Disclaimer : Harry Potter = Propriété de JK Rowling
Ok, il m'aura fallu ma vie pour le sortir celui-ci, mais j'ai enfin trouvé le temps de le terminer ! Je tiens à préciser que je ne compte pas abandonner cette fic (certains lecteurs semblaient inquiets de ma longue absence), l'intrigue est déjà toute tracée… C'est vraiment une question de manque de temps quand je ne poste pas. Les partiels me mènent la vie dure, et j'avoue qu'écrire des fics n'entre pas dans mes priorités ! Cela dit, dès que j'ai un petit moment, soyez assurés que j'écris des petits bouts de Rescribo ci et là )
J'espère que vous apprécierez ce chapitre, et je vous reverrai dans quelques semaines/mois pour la suite ! (me connaissant, il n'y aura pas d'updates jusqu'à fin Avril au moins ! Donc bon…)
RESCRIBO
Décembre et Janvier 1937-1938
C'était la fin.
Elle le savait – le sentait. Son histoire s'arrêterait ici, dans une forêt sombre au milieu de nulle part, loin de ses proches et êtres chéris, oubliée du monde. Elle ne se débattrait pas, non pas car elle n'en avait pas la force (un ouragan grondait en elle, et son tempérament de feu était bien connu), mais car elle ne voulait pas.
Ginny était fatiguée, et Ginny aimerait bien que tout s'arrête une bonne fois pour toute.
Une main pâle et squelettique caressa sa joue dans une mimique amoureuse avant d'enserrer violemment son menton. La jeune Weasley était à genoux sur le sol, à bout de forces, mais refusa de baisser le regard quand deux iris rouges se fixèrent sur elle.
Voldemort ricana, enfonçant un peu plus ses doigts osseux dans les joues blêmes de la rousse.
— Encore si brave, si stupide face à la mort, siffla-t-il.
Il était amusé. Ce n'était pas si souvent qu'un Mangemort faisait preuve d'insubordination, et si c'était satisfaisant de les voir être torturés par sa fidèle Bellatrix, le faire lui-même lui procurer un plaisir immense qu'il ne saurait dénigrer.
Quel dommage, pourtant ! Exécuter les Sang-Purs ne faisait pas partie de son agenda – même quand il s'agissait d'un Traître-à-son-Sang. Il pensait pouvoir avoir Potter grâce à la plus jeune Weasley (elle lui avait promis qu'il céderait. Une menteuse, sifflait une voix dans sa tête, doublée d'une traîtresse ! Potter, Potter… Toujours Potter !), pouvoir le rallier à sa cause. A quoi bon risquer de s'entretuer quand ils pouvaient avoir le monde à leurs pieds ?
— Essayer de fuir pour retourner chez Potter et compagnie… Bien tenté, petite Ginny, bien tenté. Mais tu devais te douter que je serai en colère, se moqua-t-il.
Si Ginny avait pu, elle aurait craché au visage de Voldemort. Mais sa mâchoire était prise dans une poigne de fer, et elle ne pouvait que lancer des regards noirs emplis de haine et dégoût.
— Je me demande quelle partie de ton corps je pourrais envoyer à ta famille, songea-t-il avant d'émettre un faux hoquet de surprise : c'est vrai. La petite Ginny a été reniée. Quelle tristesse…
D'un coup, il s'écarta et scanda « Endoloris ! », se délectant de voir la Weasley se tortiller sur le sol, le sortilège lui arrachant des cris de douleurs stridents qui se répercutaient dans la forêt, faisant s'envoler les quelques oiseaux nocturnes nichant sur les hautes branches.
Pour elle – cette maudite fille qui ne savait pas tenir ses promesses, cette maudite fille qui ne lui aura jamais apporté ce satané Harry Potter – il n'y aura pas d'Avada Kedavra libérateur. La mort ne serait pas douce et rapide, Voldemort s'en assurerait. Elle serait pénible, douloureuse, et affreuse.
