Les événements historiques et les noms d'îles (Belam, Liberty, etc.) sont exacts. J'ai seulement pris une liberté (pas la statut svp) en tressant les événements du Whonivers et de notre réalité. Mais c'est peut-être le même, qui sait?

Bonne lecture

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Coney Island, l'endroit à la mode pour s'amuser. On était loin de la simple fête foraine! La foule était nombreuse, mais réussissait à ne pas trop se bousculer. Les chapeaux à plumes côtoyaient les pieds nus sans plainte. Les baraques s'alignaient et présentaient tous les numéros et les spectacles possibles. Grande roue, carrousels, jeux d'adresses, jongleurs et animaux savants, chacun pouvait y trouver son bonheur, les enfants autant que les plus grands.

Il était rare de croiser des yeux tristes sur Coney Island : si on n'y trouve pas le bonheur sur l'île des plaisirs, c'est que quelque chose de terrible arrivait ou bien… qu'on n'était pas tout à fait du coin. Ce qui correspondait tout à fait au capitaine Jack Harkness. Il errait de kiosque en kiosque, sans se laisser déconcentrer par les pétards qui éclataient à ses pieds, par les déchets qui roulaient sous ses bottes ou par les appels des bonimenteurs.

Trois semaines qu'il était arrivé dans la mauvaise époque et il rongeait son frein. Pas moyen de réparer son manipulateur de vortex, pas moyen de donner un petit coup de fil au Docteur et pas moyen de scanner toute la planète pour trouver une technologie capable de l'aider. C'était enrageant.

Jack Harkness gardait pourtant son calme. Au moins, il était sur Terre, ce qui était déjà assez bien. Le Docteur avait tendance à revenir régulièrement sur cette planète et l'environnement était plutôt sympa. Il n'y avait pas de nuages de méthane, de plantes carnivores géantes et aucune invasion alien n'était prévue avant un certain nombre d'années.

Deux jeunes femmes passèrent près de Jack et lui firent les yeux doux. Il leur répondit, un pur automatisme, par un sourire et elles gloussèrent tout en continuant à marcher.

Yep. Il aurait pu tomber sur pire planète. Au moins, son physique était attirant et il n'avait pas besoin de faire beaucoup d'efforts pour trouver de la compagnie. Mais encore là, la seule compagnie qui lui aurait plu portait un manteau de cuir et des bottines ou bien un chandail rose et un jeans. Et ça n'allait pas être inventé tout de suite.

Jack se répéta qu'il était au moins sur la bonne planète. Le Docteur reviendrait. Le Docteur le chercherait.

N'est-ce pas?

Son attention fut soudainement attirée par un bip-bip assourdissant en provenance du kiosque, un son qui n'avait absolument rien à voir avec l'époque et le lieu et qui lui réchauffa le cœur. De l'électronique à Coney Island… Eh bien, c'était certainement un précédent, vu le siècle!

Le vendeur secouait un boîtier métallisé et Jack le lui enleva promptement. L'engin émit une pulsation encore plus aiguë et rapide et Jack l'éteignit d'une chiquenaude. Le vendeur avait un air ahuri sincère et Jack entreprit de savoir où il avait obtenu l'appareil.

« Il n'a jamais fait ce bruit-là avant, je vous jure! C'est quand vous êtes passé devant… Vous n'auriez pas quelque chose à voir là-dedans des fois? »

« Je suis un simple acheteur. » dit Jack avec beaucoup de calme et de charme.

L'homme bafouilla et finit par concéder qu'il ne savait pas quoi faire de l'objet et qu'il ne l'avait acheté que parce que…

« C'est un truc qu'il a trouvé dans la mer l'autre jour. Le vieux Dan ne savait pas quoi en faire… Et moi non plus, mais ce n'était pas cher et je pensais le revendre à un collectionneur… On dirait une boîte à musique, mais je n'ai jamais entendu de musique de ce genre… Et ça ne veut pas s'ouvrir…»

Pour le faire taire, Jack lui acheta le détecteur, ajouta un pourboire et s'en fut à l'autre bout de l'île, avec l'intention bien arrêtée de discuter avec le vieux Dan. On ne trouve pas un détecteur par hasard et encore moins un détecteur s'affolant au passage d'un visiteur du 51e siècle!

