Résumé du chapitre précédent : pour leur plus grande surprise à tous les deux, Harry et Luna se retrouvent en France alors que Luna s'apprête à apporter son aide à l'armée qui se prépare. S'ensuit alors un très net rapprochement entre les deux jeunes gens, tous deux marqués par la guerre, tous deux meurtris, quoique de différentes façons.
Par ailleurs, ils ne sont pas les seuls à se rapprocher : profondément ébranlé par les tortures dont sa fille a été victime sous son propre toit, Malefoy tente de se racheter, parfois au prix de sa dignité, auprès du bébé mais aussi auprès de Hermione sans laquelle Lisbeth n'eût probablement pas échappé au sort funeste que lui réservait son tourmenteur.
Cette dernière de son côté, peine à se dépêtrer des sentiments étranges qui l'assaillent au sujet du jeune homme.
Parole de l'auteur: des scènes assez violentes vont se produire dans ce chapitre, il est question de pédophilie, d'homosexualité, et (très, très peu) de viol. Je ne vais pas tout vous raconter à l'avance bien sûr, mais je veux simplement vous rassurer : il n'y aucune scène trash, aucune description crue, et je précise à tout hasard que je ne suis pas homophobe. Maintenant que c'est dit, je vous souhaite une bonne lecture.
Réponses à la review anonyme :
Fa : coucou, merci pour ta review qui m'a fait très plaisir. Oui, le trafic de chair humaine est un sujet assez dur à aborder, et il est bien triste de constater que c'est est toujours un problème d'actualité. Ce chapitre sera moins axé sur la relation entre nos deux héros, mais il jouera tout de même un rôle important dans son aboutissement. Je te laisse découvrir tout ça. Bisous et bonne lecture.
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Quatre saisons
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Troisième partie : l'automne
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La Toussaint
Dans une modeste maison, située dans un village obscur d'Angleterre, un homme tout de noir vêtu était penché sur une de ses obscures potions. Satisfait de ce qu'il obtint, il baissa le feu sous le chaudron et s'étira, ravi de pouvoir s'octroyer une heure de sieste avant de rependre le travail. Mais une alarme retentit soudain depuis le perron, signe qu'il avait un visiteur. Pestant contre l'enquiquineur qui osait l'importuner pendant son travail, Rogue se leva néanmoins pour le recevoir.
Verrouillant la porte de la cave derrière lui, il remonta à l'entrée et ouvrit la porte avec mauvaise humeur. Il eut alors la surprise de se retrouver face à Drago Malefoy qui le regardait froidement. Surpris, Severus le salua maladroitement :
« Euh… bonjour Drago. Que me vaut l'honneur de ta visite ?
-Et bien, énonça l'autre d'un ton impassible. Je suis venu pour régler une affaire des plus délicate. Puis-je entrer ?
-Cela ne peut pas attendre une autre fois ? Tenta Rogue.
-Non, trancha-t-il abruptement. C'est assez urgent. Et dans notre intérêt à tous les deux, je vous conseille de me laisser passer. Nous avons un problème, un très gros problème, surtout vous. »
Plissant des yeux, Rogue préféra ne pas répliquer. Sans un mot, il s'écarta et invita le jeune homme à entrer d'un geste tout sauf amical.
Un peu plus tard dans la cave, un rat au pelage marron suivait avec des yeux attentifs le manège des humains qui avaient osé pénétré sur son territoire. Le premier était grand et se fondait dans le décor avec sa robe sombre. Le second, plus jeune et aux cheveux très clairs, se tenait en face du premier. Après une minute d'observation minutieuse où les deux hommes n'avaient fait que jacasser des sons incompréhensibles, l'animal se rasséréna : quelles que fussent leurs intentions, les intrus semblaient pacifiques et n'en voulaient ni à sa vie, ni à celle de sa meute. Alors, sans s'intéresser davantage à la scène, la petite bête retourna dans son terrier
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Défunts
Le lendemain au point du jour, Malefoy se présenta devant le Seigneur des Ténèbres pour l'échéance de sa mission. Assis sur son trône devant lequel étaient agenouillés des novices en « période d'essai », Voldemort s'empressa de mettre fin à leurs babillages lorsqu'il aperçut Drago devant les portes. D'un geste, il renvoya les apprentis et ordonna au chef Malefoy d'entrer.
Celui obéit, exécuta le minimum syndical d'une révérence, et parla en premier :
« Maître, je vous rapporte les résultats de ma mission.
-Bien Drago, bien, exulta son maître. J'espère pour toi qu'elle a abouti, sans quoi tu le paierais fort cher.
-Elle a… à peu près abouti, hésita-t-il.
-À peu près ? Répéta le mage d'une voix doucereuse. Lorsque je confie une mission Drago, ce n'est pas pour qu'elle soit à peu près, mais parfaitement réussie, sans bavure ni délai de retard.
-Il n'est pas absolument pas question de cela Mylord, répliqua Malefoy d'un ton stoïque. J'ai découvert qui était le traître. Malheureusement, cet imbécile s'est suicidé pendant l'interrogatoire.
Cette nouvelle inattendue eut le bon côté de chasser le début de contrarié du Lord, pour la remplacer par de la surprise. D'une voix curieuse, il s'informa :
-Suicidé ? Mais comment a-t-il réussi ? De quelle façon l'as-tu interrogé d'ailleurs ?
-Avec du veritaserum, c'est ce qu'il y a de plus pratique, de plus utile, et en outre il y en avait un paquet à disposition.
-Bien sûr. Tu as bien fait, l'approuva-t-il. Mais comment s'est-il suicidé ?
-Il avait une petite poche de cyanure dans la bouche, expliqua Drago. J'ai pu l'interroger pendant quelques minutes, avant qu'il réussisse à se dégager de l'emprise du veritaserum, pendant quelques secondes, pour croquer la capsule et avaler le poison.
-Ingénieux, commenta-t-il en hochant la tête. Je me renseignerai sur cette technique, mais poursuis : qui était ce traître ? »
Sans répondre, Malefoy leva la baguette et effectua un mouvement compliqué dans l'air : un corps apparut soudain sur le sol. Blanc et raide comme un bloc de glace, Severus Rogue reposait, les lèvres et le visage figé comme un masque de pierre. En reconnaissant le visage de feu son espion, Voldemort s'adressa à Malefoy sans parvenir à dissimuler sa stupeur :
« Severus ? Mon fidèle Severus ? Tu en es sûr ?
-Absolument maître, soutint-il bravement. Avant de se tuer, il a avoué que c'était lui qui avait allumé les feux d'artifices il y a plus d'un mois.
-T'a-t-il révélé pour le compte de qui il l'a fait ?
-Non. En revanche, au printemps dernier, j'ai reçu un message mystérieux qui annonçait la reprise de l'AD – un brouillon d'organisation qui s'est formé à Poudlard pendant ma cinquième année avec des étudiants médiocres, dont Potter, pour leur inculper de prétendues bases de combat. Ce message devait s'adresser à une de mes mudains qui en faisait partie autrefois, Padma Patil, mais elle n'en a jamais eu vent. Et l'envoyeur, dont je n'ai deviné l'identité qu'hier, c'était lui : Severus Rogue.
-Effectivement, ceci est un acte de trahison inqualifiable, marmonna l'autre dans sa barbe. Je te croirais volontiers Drago, si seulement tu avais une preuve de ce que tu avances.
-Je n'ai pas de preuves sur ses actions terroristes, contra-t-il prudemment. En revanche, je possède une preuve incontestable de sa trahison vis-à-vis de notre camp. Je l'ai sur moi.
-Alors donne-la moi, exigea le Lord avec dureté.
Malefoy sortit un petit objet de sa poche : c'était un cadre photo dans lequel était enchâssé une miniature. D'un ton monocorde, il donna des indications supplémentaires :
-La voici. Le nom de la personne photographiée se trouve sur le dos du support.
-Accio. »
La photographie vola dans la main diaphane du maître. Celui-ci put examiner la personne qui se trouvait sur la photographie : c'était une belle jeune femme rousse, souriante, qui le regardait avec des yeux vert reconnaissables entre mille. Médusé, l'homme retourna le portrait et lut : « Lily Evans ». Dégoûtée, il rejeta l'objet sur le cadavre comme s'il se fût agit d'un déchet répugnant, puis fulmina à voix haute :
« Quand je pense à toutes ces années de loyauté… des mensonges ! Trahisons… et tout cela pourquoi, je vous le demande un peu ? Pour une charognede Sang-de-bourbe disparu il y a près de vingt ans. Quelle dérision !… Incendio ! »
Le corps prit feu aussitôt avec la photographie. Fasciné, Malefoy regarda jusqu'au bout l'agonie du portrait : à mesure que les flammes léchaient le papier glacé, le visage ravissant de Lily Potter se recroquevilla, noircit et fondit comme des dizaines de larmes. Le cadre, lui, s'enflamma comme le reste. Les derniers éléments à disparaître furent les yeux.
Les yeux verts de Lily Evans qui avaient envoûté la destinée de tant de personnes.
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« Rogue est mort ? S'exclama Tonks d'une voix abasourdie.
-Apparemment, opina Harry d'un ton sombre. C'est une catastrophe.
-Rogue ? Répéta Mme Maxime d'un ton étonné. Ce n'était pas un traître ?
-Non, répondit Harry, il a toujours servi notre cause. Dumbledore lui faisait confiance, et il était mon seul contact en Angleterre.
-Qui l'a tué ? Demanda Tonks nerveusement.
-Voldemort je suppose, émit-il d'un ton las. Je l'ai vu brûlé son cadavre hier. Jamais je ne l'avais senti aussi furieux depuis ma septième année.
-Charmant, commenta Tonks d'un air glacial. Mais alors du coup, je suis en train de penser, nous n'avons plus de lien en Angleterre.
-J'en ai peur.
-Mais il reste Rémus ! Acheva-t-elle d'un ton triomphant. Nous pouvons le prévenir.
-Tonks… commença-t-il en soupirant
-Attends, laisse-moi finir, le coupa-t-elle. Je sais que tu ne veux pas dévoiler ton identité, et j'ai très bien compris les raisons. Mais écoute : maintenant que nous n'avons plus personne, il faudra bien en arriver là. Rogue ne courait pas moins de risque en t'épaulant que Rémus. Et Rémus au moins… il ne nous a jamais trahi.
-Rogue non plus.
-Je sais, je sais, concéda-t-elle. Mais reconnais-le toi-même, son jeu n'était pas clair. Mise à part la confiance absolue que lui accordait Albus Dumbledore, quelle preuve avons-nous de sa véritable allégeance ?
Harry savait tout cela, lui-même avait douté longtemps avant d'acquérir la certitude inébranlable que Rogue ne les avait jamais laissés tomber. Mais il ne voulait pas en discuter avec Tonks. Pas maintenant. Pas si tôt. Alors d'un ton excédé il rendit les armes :
-Très bien, c'est d'accord : nous préviendrons Rémus.
Tonks eut alors un sourire rayonnant et lui dit avec reconnaissance :
-Merci.
-Tout de même, reprit Mme Maxime d'une voix songeuse. Je serais curieuse de savoir comment les Magemort ont démasqué le professeur Rogue.
-Je suis sûr que c'est ce petit fouineur de Malefoy, grogna Harry.
Aveuglé par une féroce rancune depuis qu'il savait que c'était ce petit serpent qui gardait Hermione prisonnière, le Survivant vouait une haine sans borne envers son ancien rival.
-Je suis sûr que ce n'était pas lui, déclara soudain Luna d'un ton candide.
Les trois personnes la regardèrent comme s'il lui poussé était un troisième bras. D'une voix méfiante, Harry la questionna :
-Que veux-tu dire ?
Mais Luna ne parlait de la même chose que lui.
-Mais oui voyons ! S'écria-t-elle comme si elle venait de découvrir une chose très importante. Le sang sur la lettre, ce n'est pas celui de Rogue, c'est du sang de Pygathor. Je me disais bien que la forme des taches avait quelque chose d'étrange, et j'ai compris : elles sont parfaitement ovales et équidistantes… »
Luna eût certainement poussé plus avant sa description détaillée sur les fameuses taches, si au grand soulagement des occupants de la pièce, on n'avait point toqué à ce moment-là. Luna s'interrompit aussitôt en voyant qu'on ne l'écoutait plus. À ce moment-là, un jeune homme d'environ dix-neuf passa la tête à travers l'entrebâillement de la porte et annonça aux quatre sorciers de la pièce :
« Excusez-moi de vous déranger, mais l'entraînement va commencer dans cinq minutes.
-Très bien, je vous suis, déclara Harry. Et vous ? Vous venez aussi ? Enchaîna-t-il en s'adressant cette fois à ses compagnons.
-Bien sûr mon ami.
-J'arrive Har… euh, Vernon ! »
Luna hocha la tête, déçue de ne pas avoir pu aller jusqu'au bout de sa démonstration.
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Le temps des noisettes
Simon passait une sale journée. Après la soirée d'Halloween qui avait tourné au cauchemar pour lui, il avait naïvement espéré que loin du manoir, Jude Pucey ne pourrait plus l'atteindre. Hélas, la scène dont il avait été victime une semaine plus tard, avait brisé ses illusions comme du cristal.
Sept jours plus tôt :
Comme tous les jours depuis la soirée d'Halloween qui avait tourné au cauchemar pour lui, il se sentait nerveux et déprimé. Cependant, par peur des conséquences, il n'en montrait rien et s'efforçait d'agir comme d'habitude. Parfois, il sentait le regard de Padma peser sur lui, mais elle ne disait jamais rien, le jeune garçon espérait de toutes ses forces qu'elle n'avait rien remarqué. Quant à Naomi, il avait endormi ses soupçons en lui faisant croire qu'il était enrhumé et migraineux.
Ce matin-là, il était chargé de cosser des noisettes en prévision des nombreuses pâtisseries que l'on ferait avec. Armé de son casse-noisette, il effectuait ce travail ennuyeux depuis presque deux heures lors que tout à coup, une voix sucrée fredonna derrière lui :
« Bonjour Simon.
