Bonjour à tous. Et c'est le cas de le dire, il est pratiquement 5 h du matin. Alors, j'ai légèrement dépassé (un chouia) la date prévue, mais il fait toujours nuit donc... Bon j'avoue, j'ai exagéré et j'en suis vraiment vraiment (vraiment) désolée (waouh, je m'excuse beaucoup en ce moment). Bon, je ne vais pas blablater longtemps, déjà que je vous fais attendre, juste le jargon habituel, l'univers et les personnages d'Harry Potter ne sont pas les miens, mais appartiennent à la sublime J.K. Rowling. Bonne lecture ;)
Chapitre 9 : Point de rupture
Le siège social du groupe Granger était idéalement situé en plein cœur de Londres sur Regent Street, non loin de Piccadilly Circus. De l'extérieur, il s'agissait d'un immeuble on ne peut plus classique dont l'architecture se fondait à la perfection dans l'environnement commerçant. Les sortilèges repousse-moldus empêchaient quiconque n'étant pas un sorcier de pénétrer dans le bâtiment.
Le Hall de l'immeuble était décoré dans un style épuré, dans des tons clairs, donnant une impression d'espace. Cette sensation était accentuée par la présence d'un miroir magique couvrant tout le mur droit de la pièce, dans lequel se reflétaient les différentes publicités des produits du groupe. L'entrée principale faisait face à un comptoir d'accueil ivoire sur lequel siégeait une imposante orchidée blanche dans son vase en métal. L'inscription « Groupe Granger » en lettre argentée trônait fièrement sur le mur à l'arrière du comptoir.
Hermione s'avança vers l'accueil où elle salua la réceptionniste. Elle se dirigea ensuite vers l'un des élégants ascenseurs en bois clair, les talons de ses escarpins raisonnant en cadence sur le sol de marbre. Elle appuya sur le bouton d'appel et l'une des portes s'ouvrit immédiatement. Elle pénétra dans l'habitacle et indiqua le niveau 6, étage de la direction.
Le sixième étage était tout aussi raffiné que le rez-de-chaussée, les mêmes nuances de gris et de beige clair s'y retrouvaient. Les portes des ascenseurs faisaient face à une immense baie vitrée enchantée dont la vue changeait chaque jour. Aujourd'hui, Hermione pouvait observer le panorama enchanteur et les eaux turquoise des Seychelles. Elle s'orienta directement vers le bureau de Dean.
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La secrétaire de Dean l'introduisit dans le bureau du directeur général du groupe. Comme elle l'avait présupposé, Seamus était présent. Confortablement installé dans l'un des fauteuils faisant face à celui de Dean. Les deux hommes vinrent à sa rencontre pour l'accueillir.
- Alors, on commence à travailler sans moi, engagea Hermione alors qu'elle prenait place dans le siège à côté de Seamus.
- Mais non, penses-tu, nous t'attendions. Seamus et moi ne faisions que discuter.
- Oui, approuva ce dernier, je faisais part à Dean de mes impressions concernant la nouvelle décoration de son bureau.
Hermione qui n'avait rien remarqué jeta un coup d'œil circulaire à la pièce. Quelques aménagements avaient, en effet, été faits, mais rien de flagrant.
- Je ne vois rien de notable, constat-elle.
- Serais-tu aveugle, Hermione ? Cet agencement n'a absolument rien à voir avec l'ancien. Le lapis-lazuli sied davantage à la pièce que cet affreux bleu turquin sans profondeur, et regarde comme la causeuse s'harmonise mieux avec le mobilier depuis qu'elle est face à la baie vitrée, affirma Seamus, l'air grave dans une imitation quasi parfaite de Leonora.
- Ah parce que ce n'est pas le même bleu ? s'étonna Hermione en riant.
- Une telle ignorance me laisse sans voix ! s'outra Seamus fidèle à son personnage.
- Vas-tu cesser de te moquer de ma fiancée ? intervint Dean avec un sourire.
- Fiancée ? Elle est au courant au moins ? Parce qu'il me semble l'avoir entendue dire qu'elle ne se marierait que le jour où les dragons cesseraient de cracher du feu.
- Façon de parler, Hermione, et puis, c'est tout comme, nous vivons ensemble depuis 3 ans.
- Au moins, je vois qu'elle n'a pas changé sa photo.