Il lui fallut plusieurs heures pour que sa colère soit apaisée, et que les cris de la Weasley – autrefois plaisants et amusants – deviennent ennuyants et inconfortables à l'oreille. Las, Voldemort se pencha au-dessus de la jeune fille et baguette collée tout contre son front, susurra un dernier sortilège de découpe qui prendrait soin d'enlever la vie à son petit Mangemort. Dans un petit reniflement dédaigneux, il détourna les talons et s'éclipsa dans la nuit, laissant derrière lui un corps brisé et ensanglanté.
Et tandis que Ginny fermait les yeux, un dernier souffle s'échappant de ses lèvres sanguinolentes et silencieuses, elle se prit à rêver d'un garçon roux qui l'attendait devant le Terrier, ses yeux bleus s'illuminant de joie quand il vit sa petite sœur – idiote, perdue, tellement seule et désolée – courir vers lui, jetant ses petits bras blancs autour d'un cou tout aussi pâle, pleurant à chaudes larmes.
Ron…
Son corps ne serait sûrement jamais retrouvé, mangé par les bêtes sauvages ou enseveli sous des pluies diluviennes, mais Ginny, les yeux éteints rivés sur un ciel sans étoiles, reposait enfin en paix.
xox
L'été, bien qu'apprécié, ne manque pas à Tom alors que les fleurs s'endorment, les arbres se dénudent et que, finalement, le froid de Décembre recouvre le sol dur d'une fine pellicule de givre. Il n'y a pas eu de neige cet hiver, mais quelques pluies battantes sont venues se perdre dans les vagues agitées bordant Shore Cottage.
L'anniversaire de Tom s'est passé dans une bonne entente agréable, les Contes de Beedle le Barde (il a chéri le cadeau reçu l'an dernier, et même si le livre était déjà vieux et corné quand il a atterri entre ses mains, il en prend soin et le bichonne comme il le ferait avec un livre neuf) lus à Rose devant le feu ronronnant dans la cheminée, Miss Hermione aidant parfois le garçon dans sa prononciation de mots sorciers tandis que Mr Harry jouait silencieusement de sa baguette pour faire apparaître des fresques éphémères sur les murs, illustrant parfaitement les récits.
Mais cette saison a aussi apporté bien des tourments au jeune sorcier. Parfois, quand Tom se réveille et que le ciel couvert n'offre que peu de clarté, il se surprend à se demander si tout n'est en fait qu'un rêve. Si Mr Harry ne s'est adouci que pour mieux le poignarder. Si Miss Hermione, derrière ses petits plats alléchants, ne cherche qu'à l'empoisonner. Ces pensées surviennent en général après des cauchemars où il jurerait entendre Miss Hermione – douce, chaleureuse, toujours un sourire à offrir – crier jusqu'à s'en déchirer les cordes vocales, des suppliques entremêlées à des sanglots. Et même si la nausée le prend inévitablement, il y a comme ce sentiment fantôme qui aime cette souffrance et s'en délecte comme on le ferait d'un breuvage onctueux.
Dans ces moments, les cheveux collés contre son front moite et suffoquant sous ses draps, une migraine montre le bout de son nez et Tom se masse les tempes, mâchoires serrées. Parce que ces rêves ont l'air plus réels que la vie paisible qu'il mène au cottage, et qu'il ne veut pas que les Durand sachent à quel point son esprit est torturé.
Il est si préoccupé par ses rêves dérangeants qu'il lui faut une semaine après que Janvier se soit installé pour se rendre compte qu'aucune lettre ne lui a été adressée pour ses onze ans. Cette réalisation le laisse d'abord fébrile – et s'il faisait partie de ce pourcentage de personnes dont la magie n'est pas assez puissante pour être éligible ? Et si c'était à cause de son sang Moldu ? Non. Ça ne pouvait pas être ça, se fustige-t-il. Miss Hermione aussi a du sang Moldu, et bien plus que lui !
Puis l'incompréhension surgit – il fait de la magie depuis longtemps maintenant, et même Mr Harry semble surpris de ses avancées. Alors pourquoi Poudlard ne le contacte pas ? C'est insensé. Insensé !
