« Quand les souvenirs se mêlent au réel, l'existence devient un rêve. »
Qui garde les gardiens ?
Chapitre 10
Je m'éveillai avec l'impression désagréable d'avoir dormi pendant des années. Ma tête me paraissait emplie de songes brumeux, vagues… Des souvenirs ? Des rêves ? L'effort avait rendu mon corps tout entier semblable à la pierre, je me sentais aussi impuissante qu'une brindille aux prises avec le courant d'un ruisseau, si faible fût-il. Je mis quelques instants avant de me rendre compte à quel point les draps qui m'entouraient étaient doux et confortables, et combien la lumière qui entrait par la fenêtre était chaude, bienveillante et pure. Il y avait longtemps que je n'avais pas vu de telle lumière, ni ressenti la sérénité d'un tel lieu…
Je me sentais en sécurité ici, protégée. Bien que je ne reconnusse pas l'endroit, je n'étais guère inquiète: le plus dur était derrière moi, j'avais fui ce qui menaçait de me perdre.
J'étais bien, j'étais en paix: j'avais accompli mon devoir.
J'étais en vie.
Je remuai doucement sous les draps, les froissant légèrement par mon mouvement et tâchai de me redresser:
― Allons malheureuse, pas si vite ! s'écria une femme en accourant vers moi.
Mon cœur rata un battement et je glissai sous l'effet de la surprise, retombant en position couchée avec une brutalité qui me donna la nausée. Une petite femme replète s'affaira autour de moi tout en maugréant que je me comportais de "manière inconsciente pour une convalescente". Elle m'aida à me redresser avec une très grande minutie et une confiance en ses gestes qui témoignait de nombreuses années passées à servir. Un service qui l'avait rendue digne, fière de fournir un travail si bien mené. Je ne dis rien et la laissai faire. Je n'osais pas même la regarder. Je me sentais gênée, comme une enfant.
― Y'a-t-il un problème, mon petit ? me demanda-t-elle en voyant la petite mine que j'arborais.
Elle ne s'exprimait pas comme les individus simples et communs qui fréquentaient les tavernes pour leur service. Sans être de haute ascendance cependant, elle avait des manières. Elle avait une retenue et un port humble, respectueux d'elle-même et des autres. Ses vêtements, loin d'être neufs, étaient malgré tout finement entretenus. Je compris qu'elle avait sans doute grandi ici depuis toujours, qu'elle s'était appliquée à paraître aussi digne que possible de servir les plus grands de ce royaume. Une éducation ciblée pour un but précis. Avait-elle eu d'autres rêves, lorsqu'elle était plus jeune ?
― Non, aucun, fis-je en secouant la tête, laissant mes cheveux s'agiter au rythme du mouvement. Seulement… Pouvez-vous m'indiquer où je suis ?
― Tu es retournée chez toi Yselda, répondit une voix familière en s'approchant de ma couche.
Faramir.
Ma soigneuse s'éclipsa aussitôt sans le moindre bruit ; je ne lui accordais plus la moindre attention. Mes yeux étaient fixés sur Faramir comme s'il eut été une apparition venue d'un autre temps. En somme, c'était presque le cas. Combien de temps cela faisait-il, déjà ? J'avais cru ne plus jamais le revoir. Sa vue me mettait du baume au cœur et me soulageait. Il n'était cependant pas au meilleur de sa forme: ses yeux s'étaient rétrécis avec la fatigue, sa bouche paraissait continuellement crispée, mais il avait l'air de se porter bien malgré tout. On eut seulement dit que l'anxiété l'avait détruit de l'intérieur, qu'un mal de l'esprit avait fini par gagner son corps pour le ronger à son tour.
Il était un homme dont la lumière intérieure avait pâlie, dont le teint devenu terne laissait entrevoir un effacement progressif de la vie. Mais j'étais bien trop heureuse de le savoir en vie pour m'inquiéter davantage de son état de santé, reconnaissante envers le destin d'avoir eu la clémence de l'épargner quand tant d'autres autour de moi avaient été fauchés sans vergogne.
Il se tenait à une distance raisonnable de mon lit, les pieds aussi droits et raides que pouvaient l'être l'arbre le plus ancien d'une forêt millénaire. Je lui aurais volontiers demander de se rapprocher un peu plus, mais il ne semblait guère vouloir bouger davantage. De toute manière, une pudeur bienséante m'empêchait de formuler cette demande. Il dut néanmoins voir à quel point mon bonheur illuminait mon visage car il me sourit doucement. Un sourire non point réjouissant toutefois, ni même paternel, mais compatissant, empathique, presque honteux. Coupable.
― Je suis désolé de ce qu'il s'est passé, j'aurais dû être là pour vous protéger. J'aurais dû te ramener à la maison plus tôt… susurra-t-il d'une voix si faible que je l'entendis peine.
