Bonjour à tous,
Un autre bien long chapitre. L'avant-dernier. J'espère qu'il sera à la hauteur de vos attentes!
Arya12, ravie de te relire et que ma fic continue à te plaire. Et non, ce n'était pas tardif du tout comme review. Je suis tout à fait consciente de la longueur assez conséquente de mes chapitres et, du fait même, qu'il faut bien que vous les lisiez avant de reviewer. Ce qui peut être un long processus. Mais je te remercie vraiment. Ce sont des encouragements qui me font chaud au cœur.
Sur ce, pour l'avant-dernière fois, bonne lecture de ce chapitre.
RavenneLetha
Et les bruits avaient courus. Les oreilles des politiciens et des nobles avaient entendues ce qui inévitablement devait leur parvenir. Trop de factions, trop d'espions, trop d'opinions divergentes réunies en un même endroit. Orlaïs, dans toute sa splendeur, avait vibré au rythme du scandale incroyable qui avait fusé. Le réseau d'agents aux diverses affiliations s'était encore une fois heurté à ses propres frontières, révélant ce qu'il y avait de meilleur et de pire en son sein. Solas saisissait l'étendue de l'ironie du sort qui s'était abattu sur lui. La même méthode qui lui avait permis de mettre à jour la conspiration Qunari qui avait menacé la capitale venait de jouer en sa défaveur. La complexité de la probité et du dévouement relatif des espions, de certains de ses propres agents à la langue trop bien pendue, l'avait discrédité envers et contre tous, malgré les efforts de ses anciens compagnons d'arme afin d'éviter que certains évènements ne s'ébruitent. À peine une tempête était-elle écartée qu'une nouvelle commençait à poindre à l'horizon, ses vents gonflés par des courants avides, un air glacé venu du Nord, rémanence d'une société éteinte.
Bien que les divers réseaux soient restés assez respectueux vis-à-vis de l'Inquisitrice et de ce qu'elle avait traversé à peine quelques semaines auparavant, de l'état d'épuisement immense qui l'avait tenue clouée au lit et qui venait à peine de s'estomper lui semblait-il, ces mêmes espions avaient pris un malin plaisir à étendre à tous la connaissance des sombres desseins qu'avaient été ceux de Solas. À révéler au grand jour qu'il avait été l'origine même de ce qui avait mis en danger Thédas en plaçant un objet d'origine elfique, un orbe redoutable, entre les mains d'un dangereux magister, et qu'il avait manifesté le désir alors de détruire à jamais le monde connu ainsi que les peuples y prenant part.
Ce n'était pas tant de devoir affronter l'opinion populaire, les moqueries douteuses et les sobriquets peu flatteurs qui tracassait l'Elven, ni qu'ils atteignent Isilmë d'une quelconque façon que ce soit. Elle savait comment les affronter et jusqu'à quel point écouter les langues viles sans que leurs paroles ne la touchent outre mesure. Et lui n'avait que faire de ce que les gens pouvaient bien penser et dire. Non, ce qui le tourmentait, c'était le jugement auquel il devrait maintenant invariablement se soumettre. Qu'importe qui il était, qui il avait été, la puissance qui était aujourd'hui la sienne, il aurait aisément pu se soustraire à tout cela, par de sournois stratagèmes comme il en avait si souvent élaborés jadis. Mais, il avait appris que le destin était un bien vil guide, plus fourbe que jamais il ne le serait lui-même, et qu'il fallait se méfier de ses caprices. On ne pouvait le dompter et encore moins le prédire. Mieux valait, en temps venu, l'accepter. Les troubles qu'avait connus le continent étaient de son fait et il devrait sous peu comparaître et être jugé conséquemment.
C'était ce tribunal qui lui inspirait une crainte profonde. Il y avait des sentences qu'il ne pourrait logiquement accepter et auxquelles il se déroberait malgré tout, malgré ses meilleures intentions de faire face à la justice et d'accepter la décision du tribunal auquel il serait soumis. Si la peine était la mort, impossible qu'il ne la subisse. Il s'en échapperait, sa puissance retrouvée lui aurait d'ailleurs permis de se soustraire déjà à l'attente du procès qui devait être le sien. Mais il restait, car rien ne pourrait maintenant lui enlever celle qu'il avait retrouvée, celle qu'il avait crû perdre éternellement. Elle œuvrait dans l'espoir de sauver l'organisation pour laquelle elle s'était battue, l'organisation dont elle était l'emblème, le corps et l'âme. S'il devait tolérer quelques désagréments afin que soit sauvée cette cause qui tenait à cœur à Isilmë, ainsi soit-il, il les subirait.
Perdu au plus profond de ses pensées houleuses, Solas caressait négligemment le bois blanc fileté d'éternalites du bâton élégant mais redoutable qui fidèlement accompagnait sa propriétaire au combat. Elle l'avait sciemment laissé là, dans cette chambre qui servait de cellule à l'apostat qui bientôt serait jugé, accusé de la plus haute des trahisons commise à l'encontre de Thédas et de son peuple. Bien que deux gardes orlésiens en armure d'apparat aient été assignés à surveiller en continu la porte de la pièce, il s'agissait plus du simple respect d'un certain décorum qu'autre chose. En effet, tous était conscients qu'il n'avait rien d'un prisonnier ordinaire; celui dont la magie avait failli occulter le Thédas connu ne pouvait être gardé derrière des barreaux ordinaires avec les moyens traditionnels. S'il avait voulu ne serait-ce que mettre le pied dehors, rien ne l'en aurait empêché. Si Solas demeurait tranquillement dans la chambre que Cassandra lui avait obtenue au Palais d'Hiver sous des prétextes purement politiques, loin du centre névralgique des négociations, retirée, loin des yeux et des oreilles curieuses, c'est uniquement parce qu'il le voulait bien.
