Chapitre 8 : Accepter la vérité
Deux jours s'étaient écoulés depuis la révélation choc d'Izzie à Arthur. Deux jours durant lesquels rien n'avait évolué pour l'instant. Le noiraud était toujours le prisonnier d'Aveline, prétendument en cardio, officiellement en salle d'étude pour trouver un plan pour la main de Desmond. Pour le coup, il bouillonnait de rage, car cela lui avait fait louper un cas très intéressant.
Le Dr Montgommery avait débarqué la veille avec un patient de marque – son propre frère – atteint de neurocysticercose et demandait l'aide de son ex-mari, Derek. Des œufs de parasites dans un cerveau humain, c'était un cas rare et fascinant à étudier. Et bien que la neuro ne soit pas le grand amour d'Arthur, il aurait aimé pouvoir assister à ça. Malheureusement, Aveline ayant correctement fait les choses, il n'avait pu se défiler de son travail actuel.
Du coup, comme d'habitude, c'était Meredith qui avait assisté le Dr Shepherd. L'opération, bien que mouvementée d'après ce qu'on lui avait rapporté, avait été un franc succès. Le patient s'en était très bien tiré, et d'ici quarante-huit heures, il serait déclaré apte à voyagé et rapatrié à Los Angeles.
Quant à Addison, elle avait accepté de rester afin d'assister Derek sur le cas d'une de ses patientes. Enceinte de sept mois, mais avec un anévrisme gigantesque dans le cerveau. Le neurochirurgien avait déjà opéré deux fois, mais chaque fois ça c'était mal passé, et à l'heure actuelle, la patiente souffrait de trouble de la parole. Il fallait encore l'ouvrir, et chaque intervention mettait à mal le bébé, et les nerfs de tout le monde.
Si Arthur était si bien au courant, c'était pour une raison simple. Alex assistait le Dr Montgommery. Elle l'avait spécifiquement demandé pour la soutenir sur ce cas. Apparemment, les deux avaient souvent travaillé ensemble du temps ou la rousse bossait encore ici, avant son arrivée.
Jusqu'à présent plongé dans le dossier confié par le Dr Nelson à la recherche d'indices sur la manière de procéder pour sauver la main de Desmond, Arthur poussa un profond soupire tout en s'étirant sur sa chaise. Il commençait à avoir les yeux irrités par la lecture intensive de plusieurs documents, revues, magazines et autres supports sur le sujet. Il était arrivé à 4 heure ce matin afin de préparer les instructions pour ses internes – dont il n'avait pas le temps de s'occuper cette semaine – puis s'était directement remis à son travail de forcené.
Il jeta un coup d'œil à la pendule au mur et soupira encore. Il n'avait pas bougé depuis presque trois heures de temps, ses jambes étaient pleines de fourmis et son dos raide. Il avait bien besoin de bouger un peu s'il ne voulait pas devenir cinglé. Une pause-café était la bienvenue. De toute manière, Aveline ne viendrait vérifier l'avancement de son travail qu'en fin de journée et lui demanderait s'il avait trouvé « sa » solution. Et comme chaque fois depuis trois jours, il lui répondrait que non, ce qui l'agacerait prodigieusement, et lui vaudrait d'être à nouveau pris en otage le lendemain.
Tout en se levant pour aller marcher un peu et se chercher un café bien tassé, il se surprit à souhaiter qu'il se passe un truc suffisamment grave en ville pour que tout le personnel soit mobilisé. Aussi horrible cette pensée fut-elle (et il s'en voulut légèrement), c'était le seul moyen qu'il voyait pour pouvoir s'approcher d'un patient et pouvoir pratiquer le métier pour lequel il se faisait former depuis tant d'années.
Il arriva devant les ascenseurs, appuya pour les appeler et attendit en fouillant dans sa poche pour s'assurer qu'il avait encore suffisamment de monnaie pour son café. Les portes s'ouvrirent avec un tintement, révélant une mauvaise surprise. Dans la cabine, il y avait Izzie. Celle-ci le regarda avec de la surprise, puis de la défiance. Pour sa part, Arthur opta plutôt pour du mépris, la dévisageant. Il n'avait pas encore digéré ce qu'il prenait encore pour l'heure comme un énorme mensonge destiné à récupérer Alex.
Il remarqua alors la présence, à côté d'elle, de Tony Giaccomo de la dermato, qui le fixait avec surprise. Lorsque leurs regards se croisèrent, Tony baissa la tête pour fixer ses chaussures en se pinçant les lèvres. Depuis leur dernière altercation chez Joe, l'homme aux lotions corporelles ne faisait pas le fier, sachant pertinemment qu'il avait merdé avec Arthur et s'en voulant terriblement.
Arthur souffla. C'était sa chance. Les deux personnes qui l'irritaient le plus dans tout l'hôpital, réunis dans le même ascenseur pour son plus grand déplaisir. Il décida donc de se détourner et de prendre les escaliers. De toute manière, un peu d'exercice ne lui ferait pas de mal.
Il descendit donc jusqu'à la cafétéria, prit son café, croisa Lexie et Julia qu'il salua, puis décida d'aller rendre visite à son patient du moment.
oOoOoOo
Izzie poussa un soupir agacé lorsque les portes de l'ascenseur se refermèrent et qu'Arthur fut donc hors de vue. Elle se plaqua contre le fond de la cabine, les mains dans les poches, et ferma un instant les yeux.
Donc, tu as pris une décision concernant le traitement à suivre ou les mesures à prendre ? répéta Tony pour reprendre la conversation là où elle avait été interrompue un instant plus tôt.
Non, je n'ai pas vraiment eu envie d'y penser, répondit la blonde, légèrement exaspérée par l'insistance du jeune homme.
Elle ne savait pas trop pourquoi, mais depuis qu'il lui avait diagnostiqué la présence d'une tumeur, il était souvent dans ses pattes, et semblait réellement s'inquiété pour elle, tâchant de la soutenir. Elle ne comprenait pourquoi il faisait ça. Sûrement par pitié, ou par curiosité malsaine. En tout cas, si au début, sa sollicitude lui avait été bénéfique car elle avait eu quelqu'un avec qui en parler, il commençait à devenir un peu lourd à vouloir tout savoir des décisions qu'elle prenait.
Je vois, fit-il en fixant la porte. Tu as pensé à mettre quelqu'un au courant ?
Il y a déjà toi, ton titulaire en dermatologie et le gars de la radiographie qui êtes au courant, c'est déjà bien non.
Et le gars du labo qui a bossé sur tes échantillons ? fut surpris le dermatologue.
Je les avais notés anonyme en prétendant qu'ils avaient été faits au dispensaire. Rien n'oblige un patient à donner son nom là-bas.
Izzie, soupira l'homme. Et à tes amis, tu comptes leur dire quand ?
Je n'ai pas l'intention de le leur dire, je t'ai déjà expliqué pourquoi.
