Me : Je ferai un chapitre par semaine
Also me : J'ai... vraiment la flemme en fait
Enjoy !
« James. »
Il ne réagit pas la première fois.
« James. »
Quelque chose s'enfonça dans la chair de sa joue, doucement, le faisant à peine froncer le sourcil. Ses pensées étaient autre part et lui se concentrait actuellement sur sa tasse de café. Ce ne fut que lorsque des doigts furent claqués devant ses yeux légèrement vitreux qu'il finit par sortir de sa torpeur en sursaut, se tournant vers son interlocutrice.
Alisha lui offrit un sourire digne d'un enfant fou de joie, tandis qu'à ses côtés Amandine avait croisé les bras et les regardait d'un air renfrogné.
« Parmi nous ? », demanda la blonde. Le brun hocha la tête et attrapa sa tasse pour en prendre une gorgée. Comme on pouvait s'y attendre, la boisson était froide.
« J'ai décroché quand ?, s'enquit-il avec une grimace désolée.
- Tu te souviens de quoi ?
- Quand Jasmine avait caché des grenouilles dans les chaussures de Lottie.
- Wow, c'était y a cinq minutes mec. »
Alisha le regarda passionnément avant de lancer avec le plus grand sérieux du monde :
« Est-ce que tu es drogué ? »
Amandine se passa une main sur la figure et tenta vainement de disparaître dans sa chaise, tandis que lui crachait et balbutiait que non, bien sûr que non, par Merlin.
Pour être honnête, il n'avait pas prévu de passer son après-midi avec les deux joueuses de Quidditch. Il s'était levé, avait mis ses plus beaux habits et s'était ensuite dirigé, le plus naturellement du monde (en tout cas, pour quelqu'un supposé être en congé), vers le ministère. Plus précisément, le centre d'essai de transplanage, en espérant ne pas devoir patienter trop longtemps. Ce n'est pas qu'il n'appréciait pas les sorciers de là-bas mais semblerait-il que beaucoup prenaient leur bureau pour des prolongements de leur lit.
Quelle était sa surprise quand il avait aperçu Nina Boissy, d'habitude si... distraite, pour être poli, trier frénétiquement ses dossiers et ses demandes avec un air près de la panique sur le visage. Sa perplexité s'était agrandie quand, lorsque la sorcière l'eut aperçu, elle sembla défaillir encore plus. James n'avait jamais eu la grande présence de son père, capable de s'imposer d'un coup d'oeil, ou celle de Ginny qui captait l'attention en une seule parole. C'était Albus qui avait hérité de la qualité de l'un, et Lily de l'autre. Alors voir Nina se figer comme si elle avait une attaque l'avait beaucoup étonné.
Le pire avait été quand elle avait recueilli sa demande puisqu'elle s'était figée, la plume à la main, avait de l'informer d'une voix tremblante que «madame la cheffe des Aurors Reynard l'a faite pour vous, monsieur Potter». Incroyable. Impossible.
Alors voilà qu'il avait dû passer par les chaînes officielles pour faire parvenir une demande à Constance. Sérieusement, il avait plus vu ce bureau en deux semaines qu'en neuf ans de service. L'emploi du temps de Constance n'était pas rempli de visites de citoyens, puisque la plupart du temps la sorcière ne daignait pas les recevoir. Mais il avait reçu une note en retour disant qu'il était attendu à dix-neuf heures pétantes, fin du service, ce qui voulait sans doute dire que sa cheffe prendrait le tour du soir.