Le garçon manqua de se pincer le doigt. Haletant sous l'effet de la surprise, il se retourna et retint un couinement horrifié en apercevant son bourreau dans la cuisine, à quelques pas de lui. D'une voix criarde, il glapit :
-Que… qu'est-ce que vous faîtes là ? »
Le corps frémissant devant la frayeur palpable de sa proie, Jude se retint de lui sauter dessus. Certes, ils étaient seuls, mais il n'avait pas assez de temps pour profiter du gamin aussi, plutôt que de tout gâcher par précipitation, il préférait s'amuser un peu avec lui, en attendant le jour où il pourrait combler ses désirs de façon plus charnelle. D'un ton qu'aurait sûrement employé la vieille ogresse pour charmer Hansel et Gretel, le prédateur se joua de lui :
« Mais je suis venu tout simplement venu prendre de tes nouvelles Simon, rien de plus. Dois-je comprendre que tu n'es pas content de me voir ? Rajouta-t-il l'air faussement peiné. Ce n'est pas très gentil. Et moi qui ne suis venu ici rien que pour te voir ! »
En effet, l'occasion s'était présentée très facilement : Malefoy l'avait convoqué lui ainsi que d'autres collègues Mangemorts pour planifier la prochaine attaque dans le Nord de l'Angleterre. Baragouinant un prétexte futile pour échapper quelques minutes à la réunion, Jude était parti à la recherche de l'objet de ses convoitises en se renseignant çà et là auprès des innocents petits mudains qui ne se doutaient de rien. L'homme avait déjà repéré quelques têtes qui avaient éveillé son intérêt. « Mais c'est le paradis ici, jubila-t-il intérieurement. Il faudra que je vienne plus souvent. » Cependant avant de penser à ses futures conquêtes, il tenait déjà à accomplir celle-là : c'était devenu une question de fierté, et même d'honneur.
Simon l'arracha à sa rêverie macabre en le questionnant d'une voix un peu plus affermie :
« Pourquoi vous me harcelez autant ?
D'une voix doucereuse, l'adulte répliqua :
-Tu trouves que je te harcèle ?
-Et bien euh… c'est-à-dire… oui, un peu, osa-t-il répondre d'une voix chevrotante. Je travaille là.
-Oh, ne t'inquiète pas, je ne serai pas long, promit Jude avec un sourire peu rassurant. J'ai seulement quelques instructions à te communiquer pour les jours à venir et je ne saurai trop te conseiller de les suivre à la lettre si tu veux qu'il n'arrive rien de fâcheux à tes précieux amis. »
Simon blêmit de terreur, et devant cette figure décomposée, Jude éprouva un sentiment de domination et de puissance terriblement jouissives. Une idée odieuse venait soudain de lui traverser l'esprit. « Je sens qu'on va s'amuser », exulta-t-il cruellement. Changeant de physionomie du tout au tout, il exigea durement :
« Pour commencer, tu vas rompre avec ta chère dulcinée.
-Quoi ? Croassa-t-il.
-Après tout, mieux vaut la tenir en-dehors de nos histoires, tu ne crois pas ? Gazouilla-t-il. Elle nous pourrait nous gêner, ce qui serait fâcheux. Je ne voudrais être obligé de la chasser moi-même.
-Jamais ! Vagit soudain Simon. Vous ne la toucherez pas !
-Alors, occupe-toi dès maintenant de l'écarter si tu ne veux pas que je m'en charge personnellement, commanda-t-il férocement.
Les yeux humides et gonflés, le jeune garçon baissa la tête, incapable de répondre. Impitoyable, Jude insista, voulut l'obliger à répondre. Il le secoua comme un prunier et le poussa dans ses derniers retranchements. À bout, Simon se braqua et riposta avec véhémence:
-Et comment voulez-vous que je rompe ? Je ne pourrais pas ! Elle se doutera de quelque chose, elle est beaucoup plus intelligente que vous ne le croyez.
-À toi de te montrer persuasif, gronda l'autre. Mais si vraiment cela te pose trop difficultés, tu n'auras qu'à appuyer sur une de ses faiblesses.
-Elle n'a pas de faiblesses ! Riposta violemment Simon avec la fougue des jeunes amoureux.
-Et débrouille-toi pour lui en trouver une. Toute intelligente qu'elle est, elle reste une filles, et les filles sont des créatures faibles et versatiles par nature. Inspire-toi d'une disgrâce physique dont elle a honte.
-Qu… une quoi ? S'exclama-t-il sans comprendre ces dernières paroles.
-Enfin quoi ! S'impatienta l'autre. Elle a bien un défaut qui lui fait honte, non ? Un gros nez, ou bien une cicatrice ! Tu n'auras qu'à jouer là-dessus.
Aussitôt, Simon devint livide et dut secouer la tête pour retenir ses larmes. Puis brusquement, il gémit d'une voix pitoyable :
-Mais pourquoi vous faîtes ça ? Qu'est-ce que vous voulez à la fin ?
Simon n'avait que neuf ans. C'était à peine s'il pouvait concevoir que l'homosexualité existait : il était trop jeune pour se poser des questions là-dessus ou s'y intéresser. Quant à la pédophilie, il n'en connaissait même pas le mot. C'est pourquoi lorsqu'il vit Jude se pencher vers lui, il ne put imaginer les pensées que l'homme avait derrière la tête à son encontre. D'une voix câline, l'homme lui chuchota, son nez à quelques centimètres du sien :
-Tu es à moi. »
Et sans crier gare, il attrapa le garçon par la taille et plaqua ses lèvres contre les sienne. De stupeur, Simon fut tout d'abord pétrifié, puis, lorsqu'il sentit la langue du vieux lubrique tenter d'entrer dans sa bouche, il retrouva aussitôt l'usage de ses membres et se débattit comme un beau diable, à deux doigts de vomir. En réponse, Jude le souleva et le broya contre lui pour l'empêcher de remuer. Alors, en dernier recours, le plus jeune hurla dans la bouche de son agresseur.
Son cri résonna si fort que Jude fut bien obligé de le lâcher. Aussitôt libre, le garçon prit une inspiration et ouvrit la bouche pour crier derechef mais, prévoyant aussitôt cette réaction, l'adulte fut plus rapide que lui : il lui assena un violent coup dans le dos pour lui couper la respiration puis, sans ménagement, le jeta par terre.
Et tandis que le garçon se remettait lentement, il prit congé en ses termes :
« Pas mal pour un début. Cependant il va falloir perdre cette mauvaise habitude de brailler toutes les cinq minutes, ça devient lassant. Bon, ce n'est pas que ta compagnie m'ennuie, mais d'autres devoirs m'appellent, surtout n'oublie pas le petit travail que je t'ai demandé de faire. Oh ! Et bien entendu, pas un mot de cela à personne, autrement je ferai subir la même chose à ta future ex-petite amie. Sur ce, à très bientôt, mon mignon. »
Recroquevillé à même le sol, Simon, triplement dégoûté par l'adulte, par lui-même et par ce qui se venait de se passer, ne peut en supporter davantage. Il eut un hoquet, verdit, puis vomit sur le carrelage. À ce moment, la porte de la cuisine s'ouvrit brusquement devant une Deborah Malefoy scandalisée. D'une voix furibonde, elle cracha :
« Peut-on savoir ce qu'il se passe ici ? Que signifie tout ce raffut ?
-Et bien figurez-vous madame, que je viens d'arriver précisément pour m'en enquérir. Et que pensez-vous que j'aie trouvé ? Ce garçon-là en train de boire du vin en cachette. J'ai évidemment confisqué et rangé la bouteille, mais je crois que le petit ne supporte pas très bien l'alcool.
Pour appuyer ses paroles, Jude pivota et désigna la petite forme recroquevillée sur les dalles. Suffoquant toujours et soulevé de haut-le-cœur, Simon tentait vainement de se reprendre. Le point positif, c'est qu'il ne vomissait plus. Le point négatif, c'est qu'il venait de passer d'un bourreau à un autre pas forcément mieux. Blêmissant de rage devant cette scène, la furie s'abattit sur le pauvre garçon qui n'eut pas le temps de se défendre, ou même de l'esquiver.
-Endoloris ! »
Sitôt touché par le sortilège impardonnable, Simon se tortilla sur le sol et hurla à pleins poumons. Fasciné par ce spectacle qui avait pour lui un caractère lubrique, Jude ne pouvait se détacher des yeux du pauvre corps qui se convulsait sur le sol. Enfin, au bout de quelques secondes qui parurent interminables au jeune garçon, Mrs Malefoy leva le maléfice et lui ordonna d'un ton méprisant :
« Tu va me nettoyer tes saletés. Si dans une heure je suis revenue et que tout n'est pas parfaitement propre, je te ferai amèrement regretter d'être venu au monde. »
Là-dessus sans rien ajouter, elle tourna les talons et sortit de la cuisine. Jude la suivit aussitôt après, ne voulant pas éveiller les soupçons de ceux qui l'attendaient, sans égard pour le malheureux enfant qu'il avait lui-même plongé dans le marasme.
Les jours qui suivirent furent particulièrement pénibles pour Simon qui dut jongler entre ses propres sentiments et l'attitude qu'il s'obligeait à suivre pour n'éveiller aucun soupçon. Pour ne rien arranger, se sentant incapable de rompre avec Naomi, il avait choisi une solution des moins commodes : celle d'éviter le plus possible de se retrouver seul avec elle. Mais cette attitude le rebutait de plus en plus, et au final ce silence, loin de résoudre la situation, ne faisait que l'envenimer. Naomi commençait à se poser des questions. Jusque là, il avait réussi à éviter la confrontation, mais il savait très bien que cela ne pourrait pas durer éternellement.
« Qu'est-ce que ne va pas chez moi ? Pourquoi cet homme me harcèle ? Et qu'est qu'il me veut à la fin ? » Se lamenta-t-il encore une fois d'un ton sombre.
En son for intérieur, il se sentait lâche, sale et honteux. Jamais il ne pourrait oublier le contact immonde des lèvres de ce mufle sur les siennes. Il lui arrivait même de se demander ce qu'il avait fait de mal pour déclencher une telle frénésie chez son ancien propriétaire. Il était dégoûté de lui-même, pensant être responsable de cette passion immorale. Déprimé, Simon poursuivit sa besogne ennuyeuse de frotter l'argenterie avec un chiffon spécial, ignorant que le pire était encore devant lui.
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Deux jours plus tard en France, Harry entra finalement en communication avec Rémus. Composant le numéro sur le portable de Tonks, il entendit la tonalité résonner trois fois, avant qu'une voix pâteuse ne retentît enfin dans son oreille :
« Salut Tonks.
-Ce… ce n'est pas Tonks, le détrompa Harry la gorge sèche et la voix émue.
Il y eut un moment de silence, puis l'homme demanda d'un ton méfiant :
-Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? Et où avez-vous trouvé ce portable ?
-Calme-toi Rémus ! L'invectiva Harry en souriant nerveusement. C'est… c'est moi, Harry.
-Harry… murmura l'autre d'une voix blanche au bout du fil. Non ! Impossible, c'est une imposture. Qui êtes-vous vraiment ?
-Je m'appelle Harry James Potter, soupira le jeune homme. Je vous ai eu comme professeur en troisième année et c'est qui m'avez confisqué la carte des Maraudeurs après que je me sois introduit en cachette à Pré-au-Lard…
-D'accord, d'accord, je te crois, approuva Rémus. Oh Merlin Harry Harry ! Mais par quel miracle… ?
-Ce serait trop long à expliquer, coupa Harry. Je suis désolé Rémus, mais je n'ai pas beaucoup de temps, je suis en France en ce moment.
-Ah bon ! Mais dis-moi… Tonks va bien ? Demanda-t-il d'une voix anxieuse.
-Oui, elle va très bien, elle m'a prêté son portable pour que je puisse te contacter.
-Ah d'accord, je comprends mieux, fit-il avec soulagement. Il y a d'autres personnes avec toi ?
-Oui, il y a madame Maxime, Tonks évidemment, et Luna.
-Luna ? Lança-t-il d'une voix stupéfaite. Elle est avec toi ! Elle va bien ?
-Oui, elle est juste à côté de moi, saine et sauve.
-Seigneur ! Cela fait des mois qu'elle a disparu. Nous avions totalement perdu espoir de la retrouver, avoua-t-il d'un ton accablé.
-Elle a échappé de justesse à son enlèvement et s'est réfugiée en France, expliqua-t-il.
-Quelle excellente nouvelle ! Se réjouit Rémus. Transmets-lui mes salutations.
-Je n'y manquerai pas, promit Harry. Et sinon je… j'ai envoyé un feu d'artifice en Angleterre il y un mois, est-ce que vous en avez entendu parler ?
-Alors c'était toi ? Souffla-t-il avec émerveillement. Ça alors ! Bien sûr que nous en avons entendu parler, toute l'Angleterre a été mise au courant dans les heures qui ont suivi. Mais dis-moi, comment as-tu réussi à te procurer ces fusées ? Les jumeaux Weasley nous ont affirmé qu'ils n'en fabriquaient plus depuis longtemps.
-Oh ! Et bien, hésita Harry. J'avais un contact en Angleterre qui su les reproduire en les changeant un peu pour les faire durer longtemps. C'est lui qui, au péril de sa vie, a déclenché le début des « festivités », si j'ose dire ainsi.
Assurément, recréer ces feux d'artifices cela avait été un jeu d'enfant pour le maître ès potions. D'un ton sombre, Harry acheva :
-Malheureusement, malgré toutes ses précautions, il en est mort quand même : Voldemort a su que c'était lui et l'a exécuté.
-Oh, je suis désolé, déplora Rémus. Qui était-ce donc ?
D'une petite voix, Harry lâcha le nom tabou :
-Rogue.
-Rogue ? S'écria alors Rémus d'un ton choqué. Ce maudit traître !
-Non Remus, trancha fermement le jeune homme. Il ne nous a jamais trahi. Dumbledore lui faisait confiance, et il avait entièrement raison.
Surpris par cette vindicte de la part du jeune homme qui avait longtemps été le premier à exprimer son ressentiment envers l'ancien professeur des potions, Remus déposa les armes en grommelant d'un ton dubitatif :
-Si tu le dis.
-Peu importe vos anciennes querelles Remus, l'interrompit Harry. Aujourd'hui, il est mort, nous devons nous concentrer sur le présent.
-Oui bien sûr Harry, tu as raison, approuva Remus agréablement surpris par la maturité dont faisait preuve le jeune homme. Je vais tout de suite annoncer ton retour aux membres.
-Non, pas maintenant Remus, l'arrêta Harry. C'est trop tôt. Voldemort ne sait pas que je suis ici, ma présence à Paris doit rester secrète le plus longtemps possible. Nous ne sommes pas encore prêts.
-Très bien, je comprends, accepta son ancien mentor. Mais alors en quoi pouvons-nous t'aider ?