Mais tu auras besoin de soutien dans cette épreuve et…
Ting ! Les portes de l'ascenseurs s'ouvrirent. La blonde descendit sans un mot, ce qui surpris le jeune homme. Il dut s'écarter et s'excuser au milieu des gens qui étaient déjà montés afin de la poursuivre. Il réussit à la rattraper, insistant :
Tu ne peux pas traverser ça toute seule, voyons, soit raisonnable.
Tu pourrais éviter de parler de ce sujet à haute voix dans les couloirs, j'aimerais éviter que tout le monde soit au courant, soupira Isobelle en jetant des regards autours d'elle pour s'assurer que personne n'avait entendu.
D'accord, dans ce cas tu ne me laisse pas le choix.
Tony attrapa la résidente par le coude, ce qui la fit vivement protester, et l'entraina dans une chambre de garde sur le côté, vide heureusement, et verrouilla le loquet.
Non mais tu es fou, tu veux que les gens se fassent des idées en nous voyant entrer et sortir ensemble d'une chambre de garde ?!
Tu es sérieuse ? répliqua l'autre en levant un sourcil. Je crois que tu as oublié un détail ma chérie (il utilisa ce terme plus par dérision des clichés colportés sur la façon de parler des homosexuels que par réelle utilité), c'est que je suis 100% gay, et c'est de notoriété publique, tout le monde ici le sait. Personne ne va penser quoi que ce soit en te voyant avec moi.
C'était vrai, Izzie, dans sa stupeur, avait presque oublié ce détail. Tony devait avoir tenté sa chance avec la moitié des mecs canons de l'hôpital (et prit tout autant de râteaux).
Il faut vraiment que tu le dises à quelqu'un Izzie, poursuivit le jeune homme. Tu sais aussi bien que moi que les études prouvent qu'un patient bénéficient du soutien des gens auxquels il tient à bien plus de chance de s'en tirer qu'une personne luttant seule.
Je sais tout ça ! s'énerva définitivement la jeune femme. Tu crois que je n'en suis pas consciente, que je ne suis pas totalement terrifiée par ce qui est en train de m'arriver ? J'ai envie de survivre, je t'assure ! Je ne tiens pas à mourir aussi jeune, j'ai encore trop de chose à faire, de projets à accomplir. Mais que j'ai le soutien de mes amis ou non, cela ne changera pas le fait que je n'ai que 6% de chance de survivre à ma maladie.
Elle avait les yeux brillants de larmes en déclamant cela, et Tony eut un pincement au cœur en voyant dans quel état elle était.
Evidemment que j'aimerais pouvoir me confier à quelqu'un, à une personne à qui je tiens, qu'on me réconforte et qu'on me dise que tout ira bien. Mais c'est terrifiant, parce que je sais que du moment que je le leur avouerais, ils ne me verront plus comme leur amie, mais comme leur amie gravement malade. Et ils sont tous médecins, donc ils passeront leur temps à chercher des solutions, obnubilés qu'ils seront par l'idée de me sauver. Je ne suis pas encore prête pour ça.
Mais alors dit le à n'importe qui ! répliqua-t-il en hurlant également (plus pour se faire comprendre que pour tenter de la calmer). Si tu ne veux pas en parler à tes amis, dit le au moins à un médecin, parce que plus tu tardes à entamer un traitement et moins tu as de chance de…
Je l'ai dit à Arthur, le coupa-t-elle, soudainement très calme.
Cette déclaration eut pour effet de faire s'abattre un silence brutal sur la pièce. Tony resta interdit, la bouche entrouverte. Il ne s'y était pas du tout attendu. Déconcerté, il lui fallut un instant pour réussir à formuler une pensée cohérente. Il ignorait ce qui le surprenait le plus. Le fait qu'elle en ait finalement parlé à quelqu'un, ou qu'il s'agisse d'Arthur, qui devait probablement être la dernière personne sur Terre qu'il aurait imaginé être le choix d'Izzie pour un aveu aussi grave.
Après un instant qui lui parut long, revenant de la surprise, il réussit à demander :
Pardon ? Mais… comment tu le lui as annoncé ?
Je me servais des internes pour élucider mon cas, il a débarqué pour me proposer son aide parce qu'il s'ennuyait, et je lui ai annoncé que c'était moi la patiente X, et que je n'en avais probablement plus pour longtemps.
Tony en restait sur le cul.
Et comment a-t-il réagi ?
Avec colère. Il ne m'a pas crue.
Comment ça ?! sursauta Le jeune homme.
Non, il pense que c'est une excuse bidon afin de tenter de récupérer Alex, soupira Izzie, se retenant bien d'avouer que, de la manière dont elle avait amené la chose, il avait toutes les raisons du monde de croire ça.
Non, sérieusement ?! Mais quel connard ! s'exclama le jeune homme avec colère.
Donc tu comprendras que si c'est pour me manger des vents pareils, je ne suis pas très emballée par le dire à d'autre pour l'instant.
Tu veux que j'aille lui sonner les cloches ?
Elle se pinça les lèvres. L'idée la tentait bien, car elle s'imaginait déjà la scène. Elle voyait parfaitement la vitesse à laquelle l'altercation allait dégénérer. Arthur ne garderait pas son calme, vu le passif qu'il avait avec Tony, et le dermatologue ne se laisserait probablement pas faire non plus. Avec un peu de chance, il collerait son poing dans la figure d'Arthur.
Malgré tout le plaisir que cette idée pouvait lui procurer, elle revint rapidement à la réalité et se rendit compte que ce n'était pas une solution. C'était petit, et elle savait que c'était uniquement la colère qui la poussait à imaginer de telles extrêmes.
A moins que ce ne soit la tumeur.
Bon, du coup qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ? lui demanda Tony, la ramenant subitement à la réalité.
Laisse-moi juste encore un peu de temps pour y réfléchir, finit-elle par déclarer en posant sur lui un regard fatigué.
Il comprit que cela ne servait à rien d'insister pour l'instant. Il soupira de lassitude et déclara :
Très bien. Mais ne tarde pas trop non plus. Tu sais que ton cas est déjà critique, n'attend pas qu'il soit trop tard,
Il est surement déjà trop tard, songea Isobelle avec tristesse.
D'accord, répondit-elle. Bon, j'ai du boulot, alors si tu as fini…
Oui, oui bien sûr, je t'en prie. Moi aussi j'ai des patients.
Sur ce, ils sortirent de la pièce et se séparèrent. En s'éloignant en direction du « monde des bisounours », Tony eut le terrible sentiment qu'Izzie avait baissé les bras et comptait se laisser aller. Et si c'était la cas… Il ne savait pas trop ce qu'il devait faire.
oOoOoOo
Au même instant, dans le bloc 4, un drame sans nom était en train de se produire. Derek, ayant craquer un plomb, était en train de tenter tout et n'importe quoi pour « maintenir en vie » sa patiente, quitte à lui ôter une grosse partie du cerveau pour cela.
Elle peut y survivre, demanda Meredith, réellement sceptique.
Non elle ne peut pas ! s'empressa de déclarer Addison, choquée par la décision de son ex-mari. Et même si c'était le cas, tu auras créé un monstre Derek. Elle ne pourra plus jamais être une personne normale. Je t'en prie arrête.