Alors voilà. Voilà comment James s'était retrouvé à ne plus savoir quoi faire de son après-midi, mais pour une fois ce n'était pas de sa faute. C'était aussi une sensation étrange : en temps normal (c'est-à-dire lorsqu'il travaillait), il avait passé son temps à se demander ce qu'il ferait. Ce qu'il irait voir, à qui il rendrait visite, où il se rendrait. Mais maintenant qu'il était en congé, le brun avait la désagréable impression de n'avoir rien à faire. Peut-être parce qu'ils avaient été balancés comme ça, et les premiers jours ce temps de calme passé seul dans une chambre au Terrier avait été agréable et bienvenu. Mais James était un Auror également : sa mère avait toujours dit qu'il avait l'action dans le sang, comme ses parents avant lui. Ses années à Poudlard avaient été rythmées par de nombreuses bêtises et autres farces, des courses pour éviter Rusard et Miss Teigne, se cacher dans le château la nuit alors que les préfets faisaient leurs rondes, et plus encore. Combien de fois s'était-il retrouvé en retenue pour ces raisons citées, il avait arrêté de compter. D'ailleurs, ses parents ne lui avaient jamais envoyé de Beuglante pour lui crier dessus. Tout au plus Ginny se contentait de le prévenir sur le quai de la voie 9¾ et de le gronder par lettres et à la maison ; son père avait abandonné dès le milieu de sa première année, déléguant cette tâche à sa femme. Tant qu'il ne blesse personne, avait dit Ginny, et qu'il répare ce qu'il casse. Ça lui apprendra le sens des responsabilités. Il va faire des recherches pour s'améliorer, avait ajouté Harry un jour. Tu ne peux pas faire de bonnes farces avec des sortilèges basiques.
Et il ne croyait pas si bien dire. James avait été un vrai farceur, certes, mais toujours focalisé sur son objectif : Auror, comme son père et son grand-père avant lui. Pas chef Auror, juste Auror. Toutes ses blagues avaient eu un but, apprendre. Et appris il avait fait, de manière très ludique certes mais à la fin c'était le résultat qui comptait. Le brun n'avait jamais été un petit génie comme Albus, capable de gober des livres comme une grenouille des mouches, puis de vomir toutes ses connaissances sur une feuille quand bien même ce qu'il avait appris datait du début de l'année ; ou Lily, qui maîtrisait les sortilèges comme personne, un coup de baguette suffisant à faire surgir une nuée de chauves-souris ou éclater une étagère. James avait trimé, mais c'était ça sa vraie qualité avait dit Harry. Tu travailles, tu apprends, tu t'améliores. Tu ne prends rien pour acquis, tu cherches à aller encore plus loin ; et c'est ça qui fera de toi le meilleur.
Aujourd'hui, James ne savait pas si il était le meilleur, mais il savait surtout que ce n'était pas en restant sur la terrasse d'un café avec deux joueuses de Quidditch ennuyées, comme lui, qu'il allait aller ''plus loin''.
« Au fait, bondit littéralement Alisha, manquant de renverser sa tasse, j'ai une question de la plus haute importance. »
Le brun ne savait pas à quoi s'attendre avec cette fille, et se prépara donc tout naturellement au pire.
« Vas-y, je t'écoute.
- Eh bien, sérieusement, pourquoi est-ce qu'on a fait une demande au bureau du transplanage ? Ça va nous servir à rien, tracer une empreinte.
- Oh ! »
Actuellement, c'était plutôt intéressant à demander. James envoya un regard vers Amandine, qui avait gardé les bras croisés mais avait enfin terminé sa contemplation du trottoir. La batteuse posa un coude sur la table, puis tout son avant-bras, et ne regarda aucun d'eux deux tandis qu'elle répondait :
« Déjà, comme tu l'as dit, tracer une empreinte magique. Ça va nous permettre de savoir où est allé l'agresseur juste après avoir commis le crime.
- Mais du coup, c'est inutile.
- Pas vraiment, intervint James. Ça peut nous servir à plein de choses. Est-ce qu'il a laissé des indices là où est allé ? Le périmètre, également.
- Pour qu'un sorcier puisse passer une barrière, il faut qu'il soit extrêmement puissant, reprit Amandine. En établissant un périmètre, les Aurors peuvent savoir à quoi ils se mesurent. Et puis le centre d'essai de transplanage peuvent également nous donner une fourchette d'horaire ; si on trouve un suspect, vérifier où il était aux alentours de ces heures-là servent à l'incriminer ou non.
- Et avec un peu de chance, il a été assez stupide pour transplaner au plein milieu de sa planque. », termina le brun en finissant sa tasse de café.
