur force après avoir été purifiés. Suite à cela, tu pourras rejoindre nos rangs. Tu seras acceuillis à bras ouverts. Mais n'oublie pas : tu n'es pas un simple guerrier, tu as une mission qui t'es propre. Ne te laisse pas tuer, ta présence pourrais être précieuse dans les semaines à venir.

Le sheikah le guide jusqu'aux portes du désert, où Alan rappelle Sysco et remonte dessus. Juste avant qu'il ne parte, Sheik sort sa harpe :

- Ne pars pas tout de suite... retiens cet air... il te sera précieux pour la suite.

Le guerrier lui joue une mélodie grave et profonde. Alan s'applique à la répéter et à la mémoriser, puis demande :

- Quelle est cette musique ?

Avec un air mystérieux, Sheik lui lance :

- Une précieuse alliée pour l'avenir. On l'appelle le "Chant du Temps". Garde en le secret...

Puis le sheikah disparait dans une explosion de fumée, appeurant quelque Sysco, qui fait un violent écart. Puis, après avoir à nouveau sauté le pont démoli, alors que son cheval galope, Alan pense :

-"Je ne sais pas ce qu'on attend de moi. Tout cela me dépasse complêtement, mais bon..."