Addison, ferme-là ! rugit le neurochirurgien qui s'apprêtait à inciser dans le lobe temporal.
Tu es sûr de toi ? l'interrogea encore Meredith, plus insistante, essayant sans doute de le pousser à comprendre qu'il avait tort.
Oui je le peux !
Non, il ne peut pas, répliqua le Dr Montgommery. Meredith, je vous en prie, vous savez comme moi qu'il est trop tard.
Je peux la sauver, je le lui ai promis !
Une alarme se mit à hurler, annonçant que…
-Le bébé est en souffrance fœtale, intervint Alex, qui surveillait les moniteurs de l'enfant. On approche du point critique !
La situation énervait particulièrement le jeune homme. Il ne savait pas qui il détestait le plus en cet instant dans le bloc. Derek et son foutu orgueil, Addison qui n'agissait pas ou Meredith qui semblait ne pas vouloir contrarier son petit-ami. Il lui semblait que leur actuelle dispute n'avait pas lieu d'être. Cette femme était morte, ils le savaient tous les quatre, même si certain refusait de l'admettre. A présent, la priorité était le bébé qui, lui, avait encore une chance de s'en sortir si on agissait tout de suite !
Bon, ça suffit, je sors l'enfant ! se décida Addison après avoir jeté un rapide coup d'œil aux chiffres sur le moniteur.
Elle contourna Alex et vint se placer devant le ventre, à la hauteur idéale pour faire une césarienne d'urgence.
Lame de 10 !
L'infirmière de bloc lui tendit le bistouri, qu'elle posa immédiatement sur l'abdomen de la patiente.
Arrête-toi immédiatement ! rugit à nouveau Derek à son attention avec une rage sourde. Si tu l'ouvres maintenant elle va se vider de son sang et on va la perdre.
On l'a déjà perdue, répliqua Addison en le dévisageant.
Addison !
La rousse planta son regard sur Meredith, l'implorant de raisonner son mec. Pour l'instant elle savait qu'elle ne pouvait rien tenter. Si elle faisait mine d'entailler cet utérus, elle savait que son ex-mari, dans son état actuel, risquait de lui sauter dessus. Elle devait absolument se la jouer plus fine que ça. A l'heure actuelle, il n'y avait qu'une seule personne qui pouvait le raisonner. Elle tourna la tête vers Alex est lui ordonna :
Karev, allez chercher immédiatement le Chef !
Alex n'eut pas besoin qu'on le lui répète deux fois. Il retira son masque est sorti au pas de charge du bloc. Son patient, le petit être prisonnier du ventre de sa mère morte – avait besoin de lui. Sa survie dépendait de la vitesse à laquelle il parviendrait à retrouver Richard Webber.
oOoOoOo
Salut Desmond, fit Arthur en entrant dans la chambre de son patient.
Docteur Newton ? s'étonna le jeune homme, assis sur le canapé, en train de regarder la TV.
Desmond avait été hospitalisé dans une chambre privée sur ordre d'Aveline (apparemment c'était l'un des points négociés avec Richard lors de son embauche), mais concrètement, il allait très bien. Son poignet ne l'aurait en aucun cas empêché de sortir de l'hôpital et d'habiter en ville.
D'autant qu'il avait une petite-amie, Assia, venue spécifiquement de Fasmay Hill pour le soutenir. Arthur était persuadé qu'il aurait été mieux pour son patient de pouvoir mener sa vie en dehors des murs de cet hôpital et s'occuper (ou se faire choyer) par sa chérie.
Surtout que, si Arthur avait bien suivi l'histoire, aussi bien lui qu'elle ou qu'Aveline avaient survécu à un truc assez traumatisant là-bas, dans leur ville d'origine, et passer du temps ensemble aurait sans doute permis au couple de se reconstruire, ici, loin du tumulte. Sauf qu'Aveline avait décidé pour eux. Desmond resterait à l'hôpital le temps qu'une solution soit trouvée pour son poignet. Et c'était aussi, prétendait-elle, pour qu'il continue à s'imprégner de l'ambiance de l'hôpital afin de ne rien perdre pour quand il serait sur pied et pourrait reprendre son internat.
Arthur soupira et referma la porte derrière lui, venant s'assoir sur une chaise à côté de son patient. Ce dernier le regardait avec une légère culpabilité dans le regard.
Ne me dites pas qu'elle vous force encore à travailler sur mon cas au dépend de votre enseignement.
Si par « elle » il entendait Aveline, il avait visé juste. Les mains croisées, le dos légèrement voûté vers l'avant Arthur lui adressa un sourire crispé et répondit :
Bein si, tu vois.
Je suis vraiment désolé qu'elle vous fasse subir tout ça.
Pas de soucis, ce n'est pas de ta faute.
Je vous promets qu'elle n'était pas comme ça avant qu'Abbas ne mette notre ville à feu et à sang.
Je veux bien te croire, soupira légèrement Arthur en se redressant sur sa chaise, tentant de se débloquer le dos. Mais tu sais, certains évènements traumatiques peuvent nous changer définitivement. Même si on s'en remet, on n'est plus jamais exactement le même.
Et dieu sait que je sais de quoi je parle, songea-t-il en repoussant de toutes ses forces le souvenir de son… Oublie !
Décidément, il n'arrivait pas encore vraiment à utiliser le mot, à moins d'y être contraint. Même presque deux ans plus tard. Il se rendit compte que cela faisait un moment qu'il n'avait pas été parlé au Docteur Wyatt et se promis de reprendre rendez-vous prochainement. En attendant, il se fit un masque et étira ses lèvres en un demi-sourire.
Vous avez un peu avancé dans votre recherche de solution ? interrogea Desmond, le ramenant à la réalité.
Pas vraiment, admis le résidant. Pour l'instant la solution la plus radicale est de t'amputer et de mettre un crochet à la place, plaisanta-t-il.
Ça serait une solution effectivement, éclata de rire le jeune homme, loin de mal prendre la blague. Je pourrais toujours aller travailler à Disneyland en Floride et jouer « Hook ».
Plan de reconversion intéressant, ironisa Arthur.
Un silence tomba entre eux, Desmond eut soudain un air un peu plus sérieux.
Docteur Newton, soyez honnête avec moi je vous en prie. Aveline semble être persuadée qu'on pourra sauver ma main et sa dextérité, mais je crois qu'elle est totalement irréaliste. Il y a peu de chance que l'on trouve une solution, n'est-ce pas ?
Il n'y avait ni reproche, ni tristesse, ni colère dans le timbre de sa voix. C'était d'ailleurs plus une affirmation qu'une réelle question. Cela démontrait une grande maturité de la part du patient. Il était conscient de ce qui lui arrivait, et avait sans doute passé le stade de l'acceptation. Son deuil était fait. Il savait que sans doute sa vie ne serait jamais celle qu'il avait commencé à construire.
Cela faisait très mal à Arthur de l'admettre, mais il lui devait la vérité.