Sur le mur derrière Dean reposait une affiche de Leonora grandeur nature dans sa publicité pour le Rouge Perfect de Perfection.
- Curieusement non, répondit Seamus, mais tu auras sans doute remarqué la nouvelle plante verte, ainsi que le nouvel abat-jour.
- Maintenant que tu le dis…
- Bon, si vous avez fini de parler chiffons, je serais d'avis que l'on se mette au travail, déclara Dean en se levant dans l'idée de rejoindre la salle de réunion.
- Oh non, restons ici.
- Comme tu veux Hermione.
Il se rassit et fit apparaître plusieurs dossiers ainsi qu'un service à thé et quelques pâtisseries. Une fois les trois associés servis, Seamus fut le premier à prendre la parole,
- Commençons par parler chiffres, proposa-t-il en saisissant l'un des dossiers. Nous avons constaté une hausse de 5 pour cent sur les ventes de Perfection et de Thomas & Finnigan depuis la semaine dernière et selon les estimations de nos analystes ce phénomène devrait s'accentuer dans les semaines à venir.
- Fais voir !
Hermione s'empara du papier qu'il avait entre ses mains pour l'examiner.
- Comme tu peux le constater, je dois dire, ma chère, que le scandale te va bien au teint.
- Je sais que la situation n'est pas facile pour toi, mais quoi que tu fasses, continue, nos ventes ne se sont jamais aussi bien portées et j'exagère à peine. Aux dires du service de prévisions des ventes, cela ne fait que commencer, renchérit Dean.
- Oui, si tu pouvais nous créer un ou deux scandales en plus, ce serait bien.
Hermione lui lança l'un des regards les plus noirs qu'elle ait en réserve.
- Tout doux ma belle, la calma Seamus, en tant qu'ami, tu peux être sûre que tu as tout mon soutien et mon affection. Dean et moi te l'avons prouvé à mainte reprise. Mais en tant qu'associé, je me dois de penser aux chiffres, les affaires sont les affaires.
- Seamus n'a pas tort, approuva Dean. Hermione, Dieu sait que nous t'adorons, mais la perfect-attitude ça ne marche qu'un temps.
- Que veux-tu dire par là ?
- Que ton image est trop lisse… trop… contrôlée.
- Je ne vois pas en quoi cela pose problème, c'est ce que l'on a toujours attendu de moi.
- Au début peut-être, mais comment dire…
- Trop de perfection tue la perfection ! Conclut Seamus.
- Voilà !
- D'accord…
- Ce que l'on essaye de te dire Seamus et moi, c'est que ton éclat de la semaine dernière n'était pas une mauvaise chose du point de vue du groupe. Tu es l'image du groupe, ne l'oublie pas et même si tout va plutôt bien, un peu de renouveau ne nous ferait pas de mal.
- En quoi le fait que je me donne en spectacle serait-il profitable pour le groupe ?
- Tu comprends très bien où l'on veut en venir Hermione, cesses de jouer les simplettes. Ton image est trop lisse, l'écorner un peu ne peut pas te faire de mal, personne ne peut s'identifier à quelqu'un qui vit dans un conte de fées.
- Je ne vis pas dans un conte de fées, s'offusqua Hermione.
- Nous, nous le savons, parce que nous sommes tes amis, mais ce n'est pas le cas de la plupart des gens, reprit Seamus. Tu donnes l'impression que tout est facile pour toi et de traverser la vie avec un grand sourire. Ça peut rassurer, faire rêver, mais au bout d'un moment ça finit par agacer.
- En montrant ton ressentiment envers Ron, tu es apparue plus humaine et ça a plu.
- Pas à tout le monde si j'en crois le nombre de beuglantes que j'ai reçu.
- On ne peut plaire à tout le monde, c'est un fait, rétorqua Dean philosophe.
- OK, je vois, dit sombrement Hermione.
- Ne te vexe pas Hermione, ce n'est pas le but.
- Et comment veux-tu que je le prenne ? Parce qu'en gros vous êtes en train de me dire que je suis mortellement chiante.
- Mais non… écoute, juste lâche un peu prise, et je ne dis pas ça seulement du point de vue professionnel, tu ne peux pas toujours tout contrôler, laisse-toi aller parfois.
- Mais je suis comme ça ! J'aime quand tout est prévisible, j'aime tout contrôler, c'est moi !
