Chapitre 10 : Départs et Nouveaux Commencements
Les Cat's Eye revoyaient leur plan une dernière fois. L'affaire du soir même n'avait rien de compliqué, mais Quentin commençait à devenir intelligent en tant qu'inspecteur et ça ne coûtait rien de refaire les vérifications d'usage une fois de plus. D'autre part, la coéquipière de Quentin, l'inspecteur Assaiya devenait aussi de plus en plus coriace. C'est pourquoi, cette fois là elles avaient décidé de brouiller les pistes en s'enfuyant chacune de son côté alors que le butin était caché sous le nez des policiers et ceci demandait une certaine coordination.
Le plan se déroula sans accros et comme prévu elles disparurent dans la nuit chacune dans une direction différente. Au bout de plusieurs minutes de bonds et sauts sur les toits de la ville, Sylia se rendit compte qu'elle se trouvait à peu près là où Ryô, quatre ans plus tôt, l'avait poursuivit en lui proposant de faire mokkori avec lui. Le soir où chacun avait apprit la vérité sur l'autre. Ce souvenir lui tira un sourire, aussi lorsque la voix de Ryô retentit dans la nuit, la voleuse pensa qu'elle appartenait à sa rêverie. La détonation qui suivit la ramena brutalement dans l'instant présent. Tapis dans l'ombre et restant à couvert la jeune femme rampa jusqu'au bout du toit. Les bruits provenaient de l'impasse quelques mètres plus bas. Plusieurs hommes étaient à terre, inconscient pour certains, morts pour d'autre. Il ne restait que trois personnes debout : Ryô de face, un homme dont elle ne voyait que le dos, mais devinait à sa position qu'il tenait une arme blanche et une femme prisonnière cet homme dont la respiration saccadée par la peur s'entendait depuis le toit. Ryô tenait l'homme en joug.
« Je t'ai dit de lâcher ton arme ou je la tue ! Lança l'homme à l'attention de Ryô. »
Ce dernier parut réfléchir juste le temps d'évaluer ses chances de sauver la femme, puis il jeta son arme sur sa droite, derrière l'homme.
Sylia s'apprêtait à descendre lui donner un coup de main, tout en sachant qu'il ne le lui pardonnerait certainement jamais de s'être mise en danger, lorsqu'elle distingua un mouvement provenant de derrière Ryô. Quelqu'un bougea de façon imperceptible derrière lui, et tout à coup elle aperçut le reflet d'un canon de révolver. D'un mouvement vif elle se déplaça sur la droite et saisit une carte dans la petite poche du tissu enroulé autour de sa taille. La carte fusa sur la main du nouvel arrivant qui émit une exclamation de douleur lorsque le papier trancha sa peau. Ryô fit volte face en se mettant à genoux, prit au sol la capsule de bière qu'il avait repéré et la lança vivement au front du nouvel arrivant. Sous le choc ce dernier tomba sur le sol s'assommant aussitôt. Le premier homme, prit complètement au dépourvu, sembla resserrer sa prise sur la femme. Une nouvelle carte traversa l'air et vint heurter sa nuque. A son tour il cria, puis lâcha sa prisonnière pour porter la main là où la carte l'avait frappé tout en se tournant pour essayer d'identifier l'origine de cette attaque. La femme profita de ce moment de flottement pour partir en courant vers là où se trouvait Ryô quelques secondes plus tôt. Celui-ci venait de faire un roulé boulé au sol pour récupérer son arme. Avant que le truand ait eut le temps de se retourner, Ryô lui logea une balle dans chaque épaule. Deux balles précises sans pour autant être mortelles. L'homme hurla, lâcha son couteau et tomba à genoux au sol. Ryô s'approcha, écarta le couteau d'un coup de pied et assomma l'homme avec la crosse de son révolver. L'homme tomba face contre terre, tandis que du sang s'échappait de ses blessures. Les yeux de Ryô se posèrent sur le petit papier blanc qui avait frappé l'homme. Il s'approcha pour le ramasser : en voyant le logo il releva les yeux vivement vers le haut des bâtiments qui les entouraient, à la recherche d'une des voleuses.
