Bonjour à tous et à toutes !

Encore une fois, merci à Lulu-folle pour sa review ! Ça fait chaud au cœur !
Merci également aux lecteurs anonymes !

Je poste ce chapitre en avance car le prochain malheureusement arrivera avec du retard... En effet, dès demain je partirai une semaine à l'étranger. Et ensuite, hop ! retour aux examens... Donc je préfère prévenir que guérir, et vous poste le chapitre 8 aujourd'hui. Je ferai de mon mieux pour que le chapitre 9 arrive rapidement.

Aujourd'hui, je cerne plus la psychologie de Sesshomaru, du moins par rapport à son père et à Rin. Certains petits malins ont d'ailleurs dû reconnaître le prénom "Izayoï " qui donne son nom au chapitre. Je n'en dit pas plus !

Bonne lecture à tous !

Chapitre 8
Izayoï

L'odeur du sang. Encore.

Cela faisait des jours qu'elle empestait les lieux, étendant ses relents rouilles sur tout le palais. Shesshomaru l'avait cherché, fouillant les moindres recoins, mais en vain. Quelque chose troublait son flair, une émanation à la flagrance âcre et sombre.

Il s'était acharné, dès que la nuit tirait son voile, à trouver la source de la mystérieuse odeur, mais rien n'y faisait. Les appartements privés, le quartier des serviteurs, les salles de réceptions, aucun lieu ne révélait quoi que ce sois.

Il aurait pourtant juré avoir senti cette effluve à un autre endroit. Mais où ? Impossible de se souvenir. L'ombre recouvrant la cité brouillait ses sens, comme le soir où il s'était transformé et avait blessé Rin. Il demeurait habile, et ses instincts restaient plus développés que la normale, mais il était comme un excellent nageur dans une mer déchaînée : aussi adroit soit-il, il ne pouvait lutter contre les éléments.

Cependant, la piste n'avait jamais semblé aussi forte que ce soir. L'arôme l'entourait, l'aiguisait, comme lors d'une chasse. Ses réflexes atteignaient leur apogée alors qu'il s'approchait de sa proie.

Les prisons. Le yôkai retînt un rictus tellement cela paraissait évident. Quoi de mieux que les profondeurs pour s'atteler à des activités occultes ? Le choix du lieu confirma les soupçons du démon : si le shogun était si sûr de son pouvoir, il ne dissimulerait rien dans ses geôles, là où aucun de ses sujets ne risquaient de découvrir son secret.

Les samouraïs surveillaient l'entrée, comme à l'accoutumée. Un immense chien de garde les accompagnait, veillant d'éventuels intrus. Sesshomaru baissa les yeux vers Jaken, qui courrait derrière lui. Il n'eut pas besoin de mots pour se faire comprendre :

« Oui, tout de suite Sesshomaru-sama ! S'écria Jaken.

Sortant de l'ombre, le petit démon vert se précipita au devant des gardes. Le chien se redressa en aboyant à son approche, et il fit mine de sursauter :

- Ça alors ! C'est la première fois que je vois un idiot à quatre pattes !

- Passe ton chemin, yôkai, grogna le guerrier. Ce chien a plus de sagesse que tu n'en auras jamais !

- Mais c'était au chien que je parlais ! »

Et il se mit à courir, les samouraïs et le molosse sur ses talons. Une fois qu'ils furent suffisamment éloignés, Sesshomaru sorti de l'ombre et descendit les escaliers caverneux. Lors de sa première venue, les gardes l'avait déposé dans une cellule au premier étage. Il était alors apparu aux yeux du démons que c'était là qu'ils mettaient tout leurs prisonniers. Le soir, un ou deux d'entre eux étaient choisis afin d'être conduit à l'étage du dessous.
Aucun n'avaient été revu.

Sesshomaru huma l'air : l'odeur était plus forte. Les effluves provenaient tout droit du second niveau, plongé dans la pénombre. Mais l'obscurité n'atteignait pas le démon.
Il descendit la foulée de marches et se retrouva dans un immense couloir en forme de voûte. D'écœurantes, les flagrances étaient devenues fétides.

Une légère ouverture se creusait à la droite du couloir, que seul la nyctalopie du yôkai lui permis de discerner. Elle était fermée par une grande porte en bois.
Sesshomaru tendit la main, s'apprêtant à en tourner la poignée. Mais alors qu'il effleurait la surface métallisée, un grésillement se fit entendre. Une impression de déjà-vu l'envahit, alors qu'un kekkai se matérialisait. Le démon eut juste le temps de bondir en arrière alors que la barrière recouvrait la totalité de la surface.
Il s'en était fallut de peu. Un frôlement, et il aurait été projeté à travers la prison, alertant tout les soldats par la même occasion.

