Tant que tu seras mien 10
Où Lucius réagit
Le vent au dehors se fit plus fort et la pluie redoubla de violence, comme à l'intérieur de Harry où se déroulait un maelstrom de sentiments plus décourageants les uns que les autres.
-Non mais, regarde-moi dans quel état épouvantable tu es ! Aide-le à retirer sa veste, Blaise, s'écria Drago, il va attraper la mort s'il reste ainsi.
-Je suis juste mouillé, Dray, ce n'est pas la fin du monde, et je peux enlever ma veste tout seul.
-Tu as pleuré toi ! fit soudain le blond en plissant les yeux. On peut savoir pourquoi ?
-Une poussière dans l'œil, mentit Harry, c'est rien, ajouta-t-il en évitant ses amis qui le scrutaient de leur regard curieux et interrogateurs.
-Ouais, une poussière dans l'œil et puis quoi encore ! pesta Blaise en posant la veste complètement humide sur une chaise dans l'entrée. Tu nous prends pour des cons ? Qu'est-ce qui t'est vraiment arrivé, tu nous racontes ?
-J'ai besoin d'un verre, maugréa Harry en se dirigeant vers le salon avec ses deux amis sur les talons qui ne voulaient pas le lâcher.
-Si tu nous disais plutôt ce qui se passe, Harry ? On pourra peut-être t'aider, suggéra Drago en regardant le paysagiste sortir la bouteille de whisky et un verre qu'il remplit avant de l'avaler cul-sec comme s'il s'agissait d'un verre d'eau.
Blaise et Dray se regardèrent, interloqués et interdits. Harry n'agissait jamais ainsi, ce n'était pas lui ça. D'habitude il restait calme et pondéré quand il avait un coup dur. Que c'était-il donc passé pour qu'il se retrouve dans un tel état ? et puis d'où venait-il d'abord pour revenir aussi tourmenté et aussi mouillé qu'une soupe ?
-Harry...que se passe-t-il pour que tu réagisses ainsi ? Il t'est arrivé quelque chose de grave ?
-J'ai pas envie d'en parler, je monte prendre une douche, les gars. Ensuite ça ira mieux, j'espère, et on pourra faire notre petite soirée entre nous.
Le jeune homme monta à l'étage et se précipita dans sa salle de bain. Il se déshabilla en un tour de main avant de se glisser sous le jet d'eau chaude qui le revigora. Vingt minutes plus tard il redescendit en se défendant de penser à ce qui s'était passé entre le père de Drago et lui. Il ne fallait pas...il ne fallait plus.
-Ça va mieux ? s'enquit Blaise en le voyant entrer dans le salon où Drago venait d'allumer la cheminée afin que son ami se réchauffe.
-J'étais juste fatigué, une mauvaise journée, opina Harry en s'asseyant sur le canapé, le visage salement fermé et marqué comme si tous les maux du monde s'y étaient inscrits.
-Nous n'en croyons pas un mot, mais bon comme tu n'en parleras pas nous ferons avec, Blaise et moi. Seulement n'oublie pas qui nous sommes, tes deux meilleurs amis, ceux qui, en principe, se racontent tout, termina Drago qui espérait que Harry parle un peu.
-Ce n'est pas important, j'ai déjà oublié, leur dit Harry en baissant la tête entre ses mains et en priant pour qu'enfin Dray se taise et ne pose plus de questions.
-Si ce n'était pas important tu n'aurais pas pleuré, fit remarquer avec justesse le blond. Et je suis certain que cet homme ne mérite pas que tu sois malheureux à cause de lui.
-Je n'ai jamais mentionné un homme, Drago, reprocha le jeune homme aux yeux verts en relevant la tête vers son ami.
-Non, tu ne l'as pas fait, mais la seule chose qui me chiffonne c'est que c'est la première fois qu'on te voit ainsi, d'où je dis qu'il y a un homme là-dessous. Je suis sûr de moi sur ce coup-là.
-Je suis un idiot doublé d'un imbécile, vas-y, dis-le que je suis un fieffé idiot, murmura le paysagiste en passant une main las sur son visage.