Oui, tu aurais dû. C'était ton devoir…
― Personne n'aurait pu prévoir, et sans doute savoir ne nous aurait pas plus aidé, dis-je en essayant de camoufler la douleur qui me prenait le cœur à cet aveu.
Je mentais et je souffrais.
Je souffrais de l'entendre dire qu'il aurait pu nous aider mais qu'il ne l'avait pas fait pour une raison que j'ignorais et qu'il n'était plus utile de connaître. Je souffrais de l'envie de lui raconter ce que j'avais vécu là-bas, dans les geôles, fixée à une table d'opération à endurer les pires sévices que l'on pouvait imaginer, à me dire de chaque jour que ce serait le dernier que je vivrais… Je souffrais du désir malsain de lui parler de mes camarades morts à mes côtés sans aucune gloire, loin de la lumière, éloignés de leur famille, pour qu'il sût à quoi ressemblaient leurs derrières paroles, leurs derniers regards.
Je voulais lui décrire la précarité et la fragilité de l'existence humaine, lui dire que les derniers instants d'une vie sont aussi tangibles qu'une flamme et tout aussi douloureux pour ceux qui les contemplent que pour ceux qui les vivent. Je voulais qu'il sache. Et je voulais qu'il regrette…
Et cependant, je voulais aussi le préserver de cette horreur, de la noirceur d'un savoir maléfique quand une ignorance si douce protégeait son sommeil et apaisait ses songes. Parce que j'estimais cet homme. Parce qu'il m'avait aidée en me montrant que je pouvais avoir une place dans ce monde, un rôle à jouer au sein de cette communauté. Que je pouvais me distinguer des autres, tout en faisant la même chose qu'eux. Il m'avait laissé entendre que je pouvais être unique et que je l'étais. Il avait cru en moi. Je lui en étais redevable, mais à présent ma dette venait d'être payée. Une part de moi-même le méprisait un peu parce que tout au fond, j'en étais convaincue, tout cela, il le savait déjà.
― Nous t'avons trouvée dans le fleuve plus au nord, flottant presque sans vie avec Winleth, raconta-t-il alors. Ne t'en fais pas, il va bien, il a été pris en charge par les guérisseurs les plus compétents qui accourent à son chevet à longueur de journée. Il s'est réveillé avant toi. Son état est… plus mystérieux que le tien, mais il dit qu'il faut te soigner d'abord. Il a beaucoup souffert aussi. Nous avons eu beau insister pour qu'il nous parle de ce qui lui est arrivé, il a refusé de nous dire quoique ce soit sans la garantie de ta guérison complète.
― Mais je vais bien, relevai-je en fronçant les sourcils. Je n'ai besoin d'aucun soin particulier. Je suis simplement fatiguée mais je n'ai rien d'autre, je le jure.
― Yselda, nous t'avons fait examiner, enchaîna Faramir avec sérieux. Ton corps est couvert de cicatrices qui n'ont rien de naturel. Les guérisseurs recommandent un suivi plus poussé et parlent même de faire appel à un mage pour leur porter assistance. Et ce n'est pas tout: beaucoup de gens s'interrogent sur ce qui vous est arrivé car nombreux sont ceux qui vous ont vu dans cet état plus que troublant lorsque nous vous avons ramenés ici. Le royaume n'a guère besoin d'un bouleversement en ces temps incertains, le moindre événement trop violent pourrait conduire à un soulèvement dans la population qui n'augurerait rien de bon pour la stabilité de la paix. C'est pour cela que… le Roi demande à te voir.
― Le… Le Roi ? répétai-je, incrédule.
― Il veut savoir ce qu'il t'est arrivé, dans les moindres détails. Je lui ai dit qu'il valait mieux attendre que tu te sois pleinement remise, mais il a insisté pour que tu ailles le voir dès ton réveil. Tes souvenirs, si douloureux soient-ils, sont la seule source viable que nous avons sur l'embuscade que vous avez subie. Les détails seront encore présents dans ta mémoire si tu n'attends pas.
― Je ne sais pas…
Je me mordis la lèvre, indécise. Je n'avais plus cru en ma chance de voir un jour celui qui me tenait lieu de père. Cette perspective s'était mue en une force qui me permettait de continuer d'avancer, mais je ne m'étais jamais figurée ce que je ferais lorsque je ne l'aurais plus. Comment ferais-je ensuite ? Aurais-je même la force, bien avant cela, de soutenir le regard de celui qui avait regardé ma mère, il y a plus d'une vingtaine d'années ? Que ferais-je, que dirais-je, quand ces mêmes yeux se poseraient sur moi et essayeraient de savoir si je leur disais la vérité ? Saurait-il, du premier coup d'œil, que le même sang coulait dans nos veines ?
Cette dernière supposition m'arracha une vague de frissons et je tressaillis.