Sesshomaru se releva. A part cette porte, le couloir était totalement vide. Si le shogun cachait quelque chose, c'était forcément là. Pourquoi avoir aussi bien protégé l'endroit sinon ?

Un bruit se fit entendre au niveau des escaliers. Sesshomaru s'élança, d'un pas vif, et se colla contre les parois du couloir. Là, il se dissimula dans l'ombre, invisible. Seules ses iris jaunes, comme celles d'un chat, le trahissait désormais et il ferma les yeux alors qu'il saisissait son sabre. L'ouïe lui était suffisante pour mettre un ennemi en pièce.

Le son se fit plus proche. Sa prise se resserra. L'écho des pas n'étaient plus qu'à quelques centimètres.

« Sesshomaru-samaaaaaa ! Appela une petite voix aiguë, dont le cri résonna dans toute la galerie. Où êtes-vous ?

- Jaken, répondit Sesshomaru, silence.

- Oui, mon seigneur, je ne dit plus rien mon seigneur, je me tais mon seigneur... Argh ! »

Sesshomaru venait de le saisir à la gorge et de le tirer vers l'ombre.

« Ça y est, ma dernière heure est venue ! » Pensa le démon, affolé. Cette fois il avait fait la bévue de trop et Sesshomaru-sama allait le réduire en bouillie !

Mais ce ne fut absolument pas le cas. Sesshomaru lui gardait la bouche fermée alors qu'un autre individu descendait les marches, pénétrant à son tour dans le couloir.
Était-ce un samouraï ? Le shogun lui-même ?

Nullement. S'emmêlant dans son kimono de soie trop serré, apparu un aristocrate. Il avait été parmi les convives le soir où le yôkai avait assisté avec Rin à la célébration du shogun, mais s'était fait peu remarquer. Pourtant, il avait été assis à proximité du shogun, ce qui témoignait de son importance.

L'angoisse suintait de sa personne, et Sesshomaru voyait de sa cachette la sueur couler le long de son front et se mêler à sa moustache soigneusement taillée. Farfouillant dans son obi, il en retira une clé qu'il glissa dans l'orifice prévu à cet usage. Le démon s'apprêta à bondir.

Avec un grincement sec, la porte s'ouvrit. La puanteur qui s'en échappa stoppa Sesshomaru en plein mouvement. Il entendit des plaintes, comme le murmure de milliers de voix...

Et alors le yôkai la sentit. Sa présence.
Et elle le perçut aussi. La chose tourna son intention vers lui, nullement alarmée. Elle paraissait presque... amusée.
Sesshomaru en fut comme tétanisé. Sa respiration devînt lourde, comme s'il s'était reçu un coup particulièrement violent, alors qu'il était dans l'incapacité de bouger le moindre membre. Jaken se tourna vers lui, inquiet : jamais il n'avait vu son seigneur dans un tel état !

L'entité à l'intérieur de la pièce... Ses sens n'étant pas aussi précis que ceux de Sesshomaru, il ne pouvait la distinguer avec précision, mais il ressentait une vive terreur rien que par les vibrations maléfiques renvoyées par l'écho.

Aussi vite qu'il était entré, l'aristocrate ressorti de la terrible pièce et en referma son accès. Il paraissait également terrifié, mais le sort qui immobilisait Sesshomaru ne semblait pas avoir prise sur lui. A moins que ses instincts ne soient tout simplement pas assez puissants pour prendre conscience de ce qui se cachait derrière la lourde porte en bois.
Car la nature humaine peut difficilement saisir ce qui dépasse son entendement.

Une fois le passage refermé, le kekkai se remit en place, prenant cette fois une allure réconfortante aux yeux de Jaken. Il jeta un regard en biais à son maître : Sesshomaru avait récupéré sa faculté de mouvements et fixait le noble de son stoïcisme habituel. Une fois la clé rangée, l'aristocrate rejoignit des samouraïs qui le conduisirent à la sortie des cachots.

« Il semblerait que seul un humain puisse se rendre à l'intérieur, murmura Sesshomaru pour lui même. Du moment qu'il a la clé adéquate... »

Le petit démon vert soupira : il savait ce que cela voulait dire...

Sesshomaru-sama allait voler la clé. Et détruire le kekkai.

Oo

Les flammes.
Elles l'entouraient, la happait, dans un tourbillon de braise et de cendre. Rin tournait, incapable de se dégager de cet étau qui la faisait suffoquer. Immobilisée, elle voyait le village prendre feu sous ses yeux, Kaede-sama, Kagome et tout les autres luttant en vain contre la force des éléments.
Et dans le ciel, silhouette sombre se reflétant sur la Lune, elle l'apercevait. Ses longs cheveux blancs fouettaient l'air, et il ouvrit ses yeux, aussi ambrés que l'incendie.