Sylia qui observait toujours la scène tapis dans l'ombre, s'assura que la femme regardait ailleurs puis se redressa. Ryô tourna la tête sur sa droite et vit la silhouette se détacher contre le ciel sombre. Il sourit puis lui adressa un signe de la main. Elle lui rendit son signe puis sauta sur un toit et s'évapora dans la nuit.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? Demanda enfin la cliente qui depuis vérifiait que l'autre homme était bien assommé.
Ryô récupéra discrètement la seconde carte qu'il dissimula dans sa poche avec l'autre puis répondit d'un ton évasif
Il semblerait qu'un félin nous soit venu en aide. »
Dans la matinée, Sylia rangeait des tasses qu'elle venait de nettoyer, lorsque quelqu'un entra dans le café. Elle salua son nouveau client tout en levant les yeux. Un petit garçon se tenait dans l'encadrement de la porte, un bouquet de fleurs dans les bras. Il la salua à son tour puis demanda
« Vous êtes bien mademoiselle Sylia ?
Euh… je… oui. Balbutia la jeune femme prise au dépourvu.
Tenez c'est pour vous. Il s'était approché et lui tendait le bouquet par-dessus le comptoir.
Qui t'a demandé de m'apporter ces fleurs ? Demanda-t-elle en prenant le bouquet.
Un grand monsieur aux cheveux noirs et au blouson un peu kaki. il m'a promis 200 yenspour que je vous donne le bouquet quand vous seriez toute seule. Ah et il m'a dit de vous dire aussi qu'il était dans la rue derrière.
Et bien je te remercie. Déclara la jeune femme avec le sourire. J'espère que tu feras bon usage de ces 200 yens.
Je vais aller m'acheter des bonbons ! Au revoir mademoiselle ! »
Le petit garçon sortit en courant du magasin. Sylia quant à elle repéra une carte dans le bouquet et la décrocha pour la lire
« Merci pour hier soir chaton, tu m'as vraiment enlevé une épine du pied. Si tu as envie de boire un mauvais café chez moi, viens me rejoindre. »
Elle considéra la carte avec le sourire, puis plongea son visage dans les fleurs d'où se dégageait une odeur délicieuse. Elle n'eut pas besoin de réfléchir, la décision était prise : elle griffonna un mot à l'attention de Tam, elle le colla sur la partie extérieure de la porte qu'elle ferma ensuite à clé, tourna le panneau pour qu'il indique la fermeture et se rua à l'étage pour trouver un vase pour ses fleurs.
Cinq minutes plus tard elle fermait la porte arrière de la maison et se précipitait vers Ryô qui jouait les impatients.
Une autre semaine passa avant que leur petit jeu leur explose à nouveau à la figure. Ils se trouvaient dans l'appartement de Ryô et assis sur son lit, ils disputaient une partie de carte endiablée. Le nettoyeur était en train de perdre et cela le rendait fou, alors il essaya de tricher mais en vain. La jeune voleuse s'en rendit compte et le rappela à l'ordre. S'en suivit une dispute assez comique, pendant laquelle chacun d'entre eux fit appel à toute la mauvaise fois dont il était capable, tant et si bien que la discussion cessa de porter sur les cartes et dériva dans tous les sens.
Sylia, à bout de nerfs, lui jeta un coussin à la figure ce qui, évidemment, ne fit qu'envenimer les choses : Ryô lui sauta dessus pour la pincer, de préférence sur une partie charnue de son anatomie tandis qu'elle se débattait pour lui échapper. La joute verbale s'était transformée en véritable scène de lutte d'une grande violence, où l'on n'hésita pas à se tirer les cheveux, se pincer et se griffer et où la jeune femme perdit même ses chaussures. Tout à coup le nettoyeur décida qu'il en avait assez : il prit son amie en poids sur son épaule, claquant très fort sur ses fesses lorsqu'il estimait qu'elle faisait trop de bruit (ce qui évidemment l a faisait crier de stupeur à chaque fois) et la transporta jusque dans la salle de bain. Arrivé là-bas, il ouvrit l'eau dans la douche, s'assura qu'elle était bien glacée, puis posa la jeune femme à terre avant de la pousser sous le jet d'eau. Cette fois c'est un hurlement qui retentit dans la pièce. Pendant que Ryô s'esclaffait, Sylia le traita de tous les noms qui lui venaient en tête avant de saisir le pommeau de douche et de le diriger droit sur son entrejambe. Ce fut au tour de Ryô de hurler. La bataille se poursuivit donc dans la salle de bain, Sylia ayant pour nouveau but de tremper son ami jusqu'aux os.