― Je ne suis pas obligé de lui dire que tu t'es réveillée aujourd'hui même, précisa-t-il d'une voix douce, je t'introduirai demain si tu n'es pas prête à le faire dans l'immédiat.
― Winleth peut tout aussi bien se charger de ce rapport, lâchai-je lâchement.
― Tu as vu et tu sais plus de choses que lui, Yselda. Nous avons besoin de ton aide, elle nous sera précieuse pour agir en conséquence. Et puis… tu ne peux ni refuser un ordre de ton supérieur ni celui de ton Roi, acheva-t-il avec une sorte de raideur autoritaire.
Je le fixai avec des yeux écarquillés. Jamais encore il n'avait adopté ce ton avec moi, me rappelant que j'étais un soldat obéissant. Je sentis poindre en moins les prémices d'une révolte intérieure que je m'esquintais à réprimer avant qu'elle n'eût des retombées néfastes et des conséquences irréparables. Je ne voulais pas proférer des paroles blessantes que je regretterais ensuite. Mais quelque chose venait de se briser, je le sentais. Et bien que je visse que la chose était aussi dure pour lui à assumer qu'elle l'était pour moi de l'entendre, je ne pouvais pas m'empêcher d'éprouver une sorte de rancœur, d'injustice. J'étais celle qui avait souffert, pourquoi devrais-je aussi me laisser exploiter ?
Parce qu'il s'agit de mon devoir, de ma promesse, surgit une voix en moi. Je dois veiller sur le royaume et tout faire pour le défendre car je suis la seule à pouvoir le faire.
Je détestais quand cet effet se produisait : quand mes propres actes me revenaient à la figure et me rappelaient de quelle façon j'avais agi. Je réfléchirais à deux fois avant de m'engager dans quelque chose, la prochaine fois ! Mes mains se refermèrent sur les draps blancs qu'elles serrèrent avec violence.
Personne n'irait me châtier si je rendais mon épée et mon bouclier pour partir vivre une vie plus paisible, avec moins de souffrances. Mais quel juge est plus cruel que sa propre conscience ? Je ne pourrais vivre en paix nulle part en sachant que des individus me figuraient une vie que je ne menais pas, qu'ils croyaient en des choses que je n'avais pas accomplies. Jamais je ne réussirais à me détacher des reproches que je m'adresserais moi-même en continu pour avoir fait preuve de lâcheté et d'égoïsme. Qui y a-t-il de pire que la douleur que l'on inflige à d'autres ?
― J'irai, je m'engage à le faire, décrétai-je en dardant vers lui un regard féroce. Mais demain, c'est la seule chose que je demande.
― Cela ne posera pas de problème, comme je te l'ai dit.
― Est-ce que, pendant que j'y suis, le Roi ou mes supérieurs attendent de moi que je fasse autre chose dans l'immédiat ?
Il n'était pas dans mes habitudes de chercher à provoquer mes interlocuteurs, surtout lorsqu'ils étaient plus dignes de respect et de mérite que je ne le serais jamais. Mais ma convalescence et une témérité issue de ma fuite me conféraient une insolence que je n'aurais jamais plus. Et je voulais leur rappeler que j'étais humaine moi aussi, que ce qu'ils voulaient je le voulais aussi. Leurs rêves étaient les miens, les armes que je maniais étaient les mêmes que celles qu'ils tenaient entre leurs mains. Nous nous battions pour la même chose, sur des fronts seulement différents.
Les yeux de Faramir s'ouvrirent à ma question, néanmoins aucune colère ni aucune désapprobation ne passèrent sur son visage.
― Que tu prennes soin de toi et que tu restes en vie.
J'acquiesçais en silence. Cela, au moins, je ne l'avais pas promis.
°Oo°oO°
En fin d'après-midi, je me décidai à sortir de ma chambre. Bien que je me sentisse encore fragile et faible, j'éprouvais le besoin de me changer les idées, de voir du monde et de m'intéresser à quelque chose. Je ne voulais pas penser à ce qui adviendrait le lendemain, lors de ma rencontre avec Aragorn. Toutes les éventualités que je me figurais à mesure m'obsédaient et commençaient à me rendre malade. Je devais prendre les choses en main rapidement pour faire cesser cette situation qui m'étouffait. Savoir où se trouvaient mes effets personnels serait un bon commencement, cependant depuis la visite de Faramir je n'avais vu personne. Je me demandais ce que l'on avait fait de mon épée… Et je voulais voir Winleth.
Je remarquai qu'une robe avait été laissée à mon attention sur un meuble juste à côté de mon chevet. Faramir avait dû juger qu'elle ne serait pas de trop lors de ma présentation. Il y avait longtemps que je n'en avais plus portée. Elle était plus belle que toutes celles que j'avais pu avoir jusqu'alors. Elle n'était pourtant pas faite dans un tissu précieux, ses ornements n'étaient guère faits pour être remarqués. Même sa couleur n'avait rien de particulièrement agréable. Mais sa sobriété était éclatante, radieuse.