Même si honnêtement, il doutait de ce dernier point mais eh, un homme avait encore le droit de rêver.
À côté d'eux, Alisha hocha la tête après quelques secondes de réflexion intense, apparemment satisfaite de cette explication. La blonde se tourna vers son amie, radieuse :
« T'en sais des choses, Amandine !
- Oui, eh bien. » maugréa l'autre dans sa barbe, se renfonçant de nouveau dans sa chaise. Puis, voyant les regards insistants de James et Alisha, elle finit par soupirer et dire très rapidement :
« J'ai essayé le concours des Aurors.
- Ouah ! Génial ! T'es super forte, en fait !
- Je ne vous ai jamais vu à Poudlard, pourtant, indiqua James en posant son menton sur ses mains croisées.
- Je ne viens pas d'Angleterre. Mon arrière-grand-mère était anglaise, ça me donne des racines ici, mais le reste de ma famille est en Afrique du Sud. J'ai fait mes études à Uagadou. »
James se remémora la batteuse ouvrir la tente de l'équipe de Quidditch d'un simple geste du poignet désinvolte et le déclic se fit. Les élèves de cette école n'utilisaient encore que très peu la baguette magique, considérée comme une invention occidentale, et étaient donc habilités dès le plus jeune âge à pratiquer de la magie sans baguette, et souvent en informulé. Ou encore, ils étaient entraînés à devenir des Animagi, ce qui était tout de même vachement classe, quand on y pensait.
« Du coup, vous pouvez vous transformer en quoi ? », s'enquit-il.
Amandine se renfrogna.
« Je ne peux pas.
- Ah bon ?
- C'est comme tout. Des gens ont des affinités, d'autres n'en ont pas, et j'avais autre chose à faire que de persévérer dans cette voie. »
La batteuse ficha ses yeux sur la table comme avec l'intention de la brûler d'un claquement de doigts. James était à deux doigts de préparer un Aguamenti. Heureusement qu'ils étaient dans le Chemin de Traverse : il n'y aurait pas de personne à oublietter, dans ce cas-là.
Alisha revint tout à coup à la charge, sa main se posant sur l'avant-bras de son amie. Sa peau blanche offrait un contraste saisissant avec celle chocolat d'Amandine, d'autant plus qu'elle semblait minuscule sur cet épiderme qui recouvrait un muscle tendu. Malgré tout, le toucher fut suffisant, puisque la brune commença enfin à desserrer le poing après quelques secondes lourdes d'attente. James décida de contourner habilement la conversation en se reportant sur l'attrapeuse :
« Et toi, Alisha, pas de projet avant de finir joueuse de Quidditch ? »
Il craignit un instant que la blonde ne lui envoie un regard trop appuyé, mode «Je sais ce que tu fais mec», mais fort heureusement cela n'arriva pas, et elle répondit avec enthousiasme :
« Nop ! Dès que j'ai passé une jambe au-dessus d'un balai, en première année, je savais que j'allais finir là-dedans. Voler est tellement cool. »
Elle avait pris un air rêveur mais secoua bien vite la tête pour se concentrer de nouveau.
« De toute façon, je ne suis pas très douée autre part, alors le Quidditch c'est parfait.
- Ah oui, marmonna Amandine. Ton T en métamorphose.
- Amandine !
- T ? Troll ? »
Il ne savait pas si il devait être scandalisé ou estomaqué. Avoir un T signifiait réellement que l'élève était un cas désespéré et que le professeur et l'examinateur avaient jeté l'éponge : en soit, pas une très bonne motivation.
« Ok, ok, j'ai eu un T en métamorphose, mais j'étais stressée !, continuait de crier Alisha.
- En Histoire de la Magie, aussi.
- Oh, franchement ! Ce n'est pas comme si quelqu'un pouvait avoir de bonnes notes en Histoire de la Magie ! T'as vu le nom des trolls ? Gnark le Boutonneux ? Grollick le Grognon ?
