Note de la traductrice: Stephenie Meyer est la créatrice de la saga Twilight. Amethyst Jackson, quant à elle, est l'auteure de cette histoire qui traite d'amitié, d'amour, et de la très mince ligne qui parfois sépare les deux. Pour ma part, je prends un immense plaisir à la traduire.

Merci énormément pour vos commentaires; c'est toujours stimulant de savoir qu'on est apprécié pour ce qu'on fait. Vous serez aussi sans doute heureuses d'apprendre qu'on approche bon an mal an de la première scène torride entre Edward et Bella, qui aura lieu au chapitre 15. Mais pour le moment, savourons les fêtes de fin d'année en compagnie de nos deux protagonistes adorés. Il faut savoir qu'aux États-Unis, les festivités du temps des fêtes commencent à la fin novembre avec la Thanksgiving. Le repas de la Thanksgiving est un dîner tardif (ou déjeuner si vous préférez) qui s'éternise tout l'après-midi; c'est du moins le souvenir que j'en garde car je n'y ai participé qu'une seule fois du temps où j'habitais à Baltimore. Maintenant je profite plutôt de ce congé pour aller visiter ma famille à Montréal.

Bonne lecture.

Chapitre 10: souplesse

BPOV

Les vacances de fin d'année allaient être un très dur moment à passer dans ma condition de célibataire. Je trouvais que ma situation était déprimante à pleurer, mais Edward s'obstinait à prétendre que c'était lui qui vivait les circonstances les pires. J'étais en outre convaincue que la ribambelle de publicités pour des bijoux ou de la lingerie fine qu'on voyait partout en ce temps particulier de l'année était destinée à faire sentir aux femmes dans ma situation que nous étions des éclopées sentimentales, des mal aimées laissées pour compte parce que nous n'avions pas les bons attributs pour retenir un homme.

Au moins cette année Edward n'avait pas à stresser avec le magasinage du temps des fêtes ou à se casser la tête pour trouver de bonnes idées de cadeaux puisqu'il n'avait presque personne sur sa liste, à part ses parents.

Le "supplice" du temps des fêtes commença à la Thanksgiving. Edward avait choisi de travailler durant ce congé, prétextant que pour l'occasion, la salle d'urgence était toujours bondée avec des tas d'individus victimes d'indigestion à la dinde ou d'accidents de la route. La vérité était tout autre: il ne voulait pas rester seul, et s'il devait passer la journée en compagnie d'étrangers, aussi bien que ce soient des patients qui avaient besoin d'être traités plutôt que des gens qui le prendraient en pitié. Je suspectais d'ailleurs que la crainte d'être pris en pitié était la raison pour laquelle il avait décliné de passer la journée avec mes amis et moi.

C'était devenu une tradition pour Rosalie et Emmett de convier notre groupe d'amis chez eux afin de célébrer le dîner de Thanksgiving ensemble. Rosalie adorait mettre les petits plats dans les grands lorsqu'elle recevait, en gourou domestique qu'elle était. Martha Stewart pâlissait en comparaison, ce qui en disait long sur les talents d'hôtesse de Rose. J'aurais sans doute eu beaucoup de plaisir s'il ne s'était agi que de notre petit groupe intime, mais mon amie avait d'autres plans. Elle m'avait invitée avec Alice, mais elle avait également invité tous les copains d'Emmett et tous les couples mariés qui n'avaient rien prévu de leur côté. Passer la Thanksgiving avec autant de personnes en couples était assez pénible en soi, mais pour rendre les choses encore pires, il se trouve qu'Alice s'était pointée avec quelqu'un elle aussi. Et pour finir, Rosalie et Emmett n'avaient pas cessé, pendant toute la journée, de vouloir me brancher avec un de leurs amis qui en profita pour s'isoler avec moi chaque fois que l'occasion se présentait, afin de me rebattre les oreilles avec son entreprise immobilière qui faisait de très bonnes affaires, apparemment. Je finis par lui dire d'aller se faire voir ailleurs parce que je n'avais rien à cirer de ses histoires de reprises de finance et d'immeubles qui avaient perdu la moitié de leur valeur initiale.

