Qui-Gon se rendit à la grande salle pour le petit déjeuner, et se demanda ce qu'il risquait d'entendre ce matin là. Il avait été réveillé au beau milieu de la nuit par une décharge inhabituelle de Force, même D8 l'avait senti…
Hilare, il écouta attentivement les conversations dans les couloirs et la grande salle : apparemment, un fantôme avait mis sens dessus-dessous le dortoir des garçons de Gryffindor. Pas seulement celui des premières années, mais tout le dortoir des garçons ! Rien n'avait été volé, mais tout avait changé de place ! Même les élèves, qui s'était parfois réveillés sur la moquette ou dans le lit d'un autre, toutes les affaires avaient été mélangées… Les elfes en étaient d'ailleurs terrorisé, et ne voulaient plus aller nettoyer…
Il attrapa le regard du jeune Longbottom et lui fit un franc sourire derrière son bol de thé. Le garçon rougit et tenta de se cacher derrière sa tartine…
Si le garçon acceptait d'être formé, et Qui-Gon n'avait absolument plus aucun doute sur ce point, il se donnait jusqu'au vacances de Noël avant de prévenir le Conseil… Jusqu'à la fin des vacances de Noël… Il savait que Neville allait rentrer chez lui à cette période, et de son état d'esprit à son retour allait dépendre sa destinée…
Qui-Gon avait terminé son petit-déjeuner depuis longtemps maintenant, et il était à son bureau, comme convenu, à attendre le jeune Longbottom. Il savait d'ailleurs pertinemment que le jeune Longbottom en question était planté derrière la porte et hésitait à entrer, mais il n'allait certainement pas lui faciliter les choses… Si il devait devenir Jedi, il devait apprendre à ne pas se laisser arrêter par une simple porte…
Qui-Gon entendit finalement un long soupir et le garçon entra sans frapper.
-Vous saviez que j'étais la, n'est ce pas ?
-Effectivement, je t'attendais. Du thé ? Il vient de Tatooine…
Neville ouvrit des yeux curieux. Il se demandait quel goût pouvait bien avoir le thé d'une autre planète…
-Assied-toi, lui dit Qui-Gon.
Neville s'exécuta. Il observa le Jedi qui préparait le thé sur un petit réchaud.
-Il me faudra renoncer à la sorcellerie, n'est ce pas ?
Qui-Gon fronça les sourcils.
-Pas forcément complètement. Je n'ai pas assez connu ton grand-père pour savoir comment il se débrouillait, mais, comment dire… Eh bien tu vois Neville, la magie est quelque chose qui n'existe que sur Terre… A l'inverse, la Force existe dans tout l'Univers, donc…
-Donc la magie est inefficace sur quelqu'un qui maîtrise la Force, termina Neville.
-Tout à fait. Ou alors, elle ne le sera que sur son corps physique, ses capacités mentales, physiques, intellectuelles ou magiques ne seront pas affectées… Comme je n'ai jamais été confronté à cette question avant, je ne peux te dire si tu pourrais utiliser la magie pour les usages habituels, dans un autre monde… Ça vaut le coup d'essayer à mon avis, mais si le monde en lui même n'est pas magique, je pense que cela pourrait ne pas marcher…
Neville hocha la tête. C'était logique. Il comprenait. Il soupira.
-Monsieur ?
Qui-Gon cessa de s'affairer autour de son réchaud et se tourna vers lui. Une délicate odeur d'herbe fumée commençait à envahir la pièce…
-Oui ?
-Il me faudra renoncer à ma famille, n'est ce pas ? A mon nom, à mon titre… Et à ma future famille…
Qui-Gon se tourna vers lui d'un air grave.
-Oui.
Neville rougit un peu.
-Est-il vraiment nécessaire de rester chaste ?
Qui-Gon rit légèrement.
-Tu me rappelle mon ancien Padawan. Pourquoi poser une question dont tu connais déjà la réponse ? C'est pourtant toi qui a vu la vérité dans mes paroles, pas Malfoy…
-Malfoy ne voit l'hippogryphe dans le couloir que si il est couvert de gallions… Grommela-t-il.
-Jolie comparaison. Cependant, tu as raison. La chasteté n'était nécessaire que sous l'ancien Ordre Jedi. Tu peux te marier sous le nouveau, ce n'est simplement pas notre choix à Obi-Wan et moi… En revanche, tu devras réellement te détacher de tes sentiments Neville… Je me suis renseigné sur ce qui est arrivé à tes parents…
Neville fronça les sourcils alors que Qui-Gon lui servait une tasse de thé.
-Pourquoi cela ?
-Parce que j'ai senti la Force en toi dès que nous nous sommes croisés dans le Hogwarts Express, mais que j'ai aussi senti ta colère, ta haine et ton désarroi. Tu devras te débarrasser de tout ça… Pire, tu devras pardonner…
Neville repensa à ses parents, délirants sur leur lit d'hôpital, si fou qu'ils le reconnaissaient à peine… Puis, il repensa à Bellatrix Lestrange, et la Haine l'envahit...