Et la fureur l'emporte. Une colère si froide qu'elle le brûle lentement de l'intérieur. Ce n'est pas juste. Il sait qu'il a du potentiel – il est même un descendant d'un fondateur de l'école ! C'est son droit – son héritage, même. Ce n'est vraiment pas juste.
Tom est si plongé dans son tourment intérieur qu'il ne se rend pas compte des objets qui tremblent autour de lui, d'abord presque imperceptiblement avant de prendre de l'ampleur, reflétant ses pensées. Les secousses deviennent finalement si fortes qu'un bruit assourdissant de métal s'entrechoquant explose, et Tom sursaute en même temps que Rose éclate en sanglots dans la pièce adjacente. Des bruits de pas vifs approchent, et Mr Harry apparaît dans la cuisine, baguette brandie et ses yeux verts dardant la pièce, cherchant la cause de tout ce remue-ménage. Son regard se pose sur Tom, toujours assis à table, plume cassée dans la main, la pointe encore posée sur son parchemin qu'il devra réécrire au vue de la grosse tache d'encre se propageant sur le papier.
Il se ratatine alors que l'adulte fronce dangereusement les sourcils – Tom ne peut s'empêcher de noter qu'il n'a pas baissé sa baguette.
— Que s'est-il passé ?
Au moins, il lui laisse le bénéfice du doute.
Tom est aussi stupéfait que Mr Harry quand il lâche de but en blanc, d'un air plus outré qu'il ne l'aurait voulu :
— Je n'ai pas reçu ma lettre de Poudlard.
Harry est un instant perplexe devant la réponse, et d'un ton plus surpris qu'il ne l'a été ces dernières années, il s'exclame :
— Et c'est pour ça que tu t'es dit que détruire la cuisine serait une bonne idée ?!
— J'ai rien fait ! s'écrie l'enfant.
Sa voix est montée d'un coup dans un sifflement semblable au Fourchelangue, si bien que Harry resserre inconsciemment son emprise sur sa baguette. Les yeux d'un marron glacé semblent vouloir le transpercer, et les lèvres pincées du garçon tournent au blanc à la commissure. Une image de Voldemort vient se superposer sur le visage de Tom, et Harry est pris d'un vertige.
— Quel affreux tempérament, souffle-t-il finalement d'une voix rauque en toisant le jeune sorcier du regard.
Le jeune Jedusor rougit – de colère ou de honte, Harry ne sait pas – avant de reprendre un semblant de contenance, des doigts fins jouant avec le coin de son parchemin.
— Alors ne m'accusez pas sans preuve.
D'un geste de baguette, la cuisine se remet doucement en place et l'adulte se laisse tomber dans une chaise face au plus jeune. Il l'observe un moment se trémousser dans son siège, comme mal à l'aise sous le regard scrutateur, sans pour autant perdre son air défiant.
— C'était disproportionné, comme réaction, tu ne crois pas ?
Les yeux marrons se plissent, à moitié cachés derrière une frange de cheveux soyeux, et Harry sait qu'il a touché une corde sensible.
— Quand on se fait sans cesse pointer du doigt, on a tendance à vite prendre la mouche, rétorque Tom avec venin.
Il le regrette presque aussitôt, car il n'a jamais été aussi sec depuis son arrivée au cottage. C'est comme s'il était de retour à l'orphelinat où les autres enfants l'évitaient et les nonnes le regardaient avec méfiance. Il n'a pas ressenti le besoin de se défendre aussi vivement depuis longtemps (et pour une chose si triviale, pensera-t-il plus tard), et Tom serre les poings sous la table, essayant tant bien que mal de garder une expression neutre.
Ce n'est pas comme s'il avait essayé de cacher certains aspects de sa personnalité – il sait qu'il peut lui arriver de s'emporter facilement, et il sait que la douleur des autres tend à le conforter dans son isolement – mais sous le toucher de Miss Hermione, aussi rare soit-il, et la reconnaissance, même froide, de Mr Harry, Tom se sent bien. Il n'a pas besoin de dissimuler sa solitude dans des excès de méchanceté – parce qu'être fui pour sa monstruosité est toujours mieux que d'être fui pour rien du tout.