Il promenait sa main au-dessus du bois ouvragé, semblable à l'albâtre, sentant vibrer sa magie au bout de ses doigts, une magie dont il reconnaissait la signature unique, la grâce et la puissance de sa bien-aimée usurière. Bientôt, elle n'aurait plus besoin d'un bâton, même pour lancer les sorts les plus complexes. Elle s'était approprié l'Ancre, de la même façon que lui avait joint l'énergie de Mythal à la sienne. Elle avait réveillé le pouvoir qui toujours avait sommeillé en elle, y adjoignant celui d'un âge perdu, qui avait été celui de Quildaran, d'un père qui, depuis ce moment qui avait presque été fatidique à la jeune mage, venait à la rencontre de sa fille quand celle-ci s'endormait. Elle avait hérité du pouvoir unique qui avait été celui du plus Grand des Rêveurs. Bien que l'Elven qui la guidait au cœur de ses songes ne soit que le souvenir, la survivance de ce qu'avait été Quildaran, cet esprit portait en lui suffisamment des connaissances de l'érudit pour permettre à Isilmë de grandir en puissance et en sagesse. Solas n'avait plus rien à apprendre à la belle Elfe, maintenant, capable elle-même de voyager à travers l'Immatériel à sa guise, devenue Rêveuse à son tour, elle bénéficierait d'un enseignement dont lui-même n'avait pu jouir en des temps immémoriaux. Mais il lui était douloureux de ne pouvoir accéder à ces rivages auxquels seule Isilmë pouvait accoster. L'esprit de Quildaran refusait de se montrer au Loup Implacable.
Bien loin au fonds de ses rêveries redevenues calmes, Solas n'entendit pas la porte doucement s'ouvrir puis se refermer, tâtant délicatement l'arme magique à ses côté, le regard suspendu, fixé sur des contrées lointaines. Des doigts à la caresse exquise effleurèrent son dos penché vers l'avant, le faisant légèrement se relever sur le banc capitonné de velours rouge sur lequel il avait pris place bien des heures auparavant. Le doux effleurement remonta le long de son épine dorsale, passa d'une épaule à l'autre, à peine perceptible à travers le lin des vêtements simples qu'il avait revêtu, abandonnant l'armure antique qui attirait trop de regards étonnés. Les doigts fins s'aventurèrent sur sa nuque, lui arrachant un léger frisson de contentement, puis le long de sa mâchoire avant de lui relever tendrement le menton. Le regard de Solas se plongea alors dans les yeux d'argent qu'un brillant soleil traversant l'immense baie vitrée qui leur faisait face parsemait de légers reflets violacés.
-Qu'avons-nous là? Un dangereux apostat ayant mis la main sur un bâton en lequel palpite une sinistre magie elfique? Voilà qui est bien inquiétant.
Solas sourit avec une affection non contenue aux diatribes enjouées d'Isilmë :
-Pour ma défense, jamais ce dangereux apostat n'aurait mis la main sur ce redoutable bâton si une certaine Inquisitrice n'avait pas fait preuve d'une inconscience particulièrement condamnable en l'oubliant négligemment dans sa cellule après un interrogatoire particulièrement… enflammé.
Elle éclata de ce rire cristallin qui aurait redonné de la joie même à un homme possédé par un démon du désespoir. Le dit dangereux apostat attira sa douce geôlière à lui et déposa sur ses lèvres de baie un baiser tendre.
-Ainsi le Conseil vous a finalement libérée, lança-t-il avant de continuer, moqueur. Combien de temps s'est-il écoulé depuis la dernière fois que nous nous sommes croisés? Un mois? Deux peut-être.
-J'ai quitté votre chambre ce matin même, je vous rappelle, répondit Isilmë, rieuse. Les domestiques doivent commencer à se demander si je ne dors pas directement sur l'édredon tellement les draps de ma propre chambre ne sont jamais défaits. Ou bien ils pensent que je m'allonge par terre pour dormir. À quoi d'autre pourrait-on s'attendre d'une sauvage Dalatienne tout droit sortie des Marches Libres! Mais remercions Cassandra de vous avoir obtenu un droit de visite particulier destiné aux membres de l'Inquisition. Sinon je crois bien que mes visites auraient été gravement compromises.
Puis, l'étincelle joyeuse dans les yeux de la jeune Elfe fut ternie par une ombre triste.
-La date de votre procès a été arrêtée, lui révéla-t-elle. Il a été fixé dans deux semaines d'ici, jour pour jour, juste avant les dernières audiences prévues en Conseil Exalté. Les représentants d'Orlaïs et de Férelden tiennent à ce que le jugement prenne place dans le cadre des délibérations entourant l'avenir de l'Inquisition.
-Je ne peux que reconnaître leur présence d'esprit sur ce point, dit Solas posément. Je suis la cause même qui a poussé à sa création, l'évènement déclencheur.
Il s'était levé, faisant quelques pas vers la fenêtre donnant sur une cours nimbée du Soleil qui descendait maintenant à l'horizon, sans qu'il ait pris la peine de remarquer son zénith, alors qu'il avait été absorbé par une multitude de réflexion. Il soupira :
-Mais le temps des erreurs est terminé. J'ai appris, je ne recommencerais plus. Je dois maintenant me résoudre à toujours regretter les temps d'autrefois, les grandes sociétés elfiques de jadis. Tout cela n'est plus que souvenirs et songes.