Ce fut une attention qui me toucha, une marque qui m'attendrit. La dernière fois que j'avais vu mon reflet dans une glace, je ne me rappelais pas y avoir vu une femme. Rien qu'une petite chose qui commençait à être usée par la vie, mais encore suffisamment fonctionnelle pour ne pas avoir à être remplacée tout de suite. Ma mentalité avait changé en l'espace de quelque mois: je pensais comme un soldat, m'entraînait comme tel, m'habillait en conséquence et cependant...
Je laissais mes doigts palper la surface du vêtement, éprouvant sa texture, ressentant sa douceur. Elle avait été faite de sorte à pouvoir être liée sans aide, une prévenance que je louai - je n'aurais assumé aucun regard sur mon corps blessé. L'ample tunique blanche de tissu léger dont l'on m'avait revêtue après m'avoir repêchée était bien trop fine, presque transparente et trop courte pour que je pusse sortir avec. Il fallait donc, même si je ne voulais pas m'attarder plus que nécessaire au-dehors, que je misse la robe malgré tout. Avec précaution donc, je me débarrassai du vêtement actuel que je laissai glisser à terre. Cependant, au lieu de m'emparer aussitôt de ma nouvelle tenue d'apparat, je pris le temps de me remémorer ce qu'était être une femme. Je fis glisser mes mains le long de mon corps, sur ma poitrine, descendant jusqu'au creux que formait ma taille puis remontant doucement mes hanches. De nombreuses hématomes étaient encore visibles par endroit, la plupart d'entre eux ne me faisaient plus mal cependant. Je détaillais mes doigts minces mais abîmés par l'effort, mes jambes musclées par l'entraînement mais toujours plus fines que celles d'un homme. Mes cheveux aussi avaient beaucoup poussé, ils battaient le creux de mes reins et leurs pointes s'étaient éclaircies avec le soleil. Il y avait longtemps déjà que j'aurais dû les couper… Je me saisis de quelques mèches et commençai une tresse simple pour dégager mon visage, comme Winleth m'avait appris à le faire un jour où il pleuvait. Je m'habillai ensuite en serrant bien les cordages là où il fallait. J'avais l'impression d'être quelqu'un d'autre. Mais qui étais-je réellement ?
Je fis quelques pas sans trop de difficulté, puis sortis de ma chambre en quête de quelqu'un pour m'aider. Je n'étais jamais entrée si profondément dans la Citadelle jusqu'à présent. J'ignorais complètement les plans intérieurs, l'agencement des couloirs et les pièces auxquelles ils menaient. J'avais l'impression d'avoir perdu mes repères en regardant autour de moi sans rien reconnaître ; je me sentais comme un objet que l'on transportait d'un endroit à un autre sans qu'il ne pût protester. Le bruissement ténus de la vie était à peine perceptible, mais des individus s'agitaient non loin de moi. Ils réveillèrent en moi le besoin pressant de les rejoindre, ils me firent comprendre que je n'aimais plus le silence autant qu'avant et qu'à présent il m'effrayait. Je m'avançai rapidement vers eux. Je tombai sur quelques domestiques s'affairant au ménage, et je reconnus celle qui m'avait soignée parmi le petit groupe:
― Vous êtes vraiment bornée, jeune fille, dit-elle en soupirant ; son regard s'attarda sur moi, examinant ma tenue puis mon visage. Mais vous avez l'air d'avoir meilleure mine que tout à l'heure. Avez-vous besoin de mon aide ?
― J'aimerais savoir où trouver Winleth, l'elfe qui était avec moi.
― Il est de l'autre côté de l'aile, mal en point. Il n'est pas sage d'aller le visiter maintenant, mon petit…
― J'en ai besoin, rétorquai-je aussitôt. J'ai besoin de savoir comment il va.
― Soit…
Elle me conduisit à contrecœur vers la chambre de Winleth, et chaque pas que je faisais résonnait comme un glas assourdissant. Mes craintes redoublèrent, mon appréhension me coupait le souffle. J'avais peur de ce que je verrais une fois que j'ouvrirais la porte. Je ne voulais pas voir dans quel état je l'avais laissé. Je me sentais coupable.
― C'est ici. Je n'ouvre pas la porte.
Son ton était sans appel et j'en fus quelque peu blessée. Je vis sur son visage une sorte d'horreur, un dégoût manifeste. Une terreur sans nom. Au moment où je m'apprêtais à ouvrir la porte, elle me retint par le bras et le serra avec une telle force qu'elle m'arracha une grimace de douleur.
― Il n'est plus le même que ce qu'il a été, m'avertit-elle sans quitter la porte des yeux, comme si elle redoutait que ce qui se fut trouvé derrière allait l'attaquer si elle baissait sa garde. Il est devenu un monstre... On n'aurait pas dû le laisser vivre, c'est contre-nature. Ce n'est pas humain de laisser quelqu'un souffrir ainsi.