Cependant, la goutte qui fit déborder le vase fut lorsque Rosalie annonça qu'elle était enceinte en plein milieu du repas. Je forçai un sourire et la félicitai comme tous les autres invités, mais intérieurement je me noyais dans ma mélancolie. Ce n'était pas que j'enviais Rosalie ou que je désirais moi-même avoir des enfants, mais je craignais que les changements dans la vie de mes amis les éloignent de moi, me laissant seule derrière comme un vieux chiffon. Au moins Alice était dans la même situation que moi, sauf qu'elle ne le savait pas encore. Elle passa la journée à parler de son patron de qui elle était toujours "amoureuse" à l'homme avec qui elle était arrivée. Si quelqu'un lui avait demandé quelles étaient ses chances avec Garrett, elle aurait juré qu'il allait demander le divorce à sa femme dans la semaine et que d'ici un an elle serait la nouvelle Mme Byrne. J'aurais définitivement préféré passer la Thanksgiving comme je passai le lendemain de celle-ci: en festoyant autour d'une pizza extra large en compagnie d'Edward.

Noël ne fut pas aussi terrible que Thanksgiving. Edward et moi avions tous les deux des engagements dans nos familles respectives qui demeuraient toujours dans l'état de Washington. Nous passâmes du temps ensemble à O'Hare quand notre vol vers Sea Tac* fut retardé de cinq heures. Bien que le jour de Noël fût consacré à nos proches, la veille Edward me rendit visite à Forks, et le jour suivant il m'entraîna presque de force chez ses parents à l'extérieur de Port Angeles. Les parents d'Edward étaient des gens d'une beauté remarquable qui avaient manifestement transmis cette particularité à leur fils, mais ils étaient surtout incroyablement gentils et accueillants. Je souhaitais de tout mon cœur faire partie d'une famille comme celle-là un jour.

Les festivités du Jour de l'An furent les pires. Alice adorait la veille du Jour de l'An. Elle insista pour que je vienne à la soirée spéciale qu'elle organisait pour l'occasion, et bien que je tentai de décliner son invitation, ses supplications finirent par me faire sentir trop coupable si je n'y allais pas. Une fois que j'eus accepté de me rendre à la fête d'Alice, je savais qu'il fallait que je trouve quelqu'un pour m'accompagner. Les soirées lancées par Alice n'étaient jamais une petite affaire, et Thanksgiving m'avait rappelée trop durement combien je détestais être celle qui faisait un accroc dans le décor. Je ne pouvais pas supporter l'idée de rester plantée debout toute seule à côté de la piste de danse, à regarder les couples pavaner et s'embrasser bien après que les douze coups de minuit aient sonné.

Deux jours avant la veille du jour fatidique, je décidai d'appeler Edward à la rescousse.

« Tu veux que je t'accompagne au réveillon du Jour de l'An? » Demanda-t-il, paraphrasant ce que je venais juste de bafouiller au téléphone.

« S'il te plaît? » Le suppliai-je. « Je sais que tu as dit que tu ne voulais rien faire pour le Jour de l'An, mais je ne veux vraiment pas me pointer chez Alice toute seule, et les fêtes qu'elle organise sont quelque chose, tu peux me croi– »

« Bella? » M'interrompit-il. « Je serais heureux d'aller à ce réveillon avec toi. »

ooooo

La fête était tout ce qu'on pouvait attendre d'Alice. Tapageuse et bondée, sans compter que notre hôtesse n'avait pas lésiné sur la décoration. J'avais peine à imaginer combien d'argent elle avait dépensé sur cette dernière, plus le fait que l'alcool coulait à flot et gratuitement, il va sans dire.

« Est-ce que ton amie connaît vraiment tous les gens qui sont ici? » Demanda Edward.

Il devait se pencher tout près de mon oreille pour se faire entendre.

« Probablement que non, » répliquai-je en faisant vagabonder mes yeux sur lui une fois de plus.

Edward attirait tous les regards sur sa personne ce soir dans son costume bleu marine et sa chemise blanche impeccable. La coupe de ses vêtements mettait un peu trop en valeur sa longue et mince silhouette. Il ne portait pas de cravate, et les deux premiers boutons de sa chemise étaient détachés, laissant voir la pleine longueur de son cou et un peu de sa pilosité. Honnêtement, il était très difficile de regarder ailleurs.

« Je suis bien content de ne pas travailler cette nuit. Il va y avoir une profusion de lavages gastriques; c'est toujours le cas à la veille de la nouvelle année, » commenta Edward en secouant la tête. « Est-ce que tu aimerais danser? »

« Je ne suis pas très douée pour la danse, Edward, » l'avertis-je. « Je risque de massacrer tes pieds. »

Il rit gentiment. « J'accepte le risque, alors. Allez, Bella, à quoi bon m'avoir invité sinon? Pour que je fasse le piquet dans un coin avec toi? Pas question, il faut que tu danses avec moi. »

« Okay, Travolta, » cédai-je, le laissant me guider vers la piste de danse.