Isilmë qui avait suivi ses pas posa une main consolatrice sur sa joue et lui fit lentement tourner la tête, captant à nouveau son regard :
-Rien n'est totalement perdu, Solas. Je vous ai retrouvé. Il existe d'autres moyens que ceux que vous avez tenté d'employer afin de restaurer ce qui était, nous les trouverons. Peu importe le temps que cela nécessitera, car, maintenant que je suis liée à l'Immatériel, c'est l'infinie qui s'offre à nous. Oubliez les doutes et les remords. Profitons de ce moment. Nous avons deux longues années à rattraper, cela ne l'omettez pas.
Le Loup Implacable obéit prestement aux sages paroles de son amante et l'enlaça amoureusement, déposant un profond baiser sur ses lèvres invitantes alors qu'une chaleur redevenue familière enveloppait son corps et qu'un désir non contenu se réveillait. S'il devait être confiné dans cette pièce où la seule distraction en l'absence d'Isilmë, était les embranchements complexes de ses idées et de ses raisonnements, aussi bien profiter autant que faire se pouvait des instants où elle pouvait s'arracher aux devoirs qui lui incombaient afin de venir meubler la solitude de celui qu'elle aimait.
Et il savourait sans gêne aucune la chaleur de ce corps aux courbes tentantes qui apportait une chaleur bienvenue à la froideur de sa position de prisonnier. Il explorait chaque parcelle de peau blanche qui s'offrait à lui de ses doigts avides, abandonnant un instant les lèvres pleines dont le baiser seul excitait amplement sa masculinité, il explora ses joues rougies par le désir avant de mordiller doucement le lobe de son oreille ainsi qu'il savait le faire jusqu'à habilement la faire gémir. Puis, il descendit dans son cou, le parsemant de baisers aériens, son souffle chaud laissant une traînée ardente sur la peau de la belle Elfe avant de remonter et de reprendre le contrôle de sa bouche qui laissaient échapper un halètement de plaisir. Lentement, il commença à défaire la ceinture d'apparat puis détacha un à un les boutons de la tunique officielle couleur de grenat portée par les membres de l'Inquisition lors des évènements mondains, pestant intérieurement contre les trop nombreuses étapes nécessaires afin de libérer ce corps qui lui faisait tant envie du vêtement qui lui rendait bien peu justice. Pourquoi Joséphine, en Ambassadrice éclairée, avait-elle choisie cette tenue unisexe comme vêtement de marque? Il était bien loin le temps des robes vaporeuses d'Arlathan, les habits faits de voilages superposés comme les toilettes soignées sans être extravagantes qu'Isilmë aimait tant porté dans le confort de son intimité à Fort Céleste.
-Vos pensées s'égarent. Pour que vous me délaissiez de la sorte, suis-je à ce point devenue banale?
Un léger reproche amusé se devinait dans la voix de l'Inquisitrice.
-Non, bien loin de là, s'excusa Solas. Vous êtes le plus fascinant des sujets d'étude sur lequel il me fut donné de me pencher.
-Ainsi votre détention est bien peu sévère pour que vous soyez en mesure de faire de telles études. Peut-être devrais-je en glisser un mot à Cassandra…
-Vous ne savez que trop que je vous en empêcherais. Si je dois croupir au fin fonds d'un cachot humide avec pour seule compagnie rats et cafards, autant que cette cellule-ci puisse être le théâtre des ébats les plus incandescents, qu'ils soient mémorables.
Et il plongea à nouveau passionnément sur les lèvres gourmandes qu'elle lui offrait, achevant de lui retirer ce qui lui restait de vêtements. Du bout de la langue, il reprit son exploration de cette peau du blanc pur des cimes enneigées maintenant complètement dénudée. Il embrassa la naissance de ses seins, puis, avec une lenteur insupportable, il descendit jusqu'à la pointe durcie, pinçant entre ses doigts celle que ses dents ne mordillaient pas exquisément. Les gémissements de plaisir de la jeune Elfe s'intensifiaient. Et, sans prévenir, elle poussa son amant sur l'édredon brodé d'or du lit qu'elle connaissait maintenant par cœur.
Taquine, elle se tourna et lui fit dos un instant, libérant sa longue chevelure du chignon qui la retenait, laissant Solas admirer la cascade de ses cheveux d'ébène qui tombait, masquant presque entièrement la courbe de ses fesses. Puis, d'un mouvement séduisant qui fit voltiger l'océan noir autour d'elle, semblable à une cape agitée par le vent, elle se retourna, courbant l'échine, faisant ressortir ses seins légèrement rougis par les assauts du mage qui n'en pouvait plus de regarder. La prison de son pantalon faisait douloureusement souffrir sa virilité exacerbée par le spectacle qui s'offrait à lui. Devinant le supplice auquel elle avait volontairement poussé son amant, Isilmë se pencha vers lui, lui offrant une vue imprenable, incroyablement irrésistible sur sa poitrine où de petites marques de dents se voyaient encore, et entrepris de le libérer du vêtement qui l'accablait, juste assez loin de lui pour qu'il ne puisse promener ses doigts affamés de désir sur sa peau brûlante. Et les morceaux de tissus s'accumulèrent au sol, allant rejoindre les autres petits monticules épars qui s'y trouvaient déjà.