Puis elle fit brusquement volte-face et s'en alla rapidement avant même que je n'eus le temps de répliquer quelque chose. Mais de toute manière, je n'avais pas la force de formuler quoique ce soit d'intelligible. Je n'étais même plus capable de penser, à peine pouvais-je lever la main vers la poignée de la porte et en tourner le verrou. Lorsque le déclic retentit, mon cœur rata un battement. Je m'engouffrai dans une pièce à demie plongée dans la pénombre, des bougies brûlaient bel et bien certes, cependant suffisamment loin pour ne produire qu'une faible lueur. Je m'avançais doucement vers Winleth et vit qu'un bandeau recouvrait ses yeux. Machinalement, je vins retirer les mèches de cheveux qui tombait sur son visage et caressai son front d'un geste doux et affectif. Le sursaut qui l'anima à mon contact m'apprit qu'il dormait et je me maudis intérieurement de l'avoir privé d'un moment de repos.
― Yselda, c'est toi ?
Sa voix était rauque par son manque d'utilisation. Cependant, elle demeurait toujours la même dans son essence – je pourrais la reconnaître entre mille.
― Oui, fis-je en lui pressant la main. Excuse-moi de te réveiller mais j'avais besoin de te voir. De savoir comment tu allais.
― Je suis content que tu sois venue et que tu ailles bien, je n'ai pas pu venir m'en assurer moi-même, je regrette.
― Ne t'excuse de rien, tu es celui de nous deux qui a besoin du plus de soin et de repos, lui dis-je en sentant les larmes me monter aux yeux.
Je reniflai bruyamment et retirai ma main pour m'essuyer le visage d'un geste bref, gênée et confuse.
― Viens t'asseoir.
Je montai sur la place vacante à côté de son lit et me blottis contre lui sur les couvertures. Sa tête était chaude sur mon épaule, mais il n'avait pas de fièvre. Je laissai ma tête reposer sur la sienne et humer le parfum de ses cheveux.
― Ne pleure pas, tu te fais du mal pour rien. Tu… portes une robe ?
― Oui, admis-je en laissant échapper un sourire. C'est regrettable que tu ne puisses pas la voir, elle me sied à merveille, continuai-je en m'efforçant de rire pour chasser ma peine.
― Je n'en doute pas, poursuivit-il doucement. C'est une bonne chose que tu laisses ton épée de côté de temps en temps. Est-ce que tu la portes pour une occasion spéciale ?
― Je le devrai demain, répondis-je sombrement. J'ai une audience avec le Roi à propos de ce qu'il nous est arrivé.
― Oui, j'ai cru comprendre qu'il tenait vraiment à savoir. Aragorn cherchera sûrement à y envoyer des hommes: fais en sorte de lui faire changer d'avis. Plus personne n'a besoin de mourir.
― Compte sur moi. Moi vivante, je ne laisserai plus personne se rendre là-bas.
Winleth avait raison : plus personne n'avait besoin de souffrir. Non, plus personne...
°Oo°oO°
Je fermai la porte de ma chambre avec fébrilité et me dirigeai vers la salle du trône où le Roi donnait audience. Je ne me sentais pas prête, mais si je ne m'y rendais pas sur le champ, je n'irais probablement jamais. J'avais fini par me résoudre. Je n'avais pas les moyens de faire marche arrière. J'avais revêtu ma robe et détaché mes cheveux pour camoufler les rougeurs de mon visage. Anxieuse, je marchai jusqu'à la fin du couloir. Avant même que j'eusse complètement bifurqué sur ma gauche, un garde se posta à ma hauteur avec un air solennel, sévère.
― Je suis chargé de vous escorter jusqu'au roi, soldat.
L'appellation me parut étrange avec la robe que je portais, et pourtant elle ne pourrait jamais mieux refléter la réalité de ma condition. Je ne soufflai mot et me contentai d'acquiescer avant de le laisser m'ouvrir la voie jusqu'à mon père. Je ne me sentis pas marcher jusqu'à la porte de la grande salle, je ne me rendis compte de la distance parcourue qu'une fois que nous nous fûmes arrêtés devant la porte.
― Ouvrez, fit le garde à ses compagnons.
Ils obéirent et j'eus du mal à déglutir en entendant les grondements de la porte massive tourner sur ses gonds. Mon guide me fit signe, je m'avançai. Je n'eus pas l'occasion de me concentrer sur le faste des colonnes et des murs autour de moi, ni admirer l'élégance des jeux de lumières. Je marchai avec la ferveur d'un condamné à mort, la conviction indubitable que quoi que je fasse, je commettrais une erreur. On me dit d'arrêter, je m'arrêtai. Mais je n'eus pas la force de relever ni les yeux ni la tête. Pendant un moment, il n'y eut ni bruit ni échange de parole - ou alors je n'entendis pas. Puis quelqu'un me toucha l'épaule et je fus forcée de me redresser.