C'était toujours la même chose. Toujours le même rêve.

Un toit de chaume enflammé tomba près d'elle alors qu'elle ouvrait la bouche, prête à hurler :

« Sesshomaru-sama ! »

Mais la fumée se glissait dans sa gorge, l'asphyxiait, l'étouffait. Des larmes coulèrent de ses yeux brûlés tandis qu'elle répétait son nom, comme une litanie sans fin...

Avant que le feu ne l'enveloppe toute entière.

Rin se réveilla en hurlant. Les battements de son cœur résonnaient fort contre sa poitrine, et elle posa sa tête contre ses genoux. Le bruit de sa respiration, saccadée, lui paraissait presque bénis après ce terrible cauchemar.

Cela faisait plusieurs mois que le songe ne l'avait hanté. Mais depuis le retour de Sesshomaru-sama, il revenait inlassablement, nuit après nuit.
Rin se leva. Les rêves ne sont que le reflet de nos angoisses intérieures, et non un aperçu de l'avenir, se rassura t-elle. Les flammes, le village, Sesshomaru... Rien de tout cela ne risquait d'arriver. Elle était ici, dans la cité du shogun, et aucun villageois n'étaient menacés.

L'angoisse ne quittait pourtant pas son cœur alors qu'elle s'avançait sur le petit balcon adjacent à sa chambre. Elle était rentrée tôt ce soir, et l'aube ne pointerait pas avant plusieurs heures. La Lune était pleine, astre énigmatique parmi les étoiles étincelantes. En fait, elle paraissait presque triste.

Rin soupira. Non, les songes n'étaient que des songes. Sous ce vent calme de minuit, la ville du shogun lui semblait presque belle.
Rien ne pouvait l'atteindre, elle en était certaine.

C'est pourquoi quand une silhouette descendit brusquement du toit pour se poser sur son balcon elle manqua de pousser un hurlement. Mais une manche de kimono se posa sur sa bouche :

« Calme toi Rin, ordonna l'individu fermement.

La jeune courtisane connaissait cette voix. Sesshomaru-sama. Aussitôt, elle cessa de se débattre.
Un petit bruit se fit entendre alors que Jaken tombait lui aussi du toit, la tête la première.

- Sesshomaru-sama, Jaken-sama, que faites-vous ici ? Vous m'avez fait une de ces peurs ! S'exclama t-elle.

- Personne ne doit nous voir, lui répondit le démon en ouvrant la porte cloisonnée donnant sur sa chambre. Entrons.

Rin le suivit, sans poser de question. Jaken se releva derrière elle et rentra à son tour.
Sa chambre était petite, comme toutes les mansardes accordées aux courtisanes. Néanmoins, la jeune fille avait tentée de la décorer avec goût, entreposant les quelques cadeaux que lui avait offert des clients fortunés. Ici se trouvait un dessin de la main d'un grand maître peintre, et là un poème calligraphié venant de contrées lointaines que lui avait rapporté un marchand.

Sesshomaru se tenait au centre de la pièce, sans accorder aux lieux davantage d'intérêt. Tournant la tête vers l'entrée, il s'assura qu'ils étaient seuls avant de se retourner vers la courtisane.

- J'ai besoin d'un nom, lui demanda Sesshomaru. Celui d'un seigneur proche du shogun. Il était présent lors de la dernière réception. Pourrais-tu le trouver pour moi Rin ?

- On nous apprend à retenir les noms et les visages de tout les daimyos de la région, répondit la jeune fille en hochant la tête. Je peux trouver l'homme qu'il faut à Sesshomaru-sama si celui-ci me le décrit.

Jaken prit alors la parole :

- Sesshomaru-sama ne retient pas des choses aussi insignifiantes que l'aspect des humains ! Vous autres mortels vous vous ressemblez tous... Celui que nous cherchons a des poils sur le visage et …

- Cela s'appelle une moustache, suggéra Rin.

- Mais puisque je te dit que ce genre de détails n'a aucune importance ! Grogna le petit démon vert. Et il est euh... rond.

- Un homme moustachu et rond... réfléchit Rin. Proche du shogun... Est-il nerveux ?

- Nerveux ? Questionna Jaken.

- A t-il tendance à souvent transpirer et à avoir l'air constamment inquiet ?

- Hum, oui je suppose... On ne voyait pas bien dans les prisons il faisait trop sombre...

- Dans les prisons ? S'écria Rin. Sesshomaru-sama, que faisiez-vous dans les prisons ?