À peine libéré de sa prison de lin, le membre gorgé de sang de Solas se trouva engloutie par les lèvres gloutonnes de sa jeune compagne. Elle le fit entrer profondément dans sa gorge et il la sentit sourire contre sa peau enflammée lorsqu'elle lui arracha un râle de bonheur. Tout en caressant l'entrejambe de l'apostat, elle enfonçait profondément sa longueur tout au fond de sa bouche délicieusement lentement avant de remonter avec une la même patience exquise. Elle accéléra tranquillement le rythme, arrachant des soupirs rauques de plus en plus intenses à l'ancien Dieu. Et, alors qu'elle prenait une courte pause, promenant sa verge agréablement durcie entre ses doigts joueurs, il l'attira à lui en usant de la même promptitude avec laquelle la fière représentante du clan Lavellan l'avait jeté sur le lit plus tôt. Il reprit possession de ses lèvres cramoisies tout en agrippant à pleine main ses hanches athlétiques puis ses fesses au galbe parfait.
Elle prit place au-dessus de lui, les yeux pétillants, humide de leurs ébats à peine entamés, mais déjà désireuse de le sentir au plus profond d'elle-même. Alors qu'une de ses mains parcourait les minces cicatrices que ses ongles avaient laissés sur la peau des omoplates de son amant lorsqu'ils s'étaient étreints à Fort Céleste, au cours de ce qu'elle avait redouté alors être la dernière fois, tandis que l'autre trouvait le chemin depuis longtemps mémorisé de son membre gorgé pour l'agripper et le diriger vers son entrée plus que prête à l'accueillir. L'Inquisitrice descendit sur lui, le faisant pénétrer en elle avec la même lenteur calculée qu'elle avait employée plus tôt. Elle maintenait fermement Solas contre l'édredon qu'ils n'avaient pas jugé utile de défaire, l'empêchant d'atteindre ses courbes qu'il adorait caresser, continuant à lui faire subir le petit supplice qu'elle avait décidé de lui promulguer ce jour-là. Il avait eu le parfait contrôle pendant toutes leurs rencontres récentes, il pouvait bien la laisser se jouer de lui cette fois-ci.
Mais elle allait beaucoup trop lentement. Ses va-et-vient dolents étaient de plus en plus insupportables. Elle avivait atrocement la fougue bestiale qui sommeillait en lui. Impossible d'atteindre les seins fermes qui sautillaient doucement au rythme des mouvements de l'Elfe magnifique qui était consciente de son emprise incomparable sur l'apostat et le désir sans borne qu'elle lui inspirait. Mais ce désir avait atteint un sommet dont il ne pouvait plus revenir, ses instincts les plus primitifs étaient cruellement titillés. Solas se redressa brusquement et l'attira à nouveau à lui, prenant la position du meneur, battant de ses hanches un rythme effréné alors qu'elle se cabrait exquisément sous lui, s'enfonçant de plus en plus profondément dans sa moiteur accueillante. Il étouffait les protestations véhémentes d'Isilmë qui ne voulait pas admettre avoir perdu à son propre jeu, par des baisers enflammés qu'elle ne pouvait refuser. Leur danse sensuelle augmenta d'un niveau. Leurs souffles rauques et leurs gémissements se muèrent en cris de jouissance et, rapidement, un violent orgasme les submergea. Encore une fois, la semence du mage inonda les profondeurs plaisantes de cette Elfe aimée entre toutes. Il resta longtemps en elle, même après que les affres du désir aient fait place à un contentement infini depuis un bon moment déjà. C'était à son tour de la garder prisonnière.
Enlacés, ils discutèrent, de tout et de rien, du passé, du présent, mais évitèrent le futur, sachant que le jugement qui approchait, une fois la sentence prononcée, signifierait une nouvelle séparation pour les deux amants. Toutefois, cette séparation-là aurait l'avantage de présenter une date butoir connue. Ce qui, auparavant, n'avait pas été le cas. Lorsqu'une domestique frappa timidement à la porte pour les avertir qu'elle apportait le repas du soir, ils se lancèrent à la recherche de leurs vêtements épars, à la manière et avec l'innocence des premiers amours, des sentiments renouvelés que les épreuves avaient endurcis. Après un moment d'attente trop long pour que la domestiques à la porte n'ait pas de doutes sur les raisons de ce délai, les marques d'ongles visibles sur le torse de Solas dont la chemise avait été reboutonnée à la va-vite n'arrangeant rien, il lui ouvrit sous les regards réprobateurs des gardes d'apparat qui commençaient sérieusement à penser qu'un changement de l'ordre des tours de garde s'imposait. Leurs collègues qui assuraient la permanence du milieu de journée ne s'étant jamais plaint de devoir tolérer les sons des activités se déroulant dans la chambre qui auraient fait dresser les cheveux sur le crâne de bien des mères chantristes, il était temps que leurs oreilles aussi soient un peu malmener par les expressions elfiques qui, bien qu'ils n'en comprenaient pas un traître mot, n'avaient rien d'ambigu compte tenu des gémissements qui les accompagnaient.
Et, au même moment, dans la pièce du Palais d'Hiver, aménagée spécialement à cet effet, où les membres de l'Inquisition, à l'exception de Cassandra maintenant retenue ailleurs par ses obligations en tant que Divine, se réunissaient invariablement pour partager le dernier repas de la journée et faire le point sur les avancées du Conseil Exalté, on ne s'étonna pas de l'absence devenue habituelle d'Isilmë à leur table. Et personne ne lui en tenait rigueur. Chacun y allant même de ses mots d'esprit sur le sujet.
-Je n'aurais jamais cru que notre cher mage plein de toute la mysticité des Ô Très Grands Elfes d'Autrefois ait le sang chaud à ce point-là, s'exclama Sera avec son tact coutumier ou, plutôt, l'absence de celui-ci. Non, mais c'est vrai quoi. Vous auriez pensé ça vous, Vivi, qu'il aurait aimé ça à ce point-là, s'envoyer en l'air?
