Un an avant l'attaque de l'Oeuf.

Il pleuvait des cordes ce jour-là, rendant ma visibilité moindre. L'air froid de l'automne, combinée à l'eau me promettait un bon rhume, et semblait alourdir le désespoir que je ressentais déjà, au milieu de cette forêt où j'étais. J'espérais vaguement que le sentier boueux sur lequel mes chaussures de sports s'enfonçaient était le même que j'avais emprunté pour aller ici, dans le sens inverse. Au fond, je m'en moquais un peu. J'avais mis mon cerveau en veille, et seul mon instinct de survie me faisait marcher. J'expérimentais ce qu'on appelle le désespoir ; j'étais à peine consciente de ce qui m'entourait. Seuls le froid mordant, le poids de l'homme évanoui sur mon dos et l'eau glacée qui ruissellait et nettoyait mon corps et mes vêtements du sang qui les avais souillés me maintenait sur terre.

La personne sur mon dos était un vieil homme d'église, un de ces exorcistes de la Congrégation de l'Ombre. Il était en vie, comme son souffle l'attestait, mais le fait qu'il soit inconscient m'inquiétais.

Notamment à cause du fait que si un Akuma attaquait maintenant, peu importe son niveau, nous étions d'ores et déjà morts.

« Comment vous appellez-vous ?, demandais-je. Moi c'est Amélia.

— … je suis... le maréchal Yeegar... »

OoOoO

Période actuelle.

Quand j'y pense, je ne vous ai pas décrit la salle de l'Oeuf une fois sortie de l'Arche. Les cadavres de nos ennemis jonchaient le sol, et je doutais les avoir tous tués. Mais surtout, on voyait des scientifiques et aide-soignantes s'affairer avec les blessés dans le labyrinthe que formaient les corps des Akumas.

Certains, d'ailleurs, n'avaient même pas entendu le cri de Johnny.

C'était le cas par exemple de l'infirmière en chef, qui m'attrappa et m'emmena sous une sorte de forêt ayant étrangement élu résidence dans la salle. Devant mes yeux ébahis et mes pieds qui traînaient pour continuer de la contempler — oui je ne m'inquiétais pas pour Johnny, de toute manière il devait être sauf —, l'infirmière soupira :

« C'est l'Innocence du maréchal Tiedol ! Venez ! »

Une fois entre les mains des infirmiers, on me perfusa du glucose : j'étais plus ou moins intacte, mais il fallait ma dose de sucre pour remonter ma tension.

Pendant que les soigneurs s'affairaient, je plantais mon regard dans ceux des scientifiques présents lors de mon entrée fracassante.

De manière insistante.

Très insistante.

Pourquoi ? Eh bien parce qu'ils me regardaient bizarrement, et je ne savais pas pourquoi.

Finalement, un visage familier vient me voir : La maréchale Cloud. Elle avait un air tellement grave que je me demandais si elle n'avait pas découvert mon identité.

« Bon travail. », me dit-elle simplement.

Je l'ai regardé. Elle m'a regardé.

Elle avait l'air de me respecter. Dans mon monde, cela ne signifiait rien de bon !

« Bon. Vous me dites ce qui se passe ou genre... », couinais-je, apeurée.

J'avais presque les larmes aux yeux. S'ils avaient découvert mon identitée, qu'allais-je devenir ?

« Tu ne le sais pas ?, s'étonna un scientifique blond. Tu... »

Je me levais d'un bond, causant quelques vertiges.

« Je suis... », commença une monstruosité.

En effet, une espèce de statue entièrement composée de cachet d'aspirine et peinturluré par un enfant de 5 ans venait d'apparaître. Avec des ailes.

« UN PÉGASE ! », beuglais-je.

Mes cordes vocales font se tourner tout le monde qui apperçoit le... niveau... 4, si j'en juge par le chiffre sur son ventre.

Oh, alors c'est le niveau au-dessus du trois !

« Youhou ! Saloperie de mes deux ! », chantonnais-je.

Le niveau 4, appellons-le... le 4ème ! Il se retourna, au moment où Allen lui trancha la tête.

Rectification : Il TENTA de lui trancher la tête. Ils se combattirent, je sortis de la forêt et couru ! J'arrivais Allen, j'allais te sauver !

Et j'heurtais Cross qui passait par là au passage. Ce qui fait que ma perfusion, arrachée à moitiée quand je m'étais mise à courir, fini par terre. Mon sang tacha le vêtement de l'enflure, en bonus.

Le choc m'avait coupé la respiration et rendue groggy, mais je pu largement entendre l'épouvantable bruit sortant de la bouche du 4ème. Un bruit si fort qu'il frôlait les ultra-sons.

Le son s'arrêta, mais je ressentis encore les effets de ce son si abominable que...

« Oh, c'est toi que mon maître m'a ordonné de tuer. », fit une voix fluette.

Juste à côté de moi.

Je tournais la tête... tentais de bouger... l'Akuma se prépara.

Il allait me tuer d'un coup.

Et... mon combat avec lui me revint en tête.

Je ne devais pas perdre. Perdre signifiait mourir.

Dans mes derniers moments, qui me semblèrent au ralenti, je souris. Un sourire sadique, malsain, merveilleux...

« J'déconne, saloperie. Je peux bouger. »

A une vitesse stupéfiante, j'évitais le coup de mon adversaire. Face à son incompréhension, je me suis mise à rire.

« Ramène-toi. »

Rien n'est acquis.

Je tournais les talons. Et je me mis à courir comme une dératée vers la sortie.

Je fus la première étonnée de mes capacitées physique : Il y a quelques minutes, j'étais morte. Je puisais sans doute mon énergie dans l'Innocence... ou alors dans ma détermination.

L'Akuma me suivait.