Le yôkai ferma les yeux, agacé. Jaken se recroquevilla d'un air terrifié.

- Cela n'est pas ton affaire Rin. J'ai sentie l'angoisse chez l'humain lorsque je l'ai aperçu. Il correspond à ta description.

- Alors cela doit être le daimyo Washibu, répondit la jeune courtisane à contrecœur. Le ministre des finances. Au vus de ses fonctions, il est souvent en contact avec le shogun. Il lui accorde d'ailleurs souvent ses meilleures courtisanes afin de le récompenser, mais le ministre est réputé comme étant quelqu'un de timide. Il ne passera la nuit avec une tayû que si celle-ci fait le premier pas vers lui.

Sesshomaru médita ces informations, paraissant longuement réfléchir. Hésitante, Rin reprit la parole :

- Puis-je savoir Sesshomaru-sama... pourquoi le recherchez-vous ? Je sais que vous ne souhaitez pas me mêler à vos affaires... Mais je tiens vraiment à vous aider. Peut être saurais-je me rendre utile ? S'il vous faut approcher Washibu je suis la personne toute indiquée...

- On ne veut pas l'approcher, ignorante, répondit Jaken. Quel intérêt de parler à un humain ? On veut lui voler la clé de... Aïe !

Cette fois, Sesshomaru l'avait assommé.

- Je peux m'en occuper également ! Rebondit Rin. J'ai été formé pour soutirer des informations aux hommes. Je pourrais lui subtiliser cette clé !

Elle dévisagea le yôkai, les yeux brillants. Elle avait enfin une occasion de défaire le shogun et d'aider Sesshomaru-sama ! Le désir de lui être utile, pour quelque besogne que ce fut, la brûlait toute entière. Elle voulait trouver sa place auprès de lui, lui devenir aussi nécessaire qu'il l'était pour elle.
Comme prise de fièvre, elle échafaudait déjà des plans afin de dérober la fameuse clé à Washibu, peu importe d'ailleurs où elle menait. Il lui faudrait obtenir un entretien seule à seule avec lui, ce qui ne devrait pas être trop difficile... Si elle se montrait suffisamment charmeuse, et laissait échapper quelques sous-entendus graveleux, le ministre se montrerait sûrement enthousiaste à l'idée de la voir en privé... Hatsumi l'avait bien formé, elle pouvait y arriver !

Mais tout ce que Sesshomaru-sama répondit fut :

- Non.

- Quoi ? S'exclama la jeune fille.

- C'est hors de question. Je refuse que tu participes à mes projets. Tu resteras en retrait jusqu'à ce que j'en ai terminé avec le faux seigneur.

- Mais pourquoi ? Objecta Rin. Pourquoi ne puis-je pas vous aider ? Vous pensez que je n'en suis pas capable ?

Le démon ne répondit pas.

- Je vous en supplie Sesshomaru-sama, persista la jeune fille. Ayez... ayez confiance en moi ! Je suis certaine que j'en suis capable, et je veux absolument pouvoir vous aider... Je ne vous décevrez pas, vous verrez !

- Je refuse que tu te donnes en spectacle Rin, répliqua Sesshomaru d'un ton sans appel. N'insiste pas.

La courtisane baissa les yeux, contrôlant ses larmes. C'était tellement injuste ! Pour une fois qu'elle avait l'opportunité de servir Sesshomaru-sama, d'être son arme... C'était tout ce qu'elle demandait. Devenir l'épaule, l'outil sur lequel il pouvait compter. Elle ne réclamait rien d'autre !
Elle serra les poings, prête à repartir à l'attaque, quand Sesshomaru reprit la parole. Sa voix était calme, et la jeune fille leva la tête, surprise :

- Te voir ainsi me fait penser à cette femme. Je n'aime pas ça.

Rin pencha la tête sur le côté. Cette femme ? De qui parlait-il ?
Voyant que la courtisane ne comprenait pas, Sesshomaru se tourna vers les shôjis d'où filtraient des rayons de Lune, puis poursuivit :

- La seule personne que je n'ai jamais voulu vaincre était mon père, Inu No Taisho, car il était le yôkai le plus puissant au monde. Mais sa force se brisa le jour où il tomba amoureux d'une humaine.

Rin connaissait cette histoire. Sesshomaru-sama et Inu-Yasha-sama avaient le même père, mais pas la même mère. La courtisane se souvenait de la démone au longs cheveux blancs, si semblables à ceux de son fils. Elle se demanda alors à quoi pouvait bien ressembler la mère d'Inu-Yasha, la princesse d'une vaste région. Cela devait être quelqu'un d'exceptionnel pour qu'un démon tel qu'Inu No Taisho s'intéresse à elle.