En effet, soupira-t-il. Tu as raison, tout laisse présager qu'on ne trouvera pas de solution parfaite. Ce qui ne signifie pas qu'on abandonne, ni moi, ni le Docteur Torres, mais je pense qu'il ne faut pas s'attendre à des miracles. Même si nous trouvons une solution pour réparer ton poignet, remettre les fragments en place, te rendre sa fonctionnalité… tu ne récupérerais probablement jamais toute ta motricité. Par conséquent, il y a de forte chance que tu ne puisses plus jamais aspirer à la chirurgie, je suis navré.
Desmond baissa le regard sur ses chaussures et fit une moue déçue. Sans doute, même s'il se doutait de la réponse et acceptait la situation, avait-il malgré tout espérer une autre issue. C'était humain. L'espoir était le moteur de nos vies. Ce qui forgeait nos rêves, et nous poussaient à avancer. Il ferma les yeux, prit une grande inspiration, releva la tête puis rouvrit les paupières et fixa Arthur, lui accordant un sourire neutre.
Ma foi, je peux toujours me contenter d'être un super médecin généraliste.
Ou figurant à Disneyland, se moqua le résidant pour dédramatiser la situation.
Ils éclatèrent tous les deux de rire. Mais cela ne dura qu'un instant car le silence retomba sur la chambre. Desmond semblait en pleine réflexion, mais ajouta :
Merci.
De quoi ?
De votre honnêteté. Au moins je peux passer à la suite et commencer à réfléchir à l'avenir.
Arthur ne répondit pas. C'était triste de penser à tous ces possibles probablement avortés auxquels allait devoir se confronter ce jeune homme. Pour ne pas lui montrer que la situation le peinait plus qu'il n'aurait souhaité (pourtant il faisait un maximum d'efforts pour essayer de ne pas trop s'attacher à ses patients, mais jamais il ne serait Cristina (et encore, il se doutait que la froideur qu'elle arborait était factice)), il se contenta de sourire et lui tapota sur l'épaule avant de se diriger vers la porte.
Bon, je vais te laisser, je n'aimerais pas que ta gardienne me surprenne en train de ne rien faire.
Je lui parlerais pour qu'elle vous lâche un peu la grappe, soupira Desmond.
Ho, tu sais, au bout d'un moment, les titulaires vont bien se rendre compte de quelque chose et intervenir.
J'espère pour vous.
Moi aussi, songea avec dépit Arthur en sortant de la chambre.
D'un pas vraiment lent, il retourna à sa salle d'étude afin de poursuivre ses recherches.
oOoOoOo
Marchant le long d'un couloir, Richard était actuellement fort agacé par ce Miranda, qui, depuis ce matin, n'arrêtait pas de le harceler à propos d'un sujet brûlant. Pourtant, son point de vue sur la chose était arrêté, et il ne comprenait pas pourquoi sa plus brillante élève se bornais à insister. Elle plus que quiconque aurait dû comprendre son opinion et valider ses instructions. Il était persuadé que si elle voyait la situation sous le même angle que lui, elle aurait fait pareil. Hélas, leurs visions semblaient différer.
Chef, je me permets d'insister. Cela fait maintenant plusieurs jours que Newton est confiné en étude sur instruction du Dr. Degrandpré.
C'est exact, et vous savez très bien pourquoi, je ne pense plus avoir besoin de vous l'expliquer.
Oui, je comprends, mais vous ne trouvez pas que la plaisanterie à assez durer comme ça ? Je veux dire, j'entends bien que vous lui ayez promis de mettre une équipe à sa disposition pour venir en aide au jeune Desmond Miles…
C'est en effet l'une des contreparties qu'elle a exigé en échange de sa venue ici. Je ne fais que respecter ma part du contrat. Et donner une bonne leçon au Dr Newton.
En effet, si Richard avait demandé à la Cheffe des résidents de mettre spécifiquement Arthur sous la coupe d'Aveline, c'était uniquement pour le « punir », en quelque sorte, du coup pendable qu'il avait fait lors du choix de médecins pour la première intervention solo de sa promotion.
Richard n'était pas né de la dernière pluie et avait très bien compris que si Arthur avait refusé lorsque Cristina l'avait désigné, c'était uniquement pour la convaincre de nommer Alex à la place. Il reconnaissait que c'était particulièrement bien négocier, car cela lui permettait de faire dédramatiser à Yang la punition qui lui était tombée dessus suite à la boucherie des internes, mais également de permettre à Karev d'avoir le bon nombre de points en chirurgie pour valider correctement son semestre.
Joliment négocié, oui. Mais à contresens de l'autorité. Ça manière d'agir avait un peu ridiculisé les titulaires, et donné à la sanction de Yang des effets de pétard mouillé. Sans parler du fait qu'Arthur, en agissant ainsi, s'était trop mis en avant et risquait de prendre la grosse tête et l'habitude de défier l'autorité. Aussi, cette punition, pour le remettre à sa place, lui semblait tout à fait justifiée.
Oui je comprends votre point de vue, fit Miranda en soupirant, le suivant toujours à la trace. Mais vous ne pensez pas que la punition à assez durer comme ça ?
Cela ne fait que trois jours.
Peut-être, mais vous savez comme moi que, si vous voulez être tout à fait honnête, c'est totalement disproportionné. Il vous a un peu défié en ayant un excès de zèle, je ne dis pas le contraire, mais le priver de chirurgie durant plusieurs jours pour cela ne vous paraît-il pas un peu…
Elle n'osa pas dire la suite, se rendant compte que cela risquait de choquer. Malheureusement, Richard savait aussi qu'elle avait besoin de le dire. Il se stoppa donc et se tourna vers elle, la dévisageant du regard en l'interrogeant :
Un peu quoi ? finissez votre phrase Miranda.
Un peu gamin ! conclut-elle donc en le regardant droit dans les yeux.
Il tiqua de la paupière mais ne répondit pas. Cela le blessait, venant de sa protégée. Surtout qu'il savait qu'elle n'avait pas entièrement tort sur le principe. Peut-être, s'il était honnête, comme elle le disait, devait-il bien reconnaître qu'il avait un petit peu dépassé les bornes lui aussi avec cette punition.
Voyant qu'elle avait réussi à l'atteindre et à le faire réfléchir, Bailey eut un demi-sourire et demanda en penchant la tête sur le côté :
J'ai une tumeur colorectale à opérer demain et je sais que le Dr. Newton n'a jamais pu voir ce genre de cas. Est-ce que j'ose le planifier avec moi comme assistant au bloc ?
En posant sa question, elle prit l'air le plus innocent possible. On aurait presque dit une enfant qui demande la permission de manger une sucrerie en tentant d'attendrir ses parents.
Webber, les poings sur les hanches, la fixa un instant, pris dans une intense réflexion. Après un moment d'hésitation, à peser le pour et le contre, il donna sa réponse :
Non.
Mais Monsieur… fut surprise Bailey.
