Note de la traductrice : Et let's go pour la suite. N'hésitez pas à laisser une review, l'auteure passe les lire de temps en temps ^^
The truth denied
Obi-Wan secoua vivement la tête.
- Maître, est-ce que vous allez bien ? Vous me confondez avec quelqu'un d'autre. Je ne suis pas l'Élu. Je suis tellement loin d'être... d'être aussi puissant ou... ou d'être aussi important. Je ne suis pas spécial. Je suis juste... moi.
- Obi-Wan, je sais que c'est difficile pour toi à accepter, mais c'est la vérité, répondit fermement Qui-Gon.
Il savait qu'Obi-Wan nierait automatiquement. Le garçon ne voulait pas porter le titre « d'Élu ». Qui-Gon n'était pas certain de pouvoir le convaincre qu'il était bel et bien l'Élu, surtout pas avec cette conversation. Mais Obi-Wan méritait de connaître la vérité, qu'il la nie ou non.
- Tu es bien plus puissant dans la Force que tu ne le crois. Pendant des années je l'ai vu et je l'ai senti.
Obi-Wan secoua plus violemment la tête.
- Non, Maître. Je ne suis pas puissant du tout. J'ai tout juste réussi à vous sauver la vie. Si j'étais aussi puissant que l'Élu, ça n'aurait pas dû être aussi difficile.
- Obi-Wan, écoute-toi. (Qui-Gon se rapprocha de lui, jusqu'à ce que ses genoux touchent les siens et encadra de ses mains les joues du jeune homme.) Tu m'as sauvé la vie alors qu'il était trop tard pour que je puisse être sauvé. Pour n'importe qui, ça aurait été une tâche presque impossible. Je n'aurai pas survécu si tu n'avais pas été là. La blessure était trop grave pour être soignée. Tu as changé le cours du destin. La Force a changé de volonté et m'a laissé vivre. Tu as rendu tout ça possible. Tu as un accès extrêmement aisé à la Force, si aisé que personne n'avait encore jamais vu ça, y compris quand tu avais tout juste treize ans. Cherches en toi jeune Padawan. Que te dit la Force ?
Il pouvait clairement voir que son Padawan en était ébranlé et c'était douloureux de savoir qu'il était celui qui avait perturbé l'équilibre d'Obi-Wan mais, le garçon avait besoin de savoir. Il avait le droit de savoir. Pourquoi ? Pourquoi ça n'avait pas pu être quelqu'un d'autre qu'Obi-Wan ? Son cœur devint lourd à la simple pensée des futures responsabilités de son garçon. Obi-Wan ne méritait pas une vie en tant qu'Élu. Il devrait avoir la vie normale et heureuse d'un Jedi, négocier des traités de paix sur les planètes et non détruire les Sith.
Qui-Gon soupira quand Obi-Wan ne répondit pas. Il n'avait même pas bougé, le regard lointain, le visage dur et inexpressif.
- Les injections que tu prends tous les mois ont quelque chose à voir avec ça, mon garçon. Ce liquide est une sorte de solution qui provoque l'illusion que ta signature dans la Force est plus faible qu'elle ne l'ait réellement. C'est un moyen de te protéger des Jedi passés du Côté Obscur et des Sith. Yoda voulait te garder, toi l'Élu, à l'abri pour que tu puisses vivre une vie normale.
A sa grande douleur, Obi-Wan repoussa ses mains de ses joues et se releva.
- Je ne suis pas l'Élu, Maître, dit-il sèchement. Je ne sais pas pourquoi vous me dites que je le suis. J'ai beaucoup de respect et d'affection pour vous, Maître, mais... mais je ne peux pas accepter ça. Je ne suis qu'un Jedi ordinaire qui accomplit son devoir envers la République. Anakin est plus disposé pour ce titre, et c'est seulement un gamin de neuf ans. Par la Force, il a construit un droïde de protocole ! A l'âge de neuf ans ! C'est le premier humain qui survit et qui gagne une course de pod ! Il a lui-même construit son pod ! Je ne suis pas cet... cet... (il soupira, frustré.) Il n'y a rien de spécial en moi.
Il y eut une pause pleine de tension.
- Obi-Wan... souffla doucement Qui-Gon, réalisant qu'il acculait son Padawan. Quand on arrivera sur Coruscant, nous irons voir le Conseil. Ils pourront t'en dire plus que moi et répondre à toutes les questions. Ils savent que tu es l'Élu et...
- Alors ils ont tord aussi ! cingla brusquement Obi-Wan, interrompant Qui-Gon au beau milieu d'une phrase.
