De retour à Poudlard, prête à recevoir une sanction, Viridis devra enquêter sur ce qu'il s'est passé près de la cabane hurlante et fera une bien étrange découverte...
Chapitre 9 : La cage aux corneilles.
Le bureau de Dumbledore était un véritable atelier aux curiosités. Je m'y serais sans doute intéressée, tentant de deviner l'usage de chacun des instruments d'argent qui y était entreposé si je n'étais pas toujours sous le choc de ce que j'avais vu.
Cela devait avoir un rapport avec l'Ordre de Morgane. C'était sans doute ce que pensait également Dumbledore car, quand Tonks et moi eûmes fini notre récit, il garda un court instant le silence, ses yeux étincelants étrangement derrière ses lunettes, avant de reprendre :
– Merci pour votre aide Miss Tonks. Je vais vous demander à présent de regagner votre salle commune le temps que je m'entretienne avec Miss McTerrwick.
Je jetai un coup d'oeil à mon amie qui me lança un regard inquiet avant de répondre :
– Bien, professeur.
Là-dessus, elle tourna les talons et quitta la pièce en fermant la porte sur un silence de plomb.
– Je n'ai pas voulu l'inquiéter en lui demandant de réserver un lit à l'infirmerie, mais je pense que vous devriez y passer la nuit quand, bien sûr, nous aurons éclaircis quelques petits points… Comme par exemple…
Les yeux bleus attrapèrent les miens et j'eus l'impression d'être transpercée de part en part, je frissonnai de culpabilité avant même qu'il ne me demande :
– Pourquoi te trouvais-tu près de la cabane hurlante alors que nous avions été d'accord sur ton accès strict aux zones très fréquentées de Pré-au-Lard ?
Comme vous vous en doutez, je n'étais pas à l'aise et je fis de son mieux pour rassembler ses forces au fond de son fauteuil qui, tout moelleux qu'il était, me paraissait parfaitement inconfortable… Je pris le temps de réfléchir à la façon de formuler ma réponse, suffisamment longtemps pour que ce soit le professeur Dumbledore qui brise en premier le silence.
– Miss Tonks est une amie fidèle, comme l'aimerait Helga Poufsouffle, la fondatrice de sa maison, mais elle est aussi d'une joie et d'un engouement communicatifs…
Je sursautai et me rendis compte que j'avais complètement gardé mes yeux fixés à ceux de Dumbledore. Vu sa puissance, il pouvait être un excellent legilimens, ce qui se vérifia quand j'en sus plus sur lui plus tard… A ce moment-là, en tout cas, je ne m'étais pas rendue compte qu'il avait accédé à mes sentiments enfouis. Je détourna aussitôt le regard, confuse. Fatiguée comme je l'étais, je n'avais pas senti mon esprit vaciller, devenir une proie facile… et je m'en voulais pour cela. Ma mère m'avait formée pour ne pas me laisser avoir aussi facilement. Ravalant mon orgueil en même temps que ma salive, je me contentai d'acquiescer.
– Je vois. Nous en rediscuterons plus tard. Je vais te demander un dernier effort avant que nous reprenions notre petit entretien. Je possède bien quelque moyens sûrs de sentir les émanations de magies noires mais si, comme je le présume, notre affaire concerne de près ou de loin tes aptitudes particulières, il va falloir que tu m'accompagnes sur place pour vérifier ce qu'il reste de cette manifestation.
Nouvel acquiescement. L'espace d'avant, il ne me semblait pas possible d'être plus fatiguée que je l'étais. Pourtant, une profonde lassitude s'abattit telle une chape de plomb sur moi à cette annonce.
– Bien, fit-il.
Il se leva et me tendit sa main aux doigts fins.
Je n'eus qu'à me laisser porter par le sort de lévitation du directeur. Un moyen de transport qu'il devait être le seul à pouvoir utiliser au sein de l'école… mais qui avait eu le mérite d'être reposant en plus de me donner l'impression de voler sous ma forme de corneille sans me fatiguer. En arrivant en vue de la cabane hurlante, cependant, un boule d'angoisse apparut dans mon ventre. Totalement réveillée par l'adrénaline, j'observai de toutes parts dans l'espoir de ne rien y trouver et… en amorçant la descente, rien ne fut effectivement visible.
Mon cœur battait malgré tout à tout rompre, hésitant entre le soulagement, la surprise et ce sentiment latent d'inquiétude, comme si ce qui ne pouvait être vu attendait simplement pour frapper.
Le professeur Dumbledore sembla d'ailleurs tout autant sur ses gardes. Soudain très concentré, il avait un air que je ne lui connaissais pas. Il faut dire que je ne l'ai jamais beaucoup connu. Ses yeux étaient alertes. Ses pas vifs démentaient son âge et il inspectait la zone avec efficacité. Je ne le lâchais pas d'une semelle, autant par souci de bien faire que par inquiétude… jusqu'à ce que je le vis et m'arrête.
Ce fut furtif, comme un feu follet, mais aussi sombre et nébuleux que les ombres que j'avais vues précédemment. Il se volatilisa après une acrobatie espiègle à trente centimètres du sol, de l'autre côté de la clôture. Mon arrêt brutal n'était pas passé inaperçu et la voix de Dumbledore m'électrisa :
– Tu as vu quelque chose ?
Il était à mes côtés, calme. Acquiescement puis je lui montrai du doigt la zone où le feu follet avait disparu.
– Reste ici.
Il s'avança et, devant lui, la clôture sembla se dérober. C'était sans doute une clôture tout ce qu'il y avait de plus banale, finalement. Je ne discutai pas son ordre et demeurai en retrait, les sens en alerte, tandis que le directeur se baissait jusqu'à terre. Après un instant où il resta penché sur quelque chose, il m'appela :
– Il vaut mieux sans doute ne pas le déranger mais j'aurais besoin de ton expertise. Tu peux me rejoindre. Plus rien de néfaste ne se trouve ici.
Je pris donc le même chemin en même temps que mon courage à deux mains. J'enjambai la clôture affaissée. Il m'était difficile d'oublier la cabane hantée puisque toutes les rumeurs à son sujet faisait vibrer l'air autour de moi de ces énergies galvanisantes qui se répercutaient dans mon corps. Elles faisaient pulser le sang dans mes veines plus intensément encore que mon propre coeur, mais… je finis pas les ignorer totalement quand, arrivée au niveau du directeur, je vis ce qui avait retenu son attention.
C'était une pierre tout ce qu'il y avait des plus banales, à ceci près qu'un étrange symbole était gravé dessus… un symbole que je connaissais bien. Trois oiseaux en cercle entourant un triskel : le symbole de notre famille, mais pas uniquement. Autour on avait rajouté une forme géométrique : un carré qui enfermait les corneilles comme une cage. Je n'avais aucun doute quant au fait que Dumbledore avait reconnu notre emblème, mais il semblait interrogateur sur la cage. Tout comme moi.
Les ombres, le feu-follet…. La cage.
Tout cela était nouveau pour moi et pourtant, en voyant cette pierre, cette gravure, c'était comme si mon corps reconnaissait enfin quelque chose. Quelque chose que ne saisissait pas encore mon esprit.