La Grande Enchanteresse lui répondit tout d'abord par le regard appuyé, mais malgré tout amusé, qu'elle réservait tout particulièrement pour ce petit bout d'Elfe attachant par son effronterie qui ne semblait pas connaître de limites.
-Trésor, je n'ai que faire de la vie sexuelle de Solas. Il pourrait bien s'envoyer en l'air, comme vous le dîtes si bien, avec l'Empereur Gaspard que je n'y porterais pas plus attention. Les affaires de couche ne sont pas mon sujet de prédilection, ma Chère.
Sera trouva la réplique amusante et l'image qu'elle s'en fit encore plus. Pendant un instant, elle ne suivit plus du tout la conversation, trop occupée à pouffer de rire et frapper la table du plat de la main lorsque hilare, elle lâchait «Empereur Gaspard» et rigolait de plus en plus belle. Pourtant, elle aurait sûrement eux des choses à ajouter à la remarque de Dorian :
-Notre jeune voleuse a quand même raison. À ce rythme-là, ils risquent de repeupler Arlathan avant que la cité n'ait pu espérer renaître de ses cendres. Bon sang, je suis même surpris qu'on n'ait pas déjà un petit Elfe au regard froid et sérieux sur les bras. S'ils avaient un rythme semblable à Fort Céleste, c'est même tout à fait hallucinant que rien de ce genre ne nous soit tombé dessus. C'est à se questionner sur la fertilité des anciens Elfes, vous ne trouvez pas?
-Voyez le bon côté des choses, lui répliqua Varric. Ça fait un sujet de conversation différent pour les nobles de la capitale sur lequel jaser. À la place des amourettes cachées, des pêchés charnels accomplis dans l'ombre, tus et démentis, ils ont droit à une belle histoire d'amour vécue en plein jour et presque aussi dramatique que les miennes. C'est un superbe sujet, non? Croustillant à souhait, mais aussi profondément romantique. Je devrais écrire quelque chose comme ça dans mon prochain livre…
Sera avait repris contenance, déterminée à poser la question qui la triturait depuis l'instant où elle avait percé à jour l'attachement de l'Inquisitrice pour l'apostat Elfe beaucoup trop elfique à son goût. Isilmë aussi était très elfique, mais moins, elle s'était différent, elle était plus proche des gens. Solas, lui, était distant, engoncé dans son monde d'esprit et de magie effrayante. Mais elle l'aimait bien quand même. C'était amusant de le taquiner, il était tellement patient que le processus nécessitait des heures et des heures parfois, et ce n'était pas sans lui déplaire. Sera adorait les défis. Mais il y avait cette question qu'Isilmë avait toujours gentiment éludée, mais qu'elle continuait quand même à lui poser aussitôt que l'occasion se présentait. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait vraiment envie d'obtenir une réponse en bonne et due forme et ses amis ici présents seraient peut-être en mesure de la lui fournir :
-Dites, vous croyez que Solas…, elle adopta un air et un ton pompeux qui se voulaient éthérés, mystificateurs. Que Solas loue la gloire des anciens dieux elfiques quand il s'envoie en l'air?
Mais Sera n'obtient encore une fois aucune réponse. Le Commandant que la discussion rendait plus que mal à l'aise avait décidé de couper court à sa question :
-Par le Créateur, vous ne pourriez pas parler d'autre chose, s'exclama Cullen à qui la rougeur était montée aux joues. Vous devez bien avoir fait le tour du sujet, non!
-Du calme, Bouclettes, s'interposa Varric. On ne faisait que discuter de l'actualité du jour au Palais d'Hiver.
Joséphine poussa un profond soupir :
-Et je ne sais qu'en penser… Et encore moins que faire. Il n'y a rien de scandaleux dans cet amour entre deux Elfes éperdument épris l'un de l'autre, c'est une magnifique histoire d'amour : deux âmes sœurs qui s'étaient perdues et ce sont retrouvées, que la mort est passée tout près de séparer à jamais. Les deux derniers vrais Elvens, les survivants de la chute d'Arlathan que même le cours des âges à réunis… Et pourtant, Solas avait bel et bien l'intention de détruire Thédas ou, du moins, de modifier notre monde de façon inaltérable…
-Et, malgré tout, ce n'est pas cette trahison dont se délecte mes chers compatriotes, compléta Léliana, un rictus amusé aux lèvres. Et nous avons tout avantage à utiliser cette sensibilité toute orlésienne dans les négociations à venir, particulièrement en ce qui a trait à la sanction qui sera imposée à Solas. S'il a pu échapper sans problème aucun à mes agents, je sais qu'il sera capable sans problème de se soustraire à une sanction qui ne lui conviendrait pas. Nous devons nous assurer, pour le bien d'Isilmë, mais aussi pour assurer une continuité acceptable à l'Inquisition, que le châtiment imposé sera à la fois exemplaire aux yeux du peuple et convenable selon celui qui s'était présenté à nous comme étant un vulgaire apostat. Et, comme le peuple entier s'émeut devant cette tragédie magnifiquement sentimentale qui s'offre à lui, semblable aux plus belles légendes chantées en Thédas, l'amour qui unit un ancien Dieu à un jeune Elfe issue d'un clan Dalatien comme il y en a tant d'autres, il est tout à notre avantage d'en tirer profit sans avoir à manœuvrer plus avant. Laisser les langues se délier et embellir ou dramatiser à leur guise une histoire qui n'en a déjà pas besoin. Cela ne peut que nous servir dans les semaines à venir.