Il voit l'adulte se raidir dans sa chaise, et ce serait passé inaperçu si Tom avait été un enfant plus simplet et peu observateur. Il se demande alors si Mrs Cole a raconté des choses peu savoureuses à son égard, et décide de prendre les rênes de la conversation.
— Allez-y. Dites ce qui vous tracasse, dit-il d'un air diplomate, mains croisées devant lui dans un geste désinvolte.
Et Mr Harry ne se fait pas prier plus longtemps.
— A l'orphelinat, tu t'es aventuré quelque part avec des garçons, et quand vous êtes revenus, ils étaient si terrorisés qu'ils ne pouvaient plus parler. Qu'est-ce que tu leur as fait ?
Aïe. Le ton nonchalant n'a rien enlevé au mordant de la déclaration, et Tom se sent comme un petit animal coincé et prêt à se faire dévorer.
— Qui vous a parlé de ça ? demande-t-il dans un murmure, sa désinvolture disparue.
Mais l'adulte hausse les épaules, attendant simplement une réponse. Il ne sait pas combien de temps il se passe avant qu'il ne prenne un souffle tremblant pour se fortifier. Tom n'a jamais fait partie des braves, préférant utiliser ses méninges pour se sortir de toute situation délicate. Mais cette fois, son esprit est vide, et son éloquence n'est plus. Il humecte plusieurs fois ses lèvres, la gorge sèche, et il sait qu'il ne fait que prolonger l'inévitable.
Parce qu'une fois que la vérité sera au grand jour, qui voudra encore de lui ?
— Avant, commence-t-il après s'être éclairci la voix, je n'avais moi-même pas compris ce qu'il s'était passé. Alors quand on m'a accusé, je n'ai rien pu dire. Mais maintenant… je crois que c'est ma magie qui a agi.
Tom attend un instant, jauge la réaction de Mr Harry mais rien ne transparaît sur son visage de marbre.
— Ils me cherchaient toujours des ennuis, alors j'ai voulu les effrayer un peu en les emmenant dans la grotte… C'était des peureux, alors les intimider dans le noir n'aurait pas été bien difficile. Mais j'étais tellement en colère contre eux… Tellement, tellement en colère que j'ai souhaité qu'ils meurent.
Il n'en dit pas plus. Il ne veut pas parler de ce qu'il s'est exactement passé, ni du fait que lui-même a pris peur devant l'ampleur de son souhait réalisé. Ni de la satisfaction qu'il a ressenti quand Bishop et Benson se sont enfuis en larmes, trop effrayés pour raconter à quiconque ce qu'il s'était passé dans la grotte, donnant ainsi à Tom une réputation d'intouchable – autant maudite que bénie.
Mr Harry finit par hocher la tête, concédant sa défaite, mais pose tout de même une question :
— Tu regrettes ce qu'il s'est passé ?
Sa première impulsion est de crier que oui, bien sûr qu'il regrette ! Il n'est pas un monstre dépourvu de sentiments ! Mais alors qu'il s'apprête à ouvrir la bouche, il croise le regard sombre de Mr Harry, et il a l'impression de pouvoir se perdre dans les yeux verts vieillis par une vie emplie d'atrocités. Et Tom sait que Mr Harry serait bien mal placé pour le juger – un homme si brisé au point d'en être irréparable.
Alors Tom se contente de dire :
— J'étais content de les voir souffrir à leur tour.
Et si cela laisse entendre qu'il n'a pas de remords…
Ça restera entre lui et Mr Harry.
xox
Rose est malade.
Miss Hermione n'a rien dit, ne voulant sûrement pas les inquiéter outre mesure, mais Tom sait – il voit que le bébé ne mange plus, pleure de frustration et dort presque constamment. Ce n'est pas normal, pour un bébé de huit mois, qui a prouvé à maintes occasions être débordante d'énergie. Et si Miss Hermione a pu croire un instant que Mr Harry ne remarquerait rien (et d'un côté, c'était compréhensible, car Mr Harry a l'air perdu dans ses pensées la plupart du temps), eh bien elle s'est trompée. Tom les voit tous les deux discuter à voix basse le soir, Rose dormant dans son berceau, si immobile et pâle que si ce n'était pour les petits reniflements qu'elle fait dans son sommeil, Tom aurait pu la prendre pour un cadavre.