Il y eut un autre instant de silence stupéfait. Obi-Wan avait l'air abasourdi : comme s'il ne pouvait pas croire ce qu'il venait de dire et interrompu son Maître. Son regard papillonna maladroitement dans la chambre avant de dire sur un ton maîtrisé, trop maîtrisé :
- Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, Maître, je vais aller... parler à Skent.
Qui-Gon soupira et hocha la tête. Ils étaient loin d'en avoir fini avec cette conversation, mais c'était beaucoup d'informations à digérer pour le jeune homme. Le moins qu'il pouvait faire, c'était laisser à Obi-Wan le temps de réfléchir à tout ça avant de poursuivre le sujet s'il y en avait besoin.
- Tu peux y aller, Obi-Wan, mais reviens avant le dîner. Nous irons ensemble au mess.
C'était sa manière de s'assurer qu'Obi-Wan ait mangé quelque chose. S'il était avec lui du début à la fin du repas, il sera en mesure de garder un œil sur la quantité de nourriture qu'avalera Obi-Wan. Par ailleurs, après la conversation qu'ils venaient juste d'avoir, il était sûr qu'Obi-Wan ferait de son mieux pour ne pas avaler grand chose.
Le cœur lourd, il regarda Obi-Wan quitter la chambre. Il savait qu'il allait revenir avec la tête honteusement baissée pour lui demander son pardon, mais ça ne rendait pas les choses plus faciles de savoir qu'Obi-Wan avait jugé nécessaire de s'échapper de cette conversation. Peut-être serait-il préférable de ne pas voir le Conseil à leur retour. Il n'y avait pas besoin d'approfondir cette question. L'approfondir pourrait menacer leur relation et c'était la dernière chose que Qui-Gon désirait. Si cette seule conversation avait poussé Obi-Wan à quitter la pièce, il ne voulait pas savoir ce qu'il se passerait s'il approfondissait le sujet.
Qui-Gon se releva, gémissant lorsque ses genoux craquèrent. Il se faisait vieux pour ça. C'était dans les instants comme celui-ci qu'il était heureux de ne plus avoir à courir après un jeune garçon de plus. S'il avait fini par former Anakin, il ne savait pas comment il aurait fait. Il n'avait aucune idée de comment Yoda allait s'y prendre. Un jeune garçon, c'était beaucoup à gérer pour un vieux Maître Jedi. Il fut soudainement heureux de ne pas finir en tant que Maître d'Anakin. Ça ne voulait pas dire qu'il ne l'aurait pas fait s'il avait absolument dû le faire, mais il était content d'avoir un jeune homme calme et posé durant les instants où son âge rattrapait ses os.
oOo oOo oOo
Obi-Wan était assis sur le bureau provisoire de Skent, ses mains crispées sur les rebords, ressassant ce que son Maître lui avait dit. Il était directement venu ici après leur petite discussion et il avait parlé de tout ça à Skent, se confiant à lui comme s'il était un Guérisseur de l'esprit, ou Bant. Maintenant que tout était dit, tout ce qu'il pouvait faire c'était rester assis là, se sentant complètement vidé et embourbé dans l'auto-apitoiement, se haïssant pour avoir hurler après son Maître. Pendant tout ce temps, Skent était resté calmement assis, ses mains étreignant son datapad. Il savait qu'il y avait son dossier médical sur ce datapad. Skent avait à nouveau vérifié son état de santé lorsqu'il avait fait irruption dans l'infirmerie. Le Guérisseur officiel du vaisseau était parti au mess un peu avant le moment où il était entré, peut-être avait-il senti le besoin d'Obi-Wan de parler seul à seul avec son ami de confiance.
Il leva son regard du sol blanc pour jauger la réaction de Skent. Il ne savait pas à quoi s'attendre. Skent lui ordonnerait-il de retrouver Qui-Gon et de lui envoyer un Guérisseur pour qu'il détermine s'il était sain d'esprit ou pour le sermonner pour avoir remis en cause l'autorité de son Maître ? Ces suppositions étaient assez similaires mais elles ne furent pas comparables à la réaction de Skent.
- Qu'est-ce qui te fait croire que Qui-Gon ait menti ? demanda calmement Skent.
- Je ne pense pas qu'il m'ait intentionnellement menti ! Je crois qu'il est vraiment persuadé que ce qu'il m'a dit est vrai et que ça me concerne !
- Je vois, répondit Skent avec un hochement de tête. Et pourquoi ça ne pourrait pas être la vérité ? interrogea-t-il.
Obi-Wan retint un gémissement.
- Tu n'as pas écouté ? Je ne suis pas assez fort, pas assez puissant. Je ne suis pas l'Élu. Je le saurais si je l'étais, non ? dit-il dans une question rhétorique. Je suis juste un Jedi moyen qui effectue des choses normales d'un Jedi dans la moyenne.
- C'est ce que tu es ou ce que tu veux être ?
