NO TOUCHING !

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Hello. J'ai découvert que je n'avance jamais aussi bien dans l'écriture que pendant les révisions (malheureusement pour moi, quelque part). Mais ça me permet au moins de vous lâcher sans trop d'inquiétude un nouveau chapitre des si émouvantes aventures de Lily Evans. Hé, hé.

Avant tout, un grand merci à HolyJack, Guest, Myriam, Aldaria et Rose-Eliade pour leurs reviews. Vous ne savez pas l'effet que vous avez sur ma motivation. Merci !

Bonne lecture !

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Chapitre 10

Mystères glacés

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8 janvier

La routine suit son cours, comme si les vacances n'étaient jamais passé par là. McGonagall a toutefois mis les bouchées doubles, suivie de pratiquement tous les professeurs. Ils sont tous en boucle sur les ASPIC, l'instant phare de notre vie, le moment où tout se joue. Concrètement, cela signifie des tonnes de devoirs. Le lendemain de la rentrée, nous voilà donc déjà plongés dans les bouquins.

Heureusement, les maraudeurs ont chargé leur fan-club de rapporter de la nourriture dans la salle commune. Nous travaillons donc avec le ventre plein, ce qui atténue la souffrance. Enfin, je travaille. Potter et Black sont occupés à un faire un test de Sorcière Hebdo intitulé : vos points forts de séduction.

- Vous avez des formes généreuses et n'hésitez pas à vous en servir, lit Black avec un rire amusé. La conscience de vos atouts physiques impressionne le sexe opposé et vous rendent extrêmement désirable. (Il marque une pause.) N'hésitez pas à passer voir la journaliste que je suis après le travail, je suis certaine que nous pourrons nous entendre.

- Tu as inventé la dernière phrase, s'indigne Potter en lui reprenant le journal.

- Évidemment qu'il l'a inventé. C'est un magazine féminin !

- Tiens, Evans qui lève les yeux de ses livres... On s'en fiche, tu sais. Ca n'en est pas moins marqué que je suis extrêmement désirable. Jalouse ?

Alors que les deux imbéciles échangent un regard complice, je me sens bien obligée de défendre mon honneur. J'avoue également que la métamorphose commence à me sortir par les trous de nez. Autant se divertir un peu.

- D'accord. Fais-moi le test, on verra si tu fais encore le malin.

Black me répond par un grand sourire et fait signe à son meilleur ami de s'approcher. Ce dernier prend un air docte et fait mine de remonter ses lunettes sur son nez.

- Première question. L'homme qui vous plait depuis des mois s'approche de vous. Quelle est votre première pensée ?

A) Argh ! Qu'est-ce qui m'a pris de sortir avec mon haut de pyjama ?

B) Approche, beau gosse ! Que la bataille commence !

C) Fuyons ! Rien de mieux pour détruire un fantasme qu'un mec qui parle...

- Facile ! Réponse C.

- C'est vrai que le pyjama ne t'ai jamais dérangé, soupire Black.

- Mais ça t'allait bien ! me rassure Potter.

Je ne sais pas trop quelle réplique me met le plus en colère.

- Vous devez entamer la conversation avec lui, continue Black.

A) Quel beau temps dehors, n'est-ce pas ?

B) Rusée, vous feignez la surdité.

C) Avec toutes les infos amassées sur lui, vous êtes parée.

- Alors, toujours C ? plaisante Potter.

- Devine...

- Réponse A ? Hé, ça fait mal !

Pour info, je viens de lui balancer mon livre de métamorphose à la figure. Il n'est pas de petite taille, mais ça me démangeait depuis pas mal de temps. Il coche la case B d'un air méfiant.

- Il vous donne rendez-vous le lendemain. Vous décidez d'aller :

A) Ah ah, vous n'irez pas, c'est un piège !

B) Faire quelque chose d'interdit et palpitant.

C) Dans un café-philo du Londres moldu.

- Je parie que tu as répondu quelque chose d'interdit et palpitant, Black. Je me trompe ?

- Je ne suis pas le sujet de ce test, admirable demoiselle. Mais en effet, c'est ce que j'ai répondu.

- Potter aussi, j'imagine ?

- C'est alléchant. Mais j'admets qu'un café-philo du Londres moldu m'attire tout autant.

Pas besoin de son sourire arrogant pour se rendre compte qu'il se fout de ma gueule.