Il essaye de ne pas traîner dans leurs pattes, ne voulant pas les déranger devant le stress de la situation. Shore Cottage est si loin de toute civilisation que faire venir un docteur prendrait du temps – il a suggéré d'une petite voix de faire appel à un guérisseur de Ste Mangouste, mais Mr Harry lui a expliqué que les Cracmols n'y sont pas admis. Tom trouve ça stupide – Mr Harry est d'accord avec lui.
C'est alors que Tom revient de son aventure journalière à la quête de reptiles – son ami serpent a depuis longtemps quitté la colline, préférant rester à l'écart des 'deux-pattes' et leur tapage, et si Tom était triste, il n'en souffla mot à personne – qu'il aperçoit au loin, dominant sa falaise, une silhouette sombre.
Il reste un instant soufflé, comme c'est la première fois depuis son arrivée qu'une personne autre que les Durand pose les pieds sur leur terre. Le garçon s'approche avec prudence mais d'un pas confiant, prêt à faire fuir l'intrus si le besoin s'en fait sentir. L'homme, de ce que Tom peut voir, porte une étrange cape qui claque dans le vent, ses cheveux auburn bloqués par une écharpe mauve enroulée autour de son cou. Quand il est sûr de pouvoir parler sans que ses mots se perdent dans le bruit des vagues grondantes ou le sifflement du vent, il interpelle l'étranger qui se retourne, dardant des yeux d'un bleu limpide sur la figure de l'enfant.
— Vous êtes perdu, monsieur ?
Ce n'est pas vraiment polie, comme entrée, mais Tom n'est pas d'humeur à tourner autour du pot. L'homme a l'air d'être dans la cinquantaine, quelques rides aux coins des yeux et de la bouche signes d'une vie jovialement vécue. Ce n'est que lorsqu'il se tourne complètement vers lui que Tom l'identifie comme un sorcier, de par ses robes violettes où la Voie Lactée semble s'être éclatée.
— Je pense être en fait au bon endroit, répond-il dans un léger sourire. Et tu dois être le jeune Mr Jedusor, si je ne m'abuse ?
Tout de suite sur ses gardes, Tom hausse les épaules. Mais les yeux de l'homme semblent pétiller d'amusement et il passe une main sous sa cape, farfouille un instant et présente finalement une fine lettre au garçon qui ne la prend pas tout de suite, suspicieux.
Ce n'est que quand il voit son nom et sa résidence étalée sur le papier dans une encre verte, et un sceau qu'il pourrait reconnaître les yeux fermés, que Tom arrache presque la lettre des mains du sorcier.
— Poudlard ? demande-t-il d'une voix fébrile.
Et le sorcier rit avant d'acquiescer.
Tom ouvre prestement l'enveloppe et parcourt avidement le texte signé par un certain Albus Dumbledore qu'il soupçonne être l'homme debout devant lui.
Finalement, il replie adroitement le papier et le range dans son enveloppe. La joie ressentie quelques secondes plus tôt n'est plus, ayant laissé place à de l'indécision.
— J'ai passé du temps à te chercher, Tom, finit par dire le professeur.
Et Tom ne peut que répondre :
— Je ne peux pas accepter l'offre.
Il caresse un instant la lettre avant de la tendre à Dumbledore qui n'esquisse aucun geste pour la prendre, sourcils broussailleux froncés.
— Garde-la. Ce n'est pas une invitation avec une date limite de réponse, essaye-t-il de plaisanter. J'aimerais tout de même connaître la raison de ton refus, si cela ne te semble pas indiscret.
Tom hausse les épaules et fourre la lettre dans la poche de son manteau.
— Les Durand – mes cousins… Ils ont besoin de moi. La petite Rose est malade, et Miss Hermione est débordée. Je ne peux pas les abandonner dans leur moment de besoin quand eux m'ont tendu la main.