« J'espère que ça se veut un compliment, » dit Edward, prenant ma main gauche dans sa droite et plaçant son autre main sur ma taille. « Parce que tu sauras que malgré mon comportement qui manque de virilité selon toi, je suis un de ces hommes qui savent danser. »

Je ne fus pas vraiment étonnée en constatant qu'Edward était effectivement un très bon danseur. Quelque chose dans sa façon de bouger en général l'annonçait déjà. Il se déplaçait avec souplesse, chacun de ses pas semblant ne lui demander aucun effort, à tel point que cela rejaillit un peu sur moi et qu'à mesure que la soirée avançait, je devenais de plus en plus gracieuse. Je n'avais jamais eu autant de facilité à danser avec quelqu'un d'autre que j'en avais avec Edward, et par le fait même je m'amusai beaucoup plus durant cette célébration du nouvel an que je l'aurais imaginé.

Danser, parler et rire avec Edward fut tout ce qu'il fallait pour que mon sourire ne quitte pas mon visage de toute la veillée. J'étais collée tout contre lui, le temps d'une chanson plus lente, lorsque le décompte d'une minute débuta. Je ne voulais pas bouger, heureuse de demeurer dans le confort de ses bras, m'enivrant de l'odeur subtile de sa lotion après-rasage, mais nous savions tous les deux ce qui allait se produire à minuit.

« Est-ce que tu voudrais prendre un peu d'air frais? » Demanda Edward à cet instant.

J'acquiesçai de la tête. À l'extérieur sur le balcon, les lumières de Chicago scintillaient sans faiblir alors que des centaines de milliers de personnes attendaient d'accueillir la nouvelle année.

« Merci de m'avoir accompagnée ce soir, » dis-je, me tournant vers Edward, un sourire sur les lèvres. « Je me suis amusée, finalement, et c'est grâce à toi. »

« Quand tu veux, Bella, » répondit-il en retournant mon sourire. « On devrait remettre ça l'an prochain si on est tous les deux célibataires. »

« Ça me semble un bon plan, » soufflai-je tandis qu'il ne restait plus que dix secondes au décompte et que les gens à l'intérieur commençaient à compter à voix haute.

Je jetai un coup d'œil à Edward, qui me regardait lui aussi, et reportai mon attention sur les gens dans l'immense salon qui s'accrochaient à la fois à leur conjoint et à leur flûte de Champagne.

« Trois, deux, un… Bonne et heureuse année! » La rumeur nous parvint à travers la grande fenêtre.

Je levai la tête vers Edward, mal à l'aise subitement. Il masqua son propre trouble derrière un petit rire nerveux.

« Bonne et heureuse année, Bella. »

« Bonne année à toi aussi, » répliquai-je, rougissant jusqu'à la racine des cheveux en réalisant qu'il se penchait vers moi pour m'embrasser.

Je sentis un instant de panique, mais je l'ignorai – il s'agissait seulement d'un petit baiser entre amis pour célébrer l'arrivée de la nouvelle année, pas vrai?

Toutefois, aussitôt que sa bouche se fondit sur la mienne, je sus que c'était beaucoup plus qu'un simple baiser amical. Son odeur m'étourdit légèrement et un délicieux frisson parcourut mes lèvres au contact des siennes. Ses lèvres étaient douces et fermes, bougeant avec langueur contre les miennes. Mon corps se mit à désirer un million de choses à la fois; je voulais agripper ses cheveux, goûter à sa langue, me frotter contre lui et lui enlever tous ses vêtements. Bref, je voulais désespérément Edward.

Il finit par lâcher ma bouche et s'éloigner de moi, et mon cœur coula à pic au fond de mon estomac. Peu importe ce que moi j'avais ressenti, Edward m'avait embrassée en ami. Il n'y avait rien de plus entre nous. Je savais, aussi, que je souhaitais qu'il soit plus qu'un ami; je souhaitais qu'il veuille plus.

Je réalisai que j'étais en train de tomber en amour avec lui.

*Sea Tac est l'aéroport international de Seattle.

Je ne saisis pas très bien pourquoi Bella se plaint qu'elle n'a pas passé de bonnes vacances de fin d'année. Elle a pourtant passé un bon moment dans la famille d'Edward, et il me semble que le baiser qu'ils ont échangé doit compenser pour pas mal de choses… Ah! Si seulement elle savait ce qu'Edward ressent pour elle de son côté…

Merci à mybluesky et à Just4ALE pour me donner l'heure juste sur la signification de certaines phrases qui ont plusieurs sens en anglais et sur les termes médicaux employés par Edward.

Merci à Fleur de réviser mes textes lorsqu'elle en a le temps.

Milk