Sesshomaru continua, le visage sévère :

- Il s'est ramolli, et cette humaine ainsi qu'Inu-Yasha lui ont apportés une mort minable. Lui, la seule personne que j'avais toujours aspiré à affronter... Éliminé comme un faible. Il était plus fort que n'importe quel yôkai, un être invincible comme on en voit jamais... Et il a été abattu de manière misérable. Il méritait mieux.
A sa mort, j'ai voulu détruire les insectes qui l'avaient amenés plus bas que terre. Je voulais voir de mes propres yeux à quel point ils étaient pitoyables. Alors, je me suis rendu là où vivait cette femme.

Rin observait le yôkai, le regard toujours fixé vers le dehors. La jeune fille avait toujours su qu'il existait une rivalité entre Sesshomaru-sama et son frère, mais aussi loin que remontait ses souvenirs, ils s'étaient constamment battus pour le sabre Tessaiga. Selon Jaken-sama, Sesshomaru-sama n'avait hérité que du Tenseiga, le sabre de résurrection, mais qui était peu utile au combat, alors qu'Inu-Yasha-sama, qui n'était qu'un hanyou, avait obtenu l'arme la plus puissante. Le petit démon vert lui avait décrit cette situation comme injuste, sans compter qu'Inu-Yasha n'était pas digne de maîtriser un tel arsenal.

Ce que elle en pensait... cela avait toujours été confus. Rin ne détestait pas Inu-Yasha-sama, ainsi que Kagome. Elle dirait même qu'elle s'était prise d'affection pour eux, car ils l'avaient toujours bien traité. Mais sa fidélité était, et irait toujours, à Sesshomaru-sama. Alors même si ses combats contre son frère la laissait souvent perplexe et mal à l'aise, elle le suivait. Car les raisons de Sesshomaru-sama ne regardait que lui seul, et s'il décidait d'éliminer quelqu'un, son jugement n'avait pas à interférer. Elle ne remettait jamais en cause les choix de son seigneur.
Pourtant, la facette qu'il lui dévoilait ce soir paraissait aller plus loin que l'ambition d'une simple épée. Sesshomaru-sama parlait peu de lui, ou de sa famille, mais il avait toujours mentionné son père avec beaucoup de respect.

- Je l'ai trouvé en train d'allaiter son enfant, reprit la voix du yôkai. Il parlait d'un ton calme et sans émotion, mais Rin savait que chaque phrases contées ce soir n'avaient jamais été prononcées auparavant. Ce stupide hanyou, né du sacrifice d'Inu No Taisho et qui osait porter son sang. Elle avait un kimono aussi coloré que le tiens, des longs cheveux noirs comme les tiens et une expression calme... comme la tienne.

Sesshomaru tourna la tête vers elle :

- Elle regardait son fils, cette abomination, comme si c'était la plus belle chose au monde. J'ai voulu les tuer, tout les deux. Mais je ne l'ai pas fait. Des gardes sont arrivés, et je suis retourné sur mes pas. Puis le temps a passé, la femme est morte, et son imbécile de fils a grandi. La suite, tu la connais. J'ai cherché une puissance autre que celle de mon père, j'ai appris à maîtriser le Tenseiga, Naraku fut vaincu... Puis tu fus enlevé.
Lorsque le kekkai a été brisé il y a quelques semaines, et que tu as été griffé... je t'ai dit que je ne t'avais pas reconnu. La vérité, c'est que je t'ai pris pour cette femme. L'odeur était différente, mais physiquement, tu étais son sosie. C'était bien la première fois que mon flair me donnait une information, et mes yeux une autre. Alors j'ai agis instinctivement, et je t'ai blessé. C'est après seulement que j'ai compris qu'il s'agissait de toi. Depuis, j'ai plusieurs fois vus des similitudes entre toi et cette femme. Et quand tu agis en courtisane, que tu chantes ou tu danses, tu lui ressembles encore plus.

Il retourna à la contemplation de la Lune à travers les parois branlantes tandis que Rin assimilait cette information. Fermant les yeux, elle murmura :

- Vous vouliez qu'il sois fier de vous, n'est-ce pas ?

Sesshomaru la dévisagea. La jeune femme poursuivit :

- Votre père. Vous le respectiez beaucoup. C'est pour ça que vous êtes si en colère contre Inu-Yasha-sama. Et c'est aussi pour ça que vous souhaitiez tant le battre. C'était pour qu'il vous reconnaisse enfin, lui qui était si fort. En le surpassant, vous désiriez montrer à tous que vous étiez son digne fils. Plus que ça, vous désiriez le LUI montrer. Et maintenant qu'il n'est plus, vous voulez vous constituer un empire... car cela fait en quelque sorte durer votre combat contre lui, pas vrai ? Comme s'il n'était jamais parti.