- Je n'irai pas à ce rendez-vous, dis-je. Piège - la A.

Le test continue encore pendant quelques questions stupides. Sérieusement, qui peut répondre « chevaucher tous les deux une licorne près d'un arc-en-ciel » au « voyage de noce idéal » ? Pour ma part j'ai choisi la C : « à côté d'un lac, histoire de le noyer et de récupérer l'héritage ».

Finalement, Potter compte les réponses et m'annonce que j'ai davantage d'étoiles que tout le reste. En fait, je n'ai que des étoiles.

- Vous n'aimez pas séduire et vous vous suffisez parfaitement à vous-mêmes...

- Ah ! je m'exclame. Tu vois Potter, c'est à se demander pourquoi tu t'acharnes !

- ... Du moins, c'est ce que vous croyez. Votre attitude cache une blessure profonde et c'est cela qui attire les hommes malgré tout. Votre fougue les rend admiratifs et votre refus vous élève au rend de fantasme inatteignable. Il est temps de grandir et de prendre conscience de vos atouts, ou vous finirez vieille fille et élèverez pas moins de douze chats.

- Passe-moi ce torchon !

Les deux crétins sont morts de rire. Je les hais, je les hais, je les hais. Je conservais vaguement l'espoir que Potter ait tout inventé mais le résultat est écrit mot pour mot.

- Ce truc est stupide.

Je me demande quand même si Mrs Figgs aurait obtenu le même résultat que moi.

C'est une pensée terrifiante.

- Je vous laisse les gars, dis-je. Je vais étudier pour me concentrer sur ma carrière, devenir la femme la plus puissante de l'Angleterre et provoquer la faillite de Sorcière Hebdo. Sirius Black extrêmement désirable ? De tels mensonges sont dangereux pour l'avenir de l'humanité.

J'effectue donc ma sortie avec classe, drapée dans ma dignité.

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11 janvier

- Prête pour la foire aux métiers, Lily ?

- Oui, je marche vers la grande salle pour m'y rendre. Pourrais-tu marcher dix mètres devant moi, Potter ?

- Tu veux que je guide tes pas ?

- Je veux surtout que tu arrêtes de parler !

Peut-être l'avez-vous déduit par le dialogue qui précède. Aujourd'hui, c'est la foire aux métiers et les tables ont été remplacées par des dizaines de stands disposés un peu partout dans la pièce. Il y en a pour tous les goûts : médicomage, joueur de Quidditch, fonctionnaire du ministère, auror, dresseur de tapis volants et j'en passe et des meilleurs.

L'excitation est à son comble. Tout le monde se bouscule pour accéder aux jobs les plus prestigieux. M'est avis que le pauvre conducteur du magicobus dans un coin à droite doit se sentir bien seul.

- Tu ne m'as toujours pas dit ce que tu voulais faire plus tard, dis-je en rattrapant Potter.

- Toi non plus.

- Parce que je n'en ai aucune idée.

- Oh, tu me l'aurais dit sinon ?

- Pas avant que toi, tu me le dises.

- C'est curieux que tu t'y intéresses, répond-il d'un air amusé.

C'est ça, joue donc au plus malin.

Il s'approche d'un stand tenu par un mec immense et dont le logo est une massue hérissée de pics. Il n'y a pas grand monde devant celui-là non plus. Mais je découvrirai l'ambition de Potter, coûte que coûte.

- Dresseur de troll ? je m'étonne en me glissant derrière lui. Tu n'as pas peur d'abîmer ton joli visage ?

- Faisons un deal, Lily.

Hum, l'idée mérite deux secondes de réflexion.

1) Parce qu'elle vient de la cervelle de Potter.

2) Parce que l'expérience me hurle que ça ne se termine jamais très bien.

- Quel genre de deal ?

- Si tu trouves ce que tu as vraiment envie de faire plus tard, je te fais part de mon ambition. Ca te paraît juste ?

Pas vraiment mais de toute manière, je me connais. Je vais crever de curiosité si je ne parviens pas à savoir. Et si ça me permet de me découvrir une vocation, je prends.

- Deal.

Il me tend la main et je la serre, scellant ainsi notre accord.

- Alors dis-moi, qu'est-ce qui t'intéresse ? demande Potter.

- Pas le dressage de troll, en tout cas.