-En France, mon nom est Vernon Dudley, confessa le jeune homme avec un demi-sourire. J'entraîne les moldus à combattre contre les sorciers. Quand l'heure sera venu, nous aurons besoin de personnes pour nous conduire et nous accueillir en Angleterre. Tout renfort sera le bienvenu, cela va de soi.
Il y eut un nouveau silence durant lequel le loup-garou réfléchit à ce que venait de lui apprendre Harry. « Entraîner les moldus ? Pourquoi n'y avons-nous pas pensé aussi ? », pensa-t-il avec illumination. D'une voix déterminée, il promit :
-Tu peux compter sur nous Harry. »
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Un matin de fin Novembre où il faisait un froid de canard, Deborah avait finalement réussi à surmonter sa honte et avait invité Abigaël Nott pour une tasse de thé. Soucieuse pour son amie, la jeune femme était venue sans ses enfants, ne voulant pas fatiguer davantage l'épouse Malefoy. Installées dans le boudoir en tête à tête, les deux amies discutaient de tout et de rien. L'ambiance était tendue, on sentait que Deborah devait se forcer pour agir normalement. Assurément, la principale victime de l'opprobre qui était retombée sur les Malefoy, c'était elle.
Après une demi-heure de discussions futiles où elle n'avaient fait que tourner autour du pot, elles n'eurent plus rien à se dire et à contrecœur, Abigaël se résolut à s'informer du moral de son amie :
« Et sinon… est-ce que ça va ?
Devant la mine sincèrement inquiète de son amie, Deborah craqua et tout à coup ce fut comme si on lui avait retiré un masque, elle apparut enfin sous son vrai jour : fatiguée, abattue et amaigrie. D'une voix sourde, elle se confia à sa seule et véritable amie :
-C'est dur… très dur : nous devons sans arrêt repousser la visite de curieux qui inventent toute sorte de prétextes futiles pour voir l'objet du scandale en chair et en os.
-Ah ? Mais je croyais que cela s'était calmé, s'exclama Abigaël avec effarement.
-Oui bien sûr, dit-elle avec un ricanement froid. Les gens commencent à comprendre, mais quand il ne s'agit pas de ragots croustillants, le temps qu'une information se propage par le bouche-à-oreille, c'est toujours un peu long.
-Ah oui, je comprends, répondit-elle d'un air compatissant »
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Or curieuse coïncidence, ce matin-là, Naomi en eut assez. Exaspérée par le comportement de son petit ami qui depuis deux semaines l'évitait comme la peste et ne lui adressait la parole que par monosyllabes, elle se décida à le secouer pour savoir ce qui n'allait pas. D'un autre côté, cette démarche l'effrayait un peu car elle craignait qu'il se fût lassé d'elle. Mais bien que cette perspective la fît trembler, elle ne pouvait plus tenir dans cette situation. Et puis, si vraiment il ne l'aimait plus, elle préférait rompre la première. Elle était trop orgueilleuse pour supporter de jouer le rôle de la victime.
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« Je n'ose plus sortir de chez moi, révéla encore Deborah du bout des lèvres. La dernière fois que je m'y suis risquée, Crabbe, ce goujat, m'a questionnée sur ma vie conjugale.
-Oh Doux Merlin ! Couina Abigaël en plaquant une main sur sa bouche. Mais qu'avez-vous bien pu répondre ?
-Oh pour cela, un simple Doloris bien placé a suffi, gouailla-t-elle froidement. Mais le problème, c'est qu'il n'est pas le seul à se poser la question, et je crains que les mauvaises langues ne finissent de ternir complètement ma réputation.
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Simon était dans le couloir jouxtant le boudoir des deux dames, en train de récurer un vase de Chine avec un torchon qui avait déjà beaucoup servi, lorsqu'un appel provenant du bout de l'allée retentit en invoquant son prénom :
« Simon ! »
Par réflexe, l'interpelé tourna la tête et aperçut de loin une silhouette reconnaissable entre mille. Mentalement, il soupira car en avisant l'air qu'abordait sa petite amie, il comprit aussitôt qu'il ne pourrait pas fuir cette fois. La mort dans l'âme, il fit front, sachant d'avance que la confrontation tant redoutée allait être fort douloureuse pour tous les deux. Lorsqu'elle ne fut plus qu'à quelques pas de lui, il recula prudemment. Comprenant qu'il ne voulait qu'elle l'approchât, Naomi s'arrêta d'elle-même au niveau du vase. Ignorant son air sombre et résigné, elle pointa l'index vers lui et, d'un ton qui ne souffrait pas de dérobade, elle lui intima simplement :
« Il faut qu'on parle !
-Très bien, je t'écoute, répondit-il d'un ton morne.
-Bon, alors pour commencer j'aimerais bien savoir ce qu'il se passe, exigea-t-elle sans détour.
Sans très bien savoir pourquoi il voulait encore gagner du temps, Simon joua les idiots :
-Ce qu'il se passe ? Répéta-t-il.
-Ne fais pas l'innocent, cracha-t-elle en plissant des yeux. Tu sais très bien de quoi je parle. Deux semaines ! Jeta-t-elle soudain avec rancœur. Oui, deux semaines ! Ça fait deux semaines que tu ne me parles plus, et je commence à en avoir raz-le-bol. Écoute, j'ai confiance en toi, et je suis sûre que si tu m'ignores, c'est que tu as un motif sérieux. Seulement j'aimerais bien savoir lequel, si ce n'est pas trop te demander.
Ce disant, elle abordait un air à la fois implacable et suppliant. Devant un tel visage, Simon hésita. Et si il lui disait tout ? Mais à ce moment le sourire vicieux de Jude Pucey apparut devant ses yeux. Simon perdit alors tout courage. Malade à l'idée des paroles qu'il allait lui jeter à la figure, il prit une inspiration, se composa un air distant, puis déclara crûment :
-Il se trouve… que j'en ai assez.
Cette simple déclaration fit l'effet d'une bombe. En moins de quelques secondes, le visage de la fillette se décomposa, et le cœur de Simon se brisa devant la souffrance qui jaillit de ses yeux sombres. Mais presque aussitôt, Naomi retrouva sa maîtrise d'elle-même et songea avec dépit que finalement, elle n'aurait pas à rompre puisqu'il venait si bien de s'en charger. Elle déclara sur le même ton :
-Oh, je vois. Tu en as assez… Très bien. Depuis quand ?
-Trop longtemps, dit-il d'un ton évasif.
-De mieux en mieux, persifla-t-elle. Je suppose que si je n'était pas venue te parler aujourd'hui, tu aurais laissé traîner les choses.
-Peut-être pas, marmonna-t-il. Mais ta venue m'aura au moins libéré de cette corvée.
Rougissant de colère et d'humiliation, Naomi rétorqua :
-Et bien dis donc ! Je ne savais pas que je te dégoûtais tant que ça. Quand je pense que tu n'as même pas eu le cran de me l'annoncer en face !
Simon ne répondit pas et détourna les yeux, plus froid en apparence que jamais. D'une voix où perçaient des débuts de sanglots, elle demanda encore :
-Puis-je au moins savoir pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait pour que tu… tu ne veuilles plus de moi ? Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal, ou bien… ?
Elle s'interrompit avant de s'étouffer dans ses pleurs. Évitant son regard, le garçon lui répliqua sombrement :
-Tu ne veux pas juste me laisser tranquille et passer à autre chose ?
-Non ! Je veux savoir, clama-t-elle les yeux humides. J'ai le droit de savoir. Oh ! Simon, qu'est-ce qui se passe bon sang ? Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Je ne comprends pas.
Craignant qu'elle n'allât trop loin dans ses réflexions, le garçon la stoppa à ce moment-là :
-Tu veux vraiment savoir ? Très bien, je vais te le dire : j'en ai assez de toi, j'en ai assez de tes pleurnicheries, de tes minauderies et de ta stupidité, et j'en assez de sortir avec une fille hideuse et défigurée comme toi…
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« L'ennui, c'est que c'est justement l'incertitude sur ce point… sensible qui alimente les rumeurs, développa Abiagaël avec précaution. Comme ni vous ni Mr Malefoy ne livrez de réponse à ce sujet, le mystère s'accentue et l'attention des indiscrets est forcément focalisée dessus. N'ayant aucune information à se mettre sous la dent, ils persiflent et crachent le venin en attendant leur pitance.
-Mais je n'ai rien à leur dire ! S'énerva Mrs Malefoy en rougissant. Qu'ils se mêlent donc de leurs affaires, ces chiens ! Est-ce que moi je les questionne sur les exploits de leur bonne femme au lit ?
-Je comprends tout à fait, approuva l'autre en hochant la tête. Malheureusement les gens sont ainsi : tant qu'ils n'auront pas la vérité toute nue et toute crue, ils émettront les pires hypothèses jusqu'à ce que les révélations leur soient enfin divulguées, ou bien qu'une nouvelle esclandre apparaisse sur la scène. Après, tout est une question de temps et de patience.
Deborah hocha la tête, se rangeant à ces explications sensées. D'une toute petite voix, Abigaël demanda, incapable de réfréner sa propre curiosité :
-Par ailleurs, est-ce qu'il se comporte toujours… ?
CRASH !
Un bruit de verre brisé retentit soudain dans le hall. Deborah grinça alors entre ces dents : « Qu'est-ce qui se passe encore ? » puis se leva prestement pour se rendre dans le hall, sous le regard estomaqué de sa compagne.
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Devant son ex-petit ami, Naomi, le visage bouleversé par la rage, contemplait sans les voir le vase, qu'elle avait voulu jeter à la tête du garçon. À présent, il n'en restait que des morceaux brisés et éparpillés sur le sol. Un peu comme son cœur.
De son côté, stupéfait par le geste violent de la fillette, Simon, qui avait tout juste eu le temps de se baisser pour éviter le projectile, regardait lui aussi les débris de l'œuvre d'art qui gisaient par terre, pitoyables. Un peu comme leur histoire.
Sans un mot ni regard, Naomi tourna brusquement les talons et s'enfuit vers l'escalier, dans l'intention de se réfugier quelque part à l'étage supérieure où elle pourrait pleurer à son aise.
Simon soupira longuement, épuisé aussi bien mentalement que physiquement. Mais il ne put se laisser aller à verser des larmes car Deborah surgit soudain devant lui, la baguette en main. En voyant le vase et l'enfant qui se tenait juste à côté, elle parut gonfler comme un crapaud-buffle. Sa figure vira au violet. Sans même attendre d'explications, elle pointa sa baguette sur le gamin. Prévoyant la suite d'un seul coup d'œil, Simon ne chercha pas à se défendre : ce serait son dernier geste envers Naomi.
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Au deuxième étage Hermione était en train de tricoter des bonnets pour l'hiver, lorsque des hurlements perçants l'interrompirent dans sa tâche. Intriguée et effrayée en même temps, Hermione sortit de la pièce et se dirigea vers les escaliers, où elle tomba sur une Naomi excessivement pâle, et dont la poitrine se soulevait bruyamment à chaque inspiration. Celle-ci, arrivée au deuxième étage, avait entendu les cris de Simon et s'était figée net, paralysée par différents sentiments contradictoires qui se disputaient en elle. Lorsqu'ils éclatèrent de nouveau, oubliant les paroles venimeuses qu'il lui balancées il y a quelques minutes, elle fit volte-face, sans prêter attention à Hermione qui la regardait d'un air éberlué.
Inquiète pour sa protégée, l'adulte courut à sa suite et pâlit en comprenant soudain ce qui se déroulait en bas. Dévalant les marches, elle rattrapa bientôt la fillette et, avant que celle-ci ne franchît le dernier tournant et ne se lançât dans la gueule du loup, elle la kidnappa dans ses bras en lui chuchotant furieusement :
« Arrête ! Tu ne peux rien faire. »
Mais Naomi ne l'entendit pas. L'esprit centrée sur une seule pensée, elle se débattait comme une diablesse et Hermione dut poser sa main sur bouche en guise de bâillon. Risquant un coup d'œil derrière la rampe, elle vit que Mrs Malefoy n'était pas seule : son amie l'avait rejointe, invitée par Deborah pour participer à la « punition ». Les larmes de Naomi coulèrent entre ses doigts, mais Hermione ne s'en soucia point. Au contraire, elle la retourna et la serra contre elle en lui frottant le dos pour la réconforter. Désespérée et impuissante, la plus petite éclata en sanglots silencieux et s'accrocha à Hermione comme une noyée. Au fond de son âme, l'adulte enrageait devant son impuissance. Sa présence devant toujours rester un secret pour le reste du monde, elle ne pouvait pas intervenir, pas en présence de l'autre sorcière.
« Par la barbe de Merlin ! Mais que se passe-t-il ici à la fin ! Rugit soudain une voix d'homme. Vous avez l'intention de réveiller mes ancêtres, ma parole !
C'était Malefoy, et il n'était pas content.. D'instinct, les deux espionnes se paralysèrent et écoutèrent chacune la suite avec avidité.
-De quoi vous mêlez-vous ? Aboya Deborah. Cet infect vermisseau a cassé le magnifique vase que l'on m'avait offert pour mon anniversaire.
-Je me mêle de mes affaires madame, riposta-t-il. Auriez-vous oublier que ce garçon m'appartient et qu'à ce titre, c'est à moi de me charger sa pénitence, le cas échéant.
-Mais c'est mon vase qu'il a cassé, protesta-t-elle.
-Votre vase vraiment ? À la bonne heure, railla-t-il. Depuis le temps que je rêvais de me débarrasser de cette breloque.
-Cette breloque comme vous dîtes nous venait droit de Chine, et elle a coûté…
-Ce vase de Chine jurait atrocement parmi mon mobilier ma chère. Et puis de toutes façons, je n'ai jamais apprécié l'art asiatique.
-Il n'empêche que ce garnement a brisé un objet qui m'appartenait, c'est mon droit de me punir, revendiqua l'odieuse dame.
-En aucun cas, réfuta tranquillement Malefoy. Lorsque vous avez quelque grief contre un mudain, vous devez obligatoirement en référez à son maître.
-Depuis quand donc prenez-vous à cœur l'intérêt des mudains s'emporta-t-elle. Depuis quand les défendez-vous ? Ah ! Mais suis-je sotte, c'est elle naturellement qui vous a corrompu le jugement. Cette sale petite boue que vous avez eu l'impudence d'aim…
-Il me semble vous avoir déjà interdit de parler d'elle de cette façon, grogna Malefoy.