Le démon écarquilla les yeux, interdit. Que disait-elle ?
Rin lui sourit :

- Je suis certaine qu'il aurait été heureux de voir ce que vous êtes devenus. Et... je suis désolée de rappeler à Sesshomaru-sama de mauvais souvenirs. Est-ce que... cela vous indispose ? »

La jeune fille baissa la tête, attendant sa réponse. En la voyant ainsi, calme et immobile, le démon se rappela pourquoi il avait tant hésité à aller la sauver, il y a cinq ans. Pourquoi il avait tant tardé à attaquer la cité, sans mobiliser toutes ses forces.
Parce qu'il savait que les choses changeraient avec Rin à partir du moment qu'elle serait devenu une femme. Il savait que la petite fille qui le suivait partout finirait par le connaître, s'habituer à lui, jusqu'à être en mesure de lui lancer d'odieuses vérités comme elle venait de le faire à l'instant.

Il se serait accommodé de sa présence, de sa personne, jusqu'à ce qu'elle finisse par mourir. Car c'était là chez les humains une fatalité. Alors, quand elle avait été kidnappée, le yôkai avait vu ça comme une aubaine. Pour un démon, le temps ne fait que raser sa route, pas l'entraver. Qu'il ne revoit plus Rin maintenant, ou dans quelques années, pour lui c'était du pareil au même. Au fond, peut être même que son enlèvement l'arrangeait. Pas d'au revoir, pas de perte ou de renoncement. C'était plus simple. Et puis, cela lui permettait de garder à jamais dans son esprit l'image de la petite fille gambadant à ses côtés, sans que rien d'autre ne vienne la modifier.

Seulement, Sesshomaru avait dû admettre l'évidence au bout de quelques mois : l'absence de Rin le perturbait peut être davantage que sa présence. Le yôkai avait retardé l'échéance, mis le moins de volonté possible à la rechercher, car cela avait été un choc.

De découvrir qu'il était lié à quelqu'un.

Le démon ferma les yeux, comme pour évacuer toutes ces pensées de son esprit. Puis il se leva, sous le regard inquiet de Rin. Posant doucement une main sur sa tête, il déclara :

« Ne fait rien sans que je t'en donne la permission. »

Et il parti, abandonnant Jaken. Rin le regarda s'éloigner dans le couloir sombre, jusqu'à ce que ses yeux soient dans l'incapacité de distinguer sa silhouette.
Sesshomaru-sama n'avait pas répondu à sa question. Elle ne savait pas ce qu'elle devait en déduire : le rebutait t-elle ? Avait-il une impression désagréable à chaque fois qu'il la regardait ?

La courtisane l'ignorait. Et au fond, c'était bien le dernier de ses problèmes. Elle n'était pas crédule, et savait qu'à l'inverse de Sesshomaru-sama elle s'éteindrait quand les dieux auraient estimés son heure venue. Mais d'ici là, elle voulait profiter de chaque minute qui lui été accordé pour être auprès de lui.
Sauf que son vœu ne serait jamais accompli dans cette cité. Si elle voulait être libérée de la charge de courtisane, il lui fallait se défaire du Maître.

Même si pour cela, elle devait désobéir à Sesshomaru-sama.

Oo

Trois jours passèrent, sans nouvelles de Sesshomaru-sama. Rin s'était attelé à en apprendre plus sur le ministre Washibu.
Ce dernier avait quitté la ville le lendemain même de sa conversation avec le yôkai, et était attendu dans la soirée au palais. Ainsi donc, impossible de dérober quoi que ce sois durant son absence.

Mais ce n'était pas un problème, loin de là. Les retours de ministre faisaient toujours office de célébration, et quoi de mieux qu'une fête pour se rapprocher de Washibu ? Avec le voyage et ses trois jours d'affaires, toutes les courtisanes seront aux petits soins pour lui. Il n'apparaîtra absolument pas suspect à ce que Rin fasse de même.
Elle avait donc mis à profit ces quelques journées de liberté pour en apprendre plus sur son client. Washibu était un homme minutieux, mais terriblement pataud. Si les longues listes et les calculs lui était familiers, sortis de là le pauvre homme était complètement perdu. En soirée, il bavardait peu, se contentant d'observer l'assemblée de ses petits yeux et de boire.
Bon nombre de tayûs avaient tentés d'obtenir ses faveurs – après tout une part de l'argent de la ville retombait dans ses poches – mais Washibu était aussi à l'aise sur un lit qu'il l'était parmi la foule, autrement dit : il était présent, mais il ne fallait pas compter sur lui pour prendre des initiatives.