Il jette un coup d'œil en direction de l'immense armoire à glace et hoche lentement la tête. L'homme grogne en montrant les dents, ce qui suffit à faire reculer mon brave camarade. Je lui adresse un regard ironique. Apprivoiser des monstres n'est pas sa vocation non plus, on dirait.

- Guérisseuse tu m'as dit que non, alors ? interroge-t-il en passant devant le stand de médicomagie.

- Non, non et non.

- Ca a le mérite d'être clair.

Je me tourne vers lui, l'air de rien.

- Et toi, Potter ? Aurais-tu envie de soigner des gens ?

- Ce serait une mauvaise chose ?

- Ca ne répond pas à ma question.

- Tu sais très bien ce qui me fera répondre à ta question.

Okay, message reçu. Potter ne lâchera pas facilement le morceau. Je ferais mieux d'essayer de trouver mon utilité dans ce monde de fous.

- Tiens, bonjour professeur McGonagall ! je m'exclame en m'approchant de son stand. Vous représentez les enseignants, je suppose.

- Vous supposez bien, miss Evans. L'idée de transmettre un savoir vous attire ?

- Je ne sais pas, ça pourrait être une idée. Tu en penses quoi, Potter ? je lance innocemment.

Je précise que je tiens autant à enseigner à une classe d'imbéciles qu'à me jeter dans le lac en ce frisquet mois de janvier. Mais j'admire McGonagall, l'ai-je déjà mentionné ? Lui parler n'est jamais une perte de temps. Il arrive même qu'elle envoie mieux promener les maraudeurs que moi, signe d'une grande sagesse et d'une force de caractère hors du commun. La plupart des profs iraient jusqu'à leur lécher les pieds pour entrer dans leurs bonnes grâces. J'ai quand même du mal à imaginer qu'une telle chose puisse leur plaire. C'est assez dégoûtant.

- Tu ne pensais pas vraiment que ça marcherait, pas vrai ? demande-t-il.

- Ca ne coûte rien d'essayer...

- Dites, professeur, Lily hésite encore pour choisir ce qu'elle veut faire plus tard. Auriez-vous quelques pistes à lui proposer ?

- Guérisseuse est un très beau métier, répond-elle.

Je lui pardonne parce que c'est une très grande femme. N'empêche que je suis assez vexée. Pourquoi tout le monde en est persuadé ? Je me donne pourtant beaucoup de mal pour repousser les gens. Ils pourraient penser que je suis faite pour un métier en solitaire, non ? Pas un job altruiste où un père vous prend dans les bras pour vous remercier d'avoir sauvé sa fille !

Potter m'adresse un regard désolé mêlé d'un certain amusement. Je suis certaine qu'il apprécie la situation beaucoup plus qu'il ne veut bien le montrer.

- Si ça ne vous plait pas, il y a beaucoup de sections au ministère qui peuvent vous intéresser : l'international, le sport, la justice, les moldus...

- Merci pour votre aide, professeur. Je vais aller faire un tour. Bon courage à vous.

- J'espère que vous trouverez ce que vous cherchez.

Nous quittons McGonagall pour continuer à errer parmi les stands. Potter propose de tous les faire, d'y aller un par un pour être sûr de ne rien manquer. J'accepte parce que je me sens franchement perdue dans toutes ces professions et que je n'ai pas le début d'un choix en tête. Le premier stand qui s'impose à nous est tenu par un fabriquant de balai. Je m'apprête à passer mon chemin mais mon camarade me retient par le col.

- On a dit tous, tu te souviens ?

Je soupire. Il ne croit pas véritablement que j'aurais envie d'exercer mon talent à fabriquer des balais ? Je n'ai déjà pas envie de monter dessus, alors les créer, non merci !

- Parlez-nous un peu de ce que vous faites, dit Potter.

- C'est un métier complexe, vous savez. Il faut créer une harmonie à l'intérieur du balai : le bois, la magie, la force centrifuge...

Je m'ennuie déjà et il n'a blablaté que vingt-trois mots - à deux pets près.

- C'est absolument passionnant, continue-t-il. On a même la chance, quand on est assez bon, de voir de vrais champions voler sur votre création !

- C'est vrai ? s'intéresse Potter. Ca vous est arrivé ?

- Vous voyez le balai de Marius McGavin ?

- Le batteur de Flaquemare ? s'exclame l'ébouriffé. Évidemment que oui !