Au bout de deux minutes, étant complètement frigorifiés, ils stoppèrent la bataille d'un accord tacite. Les deux amis se considérèrent pendant quelques instants avant d'être pris d'un fou rire incontrôlable. Instinctivement ils commencèrent à retirer leurs vêtements. Chacun s'affaira de son côté, sans porter attention à l'autre. Ils continuaient à rire aux éclats : Sylia appuyée contre le mur de la douche, avait à présent les yeux clos et se tenait les côtes en riant à gorge déployée. Ryô se tenait au même mur d'une main et de l'autre tenait également ses côtes. Toujours en riant il déclara qu'il était gelé et commença à régler l'eau sur tiède. Lorsque la température lui convint il se plaça sous le pommeau de douche pour se réchauffer. Sylia riait encore mais elle claquait des dents et Ryô déplaça le pommeau de douche afin qu'à son tour l'eau la réchauffe. Elle se redressa pour fuir la froideur du mur et s'arc bouta légèrement en sentant l'eau tiède la réchauffer. Elle ne parvint pas à refreiner le gémissement de soulagement qui s'échappa de ses lèvres. Ryô qui jusque là s'était bien gardé de regarder dans sa direction ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil. Les yeux toujours clos, tournant le dos au mur, elle faisait couler l'eau le long de ses cheveux en s'aidant de ses mains. Ses bras relevés faisaient ressortir sa poitrine qui, perturbée par le froid, continuait à se manifester chaleureusement. Il déglutit, tandis qu'il sentait la sensation familière de son mokkori qui se réveillait. Elle dût se sentir observée, car elle ouvrit les yeux et croisa le regard avide de Ryô. La jeune femme rougit légèrement et tourna le pommeau de douche vers lui, tandis que ses yeux tombèrent sur son mokkori. Le nettoyeur tenta de prétendre qu'il ne sentait pas son regard sur lui, mais il avait beau fermer les yeux et faire comme si de rien n'était, son membre parlait pour lui. Sylia posa une main sur sa hanche, le faisant sursauter. Il se figea, les mains dans des cheveux et tourna vers elle un regard interrogateur. Cependant, le regard qu'elle lui lança ne laissait plus vraiment place à l'interrogation. Il savait bien de quoi elle avait envie, lui-même se contenait difficilement, mais il ne pouvait pas se résoudre à…
Elle mit fin à ses réflexions en se collant à lui pour l'embrasser…
Bien plus tard dans l'après-midi, après avoir tenté de rattraper un an de mokkori en quelques heures, mais surtout après être enfin remis de leurs émotions, Ryô tenta de recommencer son refrain sur le danger que représentait leur relation. Sylia accueillit son début de monologue par un regard haineux puis lui ordonna de se taire sur un ton sans répliques. Elle lui fit comprendre, non sans une pointe d'agacement dans la voix, qu'elle en avait marre d'entendre toujours le même discours et qu'il n'avait pas à prendre de décision pour elle. Un peu surpris, Ryô ne su que répondre, la jeune voleuse en profita donc pour lui expliquer qu'à part s'il ne voulait plus la revoir, ils continueraient à se voir en ami et tant pis si de temps en temps cela se finissait en mokkori. Elle le laissa en plan, le temps d'user des commodités, afin qu'il prenne une décision. Il ne lui en fit jamais part clairement, mais lorsqu'elle réapparut il lui proposa quelque chose à manger, comme si de rien n'était. De toute façon tant qu'il ne lui disait pas adieux, elle n'avait pas de soucis à se faire, elle n'avait qu'à profiter du moment présent.