- Grollon le Grand, corrigea-t-il rapidement, un léger sourire sur le coin des lèvres. Le premier troll à avoir créé du feu avec une baguette, environ dix minutes avant sa mort. Tué par un sorcier. »
Alisha resta là, la bouche entrouverte, avant de se jeter violemment dans sa chaise, les bras croisés, les lèvres ramenées en une moue vexée. À côté d'elle, Amandine renifla ironiquement et posa une de ses grandes mains sur ses cheveux blonds, les ébouriffant. Le brun avait l'impression de voir une adulte réconforter une petite enfant, quelque chose d'apparemment coutumier chez les deux joueuses.
Les prochaines minutes s'écoulèrent agréablement, jusqu'à ce que le charme soit rompu par la voix chargé de bouderie de l'attrapeuse :
« Au moins je suis capitaine. C'est pas moi qui va me faire engueuler par mon supérieur. »
James se sentit obligé de se défendre lui-même. Question d'honneur, vous comprenez.
« Je ne vais pas me faire engueuler. C'est moi qui ai demandé le rendez-vous, déjà. C'est Constance qui me doit des comptes. »
Actuellement, c'était plutôt lui qui lui devait une fière chandelle. L'idée traversa la tête d'Amandine, puisqu'elle le coupa dans ses pensées sans pitié :
« Votre cheffe vous a plutôt rendu service, sur ce coup-là. »
Semblerait-il que la bouderie était contagieuse, puisque c'était de nouveau à lui de se terrer dans sa chaise et de fixer le sol comme si ce dernier venait de l'insulter.
« Je veux savoir pourquoi est-ce qu'elle a fait cette demande à ma place, ou celle de Thorin, parce que c'est beaucoup trop proche de notre conversation d'hier pour que ce soit une coïncidence. Si il a vendu la mèche, de toute façon, elle m'appellera tôt ou tard ; je préfère prendre les devants.
- Vous êtes compliqués, vous les Aurors. », marmonna Alisha.
James ne put qu'agréer.
Si Millie fut surprise de le voir arriver à dix-neuf heures, alors que la plupart des Aurors vidaient les lieux, elle ne le montra pas. Ses collègues passèrent à côté de lui et le regardèrent en coin avant de s'éloigner sans un mot de plus. James put constater que Thorin n'était pas parmi eux, tout comme Marie était accrochée au bras de Ilyes comme du lierre sur du mur.
« Je viens pour un entretien. », précisa-t-il en voyant que son ancienne tutrice n'était pas prête à bouger, mais plutôt à continuer de le regarder de cet air amorphe. Millie s'écarta finalement et retourna à son bureau, apparemment occupée à ranger ses affaires. Elle était bien la seule à faire ça, nota-t-il.
« Millie !, appela Constance. Encore là ? »
Sa cheffe avait passé sa tête hors de son bureau, les lunettes de travers. Elle remarqua sa présence d'un coup d'oeil rapide mais ne s'y attarda pas, préférant porter son attention sur son amie.
« Je finis ça et j'y vais.
- Parfait. James, mon bureau, si vous voulez bien. »
Le brun se mit en mouvement et pénétra dans la pièce. Alors que la nuit tombait, et que les fenêtres maintenaient l'illusion du temps sous terre, elle était encore plus inquiétante. Le feu, pour une fois allumé dans la cheminée, ne faisait rien pour arranger l'atmosphère lugubre qui se dégageait de la pièce, et James se retrouva une nouvelle fois à scruter les ombres. Il n'arrivait pas à être à l'aise.
« Bonne chance, continuait Constance à Millie. Je ne pense pas que tu devrais t'attendre à beaucoup de danger, mais sois prudente. »
L'autre répondit quelque chose qu'il n'entendit pas mais qui fit renifler sa supérieure, avant qu'elle ne ferme doucement la porte. Le verrou cliqua. James se tendit. Il avait l'impression d'être un animal pris au piège dans une trappe. Constance le contourna habilement, attira la chaise la plus proche d'un geste lâche de la baguette : la voir sortir des ombres dans un raclement de bois sur bois le fit légèrement sursauter, malgré toute sa volonté pour éviter cette réaction.