Grâce à la vitesse de mon Innocence, je parvins à maintenir une certaine distance.

Après un temps, je vis une rambarde. Vous savez, celle qui donne sur un trou allant jusque dans les profondeurs de la Congrégation.

Comme l'autre allait me rattrapper, ben j'avais eu une idée.

Avec la rambarde.

Si vous voyez ce que je veux dire.

Oui. N'essayez pas de m'en empêcher.

Je sprintais donc, et je sautais.

Au moment où j'entendis Lenalee venir en volant d'en bas, avant de la voir m'attrapper et éviter le coup mortel du 4ème.

Surprise, je la regardais. Elle déclara :

« Je te couvre, Grégoire. Après notre première dispute, je suis allée me syncroniser avec Hevlaska. Je t'expliquerais plus tard, pour l'instant, qu'est-ce qui se passe ? »

Ah bon ? Si tôt ?

« Ben je sais pas. Cet Akuma de niveau 4 est sorti de nul part et... »

Je fus interrompue par le bruit d'un coup de feu. Je tournais la tête, pour voir l'Akuma se battre avec Cross.

A mais c'est pour ça que j'ai pu en placer une !

« Je ne peux pas me battre, je n'ai pas d'arme longue portée... », grinçais-je.

A moins que...

En me servant de Lenalee comme tremplin, je me projetais en l'air. Les lois de la gravité firent le reste.

« Youhou ! », m'écriais-je, en chûte libre.

Le 4ème se désintéressa de Cross une fraction de seconde.

Fraction de seconde qui lui fut presque fatale : L'enflure tira une balle qui détruisit le bras gauche de l'Akuma. Au même moment où il parait mon propre coup et m'envoyait valser avec une pichnette.

Quand je revins à moi après quelques secondes d'absence car emplâtrée contre le mur, j'entendis :

« J'aurais dû vous tuer. »

Moi aussi. On n'avait pas tout ce qu'on voulait.

Je vérifiais l'état de mes membres : Impossible de les bouger, ils étaient en trop mauvais états.

Je décidais donc d'attendre, étant paralysée par la douleur, entre autre. Je voyais d'autres exorcistes arriver, mais personne en semblait s'appercevoir de mon état, à part l'Akuma, qui me pensait vraisembablement morte à cause de mon inertie.

A moitiée dans les vappes, je ne pu observer le 4ème. Il me fallu quelques temps pour reprendre mes esprits, et quand ce fut le cas, on m'avait mise sur un brancard.

Et j'avais changé de place, aussi. A vue de nez on me dirigeait vers l'infirmerie.

Haha. Nope. Je la connaissais trop.

Je me redressais avec le peu de force que j'avais, surprenant les brancardiers qui me lâchèrent.

Je tombais sur le carrelage. Je pissais le sang de partout, c'était horrible.

Il y a un blanc, avant que qu'un médecin ne se précipita sur moi.

Entre de bonne mains, je m'arrangeais pour qu'il n'enlève pas mon haut totalement, utilisant la réputation de Grégoire. Et quelques temps plus tard, j'étais recouverte de bandage, on m'a mise sur un lit avec comme mot d'ordre : Dormir.

Malheureusement, j'étais à côté d'un scientifique moulin à parole. Son nom est Tap, il me faisait un bilan des morts et des blessés de la Congrégation : Et je dois dire que j'étais, avec Allen, dans le plus mauvais état. Tout le monde était vivant, sinon.

C'était déprimant, franchement. Bon, pas que le fait qu'il n'y ait que des blessures légères.

En fait, c'est surtout mon rôle qui me rendait malade. Dans toute cette histoire, je n'avais joué aucun rôle déterminant.

Actuellement, au cas où vous en l'auriez pas compris, l'Akuma de niveau 4 devait avoir été détruit. On devait se situer quelques heures après toute la bataille. Et mon seul moment de gloire avait été lorsque j'avais tranché le bras de Sheryl. Pour ce que ceci vallait, franchement. En quoi avais-je aidé la Congrégation ? Mon action n'avait même pas sauvé des vies, il aurait été probable que tout le monde s'en sorte sans mon intervention directe. Pire : à cause de Sheryl, j'avais dû mettre pas mal de monde en danger.

C'était lamentable, de mon point de vue. Mais bon, il fallait se réjouir.

« Tap, au fait, tu peux m'expliquer ce qui s'est passé ?, demandais-je. J'ai été dans l'Arche à un moment donné, j'ai loupé un épisode.

— Eh bien... après que tu sois arrivé, Grégoire, on a tous un peu flippé, on pensait que tu allais mourir. On a pas vraiment entendu les conversations que tu a eu avec les Noé, à cause des explosions. »

Ils croyaient toujours que j'étais Grégoire, du coup ?

« A part bien sûr quand tu ne combattais pas, même si nous étions trop loin pour tout comprendre. Quand tu as tranché le bras du Noé, nous avons cru que tu étais mort. Allen et les maréchaux sont arrivés à ce moment-là. Ils nous ont sauvés. »

Je grogne beaucoup ces derniers temps.

« Et pour l'Akuma ?

— Il est mort après s'en être pris au Grand Intendant. A cause de lui, nous étions tous persuadés de ta mort, nous t'amenions même directement au crématorium... mais tu semble en forme.

— Ma machoire est, avec mon cerveau, la seule chose intacte. Me redresser m'a pris mes dernière forces, je suis paralysée. Par contre, je remarque que je meurs souvent même. »

J'entendis un gémissement.

« Toi aussi ?, soupira Allen, à ma droite. Je peux plus bouger...

— Haha. Bon. Je vais essayer de dormir. Bonne nuit ! »

Je fermais les yeux, et me laissais aller.

Trois heures plus tard, Allen et Tap dormaient tandis que j'étais toujours éveillée.

Je hais ma vie.