- Ce n'est pas possible Hermione ! C'est la vie, parfois il y a des imprévus et il faut faire avec, c'est comme çà.
- Et c'est encore mieux si l'on en tire parti, conclut Seamus.
- Bon maintenant c'est vous qui allez m'écouter, je suis contente de cette hausse, mais je ne me laisserai pas manipuler à votre guise. Je sais bien que je suis l'image de cette entreprise, c'est mon nom qui est inscrit en grosse lettre à chacun des étages de cet immeuble, mais que ce soit bien clair entre vous et moi, je ne ferais jamais rien que je n'ai envie de faire simplement dans l'intérêt du groupe. Tant mieux si la débâcle de la semaine dernière a eu du bon. Mais cela ne se reproduira plus.
- Voilà, c'est exactement ce que je veux dire, tu te censures au nom de je ne sais quel principe rigide, mais ouvre les yeux bon sang ! Tu as le droit d'être en colère, personne ne t'en voudra pour ça.
Dean lança un regard d'avertissement à Seamus, mais ce dernier ne se laissa pas démonter.
- Non, mais est-ce que tu t'es vue ? Tu es en plein déni. Et tu vas me dire que c'est toi ça ? La Hermione que je connais ne fuit pas les problèmes, elle les affronte.
- Sommes-nous toujours en train de parler affaires ?
- Hermione… intervint Dean.
- Parce que si ce n'est pas le cas, coupa-t-elle, je ne te permets pas de me faire la leçon. Nous sommes amis d'accord, mais ne pousse pas le bouchon.
- Si tu le prends comme ça, se désola Seamus, je n'ai plus rien à ajouter.
- Bien, sourit Hermione quelque peu crispée, qu'y a-t-il d'autre à l'ordre du jour ?
La réunion se poursuivit dans une ambiance beaucoup moins bien détendue que d'habitude, mais chacun resta professionnel et tous les points qui devaient être abordés le furent. La tension qui s'était installée au début fini même par se relâcher, Hermione et Seamus n'étant pas rancunier ni l'un ni l'autre. Lorsqu'ils en arrivèrent aux projets à venir, la question du financement se posa.
- Nous en arrivons au sujet qui fâche, souligna Dean.
- Encore un ? demanda Hermione en souriant.
- Malheureusement, poursuivit-il, je ne sais pas si tu as vu les estimations de coût pour le projet Circa…
- Non.
- Alors je te laisse les découvrir par toi-même.
Hermione prit le dossier que lui tendait Dean et l'ouvrit sous le regard circonspect de ses compagnons. Elle retint une exclamation choquée.
- Tant que ça ?
- Oui, répondit Seamus et c'est sans compter les accords internationaux qu'il va falloir obtenir et qui devraient nous coûter quelques gaillons.
- On va avoir besoin de financement extérieur.
- Et la réserve ?
- Insuffisante, elle sera probablement engloutie par Araneo et il faut que l'on continue à fonctionner à côté de ça, nous avons des charges, je te le rappelle. Il va falloir faire des concessions Hermione !
- C'est tout ce que je ne voulais pas, soupira-t-elle.
- Je sais, acquiesça Seamus, c'est rageant quand on pense au chiffre d'affaire que l'on fait ! Nous avons retourné le problème dans tous les sens, il n'y a pas d'autre solution. Soit on renonce et l'on se fait chiper l'idée par la concurrence, soit on continue et là on a besoin d'investisseur.
- À grands projets, grands moyens. Ce serait trop bête de laisser tomber, si un seul de ces deux projets est mené à bien, les retombées financières seront colossales. Je ne veux pas d'une autre affaire Vigilance. Et dans ce cas, le manque à gagner serait nettement supérieur.
Vigilance était un programme de surveillance sur lequel ils avaient travaillé il y a quelques années. Malheureusement, ils avaient tardé à réunir les fonds nécessaires à la mise en place du projet et avaient été victimes d'espionnage industriel. Un concurrent s'était approprié leurs débuts de recherches et avait déposé un brevet. Certes, le groupe était actuellement en procès contre les auteurs de ce vol et était plus vigilant par rapport au personnel de l'entreprise, mais cette affaire leur laissait à tous les trois un goût amer.
- Il est hors de question que cela se reproduise, dit fermement Hermione.
- Tu m'ôtes les mots de la bouche.