Obi-Wan cligna des yeux, surpris et incapable de répondre. Skent haussa nonchalamment les épaules, ne donnant pas le temps à Obi-Wan de répondre.
- Continuer à être un Jedi moyen. Ne pas tenter d'évoluer et de modifier le point de vue que tu as sur toi-même parce que Qui-Gon te dis que tu es l'Élu. Ne pas te forcer à essayer de le satisfaire en agissant comme si tu étais plus puissant que tu ne l'es réellement... Ce que... ajouta-t-il rapidement avant qu'Obi-Wan ne puisse protester... tu es enclin à faire de temps en temps. Peu importe le nombre de fois où tu protesteras, Obi-Wan, tu recherches constamment l'approbation de Qui-Gon et essaies de le satisfaire sans voir qu'il est déjà content de toi. Il te veux pour toi-même. (Il fit une pause, gratifiant Obi-Wan d'un regard qui le défiait de nier. Le garçon garda les lèvres closes et Skent poursuivit.) Je crois que les prophéties sont comme les visions, ajouta-t-il en revenant sur le sujet.
Obi-Wan lui lança un regard curieux.
- Comment ?
- La Force nous donne des visions pour deux raisons. La première pour que quelqu'un change l'avenir et s'assure que la vision ne se produise pas. La seconde pour préparer quelqu'un. Cette personne n'est pas censée essayer de les modifier, mais se préparer mentalement à la mort d'un ami ou un danger soudain planant sur un ami, etc. La plupart des visions veulent simplement te préparer. Voilà pourquoi lorsque quelqu'un agit suite à une vision et essaie de la changer le simple fait d'agir conduit à la réalisation de la vision. Les prophéties sont pareilles. Note cependant qu'il n'y a pas beaucoup de prophéties connues et que ça peut fausser mon jugement.
- Alors pourquoi crois-tu qu'elles sont pareilles ? questionna à nouveau Obi-Wan.
Il savait tout à propos des visions. A plusieurs reprises il en avait eu des leçons de la part de Yoda et de Qui-Gon. Être très réceptif à la Force Unificatrice lui avait donné de nombreuses visions au fil des ans et avec elles, des leçons. Cependant, il ne savait pas comment les visions pouvaient être identiques aux prophéties. Ces dernières ne lui étaient pas familières puisqu'il n'avait été confronté qu'à une seule d'entre elles et, comme Skent l'avait dit : au fil des ans, il n'y avait pas eu beaucoup de prophéties connues.
- Les vraies prophéties se produisent rarement, que nous soyons conscient de leur existence ou non. Que tu ignores une prophétie ou non, elle finira de toute façon par se réaliser. Idem si tu essaies de la réaliser. Tu pourrais même ne pas être au courant d'une prophétie concernant un événement ou une personne et elle se réaliserait toujours. Elles ont pour habitude de se réaliser quoi que tu fasses, et tout comme pour une vision, tu n'es pas censé les modifier. Mais garde à l'esprit que c'est mon propre avis, répéta Skent en se rencognant dans son siège et en haussant à nouveau les épaules. Ne t'en inquiète pas, Obi-Wan. Soit simplement toi-même et ne laisse pas la prophétie peser comme un fardeau sur tes épaules. Si elle doit se produire, alors se produira. Si tu es l'Élu, alors tu l'es. Si n'es pas l'Élu, alors tu ne l'es pas. Ne laisse pas ça te préoccuper.
- Alors pourquoi prendre la peine de me dire tout ça ? Si... si je suis cet Élu que je ne suis pas. Pourquoi me dire que ça n'y changera rien ? demanda Obi-Wan, ses mains ayant relâcher leur prise sur les bords du bureau tandis que leur discussion se poursuivait.
- Aurais-tu préféré qu'il ne le dise pas ? Aurais-tu préféré qu'il garde ça pour lui et ne t'en fasse pas part ? rétorqua Skent. Je veux dire, si tu es l'Élu, voudrais-tu savoir que tu l'es ? Ou préférerais-tu que Qui-Gon ait gardé pour lui un secret qui te concerne ?
Obi-Wan prit le temps de réfléchir avant de secouer lentement la tête.
- Non, je pense que j'aurais aimé savoir.
Skent approuva du chef.
- Bien, alors il n'y a plus de raison pour que t'en prennes à ton Maître.
Obi-Wan grinça des dents en se souvenant de son attitude avec Qui-Gon. Qui-Gon pourra-t-il jamais lui pardonner son comportement ? Skent se leva et posa le datapad sur le bureau, à côté d'Obi-Wan.
- Depuis que je t'ai fait tes injections au Temple, nous sommes partis pendant plus longtemps que ce que j'avais prévu pour aller sur Naboo. Mais je suppose que Qui-Gon te les a faites ? demanda-t-il en changeant de sujet.