- Son Nimbus 1000 est une petite merveille et c'est moi qui l'ait construit, pièce par pièce, sortilège par sortilège. Depuis, il m'invite régulièrement à prendre le thé. J'ai même pu tenir sa batte, une fois !

J'ai comme l'intuition que l'échange va durer des heures.

- Oh, c'est fantastique ! Potter, je continue la visite et tu restes avec ton nouvel ami, ça te va ?

J'aurais mieux fait de m'éclipser en douce. Avec un signe de la main, il dit au revoir au fabriquant de balais et accélère le pas pour me rejoindre.

- Marius McGavin, tu te rends compte ? Le meilleur batteur de sa génération !

- Tu es sûr de ne pas vouloir devenir joueur de Quidditch ?

- Absolument... et toi ?

- Un plus grand destin m'attend, je réplique fièrement.

- Ah oui, élever des chats, c'est ça ?

C'est mesquin de sa part. En même temps, espérer qu'il allait oublier le test de Sorcière Hebdo était faire preuve d'un optimisme un peu trop enthousiaste. Black continue d'imiter la langouste quand je passe dans les parages, alors voir son meilleur ami zapper un magazine qui annonce que je vais finir vieille fille ? Forcément, ils en profitent pour remuer un peu le couteau dans la plaie.

Potter éclate de rire devant mon regard outré.

- Oui, et c'est dommage, dis-je en continuant mon chemin la tête haute. Je ne vois le stand nulle part !

Mais vous savez ce qui est le plus terrible, dans cette histoire ? C'est que j'aime bien les chats. Je pourrais même en accueillir quelques-uns chez moi, pour combler ma solitude. En théorie, bien sûr. Sinon ça reviendrait à donner raison à cet horrible torchon. J'adopterai des hamsters à la place.

- Tu veux vraiment tous les faire ? je soupire en voyant les stands dispersés dans la pièce.

- Sois patiente, imagine que tu loupes une vocation !

- Si je rate l'occasion de devenir contrôleuse du magicobus, je crois que je m'en remettrais.

Potter jette un coup d'œil du côté du vieil homme, vraisemblablement occupé à se curer le nez à l'aide de sa baguette. Il hoche brièvement la tête.

- Celui-ci n'est peut-être pas nécessaire, concède-t-il.

- Hé, regarde !

Je lui montre un stand qui détonne parmi les autres, malgré le vide créé autour de lui. Un jeune homme roux se tient debout sur une table bancale et brandit un objet inconnu avec fierté. J'échange avec mon camarade un regard perplexe.

- OBSERVEZ ! crie-t-il. N'avez-vous jamais vu une chose aussi fascinante ! Cette ingénieuse invention permet de lier des feuilles entre elles par un petit bout de fer ! Oui, vous avez bien entendu ! UN PETIT BOUT DE FER ! Et qui sait, qui sait les secrets que les moldus ont encore à nous faire découvrir ?

Oui, cet étrange individu brandit en effet une agrafeuse.

- Vous, je vous sens intéressés ! s'exclame le rouquin en nous pointant du doigt. Vous voulez voir un autre objet extraordinaire ? Un mystère de l'humanité ?

Avec une déférence absolue, il sort d'un sac en cuir un canard en plastique jaune, puis nous le fait passer devant nos yeux comme s'il s'agissait d'un trésor inestimable.

J'admets que je ne m'y attendais pas du tout, à celle-là.

- A quoi ça sert ? s'interroge-t-il.

A côté de moi, Potter semble intrigué par la démonstration.

- C'est vrai qu'on peut se poser la question... On ne voit jamais un canard jaune dans la nature.

- Ah, exactement ce que je me suis dit ! s'exclame l'autre en descendant de sa table.

Il tend sa main en direction de Potter, qui la serre chaleureusement. Je me contente d'un hochement de tête vaguement amical. Ce mec me fait peur.

- Arthur Weasley, se présente-t-il.

- James Potter, et voici Lily Evans.

- Enchantée.

Je pourrais lui dire d'aller bouffer son canard en plastique et de me laisser tranquille mais entre roux, c'est la coutume de se témoigner un minimum de soutien.

- Salut !

Je prends toutefois bien soin de laisser une distance de sécurité entre nous. On n'est jamais trop prudent. Par contre, pas question de lui faire un cours sur le canard. Les mystères sont parfois préférables à la réalité.