-J'en parlerai comme je veux ! Je reste la maîtresse de cette maison, et il n'existe aucune loi pour m'interdire d'exprimer ce que je pense de cette… cette…
-Assez ! Tonna-t-il. J'entends que vous ne cessiez de discuter mes ordres. Et si je vous surprends encore une fois à lever la baguette sur un des mudains, je vous ferai subir le même traitement.
-Excusez-moi, mais je vais me retirer, déclara soudain Abigaël qu'on avait oublié.
À l'étage, Hermione murmura à Naomi :
-Il ne faut pas rester là, c'est dangereux. Allons-nous en nous aussi. »
Trop éprouvée pour objecter, la fillette hocha la tête docilement et elles remontèrent, l'esprit marqué par cette scène extraordinaire : la première parce qu'en dépit du mal qu'il lui avait fait, elle n'avait pu supporter d'assister à la torture de Simon, et la seconde parce qu'elle ne savait plus quoi penser de Malefoy. Bien sûr il l'avait brutalisée de la plus sauvage des façons, mais comment aurait-elle pu rester insensible à tout ce qu'il faisait depuis un mois pour Lisbeth, pour les enfants, et aussi pour elle ? La jeune femme eut soudain envie de pleurer.
Pouvait-elle vraiment lui accorder une seconde chance ?
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Une semaine après la communication, alors qu'ils étaient en plein entraînement à l'extérieur, Harry demanda à Luna :
« Luna, est-ce que cela ne t'ennuierait pas venir avec moi au centre de la pièce pour faire une démonstration de duel sorcier ?
Luna hocha la tête et accepta d'une voix douce :
-Bien sûr Harry. »
Les deux sorciers ayant plusieurs mois, plusieurs années même d'expérience en terme de combat, Harry pensait qu'une démonstration de ce type serait bénéfique à tout le monde. D'un œil vif, il parcourut la plaine du regard, satisfait devant les progrès qu'ils faisaient depuis son arrivée. Après des semaines d'entraînement, les soldats moldus arrivaient de mieux en mieux à faire face aux sorciers. Développant leur agilité et leur force pour esquiver les sorts, il n'était plus rare de les voir triompher aux entraînements. Harry s'en réjouissait et ne cessait féliciter tout le monde, n'hésitant pas à prêter main forte aux combattants. Se raclant la gorge, il tapa dans ses mains et lança à la cantonade :
« Hum ! Hum ! Votre attention s'il-vous-plaît. »
Il échangea un regard avec l'un des sergents instructeurs qui comprit aussitôt ce qu'il devait faire. Harry les ayant informés le matin-même de ce qu'il avait prévu de faire, ils s'organisèrent pour faire cesser les luttes en cours et imposer le silence. Et tandis que les soldats se rangeaient sur le côté, l'attention générale se porta peu à peu sur eux. D'une voix moins assurée, le jeune homme déclara brièvement :
« Mon amie Luna et moi-même avons déjà beaucoup combattu dans le passé, alors j'ai décidé de vous montrer à quoi ressemble un duel entre sorciers. Luna ? » Appela-t-il en direction de son amie.
La jeune fille opina silencieusement et se dirigea vers lui de son pas léger. Ce fut à cet instant que Harry remarqua que la démarche aérienne de son amie lui conférait une grâce toute particulière. Mais il n'eut pas le temps d'aller plus loin dans sa contemplation car elle s'arrêta soudain devant lui en le dardant de son regard rêveur. D'une voix maîtrisée, le jeune homme lui demanda tout bas :
« Prête ?
En guise, la jeune fille lui offrit un lumineux sourire et un clin d'œil complice. Ils s'éloignèrent de quelques pas sous le regard attentif de la troupe. Ils se mirent en garde presque en synchronisation, et ce fut Harry qui attaqua le premier :
« Stupéfix !
Luna l'évita simplement en invoquant le charme du bouclier, puis contrattaqua avec un sort d'entrave. Surpris, Harry plongea sur le côté en roulant sur lui-même. Presque aussitôt, il se releva et cria :
-Tarantallegra ! »
Luna tournoya sur elle-même pour éviter le jet lumineux, mais le sortilège lui toucha l'arrière de la tête et son chignon se défit. Ses cheveux longs virevoltèrent autour de sa tête avant de retomber en pagaille sur ses épaules, lui donnant un air sauvage. Ses boucles en forme de radis dansaient comiquement à ses oreilles.
« Experliarmus ! Cria-t-elle.
-Protego ! » Se défendit-il.
Luna leva soudain sa baguette et il y eut brusquement une détonation dans l'air, un nuage de brume se forma soudain autour de la jeune fille. Comprenant ce qu'elle était en train de faire, Harry marmonna une incantation et la brume fut soudain emprisonnée dans une étrange bulle hermétique qui se ratatina en quelques secondes, laissant apparaître la jeune fille un peu déboussolée.
« Rictusempra !
Cette fois, Luna se baissa et n'attendit pas de pouvoir se relever pour répliquer :
-Piper Nigrum !
Le jeune homme esquiva de justesse le sortilège d'éternuement. Mais Luna n'avait pas terminé. Décidant qu'il était temps de passer à l'étape supérieure, elle lui lança un maléfice de cécité temporelle. Harry ne put l'éviter, alors il hurla en rassemblant toute sa puissance :
-Insula minaciae ! »
Un bouclier spectaculaire l'entoura durant les quelques secondes où il ne voyait plus rien, le mettant momentanément en sécurité alors qu'il était dans un état d'extrême vulnérabilité. Lorsque les deux deux maléfices se dissipèrent, il put faire face à l'ancienne Serdaigle qui abordait un air déconfit. En lui adressant un sourire moqueur, il lui lança le sortilège de chatouilles qu'elle para grâce à l'enchantement du miroir, appelé aussi maléfice du boomerang. Harry ne dut son salut qu'à ses réflexes de d'attrapeurs qui lui permirent d'échapper de justesse à son propre sort. Sans attendre, il jeta :
« Demiterre !
Le sort de croc-en-jambe atteignit Luna qui bascula à la renverse. Mais celle-ci refusa de s'avouer vaincue.
-Lacrimare, hurla-telle en roulant sur elle-même.
« Oh la vicieuse ! » S'exclama-t-il intérieurement. Un jet bleu le toucha en pleine poitrine et ses yeux commencèrent à le picoter douloureusement, puis se mettre à pleurer sans qu'il pût les contrôler. Essuyant fiévreusement ses larmes du revers de sa manche, il tenta de reprendre ses esprits. Comme Luna se relevait, Harry parvint à travers ses larmes à lui lancer le maléfice du saucisson.
Trop surprise par le sortilège que Harry avait réussi à lui lancer, elle ne put l'éviter. Son corps se pétrifia tout d'un coup et elle retomba au sol dans la même position. Sentant que la démonstration était terminée, les « spectateurs » applaudirent tandis que le Survivant levait le sortilège qui emprisonnait Luna. Une dernière fois, il essuya les larmes qui lui brouillaient la vue. Enfin, avec un sourire d'excuse, il aida la jeune femme à se relever, et nota la grimace qu'elle afficha lorsqu'il la prit par le bras.
« Ça va ? Dit-il d'un ton inquiet.
-Oui, oui ne t'inquiète pas, j'ai dû me cogner à l'épaule, voilà tout. »
Harry hocha la tête et n'insista pas. L'entraînement reprit son cours, le jeune homme prodigua des conseils à tout le monde. Vers la fin de la journée, stimulé par la démonstration du matin-même, chacun avait fait d'énormes progrès. Harry s'apprêtait à aller se coucher dans ses quartiers jouxtant ceux des officiers, espérant dormir du sommeil du juste, lorsqu'il aperçut Luna dans le couloir qui se tenait toujours le bras machinalement. Elle avait l'air si désorientée qu'il la héla d'une voix clairement soucieuse :
« Luna, ça ne va pas ?
Celle-ci le regarda d'un air ahuri, puis avoua très naturellement :
-Je crois que j'ai un peu mal à l'épaule.
Harry hésita deux secondes, puis lui proposa d'une voix rassurante :
-Tu veux que je regarde ?
La jeune femme eut eut alors une de ses réactions surprenantes dont elle avait le secret : elle haussa les épaules et répondit d'un ton indifférent :
-Si cela t'amuse… »
Secouant la tête, Harry l'invita à entrer dans sa chambre qu'il partageait avec un sous-officier, pour l'heure absent. Doucement, il fit asseoir la jeune femme sur son lit, et, avec précaution pour ne pas la braquer, il déboutonna les trois premiers boutons de sa chemise et la fit glisser sur son bras pour dénuder son épaule blessée. « Comme elle a la peau douce », songea-t-il soudain en rosissant légèrement. De son côté, son ancienne condisciple ne parut pas remarquer son trouble. S'obligeant à rester concentrer, Harry aperçut une vilaine plaie rouge et boursoufflée, tranchant violemment sur sa peau blanche. D'une voix désolée, il lui demanda :
« Mince ! Ce n'est quand même pas moi qui t'ai fait ça ?
-Mais non, répliqua-t-elle tranquillement. C'est juste que quand je suis tombée, mon épaule a atterrie sur un caillou. Il n'y a pas de quoi être atterrée, rajouta-t-elle d'un ton espiègle.
-Je vais quand même nettoyer ça avant que cela ne s'infecte. »
Harry partit chercher une boîte de premiers secours. Il versa une solution sur coton que Luna ne pouvait voir, ensuite il frotta la meurtrissure avec délicatesse pour ne pas lui faire mal. Sans s'en rendre compte, la jeune fille ferma les yeux, savourant ce contact froid qui anesthésiait la douleur. Bientôt, le jeune homme lui prit gentiment le bras, le souleva et le posa ses propres épaules pour pouvoir passer une bande de sparadrap autour de l'épaule de la jeune fille. Bizarrement, le contact de ces mains masculines, tiède et veloutées sur sa peau fine, procura à Luna une agréable sensation de bien-être et de chaleur. Elle jeta un regard timide vers le Survivant qui la soignait et rougit.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Une semaine après la scène douloureuse dont elle avait été témoin, Hermione se trouvait sur les sentiers à l'orée de la forêt, agenouillée devant des noisetiers particulièrement féconds. Accompagnée de tous les enfants – ou presque – elle avait organisé cette sortie sous la recommandation implicite de Drago Malefoy.
Sachant que des amis à lui et à Deborah devaient venir pour le thé, Hermione avait compris qu'il leur fallait mieux s'éclipser quelques temps. Pour cela, elle avait bien entendu réquisitionné Padma et couché Lisbeth dans son lit en confiant sa garde à un elfe personnel de Malefoy.
Armés de seaux et de paniers, les enfants ramassaient toutes les noisettes qu'ils trouvaient, encouragés par Hermione qui leur promettait d'en faire des merveilles de pâtisserie. Ce jour-là fort heureusement, il ne pleuvaient pas mais le ciel était couvert de nuages gris perle et l'atmosphère regorgeait d'humidité et de fraîcheur. Padma grelottait et se frottait les bras dans l'espoir vain de s'insuffler un peu de chaleur. Parcourant machinalement la petite assemblée des yeux, elle remarqua alors qu'il manquait quelqu'un. Soucieuse, elle s'approcha de Hermione qui tentait d'attraper des noisettes en haut des branchages. Arrive à sa hauteur, elle lui signala :
« Hermione, tu n'aurais pas vu Simon par hasard ?
Perplexe, celle-ci se retourna et répondit :
-Si bien sûr, il est resté au manoir.
-Quoi ? Mais tu… je croyais que tous les enfants devaient venir, s'étonna-t-elle.
Le visage de Hermione se durcit.
-En effet, mais là il est en punition. Il s'est montré particulièrement désagréable avec Ruth et Sarah, alors je l'ai envoyé grenier pour faire le ménage, avec interdiction d'en descendre avant notre retour. Là-bas au moins, je suis sûr qu'il est en sécurité. J'espère qu'il se montrera plus poli à l'avenir.
Padma hocha la tête sans conviction, puis fit soudain remarquer en abaissant la voix :
-D'un autre côté, je le trouve bizarre ces temps-ci, pas toi ?
Hermione ne répondit pas tout de suite. S'assurant simplement que personne ne les écoutait, et surtout pas Naomi, elle confessa à voix basse :
-Oui, je l'ai remarqué aussi.
-D'abord il se met à bouder tout le monde pour on ne sait quelle raison, ensuite Naomi refuse de lui parler du jour au lendemain, et maintenant il s'enferme dans sa coquille.
-Pour ce qui est de Naomi, je pense que j'ai deviné, chuchota Hermione. Elle ne m'en a jamais rien dit bien sûr mais… je crois qu'ils ont rompu il y a une semaine, et assez brutalement à ce que j'ai compris.
Padma jeta une exclamation étouffée :
-Oh ! Mais je ne savais même pas qu'ils étaient ensemble.
-Pourtant ce n'était guère difficile à deviner : ils étaient tout le temps collés l'un à l'autre.
-Je sais mais… c'est juste qu'ils sont si jeunes, s'expliqua-t-elle d'une voix confuse.
-Plus tant que ça, objecta tristement Hermione.
Son amie baissa la tête, puis questionna avec désappointement :
-Comme c'est dommage en tous cas ! Pourquoi ont-ils rompu ? Ils avaient l'air de tellement bien s'entendre.
-Je ne sais pas, répondit-elle abruptement. Et je ne le vais pas le leur demander. Ce ne sont pas nos affaires, nous n'avons à nous en mêler.
Padma hocha la tête, se rangeant à ses arguments. Puis, sans vraiment parler à Hermione, elle se remémora à voix haute :
-En y réfléchissant bien… c'est après la soirée d'Halloween qu'il a commencé à se comporter bizarrement.
-La soirée d'Halloween ?
-Oui, tu sais bien, on nous avait envoyées toutes les deux à l'étage, et les enfants se coucher plus tôt pour ne pas croiser les invités.
-Ah oui, se rappela Hermione. Et alors ? Tu penses qu'il y un lien ? »
Regardant autour d'elle, Padma entraîna Hermione à l'écart. L'ancienne Griffondor eut alors un mauvais pressentiment en remarquant son teint pâle. Elles s'éloignèrent un peu du sentier, tout s'assurant qu'elles n'étaient pas suivies. Une fois à l'abri des oreilles indiscrètes, Padma prit une inspiration, puis confessa d'une voix coupable :
« Je suis désolée Hermione, j'aurais dû t'en parler plus tôt, mais le soir d'Halloween, je suis descendue dans le dortoir des enfants pour chercher un peigne que j'avais oublié. Arrivée en bas, comme il faisait sombre, je n'ai rien remarqué d'anormal et je suis partie rapidement pour ne pas les réveiller. Mais sur le chemin du retour, j'ai croisé Simon qui revenait de la cuisine. Il était… je ne l'avais jamais vu dans cet état, frissonna-t-elle en repensant à ce souvenir. Il était pâle et… si effrayé que je me suis demandé s'il n'avait pas croisé Tu-Sais-Qui.