Pas que les courtisanes ne savent pas gérer ce genre de choses. Si la figure d'un homme vous demeure mystérieuse, faite confiance à son corps pour le trahir. Cela dit, ça ne rendait pas la chose plus agréable pour autant et les tayûs préféraient en général s'attaquer à des proies plus simples à analyser.

Ce soir, ce luxe ne serait pas accordé à Rin. Elle avait bien l'intention de montrer à Sesshomaru-sama ce dont elle était capable, même si en contrepartie elle devait s'éclipser avec le ministre.

Lorsque la journée arriva à son terme, la jeune courtisane se prépara. Elle enfila un kimono bleu foncé, recouvert de petites perles dorées. On aurait dit un ciel de nuit étoilé. Le col était rouge et miel, tout comme son obi. Elle avait attaché ses cheveux en chignon recouvert de mains ornements notamment des fleurs rouges et roses, ainsi qu'un peigne de nacre. Seules les mèches de devant retombaient librement sur ses épaules.

Elle suivit ses consœurs jusqu'à un salon, plus petit que celui où s'était déroulé la première célébration. Les aristocrates étaient déjà présents, et l'arrivée des courtisanes fut salué par de grandes exclamations. Néanmoins, si celles-ci étaient joyeuses, l'enthousiasme des hommes paraissait exagéré, simulé.

Une fois à l'intérieur de la pièce, Rin fut plongé dans la perplexité : le siège du shogun était vide. Il n'était pas rare que le Maître ne participe pas à une fête, par obligation ou par désintérêt, mais le retour des ministres était une festivité plus importante que les autres. Ces représentants étaient essentiels pour la gestion de la cité, et ne pas les recevoir pouvait être interprété comme une grave insulte.

Cependant, ce n'était pas l'absence du shogun qui semblait inquiéter les nobles, mais plutôt l'invité s'étant rajouté à la dernière minute.

En effet, Rin aperçut Jaken et Sesshomaru-sama installés au fond de la pièce, et elle comprit alors le malaise apparent. Personne, parmi les proches du shogun, ne pensaient avoir à subir le yôkai en dehors des fois où le Maître imposait sa présence. Il évitait les humains par mépris, tandis que eux le fuyait par peur. Alors que faisait-il ici ce soir ? La plupart des invités lui envoyait des regards curieux ou effrayés, voir carrément courroucés.

Rin grimaça : si Sesshomaru-sama était là, ça allait compliquer sa mission. Charmer Washibu était déjà une tâche malaisée, mais flirter avec lui sous les yeux du yôkai... Il allait immédiatement comprendre ce qu'elle avait en tête.
Elle aurait dû s'y attendre. Sesshomaru et elle avait le même objectif : voler la clé. Tout comme la courtisane, il désirait sûrement profiter de la soirée afin de menacer le ministre et lui subtiliser le précieux objet. A moins qu'il ait simplement l'intention de l'assassiner.

« Je suis navrée Sesshomaru-sama, pensa Rin, mais j'aurais agis avant que vous ayez mis votre plan en œuvre . »

Alors que les différents invités s'asseyaient, Rin s'agenouilla près du ministre en compagnie de deux autres tayûs. La première essaya d'entamer la discussion avec l'intendant, mais devant son mutisme, elle abandonna. Discrètement, Rin lui rempli un verre de saké et le lui tendit. Il serait plus simple de vaincre la volonté de Washibu si celui-ci était enivré.

Les hommes commencèrent à jacasser, racontent leur voyage avec grande force de cris et de gestes. Les courtisanes, en bonnes spectatrices, savaient quand prendre un air terrifié, ou quand battre des mains d'un air ravie.
Le ministre, lui, ne disait rien. Cependant, il buvait à un rythme soutenu et ne cessait de tendre son verre à Rin afin qu'elle le resserve. Docilement, la jeune fille s'exécutait.

Quand les autres aristocrates eurent finis de conter leurs aventures – une simple transaction dans la cité voisine, mais qui soudainement prenait l'allure d'une épopée – une tayû se proposa de les divertir et se mit à danser. C'était un spectacle émouvant, racontant l'histoire d'une femme accueillant son mari à la maison après des années d'absence. Les gestes de la courtisane étaient très beaux, mais rares furent ceux qui en saisirent le sens.
Quant au ministre, il ne se donnait même pas la peine de regarder. En fait, il commençait à vaciller. Le bras tremblant un peu, il demanda un énième verre à Rin, tombant à moitié sur elle. La jeune fille décida de passer à la seconde étape de son plan.