Cette section de l'île était réservée aux curiosités et aux gadgets. Quand il demanda où se trouvait le vieux Dan, on lui indiqua immédiatement la tente de la femme-poisson. Jack soupira : il s'agissait peut-être d'un simple costume ou bien… un visiteur d'une galaxie très, très lointaine qui trouvait probablement la Terre moins sympathique maintenant qu'il s'y trouvait. Qu'elle s'y trouvait. Une « femme » poisson.

Jack dû payer pour entrer sous la tente malgré ses dénégations qu'il voulait simplement poser une question au vieux Dan.

« Le vieux Dan, il quitte pas d'un poil sa jolie petite sardine. Si vous voulez lui parlez, faut entrer et vous rentrez pas sans un billet. C'est vingt cents. »

Jack jeta les pièces, trouvant le prix exorbitant pour l'époque. Le costume avait intérêt à être de qualité… ou la fille suffisamment jolie!

L'intérieur de la tente était éclairé par de multiples lampes à pétrole, ce qui le surprit. Ces endroits étaient généralement gardé dans l'ombre pour pouvoir dissimuler un peu mieux les défauts du maquillage ou du costume. Mais dans ce cas-ci, on semblait vouloir prouver que ce n'était pas un « truc ».

Un bassin carré en bois d'environ deux mètres de côté était placé au centre de la tente. Un rideau passé sur un fil de fer entourait le bassin et le recouvrait. Un léger bruit d'éclaboussures lui prouva qu'il y avait quelque chose – ou quelqu'un – dans le bassin. Un visiteur lui conseilla de passer derrière les estrades, de simples banquettes de trois étages (mais encore une fois, ici?), et de se choisir une place quelque part au fond.

Finalement, un homme dont le physique (et l'odeur) criait « pêcheur » annonça en crachant un jet de salive brunâtre et en chiquant en même temps qu'il présentait la créature exotique qui vivait au fond des mers. Il raconta sa petite histoire de trésors et de prise merveilleuse, puis dévoila le bassin.

La moitié des gens se levèrent d'un bond et Jack fut bousculé sans pouvoir apercevoir la femme-poisson. Enfin, la cohue diminua, car le spectacle avait de quoi stupéfier, et Jack sentit son ventre se tordre.

Ce n'était pas un costume.

Et ce n'était pas un alien.

C'était RoseTyler.

Jack chercha frénétiquement un homme aux grands oreilles et au manteau de cuir parmi la foule, mais Rose avait l'air si tendue que Jack su que le Docteur n'était pas parmi l'assistance, avant même d'avoir obligé à se retourner le dernier spectateur.

Les gens se pressaient autour du bassin et tendait le doigt. Le pêcheur donnait des coups de baguette aux impatients et défendaient qu'on toucha son trésor.

« Ce n'est qu'un costume! » cria un gringalet en pointant la femme-poisson.

« Il en fallait bien un pour douter! Approche-toi et tu vas toucher si c'est un costume! »

La foule lui fit une place et le gringalet fut poussé contre le bassin. Le pêcheur saisit le poignet de l'incrédule et le plongea dans l'eau en criant qu'il pouvait toujours essayer de décoller le costume d'écailles de la femme-poisson! Après quelques essais, le gringalet rougit et retira son bras en rougissant. Rose n'avait pas réagi. Jack attendit que le numéro soit terminée et prit enfin le vieux Dan à part. Il n'était cependant plus question de lui poser de question sur le détecteur.

Il essaya de capter l'attention de Rose, mais le rideau avait été rapidement replacé autour et sur le bassin.