Et c'est ce qu'elle fit. C'est en fait ce qu'ils continuèrent à faire pendant plusieurs mois, jusqu'au début de l'année 1985. Ils ne se voyaient que de temps en temps, la plupart du temps en amis, d'autres fois plus rares pour des rendez-vous mokkori. Si la vie de City Hunter n'avait cessé de suivre son petit chemin, la vie de la voleuse avait prit un chemin beaucoup plus tortueux. Depuis l'entrée d'Alex à l'université un an plus tôt, les péripéties se succédaient un peu. Quentin et Tam étaient les premiers à en faire les frais, car, plus que jamais ils souffraient du problème Cat's Eye. Bien que Tam et lui soient depuis longtemps un couple à part entière (ou pour reprendre les mots de Ryô quand Sylia le lui avait dit « un couple actif du mokkori »), le jeune inspecteur avait fini par développer un grand fantasme pour l'alter égo hors la loi de sa chère et tendre. Non seulement ça, mais il était maintenant évident pour tout le monde qu'il avait aussi de forts sentiments pour Cat's. En un sens il était tombé amoureux de la même femme deux fois, ce qui quelque part montrait que Tam était vraiment faite pour lui. Cependant Tam craignait que son fiancé finisse par lui préférer la mystérieuse Cat's et ça la rendait vraiment malheureuse. Sylia était bouleversée de voir sa sœur souvent si fébrile et triste et elle espérait que bientôt les choses entre eux s'arrangeraient un peu.
D'autres part les Cat's, à la fois en temps que voleuses mais aussi en temps que les filles de Heinz avaient finit par découvrir que leur père avait été trahit par Cranaff, l'un de ses vieux amis, qui avait lancé à sa poursuite le syndicat des œuvres d'arts (composé d'anciens élèves de Heinz eux même l'ayant tous trahit à un moment ou à un autre). C'est vraiment à partir de ce moment là que les choses avaient commencés à se bousculer. Cranaff avait commencé par contacter les Cat's Eye et lorsque Tam avait réussit à le rencontrer sur un bateau l'homme avait proposé un marché : si les Cat's parvenaient à sortir vainqueurs des défis qu'il allait leur lancer, il promettait de leur donner les tableaux qui leur permettraient de résoudre l'énigme de la statue « Aphrodite ». Cranaff les avait donc entrainées dans le musée Kuranai sur un lac, bâtit sur les ruines du musée national qui avait faillit voir disparaître Michael Heinz pour de bon dix huit ans plus tôt. Après avoir évité tous les pièges les Cat's apprirent que Cranaff était en réalité le frère jumeau de leur père. Jaloux du talent de Michael il avait voulu le faire disparaître et à présent qu'il connaissait les filles, il le regrettait amèrement. Cranaff tint parole et leur donna la dernière œuvre qui leur permettrait de résoudre l'énigme. Il décida que la seule façon d'effacer ses erreurs était de se faire exploser avec son musée, ainsi que les membres du syndicat qu'il avait réuni dans une pièce du musée.
