10. Destinity Jenckle, District 9 – tuée par Marvel Sanford, District 1
Je pleure. Je pleure car c'est tout ce que je peux faire, dans cette situation. Je pleure quand Aaron meurt, car même si je ne le connaissais pas, il était la seule chose qui me rappelait la maison. Je pleure quand le petit garçon du 4, qui avait mon âge, meurt tué par ce garçon du 2 qui me terrorise depuis le début. Je pleure devant le massacre qui se déroule sous mes yeux, car à 12 ans je n'ai pas envie de voir toutes ces horreurs, j'ai encore envie de croire que la vie est belle. Mais elle ne l'est pas. La vie n'est ni belle, ni magique, seulement réelle. Cruellement réelle. Je n'aurais jamais dû me retrouver ici, et pourtant, j'y suis. Mais je donnerais n'importe quoi pour que tout ça ne soit qu'un cauchemar, que je sois encore chez moi, avec mes parents. Je me prends à envier cette petite fille du 12, pour qui sa sœur s'est portée volontaire cette année. Elle a de la chance d'avoir encore sa sœur auprès d'elle, même si elle a de grandes chances de mourir. Je suis sûre que ma sœur, Cornelia, se serait portée volontaire pour moi, elle aussi. Mais elle ne peut pas. Elle ne peut pas car elle est morte 2 ans plus tôt, à l'âge de 15 ans, dans les Hunger Games. Quand elle a été moissonnée, mes parents ont pleuré, et j'ai pleuré. On a pleuré quand on a reçu son corps sans vie dans une simple boîte en bois. Le jour où moi j'ai été moissonnée, j'ai lâché quelques larmes, bien que j'ai essayé de les retenir. Car je savais que j'allais mourir. Au Palais de Justice, mes parents ont éclaté en sanglots, car ils ne voulaient pas me perdre, pas après avoir déjà perdu une fille, et j'ai pleuré avec eux. Et tous les soirs, dans ma chambre du Capitole, je pleurais, et je les appelais, car ils me manquaient, et que je savais que je ne les reverrais plus jamais.
Et là, encore, je pleure. Tous les tributs sont à la Corne, et moi, je suis à peine quelques mètres devant ma plateforme, à pleurer toutes les larmes de mon corps. Je sais que je dois passer pour une mauviette devant tout Panem, mais je m'en fiche. Je veux juste rentrer à la maison. Certains vont sans doute penser que pleurer est une stratégie. Une fille du District 7, Johanna Mason, a gagné une année en utilisant cette stratégie. Elle pleurait tellement que les autres tributs, la considérant comme faible, ne se sont pas occupés d'elle. Sauf qu'à la fin, elle s'est révélée capable de tuer sans scrupules. Johanna Mason n'a à mon avis pas eu peur une seule fois dans ses Jeux. Sauf que moi, si je pleure, ce n'est pas par stratégie. Je pleure car j'ai réellement peur. Je pleure car je déteste cet endroit, je déteste cette arène, je déteste les Hunger Games, et je veux juste rentrer chez moi.
Je vois un garçon – je crois que c'est le garçon du 1 – foncer vers moi, une lance à la main, une expression de détermination sur le visage. Et je sais que ma fin est proche. Je ne cherche même pas ni à me préparer à combattre, – à quoi bon ? Je n'ai même pas d'arme sur moi – ni à m'enfuir, ce qui serait inutile puisque de toute façon il me rattraperait. Je me contente de fermer les yeux, attendant la fin.
Papa, maman, je vous aime. Ne pleurez pas, s'il vous plaît. Cornelia, j'arrive. Le garçon m'enfonce sa lance profondément dans le cœur, et je m'écroule.