« Lumos. », lança la sorcière, et sa baguette émit aussitôt une lumière presque aveuglante dans l'obscurité de la pièce. James dut cligner des yeux plusieurs fois pour s'y habituer, tandis que l'autre posait sa baguette sur son bureau, la laissant illuminer la pièce dans son intégralité.
« Vous êtes plus venu dans mon bureau en deux semaines qu'en neuf ans de service, marmonna Constance avec une note amusée dans la voix.
- Ma réflexion, vraiment. », répondit-il sur le même ton en s'asseyant finalement, croisant les jambes. La rencontre ne devrait pas prendre énormément de temps mais il tenait à être confortable. La sorcière en face de lui le regardait intensément, attendant qu'il commence, alors il prit une inspiration et se jeta à l'eau :
« Je suis allé au centre d'essai de transplanage aujourd'hui avec l'intention de déposer une demande officielle quant à l'inspection de la maison de mes parents — enfin, leur vieille maison.
- Je vois, répondit-elle avec la voix de celle qui ne voyait pas du tout.
- Sauf que la sorcière responsable m'a dit qu'une demande avait déjà été déposée en mon nom.
- Ah.
- Par vous.
- Effectivement. »
Le silence s'étira. Son pied commença à taper contre le parquet.
« Pourquoi ? », finit-il par articuler. Constance... soupira (y avait-il un seul moment où elle ne soupirait pas, fut l'une de ses nouvelles interrogations) et réarrangea subtilement ses mains, croisant ses doigts, un de ses pouces commençant à frotter sa peau.
« Aah, pour être tout à fait honnête, ce n'était pas moi qui ai fait cette demande. »
Devant ses yeux ronds, elle s'empressa d'ajouter :
« C'était Thorin.
- Thorin ?
- Hm hmm. J'imagine que la prochaine question est ''pourquoi'' et je vous répondrai que je n'en ai aucune idée. De toute façon, moins j'en sais, mieux je me porte. Je lui fais confiance. »
James cligna des yeux, ne trouvant rien à redire. En même temps, la porte s'ouvrit de nouveau. L'instant d'après et Millie surgissait, une boîte à la main.
« Tu n'étais pas censée partir ?
- Censée étant le maître mot, répliqua l'autre sorcière en posant ce qui semblait être une boîte à chaussures. Un nuage de notes rien que pour toi. »
Constance tira une tête magistrale que son amie ignora, préférant replacer sa tresse sur son épaule.
« Maintenant, je tire vraiment ma révérence. James, bonne nuit et bon repos. À dans un mois, Constance
- Un mois ?, interrogea le brun.
- Fais attention à toi. », préféra répliquer leur cheffe et n'attendit pas que la porte se claque pour ouvrir la boîte.
Aussitôt, comme mues par une énergie mutuelle, des notes en surgirent. Pliées tels des petits avions en origami, elles fusèrent dans tous les sens ; il y en avait trop pour les compter, et James recula précipitamment sa chaise tandis qu'elles semblaient prendre conscience de leur environnement, le parcourant. L'une d'elles, parmi tout le bruit de papier froissé, émit un sifflement ; et aussitôt, toutes s'arrêtèrent, fixèrent leur nez sur Constance. On aurait dit une nuée de flèches ayant trouvée sa cible ; un temps d'immobilité, assez pour que la sorcière prennent posément sa baguette, avant que tout à coup tout ne lui fonce dessus en piquet, des oiseaux se jetant sur le même poisson. James recula encore plus, tandis que la brune pointait la masse du bout de la baguette et disait, un fin sourire aux lèvres :
« Stupéfix. »
Comme une voiture à un ''Stop'' invisible, tout s'arrêta : les notes avaient formé une pointe dont l'extrémité ne se tenait qu'à quelques centimètres du nez de Constance. Cette dernière donna une petite pichenette à la note tête de file, qui tomba à terre.
« Ne devenez jamais chef Auror, James, recommanda-t-elle distraitement. Le courrier des fans peut parfois être... excessif.
- Fans ? », articula-t-il, incrédule, avant de penser que ce n'était peut-être pas la bonne chose à dire.