- Vous pouvez lui demander pour le canard, déclare Potter avec enthousiasme. Lily est née moldue !

Parfois j'oublie à quel point je le hais. Une piqûre de rappel peut faire du bien de temps en temps.

- Alors éclairez-moi ? A quoi ça sert ?

- Ah, les voies du peuple moldu sont impénétrables, je réponds d'un ton solennel.

Weasley me regarde avec l'air de celui qui vient de louper la blague. Il ne se laisse pas démonter pour autant.

- Si vous envisagez de travailler avec moldus, sachez que c'est absolument passionnant. Je n'ai jamais vu un peuple aussi ingénieux. Cette... chose est d'une intelligence !

Pour ceux qui ne suivent pas, Weasley est en effet encore en boucle sur l'agrafeuse et me l'agite devant les yeux avec ferveur.

- Ca fait réfléchir, n'est-ce pas ?

- Ca, pour faire réfléchir...

Les yeux de Potter se froncent et je le vois ouvrir la bouche pour poser une question. ALERTE. Il faut vraiment que je l'emmène loin de cette secte où il se fera embrigader. Pauvre âme fragile. Il finira par prier les agrafeuses sur des autels baignés de sang sorcier et de plumes de canard peintes en jaune. Je dois agir.

- On a beaucoup à faire, dis-je, merci pour cette intervention très instructive.

- Vous êtes sûrs que vous ne voulez pas...

J'adresse à l'agrafeuse un regard puissamment évocateur.

- Vous savez, on peut se blesser si facilement avec ces trucs-là...

Poil de Carotte comprend le message avec une rapidité d'esprit que je ne lui imaginais pas. Il recule de quelques pas et hoche la tête dans notre direction avec un léger signe de main.

Tout va bien : mes yeux tueurs sont encore efficaces.

Je regarde de loin Weasley fouiller dans son sac pour en sortir une essoreuse à salade et m'éloigne de quelques pas encore. Il n'a de toute évidence rien compris à l'utilité de l'objet, place le canard et l'agrafeuse à l'intérieur puis tourne la manivelle. Son visage s'éclaire d'un sourire béat.

Merlin, protégez les innocents de ce monde.

Un silence interloqué prend place entre Potter et moi. On continue notre chemin, un peu déstabilisés.

- Dis Lily, finalement à quoi il servait, le canard en plastique ?

Je hausse les épaules.

- A tromper la solitude.

- Genre, dans ta baignoire ? C'est vrai que si ta baignoire est petite et que tu ne peux pas y faire entrer quelqu'un d'autre... C'est vite-fait de sentir le poids de l'isolement social. Un canard, ça remplit l'espace. C'est une métaphore de l'absence, non ?

Je le regarde fixement, essayant de déterminer s'il plaisante ou s'il est vraiment sérieux. Peu importe, je n'ai pas l'intention d'en faire un débat. Une métaphore de l'absence ? Mais il a fumé quoi ce matin ?

- C'est une façon de le dire...

- Il faut absolument que je m'en achète un.

Je souris. C'est une bonne idée, tiens. L'isolement social fait des ravages, de nos jours.

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J'ai l'impression que ça fait des heures qu'on déambule dans la grande salle. Je n'aurais jamais cru qu'il y ait autant de métiers dans le monde sorcier. On a tout fait : les recoins les plus dissimulés du ministère, les éleveurs de veracrasses, les fabricants de chaudrons en fromage (emmental, tome de brebis et même fromage à raclette !)...

Trop de choix tue le choix.

Je n'ai aucune envie que cette journée se solde par un échec. Ca voudrait dire que j'ai passé des heures volontairement en compagnie de Potter sans en tirer un quelconque profit. L'idée est beaucoup trop déprimante.

Je ne trouverai jamais. Je suis si exceptionnelle que je n'entre dans aucune case. Oui, c'est sans doute ça : voilà une explication tout à fait valable...

Il faut que je m'invente une passion pour découvrir l'ambition de Potter qu'il refuse de me dire. Ce n'est pas très éthique mais bon, demain je sauverai un première année des griffes de Peeves pour remonter dans mon estime.

- Auror ! je m'exclame en pointant du doigt le stand juste devant. Voilà qui pourrait être intéressant.

Potter ouvre de grands yeux étonnés.

- Vraiment, et pourquoi Auror ?