Hermione se glaça de l'intérieur, puis demanda d'une voix sourde :
-Que s'est-il passé ?
-Je n'en ai aucune idée, répondit Padma. D'autant plus qu'en me voyant, il s'est retourné et il est retourné rapidement dans son dortoir. Je lui ai bien demandé ce qui n'allait pas et il m'a répondu qu'il pensait avoir un rhume. À l'époque, je ne formais pas de soupçons particuliers alors je l'ai cru. Mais… je voyais bien qu'au fil des jours cela ne s'arrangeait pas. En outre, je ne l'ai jamais vu se moucher, j'en ai conclu qu'il avait menti.
-Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé avant ? Lui reprocha durement Hermione.
-Parce que je ne voulais pas t'inquiéter, se défendit Padma. Tu as déjà tellement de problèmes à gérer, dont Lisbeth, que je n'ai pas voulu te charger d'un nouveau poids.
Hermione fut touchée de la sollicitude de la jeune femme, mais l'angoisse qu'elle éprouvait pour Simon revint à la charge. Sans grande conviction, elle voulut s'informer :
-Qu'y avait-il comme invités le soir d'Halloween ?
-Et bien… commença-t-elle en faisant un effort pour se souvenir. Ce soir-là avant de remonter, c'est moi qui ai dressé le couvert, et j'ai entendu quelques noms, comme Bellatrix Lestrange.
À ce nom, Hermione crut recevoir un bloc de glace sur l'estomac. Elle balbutia avec effroi :
-Bellatrix Lestrange ? Bellatrix Lestrange était là le soir d'Halloween ?
-Oui, mais je ne pense pas qu'elle soit responsable, contra Padma d'une voix apaisante. Je veux dire… Simon n'était pas blessé, et n'avait aucune difficulté à marcher. Il ne présentait aucun symptôme de torture au Doloris.
Hermione poussa un soupir de soulagement. L'autre poursuivit :
-Ah si ! Il y a un autre nom qui me revient en mémoire, c'est Pucey.
-Pucey ? Répéta-t-elle en fronçant les sourcils. Comme Adrian ?
-Non, ce n'était pas Adrian justement, corrigea son interlocutrice. C'était un autre nom : Jules… June, ânonna-t-elle avant de s'exclamer brusquement : Jude ! Jude Pucey ! Ça me revient.
-Ah ? Dit Hermione avec curiosité. C'est drôle, ce nom-là me dit quelque ch…
Elle s'interrompit tout d'un coup. Son cerveau coordonna les différents éléments avec une rapidité fulgurante. La seconde suivante, elle avait tout compris. Sous le regard peu rassuré de Padma, son visage tourna au cendreux et ses yeux s'écarquillèrent. Brusquement, elle attrapa son amie par les épaules et la pressa sans plus de cérémonie :
-Padma ! Je sais que tu as la mémoire des prénoms et des visages, alors réponds-moi : est-ce que cet homme est au manoir en ce moment ?
-Je… je crois, bredouilla-t-elle. Mais je ne suis pas sû… Hermione qu'est-ce que tu fais ? Piailla-t-elle en la voyant s'éloigner.
-Je dois retourner au manoir tout de suite, répondit-elle d'un ton fébrile. Simon est en danger.
-Non, attends, la stoppa-t-elle. Laisse-moi venir avec toi.
-Non, la repoussa la lionne, il faut que quelqu'un s'occupe des enfants. Ça va aller, ne t'en fais pas pour moi. Je suis devenue moi aussi la protégée de Drago Malefoy, dit-elle non sans orgueil, il ne peut rien m'arriver.
-Sois prudente Hermione », conjura-t-elle d'une voix blanche.
Sans répondre, la jeune femme abandonna ses noisettes et fonça en direction du manoir, sans se soucier de la boue qui maculait ses vêtements blancs.
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Au même moment Simon rangeait les cartons dans le grenier. Contrairement à l'idée que l'on se faisait de la plupart des greniers, celui-ci n'était pas spécialement effrayant, il semblait juste poussiéreux et était éclairé par de multiples lucarnes. Un paisible désordre régnait dans cette pièce spacieuse et vieillie par les souvenirs qu'elle contenait. Le jeune garçon s'était amusé en effet à explorer la pièce, comme dans les livres où le jeune héros partait à la recherche d'un trésor. En parcourant ainsi le grenier, ses pieds et ses mains soulevaient des nuages de poussières qui flottaient paresseusement dans l'air en formant des halos brillants à chaque endroit où perçait la lumière du jour.
Bien sûr, sans trouver de trésor à proprement parler, il avait tout de même fait des découvertes intéressantes.
Près d'une lucarne, baignant dans la lumière, il avait aperçu un mannequin de bois, revêtu d'une robe blanche et vaporeuse, paraissant très ancienne à la façon dont elle était coupée : décolleté en trapèze, ceinture située en haut de la taille juste sous les seins, jupe ample surmontant un autre jupon de dentelle blanche et manches coures légèrement bouffantes.
La tête du mannequin était coiffée d'un chapeau en cachemire beige, parsemé de perles nacrées et de petites plumes blanches en son sommet, et entouré seulement d'un ruban de soie bleue clair dont les pans reposaient tristement sur les côtés.
L'ensemble respirait à la fois un air de nostalgie et de noblesse.
Par la suite, Simon avait découvert bien d'autres choses amusantes : quelques animaux empaillés, une dague tellement rouillée qu'on n'aurait même pas pu s'en servir comme couteau à beurre, et des vieux tableaux représentant des natures mortes, des paysages extérieurs et bien d'autres choses encore. À sa grande stupéfaction, il dénicha même une licorne miniature qui galopa dans toute la pièce au moment où il la libéra, laissant une trainée de poussière argentée sur son passage ce devait être un jouet pour jeunes sorciers.
Seulement, les meilleures choses ayant toujours une fin, il lui fallut au bout d'une moment se résoudre à se mettre au travail, s'il voulait avoir la paix les prochains jours, il savait qu'Hermione serait capable de prolonger sa punition s'il lui désobéissait.
En lui-même, il essayait de ne pas repenser à son attitude de ces derniers jours.
Il savait qu'Hermione avait eu raison de le punir, qu'il n'aurait jamais dû traiter Ruth de « petite emmerdeuse », ni Sarah de « grosse vache boutonneuse », mais cela avait été plus fort que lui. Depuis une semaine, entre la culpabilité et le chagrin qui ne le quittaient plus depuis sa rupture avec Naomi, la froideur de cette dernière son égard, les regards inquisiteurs des autres enfants, et la menace constante de Jude Pucey qui planait au-dessus de sa tête comme une épée de Damoclès, ses nerfs étaient mis à rude épreuve.
En d'autres termes, Simon était à cran, vraiment à cran. Il avait fini par voir le danger partout. La moindre question le braquait et réveillait son agressivité.
Aussi, lorsque Ruth lui avait simplement demandé si cela allait mieux entre Naomi et lui, il avait réagi au quart de tour. Bien entendu, Sarah qui se trouvait dans les parages, avait immédiatement volé au secours de son amie, alors le garçon s'en était aussi pris à elle. Alertés par les cris, d'autres enfants avaient rappliqué sur place tandis que d'autre étaient partis à la recherche de Hermione. Une fois celle-ci arrivée, l'affaire fut rondement menée : en quelques minutes, elle dispersa la nuée d'enfants, disputa les deux gamines sans les punir, et l'avait condamné lui à mettre de l'ordre au grenier.
À cet instant, Simon ne savait pas ce qui avait été le pire : l'humiliation devant les deux gourdes auxquelles il avait été obligé de s'excuser, la déception lisible dans les yeux de Hermione, ou bien l'absence de Naomi durant toute cette scène.
« Tu m'as l'air bien morose, fredonna une voix rauque atrocement familière derrière son dos.
Perdant toutes ses couleurs d'un seul coup, le pauvre garçon se retourna et fit à un Jude qui le toisait avec une détermination étrange. D'une entrecoupée par la terreur, Simon peina à demander :
-Qu… quoi ! Encore vous ? Qu'est-ce vous faîtes là ? Qu'est vous voulez ?
-Et bien quel accueil, ironisa l'autre. Tu m'avais à mieux je trouve. Serait-ce mon absence trop longue qui t'aurait fait perdre les bonnes manières.
Courageux, le garçon ne prit pas en compte la dernière phrase : à la place, il choisit l'affrontement. D'une voix qu'il voulait ferme mais qui, hélas, sonnait affreusement plaintive à ses oreilles, il cria :
-Sortez ! Laissez-moi tranquille, j'ai fait exactement ce que vous m'avez demandé de faire : j'ai rompu avec Naomi. Alors laissez-moi maintenant !
-Tu as rompu ? Bravo ! Le félicita-t-il faussement enjoué. Je suis fier de toi, tu mérites une bonne récompense. Cela tombe bien d'ailleurs, j'ai une demi-heure de libre devant moi, n'est-ce pas merveilleux ? Nous allons tellement nous amuser toi et moi. »
La réunion étant effectivement terminée, Malefoy avait proposé des rafraichissements à ses collègues. Beaucoup s'étaient dispersés dans tous les coins pour se dégourdir les jambes. Ainsi, l'absence de Jude n'alerterait personne. Il allait donc largement le temps de consommer son union avec Simon avant de repartir.
Ce dernier, inconscient des projets obscènes que le pédophile fomentait à son égard, tenta le tout pour le tout : de toutes forces, il courut vers la sortie, cette fois-ci bien décidé à échapper ce rustre. Hélas, à peine se mit-il en mouvement que Jude, perçant très clairement ses intentions, le rattrapa et le cloua au sol pour l'empêcher de bouger. Fou de terreur, le garçon s'époumona et lutta férocement contre son agresseur. Celui-ci, craignant qu'il n'alertât quelqu'un par ses hurlements, lui assena un coup violent dans le ventre.
Hoquetant sous la douleur, le garçon sanglota désespérément, toute honte bue. Il avait si mal qu'il ne se rendit pas compte que l'homme au-dessus de lui avait déjà retiré sa chemise et était en train de faire de même avec la sienne. Son souffle retrouvé, lorsqu'il se rendit compte de ce qu'on lui faisait, il écarquilla les yeux et geignit en recommençant à se débattre :
« Non ! Arrêtez ! Non… pitié ! Noooonnnnn !
-La ferme ! Grogna le barbare au-dessus de lui Il me semble t'avoir déjà dit de perdre cette habitude de vagir à tout bout de champs. Ça ne sert à rien de toutes façons, j'attends ce moment depuis trop longtemps.
-Quel moment ?
-Tu verras bien, ronronna-t-il d'un ton faussement onctueux.
-Mais pourquoi vous faîtes ça ? Pleura le jeune garçon. Qu'est-ce que vous me voulez à la fin ?
À bout de patience, l'homme sortit sa baguette et lui lança avec férocité :
-Endoloris ! »
Les cris de Simon furent étouffés par la bouche de l'homme qui emprisonna la sienne comme un bâillon. Il ne consentit à lever le sort qu'au bout d'une dizaine de secondes, les secondes les plus atroces que le pauvre enfant vécut. Quand la douleur s'évanouit enfin, il n'était plus que larmes, morve et tremblements. D'un ton suave, il lui intima à l'oreille :
« Oui, ça fait mal, n'est-ce pas Simon ? Tu ne voudrais pas que je recommence, n'est-ce pas ?
Il ne reçut qu'un reniflement en guise de réponse. Satisfait, il poursuivit :
-Tu as été un vilain garçon Simon, un très vilain garçon. Alors à partir de maintenant, tu vas être très sage, n'est-ce pas ? Sinon je serais obligé de te punir comme je viens de le faire. Tu as compris ?
Le garçon secouait la tête dans tous les sens, ne supportant plus la proximité de ce monstre. D'un ton plus sévère, il le harcela :
-Simon… j'attends une réponse.
Trop affaibli pour lutter, l'enfant se contenta d'acquiescer du chef spasmodiquement. Satisfait, l'homme lui ordonna une dernière fois :
-Tiens-toi tranquille et silencieux comme une image, et tout se passera bien. Tu verras, mon angelot. »
Se mordant les lèvres pour réprimer les cris qui y montaient, Simon détourna la tête et ne broncha plus, se contenta de rester allongé là où il était, inerte comme une poupée de chiffon. Son visage était crispé par la détresse et la résignation. Il ne comprenait toujours pas vraiment ce que lui voulait l'homme, mais il n'avait plus la force de se battre. Jouissant de sa victoire éclatante sur ce garçon obstiné mais tellement captivant, Jude posa les mains sur sa ceinture pour la déboucler, lorsque soudain, comme par miracle, une voix déchirante retentit des escaliers qui menaient au grenier :
« SIMON ! »
La voix d'un ange.
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Hors d'haleine, Hermione grimpa les dernières marches hautes qui la séparaient de la porte. Les hurlements de Simon avaient aussitôt confirmé que ses pires craintes étaient justes : le garçon était bel et bien en danger. En moins d'une minute, elle arriva devant la porte qui la mènerait dans le grenier…
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Jude n'eut que le temps de se redresser avant que la porte ne s'ouvrît à toute volée. Il avait prestement renfilé la chemise, mais ne put remettre ses boutons au moment où l'intrus débarqua. C'était une assez jolie jeune femme, brune et élancée, mais Jude ne l'avait jamais aperçue auparavant en mettant les pieds au manoir. Ce fut à la couleur de ses vêtements qu'il devina qui elle était.
Debout dans l'embrasure de la porte, Hermione ne mit pas plus d'une seconde pour comprendre le sens de la scène exposée devant ses yeux.
Simon quant à lui, était resté couché par terre, incapable de se relever et de jouer la comédie : il avait atteint les limites de sa résistance psychologique. Il ne tourna même pas la tête au moment où la porte s'ouvrit avec fracas. En revanche, la voix qu'il entendit tout d'un coup le fit sursauter :
« Simon ! »
L'appel claqua dans l'air comme un fouet. Sonné, le garçon trouva la force de se redresser et fit face à la jeune femme qui le regardait étrangement. Elle paraissait fulminer… mais pas vraiment contre lui.