Pendant ce temps, la vie de City Hunter se préparait à être bouleversée pour toujours : tandis que les Cat's se préparaient à aller affronter Cranaff, Makimura demandait de l'aide à Ryô. Sa sœur Kaori avait disparût depuis deux jours et il se retrouvait réduit à implorer l'aide de Ryô pour la retrouver. Bien sûr, ce dernier refusa, après tout il n'en avait rien à faire de cette fille. Enfin c'était ce qu'il disait, en vérité il aurait tout fait pour venir en aide à son meilleur ami. Il demanda donc une photo d'elle à Makimura en promettant de la chercher à ses moments perdus (il était déjà sur une affaire d'enlèvement de femmes qui devaient servir à alimenter un réseau de prostitution). Le destin avait voulu qu'il retrouve la jeune Kaori bien avant d'avoir résolu l'affaire d'enlèvement. En vérité il était tombé sur elle en cherchant des indices. Il attendait devant un magasin de vêtements qui avait déjà servi à enlever des filles, lorsqu'il avait été intrigué par des éclats de voix un peu plus loin : une prostituée discutait avec un jeune homme qui avait l'air agressif, Ryô s'était approché pour éviter le pire et il avait bien fait car le jeune homme avait voulu gifler la femme. Il arriva à temps pour gifler le jeune homme. C'est avec stupeur qu'il s'était rendu compte qu'il venait de gifler une jeune femme. Sous ses vêtements amples qui cachaient ses formes et avec ses cheveux courts, et un aspect assez jeune, il était difficile de ne pas se tromper. Néanmoins une fois le premier choc passé, Ryô l'avait trouvé tout à fait charmante, tout en se demandant pourquoi ce visage lui était étrangement familier. Elle avait aussi un vocabulaire qui tenait plus de la poissonnière que de la jeune fille ordinaire, mais ça n'empêcha pas Ryô de la trouver à son goût. Il décida que le seul moyen de précipiter les choses dans son enquête était de se servir de la beauté de cette jeune femme comme appât pour piéger les kidnappeurs.
Tout se déroula très vite et c'est lorsqu'elle prononça son nom que Ryô sût d'où il connaissait cette jeune fille : deux ans plus tôt il avait déjà résolu une affaire avec elle, mais à l'époque ce n'était qu'une lycéenne qu'il avait déjà prit pour un garçon. Et pour cause il l'appelait sugar boy ! A présent qu'elle venait de se présenter il n'y avait plus aucun doute, il avait bel et bien rencontré la sœur de Makimura deux ans plus tôt. Maintenant qu'il y repensait, cela faisait deux rencontres en deux ans, les deux ayant eut lieu le 26 mars. « Plutôt amusant » songea Ryô. En la raccompagnant chez elle, il se souvint de ce qu'elle lui avait raconté à propos de son adoption. Maki lui paraissait d'autant plus dévoué envers elle, maintenant qu'il savait que son meilleur ami et Kaori n'étaient pas liés par le sang.
Sylia lui téléphona le surlendemain dans la journée pour savoir s'il était libre en fin d'après-midi.
Même s'il ne l'avait pas été, Ryô aurait fait le nécessaire pour se libérer. Cela faisait maintenant un mois et demi qu'il n'avait pas vu son amie/ sa miss mokkori, adorée et il ne comptait pas laisser passer cette belle occasion. D'ailleurs elle lui avait coupé l'herbe sous le pied, il pensait justement à lui faire signe plus tard cet après-midi là.
Sans trop savoir pourquoi, il avait le sentiment que ce rendez-vous ne serait pas seulement amical, mais plutôt du type « mkr ». Il ne se trompa pas : à peine la jeune voleuse eût-elle passé la porte qu'elle se pendit à son cou pour lui donner un baiser avide. Ryô ne se fit pas prier pour y répondre et sans perdre plus de temps la prit en poids dans ses bras, elle enroula ses jambes autour de son torse et se laissa entrainer dans la chambre tout en poursuivant leur baiser.
La nuit passa au rythme de leurs folles étreintes, ponctuées de temps en temps par quelques heures de sommeil. Au petit matin, alors qu'ils se remettaient à peine de leur dernière folie, Sylia prit appui contre Ryô, lui-même assis dos au mur, et demanda
« Alors City Hunter quoi de neuf ?
Pas grand-chose… ah si… j'ai enfin rencontré Kaori officiellement.
La sœur de Makimura ?
Elle-même !
Si tu dis officiellement c'est que tu la connaissais effectivement déjà officieusement, n'est-ce pas ?
Tout à fait, c'était bien elle le sugar boy. Et tu vas rire je l'ai encore pris pour un garçon. »
Il lui raconta les détails de leur rencontre officielle, notamment comment il l'avait giflé et puis la résolution de l'affaire grâce à elle. Lorsqu'il déclara qu'il trouvait très amusant de l'avoir vu en petite tenue quasiment tout de suite, Sylia sursauta :
« Ne me dis pas que tu l'as déjà mise dans ton lit ? S'exclama-t-elle en espérant du fond du cœur qu'il ne répondrait pas oui.