-Je ne suis pas sur que cela soit possible, énonça-t-il d'un air sombre…
Qui-Gon prit une gorgée de son thé, et Neville se rappela de l'existence de sa propre tasse. Il prit une gorgée du breuvage et un délicat goût sucré d'herbe et de fumée envahit son palais.
-Neville, qu'est pour toi Bellatrix Lestrange ? Demanda Qui-Gon.
-Une folle, répondit automatiquement le garçon.
-Pourquoi ?
-Parce qu'elle a suivit Voldemort et qu'elle prends plaisir à tuer.
-Pourquoi ?
-Parce qu'elle est…
-Folle ? Compléta Qui-Gon, tu as une vision bien étroite de ce qui est peut être la réalité…
Neville reprit une gorgée de thé et fronça les sourcils.
-Neville, est ce que pour toi la torture et le meurtre peuvent avoir une légitimité ?
Neville fronça de nouveau les sourcils. Décidément, ça lui arrivait souvent depuis qu'il avait rencontré ce Jedi…
-La torture, jamais. Le meurtre…
-Tu veux dire, par exemple, pour protéger ta famille ?
-Par exemple…
-Imagine, Neville, que tes parents aient menacé la famille de Bellatrix, est ce que leur meurtre aurait été légitime ?
Neville ouvrit la bouche, et la referma. Non. Dans tous les cas, c'étaient ses parents. Leur meurtre ne pouvait pas être légitime…
-Maintenant, Neville, imagine qu'il y ait quelqu'un que tu adore… Quelle qu'en soit la raison, tu es fou de cette personne, tu es prêt à faire n'importe quoi pour elle… Si elle te demande de tuer quelqu'un, le feras-tu ?
-Bien sûr que non ! S'exclama Neville, horrifié.
-C'est ton toi actuel qui répond. Essaye de te mettre en condition. Il y a cette personne que tu adore et que tu idolâtre plus que tout au monde. Elle te demande de tuer quelqu'un, que fais tu ?
Neville y réfléchit un long moment. Son visage se crispait, ses sourcils se fronçait, comme si son cerveau était arrivé à une conclusion que son esprit ne voulait pas admettre… Finalement, il s'avoua vaincu.
-Je tue cette personne, murmura-t-il en baissant la tête.
-Le fait que tu adore cette personne, qui t'as demandé de commettre cet acte si horrible, rend-il ton acte légitime ?
Neville fronça une nouvelle fois les sourcils et se remit à réfléchir.
-Pour les proches de la personne que je tue, non, jamais. Mais pour moi, oui…
Qui-Gon reprit une gorgée de son thé pendant que Neville restait silencieux.
-Neville ? Appela Qui-Gon.
-Oui ? Répondit le garçon en relevant la tête.
-Et si Voldemort était une personne que Bellatrix idolâtre ?
Neville grimaça.
-Je vois. Le meurtre n'est jamais légitime n'est ce pas ? Il ne tient qu'à nous d'infliger de la souffrance ou non, et si nous le décidons… Il n'y a que nous pour décider si ce que nous faisons est bien, ou mal… Bellatrix n'est pas responsable de sa folie, et elle considérait probablement ses actes comme légitimes… Donc je dois lui pardonner...
Qui-Gon faillit lâcher sa tasse, tant il était impressionné…
Il comptait simplement mettre le garçon sur le long chemin du Pardon, il ne pensait pas qu'il irait aussi loin dans son analyse…
Neville rougit de voir le Jedi si abasourdi. Avait-il vraiment été si bon dans sa réponse ? En réalité, Qui-Gon l'avait mis face à une vérité qu'il refusait d'accepter depuis longtemps. Il n'avait jamais vu Bellatrix Lestrange, mais l'état lamentable de ses parents lui en disait assez. Comment quelqu'un pouvait-il infliger une telle souffrance sans être complètement fou ? Sans souffrir soi-même ? Neville ne savait pas si Bellatrix était amoureuse de Voldemort ou le voyait comme un Dieu et il n'en avait rien à faire… Elle avait tué, torturé, elle avait agi au nom de son Seigneur et n'en éprouvait apparemment aucun remord… C'était d'ailleurs ça qui était le plus difficile à accepter, mais si elle avait agit au nom de son Dieu, comment, pourquoi aurait-elle du s'en vouloir ? Elle était juste folle, folle à lier, probablement autant que Voldemort…
Neville soupira et se dit qu'il devait vraiment apprendre à bloquer ses pensées, car maintenant qu'il était plus fortement connecté à sa Force, il ressentait celle du Jedi, qui, par moment, se mélangeait à la sienne… Pourtant, ce n'était pas réellement invasif, intrusif… Cela l'était pour l'instant, mais c'était comme si Qui-Gon faisait plus cela par habitude que par dessein. Les Jedi partageaient-ils tous leur pensées ? N'avaient-ils aucun secrets les uns pour les autres ?