-Etre amoureux ne veux pas dire être idiot...bon si parfois, soupira le blond. Mais là on parle de toi et tu es loin d'être un idiot, avec Blaise on est d'accord sur ça, ajouta Dray suivit de Blaise, très inquiet pour son ami.
-Pourtant ce soir je l'ai été, gémit Harry, comme un imbécile j'y ai cru pendant quelques secondes.
-Tu as couché avec un homme marié ? s'écria Blaise sans réfléchir, ce qui lui amena une œillade noire de Drago et de Harry.
-Non, Blaise, je n'ai couché avec personne, se défendit le jeune homme, par contre tu as raison sur un point. Il est marié.
-Donc il s'agit bien d'un homme, tu l'as rencontré quand ? intervint encore le métis.
-Il y a quelques semaines déjà, avoua le paysagiste.
-Et tu ne nous as rien dit ! Blaise et moi on te dit tout et toi tu nous fais des cachotteries ?
-Je savais qu'il était marié, je savais qu'il n'était pas pour moi, admit leur ami, alors à quoi bon en parler.
-Tu es amoureux de lui, n'est-ce pas ?
-Dès que mon regard a croisé le sien, si intense, je suis tombé amoureux de lui, je n'ai pas voulu ça, c'est arrivé c'est tout...et c'est fini.
-Et lui, cet homme, comment a-t-il réagit ?
-Je l'ai embrassé ce soir, il m'a rendu mon baiser...et c'était sublime, mais ça s'arrête là, je ne veux plus le revoir.
-Je ne sais pas quoi te dire, Harry.
-Il n'y a rien à dire, Dray, je préfère ne plus en parler. C'est douloureux.
-Ce soir on avait décidé de rester chez toi avec Blaise, ça ne te dérange pas ? mentit Drago qui ne voulait pas laisser son ami, seul, dans un moment si délicat.
-Bien sûr que non, vous savez que vous êtes les bienvenus ici.
-Bon, puisque personne n'a encore dîner, je vais préparer des pâtes, je les réussis très bien, déclara Blaise. D'ailleurs c'est la seule chose que je sais cuisiner, dit-il en souriant pour détendre l'atmosphère.
-Très bonne idée, sourit le blond, et n'oublie pas de mettre de l'eau dans la casserole, pas comme la dernière fois, monsieur l'expert des pâtes.
Harry pouffa tristement avant de se resservir un verre plein que Dray lui enleva des mains prestement. Harry avait besoin d'oublier le baiser tout en sachant que c'était impossible. L'instant magique était arrimé dans sa mémoire et il n'était pas prêt d'en sortir mais là il avait besoin d'un autre verre.
Le jeune paysagiste ne mesura qu'à l'instant l'intensité de son amour pour Lucius Malfoy. Il savait que personne ne pourrait remplacer cet amour là. Comment allait-il faire lundi pour reprendre le travail au manoir ? Est-ce qu'il allait avoir le courage d'y retourner seulement ? Il n'aurait pas dû l'embrasser même s'il en avait eu envie depuis qu'il s'était retrouvé devant lui la toute première fois.
Maintenant il n'allait penser qu'à ça : aux lèvres douces et chaudes, à une langue qui avait caressé la sienne, à des yeux gris qui avaient transpercé les siens et à des doigts qui avaient retenus les siens prisonniers.
-Nous le connaissons ? demanda Drago en voyant son ami de plus en plus tourmenté. Si tu veux je peux me renseigner sur lui, au salon je connais pas mal de monde, proposa le fils du duc.
-Non, inutile, comme je te l'ai dit je laisse tomber. C'est un homme marié, Drago, et on sait tous que ça me mènera à rien.
-Harry, s'il a répondu à ton baiser, tu ne penses pas que...
-Que quoi ? le coupa le jeune paysagiste, qu'il va bien gentiment quitter sa femme pour mes beaux yeux ? Tu rêves, Dray.
-Nous le connaissons ? revint à la charge le blond, pensif.
-Qu'est-ce que ça peut faire si tu le connais ou non ? Ça ne t'avancera à rien de toute façon.
-Donc nous le connaissons...