Aragorn se tenait là, sur son trône, avec toute l'élégance et la majesté qu'on eut pu attendre d'un roi. La couronne qui reposait sur sa tête semblait ne rien peser en dépit de ses multiples ornements royaux. Sa chevelure mi-longue était rayonnante, lisse et semblable à la crinière ondulante d'un fier cheval sauvage. Il avait les traits droits et harmonieux ; sa barbe brune indiquait qu'une vigoureuse jeunesse habitait encore son corps. Mais ce qui attira le plus mon attention, ce fut ses yeux. Brûlant d'un feu puissant, de toute la ferveur d'un homme convaincu que ses principes étaient les bons, qu'il faisait ce qu'il fallait. Il avait le regard perçant, en cet instant inquisiteur, mais bon et doux. Je sentis ma bouche s'ouvrir et mes lèvres remuer mais demeurai aussi muette qu'un mort.
Au départ impassible, je vis le visage du roi trahir une sorte de stupeur lorsqu'il me vit et il remua de manière presque imperceptible sur son trône - était-il gêné de me voir ? J'eus presque cru qu'il se pencherait en avant pour mieux m'observer mais il ne le fit pas. Il se reprit très vite, et le temps qui semblait s'être figé ramena à ma perception bruit, odeur et sensation. J'avais froid, je sentais l'odeur de la pluie fraîchement tombée et, par-dessus tout, j'avais peur. Je n'avais pas remarqué que le garde à mes côtés s'en était allé. Le lui avait-on ordonné ou était-ce une initiative bien pensée ? Peu importait de toute façon : désormais j'étais seule face à mon destin.
― On m'avait dit que vous étiez jeune, je n'aurais pas juré que vous le seriez autant, commença-t-il d'une voix profonde.
― J'ai l'âge de certaines de vos recrues… majesté, répondis-je faiblement. La tentative pour me mettre en confiance n'était pas prête de réussir, pas alors que je savais ce qu'il représentait pour moi. Je serrai avec fermeté les pans de ma robe pour m'empêcher de trembler et priai pour que mes cheveux fussent un dôme suffisamment épais pour dissimuler les rougeurs de mon visage. Pourquoi diable avais-je si peur ?
― Peu de mes recrues sont des femmes, commenta-t-il avec une sorte de malice. Et peu sont des soldats aussi aguerris que vous, Yselda. Vous pouvez en être fière. On sentait dans sa voix une sorte de respect et d'admiration véritable, néanmoins je ne m'en flattais pas. Pourquoi l'aurais-je fait ? Mais entrons dans le vif du sujet, poursuivit-il, j'ai beaucoup entendu parlé de ce qu'il vous est arrivé, votre histoire a fait un grand bruit.
― Je m'excuse du trouble que j'ai pu vous causer, fis-je avec sincérité, j'ai simplement tâché de faire mon devoir.
― Oui, Faramir m'en a assuré. Il s'est beaucoup soucié de votre état depuis que l'on vous a repêchée avec Winleth. C'est d'ailleurs pour cette raison que je vous ai fait venir en ce jour. L'on m'a bien dit qu'il était sans doute prématuré de vous mander aussi vite, mais comprenez que nous n'avons guère le temps d'attendre.
― Je comprends majesté, je sais que tout ceci est fait dans l'intérêt du royaume et c'est pourquoi je me tiens devant vous à l'heure actuelle. Il s'agit aussi de mon métier: j'ai prêté serment.
De vous protéger envers et contre tout.
L'ombre d'un sourire traversa son visage et il enchaîna:
― Et je vous en suis gré, vous faites ce qu'il faut. Je me suis entretenu avec le chef des patrouilles envoyées aux alentours de votre secteur, il dit que rien de ce qui vous est arrivé n'est parvenu jusqu'à leurs campements. Il semblerait que vous soyez un cas isolé d'attaque.
― Je ne puis pas vous renseigner davantage à ce sujet, majesté, je ne suis pas gradée. Je n'ai pas accès aux informations les plus importantes qui circulent entre les généraux. Mais on ne doit pas vous avoir menti, mes compagnons de cellule étaient tous des individus que je connaissais et que j'avais fréquentés.