Légèrement en retrait, Jude la fixait sans trop savoir comment réagir. Il ne pouvait pas trop se permettre de la molester, Malefoy apprécierait sans doute très peu que l'on blessât sa maîtresse.
Comprenant qu'il lui faudrait ruser pour sortir l'enfant de cette souricière, Hermione dut prendre sur elle pour réprimer le flot d'ordures qu'elle brûlait de vomir sur ce répugnant personnage. À la place, elle improvisa sur-le-champ avec un talent inné :
« Simon, que fais-tu ici à bayer aux corneilles alors que la robe de Mrs Malefoy attend en salle de couture ? Crois-tu donc qu'elle va se raccommoder tout seul ? »
Éberlué Simon resta bouche bée, ne sachant que répondre à cela. Jude lui-même ne savait pas trop comment réagir. Sans prêter plus d'attention à ce dernier qu'à un vulgaire tapis, Hermione s'avança vers le garçon, l'attrapa rudement par le bras. Elle savait qu'elle lui faisait mal, mais ne voulut pas y songer maintenant. L'urgence était d'abord de le sortir de là après elle s'occuperait du rafistolage.D'un ton revêche, elle fit semblant de le tancer :
« Espèce de gros mal-élevé, va ! Je vais t'apprendre à déserter ton travail. Tu vas recevoir une correction dont tu te souviendras dans longtemps, je te le garantie.
Alors qu'elle entraînait un Simon à moitié assommé par le choc et le soulagement, la voix honnie les arrêta dans leur élan.
-Hum ! Hum ! Pas si vite Sang-de-Bourbe, je perçois comme un malentendu dans cette affaire. »
Lentement, Hermione se retourna et afficha un air absolument impénétrable à son adversaire. Celui-ci, plutôt que de s'embarrasser à liquider la maîtresse de son vieil ami, voulut trouver un arrangement à l'amiable. Ce serait le plus simple, et peut-être même cela lui permettrait-il de gagner une alliée. D'une voix qu'il voulut caressante, il mentit :
« Ce garçon… n'a pas déserté son travail, c'est moi qui l'ai amené ici. Nous avons une vieille affaire à régler lui et moi.
Que n'eût-il avoué. Hermione fronça les sourcils, plissa des yeux, puis explosa tout à coup :
-Vieille affaire ou non, vous n'aviez pas à faire cela, et il n'avait pas à vous suivre. Ce garçon a du pain sur la planche : Mrs Malefoy exige que sa robe soit prête dès demain, et elle n'appréciera certainement pas que le travail ne soit pas fini dans les temps.
-Écoute petite, je veux bien que ce soit urgent, dit-il d'un ton complaisant. Mais là, le garçon avait besoin d'une petite pause. Regarde ses cernes et sa pâleur. Tu n'a tout de même pas l'intention le tuer à la tâche, si ?
Une fois de plus, Hermione dut rassembler tout son sang-froid pour ne pas broncher. S'engager dans un débat était la dernière chose qu'elle voulait. Alors, sans reprendre sa dernière pique, elle répliqua à l'homme :
-Une petite pause peut-être, mais en attendant le travail n'avance pas ! Déjà que ce nigaud ne va pas bien vite, alors si en plus vous lui faîtes faire des pauses, il n'aura jamais fini pour demain. Chaque minute compte monsieur ! Alors excusez-moi, mais Simon doit partir.
-Attends voyons ! Si ce n'est que ça comme problème, je puis très bien moi, l'aider à finir, promit-il en souriant. Laissez-le passer l'après-midi avec moi au calme, cela lui fera du bien. Et en retour, je promets que demain, Mrs Malefoy portera une robe resplendissante.
La jeune femme parut réfléchir, puis, au grand soulagement de l'homme, elle lui adressa finalement un petit sourire inattendu. D'une voix musicale, elle lui déclara :
-Vous commencez à m'intéresser. Mais que voulez-vous faire avec lui, si ce n'est pas indiscret ?
Jude hésita, puis haussa les épaules. Après tout, elle s'était adoucie et semblait plus accommodante. D'une voix tranquille, il avoua à demi-mot :
-Ce garçon et moi avons un lourd passé en commun. J'étais son ancien maître, et j'ai une affaire à conclure avec lui. Une affaire qui me tient à cœur… et à corps, rajouta-t-il avec un clin d'œil de chacal.
Il y eut un moment de silence, puis Hermione l'interrogea une dernière fois :
-Vous terminerez le travail de Simon ?
-Je m'y engage, s'inclina-t-il en posant cérémonieusement une main sur son cœur. »
Alors, à la grande épouvante de Simon, Hermione s'avança vers l'homme, un drôle de sourire plaqué sur ses lèvres. Le garçonnet voulut résister mais elle ne l'enserra que plus fermement. À la fin, sans lâcher l'enfant, elle se retrouva à quelques centimètres de Jude, toujours souriante. Rougissant de ce qu'elle comptait faire, elle demanda d'une voix faussement séductrice :
« Dîtes-moi, je me demande… n'avez-vous jamais penser à rechercher l'ivresse des sens… ailleurs ?… Chez une vraie femme je veux dire.
-Peuh ! Certainement pas, rétorqua-t-il avec une moue dégoûtée. Les femmes sont dépravées et ennuyeuses. Je préfère l'innocence… la vraie. Et la pureté.
-Je vois, dit-elle.
Son sourire s'élargit et ses yeux brillaient d'une lueur qu'il ne parvenait pas à déchiffrer. Sans lâcher Simon, elle lui adressa ces paroles :
-Et bien dans ce cas, je n'ai plus qu'à vous souhaiter une agréable après-midi à tous les deux. En attendant monsieur, veuillez au moins accepter ceci…
Sa main libre se posa sur la cuisse de Jude, puis remonta dangereusement. Ce dernier, trop surpris, ne songea pas à la repousser. Simon quant à lui, la regardait sans comprendre, à ce point ébahi qu'il en négligea de gigoter. Enfin, toujours avec ce sourire crispé et cette fausse salacité, elle acheva :
-… en acompte. »
Puis soudain, sans que personne ne s'y attendît, sa main se referma brutalement comme une serre d'acier. Jude poussa un mugissement de douleur. Sur le visage de la lionne, plus de trace de sourire à présent : tous ses traits s'étaient tordus en une hideuse grimace de haine. Profitant de la vulnérabilité de son adversaire, elle lui porta un violent coup de poing sur le nez. L'homme s'effondra sur le sol, une main plaquée sur ses parties et l'autre sur son nez endolori. D'une voix métallique, Hermione réveilla Simon qu'elle avait relâché, en lui aboyant :
« Sauve-toi Simon ! Va chercher de l'aide. Vite ! Je vais le retenir ! »
La garçon ne se le fit pas prier. En trois bonds, il fut dans l'escalier et le descendit quatre à quatre. Restée seule dans la pièce, Hermione se rapprocha de la créature recroquevillée sur le sol et, se baissant, elle l'attrapa par l'oreille pour la forcer à relever la tête. D'une voix dont elle ne cherchait plus à maîtriser la rage, elle lui cracha :
« Si jamais je te reprends avec Simon, ou même n'importe avec quel autre enfant dans cette maison, je t'arrache la virilité, je te la fourre dans le gosier et je t'étouffe avec ! C'est clair ? Espèce de sale pédale !
Jude haleta encore une fois, puis son visage aborda à son tour une expression terrifiante. Parvenant à reprendre son souffle, il siffla :
-Petite garce ! Tu vas me le payer cher. »
Et sans qu'Hermione ne put le prévoir, il renversa littéralement la situation en lui administrant un coup de poing à la figure. La jeune cria de douleur et recula en titubant, les mains plaquées sur son visage molesté. Jude se releva aussi sec et, avant qu'elle ne pût se défendre, il se jeta sur elle comme un molosse et l'immobilisa au sol en appuyant son bras sur sa trachée. Suffoquant sous le manque d'air, les gestes de Hermione se firent plus faibles et moins cohérents. Des taches noires envahirent ses yeux.
Sans pitié, l'homme appuya de toutes ses forces. Lorsque le visage de sa captive devint rapidement violet, il lui chuchota à l'oreille :
« Tu n'as pas de chance petite salope, je ne suis pas un fervent partisan de la loi du talion : les injures que l'on me fait je ne les rends pas à la pièce, mais au centuple. »
Au bord de l'évanouissement, la jeune femme sentit brusquement la pression sur sa gorge se relâcher. Cependant les taches sur ses yeux ne se dissipèrent pas tout de suite. Trop occupée à respirer avidement, elle ne vit pas toute de suite ce qu'il préparait. Petit à petit, elle reprit ses esprits et l'aperçut qui tenait sa baguette au-dessus sa tête en marmonnant une incantation. Alors, sous les yeux exorbités de Hermione, un poignard apparut dans la main de l'homme à la place de sa baguette. Ensuite, avec un sourire méchant, il approcha la lame de son visage. Paniquée, elle voulut se dégager. Mais elle avait été trop longtemps sans respirer correctement : essoufflée et affaiblie, elle ne put se défendre, ni appeler à l'aide.
« Non ! Je vous en supplie ne faîtes ça ! Bredouilla-t-elle d'un ton implorant.
-J'ai toujours eu une conception particulière de la beauté chez les femmes. Je suis curieux de savoir si Malefoy partage mes goûts. », répliqua-t-il méchamment en pointant son poignard au-dessus de sa sa pommette gauche.
Puis, d'un geste presque tendre, il appuya la pointe du couteau sur sa joue et redescendit vers son menton en dessinant une courbe dans sa chair. L'adrénaline en même temps que la douleur envahirent Hermione qui retrouva la force de se débattre et de hurler à s'en déchirer les tympans. Cependant, le mufle eut l'air de parfaitement s'en moquer. Au bout d'interminables secondes, il se releva et contempla son œuvre sanglante, avant de la commenter d'un ton badin :
« Pas mal. Bon évidemment, je sais que tu voudrais en juger toi aussi, mais un artiste ne dévoile jamais son œuvre avant la fin. Aimes-tu la peinture ? Non ? Et bien cela va sans doute te surprendre Sang-de-Bourbe, mais je connais moi un peintre moldu très célèbre chez vous : Picasso. J'aime beaucoup ses peintures, en particulier celle représentant la Pleureuse. Alors vois-tu, j'ai très envie de m'en inspirer. Ce visage en mosaïque éclatée est pour moi l'essence-même du visage parfait, le seul dont la femme est vraiment digne. Sois fière Sang-de-Bourbe, tu vas être à l'origine d'un nouvel idéal de beauté féminine. »
Il pointa la lame sur son arcade sourcilière droite. Alors qu'Hermione se croyait définitivement perdue, un nouveau cri recouvrit la voix de Pucey. Tournant la tête en même temps, ils aperçurent avec une grande stupeur à qui appartenait cette voie : Deborah Malefoy en personne. Plantée à l'embrasure de la porte, blême de fureur, celle-ci tremblait de tous ses membres. Son regard était positivement effrayant. Intimidé malgré lui par l'imposant courroux de la maîtresse de maison, Jude libéra Hermione et se recula en tentant de s'expliquer :
« M-Mrs Malefoy, je… je peux tout vous…
-Avada Kedavra ! » Rugit-elle sans le laisser finir.
L'effarement fut la dernière expression qui se peignit sur le visage de Jude Pucey à la seconde où le jet de lumière verte le toucha à la poitrine. L'instant d'après, il retomba sur le plancher, mort. Le cœur au bord des lèvres, la joue brûlante et ensanglantée, Hermione rampa loin du cadavre et se blottit contre le mur, face à Deborah qui la considérait d'un air étrange. D'une voix étranglée, elle se risqua:
« Mrs Malefoy, je…
CLAC !
Le soufflet la prit au débotté. Sous les yeux incompréhensifs de Hermione l'épouse Malefoy lui tira les cheveux en arrière lui souffla d'une voix mauvaise :
-Quant à toi Sang-de-Bourbe, ne t'imagine surtout pas que j'ai agi par altruisme. Et sache que je ne serais pas tout le temps derrière toi pour te sauver la mise chaque fois que tes pulsions pseudo-maternelles te feront commettre des faux pas. »
Et là-dessus, sans rien ajouter d'autre, elle rejeta la jaune femme, puis quitta la pièce en s'essuyant les mains et affectant de prendre un air pincé comme si elle venait de toucher quelque chose de particulièrement répugnant. Livrée à elle-même dans la solitude de la pièce, Hermione fut capturée par ses propres démons : les images de ce qu'elle venait de traverser lui revinrent par flash. Une souffrance aiguë lui transperçait la joue gauche, chaque pulsation de son sang était un supplice.
Brusquement, sans signes avant-coureurs, ses nerfs craquèrent et elle éclata en sanglots. Son corps se convulsa et elle s'affaissa sur le sol, le visage ruisselant de larmes et les bras enserrant sa poitrine dans un geste dérisoire de protection. Un immense abattement la gagna. Alors qu'elle pensait sombrer dans une inconscience bienfaisante, quelqu'un la redressa par les épaules et une voix d'homme s'enquit tout près d'elle avec inquiétude :
« Granger ! Tu n'as rien ?
Sidérée, Hermione revint tout de suite à la réalité. Essuyant les larmes qui lui brouillaient la vue, elle rencontra brièvement les prunelles gris foncé de Malefoy. D'une voix pâteuse, elle bafouilla :
« M-Malefoy ?
Le jeune homme parut soudain horrifié devant l'aspect de son visage. Posant ses deux mains en coupe sous son menton, il l'obligea délicatement à relever la tête pour l'examiner de plus près. Distinguant la marque profonde du couteau, il poussa un juron et s'écria :
-Qui t'a fait ça Granger ?
-Ce… c'est lui… bafouilla-t-elle en désignant le macchabée du doigt. C'est Jude Pucey… avec un poignard… il m'a tailladé le visage. »
Drago accusa le coup avec sang-froid, ne fit aucun commentaire à la vue du mort. D'un ton calme, il invita Hermione à se lever et le suivre dans la salle-de-bains pour soigner sa joue. La jeune femme obéit, trop fatiguée pour de nouvelles batailles. Sur le chemin, il s'enquit de toute l'affaire qu'elle lui raconta par le menu. À la fin, alors qu'ils étaient juste devant la porte, elle voulut avoir des nouvelles de son protégé. Bien que Jude Pucey fût bel et bien trépassé, elle ne se sentait pas encore tout à fait tranquille.
