Disclaimer: Teen Wolf est une série des productions MTV et ne m'appartient pas. Aucun profit n'est tiré de cette fanfiction. Toute ressemblance avec des personnes ou histoires existantes est purement fortuite.
Notes: Pour la petite histoire, j'ai écris la moitié de ce dernier chapitre il y a de cela un mois, et des événements divers et (a)variés ont fait que j'ai du le mettre en hiatus. Aujourd'hui étant mon premier samedi calme depuis un certain temps, j'ai ouvert le traitement de texte, regardé le curseur clignoter à mi-chemin et ai pensé "Aujourd'hui, je finirai ce foutu dernier chapitre, dussé-je en périr". Fort heureusement, je n'en suis pas arrivée à de telles extrémités.
Une petite cinquantaine de tasses de café, une brochette de jurons qui feraient pâlir d'envie le Capitaine Haddock (j'ai beaucoup d'imagination), et plus de cigarettes que je ne peux en compter ont été nécessaire pour écrire cette fiction. Elle a sans nul doute été la plus difficile à écrire de tout ce que j'ai fait jusqu'ici, tous fandoms confondus, mais je ne peux m'empêcher de l'aimer. Appelez ça Syndrome de Stockholm.
Toujours est-il que je tenais à remercier du fond du cœur toutes les personnes qui m'ont encouragées à l'écrire, à persévérer et qui se sont abstenus de kidnapper T-Rex, mon poisson rouge, lorsque je tardais à poster. Si la procrastination était un art, ceci serait mon chef-d'œuvre. Je vais m'arrêter là, avant de commencer à ressembler à une pimbêche qui vient de gagner un Oscar et vais me contenter de dire que j'ai mis énormément de moi-même dans cette fiction et que j'ai aimé l'écrire.
Les Jolis Garçons
Chapitre 9
Stiles s'assit sur un fauteuil moelleux et soupira. L'écho lointain d'une pendule brisait le lourd silence qui baignait la maison de Mme Roberts. Des tintements de porcelaine se faisaient entendre de la cuisine, où sa voisine préparait le thé. Stiles se rappela des visites fréquentes que rendait sa mère, de son vivant, à Mme Roberts. Parfois, il l'accompagnait, et passait des heures à arpenter les couloirs silencieux avec l'impression de déambuler dans un mausolée. Il passait de cadre en cadre, regardait les photographies d'une famille autrefois heureuse. Il se souvenait des sourires en noir et blanc, celui d'un homme moustachu à la bedaine bien dessinée qui tenait dans ses bras un petit garçon aux cheveux clairs et aux grands yeux curieux. Celui de Mme Roberts, ses cheveux soigneusement lissés et sa robe repassée, qui posait à côté d'un adolescent maigrichon et renfrogné. Et enfin celui dont il se souvenait avec le plus de netteté, celui de ce même adolescent, à présent jeune homme, fier et raide comme un piquet dans son costume militaire, entouré de ses parents. Sans doute la dernière photo que Mme Roberts avait de son fils. Peut-être même la dernière de son mari.
Il déglutit. Ce que son esprit d'enfant n'avait pas réussi à comprendre à l'époque s'éclaircit avec violence. Il comprit soudain pourquoi cette maison semblait oppressante, comprit la raison des visites fréquentes de sa mère à celle qu'il avait cruellement appelée « la vieille à chat » avec ses amis. Cette maison était un repaire de vieux fantômes, de souvenirs craquelés au fond des tiroirs. Cette maison était celle d'une femme endeuillée.
« Tiens, mon grand. »
La voix de Mme Roberts le fit sursauter et il releva la tête. Il accepta la tasse délicate qu'elle lui tendait avec un sourire reconnaissant. Il n'avait jamais été un grand amateur de thé, mais l'idée d'une boisson chaude était trop tentante pour être déclinée. Il inspira le liquide fumant et fut frappé par la familiarité de l'odeur fleurie. Du thé au Jasmin, le même que Mme Roberts servait à sa mère des années auparavant. Les pensées de la femme devaient suivre le même cours, car elle soupira et posa sa tasse, le regard triste.