Je savais que c'était pour cette raison que je me trouvais en ces lieux. Et je savais que j'allais devoir faire appel à toute ma force mentale pour me souvenir dans les moindres détails l'existence qui avait été la mienne. Je n'avais encore jamais effectué un retour si loin et si précis dans mes souvenirs, j'ignorais si j'avais la force nécessaire pour une telle entreprise. J'avais tant souffert… Et j'avais aussi prêté serment. Je parlai donc longuement et aussi calmement que possible de ce que j'avais vécu et des horreurs que j'avais vues et endurées. Chacune des cicatrices qui parsemaient mon corps me donnait l'impression de se rouvrir à chaque fois que je faisais allusion à leur apparition – mon corps entier finit par me brûler. Le timbre de ma voix finit par vaciller, les souvenirs revenaient difficilement à la surface et cependant je m'accrochais du mieux que je pus à mes propres forces. Au fur et à mesure de mon récit, le visage d'Aragorn se rembrunissait et son regard se faisait plus sombre et plus froid. Il prenait conscience de l'ampleur de l'affaire et de ce que cela impliquait. Alors que j'achevais mon discours, je le vis se passer une main lasse sur le visage – un geste qui me toucha à l'intérieur, car aucun être de sang royal ne perdrait ainsi son sang-froid en présence du commun. Je pouvais comprendre pour quelle raison ma mère avait succombé à cet homme dont la force n'était guère à démontrer mais dont la sensibilité ponctuelle créait une atmosphère intime avec ceux qui l'entouraient. Mon père…
― Il faut que nous mettions un terme à cela avant de courir un plus grand danger, décréta-t-il avec amertume. Ce lieu que vous décrivez, il n'y a que les anciennes cartes qui le mentionnent. Et il n'est pas aussi loin d'ici qu'on veut le croire. On ne peut plus le laisser davantage sans surveillance.
― Non, contredis-je aussitôt d'un ton sans appel. Cela avait été presque instinctif. Plus personne ne doit se rendre là-bas. Plus personne ne doit souffrir ce que nous avons souffert. Vous ne savez pas ce qu'il y a là-bas, c'est trop dangereux pour n'importe qui.
J'avais conscience que la fermeté de mes propos ne seyait pas à ma condition et que je n'étais nullement en mesure d'imposer quoi que ce soit au roi – à mon père. Mais la colère avait germé en moi. Tous ceux que j'avais vus jusqu'alors me paraissaient si ignorants de la situation, voulant tous agir sans savoir contre quoi retourner les armes. Aucun n'avait vu l'être souffrant tapi dans les cachots, redoutant la lumière qui le faisait souffrir ; aucun n'avait entendu les revenants me guider à-travers la voix de Winleth. Moi-même je ne savais réellement ce que j'avais rencontré là-bas, dans cette tour, mais j'étais sûre d'une chose : les frontières étaient trop fragiles, beaucoup trop minces et inébranlables. Aragorn me considéra un instant comme s'il cherchait à savoir jusqu'où s'étendait mon degré de bon sens puis se reprit:
― Je peux concevoir votre crainte, ce qui arrivé à Winleth est la preuve vivante que ce qui se trouve là-bas ne doit pas être pris à la légère, concéda-t-il. Mais je ne peux pas vous promettre de n'y envoyer personne, ce serait mettre en péril l'ensemble du royaume. Le maintien de la sécurité implique parfois de prendre des risques pour la garantir.
La véracité des paroles me heurta de plein fouet et la réalité de la vie me tomba dessus comme un masse. Je ne trouvai les mots pour répliquer quelque chose. Il avait raison. Cependant repenser à tout cela, songer que quelqu'un d'autre pourrait vivre la même chose me fustigeait de l'intérieur.
― J'ai promis à Winleth que plus personne ne poserait les pieds dans cette tour, lâchai-je d'une voix brisée. Je ne vous laisserai pas envoyer quelqu'un là-bas se faire tuer.
Aragorn parut surpris de mon audace à contredire ses volontés mais ne s'en insurgea pas. Je savais qu'il comprenait mes craintes : il avait déjà vu plus d'horreurs que je ne pouvais me le figurer, il s'était déjà forgé sa propre conception du mal. Avoir battu Sauron ne pouvait pas l'avoir laissé indemne. J'essayais, du moins, de me convaincre qu'il comprenait, bien qu'il ne sût pas.
― Qui, mieux qu'un pratiquant des arcanes magiques, peut servir d'adversaire à un mage ? me demanda-t-il ensuite d'une voix douce. Soit, je n'enverrai aucun homme qui soit du commun des mortels. J'enverrai quelqu'un à la hauteur du péril que vous avez éprouvé. C'est un bon et vieil ami de ma connaissance, quelqu'un en qui j'ai pu confier ma vie plus d'une fois, quelqu'un sur qui je me suis toujours reposé car c'est un être sage et redouté du monde des ombres… Vous n'avez pas de crainte à avoir sur son sort, il sait se défendre mieux que n'importe qui. Mais je vois que cette affaire vous a épuisée. Je ne vais pas vous retenir davantage, vous pouvez retourner vous reposer dans votre chambre. Il se peut que je doive faire encore une fois appel à vos services dans les prochains jours, alors je vous prierai de ne pas vous éloigner trop de la Citadelle.
― Bien, majesté.