Obi-Wan acquiesça distraitement, son esprit toujours centré sur ce que Qui-Gon et Skent lui avaient dit. Qui-Gon avait appris à lui faire ses injections il y a des années, juste avant qu'il ne partent pour leur première mission. C'était au cas où ils devaient partir loin du Temple pendant plus d'un mois. Le rappel des injection rappela à Obi-Wan ce que Qui-Gon lui avait dit à propos de ces dernières. Pour la première fois depuis bien longtemps, Obi-Wan était tenté de questionner Skent sur ce sujet. Mais la partie de lui qui craignait de connaître la vérité l'empêcha de poser la question.
- Tu auras besoin d'une injection très bientôt. S'il te plaît, dis-lui que tu en as besoin avant qu'on arrive à Coruscant quand tu lui parleras.
Skent lui lança un regard qui disait qu'il ferrait mieux d'aller tout de suite parler à Qui-Gon et s'excuser. Obi-Wan avait, de toute manière, prévu de le faire et sauta à bas du bureau sans rechigner.
- Ne t'inquiète pas Obi-Wan. Tu connais Qui-Gon aussi bien que moi et peut-être même mieux que moi. Tu penses réellement qu'il ne te pardonnera pas ? Je suis sûr qu'il comprend et qu'il ne t'en tient pas rigueur.
Obi-Wan marqua une pause, réalisant que certaines de ses craintes s'étaient diffusées d'elles-mêmes dans la Force.
- Je sais qu'il sera très certainement pas en colère, Skent, mais... il pourrait être déçu de moi. La déception est pire que la colère. En tant que Jedi, je ne devrais pas laisser mes émotions...
Skent posa une main sur son épaule et le garçon cessa immédiatement de parler.
- Maintenant, je sais que tu as besoin de lui parler si tu penses l'avoir déçu pour un petit éclat de voix. Tu es toujours un Padawan, Obi-Wan, pas un Maître Jedi...
- Un Padawan en fin d'apprentissage (1) dont le Maître pense qu'il est déjà prêt pour ses Épreuves, interrompit Obi-Wan. Cela devrait le faire réagir autrement.
Il cligna des yeux comme ses propres mots le frappaient. N'était-ce pas ce qui voulait ? Pour rester avec son Maître un petit peu plus longtemps et ne pas devenir un jeune Chevalier Jedi de l'Ordre ? Il secoua mentalement la tête. Il y avait une différence entre un Maître qui croyait que vous étiez prêt pour les Épreuves et passer les Épreuves. Il était fier que Qui-Gon croit qu'il était prêt, mais cela ne signifiait pas qu'il voulait passer les Épreuves si tôt. Il ne voulait pas que Qui-Gon croit qu'il était trop jeune ou trop inexpérimenté pour faire quoique ce soit lors d'une mission. Avoir Qui-Gon croyant en lui lui donnait un statut d'égalité avec son Maître. Il serait digne de confiance.
- Même les Maîtres Jedi perdent leur sang froid certaines fois, Obi-Wan. Tu ne peux pas me dire que tu n'as jamais vu Qui-Gon élever la voix, rétorqua Skent. Tu étais sûrement là quand Qui-Gon débattait avec le Conseil. Quelqu'un a certainement dû y perdre son calme, soit Qui-Gon, soit un membre du Conseil, dit-il avec amusement. (Le garçon ricana et hocha la tête, se souvenant de ces incidents passés.) Et je sais que tu étais réveillé quand Qui-Gon se disputait avec moi il y a toutes ces années, lorsque tu as été malade à cause un germe alien dans l'estomac. (Obi-Wan hocha à nouveau la tête avec un léger sourire.) Il y a deux types de personne avec qui il a l'habitude de perdre son calme : les membres du Conseil, et les Guérisseurs lorsqu'il est question de ta santé, déclara Skent avec un mince sourire.
Puis il soupira, semblant soudainement extrêmement sérieux. Il se rassit sur la chaise et regarda Obi-Wan qui se tenait toujours assis sur le bureau puis il détourna le regard.
- Et tu ne l'as pas vu quand nous pensions t'avoir perdu. Quand il pensait t'avoir perdu, dit-il solennellement, son regard perdu dans le souvenir. Un tel désespoir et un tel chagrin. Pire que lorsqu'il a perdu Xanatos.
Obi-Wan voulut intervenir mais un regard sur le visage de Skent lui fit garder le silence. Le Guérisseur secoua la tête et revint à l'instant présent.
- Il tient à toi, Obi-Wan, énormément. Il ne peut pas laisser une petite perte de calme détruire ta relation avec lui.