« Tes parents étaient des gens biens, Stiles. Je n'ai jamais eu l'occasion de te présenter mes condoléances après que ton père soit…parti. »
Stiles grimaça. Il détestait les euphémismes de la mort, ceux que les gens donnaient avec de petits coups d'œil furtifs et des voix chuchotées. Il est parti. Il a disparu. Il s'est éteint. Tous donnaient l'impression d'un retour possible. Pour Stiles, il n'y avait que la mort, abrupte et immuable. Son père était mort, il n'avait pas fait ses bagages pour prendre le train vers d'autres horizons. Cependant, les photographies en noir et blanc alignées sur les murs se rappelèrent à son bon souvenir. Il força un sourire et hocha la tête.
« Merci, Mme Roberts. »
La femme lissa sa robe sur ses genoux de ses grandes mains nerveuses et prit une profonde inspiration, comme pour chasser les fantômes de leur discussion.
« Lorsque ta maman a été emportée par la maladie, ton père est venu me voir. Il m'a demandé un service –celui de me présenter comme témoin de son testament. Bien entendu, j'ai accepté. Il était prévu que tu le touches le jour de tes dix-huit ans. Bien entendu, personne n'aurait pu deviner que tu t'enfuirais de l'orphelinat. » Elle lui lança un regard mi compatissant, mi réprobateur, puis soupira. « Enfin, tout ça, c'est du passé, » dit-elle avec la résignation de ceux qui connaissaient cette phrase sur le bout des doigts. « Toujours est-il que maintenant que tu es là, tu ferais aussi bien d'aller chez le notaire pour signer ces papiers. »
Stiles hocha la tête et se cramponna à sa tasse de thé à présent tiède.
« Vous avez raison, » dit-il. Il reposa sa tasse. « Je devrais y aller m-maintenant. » Il se leva d'un bond et saisit sa casquette, mais un raclement de gorge sévère l'arrêta.
« Stiles Stilinski, rassieds toi immédiatement, » dit Mme Roberts, et Stiles, tout courageux qu'il était, reposa prudemment une demi-fesse sur le canapé.
« Tu ne vas pas aller chez monsieur le notaire habillé comme un va-nu-pieds, » annonça Mme Roberts d'un ton ferme. « Attends-moi ici, je vais te chercher quelque-chose qui t'iras. »
Stiles hocha la tête, yeux écarquillés et bouche pincée en une moue incrédule. Il entendit Mme Roberts marmonner d'incompréhensibles imprécations, le bruit d'un placard qui s'ouvrait, puis son pas décidé se diriger vers le sofa.
« Tiens, » dit-elle en lui fourrant un pantalon et une chemise soigneusement pliés et repassés entre les mains. Ils sentaient légèrement la naphtaline, mais le tissu était de meilleure qualité qu'il n'y était habitué. Il se demanda l'espace d'un instant à qui ils pouvaient bien appartenir avant que son cerveau n'effectue les connexions logiques. Il écarquilla les yeux.
« Mme Roberts, je ne peux pas –»
« Bien sûr que si, tu peux, » l'interrompit Mme Roberts. « Tu peux et tu vas. Autant qu'ils servent à quelqu'un, » finit-elle doucement. Stiles déglutit avec difficulté et hocha la tête.
« Merci, » dit-il. « Merci beaucoup. Pour tout. J'espère vous revoir. »
Mme Roberts sourit, le regard perdu dans le vague.
« J'espère aussi, Stiles. De tout mon cœur. »
Stiles hocha la tête et tourna les talons. Il s'arrêta dans le couloir pour se changer brièvement. La chemise était légèrement trop large, mais le tissu était doux et il poussa un soupir de plaisir. Lorsque ce fut chose faite, il lança un dernier regard au salon de Mme Roberts. Se promit de lui rendre visite la prochaine fois qu'il viendrait et se glissa à l'extérieur, fermant doucement la porte derrière lui.
OoOoOoO
Le bureau du notaire était aussi pompeux que son propriétaire. Les murs étaient couverts de lambris et d'obscures natures mortes, les abat-jours sombres filtraient la lumière et projetaient sur les murs des ombres incarnats. Sur le bureau, des plumes coûteuses et un coupe-papier d'argent. Une odeur poisseuse de cigare flottait dans l'air. Ici, tout respirait l'abondance. Stiles, en dévisageant l'homme affable qui venait de le faire entrer, songea que Mr. Smith n'avait sans doute jamais connu la faim. Ses joues rubicondes étaient potelées et son ventre imposant indiquait une certaine appétence pour les plaisirs de la vie.