Bien sûr que non, enfin ! C'est juste qu'elle était en sous-vêtement quand ils ont essayé de l'enlever. Je te rappelle que c'est la sœur de mon meilleur ami !
Ouf tu m'as fait peur !
Quoi, tu aurais été jalouse si j'avais dit oui ? taquina-t-il.
Non ! mentit-elle. On n'est pas ensemble, pourquoi tu voudrais que je sois jalouse ?
Elle échangea un regard avec lui et ils éclatèrent de rire ensemble.
Puisque tu n'es pas jalouse, je vais te dire la vérité. En fait on a fait l'amour sauvagement sur la table de la cuisine…Aïe ! Ajouta-t-il en recevant un coup de coude dans les côtes.
T'es toujours en train de dire n'importe quoi.
Quand je sais que ça te fait enrager, ça m'amuse. Non mais sérieusement je ne toucherai jamais à la sœur de mon meilleur ami. Il est très calme en général mais quand il s'agit d'elle il serait capable de tout.
Je le comprends tout à fait. Mais dis moi si Kaori n'était pas sa sœur, tu pourrais sortir avec elle ?
Peut-être oui…elle est plutôt bien foutue et mignonne en fait, elle a effectivement une belle paire de…oui oui ça va j'arrête ! s'exclama-t-il après qu'elle l'eut pincé pour la remarque sur la poitrine de Kaori. Le seul problème c'est qu'elle ne se met pas du tout en valeur. Mais bon pas touche. Bon chère amie, quand vas-tu te décider à me raconter ce qui ne va pas ?
Qu'est-ce qui te fais croire que je ne vais pas bien ?
S'il te plait, pas à moi ! Lorsque tu passes directement à la partie « mkr » du rendez-vous, sans préambule c'est que tu es préoccupée, alors je t'écoute. »
Elle savait qu'il ne servait à rien de mentir, et puis de toute façon elle n'avait fait que chercher des excuses pour retarder le moment où elle devrait tout lui dire. Elle commença donc son récit, raconta tout en détail, parla de Cranaff avec émotion, expliqua que Tam avait tout avoué à Quentin et qu'elle avait ensuite rompu et finalement en arriva au point douloureux :
« Avant de mourir, Cranaff nous a donné un indice sur l'endroit où pourrait se cacher notre père…ça serait quelque part aux alentours de Los Angeles…
Et donc tu es venue me dire que vous alliez partir aux Etats-Unis.
C'est ça…
Et vous partez quand ?
Le 3 avril…
Juste le temps de tout boucler. Conclut-il en resserrant légèrement ses bras autour d'elle.
Tu vas peut-être trouver ça idiot mais je voudrais te poser une question. La jeune femme inspira profondément comme si elle craignait les conséquences de sa question Ryô fut plus rapide qu'elle.
Chaton, je ne viendrais pas avec toi.
Comment tu as su que c'est ce que j'allais demander ?
Une intuition.
Pourquoi ? Questionna-t-elle simplement après une pause.
Parce que c'est une mission pour Cat's Eye, ou les filles de Heinz si tu préfères. Moi je n'ai pas à m'en mêler. Et puis ce n'est pas parce que tu vas bientôt raccrocher ton costume de minette que moi je pourrai arrêter mon boulot. Moi je ne peux pas être autre chose qu'un nettoyeur, on ne sort jamais de ce milieu.
Mais tu as déjà exercé là bas…
Tu ne peux pas me garder ici parce que je fais ce métier, tu ne pourras pas non plus me garder là bas pour les mêmes raisons.
Je sais que c'est idiot, mais il fallait que je pose la question je m'en serais voulu de partir dans le doute.
Il déposa un baiser dans son cou, tandis qu'elle caressait ses bras toujours posés sur son ventre.
Alors cette bourrique de Tam a rompu avec l'homme de sa vie… lança Ryô soucieux de changer de sujet.