-Devrions-nous laisser filtrer quelques informations quant aux origines réelles d'Isilmë? s'enquit Joséphine à sa vieille amie. Une antique Elven d'Arlathan, pleine d'une sagesse et d'une puissance perdues, à la tête d'une organisation destinée à maintenir l'ordre à travers Thédas…
-Non, trancha la maître-espionne. La rumeur selon laquelle un élément indéfini relie l'Inquisitrice à Elvhenan circule déjà. N'ajoutons pas d'huile sur un feu qui pourrait devenir incontrôlable. De plus, j'aurais peur que cela n'attire des questions douloureuses pour Isilmë et je crois qu'elle a déjà eu son lot d'épreuves ces dernières années. Épargnons-lui celle-là.
-C'est tout de même incroyable, s'exclama Iron Bull en reposant lourdement sa pinte de bière maintenant vide sur la table. Même parmi les Ben Assarth je n'ai jamais déterré d'informations aussi difficiles à avaler. Ce que les gens montrent d'eux est souvent à des lieux de ce qu'ils sont vraiment, mais jamais je n'aurais soupçonné Solas d'être plus qu'un érudit Elfe malsainement fasciné par l'Immatériel. C'est jamais bien net ces choses-là. Mais à ce point-là! Un foutu Dieu elfique à portée de cornes!
-Un Evanuris, corrigea Dorian, s'attirant un œil de reproche de la part du Qunari pour lequel il avait une affection bien plus grande que ce dont la plupart des observateurs extérieurs se doutaient. Les puissants mages d'Arlathan étaient considérés comme des Dieux. Des faux Dieux vous dirait Solas. C'est fascinant tout ce qu'il a à raconter sur un passé dont il est maintenant le seul à connaître les faits, qui les a même vécus. J'adore aller en discuter avec lui les journées où notre chère Inquisitrice est retenue indéfiniment par les membres inconsidérés du Conseil. Et il n'a aucune rancune envers Tévinter! Selon lui l'Empire a tout simplement profité des guerres intestines qui ravageaient déjà les Elfes d'autrefois pour prendre avantage et les dominer. C'est remarquable, vraiment.
-Car il sait ce qui a détruit son peuple, murmura calmement Cole. Il l'a vu se détruire, il a tenté de l'arrêter, qu'il ne se guide pas lui-même à sa perte, mais il n'a pas réussi. Il s'en veut. Il n'aurait pas dû. Mais il ne pensait pas à mal.
Le garçon esprit n'avançait pas là des arguments, seulement les émotions, les pensées qu'il avait ressenties émanant du Loup Implacable. Pour lui, Solas n'avait jamais été un traître, uniquement quelqu'un qui regrettait amèrement ce qui avait été perdu. Mais qui avait trouvé un réconfort inespéré, un espoir renouvelé en la personne d'une certaine Elfe qui avait vu le jour au sein du clan Lavellan, une Dalatienne qui finalement n'en était pas tout à fait une.
Contre toutes attentes, celle qui avait été une de ses plus grandes détractrices lors de son arrivée dans leurs rangs, Vivienne approuva les paroles prononcées par Cole :
-On est prêt à accomplir bien plus qu'on pense pour protéger et conserver ce qu'on aime. Je suis parfaitement d'accord avec vous, Trésor. On ne doit pas juger Solas sur la même base qu'on considère les actes d'autres quand il s'agit de parler de trahison, un mot trop grand bien souvent pour des actes dont les conséquences avaient seulement été mal calculées. Il n'a pas trahi un continent, du moins pas le continent que lui a connu. Il est resté fidèle au monde qui a été le sien, une ère révolue. Imaginez le trouble que cela vous causerait, à tous, si, après avoir vécu presque un millénaire dans un monde que vous avez apprécié, où vous avez évolué avec joie, vous vous éveilliez dans le même monde, plusieurs siècle plus tard, mais tellement changé que vous le reconnaîtriez à peine, que vous ne vous y associeriez pas. Pensez ne serait-ce qu'un seul instant à la nostalgie inconsolable qui vous habiterait. Certes, Solas a mal agit, mais il n'a pas pensé à mal nécessairement.
Un silence pesant plana quelques instants sur leur petite assemblée avant que Varric n'ose le briser :
-Vous savez, je n'avais pas réalisé jusqu'à présent combien Loustic nous avait manqué à tous. Et je crois que nous lui avons manqué autant. Isilmë m'en a glissé un mot l'autre jour. Il lui a demandé comment la vie s'était déroulée pour chacun d'entre nous pendant son absence. Il l'a écouté, longtemps, presque toute la nuit raconter chacune de nos histoires, heureux que les choses se soient si bien passées pour chacun d'entre nous. Il faudrait organiser un petit quelque chose. Nous ne lui avons pas encore souhaité un bon retour parmi nous en bonne et due forme. Une petite partie de Grâce Perfide peut-être?
-Non, pas ça, s'opposa énergiquement l'ancien Garde Blackwall. Désolé, mais c'est hors de question, Varric. Pas de jeux de cartes avec Solas. Si vous ne voulez pas perdre jusqu'à votre honneur je vous le déconseille vivement. Vous oubliez, je crois, qu'il a une capacité de compréhension et d'analyse de loin supérieure à celle de n'importe lequel d'entre nous. La seule issue possible à une partie de Grâce Perfide avec notre ami Elfe, c'est de nous retrouver tous à poils. Je veux bien que nos retrouvailles soient mémorables, mais j'ai mes limites et je tiendrais à garder mon orgueil intact sur ce point.
Les souvenirs évoqués avaient fait, une nouvellement fois, monté une certaine rougeur aux joues de Cullen qui, malgré tout, ne pouvait qu'être amusé par la réaction de Rainier qui parlait, de toute évidence, par expérience.