Mais Constance rigola, pas vexée pour un sou.
« Est-ce que vous lisez les journaux, James ? »
La réponse était bien évidemment non. James avait résilié son abonnement à la Gazette du Sorcier trois ans après être devenu Auror, un peu lassé de voir que la rubrique «People» était plus remplie que celle «Nouvelles du monde des sorciers». Sans compter que sa famille était sur les trois-quarts de ces rubriques. Et puis ce n'était pas comme si la Gazette du Sorcier avait un regard très objectif ; le brun avait perdu foi en la presse depuis son adolescence et après s'être désinscrit, il n'avait tout simplement pas eu l'envie de chercher d'autres journaux moins connus mais plus sérieux. Le Chicaneur restait peut-être une exception dans quoi, trois de ses numéros par ans ? Ce qui ne... faisait pas beaucoup, il fallait l'admettre.
Alors James vivait en dehors de l'actualité, si on pouvait dire, mais en temps normal le Ministère était une vraie commère vivante, et ses collègues encore plus. Sauf que comme il était en congé, il aurait été bien en peine de réciter les dernières nouvelles du monde magique ; à la limite, il en connaissait plus sur le monde moldu, vu que leurs journaux étaient beaucoup plus intéressants.
Un exemplaire de la Gazette, datant d'aujourd'hui, tomba sur ses genoux. Constance était en train de déplier les avions en papier un à un, à la main, avec une minutie presque religieuse. James essaya de déchiffrer les caractères en gros et gras dans la lumière de la cheminée et de la baguette, alors que sur le papier une sorcière se cachait entre les lettres, un Souaffle à la main (distraitement, il reconnut l'une des poursuiveuses de l'équipe féminine d'Angleterre).
DÉCLARATION DE L'ÉTAT D'URGENCE PAR LE MINISTRE ROBARDS
Puis, en plus petit en dessous :
Des discordes parmi les hauts placés du ministère ?
Le tout accompagné d'une photo du ministre grisonnant, accoudé à un pupitre tandis qu'il semblait faire sa déclaration dans la salle normalement utilisée pour les conférences de presse. Il pouvait apercevoir Ilyes et un des apprentis Auror, les bras croisés derrière le dos dans leur robes austères tressées de fils d'or, leur insigne flambant sur leur poitrine.
James leva un sourcil mais, sans interruption de sa patronne, il tourna la page. Sa visite s'était transformée en réunion informative, semblerait-il.
Par Lucy Weasley (James dut retenir sa grimace)
Sans grande surprise (?), le ministre Robards a déclaré hier soir l'installation de l'état d'urgence sur tout le territoire du Royaume-Uni, une première depuis le tristement célèbre Grindelwald durant la Seconde Guerre mondiale (il est intéressant de noter que l'état d'urgence instauré il y a treize ans de cela ne s'étendait qu'en Angleterre). Le ministre a tenu à rassurer la presse : il dispose en effet du soutien infaillible du Magenmagot mais également de la confédération internationale des sorciers, sans compter les sous-ministres irlandais et écossais qui ont donné leur aval écrit.
Pourtant, Robards ne connait-il pas de contestation ? Une source interne se confie à ce propos : «Il y a eu des protestations et des hésitations parmi les directeurs de section, lors de la réunion de la confédération. Je ne pense pas que tous soient soulagés par cette décision».
La plus grande contestation viendrait apparemment du Département de la Justice magique ; un pourtant majeur dans le bon fonctionnement de notre pays. Son directeur, Percy Weasley, n'a pas souhaité faire de commentaire à ce sujet. Quant à la cheffe des Aurors Constance Reynard, elle a largement exprimé son désaccord dans un billet très sec :
«Je ne pense pas que, en temps de crise, on doive rajouter de la paranoïa dans l'esprit des sorciers — dont certains sont prompts à sauter sur leur baguette au premier bruit de couloir. Me priver de mes Aurors va ralentir l'enquête Potter, ainsi que toutes les autres sur le feu. Cet état d'urgence n'a aucun sens.»