« Je la vendrai pas. Et je la loue pas non plus. De toute façon, elle a pas ce qu'il faut pour satisfaire un homme. » dit aussitôt le vieux pêcheur avant que Jack n'ouvre la bouche. « C'est mon trésor à moi. T'as qu'à t'en trouver une à toi. Et pis, si tu veux une fille, y'en a plein autour de toi et j'crois pas que tu sois le genre à leur faire peur. »

« Je veux juste rester avec elle trois minutes. Je n'entrerai pas dans le bassin. Vous pouvez rester dans l'entrée. Et je peux payer. »

L'autre hésita, mais devant les billets que Jack sortit de sa poche, il hésita et mâchouilla sa chique en réfléchissant. Il tendit la main, mais Jack mit l'argent hors de portée.

« Je suis prêt à doubler mon offre si vous me dites où vous l'avez trouvée. »

« Je l'ai pêchée tout près de Bedloe's Island. » répondit-il en empochant la cagnotte.

« Est-ce qu'il y avait quelqu'un d'autre avec elle? Un homme? »

« Un autre comme elle? Certainement pas! Votre trois minutes s'écoule, mon gars. Et je ne sais pas combien va vous coûter le prochain rendez-vous… »

Il s'éloigna et Jack se dépêcha de découvrir le bassin.

« Je n'étais pas certaine d'avoir reconnu votre voix! Jack! » s'écria-elle en se pendant à son cou.

« Rose! Je vais vous sortir de là. Où est le Docteur? »

« Pas très loin. Mais il ne peut pas beaucoup m'aider en ce moment. »

« Je fais tout ce que je peux! »

« Je sais, mais Jack a des pieds, lui. »

« Des pi… Jack? »

« Et… qu'est-ce qui vous est arrivé? Ce n'est pas seulement un bon déguisement holographique, n'est-ce pas? »

Quand elle s'était jetée à son cou, il avait senti les muscles et la chaleur sous les écailles. Un déguisement, même très sophistiqué, ne pouvait pas aller jusqu'à un toucher si réel. Jack n'avait ressenti aucun picotement, n'avait entendu aucun bourdonnement, rien n'indiquait l'usage d'une technologie quelconque… et Rose n'aurait certainement pas joué les sirènes devant un tel public. Enfin… pas sans raison. Et pas sans le Docteur.

« Nous sommes à l'extrémité de l'île. Il n'y a pas de plancher, seulement la passerelle de bois de la jetée. Est-ce que vous avez encore votre machin pour zapper les murs? »

« Ça fait longtemps que j'ai dû le jeter! Vous ne vous rappelez pas? IL a échangé l'usine produisant les chargeurs contre une bananeraie! »

« Dommage. Mais c'est le seul moyen de sortir d'ici. Il y a bien trop de monde dehors et vous ne parviendriez pas à faire trois pas avec moi… Oui, je suis un peu plus lourde qu'avant. »

« Mais comment…? »

« On n'a pas le temps, Jack. Revenez avec une hache pour démolir le plancher et je pourrai me glisser dans l'eau. Après ça, tout ira bien. »

« La clé est probablement celle de Jack! »

« Et pendant que j'y pense, il me faudrait la clé du Tardis. »

« Pardon? »

« La clé. Nous… nous sommes enfermés à l'extérieur du Tardis. »

Jack éclata de rire et le vieux Dan revint, stupéfait de voir sa créature souriante et si ouverte. Rose le foudroya du regard en murmurant à Jack de garder précieusement la clé : « C'est le seul moyen pour nous de redevenir... »

Jack nota le « nous » et manqua s'étouffer. Le Docteur avait le même… euh… problème?

« Ça suffit. Sortez! » ordonna le pêcheur.

« Il n'y a pas un homme-poisson comme attraction par hasard? » demanda-il avec autant de charme que possible.