- Ben, on bouge, il y a de l'action, on voit du pays...

Il m'observe, intrigué, comme s'il s'attendait à ce que je continue. Trois raisons c'est déjà pas mal, non ?

- On met la raclée aux méchants...

Je souris pour lui montrer que je suis enthousiasmée par ce que je dis mais ma joie - feinte - paraît le perturber plus que toute autre chose.

- Et puis, c'est toujours mieux qu'examiner des essoreuses à salades.

Argument fatal. Là, je ne sais pas ce qu'il lui faut.

- Des... quoi ?

- Laisse tomber.

Il hoche la tête et sans se formaliser, réfléchit à la question. Il me regarde longuement.

- C'est un poste à responsabilité, tu sais.

- Ah bon, on n'y plante pas des navets ?

Potter hausse les yeux au ciel et comme si ça le fatiguait d'être trop longtemps sérieux, laisse échapper un sourire. Tu es infernale Lily, semble-t-il me dire. Pas vraiment une découverte. Si je course les méchants un jour, ils vont en baver. Je ne les laisserais jamais s'échapper, je hurlerais « lâche ta baguette » en surgissant de nulle part et ils mourront d'une crise cardiaque, ce qui fera plus de place dans les prisons. Je serais un atout de poids pour la société.

- Bien sûr que si et toi, dit-il d'un air amusé, les navets, c'est toi qui les surveilleras. Pour éviter qu'ils ne s'échappent.

- Crois-moi, quand je les aurais à ma charge ils ne feront pas un pet de travers...

- Ben voilà Lily, tu l'as trouvée ta place !

Éleveuse de navet. Ma mère dit souvent qu'il ne faut pas avoir peur de suivre ses rêves. J'espère au moins que c'est bien payé !

- Et toi, Potter... Maintenant ma vocation vient de m'apparaître comme un miracle, tu ne voudrais pas me parler de la tienne ?

- Tu n'en loupes pas une, pas vrai ?

Comme si je pouvais oublier la raison de ma venue... Enfin mon petit vieux, soyons sérieux deux minutes. Je me contente d'une expression d'attente, sans pour autant réessayer avec ma tête de chiot battu. Vu le fou-rire que se tapent les gens à chaque fois, je crois que j'ai compris la leçon.

Avec un grand sourire, Potter me tapote l'épaule.

- Auror ça me botte bien aussi. On se croisera sans doute là-bas !

Je lui lance un regard noir mais loin de s'en formaliser, il se marre joyeusement. Et moi qui croyais que la fin de Poudlard marquerait aussi la fin de ma relation avec James Potter. Je suis trop naïve. Il me suivra partout et jamais je ne parviendrai à m'en débarrasser.

- Lily ! s'écrie-t-il alors que je me détourne pour m'éloigner d'un pas rapide. Qu'est-ce que j'ai dit ?

- Vas causer à ton canard en plastique ! je hurle. Peut-être qu'il te répondra !

C'est malin. Je vais devoir me trouver une nouvelle vocation maintenant.

Ce mec est vraiment pénible.

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14 janvier

La neige tombe à la fenêtre. C'est blanc, pur, déprimant, tout ça parce que toute notre promo rouge et or est affalée sur la table de la salle commune, en train de potasser vainement les tonnes de devoirs qui nous attendent. A côté de moi, Mary soupire toutes les deux minutes et Olga jure dans sa langue « Ziemniak ! Kalafior ! » (1) tandis que Remus et Peter s'énervent sur leur dissertation de métamorphose. Même Potter et Black (c'est probablement pour ça qu'il neige, tiens) travaillent dur.

Un doigt passe soudain devant mes yeux et avant que je puisse réagir, pousse mon livre qui atterrit sur le sol dans un grand fracas. Black m'adresse un sourire ravi.

- Je m'ennuie, dit-il.

Tout s'explique. Je croyais qu'il travaillait mais en jetant un coup d'œil sur ses feuilles, je me rends compte qu'il dessine des filles nues depuis deux heures. Comment fait-il pour avoir des bonnes notes en passant ses après-midi à glandouiller ?

Je me demande si c'est comme les lendemains de soirée. Un mystère de plus. Ma théorie comme quoi il a été déposé par des extra-terrestres sur la planète Terre s'affine de jour en jour. Je comprends que les aliens aient eu envie de s'en débarrasser mais franchement, un petit effort ! Comme si ça nous amusait de nous taper un spécimen pareil tous les jours.