« Monsieur Stilinski, » dit le notaire en lui tendant une main molle, « je commençais à désespérer de vous trouver un jour. Asseyez-vous, je vous en prie. »
Stiles prit place dans le fauteuil trop moelleux. Il se tortilla sur place, mal à l'aise, et fixa le dos de l'homme qui fouillait dans un tiroir en marmonnant des imprécations inaudibles. Lorsqu'il poussa finalement une exclamation victorieuse en agitant un dossier relié, Stiles se tendit. Il se sentait déplacé au milieu de l'odeur lourde de fumée mêlée d'eau de Cologne.
« Bien, » dit Mr. Smith en s'asseyant face à Stiles. « J'ai ici le testament de votre père, Joan Stilinski. » Il posa le dossier sur le bureau et sourit. Ses doigts boudinés défirent les agrafes avec habileté. Après avoir parcouru les feuillets, il finit par en tirer un. Stiles put voir par transparence des caractères d'imprimerie. Le notaire commença la lecture.
« Testament notarié de Joan Stilinski, né le vingt-six novembre mille huit cent quatre-vingt-six à Beacon Hills, résidant au douze rue Douglas à Beacon Hills, établi par le notaire Jeff Smith et associés, devant la témoin Cecile Roberts le trente mai mille neuf cent vingt-quatre. À mon fils Genim Stilinski, je lègue la totalité de mes biens, comprenant l'acte de propriété de ma maison, son contenu, et le contenu du compte n°28456 de la Banque de Beacon Hills. » Il fit une pause pour jeter un coup d'œil à Stiles, et celui-ci songea distraitement qu'il devait avoir une tête à faire peur. Le sang battait à ses oreilles. Il tenta avec effort de se composer une expression neutre.
« Mr. Stilinski, est-ce que tout va bien ? »
L'inquiétude affable du notaire tira Stiles de sa torpeur. Il secoua la tête et frotta ses paupières d'un geste fatigué. La chaleur étouffante du bureau lui faisait tourner la tête, accompagnée de l'odeur écœurante du cigare.
« Oui, tout va bien, » répondit-il d'une voix étranglée, « Je suis simplement surpris. »
« C'est parfaitement compréhensible, » acquiesça l'homme d'un ton jovial. « Je vais vous demander de signer ces papiers, et je pourrai vous délivrer votre clé et vos actes de propriété. »
Stiles hocha la tête sans un mot et saisit l'élégant stylo-plume que lui tendait le notaire. Il signa mécaniquement les papiers qui lui étaient tendus. G. Stilinski, en six exemplaires de caractères d'imprimerie. Le notaire jacassa tout du long, commentant sur la dureté des jours, et Stiles l'écouta d'une oreille distraite, ajoutant quelques « Mmh » lorsqu'il le jugeait nécessaire. Finalement, l'homme sembla se lasser du manque de verbosité de son interlocuteur et lui tendit les clés. La main de Stiles tremblait violemment lorsqu'il referma le poing sur le métal froid qui lui ouvrirait la porte de la maison de ses parents. Sa maison, se corrigea-t-il, et la réalisation lui fit l'effet d'un seau d'eau glacé en plein dans le visage. Sans se soucier des convenances, il se leva, remercia vaguement le notaire et s'en fut, la chemise de cuir contenant les papiers serrée contre son torse. Il ne voulait rien d'autre que mettre le plus de distance possible entre ce bureau étouffant et lui.
OoOoOoO
Le jardin était en friche. Les herbes folles avaient fait leur royaume du carré de rosiers anglais dont sa mère avait tant pris soin de son vivant. Elles jaillissaient en maigres touffes au milieu de l'enchevêtrement des épineux à présent sauvages. Stiles entama sa traversée avec précaution, soucieux de ne pas déchirer la chemise prêtée par Mme Roberts. Son regard s'attarda sur la façade de la maison. Il constata que le lierre avait rampé sur les murs, les recouvrant d'un épais tapis d'un vert sombre. La fenêtre du salon avait été brisée, sans doute par des cambrioleurs à la recherche d'objets de valeur. Le cœur battant la chamade, Stiles s'approcha de la porte d'entrée. Il déglutit avec difficulté, les mains si tremblantes qu'il dut s'y reprendre à deux fois pour insérer la clé dans la serrure. Le mécanisme résista, rouillé par les années sans entretien. Lorsque le claquement encore trop familier se fit entendre, il appuya sur la poignée et la porte s'ouvrit sans un bruit.