— C'est très noble de ta part, remarque le sorcier.
Il retient un rire presque hystérique, mais ne peut contenir un sourire désabusé. Ce n'est pas de la noblesse de cœur – Tom se connait mieux que ça. Non, c'est de l'égoïsme pur et dur, mêlé à un espoir malsain… Parce que s'il prouve aux Durand sa sincérité, peut-être qu'il pourra se creuser une place permanente dans leur cœur.
Mais Tom répond simplement, avec une pointe de fausse modestie :
— J'essaye.
Dumbledore s'apprête à dire quelque chose, mais au même moment, la porte du cottage s'ouvre brusquement, claquant fort contre le mur.
Harry se tient de l'autre côté de la falaise, les mains moites et le cœur battant. Quand il a vu Albus à travers les rideaux de la cuisine, il a cru à un rêve. Il a voulu sortir tout de suite, prendre le professeur dans ses bras, pleurer et crier et frapper – tant de sentiments non résolus entre eux, tant de non-dits… Tant de respect malgré tout.
Alors il s'est retenu, le corps tremblant, essayant de reprendre contenance pour ne pas complètement fondre une fois face au vieux sorcier. C'est si étrange de le voir aussi jeune – il s'y était attendu, grâce aux lointains souvenirs un jour visités dans une Pensine – et quand Harry finit par trouver le courage de sortir du cottage et affronter son vieux mentor, il s'attend presque à le voir sourire de son air paternel et bienveillant, soufflant « De retour, Harry ? » comme s'ils ne s'étaient jamais quittés.
Mais tout ce qui l'accueille est un sourire placide de par sa politesse, accompagné d'un regard méfiant alors que le professeur se rapproche imperceptiblement du jeune Jedusor. Et quelle ironie, pense Harry, de voir les positions inversées.
C'est avec cette réalisation que Harry réussit à ne pas perdre son calme et garder une certaine contenance – car l'homme devant lui n'est pas le vieillard qu'il a connu, et peut-être qu'il ne le deviendrait jamais.
— Vous devez être Mr Durand, attaque d'emblais Albus Dumbledore non sans une pointe de reproche.
— C'est exact. A qui ai-je l'honneur ?, répond-t-il d'un ton composé.
— C'est un professeur de Poudlard, explique rapidement Tom. Il s'apprêtait à partir.
— Vraiment ? demandent les deux adultes en même temps, l'un avec humour et l'autre avec confusion.
Tom hausse les épaules et préfère se taire sous le regard plissé de Harry qui enchaîne d'une voix traînante :
— Je suppose donc que la lettre de Tom est arrivée. C'est un soulagement, on pensait que les hiboux s'étaient perdus en chemin.
Dumbledore a une lueur sévère dans les yeux, avec laquelle Harry n'est pas familier. Il sait que le professeur brûle d'envie de dire quelque chose, mais se retient devant la présence de l'enfant. Avec un sourire sardonique, le Potter se tourne vers Tom et lui dit de rejoindre Hermione dans le cottage.
— Et montre-lui ta lettre, je suis sûr que tu as des questions concernant les livres à acheter, ajoute-t-il alors que le garçon s'en va à contrecœur, mains fourrées dans les poches de sa veste.
Une fois suffisamment éloigné, Harry tourne son attention sur le futur directeur qui a perdu tout semblant de jovialité, ne laissant derrière qu'un homme strict et méfiant. Il ne sait pas ce qu'il a fait pour mériter une telle froideur, mais n'en fait rien, attendant patiemment que Dumbledore dise ce qu'il ait à dire.
— Si mes souvenirs sont bons, commence-t-il, nous nous tenons sur une propriété des Potter.
— C'est exact.
Dumbledore semble surpris par sa franche admission. A quoi bon nier ? Ça ne ferait que semer plus de suspicion.
— Mais vous n'êtes pas un Potter, continue le professeur.
Harry hausse les épaules.
— Nous sommes venus de France après de longues années d'exile… On a trouvé une maison abandonnée, et on s'y est installés. Mais si les Potter y voient un inconvénient, nous sommes tout à fait prêts à leur racheter le cottage.