Obi-Wan écouta ses paroles. La plus grande partie de lui savait que Skent avait raison, mais la petite part d'incertitude en lui était toujours nerveuse de voir la déception sur le visage de Qui-Gon. La part de lui qui craignait toujours de voir de la déception ou de la colère dans les yeux de son Maître. Il essaya de sourire mais ne fut pas sûr d'avoir réussi.
- Merci, Skent.
- Je suis là pour ça, répondit-il avec un sourire affectueux. Maintenant : file, Obi-Wan. Tu as un Maître à qui parler.
Le garçon sortit de la pièce et parcourut rapidement le couloir. L'éclairage était faible dans cette partie du vaisseau, conférant au couloir une apparence sinistre. C'était sombre, vide et silencieux. Les seuls bruits perceptibles provenaient de ses pas contre le sol métallique. Il y avait peu de gens à bord du vaisseau. Et l'équipage était en-dehors de ses heures de travail, ce qui rendait les couloirs silencieux. Avec les portes de l'infirmerie closes, il ne pouvait même pas entendre Skent. Ça donnait à Obi-Wan un sentiment de solitude, l'impression qu'il était le seul à bord du vaisseau. La partie illogique de son esprit craignait que ce soit le cas ; que quelque chose soit arrivée à l'équipage et au deux autres passagers.
Une peur qu'il n'avait pas ressentie auparavant, du moins pas de cette intensité, le prit par surprise. Il s'arrêta au milieu du couloir, s'appuyant contre le mur avec sa main. Il respira profondément, son cœur commença à battre plus rapidement, son esprit s'emballa avec des suggestions sans fondement de ce qui avait pu arriver à Qui-Gon et à l'équipage. Il savait qu'il n'était pas seul sur le vaisseau, mais la part illogique, une fois sa graine plantée, grandit et devint panique. Ses jambes et ses mains tremblèrent tandis qu'il essayait de clarifier son esprit. Il regarda droit devant, mais il lui sembla voir un long et solitaire couloir qui s'étirait de plus de plus loin, devenant de plus en plus long. Il ferma les yeux avant d'être pris de vertige. Un son filtra entre ses lèvres tandis qu'il se crispait. Il essaya de penser logiquement, et tenta de laisser la Force l'emplir de soulagement, mais ça ne marcha pas. Il était trop tendu, trop effrayé. Il paniquait trop.
La Force... le lien de formation ! Il abattit les boucliers mentaux qu'il avait mis en place après sa dernière discussion avec Qui-Gon. Il chercha désespérément la lumière et la force que lui apportait son lien avec Qui-Gon. Il le trouva assez facilement. Son Maître n'était pas loin de lui, peut-être encore dans leur chambre. Il était toujours là. Obi-Wan n'était pas seul. Son Maître sentit sa recherche désespérée et lui envoya un sentiment de réconfort et d'inquiétude. La chaleur qui emplie Obi-Wan le fit glisser au bas du mur avec soulagement. Il s'assit là, appuyé contre la parois, les yeux clos, concentré sur le lien ouvert. Sa respiration s'apaisa, tout comme son rythme cardiaque. Il sentit son Maître se rapprocher rapidement et il ne pouvait pas être plus heureux. Il n'aurait jamais pensé qu'il agirait de cette manière : aussi illogiquement sur un simple fait. Il était vraiment un Jedi faible. Certainement pas l'Élu comme son Maître le croyait.
- Obi-Wan !
Il entendit les pas rapides de son Maître se précipitant vers lui et il força ses yeux soudainement fatigués à s'ouvrir. Qui-Gon s'agenouilla à côté de lui, son visage affichant un air inquiet.
- Maître... soupira de soulagement Obi-Wan.
Il se sentait beaucoup mieux maintenant que Qui-Gon était avec lui aussi bien physiquement que mentalement. Il appuya son front contre la parois fraîche du vaisseau et referma les yeux. La fraîcheur de la parois contre son front brûlant lui fit du bien. Une main apaisante toucha doucement sa tempe. C'est alors que le garçon prit vaguement conscience que son front était humide de sueur.
- Obi-Wan, qu'est-ce qui ne va pas ? J'ai senti ta détresse. Qu'est-il arrivé ? interrogea doucement Qui-Gon avec inquiétude.
Il ouvrit les yeux et tourna la tête pour faire face à son Maître.
- Ce n'est rien, Maître. Je suis désolé de vous avoir dérangé, répondit-il tandis qu'il luttait pour reprendre quelque maîtrise de soi puis il se redressa. C'était puéril, vraiment, Maître.
- Obi-Wan, ce que j'ai ressenti venant de toi était loin d'être puéril. S'il te plaît, dis-moi ce qui t'as perturbé.
Le garçon secoua la tête.