Il pénétra dans le couloir obscur avec la sensation de l'explorateur visitant son premier tombeau. Une odeur âcre de poussière lui emplit immédiatement les narines et il dut retenir une quinte de toux. Ses pas résonnèrent contre les murs nus tandis qu'il traversait le corridor à tâtons.
Le séjour, lorsqu'il y parvint enfin, était doucement éclairé par le soleil hivernal. La mélancolie qui le saisit à la vue de la maison de son enfance manqua de l'étouffer. Le sofa était éventré, les étagères où trônait auparavant l'argenterie de ses grands-parents avaient été pillées, mais Stiles reconnut sous l'épaisse couche de poussière les reliefs de ses souvenirs. Une bibliothèque chargée des ouvrages que sa mère aimait à lire au coin de la cheminée, la table à manger au pied bancal que son père avait calé d'un vieux journal, la lourde pendule au remontoir de métal, chaque objet semblait lui murmurer à l'oreille son histoire et celle de ses parents. Il continua son voyage dans le temps, poussa la porte de la cuisine. Si ce n'étaient quelque-placards ouverts et une chaise renversée, elle était intacte. Le pot de verre qui contenait auparavant la monnaie de l'épicerie que son père mettait de côté en vue d'un dimanche au bord de la mer qu'ils n'avaient jamais eu l'occasion de faire était, sans surprise, vide, mais des bocaux de confitures étaient toujours alignés dans le garde-manger. Stiles farfouilla dans un placard et en tira quelques bougies avec un petit cri de victoire. La nuit tombait rapidement et, déjà, la pièce était plongée dans la lumière bleutée du crépuscule. Il fit fonctionner son briquet. Bientôt, l'obscurité laissa place à la lueur tremblotante des chandelles qui éclairaient la pièce d'une ombre intime, tamisée.
Les évènements de la journée lui revinrent à l'esprit avec la force d'un coup de poing au visage et il dut respirer profondément pour tenter de calmer les battements frénétiques de son cœur.
« On se calme, Stilinski, » marmonna-t-il à la pièce vide. L'écho de sa voix tremblante était dérangeant. Il avait toujours connu cette maison comme un lieu de vie. À présent, elle n'était plus qu'une coquille vide. Ce soir, ce ne serait pas les voix de ses parents qui le berceraient jusqu'au sommeil, mais le silence assourdissant d'une maison toute aussi morte qu'eux. Il ouvrit la chemise de cuir contenant ses papiers et les étala sur la table poussiéreuse en prenant soin d'en éloigner les bougies. L'acte de propriété de la maison, celui du coffre de ses parents, du compte en banque. Il passa en revue les différentes formalités qu'il avait signées sans broncher, trop assommé par la nouvelle de son héritage. Sa main toucha un papier plus épais que les autres et il fronça les sourcils. Il plissa les yeux et le leva à la hauteur de ses yeux. Se figea, l'espoir et l'incompréhension se livrant bataille dans sa tête.
Une enveloppe. Une enveloppe sur laquelle était inscrit, de l'écriture brouillonne de son père, son prénom.
« Papa, » souffla-t-il en décachetant fébrilement la lettre.
OoOoOoO
Cher Stiles,
Si tu as cette lettre entre les mains, cela signifie que je suis mort. J'ose espérer que ce jour n'arrivera pas de sitôt, mais parfois la vie apporte plus de chagrins que l'on ne le voudrait. Il m'est difficile de t'écrire ces mots en sachant qu'à quelques mètres de moi, tu es endormi aussi paisiblement que peut l'être un enfant qui vient de perdre sa mère.
Daria était l'amour de ma vie. La perdre a été comme perdre un morceau de mon cœur, un morceau de mon âme violemment arraché. À présent, je me retrouve seul avec ce gamin perdu qui réclame sa maman, et j'ai peur. J'ai peur de ne pas parvenir à t'élever aussi bien qu'elle l'aurait souhaité. J'ai peur d'échouer. Mais tu es à présent tout ce qui me reste, et je ferai de mon mieux, comme je l'ai toujours fait.