- Nous sommes donc sur la même longueur d'onde, reprit Dean. Nous avons trois solutions, le prêt, mais je pense que vous serez tous les deux d'accord pour écarter cette hypothèse…
- Évidemment, les taux d'intérêt de Gringotts sont tout simplement usuraires.
Seamus ne put qu'approuver.
- Bien, il nous reste alors deux solutions, l'investisseur privé ou la vente.
- Je te vois venir…
- La proposition de Malefoy est plus qu'intéressante, il nous offre le triple de la valeur du journal et il est prêt à faire monter les enchères.
- Ce type est un peu dingue quand même. Pourquoi vouloir acheter un bien à perte ? Il doit avoir tant d'argent qu'il ne sait plus quoi en faire. Enfin, pour nous c'est une aubaine, fit Seamus.
- Qu'est-ce que tu proposes donc Dean ?
- Je propose de réfléchir très sérieusement à entamer des négociations avec lui.
- Tu penses pareil Seamus ?
Seamus hocha la tête.
- Je sais que c'est vraiment un sale type, mais on ne peut pas se permettre de faire la fine bouche.
Hermione ne répondit pas tout de suite, les arguments de Seamus et Dean étaient pertinents. S'ils avaient réussi jusque-là à s'autofinancer, ils en étaient arrivés à un point où s'ils voulaient voir plus loin, il allait devoir aller chercher des fonds hors de l'entreprise. Mais d'un autre côté, elle n'aimait pas du tout cette idée de vente, elle n'avait pas envie de se séparer de ce qu'ils avaient construit ensemble. Elle devait pourtant être raisonnable. Affaires et sentiments ne faisaient pas bon ménage.
- Je vais y réfléchir, annonça-t-elle.
- Tu m'en vois ravi, sourit Dean. Maintenant que nous avons fait le tour, veuillez m'excuser, je dois assister à une présentation chez Perfection.
- Ah oui, pour la nouvelle compagne de publicité du Perfect Serum, mais, il y en avait eu une la semaine dernière non ?
- Oh que oui ! lui répondit Seamus, et c'était nul, mais nul, ils ont intérêt à redresser la barre. Je préfère ne pas y aller sinon je vais m'énerver, ce Jasper Mcannon est un idiot finit. Je ne sais même pas comment il a réussi à être engagé.
- Il était stressé, Seamus, tu sais quel tyran tu peux être parfois et tu l'as incendier à peine à t-il commencé son speech, littéralement.
- Oh ! j'ai juste un peu brûlé sa chemise, ce n'est rien. J'aurais plutôt dû mettre le feu à sa bouche qui ne s'ouvre que pour dire des âneries. Non, mais tu te rends compte, Hermione, que cet abruti veut faire une publicité avec des fruits uniquement ? Il fit une mimique assez comique et entreprit d'imiter le malheureux, « avec le Perfect Serum, finit la peau rêche façon ananas, dites bonjour au teint de pêche ».
Hermione s'esclaffa en se levant suivit de près par les deux hommes.
- C'est effectivement très nul.
- Je jure que s'il me ressort une connerie de ce genre, il sera assuré d'aller présenter ses slogans débiles au chômage.
- Calme-toi Seamus, rit Dean, j'ai eu des échos de leur travail et ça m'avait l'air pas mal.
- J'espère bien !
- Je dois vraiment y aller là, on se voit plus tard.
- Oui, firent les deux autres.
Ils sortirent tous les trois du bureau et Dean prit, d'un pas pressé, la direction des ascenseurs. Tandis qu'Hermione se dirigeait vers son propre bureau, elle fut retenue par Seamus.
- Écoute Hermione, pour tout à l'heure…
- C'est oublié, ne t'inquiète pas.
- Je ne voulais pas te blesser, j'essayais juste de t'aider.
- Cesse de t'en faire pour moi, je suis une grande fille. Tout va bien, je gère.
- Si tu le dis… Mais si tu as besoin…
- Je sais où te trouver, termina-t-elle avec un sourire.
- OK, on se voit plus tard alors.
- C'est cela… Seamus ? l'appela-t-elle alors qu'il partait.
- Oui ?
- Merci.
Il lui sourit avant de disparaître dans son bureau.
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Le reste de l'après-midi se déroula sans événements particuliers. Amélia fit part à Hermione des retombées des décisions qu'elle avait prises et Hermione eut le temps d'avancer sur divers dossiers. Un peu plus tard, Dennis lui fit son compte-rendu habituel sur l'avancée dans les préparatifs du GHSS.