- On a trente centimètres de parchemin en métamorphose, les informulés de niveau trois à maîtriser, des calculs savants, des traductions, une potion à composer et j'en passe et des meilleurs - tu oses me dire que tu t'ennuies ?

Black hausse les épaules avec dédain.

- Déjà fait, tout ça. M'ennuie.

La main de Mary se referme sur mon poignet, m'empêchant de planter ma plume dans le bras de ce petit con de gobelin mal embouché. Dommage, ça m'aurait détendu un peu.

Le silence se fait et je me rends compte que personne n'écrit plus. Tout le monde a le regard un peu nostalgique des après-midi libres, de l'insouciance des années précédentes.

- Il a l'air de faire froid dehors, commente Potter avec mélancolie.

- La neige tombe depuis pas mal de temps, non ? fait Pettigrow. Ca fait bien une dizaine de centimètres maintenant.

Mary s'approche de la fenêtre.

- Des premières années font un bonhomme de neige ! Trop mignon...

- Ouais, enfin on a passé l'âge, hésite Lupin.

On se regarde tous, puis la fenêtre, nos cours étalés sur la table et enfin la fenêtre. Un sourire amusé se peint sur le visage de Mary et s'étend rapidement à tout le petit groupe. C'est Potter qui se lève le premier, recule de quelques pas, malicieux.

- Gars contre filles ! hurle-t-il avant de s'élancer à toute vitesse dans les escaliers. On va vous démolir, les princesses ! Rattrapez-moi si vous pouvez !

- Tu ne t'en sortiras pas comme ça ! crie Mary.

J'enfile une écharpe et en lance une à Olga. Vu sa physionomie, elle sera sans doute très utile dans la bataille. On parie combien qu'elle avait pris l'option lancer de poids dans son pays natal ?

Deux secondes plus tard, les devoirs sont abandonnés et nous fonçons vers l'appel de la neige.

- Ben alors Lily, ce n'est une attitude digne d'une préfète-en-chef, s'étonne Black.

- Et si je te donnais une retenue pour compenser ça ?

L'idée ne l'attire pas plus que ça et il botte vite en touche, à ma grande satisfaction. Je saisis une poignée de neige à pleines mains et lui écrase à la figure sans pitié.

- Retraite, Lily ! RETRAITE ! crie Mary alors que Pettigrow et Potter accourent aider leur copain.

Nous nous retranchons derrière le vieux chêne. Des boules de neiges volent à quelques centimètres sans nous atteindre. On compte jusqu'à trois avant de surgir d'un même mouvement, les paumes pleines de glace qui s'écrasent sur le visage des garçons. Potter m'en balance une à la figure et me rate de peu.

- Alors mon grand, on n'arrive plus à atteindre une cible ? T'es poursuiveur, non ? Tu dois être la risée de ton équipe !

Attaquer l'ennemi sur sa grande susceptibilité, le Quidditch. Parfait pour l'inciter à l'imprudence. Il forme une belle boule de neige entre ses mains avant d'effectuer quelques pas dans ma direction, l'air menaçant.

- Maintenant ! je crie.

Olga lui envoie carrément un amas de neige en plein dans la face et Potter atterrit sur les fesses. Black se précipite pour le relever. Filles - 1 / Gars - 0.

- Homme à terre ! hurle Pettigrow. Homme à terre !

Les mecs ramassent leurs troupes et courent se réfugier vers un autre arbre pour reconstituer leurs forces. Il sont sous un sapin, aux branches pleines de neiges. Un seul regard échangé avec les filles suffit. La même idée nous est venue. Cruelle. C'est ça qui est bon.

Un coup de baguette magique et toute la neige suspendue aux branches retombent sur les maraudeurs, qui ont un peu perdu de leur superbe. Ha, ha.

Quand ils se relèvent, leur regard est déterminé et sans pitié. Le problème, c'est qu'ils ressemblent tous à des petits chiens mouillés, ce qui leur retire un max de crédibilité.

- Alors, on a du mal à suivre ? provoque Mary.

- Porażka prześladowanie Ciebie, mój słodki. (2)

Black saisit alors sa baguette et fait léviter vers nous un gros bloc de neige. Il explose à la dernière minutes, répandant sur nous ses flocons avant même que nous puissions fuir.