-Chacun a et aura toujours ses secrets. Après, bien sûr, il y a les secrets que l'on cache volontairement, et ceux que l'on laisse échapper par erreur… Il y aussi ceux qui ne sont pas vraiment des secrets, mais que par respect, on choisit d'ignorer… Les premiers concernent nos missions, ou le Côté Obscur… Ce n'est d'ailleurs jamais bon lorsque des missions nous conduisent à cacher nos pensées à nos collègues… Cela signifie que nous en espionnons un, que nous le soupçonnons de cacher des informations, et donc, de se tourner vers le Côté Obscur, ou bien nous le soupçonnons, à un moment ou à un autre, d'avoir violé nos règles. De s'être marié, par exemple. Ou bien d'avoir abattu un ennemi par plaisir…
-Et les deux autres sortes ? Demanda Neville.
-Ces deux sortes se rejoignent. Crois-tu, par exemple, que personne ne sache que je suis amoureux de mon premier Padawan ? Que Obi-Wan est amoureux de moi ? Que nous avons échangé un baiser autrefois ?
-Vous vous aimez d'un amour partagé ?
-Bien sûr. Et cela fait partie des secrets que nous n'avons jamais cachés. Parce que lorsque nous nous sommes enfin avoué nos sentiments, nous avons tous les deux su qu'il ne serait jamais question d'une relation…
-Pourquoi ? Demanda Neville, n'aviez-vous pas envie d'être heureux.
-Bien sûr que si, mais nous étions des Jedi, Neville. Enfin, moi, j'étais un Jedi. Lorsque je me suis rendu compte de mes sentiments, il n'était qu'un Padawan, et il l'était d'ailleurs toujours lorsque lui s'est rendu compte des siens… J'étais à deux doigts de mourir, et il m'a sauvé la vie de justesse. A peine avais-je repris pied sur la terre ferme, qu'il a fondu en larmes dans mes bras en disant qu'il ne voulait pas me perdre… Au terme de sa crise de larme, lorsque j'ai compris qu'il pleurait parce qu'il éprouvait pour moi les mêmes sentiments que j'avais pour lui, je lui ai fait comprendre que je ne le quitterais jamais et que je vivrais pour lui en le consolant d'un baiser… Mais il était déjà un Jedi dans son cœur. Nés avec la Force, Neville. Nés pour protéger ceux qui ne l'ont pas, nés pour protéger la Liberté… Nés pour souffrir aussi, mais une fois que tu as commencé, peux-tu abandonner ?
Neville y réfléchit un moment, puis il répondit.
-Non… Ce n'est pas seulement une Voie, pas un simple chemin de vie… C'est un Devoir…
-Exactement Neville… Si tu t'engage dans cette voie, tu dois bien comprendre ça… La Force, en te choisissant, t'a confié une mission : celle de la servir… Fait le Bien, fait le Mal, c'est à toi de choisir… Et aussi stupide soit cette phrase, elle est vraie : il faut de tout pour faire un monde, Neville. Le monde, c'est l'Équilibre. Peut importe le chemin que tu choisiras, tu trouveras toujours des alliés, et des ennemis, et tôt ou tard, ton destin s'accomplira, et tu mourras après avoir vécu ce que tu avais à vivre… Après avoir fait ce que tu devais faire...
Neville soupira.
-Je suppose que quelque part, c'était aussi le cas pour mon grand-père, mais il n'en semblait pas heureux…
-Qui sait, peut être lui aussi a-t-il laissé derrière lui une personne qu'il aimait… Et en plus, pour trouver une femme terre à terre qui le tenait en piètre estime, d'après ce que tu m'as dit…
Neville haussa les épaules.
-Plutôt, oui… C'est ce que j'ai compris… Les autres Jedi ferment les yeux parce qu'ils sont comme vous, n'est ce pas ?
-Neville, de toute ma vie, de tous mes voyages, je n'ai jamais rencontré d'homme ou de femme sans cœur… Le plus proche en serait probablement l'Empereur, ou mieux, les clones sans sentiments qui constituaient son armée… Mais c'est son cœur qui a conduit Anakin du Côté Obscur, son cœur tourmenté par l'Amour et rongé par la Haine… Même Maître Yoda, du haut de ses neuf cent ans, n'a pas pu ne jamais aimer à mon avis... J'en suis même sûr...
Ils burent un instant leur thé en silence, laissant leur pensées remplir la pièce comme la vapeur de leurs tasses, tenter de démêler les mots… Et puis finalement, Neville demanda.
-Monsieur ?
Qui-Gon se tourna vers lui.
-Oui ?
-Pourquoi vous êtes là en fait ?