- Il n'y a vraiment pas de quoi s'inquiéter, Maître.
Lamentable, lamentable, lamentable. Il ne pouvait pas croire combien il se sentait puéril et lamentable là maintenant. Il était stupide et complètement illogique. Il n'y avait rien pour étayer sa peur sans fondements. Il ne pouvait pas croire à quel point il était minable. Pour l'amour de la Force, il avait vingt et ans. Il n'était plus un enfant qui avait besoin que quelqu'un prenne soin de lui.
- Arrête Padawan ! claqua brusquement Qui-Gon.
Obi-Wan sursauta et porta son regard sur lui. Son visage était dur et un feu passionné brûlait dans ses yeux.
- Arrête de penser que tu es lamentable. Tu es loin de l'être.
Confus que Qui-Gon sache ce qu'il pensait, Obi-Wan sonda ses boucliers mentaux, pour se rendre compte que dans sa précipitation pour ouvrir le lien, il avait abaissé la totalité de ses boucliers, permettant à n'importe quelle personne sensible à la Force et entraînée, de lire ses pensées et ses ressentis. Il redressa rapidement quelques boucliers avant de détourner son regard loin de Qui-Gon.
- Obi-Wan, regarde-moi.
Le garçon garda les yeux baissés, se sentant absolument et épouvantablement honteux. Il ne voulait pas croiser le regard de son Maître.
- Padawan, regarde-moi, ordonna Qui-Gon.
Entendant la voix imprégnée d'autorité de son Maître, il releva lentement les yeux. Qui-Gon plaça ses mains sur ses joues et le fixa droit dans les yeux.
- Tu n'es pas lamentable. Tu as traversé beaucoup d'épreuves, Obi-Wan. Tu es un jeune homme fort. Alors, maintenant, mon garçon, dis-moi ce qui s'est passé ? Et ne me dis pas que ce n'était rien, prévint Qui-Gon avant qu'Obi-Wan n'ait pu dire un seul mot. Tu n'es pas rien pour moi, petit. Quelque soit les peurs que tu ressens, je ne penserai jamais que tu es lamentable, ni parce que tu en éprouves, ni à cause de tes réactions face à elles.
Obi-Wan porta son regard sur le couloir, se souvenant de ses pensées et de ses impressions lorsqu'il avait prit conscience de combien il était seul, qu'il n'y avait personne d'autre dans les environs et qu'il ne pouvait pas sentir la présence de son Maître.
- C'était calme, Maître, murmura-t-il. Je suis sorti de l'infirmerie et les portes se sont refermées derrière moi. Il n'y avait aucun bruit. J'avais bridé notre lien et je ne pouvais plus vous sentir. Il n'y avait personne dans les parages. Je... je...
Il baissa honteusement les yeux. Qui-Gon plaça une main sous son menton et il lui releva la tête gentiment mais fermement.
- N'aies pas honte, dit-il doucement.
Obi-Wan le gratifia – il en était sûr – d'un regard pitoyable.
- Vous n'étiez pas là et j'ai... j'ai paniqué. Je me suis senti si... seul. Je suis désolé, Maître. Je sais que c'est puéril et que je me suis emballé.
- Ne sois pas désolé, Padawan. Ce n'était pas puéril. (il soupira.) Viens là, petit.
Il attrapa Obi-Wan par les épaules et l'attira dans une étreinte. Ses bras s'enroulèrent autour du corps plus petit du jeune homme. Obi-Wan sentit la chaleur de l'étreinte l'envelopper. Il ferma les yeux et se lova contre la poitrine de son Maître. Sa tête contre le cœur de Qui-Gon, il écouta une fois de plus les battements rassurants. Il sentit le menton de Qui-Gon appuyer sur le haut de son crâne.
- Je ne vais nulle part, Obi-Wan, murmura son Maître.
Ça ressemblait fort à une promesse, apportant du réconfort au garçon.
Il entendit les portes de l'infirmerie s'ouvrir avec un bruissement quelque part derrière lui, mais il ne bougea pas et ne prit même pas la peine d'ouvrir les yeux. Il sentit le menton de Qui-Gon glisser du haut de sa tête tandis que le vieil homme levait le regard. Puis son menton tapota son crâne tandis qu'il conversait avec Skent avant que les panneaux coulissants de l'infirmerie ne se referment dans un chuintement.
- Viens, mon garçon. Retournons dans nos quartiers. Nous allons laisser tomber le repas pour cette fois. Il semblerait que tu aies d'avantage besoin de repos que de manger, déclara Qui-Gon en l'aidant à se hisser sur ses pieds.