Le vieux pêcheur fut incapable de résister à l'allure, au sourire et… aux phéromones du 51e siècle qui se dégageaient de Jack. Il cassa son humeur de chien et répondit fièrement qu'il avait l'exclusivité de ce genre d'attraction.

Jack prit congé et ce bon vieux Dan commença à se poser des questions sur cet étrange visiteur plusieurs minutes après son départ, bien trop tard pour le harceler et découvrir la vérité à son sujet. Il découvrit le bassin et demanda à la créature marine des renseignements sur le beau capitaine.

« Pensez-vous vraiment que je vais vous répondre? »

« Tu le connais, la Sardine. »

« Et alors? »

« Alors, juste au cas où tu aurais un plan pour t'échapper et ce gugusse prêt à t'aider, je pense qu'on va te mettre en sécurité. »

Il arracha complètement le léger rideau et alla chercher plusieurs lourdes planches au fond de la tente. Quand il entreprit de les clouer et de sceller le bassin, Rose n'eut d'autre choix que de s'enfoncer sous l'eau. L'espace entre le couvercle et la surface de l'eau n'aurait pas permis à un chat de respirer plus d'une minute.

Le couvercle ne recouvrait pas entièrement le « bocal à poisson » et il lui restait la lumière des lampes à pétrole, mais Rose savait que le vieux pêcheur les éteindrait en partant. Elle n'avait pas peur d'être enfermée. Avoir un « toit » au-dessus de la tête ne la perturbait pas, de toute façon, son univers faisait deux mètres cubes. Elle pouvait difficilement être plus prisonnière qu'elle l'était! Mais le manque de lumière l'inquiétait un peu plus.

Elle ferma les yeux et se raccrocha à la présence, toute proche, qui était capable de la rassurer.

« Jesuislà. » dit simplement le Docteur.

« Je sais. »

Le temps passa comme il le faisait toujours durant la nuit : à la fois trop lentement et trop vite.

Lentement parce que les heures n'en finissaient plus de s'étirer et Rose rêvait, justement, de pouvoir s'étirer! Être confinée dans son bocal à poisson après avoir traversé l'Atlantique était désagréablement ironique.

D'autre part, le temps se contractait comme par magie à cause du Docteur. Il ne dormait jamais et il était capable de parler jusqu'à ce qu'elle s'endorme… pour reprendre dès qu'elle se réveillait. Le plus souvent, elle passait directement de la dernière phrase du Docteur à un rêve, qui le mettait généralement en scène. Rose se demandait s'il continuait à parler même quand elle n'écoutait plus.

Il ne disait rien de trop personnel. Il lui décrivait les mondes qu'il voulait visiter avec elle, lui racontait des blagues et des histoires concernant ses aventures passées. Ils s'amusèrent en récitant toutes leurs répliques préférées des Simpsons. Ils débattirent de la poutine en essayant de découvrir comment un assemblage aussi monstrueux de sauce brune, de frites et de fromage pouvait être aussi savoureux et comment les ingrédients avaient été mis ensemble la première fois. Une nuit, alors que Rose était à demi-endormie, elle cru l'entendre fredonner… quelque chose qui ressemblait à l'air de la Petite sirène de Disney.

Rose guettait le moment où Jack reviendrait. Comme ses oreilles étaient dans l'eau, elle n'entendit pas les frôlements contre la toile de la tente. Elle sentit les chocs provoqués par un instrument alors que le couvercle de bois était décloué. Il faisait toujours aussi noir et quand Rose pu se redresser, elle mit quelques secondes à s'apercevoir qu'il y avait bien trop de monde autour d'elle.

« Cen'estpasJack! » projeta-t-elle vers le Docteur.

« Qui est-ce? »

« Je ne sais pas, mais ils sont une douzaine. »

Elle hésita, mais quand ils déployèrent un brancard de tissu et installèrent un système de cordes et de poulies, elle ravala sa salive : « Jecroisqu'ilssontpourm'enlever. »

« Quoi? »