N'insistez pas Miranda. Le problème n'est pas seulement de savoir si la punition du Dr Newton a été assez longue ou non. Aveline m'a demandé spécifiquement ce résidant car c'est le plus callé en orthologie. Si je le lui refuse, elle risque de considérer que nous ne respections pas notre part du contrat et de partie. Et nous ne pouvons plus nous permettre de perdre encore un chef de cardiologie.
Mais Monsieur, répéta encore Miranda en fronçant les sourcils, réellement déçue du comportement et de la décision de son mentor.
C'est irrévocable, trancha-t-il d'un air sévère.
Ils se fixèrent en se dévisageant durant un instant. Bailey était un peu en colère contre Webber. Même si elle reconnaissait que le Dr Degrandpré était un très bon chirurgien, elle ne trouvait pas cela acceptable que celle-ci demande de tels contreparties pour être à ce poste, et encore plus, elle ne comprenait pas pourquoi Webber cédait à ses caprices. Ça ne lui ressemblait pas.
Alors qu'elle s'apprêtait à répliquer, ils furent interrompus par l'arrivée précipitée d'Alex qui courrait dans leur direction.
Monsieur, fit-il en reprenant son souffle, plié en avant, les mains sur les genoux pour respirer.
Karev ? l'interrogea ce dernier. Que se passe-t-il ?
On a un problème au bloc 2, on a besoin de vous tout de suite.
Un problème ? interrogea Miranda.
Shepherd se prend pour Dieu.
Richard et Miranda échangèrent un regard interloqué, puis Richard se prépara à courir.
Je vous suis, expliquez-moi tout ça.
Cela arrangeait bien le vieux chirurgien, car il savait qu'autrement, sa protégée aurait continuer d'argumenter encore un moment pour défendre le cas d'Arthur.
oOoOoOo
Izzie était à nouveau dans une salle de recherche, debout, immobile et silencieuse face aux clichés de sa propre tumeur, affichés sur les panneaux lumineux. Elle observait ses images, essayant de localiser avec précision l'emplacement du monstre qui la tuait à petit feu. De toute évidence, il devait s'agir d'une minuscule tumeur, car elle ne parvenait rien à voir.
Ce fut à cet instant qu'entra dans la pièce Lexie. Elle avait une question à poser au Docteur Stevens, avec qui elle travaillait au dispensaire aujourd'hui, en théorie puise qu'elle ne l'y avait pas beaucoup vue. Elle remarqua les scannes étalés, et les reconnus immédiatement avec sa mémoire visuelle absolue. C'était ceux de la patiente X. Etrange, pourtant elle croyait qu'ils en avaient fini avec ce cas.
Intriguée, elle s'approcha d'Izzie, qui n'avait visiblement pas encore remarqué sa présence. Elle toussota pour la faire sortir de ses pensées, et la blonde sursauta très légèrement en se tournant vers l'interne.
Lexie ? Je ne t'avais pas entendue entrer, tu m'as fait peur.
Je suis désolée, s'excusa poliment la plus jeune en venant un peu plus près d'elle, un dossier dans les mains. J'aurais besoin d'une signature pour un patient du dispensaire.
Elle lui tendit le feuillet. Pendant qu'Isobelle le lisait rapidement, Lexie observa encore les clichés, se faisant la remarque avec une certaine fierté que c'était la seule à avoir su le décortiquer parmi ses camarades de promotions.
C'est toujours la patiente X ? se risqua-t-elle à demander en désignant la suite de scannes, connaissant très bien la réponse.
Izzie termina d'apposer sa signature et tourna la tête vers les clichés.
Oui, je voulais encore essayer d'analyser la situation, voir si c'était vraiment aussi désespéré pour elle.
Et alors ?
La blonde soupira profondément.
Je crois malheureusement que les 5% de chance de survie sont très optimistes. La tumeur au cerveau (elle désigna la zone supposément touchée) est minuscule, presque indétectable. Je ne suis pas certaine que même le plus brillant des neurochirurgiens parviendrait à l'enlever sans faire plus de dégâts.
Lexie ne répondit rien, se mordant la lèvre inférieure. Un silence s'installa, oppressant, Izzie fixant les images avec une étrange expression sur le visage, comme de la douleur. L'interne se demanda pourquoi ? elle savait que le docteur Stevens était la plus empathique à l'égard des patients, mais cette femme X n'était-elle pas sensée – d'après ce qu'avait prétendu la blonde – être un vieux cas classé trouvé aux archives ? Quelque chose ne collait pas. Se pouvait-il que… ?
Tu le lui aurais annoncé comment ? interrogea subitement Izzie en se tournant vers elle, la faisant sortir de ses réflexions.
Pardon ?
A la patiente X ? Comment tu lui aurais annoncé ce qu'elle a ?
La question était lancée de manière abrupte, la petite sœur de Meredith en fut déstabilisée. On ne lui avait jamais demandé de faire cela depuis qu'elle était arrivée en internat. C'était le rôle des titulaires ou, dans le pire des cas, celui des résidents d'annoncer aux patients leurs diagnostiques.
Je ne sais pas trop ? avoua-t-elle ? Apprenez-moi, s'il vous plait. Comment est-ce qu'on ferait ?
Izzie soupira intérieurement. Voilà qui était délicat. Elle allait devoir annoncer son propre cas à elle-même. Difficile. Mais il était vrai que son devoir était également d'enseigner à Lexie comment faire. Tout en commençant à décrocher les images pour les rangers dans le dossier anonyme afin de garder une contenance, elle commença sans oser regarder la jeune femme.
Eh bien, déjà tu lui exposes très posément son cas. Tu lui explique le diagnostic, le nom de sa maladie, ce que cela implique et où se situe le problème. Ensuite, tu lui annonces le verdict, aussi affreux soit-il, en tâchant de ne pas y mettre d'émotions. Tu dois essayer de rester neutre pour ne pas l'affoler. Puis tu lui dis qu'elle a le choix. Le choix d'abandonner la bataille (elle sentit sa gorge se nouer en disant cela, mais retint au mieux le malaise), soit qu'elle peut se battre. Tu lui dis que même si elle n'a que 5% de chance de survivre… et bien… Tu lui dis…
Elle bloquait, elle ne savait pas comment poursuivre. Elle était sensée apprendre à Lexie à laisser entrevoir de l'espoir à ses patients, mais comment le faire lorsque soi-même on ne parvient pas à en avoir. Pour être franche, elle ne savait pas si se battre valait la peine dans son cas. Alors le contraire à haute voix lui paraissait insensé.
C'est à cet instant que Lexie lui reprit la parole, visiblement touchée elle aussi par la dureté de ses 5% minuscules pourcents, refusant de lâcher prise, servant le plus beau discourt d'espoir qu'Izzie n'avait jamais entendu.
On s'en fout des probabilités. On peut mourir d'un hoquet. Ma mère est morte d'un hoquet, et pourtant les chances de survivre à ça sont de quoi, genre 100%. Les probabilités on s'en fout. Tout peut arriver, et même si 5% ce n'est pas grand-chose, ça vaut le coup de se battre.