Relevant sa manche de kimono, elle dévoila sa peau blanche qu'elle plaça pile sous le nez de Washibu, tout en faisant mine de lui remplir sa chope. Le ministre contempla son bras dont la pâleur ressortait grâce aux lumières vives du petit salon. Lorsqu'il releva les yeux, observant son visage pour la première fois depuis le début de la soirée, Rin lui accorda un petit sourire. Il déglutit.

La jeune fille sentit l'adrénaline la traverser : ça marchait ! Lorsqu'elle lui remit son verre, elle fit exprès de laisser un peu traîner ses doigts sur la coupe, de sorte à effleurer la main de Washibu. Une fois la chope reprise, elle retourna à la contemplation du spectacle, mais elle sentait désormais les coups d'œil frénétiques que l'aristocrate lui envoyait.

Il n'était pas le seul : Sesshomaru l'observait également, les sourcils froncés. Lorsqu'elle croisa son regard, la jeune fille tourna la tête et s'obstina à l'ignorer, chose facilitée par Washibu qui souhaitait la faire boire à son tour.

Le reste de la soirée se passa ainsi, Rin continuant son petit jeu avec le ministre. Celui-ci était déterminé à la rendre aussi ivre que lui, mais la jeune femme vidait son verre dans la bouteille de saké à chaque fois qu'il lui remplissait sa chope. L'aristocrate était dans un tel état qu'il ne remarquait rien.

Minuit passa bientôt, et Rin vit Sesshomaru commencer à détailler plus précisément le ministre. Il n'allait pas tarder à agir.
La plupart des invités avaient la figure rouge, d'autres jouaient avec des courtisanes. Si Rin s'éclipsait avec Washibu, Sesshomaru-sama les suivrait. Il leur fallait faire un départ remarqué pour que le yôkai ne puisse quitter le salon immédiatement après eux.

Alors, elle eut une idée.

Se mettant soudainement debout, Rin prit un air confus. Elle entama de sautiller d'un pied sur l'autre, puis lança :

« Écoutez moi tous !

Tout les hommes levèrent les yeux vers elle. Sesshomaru-sama et Jaken s'étaient figés, intrigués.

La courtisane fit un petit sourire malicieux. Rendant intentionnellement ses gestes maladroits, elle commença à défaire son obi, dont elle fit tourner l'extrémité en un geste ample du poignée :

- Il fait drôlement chaud ici, poursuivit-elle en essayant de prendre une voix pâteuse, vous ne pensez pas que je devrais me débarrasser de tout ça ?

Elle se déplaçait parmi les convives à présent, qui la regardait d'un air avide. Certains s'amusèrent même à la siffler. Retirant son obi, Rin le lança sur les plaisantins. Des exclamations retentirent alors que le kimono de la jeune femme n'était à présent retenu que par une mince ficelle.

Elle lança une œillade autour d'elle, se mordit la lèvre. Les hommes, hilares, applaudirent et réclamèrent davantage.
Sesshomaru-sama paraissait furieux à présent, et quand Rin croisa son regard, elle y vit de la colère.

« Je refuse que tu te donnes en spectacle. » Elle était en train de faire précisément l'inverse de ce qu'il lui avait ordonné.
Pendant une fraction seconde, la jeune fille fut tenté de retourner s'asseoir, d'obéir à son seigneur et de le laisser faire. Mais la victoire était à porté de main, elle le sentait. Sesshomaru-sama pourrait être furieux contre elle autant qu'il le lui plairait une fois que la clé serait en sa possession.

Alors Rin fit basculer la manche de son kimono, laissant apparaître son épaule.

- Qui veut en voir plus ? Demanda t-elle d'un ton taquin.

Les hommes se mirent à crier : « Moi ! Choisissez moi ! », et la courtisane s'amusa à faire le tour de la pièce, s'arrêtant devant chaque invité d'un air songeur.

D'un coup, elle se retourna vers le ministre Washibu, qui à l'inverse de ses collègues ne hurlaient pas. Cependant, il buvait littéralement la jeune femme des yeux, comme hypnotisé.
C'est pourquoi Rin s'avança vers lui d'un pas assuré, plongeant son regard dans le sien.

Washibu laissa tomber sa tasse. Victorieuse, Rin déclara :

- Ce sera toi. »

Fin du chapitre

Qu'en avez-vous pensé ? Trouvez-vous cette analyse de Sesshomaru fidèle à la réalité ? N'hésitez pas à me faire part de votre avis. Et n'oubliez pas qu'une review c'est comme du carburant ! Ça donne une pêche d'enfer !

Bien à vous jusqu'à la prochaine fois.

Disclaimer : les personnages de Rin, Kaede, Sesshomaru et Jaken appartiennent à Rumiko Takahashi. Les autres viennent directement de mon imagination.