Une opinion que ne partage pas son confrère, le directeur de la brigade magique Jonas Prouvaire. Ce dernier nous a reçu brièvement lors de sa pause café :
«Il faut voir la situation dans son ensemble ; et réunis, nous sommes clairement plus puissants. Si ma consoeur ne peut faire cette observation, je ne peux qu'être désolé pour elle.»
Des voix contraires, donc, et qui signe peut-être une discorde à venir ? Merlin sait qu'en temps de trouble, le ministère se doit d'être soudé. Ces déchirures sont-elles annonciatrices d'une crise plus grande à venir ?
(la suite en page 2)
James releva la tête du journal pour trouver Constance toujours en train de déplier les notes.
« Bonne journaliste, votre cousine, lança-t-elle sans malice. Définitivement pas Rita Skeeter, Morgane soit louée, mais assez incisive.
- Vous avez voté contre cet... état d'urgence ? »
La sorcière suspendit ses gestes.
« Si seulement il y avait quelque chose à voter contre, mais non, malheureusement. Il faut que j'enquête sur cette fuite, maintenant, parce que les réunions de directeurs sont censés être confidentielles. »
James plaignait déjà celui qui avait cafté à sa cousine. Il jeta un nouveau coup d'oeil à l'article. Si Constance lui avait donné le journal, c'est qu'il était lié aux notes assassines qu'elle avait reçu, mais il n'arrivait pas à faire le lien entre les deux. Sa supérieure soupira et se leva, quoique avec raideur.
« La seule chose qui m'amuse, c'est que votre oncle doit avoir autant de protestations que moi. Vous êtes vraiment intenses, vous les anglais. »
James ignora la pique.
« Et le départ de Millie ?
- ''La suite en page 2'', cita Constance. Le ministre Robards a décidé de faire un tour d'Angleterre en quatre-vingt jours — ne cherchez pas, James, c'est une référence littéraire de sans-charme — et a besoin d'une escorte. »
La brune renifla, signifiant clairement ce qu'elle pensait de cette précaution.
« Le vieux ministre a autant de chance de se faire attaquer que moi de lancer un Protego Diabolica et de réussir à le maintenir. Infime, minime, zéro virgule un pour-cent. »
James ne put retenir sa langue plus longtemps. Les mains sous le menton, il observait du coin de l'oeil la silhouette en polaire de Constance Reynard, glanant tous les détails. Sans s'en rendre compte, il était passé en mode Auror.
« Vous êtes sûre de vous ?
- À peu près, oui, affirma l'autre en continuant ses déambulations. Harry Potter est un cas isolé. Rien à voir avec l'affaire du gang du Lion d'or.
- Et Ginny Potter ? »
À cela, elle eut au moins la décence de lui jeter un regard désolé avant d'enchaîner :
« Elle était là au mauvais endroit, au mauvais moment. »
James lâcha une respiration tremblante. C'était une chose de perdre ses deux parents le même soir, d'un seul coup ; c'en était une autre de savoir que, si elle n'avait pas été là, sa mère aurait pu survivre, aurait pu être là avec eux aujourd'hui.
« Vous avez des connexions avec l'équipe qu'entraînait votre mère, pas vrai ?
- La capitaine et la vice-capitaine, oui, confirma-t-il inutilement face à la question rhétorique.
- Interrogez-les. Ginny Potter est morte entre dix-sept et dix-neuf heures. À cette période là, elle était censée avoir un entraînement de Quidditch.
- On avait un repas de famille. Notre grand-mère ne tolère pas les retards.
- Eh bien, interrogez-la elle aussi. S'attendait-elle à ce que votre mère arrive en retard ? Si oui, pourquoi ? Quelque chose d'étrange dans les comportements de vos parents ? »
James essaya de rejouer la fameuse soirée dans sa tête, mais ses pensées étaient floues. Il devrait peut-être emprunter une Pensine à quelqu'un, afin de les visualiser de nouveau. Mais parler à Alisha serait une bonne idée. De ce qu'il en savait, sa mère avait également un bureau dans l'enceinte du terrain d'entraînement dédié aux équipes de Quidditch : les Aurors l'avaient peut-être vérifié mais qui sait, si il avait été laissé en place en attendant le nouveau coach, alors il pourrait trouver quelques notes...