Il a déjà prévu de les contacter de toute façon. Maintenant que Tom est assez âgé pour partir à Poudlard, les hiboux se feront plus fréquents et attireront l'attention d'autres sorciers. Au pire des cas, ils pourront toujours construire un nouveau cottage dans les environs…
— Je vois.
Le ton de Dumbledore est perplexe, et Harry sait qu'il est loin d'avoir gagné la confiance de son vieux mentor. Il se demande s'il l'aura un jour, s'ils pourront ravoir la même relation qu'avant… Au fond, il se dit que c'est peu probable, et qu'il devrait se détacher autant que possible d'Albus avant d'être déçu.
— Vous savez, Mr Durand, Poudlard ne se trompe jamais quand elle a assigne ses lettres.
Harry renifle avec amusement, repensant aux siennes :
— Oh, je vous crois.
— Et elles ne sont jamais en retard.
Le jeune sorcier hoche la tête, sentant où le professeur veut en venir.
— Alors pourquoi celle de Tom n'arrive qu'à présent ?
— A vous de me le dire, Mr Durand.
Silence.
Dumbledore renifle à son tour, tourné vers la mer, n'attendant visiblement pas de vraie réponse. Alors Harry se tait, et le laisse tirer ses propres conclusions. Finalement, le professeur resserre son écharpe autour de son cou et, un regard bleu pétillant dardant dans celui émeraude du Potter, il dit :
— On ne peut pas dire que la ressemblance soit frappante entre vous et le jeune Tom.
C'est sa manière à lui de dire qu'il n'est pas dupe, et qu'il sait que le Jedusor n'a vraisemblablement rien à faire au sein d'une famille inconnue au bataillon, squattant qui plus est allégrement une demeure ancestrale. Harry ne peut que sourire en coin, préférant ne pas relever.
— Je suppose que c'est une bonne chose. Au moins, il aura appris sa nature de sorcier d'une manière moins brutale… Essayez donc de le convaincre de rejoindre notre école, Mr Durand. Son désir était visible sur son visage.
Harry fronce les sourcils. C'est évident que Tom partirait – il en parlait assez souvent pour que les deux adultes de Shore Cottage le sachent. Il acquiesce néanmoins, et Dumbledore semble apaisé.
Alors que l'homme s'apprête à tourner les talons, la magie grondant sous sa peau pour le préparer à un transplanage, il s'arrête subitement et scrute Harry de ses yeux perçants. Le brun se sent rétrécir sous le regard fixe, et la trépidation monte – et si Dumbledore se souvenait ? Et si tout lui revenait en mémoire, par un désir quelconque de la magie ?
Mais Dumbledore fronce simplement les sourcils et secoue la tête, marmonnant dans sa barbe avant de faire ses adieux et de disparaître dans un craquement sonore qui résonne dans les oreilles de Harry.
xox
Tom est assis dans un fauteuil en velours bleu, mains calées sous les cuisses pour éviter de montrer sa nervosité alors qu'il caresse le tissu sous ses doigts, la douceur le calmant légèrement. Miss Hermione lit la lettre que Professeur Dumbledore lui a donnée, avec une certaine révérence qu'il ne sait expliquer. Une fois terminée et repliée soigneusement, la femme se tourne vers lui, un léger sourire aux lèvres.
— Quel soulagement tu dois ressentir… Avec Harry, on se demandait si avoir rendu le cottage incartable avait déboussolé les hiboux !, plaisante-t-elle.
Tom ne rit pas et se renfonce dans son siège.
— Il s'est déplacé pour rien. Je ne vais pas partir.
Interloquée, Miss Hermione ne sait que dire. Cela doit lui sembler stupide, voire offensant – quel manque de tact de dire cela à une mère dont l'enfant est Cracmol ! Alors Tom se redresse bien vite, il carre les épaules et veut montrer une face d'adulte rassurante.