Il était près de 18 h et Hermione était toujours penchée à son bureau lorsqu'un léger coup fut frappé à la porte.
- Entrez ! dit-elle machinalement.
- Je ne te dérange pas ?
- Oh, Dennis, tu es encore là. Je te croyais parti. Non tu ne me déranges pas. J'ai fini, affirma-t-elle en se redressant sur son siège. Tu as besoin de quelque chose ? Je pensais qu'on avait abordé toutes les questions.
- Je peux m'asseoir ?
- Oui, répondit Hermione en fronçant les sourcils, il y a un problème ?
- Tu vas avoir besoin d'un avocat.
- Quoi ? Comment ça ?
Pour toute réponse, Dennis lui tendit une enveloppe assez grande à l'allure officielle. Hermione lui jeta un regard surpris, s'empara de l'enveloppe, puis l'ouvrit sans cérémonie. Son cœur loupa un battement et elle se figea.
- Hermione, je…
- Ça va. Je m'y attendais.
- Je sais, mais…
- Je vais bien, coupa-t-elle, je suis juste encore un peu sous le choc.
- Je comprends…
- J'avais prévu d'aller à la salle de l'entreprise, je crois que vais y aller maintenant, dit Hermione en se levant rapidement de son siège pour faire les cent pas dans la pièce. Ensuite, je vais rentrer, je pense, ça peut attendre demain non ?
- Oui, rien ne presse.
- Parfait.
- Je… Hermione si tu as besoin de quoi que ce soit…
- Je sais, merci, Dennis. Tu devrais rentrer, il se fait tard.
- Très bien, je…
- Au revoir Dennis.
- Au revoir, soupira Dennis dérouté avant de quitter le bureau.
Quelques minutes plus tard, Hermione quitta également la pièce, laissant derrière elle, bien en évidence sur son bureau, les papiers du divorce signés par Ron.
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Jane Granger arriva chez sa fille, les bras chargés de victuailles. La porte lui fut ouverte par Mindy, l'elfe de maison, qui était dans tous ces états. Décidément, Jane ne s'habituerait jamais à ses créatures dont la logique lui échappait parfois pour ne pas dire très souvent.
- Enfin, il y a quelqu'un ! Madame a refusé que j'appelle quelqu'un, mais puisque vous êtes là et que je ne vous ai pas appelé. Tout va bien, débita-t-elle de sa voix nasillarde.
- Mais enfin, que ce passe-t-il ici ?
- C'est madame la maîtresse… répondit Mindy, mais elle fut interrompue par l'apparition d'un autre elfe.
- Maintenant, elle récure l'évier de la cuisine, c'est très vexant, Tinky l'a fait deux fois aujourd'hui.
- Qui récure l'évier ? interrogea Jane.
- La maîtresse, couinèrent les deux elfes.
- Doux Jésus, s'exclama Jane avant de se diriger vers la cuisine.
Elle y trouva sa fille, les mains gantées, armée d'une éponge, frottant furieusement les bords de l'évier.
- Hermione !
Cette dernière sursauta.
- Maman ? Je ne m'attendais pas à te voir, les enfants ne sont pas là.
- Je sais, c'est pour cela que je suis là. Je me suis dit que l'on pourrait dîner toutes les deux.
- Et papa ?
- Oh ! tu sais ton père... Il est au club, il doit dîner avec un homme dont il espère refaire la dentition. Je n'ose pas imaginer comment va se dérouler le repas si effectivement toute la dentition est à refaire. Enfin… nous sommes donc entre filles. J'espère que tu as faim, car je n'ai apporté que des bonnes choses, je me suis arrêtée dans ce petit restaurant végétarien que j'adore dans SOHO.
- En fait maman, je n'ai pas très faim.
- Pas de discussion jeune fille ! Et tu vas me faire le plaisir de lâcher cette éponge et de m'enlever ces gants. Non, mais vraiment ! s'exclama Jane en sortant les plats de leurs emballages sous le regard noir de Mindy.
- Ce n'est pas croyable ! À quoi ça sert d'être payé si l'on ne peut même pas faire son travail ? D'abord la maîtresse qui fait le ménage et maintenant la mère de la maîtresse qui amène le dîner. L'on se demande bien à quoi l'on sert ! dit furieusement cette dernière avant de disparaître suivie par son collègue.