- Oui, Maître, répondit distraitement Obi-Wan laissant Qui-Gon le soutenir.
oOo oOo oOo
Qui-Gon était assis au mess devant une assiette à moitié pleine regardant droit devant lui. Skent, en face de sa table, aspirait sa soupe, complètement absorbé par son bol. La salle bourdonnait des conversations des membres de l'équipage parlant et riant entre eux. Le Jedi était installé loin des membres de l'équipage de Naboo, calé contre un angle de la pièce qui lui permettait d'avoir une vue d'ensemble de la salle. Il avait espéré avoir du temps pour réfléchir, mais Skent s'était assis en face de lui, lui posant des questions inquiètes à propos d'Obi-Wan. Qui-Gon était habilement parvenu à tenir Skent loin de ce sujet sans que le Jedi Guérisseur ne s'en soit aperçu puis, il n'avait pas fallu longtemps pour que Skent soit distrait par la nourriture sous son nez, laissant Qui-Gon seul avec ses pensées.
Ses pensées, qui naturellement, étaient entièrement centrées sur un jeune homme qui était en train de dormir dans leurs quartiers, séduit par la Force de sommeil. Il n'avait pas réalisé à quel point le combat contre le Sith et l'expérience de mort rapprochée avait affecté Obi-Wan. C'était une bonne chose que le Conseil ne le fasse pas Chevalier pour l'instant. Physiquement, Obi-Wan allait mieux, sa guérison allant bon train, il était à nouveau debout. Mais mentalement, comme Qui-Gon venait de s'en apercevoir, Obi-Wan avait du mal à retrouver son équilibre. Avoir manquer de perdre son Maître avait déclenché une angoisse chez son jeune Padawan. C'était la peur d'être seul, sans son Maître. Qui-Gon n'avait aucune d'idée de comment aider le garçon à surmonter cette peur. Peut-être qu'Obi-Wan devrait aller consulter un Guérisseur de l'esprit, mais son fils détestait tous les types de Guérisseurs. Le Jedi soupira et repoussa sa nourriture dans son assiette. Obi-Wan n'avait pas le choix. Une angoisse comme celle-ci devait être surmontée. Ce n'était pas sein pour leur travail en tant que Jedi. Peut-être que Qui-Gon devrait demander un mois de pause sans missions. Il était sûr que le Conseil le lui accorderait. Il ne leur avait pas souvent demandé quelque chose et Obi-Wan et lui venaient de traverser beaucoup d'épreuves lors de leur dernière mission.
- Tu n'as jamais répondu à ma question, Qui-Gon.
La voix de Skent le sortit de ses pensées. Il leva les yeux, le visage inexpressif. Skent avait apparemment fini sa soupe. Après avoir été distrait, il revenait sur le sujet que Qui-Gon avait évité plus tôt.
- Comment va Obi-Wan ? Que s'est-il passé dans le couloir ?
Qui-Gon soupira intérieurement, sachant qu'il ne pourrait pas dévier Skent du sujet une seconde fois : il pourrait s'en rendre compte s'il essayait.
- Obi-Wan ira bien, Skent. Il semble plus affecté par le combat contre le Sith que ce que nous avions pensé. Je suis en train de songer qu'il devrait aller voir un Guérisseur de l'esprit quand nous rentrerons au Temple, dit-il sombrement.
La pensée de son apprenti ayant besoin d'un Guérisseur de l'esprit pesait lourdement sur sa conscience.
- Tu penses vraiment que c'est nécessaire, Qui-Gon ? Tu sais combien Obi-Wan déteste aller voir les Guérisseurs, et avec un Guérisseur de l'esprit, ce sera pire.
Qui-Gon acquiesça tandis qu'il observait les membres de l'équipage qui bavardaient encore dans la salle. La plupart étaient partis, retournant à leur poste, mais certains s'attardaient encore à une table ou deux.
- Obi-Wan a développé une angoisse qui aurait besoin d'être... surmontée avant de partir pour une nouvelle mission. Autrement, ça pourrait être trop dangereux, dit-il. Il a paniqué quand il a été seul et qu'il ne pouvait pas sentir ma présence, ajouta-t-il en répondant à la question implicite de Skent.
Celui-ci soupira.
- C'est ce que je craignais. Vous avez le lien le plus fort que je n'ai jamais vu. Je dois dire que j'ai été surpris qu'Obi-Wan ne montre pas... (il s'arrêta, cherchant ses mots)... de troubles psychologiques du fait que votre lien a pratiquement été rompu. C'est ce que je craignais qu'il n'arrive si tu avais été vraiment mort. Avoir un lien aussi puissant brusquement brisé pourrait causer des dommages psychologiques. Habituellement, il n'y a pas ce problème lorsque l'autre meurt mais, comme je le disais, vous avez le lien le plus puissant que je n'ai vu de toute ma vie. Et dans votre cas, avoir failli mourir aura été suffisant pour ébranler votre lien à un degré qui a pu affecter le présent.