Ah, ils veulent se la jouer comme ça ? Ils vont en baver...

Lupin rassemble les troupes et leur murmure des trucs à l'écart, probablement un plan démoniaque. Je me méfie de lui, le plus sage en apparence mais sans doute le plus retors. Pendant ce temps, on prépare des petits tas de neige accessibles.

J'admets qu'on ne s'y attendait pas du tout. Quatre mecs qui nous foncent dessus sans prévenir, chacun sur une fille différente (sauf Olga, où ils sont deux à s'y coller - bon courage), c'est déstabilisant. Potter me saute littéralement dessus et m'éclate la tête la première dans la poudreuse. Quelqu'un peut me dire ce qu'il fout, cet imbécile ? C'est une bataille de boules de neige, pas un viol collectif !

Trop tard, et la méthode est efficace. Je suis incapable de bouger avec un grand dadais assis sur mon ventre et qui me balance de la neige dans la figure par-dessus le marché. Je hurle, j'avale de la glace, je bats des pieds comme je peux mais rien n'y fait, rien n'efface le grand sourire satisfait de mon pénible adversaire.

A côté, j'ai quand même le droit à une consolation : le plaisir de voir Black et Pettigrow malmenés par Olga. Sans que je sache trop comment c'est seulement possible, ils se sont tous les deux retrouvés le cul sur la glace à crier grâce. Olga n'a aucune pitié, évidemment. Heureusement qu'on l'a dans l'équipe !

Potter est aussi amusé que moi par le spectacle et ne paraît pas pressé d'aider son meilleur ami qui douille méchamment, la tête dans la neige. Je profite qu'il soit distrait deux secondes pour tenter de me lever d'un coup. Il perd l'équilibre et je me jette sur lui sans la moindre pitié. Vengeance ! J'essuie rapidement la neige sur mon visage et en saisis à grosse poignées. Tu vas en bouffer, mon petit vieux ! Tu vas voir ce qui arrive quand on s'attaque à Lily Evans !

Olga lève son pouce en l'air pour me féliciter et accourt aider Mary en mauvaise position. J'adresse à Potter mon plus grand sourire, à peine sadique.

- On va vous démolir, les princesses ? je lui rappelle avec satisfaction. On dirait que finalement, on a été largement supérieures...

Il paraît dépité pendant quelques secondes puis lève ses yeux vers moi. Contre toute attente, il éclate de rire. Je fronce les sourcils, lui balance un peu de neige mais rien à faire, il se marre toujours et sans aucune raison valable. Il devrait partir la queue entre les jambes, non ?

- Quoi ? je m'écrie. Vous avez perdu, il n'y a rien de drôle à ça !

- N'empêche que tu es assise sur moi à cet instant, ma belle, et de ton plein gré. Elle est sans doute là, ma vraie victoire.

Mon sourire se fige et je prends conscience de la position tout à fait suggestive dans laquelle nous sommes. Les gens qui passent nous lancent par ailleurs un petit coup d'œil ironique. Je me lève précipitamment.

- Lily ! Te vexe pas !

- Espèce de...

Je ne trouve rien d'assez méchant à lui répliquer. Potter se remet à son tour sur ses jambes et fait quelques pas vers moi. Je n'ai pas envie qu'il s'approche. Je passe trop de temps avec lui ces temps-ci, c'est dangereux. Il gagne du terrain ! Aujourd'hui c'est l'un sur l'autre dans la neige, qu'est-ce que ce sera demain ? L'un sur l'autre dans un placard à balais ?

- Je disais ça pour rire !

- Fous-moi la paix !

Il ouvre la bouche pour protester quand Olga surgit derrière lui. Avec un immense sourire sadique, elle saisit une poignée de neige qu'elle laisse tomber à l'intérieur de la cape de Potter, qui hurle de surprise. J'adresse un regard reconnaissant à Olga - merci la solidarité féminine !

Je n'attends pas qu'il ait terminé de crier pour m'enfuir.

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(1) Patate ! Chou-fleur !

(2) La défaite vous guette, mes mignons.

Nda : Par contre, je ne promets pas le prochain chapitre pour dans deux semaines. Les exams commencent bientôt et je suis réaliste ^^ Mais je vais faire ce que je peux ! En tout cas, j'espère que ce chapitre vous a plu. Vos impressions m'intéressent toujours autant :)