- Eh bien ! fit Jane, je ne me ferai décidément jamais à ces créatures… Viens Hermione, nous allons nous installer dans le salon pour une foi, on y sera plus à l'aise.
Celle-ci obéit sans broncher et mère et fille se retrouvèrent assises sur des coussins autour de la table basse du salon.
- Par quoi veux-tu commencer, ma chérie ? demanda Jane en lui passant un plat. Essaye ça, c'est ce que je préfère… Hermione ? Oh mon cœur, qu'est-ce qu'il y a ?
Les yeux d'Hermione s'étaient remplis de larmes alors qu'elle baissait les yeux sur le plat que sa mère lui avait donné.
- Je déteste le tofu, dit-elle avant d'éclater en sanglots.
Jane fit immédiatement le tour de la table pour prendre de sa fille dans ses bras. Celle-ci se serra contre elle, pleurant de plus belle.
- Là… Tout va bien ma chérie, maman est là, souffla Jane en caressant les cheveux d'Hermione.
Hermione ne pouvait retenir le flot de larmes qui s'échappait d'elle, la douleur était si forte qu'elle était à peine supportable. Elle avait l'impression qu'un poing glacé se refermait sur son cœur et le broyait pour le réduire à état de poussière. Pourquoi cela faisait-il si mal ? Elle aurait tellement voulu occulter ce désespoir qui s'emparait d'elle. Tout allait de travers…
Hermione pleura un long moment dans les bras de sa mère silencieuse qui se contentait de la bercer de temps à autre.
- Qu'est-ce que j'ai fait de mal ?
- Mais tu n'as rien fait de mal, mon cœur, tu es la personne la plus gentille qu'il puisse exister.
- Alors pourquoi m'a-t-il quitté maman ? Pourquoi est-ce qu'il est capable de me rayer de sa vie juste comme ça, après tant d'années passées ensemble ?
- Il ne t'a pas rayé de sa vie, chérie.
- J'ai reçu sa demande en divorce aujourd'hui.
- Oh ma puce, je suis désolée, chuchota la mère en serrant un peu plus sa fille contre elle.
- Pas autant que moi.
- Tu sais chérie, même s'il le voulait, il ne pourrait pas te rayer de sa vie. Vous avez deux merveilleux enfants ensemble.
Hermione se remit à pleurer.
- Si tu savais comme ils me manquent et ils ne sont partis que depuis hier, comment vais-je tenir une semaine sans les voir ? Ce soir quand je suis rentrée et qu'ils n'étaient pas là…
- Chut… ça va aller, je suis certaine que Ron te laissera les voir dès que tu le souhaites. Tu pourrais y aller demain, il vit chez Molly pour l'instant non ?
- Oui.
- Et elle t'adore Molly, même si Ron le voulait, il ne pourrait pas t'empêcher de voir tes enfants.
Hermione sourit à travers les larmes.
- Tu as raison.
- Comme toujours, une maman a toujours raison.
- Je t'aime maman.
- Moi aussi mon ange, je t'aime plus haut que les étoiles.
Hermione rit à ce souvenir. Elle le disait souvent à ses parents quand elle était petite. Elle commençait à essuyer ses larmes quand sa mère la retint.
- Non ma chérie. Ça suffit de faire semblant ! Tu as le droit d'être triste, tu as le droit de pleurer, tu as le droit d'être en colère. Tu n'as pas à toujours être forte. Il n'y a que toi et moi, ici. Je ne veux plus que tu t'enfermes dans le déni. Ce n'est pas parce que l'on ignore un problème qu'il va disparaître, tu le sais très bien. Alors je sais, c'est dur, ça fait mal, mais tu dois surmonter cette épreuve. Et tu ne seras pas seule, beaucoup de gens t'aiment, ne leur ferme pas la porte.
- Je sais maman, mais… c'est tellement dur, je n'y arriverai pas.
- Bien sûr que tu y arriveras, je le sais. Tu es ma fille, je te connais mieux que personne.
- Oh maman, tout me tombe dessus, rien ne va. Je ne contrôle plus rien, ma vie m'échappe.