-Allons, tempéra le Commandant. Concentrons-nous sur la meilleure défense possible à offrir à Solas pour le moment, les festivités viendront après.
Isilmë ne se joignit pas à eux ce soir-là non plus, profitant des moments encore une fois éphémères dans les bras de celui qu'elle aimait que la vie lui offrait. Et les appréhensions de la jeune Elfe face à leur temps ensemble qui devait encore une fois être compté n'étaient que trop réels.
Deux semaines plus tard, des suites d'un émouvant procès où chacun des membres de l'Inquisition livra un vibrant plaidoyer plein des aventures vécues au côté de l'apostat qui, malgré ses implications dans les évènements ayant menés à l'ascension de Corypheus, avait encore plus largement participé à sa chute. Isilmë prenait place dans la foule attroupée autour des installations aménagées dans le cadre du Conseil Exalté, mais qui, en ce jour, faisait office de tribunal. Le trop grand conflit d'intérêt que représentaient ses liens avec Solas la privait d'intercéder en sa faveur, condamnée à l'impuissant rôle de spectatrice. Pendant une journée entière, elle l'observa, calme, patient, mais orgueilleux jusque dans ses derniers retranchements, ayant refusé qu'on lui lie les mains derrière le dos comme un vulgaire criminel de grand chemin.
Il faisait face avec élégance, posément devant ce tribunal où les plus hauts représentants du continent siégeaient. Seul l'Empereur manquait à l'appel, ayant nommé la marquise Brialla comme représentante de la Cour Royale, encore une fois, en ce qui concernait ce dossier impliquant l'Inquisition. La noble Elfe avait salué Solas d'un signe en inclinant respectueusement la tête lors de son entrée dans la salle. Il allait de soi qu'elle intercèderait en sa faveur afin que, une fois libérer, une entraide soit possible en ce qui avait trait à ses intentions de restaurer la gloire d'antan des Elfes. Il y avait fort à parier que Léliana avait fait parvenir aux oreilles de la marquise certaines informations privilégiées qui l'avaient poussée à intimer Gaspard de lui céder sa place au tribunal. En effet, les raisons obscurs données par l'Empereur concernant la cause de son absence pointaient indubitablement en ce sens.
Le procès fut long. Solas demeura inflexible, écoutant les charges qu'on présentait contre lui, exposant aussi concisément que possible les raisons de ses agissements. Détruisant en quelques mots calmes et limpides les idées préconçues concernant les siens, réécrivant l'histoire comme elle aurait dû être conservée, révélant des faits irrévocables qu'aucune archive ne conservait, des écrits perdus, ensevelis avec le peuple qui avait été le sien. Il conserva pour lui et ses proches les pans du passé inconcevable d'Isilmë, considérant que ces données étaient superflues, sa découverte étant survenue après que les actes qu'on lui reprochait aient été accomplis. Ne voulant pas non plus plonger l'Inquisition dans une tourmente encore plus grande que celle dans laquelle Orlaïs et Férelden la plongeait déjà. Trop de questions auraient été posées, des réponses trop longues, difficiles à assimiler et trop incroyables pour l'assemblée réunie, pour un Conseil Exalté qui était déjà suffisamment curieux et avait encore amplement d'autres sujets à creuser.
Et le verdict fut prononcé. La Divine Victoria, les larmes aux yeux, lue le jugement qui avait été rendu et la sentence qui avait été arrêtée d'une voix incapable de masquer les émotions qui l'habitaient :
-Solas, Elfe apostat du Nord, vous êtes reconnu coupable d'avoir intentionnellement mis Thédas en grave danger. Vos agissements inconsidérés ont entraînés une menace qui aurait pu nous être fatale à tous. Toutefois, vos actions héroïque au sein de l'Inquisition et votre réel intérêt à voir la dite menace enrayée ont été considérés comme des facteurs atténuants dans la sentence prononcée. Halam'shiral a aussi fait valoir le rôle prépondérant que vous avez joué dans le démantèlement d'un attentat Qunari qui visait directement les politiciens réunis à la capitale, ce qui constitue aussi un élément important visant à réduire votre peine pris en considération afin d'établir les sanctions concernant vos agissements précédemment mentionnés. Vous êtes donc condamné à être emprisonné pendant sept années au sein de l'Empire Tévintide où vous consacrerez vos journées à l'étude d'artéfacts et d'écrits anciens, sous la supervision du Magister Dorian Pavus. Tout contact extérieur vous sera interdit, toute communication ou tentative de communication dépassant le cadre de votre lieu de détention sera passable d'une prolongation de votre peine. Tout lien avec Thédas sera proscrit pendant cette période. Vous ne recevrez aucune information en provenance du sud et ne pourrez en envoyer aucune. La condamnation prendra exécution dès le moment où vous franchirez la porte de cette salle. Vous serez immédiatement escorté à Tévinter. Toute tentative de fuite sera considérée comme une accusation de trahison aggravée.
Pour toute réponse, Solas s'inclina légèrement, acceptant la sentence et démontrant son bon vouloir de la purger décemment.
Dans la foule, Isilmë étouffa ses sanglots, la séparation serait douloureuse, mais elle savait maintenant qu'au moins l'exil ne serait pas définitif et que, d'ici sept années, Solas reviendrait, fier et libre comme il l'avait toujours été. Ils s'étaient préparés à cette éventualité le matin même en se séparant, une nouvelle fois. Elle s'était promis de ne pas céder aux sentiments qui l'assailliraient inévitablement lorsque le verdict serait prononcé. Ils s'étaient fait à l'idée que l'étreinte partagée à l'aube de ce jour qui ne pouvait que se solder par une certaine tristesse serait la dernière jusqu'à la fin d'un délai qui était encore indéterminé à ce moment. Mais, lorsqu'elle le vit se retourner, prêt à quitter la pièce, la cherchant des yeux, elle ne put s'empêcher de bousculer les nobles qui l'entouraient, lui lançant des exclamations outrées, se frayant un chemin jusqu'à l'extérieur du cercle de badauds qui avaient observés le procès.