« Où est Simon ? L'interrogea-t-elle donc en pénétrant après lui dans la salle-de-bains.
-J'ai donné l'ordre à Patil de le coucher avec une potion de sommeil sans rêve. »
Hermione hocha la tête. Drago la laissa d'abord se nettoyer le visage. Elle se lava à l'eau et au savon, sans jamais oser se regarder dans un miroir. Tandis qu'elle procédait, Malefoy sortit une fiole remplie d'un liquide transparent de couleur violine, puis un morceau de ouatine. Une fois qu'elle eut fini, il l'obligea à s'asseoir par terre contre le rebord de la baignoire en lui expliquant que le produit agissait comme un narcotique et qu'il la ramènerait dans sa chambre quand elle se serait endormie. Après avoir versé du liquide sur le coton, il le pressa sur sa joue blessée.
Courageusement, la jeune femme retint les larmes de souffrances qui menaçaient de jaillirent. Le produit picotait affreusement mais à sa grande surprise, la douleur repartie aussi vite qu'elle était venue, et la jeune fille ressentit un sentiment de fraîcheur relativement apaisant se diffuser sur sa joue. Comme l'avait prédit Malefoy, les premiers d'endormissement apparurent : ses paupières se firent de plus en plus lourdes, son esprit devenant rapidement confus, des sentiments primitifs remontèrent à la surface de son subconscient. Sans vraiment s'adresser à lui, elle murmura d'un ton pensif :
« Je hais les pédophiles.
Sans cesser de la soigner, Malefoy eut un léger sourire et répondit :
-Je sais.
-Ces pourritures ne devraient même pas avoir le droit de venir au monde, continua-t-elle d'un ton sourd.
-Mais je croyais que les pédophiles étaient souvent eux-même d'anciennes victimes, fit-il observer avec justesse.
-Cela prouve bien la perversité de cette tare, fulmina-t-elle. Non seulement c'est contre-nature, mais c'est contagieux !
Malefoy réprima à temps un petit rire. Par bonheur, elle ne s'aperçut point de son état d'esprit. Mais elle soupira :
-Enfin, c'est une bonne chose que celui-là soit trépassé.
-Est-ce bien toi qui parles ainsi ? S'ébaudit-il. Je ne reconnais plus la pacifique et raisonnable Miss-Je-Sais-Tout de Poudlard.
-Les pédophiles n'ayant rien de pacifique ni de raisonnable, je ne vois pourquoi je le serais moi-même avec un seul d'entre eux, rétorqua-t-elle avec un rien de sécheresse.
-C'est vrai, convint-il. Mais de là à risquer ta vie comme tu l'as fait… surtout pour ce mioche ! Non qu'il ne soit pas attachant mais…
-Aurais-tu hésité une seule seconde si cela avait été Lisbeth à la place de Simon ? L'interrompit-elle en lui adressant un regard grave.
Elle avait visé juste : Malefoy savait que s'il cela avait été Lisbeth, lui-même aurait perdu tout contrôle et aurait été capable de tuer l'homme à mains nues. Mais Hemione n'avait pas fini :
-Je ne vois pas pourquoi la pédophilie serait plus acceptable à partir du moment où elle s'en prend aux enfants qui ne sont pas les nôtres. Quel qu'il soit soit, un enfant n'est pas un objet sexuel ! Affirma-t-elle avec hargne.
Dépité, Malefoy reconnut en lui-même qu'elle avait raison. Alors il ne dit rien. Sans lui en laisser le loisir de toute façon, elle enchaîna :
-Il y a peu de personnes que je serais capable de tuer de sang-froid et sans remord, mais les pédophiles en font partie.
-Et les violeurs aussi je suppose, ajouta-t-il non sans dérision.
À ces mots, Hermione baissa la tête et son visage se ferma. Une expression d'indicible tristesse se peignit sur ses traits. Comprenant qu'il l'avait blessée, Malefoy n'insista pas et le silence revint. Du reste, ils n'auraient pas pu poursuivre la conversation plus longtemps : quelques secondes plus tard, Hermione papillonna des yeux et dodelina de la tête, signe qu'elle s'endormait.
-J'ai sommeil, marmonna-t-elle.
-C'est normal », répondit Malefoy avec un brin d'amusement.
Mais il eut tout juste le temps de reposer la ouatine par terre pour rattraper Hermione avant qu'elle ne s'effondrât complètement sur le carrelage. Nettoyée et soignée, sa joue ne conservait plus qu'une marque claire, si légère que seul un œil avisé pourrait s'en apercevoir. « Bon, il est temps que je la ramène dans sa chambre », se décida-t-il. Il voulut se mettre à la recherche de sa baguette pour faire léviter le corps de la jeune femme assoupie.
Il s'agita un moment sans la trouver. Fouillant dans ses poches, il pesta contre lui-même : « Et voilà je le savais, je l'ai encore égarée ! » Renonçant à rechercher sa précieuse baguette pour le moment. Il se résolut, pour la première fois depuis qu'elle vivait dans ce manoir, à porter Hermione dans ses bras. La légèreté de la jeune fille ne l'étonna guère, au vue de son petit gabarit en revanche, ce fut la sensation de chaleur qui naquit dans son bas-ventre qui l'étonna. En chemin, il se remémora machinalement les minutes pénibles qu'il venait de vivre.
L'instant le plus glaçant avait été celui où il avait vu le jeune garçon débarquer devant lui comme un fou en débitant à tout allure des phrases sans queue ni tête, où il était question de Hermione, de Pucey, de grenier et de danger. Si pour les invités, ces propos délirants étaient tout à fait abscons, Drago lui, n'avait pas mis plus de quelques secondes pour en saisir le sens. Discrètement, il s'était éclipsé et était parti à la suite du garçon en faisant attention de ne pas éveiller l'attention des invités. Sur la route, apercevant Padma qui rentrait discrètement avec les enfants, il l'avait hélée et lui avait confié Simon. Enfin, il avait pu se lancer à travers les couloirs pour la secourir.
Mais, en croisant Deborah, celle-ci lui avait froidement déclaré qu'il arrivait trop tard avant de repartir le plus naturellement du monde. Chassant les envies de meurtres que son cœur formait à l'intention de son épouse, Drago s'était rué au grenier et effectivement, on pouvait dire qu'il arrivait trop tard. Devant lui, gisait la dépouille de Jude Pucey face contre terre, mort – vraisemblablement de la main de sa femme. Et à côté, le corps de Hermione, affalé dans la poussière, agité de soubresauts et de sanglots poignants.
Glacé d'inquiétude, il avait accouru auprès d'elle pour voir si elle n'avait rien. Fort heureusement, il avait réussi à cacher la colère qui l'avait saisi en voyant le visage lacéré et couvert de sang de la jeune femme. La poussière s'était mélangée aux larmes qui coulaient de ses yeux.
Sang, larmes et poussière. Tout ce qui l'eût rebuté un mois auparavant, Drago n'avait même pas réfléchi avant de le prendre entre ses mains.
Arrivé soudain dans sa chambre où dormait toujours sa fille, il posa Hermione sur le lit et l'observa encore un moment, s'attardant machinalement sur l'entaille qui ne serait bientôt plus qu'un mauvais souvenir. Que d'émotions extraordinaires avait-il ressenties lorsqu'il l'avait soignée et qu'elle s'était endormie dans ses bras, même en sachant que c'était sous l'effet de la potion. Toutefois, ne se sentant point d'humeur à lutter contre ses propres démons, il s'arracha de sa contemplation, quitta la pièce et reprit sa marche vers le rez-de-chaussée.
Machinalement, il passa sa main dans sa poche latérale et s'arrêta brutalement, son visage aborda un masque halluciné.
Sans oser y croire, il extirpa de sa poche la main qui tenait toujours sa baguette disparue. « C'est impossible ! Je deviens fou », s'exclama-t-il à voix haute. Une sueur froide coula le long de sa tempe. Il n'aimait pas, mais pas du tout la tournure que prenait les événements.
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Le soir-même, Voldemort eut vent de la mort d'un de ses fidèles. Ce fut Drago qui le lui annonça, avec autant de tact que possible – sans mentionner une fois le nom de Hermione bien sûr :
« Ma… femme a eu une crise nerveuse tout à l'heure, narrait-il. Apparemment, d'après ce que j'ai compris, un de nos mudains aurait cassé l'un de ses vases précieux, et Pucey se serait arrogé le droit de le corriger lui-même.
-C'est pour cela qu'elle l'a tué ? Se monta Voldemort d'une voix aiguë.
En vérité, il ne savait pas s'il se sentir furieux ou amusé. Ayant usé de la légimancie sur Malefoy, il s'était assuré avant tout que celui-ci ne mentait pas… et c'était bien ennuyeux, très ennuyeux. D'une voix aussi conciliante que possible, Drago arrondit les angles :
-Elle est assez nerveuse en ce moment, plus qu'avant.
-Plus nerveuse qu'avant ? Persifla Voldemort. Est-ce possible ?
-Et bien, dit-il en détournant les yeux. Après le… scandale du mois dernier, elle est devenue plus irritable et plus pointilleuse sur le respect de l'honneur.
-Ah ? J'ignorais qu'elle en avait un, souffla perfidement le Lord noir.
Malefoy se garda bien d'ajouter la moindre remarque, et poursuivit :
-Bref, un rien peut froisser sa susceptibilité. Alors quand elle a vu Pucey accomplir une tâche qui lui revenait de droit, elle ne l'a pas supporté, c'est tout.
Mentalement, le jeune homme fit encore une fois le vide dans son esprit pour renforcer ses barrières d'occlumancie.
-Je vois, termina Voldemort. Bon, je la convoquerai tout à l'heure. Tu peux te retirer Drago. »
Malefoy s'inclina sans un mot et retourna au ministère, soulagé que cela s'arrêtât là pour lui. Ce n'était très fair-play envers sa « chère » femme, mais au regard de tous les ennuis qu'elle lui avait causés, avant et après son triste mariage, il n'éprouvait que peu de remords. En outre, il savait déjà qu'elle s'en sortirait sans une égratignure, comme toujours. Par mesure de prudence, il l'informerait du mensonge qu'il avait servi au Lord pour couvrir Hermione. Quant au reste, elle était assez rouée pour se débrouiller seule.
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Le lendemain au petit matin, Simon vint de lui-même retrouver Hermione pour la remercier, l'air extrêmement pâle et amaigri. Il la trouva dans une petite bibliothèque à l'étage, en train de lire un livre de magie noire. Comme elle considérait avec curiosité et bienveillance, d'une voix timide, il se hasarda à un salut :
« Salut Hermione, je… je ne te dérange pas ?
-Mais pas du tout Simon, entre, l'invita-t-elle. Tu voulais te me demander quelque chose.
-Oui je… je voulais te remercier… de m'avoir sauvé hier.
-Oh Simon ! Ne me remercie pas, voyons. C'est tout à fait normal, répliqua-t-elle gentiment. Cet homme n'avait pas à te faire ça.
Simon hocha brièvement la tête, puis posa enfin la question qui lui brûlaient les lèvres :
-Mais Hermione… qu'est-ce qu'il me voulait finalement… cet homme ? Pourquoi a-t-il agi comme ça avec moi ? »
Définitivement déconcentrée de sa lecture, la jeune femme posa le livre à côté et soupira. « Et voilà, on y est », se dit-elle avec abattement. Elle se doutait bien que cette discussion devait arriver un moment ou un autre. Toutefois elle avait espéré avoir encore un répit de quelques années avant l'adolescence du petit homme. Mais les assauts répétés de ce porc avaient dû accélérer le processus : Simon mûrissait, trop vite, mais il ne servait à rien de se lamenter à présent que le mal était fait. D'une voix fatiguée, Hermione se lança :
« Dis-moi, quel âge tu as Simon ?
-Neuf ans, répondit-il droitement.
Neuf ans… « Bon, ça aurait pu être pire », pensa-t-elle avec désabusement. À neuf ans, on commençait à comprendre certaines choses. Néanmoins, Hermione voulut s'assurer encore d'un détail :
-Je vais être directe, mais je pense que tu sais déjà comment se font les bébés.
-Oui, quand même, rougit-il. C'est l'homme avec la femme, quand ils font l'amour.
-C'est ça, le sexe de l'homme pénètre dans celui de la femme pour y implanter la graine qui formera le futur enfant, résuma-t-elle sobrement.
Le garçon hocha la tête. Paradoxalement, c'était plus simple de discuter de ces choses-là avec un enfant qu'avec un adulte. Avec le premier, il n'y avait pas cette gêne et cette pudeur qui entourait habituellement le sexe, pour la simple raison qu'il considérait l'acte en lui-même comme quelque chose d'important, mais de presque mécanique. D'un ton docte, Hermione poursuivit :
-Cependant, il arrive qu'il y ait des hommes qui ne sont pas attirés par les femmes, mais par d'autres hommes. Ce sont des homosexuels.
Simon hocha la tête, assimilant les informations.
-Et enfin, il y a encore d'autres gens, appelés pédophiles, qui sont attirés par les enfants et qui veulent aussi leur faire l'amour. Mais ça, ce n'est pas bien, comprends-tu ? Ces gens-là sont malades dans leur tête et leur attirance est anormale. C'est ce que Jude Pucey voulait te faire.
-Il voulait me faire l'amour ? S'écria-t-il sans oser la croire. Mais je ne suis pas une… une fille ! Comment aurait-il fait ?
Parvenu à ce point-là, Hermione hésita, puis songea qu'il valait mieux que le garçon sût la vérité entière plutôt que de rester dans ses doutes. Avec délicatesse, elle introduit :
-Il l'aurait fait comme le font deux homosexuels : par derrière.
Simon réfléchit quelques secondes, essayant de comprendre qu'Hermione voulait dire. Brusquement, son imagination se mit en route et il comprit en un éclair. Blanchissant tout d'un coup, il balbutia :
-T-Tu veux dire… là ? Dans mon… dans mes…
-Oui, c'est ça, acheva-t-elle en détournant la tête pour cacher son embarras.
La bouche du plus jeune se tordit alors en une grimace de dégoût.
-Berk ! Cracha-t-il. Mais c'est dégueulasse !
-Langage, le réprimanda-t-elle.