Je ne suis pas doué avec les mots. C'était le domaine de ta mère, les mots. C'est ce qui m'a fait en tomber irrémédiablement amoureux lorsque j'avais vingt ans. Notre histoire n'a pas été facile, mais quelle histoire l'est ? J'étais un jeune homme insolent, sans grande éducation, elle venait d'une famille de cordonniers qui s'étaient haussés dans l'échelle sociale. T'es-tu déjà demandé pourquoi tu n'avais jamais rencontré tes grands-parents ? La raison est simple : après notre mariage, ils ont signifiés à Daria qu'ils ne la considéraient plus comme leur fille. Pour moi, elle a renoncé à une vie confortable. Le jour où elle m'a dit oui, je me suis juré de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour qu'elle ne regrette pas cette décision.
Et le jour où tu es né, j'ai su en vous regardant que jamais je ne cesserais de vous chérir. Tu étais si petit, Stiles. J'avais peur de te briser en te prenant dans les bras. Je n'ai pas honte d'admettre que j'ai pleuré.
À présent, tu es un enfant si plein de vie que je me sens vieux juste à te regarder. Cette lettre est pour toi, Stiles, et je prie le Seigneur pour que tu n'aies pas à la lire avant de longues années. Cependant, la vie, je l'ai bien vite compris, n'apporte pas uniquement des joies. Elle distribue les coups de façon souvent peu équitable, mon métier me l'a vite appris.
C'est pourquoi je t'écris aujourd'hui. Ne t'attends pas à trouver dans cette lettre les secrets pour déjouer les tours de l'existence. Ne t'attends pas à y voir une ligne de conduite qui t'aideras à faire des choix difficiles. Ta vie est tienne, ton histoire est tienne. Tes choix seront tiens, tous ardus qu'ils soient. Non, je t'écris pour que tu ne doutes jamais d'une chose : où que nous soyons, ta mère et moi t'aimons. Et, si un jour tout te paraît sans espoir, rappelle-toi de cela. Nous t'aimons et tu seras toujours notre fils, notre magnifique et solide fils.
Je t'embrasse,
Ton père, Joan
OoOoOoO
Stiles s'assit sur son siège avec l'impression qu'un grand vide remplaçait la boule de douleur auparavant blottie dans sa poitrine à la place de ses parents. Le train était peu chauffé, son souffle formait des petits nuages de buée et ses phalanges le faisaient souffrir, mais il n'y prêta pas attention. Il ferma les yeux et tenta d'évacuer les souvenirs en trop plein de ces trois derniers jours. Oublier le gris pierreux des trois petites tombes au cimetière, oublier la lettre de son père qui semblait le brûler à travers le tissu de sa poche, oublier Mme Roberts et ses yeux tristes, oublier le notaire affable.
Il se sentait vide. Trop de larmes avaient coulées ces deux derniers jours pour qu'il en ait encore à verser. La place habituellement occupée par la douleur familière de l'absence de ses parents était à présent floue, étouffée. Comme si ce pèlerinage avait clos quelque-chose en lui. Sans faire disparaître ses souvenirs, il les avait coupés de ceux qu'il avait reconstruits. Dans sa nouvelle ville, dans sa nouvelle vie. Et le visage qui lui revenait à l'esprit, dans ce train qui le ramenait vers Chicago n'était pas celui de sa mère, ni celui de son père. Le visage qui le poussait vers l'avant brillait de l'éclat de deux yeux verts et d'un sourire trop rare.
Les yeux toujours fermés, Stiles sourit.
Dehors, le sifflement de la locomotive annonçait l'arrivée du train.
OoOoOoO
Lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit, Stiles poussa un soupir de soulagement. Rien n'avait changé. Les mêmes couvertures, patchworks de tissus rapiécés, les mêmes meubles épars, la même sympathique araignée qu'il n'avait jamais eu le cœur de chasser.
Sa maison à lui, à présent, n'était pas une ruine pleine à craquer de souvenirs lointains. Sa maison à lui était au milieu des odeurs de fumée et de fruits pourris, sa maison était dans les rires des ouvriers qu'il pouvait entendre par la fenêtre ouverte. Sa maison était dans la pétarade exubérante des quelques voitures qui s'aventuraient dans le quartier. Ici, il s'était faufilé dans chaque recoin, s'était autoproclamé le roi de la ville, Ali-Baba des temps modernes qui fauchait comme les blés les portefeuilles des insouciants en la compagnie inquiète de Scott.
Il posa son sac et rajusta sa casquette sur sa tête. Il était temps pour lui de prendre son courage à deux mains et de faire une visite qu'il avait repoussée bien trop longtemps. Il descendit les marches quatre à quatre, saluant Alice et le Coach à la volée avant de débouler dans la rue avec une exubérance toute nouvelle.