Le brun s'arrêta tout à coup et jeta un regard plein de reproches à sa supérieure. Constance, les mains dans le dos, semblait presque fière.
« Vous... êtes en train de m'utiliser.
- Vous avez une utilité incontestable. », concéda-t-elle.
Le pire était qu'elle ne cherchait même pas à le nier.
« Le bureau de votre mère a été mis sous scellé et personne n'y a touché. Je n'ai pas réussi à avoir le mandat de perquisition suffisant pour pouvoir y emmener une équipe. Pas de lien évident, d'après eux. »
La lèvre de Constance se retroussa de dégoût. Puis elle secoua la tête, ses cheveux bruns tapant sur ses joues. Tout en retournant à son bureau, elle continua :
« Vous êtes un électron libre, pour ainsi dire, et même si je préférerais avaler un citron plutôt que de dire ça en public, le nom des Potter vous ouvrira plus de portes, et plus rapidement, que le mien. »
À la question qui pendait dans le silence, Constance offrit un sourire amer.
« Parce que je suis une femme, de nationalité française, après Harry Potter, et ma popularité n'est pas au beau fixe. Honnêtement, James, tant que vous restez à peu près dans les limites du légal, je suis prête à fermer les yeux sur vos actions. »
Le brun en oublia de parler deux secondes avant de se relever précipitamment. Dans ses yeux brillait une lueur nouvelle : une d'excitation.
« Vraiment ?
- Puisque je vous le dis.
- C'est... ! Oh Merlin, oui ! Super ! »
James serra le poing dans une pose victorieuse. À partir du moment où sa patronne lui déclarait qu'il était libre de tout mouvement, l'Auror avait quartier libre. Peut-être pas tout, mais assez de marge de manoeuvre pour faire son enquête sans risquer le courroux de Constance ou, plus largement, du ministère. La menace de Thorin, quoique très improbable, était également écartée ; mais actuellement, il fallait qu'il parle à son meilleur ami, afin de régler leur dernière dispute mais aussi le remercier de sa demande au Centre d'essai de transplanage.
« C'était tout ce que vous vouliez me demander, James ? »
Le brun releva les yeux, reconnaissant. La femme en face de lui semblait fatiguée, les marques de vieillesse sur son visage ressortaient à la lueur du feu, et pourtant le petit sourire épuisé qui courait sur ses lèvres était rare et respirait presque la gentillesse. James n'hésita pas à lui en offrir un éclatant.
« Ce sera tout, madame.
- Dans ce cas, vous connaissez la sortie. Envoyez moi une chouette si vous découvrez quoique ce soit de pertinent mais par pitié, n'utilisez pas les voies du ministère. »
Comme pour se justifier, elle désigna le nuage de notes, toujours immobile. James hocha la tête avant de tourner les talons, toujours souriant.
Il sortit du ministère et rentra chez lui en transplanant. Le vif d'or d'Alisha flottait toujours dans sa cuisine, les ailes toujours aussi paresseuses, tandis que Godric le contemplait d'un air courroucé. James lui offrit une dose de nourriture, mit trois oeufs sur le feu puis alla chercher du parchemin et une plume à encre infinie (nouvelle invention de son oncle George Weasley — et bon sang qu'est-ce que c'était pratique). Une fois son message griffonné, l'Auror s'approcha de sa chouette, qui se redressa.
« Hey, Godric, désolé de te demander ça ce soir mais... »
La chouette sembla rouler des yeux avant de tendre sa serre, le sens du devoir dans les plumes. James la caressa pendant qu'il l'attachait à ses griffes, et continua à la caresser tandis qu'il la conduisait à sa fenêtre.
« Va retrouver Alisha Braus, dit-il d'un ton confiant. Demain sera chargé. »
Et il lança son bras dans le vide. Godric déploya ses ailes et s'envola dans un hululement ; en quelques secondes, son plumage avait disparu dans la nuit noire et le brouillard de Londres.