-Excuse-moi Hermione, s'amenda-t-il. Mais là c'est… c'est… Je crois que je vais être malade ! »
Effectivement, il avait le teint jaunâtre. Conjurant de toute une urgence une bassine sous ses mains, la jeune femme n'eut que le temps de guider Simon au-dessus avant que celui-ci ne régurgite tout son petit déjeuner. Son corps était soulevé de hoquets à côté de lui, Hermione le soutenait, une main sur son front et l'autre lui frottant tendrement le dos. Lorsqu'il eût fini, elle l'aida à se redresser et lui dit simplement :
« Viens, je te ramener dans ton dortoir, tu vas te reposer un peu.
-D'accord, accepta-t-il avec gratitude.
Laissant la bassine dont elle s'occuperait plus tard, elle aida le garçon à se relever et le guida jusqu'à son lit. Avant de partir pour lui laisser de l'intimité, elle l'interrogea une dernière fois :
-Dis moi Simon… quand tu t'es disputé avec Naomi il y a une semaine, est-ce que c'était à cause de Jude ?
Par pudeur, le garçon hésita, mais le sorcier étant mort, il ne courrait plus aucun risque, alors il avoua :
-Oui, il m'a ordonné de rompre. Il m'a dit que si je ne le faisais pas, il lui ferait du mal à elle aussi.
-L'immonde salopard, ragea-t-elle entre ses dents.
-Langage Hermione, la gourmanda-t-il avec le même ton sévère qu'elle avait employé pour lui tout à l'heure.
Laissant échapper un petit rire, elle lui laissa la victoire.
-Oui, tu as raison, excuse-moi. Mais Simon, tu dois savoir qu'ici, vous êtes en sécurité. Personne ne peut vous atteindre ni toi, ni Naomi, ni personne d'autre. Vous n'êtes certes pas protégés de Mrs Malefoy, mais aucun étranger ne peut vous faire du mal. Pas même un Jude Pucey.
Simon hocha la tête, confus et gêné. Car alors cela voulait-il dire qu'il avait rompu pour rien ?
-Tu aurais dû nous en parler, ajouta-t-elle sans sévérité. Tu aurais dû le dire soit à Padma, soit à moi, soit… à monsieur Malefoy. Nous t'aurions aidé, nous aurions empêché Jude de t'approcher de nouveau. Peut-être ne serait-il jamais revenu au manoir.
Cette fois, il devint écarlate, comprenant maintenant à quel point il avait agi de façon irréfléchi. Soudain, Hermione s'agenouilla pour se mettre à sa hauteur et l'adjura avec sérieux :
« Simon, tu vas me promettre une chose.
Le garçon hocha la tête et écouta :
-Si jamais, et j'espère que cela n'arrivera pas, un adulte t'embête à nouveau comme Jude l'a fait, promets-moi que tu iras voir quelqu'un susceptible de t'aider. D'accord ?
-D'accord, accepta-t-il de bonne grâce. Je promets.
-Et… encore une chose si tu veux bien : j'étais en train de penser et… tu devrais peut-être lui en parler… à Naomi. Pas dans les détails bien sûr… mais elle a au moins le droit de connaître ce chantage puis qu'elle a été concernée. Elle est n'est pas idiote, elle comprendra. »
Simon hocha la tête sans répondre, assimilant lentement ces conseils qu'elle lui donnait avec amitié. Au fond de lui, il se demandait parfois comment il pourrait un jour exprimer sa reconnaissance envers elle pour tout ce qu'elle avait fait pour eux.
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Avent
Premier dimanche
Encouragé par le regard bleu profond de Luna, Harry s'avança devant l'assemblée dont il était le point de mire. On dénombrait au moins deux milles personnes. C'était peu, mais ils attendaient encore des renforts de toute l'Europe, et même au-delà. Les États-Unis leur avaient en effet promis leur aide, sans doute pour éviter de perdre l'un de leur plus vieux et plus proche partenaire économique. Voldemort avait bien fait comprendre qu'il ne désirait aucunement avoir un échange quel qu'il fût avec les gouvernements moldus des autres pays. Se remémorant mentalement le court discours qu'il avait appris, Harry annonça :
« Mesdames et messieurs, je suis satisfait de ce que nous avons réalisé ensemble. Le travail avance plus vite que ce que je ne prévoyais au départ. Après en avoir discuté avec les officiers, nous pensons que d'ici trois semaines… nous pourrons nous lancer dans cette guerre.
Il y eut des murmures consternés. Trois semaines ? Cela paraît si long et si peu à la fois. Une femme protesta tout haut :
-Mais monsieur Dudley, dans trois semaines c'est Noël.
-Je sais, admit-il. Et je suis désolé de vous forcer le pas, mais malheureusement nous n'avons pas le choix : j'ai tout lieu de penser que Voldemort est au courant de nos activités et croyez-moi, il ne va pas rester inactif très longtemps. Nous devons l'envahir et l'arrêter avant que ce soit lui qui le fasse.
Un caporal qui se tenait juste au premier rang, objecta alors :
-Et pensez-vous vraiment que nous serons prêt monsieur ?
-Non, répondit honnêtement Harry. Nous ne serons jamais assez préparés, jamais assez attentifs, ni assez endurcis pour affronter les épreuves qui nous attendent. Vous aurez à affronter les pires formes de magies et de cruauté que l'on puisse imaginer. Cependant je puis vous affirmer une chose : nous avons au moins un avantage sur eux qui fera toute la différence.
Tout le monde était suspendu à ses lèvres à présent. Harry leur livra donc ce secret qu'ils connaissaient en fait déjà :
-Vous connaissez les sorciers, vous avez appris à vous battre contre eux, mieux ! Vous savez comment les vaincre ! Eux non, ils n'ont jamais appris à vous combattre. Ils seront totalement surpris et désemparés. La majorité d'entre eux ne savent même pas ce qu'est un revolver.
Se redressant, il les harangua encore :
-Moldus ! Soyez fiers de ce que vous êtes : vous possédez des armes et une technologie que nous autre sorciers, sommes très loin d'égaler. Bien sûr, il y aura des pertes, des morts et des souffrances inimaginables, mais ensembles, nous pouvons gagner.
-Cela paraît facile à vous entendre, attaqua l'un des sorciers qui avait moyennement apprécier d'entendre sa « catégorie » dénigrée au profit des moldus. Comment pouvons-nous être sûr que nous ne nous ferons pas massacrés par les Mangemorts une fois sur place ?
-Ce ne sera pas facile en effet, riposta-t-il sans se fâcher. Nous ne pouvons y arriver que si nous restons forts et unis. Il faut laisser de côtés nos vieilles rancunes, nos antécédents et nos préjugés, sans quoi nous serions inévitablement battus, moldus comme sorciers. Il n'existe en vérité aucune différence de niveau entre nos deux peuples, nous avons chacun nos forces et nos faiblesses, nous sommes à égalité.
-Mais ils ont des sorts de magie particulièrement vicieux qui peuvent décimer tout être vivant à la ronde dans un rayon de cent mètres ! Gémit une femme.
-Et nous avons des mitrailleuses qui tirent neuf cents coups par minutes, sur une distance de deux cents mètres, répondit Harry d'un ton calme. Même un sorcier surentraîné serait incapable de parer ce genre d'attaque. En outre, nous avons un deuxième avantage sur les sorciers : eux, ils sont obligés au moins de penser à leur sort avant de le lancer, tandis que vous, moldus, n'avez qu'à appuyer sur la gâchette. En terme de rapidité et de temps de réaction face à un danger… c'est vous qui l'emporterez. »
Effectivement, présenté de cette façon, cela faisait réfléchir. Il y eut quelques grognements mécontents de la part des sorciers présents, mais Harry ne chercha point à panser leur amour-propre. Même parmi les plus tolérants, ils avaient tous cette vieille manie, peut-être inconsciente, de traiter les moldus comme des enfants en bas âge. Et cela devait cesser. S'ils voulaient vraiment remporter cette guerre, il fallait que cette suffisance, cette condescendance et cette barrière entre leurs deux mondes disparaissent.
S'épongeant discrètement le front, Harry aperçut Luna, qui le dévorait des yeux. Son regard brillait singulièrement, et le jeune homme sentit soudain une drôle de sensation dans son estomac, un chatouillement qu'il n'avait en vérité plus éprouvé depuis fort longtemps. Depuis la mort de Ginny en fait.
Était-ce possible que Luna et lui… ?
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Deuxième dimanche
Ce soir-là, comme Simon n'avait rien à faire, il partit à la recherche de Naomi. Pour la dixième fois au moins, Simon essaya de se faire pardonner auprès de Naomi. Cela faisait ainsi trois semaines qu'elle refusait de lui parler, ni même de le voir. Mais le pire dans tout cela, c'était qu'après toutes les atrocités qu'il lui avait jetées en pleine figure, elle était dans son droit le plus strict. Simon était rempli de culpabilité à propos de la violente rupture qu'il avait lui-même provoquée, et ne cessait de se reprocher sa couardise. S'il lui avait dit tout de suite la vérité, il n'en serait pas là aujourd'hui.
Au bout d'une demi-heure de recherche infructueuse, il la trouva finalement dans une bibliothèque du premier, en train de lire un livre sur les diverses créatures magiques existantes. Absorbée, elle ne remarqua pas Simon. Celui-ci fut tout d'abord incapable de prononcer un mot, tant le charme de Naomi le laissait sans voix. Elle avait beau être défigurée, elle n'avait en rien perdu la vivacité de son regard, ni l'éclat de sa peau blanche, ni la grâce qui émanait de sa personne. D'une voix timide, le garçon osa la déranger :
« Hem ! Salut Naomi. Je peux te parler deux minutes ? »
Relevant la tête dans un mouvement agacé, elle l'aperçut et son visage se durcit, au grand désespoir de Simon qui mal son affaire s'engager. Et comme pour lui donner raison, sans même se donner la peine de lui répondre, elle referma sèchement son livre, le reposa sur le guéridon à côté d'elle et voulut foncer vers la sortie. Cependant, plus vif qu'elle, il la stoppa en lui attrapant le bras.
« Non ! Attends s'il-te-plaît, supplia-t-il. Je suis venu m'excuser…
-T'excuser ? Répéta-t-elle d'une voix métallique. Mais t'excuser de quoi au juste ?
-De tout, répondit-il très rapidement. J'ai agi comme un idiot. Oh ! Pardonne-moi Naomi, je n'ai jamais voulu t'insulter, mais…
-Je ne vois de quoi tu parles, rétorqua-t-il d'un ton doucereux. Il n'y a rien à excuser.
-Q-quoi ? Bégaya-t-il sans comprendre.
Avec froideur, Naomi se rapprocha légèrement de lui et lui martela :
-Écoute-moi bien Simon, et de toutes tes oreilles : à partir de maintenant tu n'existes plus pour moi Il ne s'est rien passé entre nous, et il ne se passera plus jamais rien. Ça n'existe pas et ça n'a jamais existé. C'est compris ?
-Non ! Réagit-t-il d'une voix désemparée. Je suis désolé Naomi, tellement désolé ! Si tu savais comme je m'en veux. Laisse-moi juste t'expliquer…
À sa grande honte, des larmes commencèrent à perler au coin de ses paupières. Mais loin d'être adoucie par sa diatribe, la fille s'embrasa et le coupa :
-Ah, tu es désolé ? Désolé ? Tu crois que cela suffit ? Et bien je vais te dire : je n'en ai plus rien à faire maintenant ! C'est trop tard pour regretter et te répandre. Pour ma part c'est terminé ! Je ne veux plus jamais avoir affaire avec toi, aboya-t-elle à la fin.
-Mais qu'est-ce que je peux faire ? Gémit-il. Dis-moi ce que je peux faire ! Oh je t'en prie…
-Ce que tu peux faire ? Reprit-elle avec hargne. Et bien, tu n'as qu'à aller te consoler avec une fille qui sera moins hideuse que moi. Ruth par exemple, ferait très bien l'affaire : elle n'est pas défigurée, elle. »
Et, sans regard pour le garçon éploré, elle s'en fut.
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Troisième dimanche – Solstice d'hiver
Cette nuit-là, ce fut une plainte sourde qui le tira du sommeil. À moitié réveillé, Drago eut d'abord de la peine à identifier d'où venait le bruit ténu. Puis, ce fut en sentant tout d'un coup sa compagne s'agiter à côté de lui qu'il comprit que c'était elle qui produisait ce son. Se redressant à demi sur le coude, il l'observa tandis qu'elle dormait toujours, inconsciente de l'observation dont elle faisait l'objet. Son visage était légèrement rosé et sa gorge ronde commençait à se couvrir d'une fine pellicule de sueur. Le drap blanc qui la couvrait, fripé par endroit, présentait des raies d'ombres bosselées qui frémissaient et ondulaient dans des mouvements de va-et-vient au même rythme que son corps. Sa peau entière était parcourue d'infimes tremblements sous l'effet de la chair de poule.
Étendue sur le coté face à lui, elle avait la bouche entrouverte et sa tête donnait des petits coups vers l'avant comme si elle attendait quelque chose. Soudain tout son dos s'arqua voluptueusement, ses cuisses contractèrent et ses mains se crispèrent sur l'oreiller. Elle laissa échapper un nouveau gémissement, plus court et plus voluptueux.
Médusé, Drago la vit se tortiller pour se rapprocher inconsciemment de lui. « Non, ce n'est pas possible, se dit-il avec une incrédulité teintée de ravissement. Elle ne va pas quand même pas… »
Si, elle le fit.
Ses bras nus et chauds encerclèrent son torse nu et sa jambe glissa au-dessus de sa taille pour s'entremêler aux siennes. Son visage se frotta alors lascivement contre sa clavicule tandis que son souffle tiède lui chatouilla le cou. À nouveau, elle poussa un soupir de bien-être. Alors Drago n'eut plus aucun doute.
Hermione Granger, la petite fille sage et studieuse, le rat attitré de la bibliothèque de Poudlard. Celle-là même à qui il avait reproché sa passivité dans les ébats charnels, était ni plus ni moins qu'en train de faire un rêve érotique !
Comment ? Avec qui ? Brusquement, Malefoy n'y tint plus, il voulait absolument savoir. Une idée espiègle lui traversa l'esprit, et comme elle poussa encore une faible plainte, ses barrières tombèrent définitivement. Sans réfléchir aux conséquences, il se pencha vers ses lèvres…
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… et vous voulez tuez l'auteur… et l'auteur vous comprend parfaitement ! Ceci dit, je ne suis pas très satisfaite de ce passage. Je crois que je n'aime pas trop écrire des lemons.