Il courut durant tout le trajet, insensible aux regards curieux qu'il s'attirait. Le vent sifflait à ses oreilles et un rire un peu hystérique naquit dans sa poitrine lorsqu'il se rappela des circonstances de sa première rencontre avec Derek. Le hasard faisait bien les choses.
Il bouscula un badaud sans prendre la peine de s'excuser et se précipita dans la ruelle où se cachait l'entrée de service du Fishtank. À bout de souffle, il claqua la porte derrière lui et s'adossa dessus, fermant les yeux l'espace d'une seconde pour calmer ses nerfs à vifs. À présent qu'il était arrivé, il se sentait étrangement réticent. Nerveux.
« Stiles ? » la voix inquiète de Laura le fit sursauter et il jeta un regard coupable au bout du couloir, où la silhouette de la jeune femme se découpait dans l'éclairage faible, les mains sur les hanches. « Est-ce que tout va bien ? »
« Oh, génial, » haleta Stiles. « Plus que génial, en fait. Où est Derek ?, » demanda-t-il en s'approchant de Laura. Celle-ci fronça les sourcils et l'épingla d'un regard sévère.
« Qu'est-ce que tu lui veux ? »
Stiles haussa les épaules et ôta sa casquette pour se frotter la nuque. Il grimaça. Ses mains étaient moites. Classe.
« Je voudrais… » plaquer ton frère contre un mur, l'embrasser jusqu'à ce qu'il n'ait plus d'oxygène dans les poumons et lui enlever tous ses vêtements. Je voudrais …. « M'excuser, » finit-il d'un ton gêné. Il se sentit rougir. Le regard de Laura se fit pensif et elle sembla scruter son expression pour y chercher la preuve qu'il ne mentait pas. Elle recula enfin d'un pas et émit un claquement de langue satisfait.
« Pas trop tôt, » maugréa-t-elle en lui lançant un de ces regards terrifiants dont elle avait le secret. « Il commençait à me rendre folle. Il est dans le séjour. Il pensait…Il pensait que tu ne reviendrais pas. » Elle secoua la tête. « Mon frère peut avoir la tête dure, parfois. »
« Tu m'en diras tant, » marmonna Stiles avant de longer le couloir, poursuivi par le rire de Laura. Le cœur battant aux oreilles, il fixa la porte du séjour et prit une profonde inspiration. Leva la main. Frappa trois fois, puis une fois de plus pour faire bonne mesure.
« Entrez, » grogna la voix de Derek d'un ton qui suggérait exactement le contraire. Stiles poussa la poignée et passa sa tête par l'entrebâillure. Derek était assis sur le sofa, jambes croisées, et fusillait un livre du regard comme s'il espérait le voir brûler. Il ne leva pas la tête à l'entrée de Stiles.
« Eh, qu'est-ce que t'as fait ce pauvre bouquin ?, » demanda Stiles en tentant d'ignorer le tremblement de sa voix. Sa question fit son petit effet. Derek sursauta, lâcha le livre et tourna la tête en sa direction avec tant de brusquerie que la nuque de Stiles émit un craquement compatissant. L'expression qu'il vit passer sur le visage de Derek, juste l'espace d'une seconde, renfermait tout ce que Stiles voulait savoir. Rancœur, soulagement, désir. Le masque retomba sur le visage comme une chape de plomb. Derek serra la mâchoire et hocha brièvement la tête.
« Stiles, » salua-t-il d'une voix saccadée. « Content de voir que tu es rentré. »
Stiles s'approcha d'un pas, mais se figea au mouvement de recul de Derek.
« Oui, j'ai l'impression, » dit-il, tentant l'ironie.
Le silence retomba sur la pièce. Stiles jeta un coup d'œil au livre tombé au sol et fronça les sourcils.
Moby Dick.
Sa copie de Moby Dick. Il releva les yeux vers Derek, qui avait suivi son regard et fixait à présent le sol avec un air de bête traquée.
« Derek, » dit-il doucement. Lorsqu'il ne reçut pas de réponse il reprit. « Derek, je suis désolé. »
Les épaules de Derek se tendirent comme la corde d'un arc. Il semblait prêt à s'enfuir, visage fermé et bras croisé sur son torse.