Dans la voix de la jeune femme, on pouvait entendre que ce qu'elle disait venait du fond de son cœur, de ses tripes. Qu'en faisant ce discourt, elle laissait sortir quelque chose de profondément ancré en elle. Sa mère était morte depuis à peine deux ans, mais elle en était encore marquée, cela se sentait. Et avec ces mots, elle venait sans doute de passer un cap dans son deuil.
Se rendant soudainement compte qu'elle avait dit cela avec un peu trop de sérieux, elle voulut se rattraper.
Enfin... peut-être pas forcément avec ces mots-là.
Izzie, sous le choc, profondément émue sentit en elle quelque chose d'étrange. Les mots de l'interne avaient touché son âme, sa volonté de vivre. C'était bête qu'elle ne puisse pas lui avouer être la patiente X, car elle aurait alors pu lui dire que, sans le vouloir, en cet instant, elle lui avait redonné l'envie de se battre. L'envie de vivre. Elle venait de la sauver d'elle-même.
Si, répondit-elle dans un souffle, essayant de contenir son émotion. Si, exactement avec ces mots-là.
oOoOoOo
Aveline Degrandpré avait passé une bonne journée au bloc. Elle n'avait perdu aucun patient, et on venait de lui annoncer qu'un cœur pour l'une des personne sur liste d'attente était disponible, on le leur envoyait en ce moment même depuis la grande ville voisine.
Comme elle avait à ce moment un moment de répit dans son travail, elle décida de rendre visite à son protégé, Desmond. Elle traversa l'étage et se rendit à sa chambre. Elle toqua, un sourire sur le visage – le voir lui remontait toujours le moral – mais s'immobilisa sur le pas de porte, soudain emplie d'incrédulité devant le spectacle qui s'offrait à elle.
Dans la chambre, Desmond se tenait debout à côté du lit, Assia (sa petite amie) à côté, lui passant ses affaires qu'il rangeait dans un sac de voyage Au bout du lit, sur la tablette, Callie était en train de signer une déclaration de sortie.
Je peux savoir ce qui se passe ? interrogea la femme couleur mocca dans un souffle.
Tout le monde tourna la tête dans sa direction. Desmond s redressa et posa sur elle un regard déterminé. Il devina, vu l'air profondément perplexe de sa mentor, qu'une discussion importante et probablement houleuse allait suivre, aussi demanda-t-il au deux autres femmes.
Est-ce que vous voulez bien nous laisser un instant ?
Callie acquiesça, Assia aussi, et elles se dirigèrent vers la porte. En passant à côté d'Aveline et voyant le regard mauvais qu'elle lui envoyait, Torres se sentit obligée de préciser en lui passant à côté :
Si jamais, je n'y suis pour rien dans sa décision.
Puis elle s'empressa de quitter la pièce et de fermer la porte derrière elle. Les deux autres restèrent un instant à se faire face en silence, puis Aveline demanda à nouveau :
Alors, je peux savoir ce qui se passe ?
Desmond, dont la jambe n'était plus plâtrée mais encore un peu faible, s'assis à moitié sur le lit pour la soulager, observa sa vis-à-vis, puis répondit :
Comme tu peux le voir, je pars.
Comment ça ? fut surprise la femme.
Aveline, soupira Desmond. Sur un point de vue médical, je n'ai aucune raison de rester enfermé dans cette chambre d'hôpital. Je monopolise un lit pour rien. Et je m'emmerde, je veux sortir d'ici et retrouver la vraie vie.
Mais enfin, répliqua Aveline, effarée. Tu ne peux pas partir… je veux dire, et ta main ?!
Elle désigna le poignet emplâtré du jeune homme, qui jeta un coup d'œil à ce dernier avant de reporter son attention sur elle.
Quoi ma main ?
On n'a pas encore trouvé de solution pour t'opérer et te la rendre. Tu ne peux pas partir.
Le ton employé était clairement celui du déni, et le visage qui l'accompagnait aussi. Desmond se pinça les lèvres, prit une profonde respiration, puis parla :
Aveline, je sais que tu voudrais absolument réparé ma main, pour effacer ce qui s'est passé à Fasmay Hill (il la vit tiquer de la paupière à l'évocation de ce nom), mais ce qui est arrivé est arrivé. On ne peut pas l'effacer, ni faire comme si rien ne s'était produit.
Oui, je sais ça, s'étrangla Aveline qui, visiblement, était totalement retournée par les souvenirs qui remontaient. Mais je refuse d'admettre que ta vie soit foutue en l'air à cause de tout cela. On doit pouvoir réparer, reprendre le cours de notre vie…
Desmond s'approcha d'un pas, et posa une main sur l'épaule de son mentor et amie, la regardant avec un sourire, non pas de résignation, mais d'acceptation.
Oui, on peut, dit-il avec calme. En acceptant que plus rien ne sera jamais comme pareil, que nous avons tous perdus quelque chose dans cette histoire, et aller de l'avant. Se tourner vers l'avenir, et découvrir ce que nous pouvons construire avec les cartes que nous avons en main désormais. Ça va faire trois mois, Aveline, il est temps de faire notre deuil. Moi je l'ai fait. Je ne serais probablement jamais chirurgien, mais je peux encore faire médecine ou me tourner vers la recherche.
En entendant ces mots, la chirurgienne sentit une vague de colère l'envahir. Non, elle ne voulait pas se résigner ! Elle se dégagea vivement de Desmond et le regarda de toute sa hauteur, une expression plus dure s'affichant sur son visage.
Non ! Je refuse d'abandonner ! On VA trouver une solution. Les Docteurs Torres et Newton vont mettre au point une stratégie et tu pourras de nouveau prétendre à la chirurgie…
Mais enfin, Aveline ! s'emporta un petit peu Desmond, exaspéré par le côté borné de son amie. Sois raisonnable et regarde la vérité en face ! Il n'y a que toi qui crois en un miracle. Arthur et Callie m'ont montré les clichés, m'ont fait lire le dossier, les rapports. Est-ce que tu as pris le temps de le faire au moins ?
Bien sûr que je les ai lus ! répliqua vivement la cardiologue. Qu'est-ce que tu crois ?
Alors dans ce cas tu sais très bien toi aussi qu'il n'y a pratiquement aucune chance que je m'en remette.
Pratiquement, riposta-t-elle. Ce qui veut dire qu'il y a une petite chance. Qu'en y réfléchissant bien, on peut trouver…
Arrête ! la coupa-t-il sèchement.
Elle se tut et le fixa avec colère. Comment osait-il baisser les bras ? Le silence se réinstalla. Après un instant, Desmond, un peu calmé, reprit plus calmement :
Arrête, s'il te plait. Si trouver une solution signifie être enfermé dans cet hôpital durant des mois et des mois, et monopoliser des médecins brillants juste pour moi, au dépend des autres patients, alors ça n'en vaut pas la peine.
Aveline ne répondit pas, détournant le regard d'un air renfrogné. Desmond soupira profondément. Il savait que pour l'instant, elle était encore trop en colère pour entendre raison et admettre la vérité. Il se contenta donc d'attraper son sac sur le lit, puis li déclara encore :
Comprend moi Aveline. Bien sûr que j'aimerais retrouver ma mobilité, mais pas au point de chasser des chimères. Je veux retrouver une vie ! J'en ai besoin.