- Écoute, tu ne vas pas aimer ce que je vais te dire, mais tu ne peux pas tout contrôler. Parfois, il arrive des malheurs et ils ne sont jamais prévus, c'est comme ça. Mais il faut les surmonter, tout peut se surmonter, car tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. Ta grand-mère disait souvent que ce qui est important dans la vie ce n'est pas de ne jamais tomber, mais de savoir se relever. Aujourd'hui, tu as mal, tu es blessée, mais déjà demain, tu auras un tout petit peu moins mal et ainsi de suite, jusqu'à que la douleur ne soit qu'un lointain souvenir.
Hermione ne répondit rien, elle se laissait réconforter par les bras rassurants de sa mère qui la berçait en lui caressant les cheveux. Sa mère avait raison, bien sûr, mais elle ne se sentait pas de taille à surmonter tout ça.
- Tu devrais prendre des vacances.
- Je ne peux pas.
- Oh, excuse-moi ma chérie, je me suis mal exprimée, ce n'était pas une suggestion. Tu en as besoin. Je ne vais pas te laisser sombrer et te noyer dans le travail.
- Je viens juste d'être nommée, je ne peux pas partir comme cela.
- Si tu peux, tu n'auras qu'à prendre tes fonctions à ton retour.
- Mais l'entreprise…
- Pas de mais ! L'entreprise peut fonctionner sans toi. Dean et Seamus ne sont ni idiots ni manchots. Quant au ministère, tu as le droit de prendre des congés, même moi, je le sais. D'ailleurs, cela fera du bien à ton père aussi. Je te laisse jusqu'à vendredi pour t'organiser parce que samedi matin nous partons et avec les enfants. Je suis certaine que tu arriveras à les récupérer, termina-t-elle d'un ton qui n'admettait aucune contestation.
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Jane resta une bonne partie de la soirée, elle s'assura qu'Hermione mange un minimum et l'encouragea à lui raconter tout ce qui n'allait pas. Hermione s'était rendu compte que ça lui avait fait beaucoup de bien, elle ne pensait pas avoir gardé tant de choses pour elles. Malgré tout, elle était toujours aussi mal, elle avait l'impression qu'un trou béant se trouvait dans ses entrailles et qu'il menaçait de l'engloutir. Il était presque minuit quand Hermione monta se coucher. Elle dormait désormais dans ce qui avait été la chambre d'ami, ne pouvant se résoudre à dormir dans leur chambre. Elle entrait dans la pièce lorsque son attention fut attirée par un magnifique bouquet de coquelicots (1) trônant fièrement dans un vase, elle s'approcha des fleurs et remarqua une boite de chocolat Perùs, ses préférés, posés au pied du vase, ainsi qu'une carte qu'elle s'empressa de lire.
« Fleurs ou chocolats, je n'ai finalement pu choisir
J'espère que tu les apprécieras autant que j'ai apprécié déjeuner avec toi
DM »
Hermione sourit et pour la première fois depuis son après-midi cauchemardesque, elle se sentit presque apaisée. Si Drago Malefoy pouvait se montrer gentil, même si c'était à dessein, sa mère avait raison, tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.
(1) Les coquelicots ont une double signification. Tout d'abord, ces fleurs ont des propriétés sédatives et étaient utilisées comme somnifères. Elles permettaient alors d'avoir un sommeil serein et réparateur. De plus, on les utilisait également pour soigner l'hyperémotivité et la nervosité. Tous ces éléments font qu'elles symbolisent le réconfort, la consolation et l'apaisement. Cependant, il s'agit également de belles fleurs délicates qui se fanent rapidement, elles peuvent donc aussi signifier « aimons-nous au plus tôt ». Drago ne choisit pas ces fleurs par hasard, se faisant, il lui offre du réconfort à sa souffrance, mais, il lui signifie également qu'il est tant pour eux de se retrouver. Subtilement, parce qu'Hermione n'y verra certainement que le réconfort.
Voilà pour ce chapitre, en espérant que l'attente en a valu la peine. Comme d'habitude, je suis ouverte à vos remarques et impressions, vous avez même le droit de me hurler dessus par commentaire interposé pour mon inconstance.
Cette semaine, j'ai un petit jeu pour vous, sauriez-vous deviner ce qui se cache derrière les projets Araneo et Circa ?
Bon j'ai terminé, je vais pouvoir aller dormir. Je vous souhaite une bonne journée et je vous dis à la semaine prochaine. Jusque-là, eh bien, prenez soins de vous.
Bons baisers de dessous ma couette,
Lolielo