Ne m'en parle pas ! Je ne la comprends pas ! Tout ça parce qu'il na pas choisi Cat's Eye…
Mais s'il avait choisi Cat's, elle en aurait été malade non ?
Ça c'est plus que certain !
Mais alors où est le problème ?
Je ne suis pas sûre qu'elle-même le sache. Enfin, mon grand tu vas pouvoir profiter de mon départ pour t'envoyer Kaori.
Puisque je t'ai dit que…
Je sais je sais, mais quelque chose me dit que tu n'en a pas tout à fait fini avec elle.
J'aimerais surtout en avoir fini avec sa bouffe. C'est fou ce qu'elle cuisine mal !
En quel honneur t'a-t-elle fait la cuisine ?
Le soir où elle m'a aidé à résoudre l'affaire. Elle a tenue à ce que je mange avec elle et son frère.
Si c'est pas mignon ! Elle se prend déjà pour ta femme !
T'as pas fini de dire n'importe quoi ! »
Ils ne se dirent pas adieux tout de suite, ils réservèrent ça pour juste avant le départ de Sylia. Cependant chacun d'eux savait qu'ils ne se reverraient probablement pas.
Arriva ensuite le jour fatidique qui devait changer la vie de Ryô et Kaori pour toujours. C'était le 31 mars, jour des vingt ans de Kaori. Elle avait supplié son frère de ne pas travailler ce jour là, mais c'était plus fort que lui, il avait fallut qu'il aille voir le tableau. Plus tard dans la journée il avait rendez-vous avec son partenaire et sa sœur dans le parc de Shinjuku. Comme celle-ci tardait à arriver, Makimura prit son courage à deux mains et se confia à son meilleur ami : il avoua que Kaori n'était pas sa sœur, son père policier était un jour revenu à la maison avec une enfant (la fille d'un bandit qu'il avait tué dans une poursuite) et cette enfant c'était Kaori. A partir de là elle avait fait partie de la famille, mais le père s'était juré qu'il lui dirait la vérité le jour de ses vingt ans. Malheureusement celui-ci était mort quinze ans plus tôt et avait fait promettre à son fils de tout dire à Kaori. Makimura souhaitait donc tout expliquer ce soir là à sa sœur en lui donnant aussi un souvenir de sa vraie mère, une bague qu'elle lui avait acheté à sa naissance.
Ryô accepta de diner avec eux ce soir là, tandis qu'il faisait promettre à son ami d'être prudent lorsqu'il irait refuser le contrat pourrit qu'on leur avait proposé. Makimura eût beau être prudent, il n'était pas assez fort pour venir à bout d'un zombie drogué au PCP par l'Union Téope, et il fût abattu. Il mourût sous une pluie torrentielle dans les bras de Ryô, à qui il confia Kaori, et la lourde tâche de lui avouer le secret de sa naissance.
Le nettoyeur tua l'un des dirigeants de l'Union, prit leur argent et alla rejoindre Kaori pour lui annoncer la terrible nouvelle. Il fût impressionné par le calme de la jeune femme. Celle-ci refusa de prendre l'argent qu'il lui offrait et de s'enfuir, comme lui, elle ne voulait pas quitter cette ville. Elle prit la décision de remplacer son frère en devenant la partenaire de Ryô.
Ce dernier erra ensuite dans la ville pendant des heures. Il n'avait plus éprouvé une telle peine depuis la mort de son dernier partenaire aux Etats-Unis. Une mort qui avait précipité son départ pour le Japon… A présent l'idée de partir avec Sylia et ses sœurs n'étaient plus aussi idiote… Mais cette fois la situation était différente : il ne s'était jamais senti chez lui aux USA, alors qu'il se sentait bien au Japon. Sans compter que Maki lui avait laissé le soin de veiller sur Kaori… Non il ne pouvait pas partir, il ne voulait pas partir ! Et il désosserait cette bande de fils de pute jusqu'au dernier s'il le fallait ! Avec un peu de chance il remonterait jusqu'à leur chef et cette fois il pourrait…Le fil de ses pensées fut interrompu par une voix féminine qui appelait son nom. Il se tourna pour découvrir Sylia dans l'encadrement d'une porte…sa porte…ses pas l'avaient menés malgré lui devant le café Cat's Eye.