Il lui passa à côté et posa la main sur la poignée de la porte. La voix d'Aveline, qui lui tournait le dos, le stoppa net.
Et où comptes-tu aller ?
Il tourna la tête vers elle, voyant qu'elle tremblait légèrement sans doute des larmes devaient-elle briller dans ses yeux en cet instant et c'était pour cela qu'elle ne lui faisait pas face.).
Assia a trouvé un appartement ici, à Seattle. Je pense qu'on va rester quelques temps.
Et ensuite ? Tu comptes retourner là-bas ?
Par « là-bas », elle entendait clairement Fasmay Hill. Desmond ne sut pas quoi répondre à cela. Il baissa les yeux, réfléchit un instant, puis releva la tête et répondit :
Probablement, un jour. Ma famille vit toujours là-bas. Malik, Altaïr, Léo, Claudia… je veux les revoir. Mais pas tout de suite, c'est clair.
D'accord, soupira Aveline. Alors bonne chance.
Elle ne le regardait toujours pas. Le jeune homme hésita à partir comme ça, sans rien ajouter, comprenant qu'elle était trop touchée émotionnellement, mais il ne pouvait pas s'y résoudre. Il posa son sac sur la chaise à côté de la porte, puis revint devant elle. Effectivement des larmes coulaient de ses yeux en silence. Il la prit alors dans ses bras et la serra fort.
Merci pour tout, Aveline.
Elle le serra aussi dans ses bras après un instant d'hésitation. Le câlin dura un bon moment, lorsqu'ils se relâchèrent, elle s'essuya les yeux du revers de sa manche et renifla bruyamment.
Tu vas me manquer, marmonna-t-elle.
Tu sais, ça ne veut pas dire qu'on ne doit plus se voir. On reste en ville avec Assia, sourit Desmond.
Je sais.
Bon, je vais y aller.
D'accord.
Le jeune homme récupéra son sac et posa une nouvelle fois la main sur la poignée de la porte. Et encore une fois il s'arrêta et la regarda.
Aveline.
Oui ? fit-elle en se tournant vers lui, les bras croisés sur son torse pour tenter de contrôler son émotion.
Prends soin de toi, dit-il en lui souriant.
Je vais essayer, promit-elle en tâchant de lui sourire également.
Sur cet aurevoir, le jeune homme ouvrit la porte cette fois-ci et sortit. Dans le couloir, le Dr Torres et Assia attendaient en discutant ensemble. Desmond remercia encore une fois la chirurgienne orthopédique, puis attrapa la main de sa petite-amie, et ils partirent. Aveline, restée dans la pièce, les regarda s'éloigner depuis le pas de porte. Voir son protégé s'en aller ainsi lui faisait un effet étrange. Réellement, elle avait un sentiment d'inachevé avec lui. Elle aurait tellement aimé qu'il devienne son disciple en cardiologie. Mais c'était apparemment un avenir avorté, désormais.
La vraie question qu'elle se posait était de savoir qui avait bien pu lui mettre en tête qu'il n'avait aucune chance de récupérer sa motricité manuelle. Aveline sentit une forme d'agacement profond, proche de la colère, l'envahir alors que Desmond tournait à l'angle du couloir. Malheureusement, elle savait qu'elle ne pouvait rien faire. On ne pouvait pas aller contre la décision d'un patient.
La mort dans l'âme, elle décida de ne rien dire pour l'instant. Elle s'en alla pour retourner en cardiologie, passant à côté de Callie en la snobant carrément malgré le fait que cette dernière voulait visiblement lui parler pour être gentille. Elle traversa tous les couloirs, et fit un détour. Elle arriva devant la salle d'étude où elle savait qu'Arthur bossait.
oOoOoOo
Au même moment, sur la passerelle qui menait au bureau du Chef de chirurgie, Mark Sloan avouait à son meilleur ami Derek qu'il sortait depuis quelque temps avec la petite Lexie. - Je sais que tu m'avais demandé de m'en tenir éloigné, dit-il. Mais ce n'est pas juste une de plus à mon palmarès. Avec elle, c'est spécial. Je l'aime.
Malheureusement pour lui, c'était probablement le pire timing de toua les temps pour annoncer au neurochirurgien un truc pareil. Il avait passé une journée épouvantable. Sa patiente était finalement morte, et comme il refusait de l'accepter, tous s'étaient ligués contre lui. Au point que Richard était intervenu.
Alors, en plus, découvrir que son meilleur ami avait – encore une fois – trahi ses attentes, c'était la goutte d'eau de trop dans le vase.
Son poing partit tout seul en direction de la figure de Mark.
oOoOoOo
Arthur se trouvait encore en salle d'étude, un certain nombre de paperasses étalées devant lui. Il cherchait encore et encore une solution pour la main de Desmond, mais ne trouvait rien. Non, en réalité ce n'était pas tout à fait vrai. Il avait quelques pistes, des idées, des débuts de solutions (notamment une histoire d'utilisation de greffe de nerf humain), mais rien qui n'assurerait à 100% un rétablissement parfait de la motricité. Donc, rien qui ne conviendrait à la terrible Aveline.
Poussant un immense soupir, il se prit la tête entre les mains et se massa les tempes, les yeux fermés. Il en avait marre de cette situation. Trois jours qu'il était cantonné à ces recherches à la noix. Il n'en pouvait plus, il voulait pouvoir s'occuper d'un patient, voir l'intérieur d'un bloc. Etre un médecin quoi ! Faire ce pour quoi il était employé par cet hôpital et ce pourquoi il était destin. La recherche, ça faisait partie de son job, ok, mais ce n'était pas la part qui le passionnait particulièrement. Il ne voulait pas devenir chercheur, mais bien chirurgien. Et jamais il n'y parviendrait en restant enfermé ici.
Alors qu'il s'apprêtait à replier ses affaires pour pouvoir partir – son service allait bientôt se terminer et que personne ne compte sur lui pour faire des heures supplémentaires sur cette paperasse ! – lorsque la porte de la salle s'ouvrit assez vivement. Arthur tourna vivement la tête dans cette direction en sursautant légèrement.
Aveline, une froide colère émanant d'elle, s'approcha à grands pas vers lui et s'immobilisa à quelques pas, plantant son regard dans le sien, ce qui le déstabilisa.
Je vous félicite, Docteur Newton, déclara-t-elle sur un ton tranchant.
J'ose demander pourquoi ? se risqua-t-il à interroger, comprenant très bien que la réponse serait incisive.
Je ne sais pas comment vous vous êtes débrouillé pour le convaincre, mais sachez que Desmond est parti.
Arthur ouvrit de grands yeux, une expression de stupeur sur le visage.
Quoi ? Comment ça.
Visiblement, quelqu'un lui aurait laissé entendre qu'il ne retrouverait probablement jamais sa main. Je me demande bien de qui l'idée peut venir.