Je n'étais pas aussi soulagée que je l'aurais voulu, mais l'angoisse liée à la tour avait disparu pour n'être plus qu'une appréhension fugace. Un mage saurait à coup sûr de quoi il retournait réellement et de quelle manière s'y prendre. De plus, si mon père lui avait par le passé confié sa vie, cela ne pouvait que signifier qu'il s'agissait d'un être à la hauteur des louanges qu'on lui portait. De toute manière, je devais me faire une raison: quelqu'un finirait forcément par retourner dans cette prison à un moment donné. J'aurais voulu m'entretenir davantage avec Aragorn mais il valait mieux que je me retire. Cette discussion m'avait en effet réellement épuisé…
―Majesté, osai-je cependant avant de me retirer.
― Je vous écoute.
― Qu'avez-vous fait de mon épée ?
― Elle se trouve dans mes appartements, sous clef, me répondit-il sans me lâcher des yeux. J'avais cru comprendre qu'il s'agissait d'un objet d'une très grande valeur alors j'ai préféré la mettre en lieu sûr. Venez me la réclamer lorsque vous en aurez besoin, mais pour le moment tâchez de vous reposer.
Je me contentai d'acquiescer et de faire une légère révérence. N'ayant plus rien à faire ici, je tournai les talons au moment même où un elfe blond entrait dans la pièce. Il portait des vêtements de patrouille voire de voyage, signe qu'il venait tout juste d'arriver à la Citadelle. Bien qu'il fût d'une beauté semblable à ceux de son espèce, je lui trouvai bien moins de charme que Winleth. Nos regards se croisèrent l'espace d'un instant et je ne pus ignorer la stupeur manifeste qui traversa ses yeux ni les frissons qui dressèrent les cheveux sur ma nuque. Se pouvait-il qu'il m'ait reconnue ?
Legolas s'avança d'un pas rapide jusqu'à Aragorn, toujours pensif de cet entretien qui l'avait laissé réellement déconcerté. Le monarque ne parvenait pas à se détacher de l'image de cette femme qu'Yselda avait ravivé dans sa mémoire. Combien d'années cela faisait-il désormais ? Elle lui ressemblait tellement…
L'elfe salua son ami en bonne et due forme et parla directement de la préoccupation qui avait pris forme dans son esprit :
― Cette jeune femme, fit Legolas en regardant Yselda disparaître à l'autre bout de la pièce. Elle ressemble à… quelqu'un.
Le fils de Thranduil n'arrivait à pas déterminer avec précision s'il était sûr de ce qu'il avançait en son for intérieur. Il ne l'avait vue que trop brièvement pour être certain de ses hypothèses, mais la ressemblance l'avait frappée avec une telle authenticité qu'il doutait réellement de s'être trompé. Toutefois…
― Elle me fait penser à quelqu'un également, avoua Aragorn en suivant des yeux la jeune personne. Elle me rappelle une femme que j'ai connue il y a longtemps mais… cela ne se peut.
― C'est à vous qu'elle me fait penser, lâcha l'elfe d'un ton qui ne laissait place à aucun doute possible.
Oyé oyé.
Tout d'abord, je me permets juste de m'auto-féliciter pour n'avoir pas mis deux mois et demi (voire trois) à publier ce chapitre. Maintenant que mes chevilles sont bien enflées, je vais pouvoir continuer. J'espère donc que ledit chapitre vous aura plus, car je sais que vous attendiez beaucoup cette fameuse rencontre entre les deux protagonistes. Je sais déjà que je vais en décevoir certains, qui n'y verront pas assez de tension, de drama etc. mais j'ai difficilement pu faire autrement au vu du contexte de leur retrouvaille. Normalement j'ai pu rattraper un peu le coup avec la fin, m'enfin vous seuls serez juges de mon tour de passe-passe.
Je suis toujours autant ravie de voir l'engouement que vous portez à cette fiction, je ne pensais pas que votre implication serait si réelle et j'en suis fortement touchée ! Je ne vous remercierai jamais assez de votre présence (sans doute est-ce pour ça que vous avez quasiment un message de remerciement à chaque chapitre. VOUS LE MÉRITEZ!).
Sur ce prenez soin de vous, je vous fais de gros gros bisous baveux,
Lhenaya.
Oh wait ! Les réponses aux reviews
JennaHope:
Tu m'en vois ravie, car je pensais sincèrement que la description du chapitre était médiocre (ou insuffisante). Toujours est-il que oui, c'est bien le surnaturel qui permet à Yselda d'échapper à la mort (douce ironie ?). Cette notion sera bien entendue développée davantage dans les prochains chapitres, don't worry. Pour ce qui est de Winleth, on va le laisser prendre du repos (mon pauvre chou). Mais j'espère du coup avoir comblé tes attentes sur le chapitre de la rencontre, et j'attends avec impatience tes retours dessus ! *clin d'oeil*
Prends soin de toi ma petite.
On se retrouve au prochain chapitre,
Lhena.