« Qu'est-ce que tu fais encore debout à cette heure-ci ? Demanda-t-il d'une voix éteinte.
J'étais descendu fermer et je t'ai vu… »
Le nettoyeur releva les yeux vers elle. En croisant son regard elle comprit que quelque chose n'allait pas, et puis il avait l'air de ne pas savoir où il était. Elle griffonna en vitesse un mot à ses sœurs attrapa son manteau à la volée et rejoignit Ryô dans la rue. Il l'avait attendu, complètement immobile sur le trottoir, fixant le sol d'un regard absent. La jeune femme l'entraina loin du café, tout en cherchant un endroit où ils pourraient s'asseoir et parler tranquillement. Lorsqu'ils se furent assis sur un banc deux rues plus loin, il continua à regarder le vide jusqu'à ce qu'elle lui prenne la main.
« Makimura s'est fait tuer ce soir par des trafiquants de drogue. Souffla finalement Ryô »
Sylia couvrit ses lèvres avec sa main libre et resserra l'autre autour de celle du nettoyeur. Il lui raconta brièvement ce qui s'était passé tout en resserrant lui aussi sa main autour de la sienne. Elle lâcha sa main et l'enlaça. Peut-être en le serrant fort dans ses bras arriverait-elle l'espace de quelques instants à alléger le poids du monde qu'il portait sur ses épaules. Il ne bougea pas et resta là à respirer au creux de son cou. A un moment, Sylia senti comme un changement dans sa respiration, quelque chose de léger, comme s'il inspirait un peu plus profondément mais de façon à peine perceptible. Soudain quelque chose de froid glissa dans son cou. Elle n'eut pas besoin de vérifier pour savoir que le nettoyeur venait de verser une larme. Elle resserra son étreinte et lui caressa les cheveux.
Ryô se dissimulait dans l'ombre d'un couloir. Il attendait patiemment. Plus que quelques minutes…
Sylia tenait son bagage à main dans sa main droite. Ses sœurs et elle venaient d'enregistrer leurs bagages et se dirigeaient vers la porte d'embarquement. Chacune d'elle était un peu morose en ce jour de départ, chacune avec ses raisons, chacune d'elle pensant à ce qu'elle laissait derrière elle. Dans le cas des deux ainés, elles songeaient toutes les deux à QUI elles laissaient derrière elles. Sylia vérifia une énième fois l'heure du départ sur son billet puis soudain elle se sentit observée. Elle tourna la tête vers sa droite, là où le couloir était plongé dans l'ombre. Une silhouette se découpa bientôt, un homme grand, brun avec des yeux magnifiques qu'elle avait contemplé pendant quatre ans.
Ryô la dévisageait d'un regard intense puis lui adressa son plus beau sourire. Sylia la gorge nouée par l'émotion, ferma les paupières un instant pour réprimer une larme de joie, puis lui rendit son sourire. Pendant un instant, l'aéroport sembla se vider et le temps ralentir. Il n'y avait plus qu'eux et le regard intense qu'ils échangeaient ne finirait jamais. Au bout de ce qui sembla plusieurs minutes, mais qui ne représentait en réalité que quelques instants, Ryô lui adressa un clin d'œil, et l'instant d'après il avait disparût dans la foule. Sylia se retourna vers ses sœurs et se prépara à embarquer.
De là où il était, Ryô avait une belle vue d'ensemble. C'est comme ça qu'il aperçut le jeune Quentin sauter sur la passerelle d'embarquement et crier des mots d'amour à Tam. Ce jeune ex policier lança quelque chose à la jeune femme. En voyant son visage, Ryô comprit qu'il s'agissait de la bague dont lui avait parlé Sylia.
Le nettoyeur alluma une cigarette, tandis qu'il regardait l'avion décoller, assis sur le capot de sa voiture.
Une nouvelle vie commençait pour lui et Sylia…