L'ironie dans sa voix était très oppressante, mais le jeune homme décida de ne pas faire de vague. Il ne savait pas trop quoi penser de la situation. D'ailleurs, à bien y réfléchir, il ne comprenait pas trop la décision de Desmond non plus. Ok, il lui avait dit qu'il y avait peu de chance, mais pas que c'était totalement impossible. Enfin, après, si, il pouvait comprendre qu'à son âge, il ne désire pas rester enfermé indéfiniment dans un hôpital. Il avait une vie à faire, et cela pouvait encore prendre beaucoup de temps avant qu'ils ne trouvent une éventuelle solution et soient prêts à passer à l'attaque.
Enfin bref, fit Aveline en claquant de la langue. Dans tous les cas, vous allez êtres heureux, car vous êtes libéré de mon service. Et au vu de tout l'enthousiasme que vous avez eux à travailler sous mes ordres, vous n'êtes pas prêt de revoir le service de cardiologie. Vous pourrez retourner à vos os cassé et vos articulations démises. Félicitations
Arthur ouvrit la bouche en grand, prenant cette déclaration de plein fouet. Non ? Attendez, elle ne venait tout de même pas de l'exclure de son service par simple rancune ? C'était totalement inacceptable. Il voulut protester à vive voix, lui dire qu'elle exagérait et pétait complètement un plomb, mais il n'en eux pas le temps. Aveline, ne voulant pas en entendre davantage, c'était déjà en allée, le laissant seul dans la pièce.
Le jeune homme resta un long moment immobile, incapable de se remettre de sa surprise. Le choc était trop grand, et la perspective atroce. D'accord, la cardio n'était pas son choix principal – ne l'était plus du moins – pour une spécialisation, mais les opérations sur un cœur restaient un défi indéniable et enrichissant. C'était l'une des spécialisations les plus exigeantes. En n'ayant plus le droit d'aller pratiquer dans ce service, son apprentissage de certaine technique particulièrement pointilleuses s'en verrait compromis.
Non, c'était vraiment pitoyable comme réaction de la part de la chirurgienne. Arthur n'avait pas l'intention de se laisser écrabouiller comme ça juste par pur vengeance par Aveline. Il allait aller en toucher deux mots à Bailey et, s'il voulait bien l'écouter, au Chef.
Poussant un grand soupir d'agacement profond, il termina de ranger ses dossiers pour contenir sa colère. A ce moment, Alex entra à son tour dans la pièce, visiblement souriant.
Salut, tu ne devineras jamais ce qui viens de se passer, déclara-t-il sur le ton de celui qui n'en revenait pas.
Ho, crois-moi, ce ne pourras jamais être pire que ce qui viens de m'arriver, répondit le jeune homme en se tournant vers lui pour échanger un bref baisé de salutation.
De quoi ?
Non, toi en premier.
Shepherd a joué au boucher au bloc aujourd'hui, on a dû faire intervenir le Chef. Puis il s'est battu avec Sloan.
Pardon ?!
Ouais, enfin, on en reparlera plus tard, mais toi, vas-y, raconte. T'as la tête des jours d'agacement, alors raconte-moi ce qui t'énerve, parce que sinon je sais que c'est moi qui vais ramasser ce soir.
Cette remarque fit sourire Arthur. Alex commençait à vraiment bien le connaître. Sa gentillesse, son attention, l'apaisa quelque peu. Il soupira encore et se laissa tomber sur une chaise, racontant la discussion avec Desmond, puis la colère gratuite d'Aveline. Alex, assit à côté de lui, l'écouta avec patience, mais la colère commença à se marquer sur son visage au fur et à mesure que le récit avançait. Lorsque le noiraud lui indiqua la sanction que le Dr Degrandpré lui réservait, son petit-ami tapa du poing sur la table.
Mais quelle garce ! s'exclama-t-il, fulminant.
Je ne te le fais pas dire.
Je vais aller lui dire deux mots, tu vas voir !
Arthur attrapa le bras de son amant pour le retenir et lui indiqua :
Non, ne fais rien. Ça ne sert à rien, et je t'assure que je peux très bien me débrouiller tout seul.
Qu'est-ce que tu comptes faire ?
Je n'y ai pas encore réfléchi à tête reposée, mais ne t'en fais pas que je ne vais pas lui laisser me marcher sur la tête.
Alex continua d'arborer sa tête de méchant. Celle qu'il prenait quand il jugeait que quelque chose était injuste et qu'il avait envie de se rebeller. Arthur savait qu'il n'aurait peut-être pas dû lui raconter ça, et redoutait que, dans son dos, son compagnon aille tenter de réparer les choses pour lui. C'était louable de sa part, il était très protecteur, mais en même temps pénible. Arthur n'était pas une petite chose fragile, il savait se défendre.
Il savait qu'il n'y avait qu'un seul moyen de le calmer, et de se calmer par la même occasion.
Bon, vu la journée de merde, tu m'offres un verre chez Joe ?
Ok.
Conscients tous deux que cela n'était qu'une diversion, ils se levèrent et quittèrent la pièce. Leur service était terminé de toute manière. Ils pouvaient se changer et aller directement au bar. Ensuite, ils rentreraient probablement chez Arthur et dormirait directement comme des masses, à moins que l'envie de sexe ne les prenne.
oOoOoOo
Cristina faisait face à Izzie dans la salle de la chaufferie. Elle attendait avec patience que celle-ci se mette à parler. La blonde l'avait harponnée à la sortie des vestiaires en lui disant qu'elle avait quelque chose de personnel à lui raconter. Un peu surprise, l'Asiatique avait accepté de l'écouter. Seulement Izzie ne voulait pas parler devant tout le monde et lui avait demander s'il y avait un endroit bien isolé pour éviter les oreilles indiscrètes. Cristina avait alors immédiatement songé à cet endroit. Son petit havre de paix, qu'Owen lu iavait fait découvrir, et qui était un peu leur endroit à eux.
Une vague de chaleur – l'évacuation du système de ventilation – s'échappa alors de la grille en dessous d'elles. Cela donna la sensation à Izzie de s'envoler durant un instant et contribua à la détendre légèrement. Prenant son courage à deux mains, elle se lança.
Il faut que tu me promettes de ne répéter à personne ce que je vais te dire, s'il te plait Cristina.
D'accord, acquiesça l'Asiatique, attendant la suite.
Courte hésitation, regard qui se baisse puis se relève.
La patiente X, celle que j'ai fait diagnostiquer aux internes, à un cancer de la peau qui a métastasé jusque dans le cerveau. Elle n'a que 5% de chance de survivre.
Ho, je vois, fit Cristina, un peu perplexe. Tu as besoin d'un second avis ?
Nouvelle hésitation, grande respiration. Bon sang, qu'est-ce que ça pouvait être dur d'annoncer ce genre de chose, songea Izzie. Pourtant, elle devait le faire. Tony avait raison, il lui fallait absolument mettre au moins une personne au courant. Prenant son courage à deux mains, elle décida de lancer la bombe.
Cristina… La patiente X, c'est moi.