« Je suis désolé, » reprit Stiles, les mots précipités et brûlants contre sa langue, « Je suis désolé d'avoir été furieux contre toi. Je suis désolé pour les choses que je t'ai dites. Je suis désolé d'être parti. Et…je suis désolé. Pour tout. » Il ferma les yeux. Comptez sur lui pour faire les excuses les plus pitoyables de l'univers. Lorsqu'il reprit, sa voix était enrouée. « J'ai juste…J'ai pas l'habitude qu'on m'aide. Et j'avais peur, aussi. »
Derek leva la tête à ces mots, et le fixa d'un regard perçant.
« Peur de quoi ?, » demanda-t-il, et le son de sa voix envoya le cœur de Stiles dans sa gorge. Il haussa les épaules. Stiles haussa les épaules.
« Peur de tout. Peur que tu ne fasses ça que parce que tu avais pitié de moi. Peur que tu te lasses de moi. » Un rire sec et sans humour s'échappa de sa gorge sèche. « Je veux dire, regarde-moi. » Il fit un geste dépréciateur en direction de son visage. « Et regarde toi, » finit-il en agitant la main dans la direction générale de Derek. Ses joues le brûlaient et il dut retenir l'envie de tourner les talons et de partir en courant. Il en avait fini de prendre la fuite.
Derek se leva lentement et s'approcha de lui.
« Stiles, » dit-il doucement, mais l'expression de son visage parlait plus que les mots. Stiles y vit du regret, un regret immense. Et de l'affection, silencieuse et cachée au creux de deux yeux brillants d'émotion. « Je suis désolé aussi, » admit Derek. « Je –» sa voix se brisa et il se racla la gorge. « Je pensais que tu étais part–» Il se tut et ferma les yeux.
« Je sais, » dit doucement Stiles. « Je sais. »
Lorsqu'il posa ses lèvres sur celles de Derek, il n'y eut pas de feu d'artifice. Le monde ne changea pas, la terre n'arrêta pas de tourner. Stiles était toujours Stiles, un peu cassé, un peu perdu. Derek était toujours Derek, taciturne et mélancolique. Malgré ça, quelque-chose changea, quelque-chose tout au fond de son esprit. Une certitude dure comme fer, celle que, pour la première fois depuis très longtemps, il était à sa place.
L'écho lointain des mots de son père lui parvint à l'esprit. Notre histoire n'a pas été facile, mais quelle histoire l'est ?
Il sourit contre les lèvres de Derek et le prit par la main. La porte de la chambre se referma doucement derrière eux.
Seule trace de leur passage, un livre aux pages cornées d'avoir été tournées et retournées gisait sur le tapis.
FIN
Ooookay folks, navrée pour la guimauve finale mais ça fait du bien d'écrire un peu de fluff en ces temps sombres.
Ce n'est qu'un au revoir, bien entendu. J'ai environ trois millions et demi de projets sur le feu, à un ou deux près, notamment un AU dans lequel Derek est un photographe désabusé et un OS Allison/Lydia, parce-que je les aime de tout mon cœur. Oui, oui.
/!\ IMPORTANT: J'ai bien au chaud dans mes dossiers une ficlet que j'ai écrite, appelons cela un spin-off des Jolis Garçons, centré sur les couples Lydia/Jackson & Jackson/Danny dans cette histoire. Comme il est très court (environ 2,000 mots), je pense que je le posterai à la suite de cette fiction. Pour être tout à fait honnête, je n'ai pas vraiment envie de quitter cet univers. Je vais donc la marquer Complète, car la fiction en elle même l'est, et continuer de poster les petites ficlets/drabbles que j'écris sur les différents personnages (y compris Stiles & Derek, mais également Danny, Jackson, Lydia, Laura -que je regrette d'avoir si peu exploitée, Isaac, Scott, Allison, etc.) Si vous n'avez pas envie de recevoir ces notifications, je vous conseille vivement de vous désabonner à l'histoire à la suite de la lecture du dernier chapitre. (Onglet Alerts - Story Alerts). Si vous souhaitez les lire, mais pas toutes, les titres des chapitres seront construits de cette manière : Ficlet n°1 : Jackson/Danny Jackson/Lydia (ce n'est bien entendu qu'un exemple). Voilà!
Ah, et aussi, car un peu d'autopromotion ne fait pas de mal, n'hésitez pas à passer lire mes deux OS Teen Wolf si le cœur vous en dit :)