Les voilures de sa robe blanche tournoyant autour d'elle, tel un nuage accompagnant la pluie, elle courut vers son amant, cria son nom, il se retourna, elle sauta dans les bras qui l'enlacèrent, symbole d'un aurevoir, mais aussi d'un espoir renouvelé. Ils connaissaient la durée de cette séparation-ci. Bien qu'elle ne soit pas moins douloureuse que les autres, au moins, ils savaient qu'ils se retrouveraient en temps voulu. Le Loup et la Lune échangèrent un baiser, triste mais plein des espérances qu'il n'y avait pas si longtemps l'un comme l'autre auraient considérées impossibles, les rêves perdus devenaient les projets d'un avenir brillant. Les sentiments à fleur de peau firent couler une larme même sur la joue des plus endurcies des orlésiens. Le Soleil couchant jetait sur la scène ses reflets évanescents, enveloppant les deux Elfes de ses rayons rougeoyants. Une peine baignée d'espoir émanait de ces êtres qui, plus que jamais, semblaient aérien, des êtres d'un autre âge, d'une ère révolue. Un temps s'achevait, le crépuscule recouvrait une époque à jamais disparue, mais la nuit dans laquelle il était plongé était pleine d'une foi incommensurable en l'aube qui lui succèderait, une aube brillante, pleine d'infinies possibilités.
Résignés, ils se séparèrent, les yeux d'orage naissant se plongèrent dans les iris d'argent liquide, le Loup sourit à la Lune posèrent l'un sur l'autre un regard rempli d'amour, pour la dernière fois jusqu'au retour de Fen'Harel en Thédas dans sept longues années. Il partit vers Tévinter et vers la sentence qu'on lui avait choisie. Il remercia silencieusement Dorian qu'il soupçonnait d'avoir œuvré dans le but de rendre ce qui aurait pu être totalement insupportable plus aisé à traverser, lui permettant de continuer à se consacrer à un passe-temps qu'il appréciait. Solas se doutait que Joséphine avait aussi su tirer les bonnes ficelles afin de démontrer à Orlaïs tout entier que rien n'était pire comme châtiment que d'être totalement séparé de celle pour qui son cœur n'aurait de cesse de battre et elle avait réussi. Ainsi, sa sentence, bien que difficile à supporter, ne ferait qu'exacerber son envie de revoir sa bien-aimée et ne rendrait leur retrouvailles que plus appréciées. Mais même pour celui qui avait vu s'écouler ne nombreux siècles, il savait que cette absence lui serait ardue à supporter. Ils n'avaient déjà été que trop longtemps séparés l'un de l'autre. Toutefois, il enfourcha le fougueux destrier d'Amaranthine qu'on avait mis à sa disposition et partit en direction de ces longues années où il serait condamné à escompter son retour auprès de la magnifique Elfe, à atermoyer un avenir ensemble qui n'avait déjà que trop tardé.
Isilmë regarda la foule se disperser et, une fois seule, se leva de l'inconfortable chaise de bois sur laquelle elle avait supporté les longues procédures administratives subséquentes au procès, elle se dirigea vers les magnifiques jardins d'Halam'shiral, nostalgique. Sur son chemin, Cole apparut à son côté. Loin d'être surprise, habituée aux allées et venues imprévues de son ami plus esprit qu'humain, elle lui sourit tendrement. Elle savait qu'il avait deviné.
-Pourquoi ne lui avez-vous pas dit? C'est un évènement heureux pourtant. Vous auriez eu le temps lorsque vous lui avez fait vos aurevoir, lui demanda-t-il sans reproche aucun, seulement pour connaître les raisons qui avaient guidées sa précieuse amie qui ne prenait jamais de décisions à la légère.
-Parce qu'ainsi il ne se sentira pas coupable de ne pas être à mes côtés. Il s'en veut déjà amplement que nos chemins se soient encore une fois séparés. Suffisamment de tourments l'habitent déjà. Et, quand il reviendra, nos retrouvailles n'en seront que plus merveilleuses encore.
Tout en expliquant la raison de son choix à Cole, elle plaça une main affectueuse sur son ventre qui s'était presque imperceptiblement arrondi :
-Je l'attendrais sans relâche, mais il ne sait pas que je ne serais pas seule. Alors qu'il m'a laissé une petite partie de lui qui m'occupera sans conteste jusqu'à son retour, le fait de savoir, pour lui, n'aurait transformé son attente qu'en quelque chose de plus insupportable encore, son désir de revenir devenu insupportable. Et je pouvais le préserver de ce sentiment, donc je l'ai fait.
Le garçon esprit hocha lentement la tête, il avait compris les motivations de son amie, pourquoi elle n'avait pas fait part à celui que le destin lui avait fait rencontrer et qui avait à jamais changé le cours de son existence de cette nouvelle qui pourtant était portée d'une promesse de bonheur. Ils marchèrent longtemps dans les jardins, silencieusement, contemplant les merveilles que la nature pouvait offrir, les beautés qui survivaient à travers même les pires ténèbres qui, dans les moments les plus sombres, apportaient leur couleur et leur éclat à un monde qui pourtant ne s'en émerveillait pas assez souvent, l'extraordinaire cycle d'une vie sans cesse renouvelée.