Qui-Gon s'appuya contre le dossier de sa chaise et approuva.
- Je n'en suis pas affecté grâce à mon âge mais Obi-Wan est beaucoup plus jeune et plus vulnérable. (Sa supposition fut confirmée lorsque Skent hocha la tête). Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour l'aider ?
- Sois là pour lui, je suppose. Laisse votre lien ouvert pour lui. Fais-lui savoir que tu es là. Je suis navré. C'est tout ce que je peux te proposer. Je ne suis pas un Guérisseur de l'esprit, s'excusa Skent.
Qui-Gon lui sourit.
- Tes conseils ont été retenus, Skent et je vais m'assurer de les suivre à la lettre, affirma-t-il.
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Lorsque Qui-Gon se réveilla durant leur second jour de voyage, Obi-Wan était déjà réveillé et il essayait de méditer. Il ne semblait avoir beaucoup de succès. Il était à genoux sur le sol à côté de la couchette, ses yeux étaient clos mais son visage était crispé. Il soupira profondément et ouvrit les paupières. Qui-Gon était sûr que ce qu'il avait dit au garçon, ajouté à sa nouvelle angoisse l'avaient empêché de méditer correctement. Par expérience, Qui-Gon savait combien il pouvait être frustrant d'être incapable de trouver la paix dans la méditation.
- Il me semble que tu aies besoin d'aide, Obi-Wan, dit-il tandis qu'il se redressait sur sa couchette.
Les yeux du garçon se portèrent brusquement sur lui.
- Maître ! Je ne me suis pas aperçu que vous étiez réveillé. Désolé.
Qui-Gon était sûr que si Obi-Wan n'avait pas été formé comme un Jedi, son visage aurait été rouge d'embarras.
- Tout va bien, Obi-Wan. Tu as l'air préoccupé.
Qui-Gon se coula hors de la couchette et s'agenouilla sur le sol. Il se déplaça pour faire face à son élève. Celui-ci détourna les yeux, sans doute à cause de l'incident d'hier.
Ils restèrent l'un en face de l'autre durant un instant de silence tendu avant qu'Obi-Wan ne prenne la parole :
- Je suis désolé Maître, pour hier. Je ne voulais pas vous manquer de respect et je vous remercie de me dire que vous croyez que je suis l'Élu. Mais je ne peux pas accepter que ce soit vrai. Je m'excuse très sincèrement pour mon attitude. Être en désaccord avec vous ne m'autorisait pas à être irrespectueux envers vous, dit-il honteusement.
- Obi-Wan... (Qui-Gon attendit jusqu'à ce que le jeune homme relève les yeux et il lui adressa un sourire tranquille)... je comprends. Je savais que tu ne l'accepterais pas. J'avais prévu cette réaction. Il n'y a pas besoin de me demander pardon. Mais, quoiqu'il en soit, si tu veux me le demander, petit, alors il t'ait accordé. Je te pardonne.
Il fit une pause, laissant Obi-Wan assimiler ses paroles. Il attendit qu'il relève la tête. La lumière dans ses yeux témoignait de sa reconnaissance pour le pardon de son Maître. Celui-ci sourit et tapota le genou du garçon.
- Laisse-moi t'aider avec ta méditation, dit-il.
- Merci, Maître.
- Je suis toujours ton Maître, Obi-Wan. C'est mon travail de t'aider avec ta méditation, répondit-il avec un sourire en retirant sa main du genou d'Obi-Wan.
Ce dernier secoua la tête.
- Non, Maître. Je veux dire : merci pour tout, clarifia-t-il, son visage exprimant sa profonde et sincère gratitude pour tout que ce Qui-Gon lui avait apporté, et pas juste en ce moment, mais pour tout : sa compréhension, sa patience, sa présence tranquille, la force de ses mots, ses enseignements, tout.
Qui-Gon voulut lui dire qu'il n'avait pas besoin de le remercier, qu'il était tout à fait volontaire pour le former, l'aider à résoudre ses problèmes, et qu'il lui pardonnerait toujours, mais il savait que ce n'était pas ce qu'Obi-Wan avait besoin d'entendre. Pas en ce moment. Il sourit à son fils, maintenant jeune homme compétent avec une affection sincère.
- De rien, petit.
Note de trad (1) : en anglais c'est « Senior Padawan ». Malheureusement, n'ayant pas une connaissance extrêmement approfondie de l'univers Star Wars, je ne connais pas l'équivalent français officiel de ce titre malgré divers recherches pas très concluantes. Ma traduction est donc un peu éloignée de la VO. Si quelqu'un connait le bon équivalent, je suis preneuse !