— Nous pourrons continuer mon apprentissage à domicile. Comme ça, je serai là pour vous aider dans les tâches quotidiennes. Qui a besoin d'aller dans une école quand deux sorciers compétents sont déjà à portée de main ?
Une expression troublée s'installe sur le visage rond de Miss Hermione, ses yeux bruns calculateurs essayant de déchiffrer l'énigme devant elle.
— Tom… Tu te faisais une joie d'aller à Poudlard ! Je peux te garantir que tes professeurs seront bien plus à même de te guider dans ton éducation que Harry et moi.
Il hausse les épaules, et elle insiste :
— Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ?
Une toux grasse fait alors entendre, et Miss Hermione se lève rapidement pour se pencher au-dessus du berceau de Rose qui gémit d'inconfort. Elle la prend dans ses bras et fait des petits « chuuut », une lueur d'inquiétude dans les yeux. C'est là que Tom se rend compte que Miss Hermione est vraiment surmenée, qu'elle-même ne doit plus dormir depuis que Rose est tombée malade. Ses habits sont assez larges pour qu'il ne puisse pas voir les contours de son corps, mais il sait que la jeune femme est maigre et ne s'occupe pas assez de sa santé.
Dans un soupir, le garçon se lève et approche Miss Hermione, mains tendues. Il n'a jamais demandé à prendre le bébé dans ses bras auparavant – il n'a jamais été à l'aise avec les enfants en bas âge, et Miss Hermione ne lui a jamais proposé. Pourtant, la voir croulant sous la fatigue et luttant contre son propre corps le remplit d'un besoin d'aider jusque-là encore inconnu.
Pas un mot n'est échangé alors qu'ils se jaugent du regard, la poigne de la femme se resserrant imperceptiblement sur son enfant. Puis Rose émet un nouveau cri et Miss Hermione cède, transférant avec précaution sa fille dans les bras de Tom.
Il a grandi, ces derniers mois, arrivant presque à l'épaule de la femme. Il n'est plus un enfant perdu, s'accrochant aux personnes qui l'acceptent. Doucement, Tom berce Rose, les yeux rivés sur le visage poupin aux joues rougies par la fièvre. Il trace un doigt sur un petit poing serré, et dit à voix basse :
— J'ai une dette envers votre famille pour m'avoir recueilli, Miss Hermione. C'est pour cela que je ne peux pas partir l'esprit tranquille, quand je sais que Rose souffre.
— Dans ce cas, retentit soudainement la voix grave de Mr Harry, tu es libre de faire comme tu l'entends.
Tom manque de sursauter, et Miss Hermione est clairement amusée. Elle caresse les cheveux de Rose, soucieuse, et finit par soupirer.
— Nous n'avons jamais attendu un quelconque sacrifice de ta part, Tom. Mais si tu insistes… Nous n'irons pas à l'encontre de ta volonté. Je ne te demanderai qu'une chose.
Il arque un sourcil dans une question silencieuse.
— Quand Rose ira mieux, réfléchis plus amplement à ta décision. Tu as jusqu'à Août pour prendre une décision définitive concernant Poudlard, utilise ce temps sciemment.
— C'est entendu, répond-t-il.
Mais alors que Rose éternue dans son sommeil, attirant le regard de Tom sur le petit corps fébrile et si fragile, il connaît déjà sa réponse.
Il n'ira pas à Poudlard.
A suivre…
RARA :
Ayame : Tu me vois ravie que le début (même si on ne peut plus vraiment appeler 10 chapitres un début de fanfic !) te plaise. J'espère que ce chapitre récompensera suffisamment ta patience )
L. L. P. : J'espère que cette découverte t'aura plu ! Et tout le plaisir est pour moi, cette fic me trottait dans la tête depuis des années, je suis contente de pouvoir enfin l'écrire !
Petite Plume : Je suis sincèrement heureuse que les personnages soient assez développés pour que tu t'y attaches ! Ton compliment me touche, je m'efforce de faire mon possible pour que la prose de Rescribo soit plus ou moins fluide, voir mes efforts récompensés par les charmantes reviews de mes lecteurs est toujours agréable :) J'espère que cette suite tant attendue ne sera pas une déception !