-Je n'ai pas dit ça !
-Mais c'est le cas, hein ?
Harry se leva du canapé, nerveux à un point pas possible. Il souffrait trop, c'était tellement intense comme une vague de fond qui allait l'emporter et qui lui donnait l'impression qu'il allait exploser à tout moment. Ses sentiments s'extériorisaient, il s'était retenu trop longtemps et les avait gardé en lui comme s'ils n'existaient pas et maintenant il en payait le prix.
-Et nous le connaissons très bien, rajouta le blond en voyant son ami si mal à l'aise avec ses questions indiscrètes.
-J'ai vraiment besoin d'un autre verre.
-Arrête de boire, cria Blaise depuis la cuisine, ce n'est pas ça qui va te le faire oublier.
Harry s'agita de plus en plus, ses jambes ne tenaient plus en place, sa poitrine lui faisait mal, il ne savait plus où il en était et il avait une furieuse envie de tout casser dans la maison. Une larme traîtresse coula le long de sa joue, il ne la sentit même pas. A ce moment précis il ne ressentait que de la douleur et du tourment tout ça à cause d'un geste irréfléchi.
-Blaise ! Harry ne va pas bien du tout, cria Dray qui ne savait quoi faire en voyant son ami donner un coup de poing rageur dans un mur.
-Merde ! c'est sérieux là, il est vraiment amoureux, fit le métis en entrant dans le salon.
-Qu'est-ce qu'on peut faire ?
-Aucune idée, répondit Blaise en regardant Harry plus agité que jamais, semblant au bord du précipice.
-On ne peut pas le laisser dans cet état, tu crois qu'on devrait appeller son parrain?
-Ouais, appelle Sirius, il saura quoi faire, lui.
Vingt minutes plus tard c'est un Sirius affolé qui entra dans la maison et qui se dirigea vers le salon sans perdre de temps.
-Où est-ce qu'il est ? demanda l'archéologue qui n'avait pas aperçu son filleul près de la fenêtre.
-On vous laisse, on va dans la cuisine, suggéra Blaise en tirant Drago par le bras pour l'obliger à le suivre.
-Mais je veux savoir, moi, gémit le blond en faisant une moue boudeuse.
-Tu le sauras bien assez tôt, laisse-les discuter ensemble, peut-être qu'avec un peu de chance il parlera à Siri.
Dans le salon le silence était à couper au couteau. Sirius s'approcha du jeune homme, lentement, pour ne pas le brusquer.
-Harry...
-Sirius ! s'étonna le paysagiste, qu'est-ce que tu fais là, tu devais venir ce soir ?
-Tes amis m'ont appelé, il paraît que ça ne va pas très fort et quand je vois ton visage je me dis qu'ils ont eu raison. Tu me racontes ?
-Il n'y a rien à dire.
-Je peux tout entendre tu sais, même l'improbable.
-J'ai besoin de sortir, décida brusquement le jeune homme en se précipitant vers le garage. Ne m'en veux pas mais rester entre ces quatre murs me devient insupportable. Il se sentait tellement mal...tellement impuissant pour endiguer le flot de douleur qui le submergeait.
-Harry ce n'est pas raisonnable dans l'état émotionnel où tu te trouves !
-Rien à foutre, j'ai envie de prendre l'air.
Deux minutes plus tard, les trois hommes entendirent une moto démarrer violemment et quitter la propriété.
-Tu l'as laisser partir, rouspéta Drago appuyé par Blaise, c'était pourtant pas le moment qu'il aille faire de la moto en pleine nuit. C'est dangereux dans son état, je ne l'ais jamais vu ainsi.
-Que voulais-tu que je fasse, que je l'attache ? s'insurgea Sirius. Harry ne fera pas d'imprudence, je le connais quand même .
-Et si justement il en fait une, d'imprudence ! insista le métis. Il ne va pas bien je te signale, au risque de me répéter, jamais on l'avait vu comme ça. Il risque un accident.
-Pas Harry, rétorqua Sirius.
-Mais tu as vu comme nous qu'il n'est plus lui-même ce soir ?
-Je sais, Drago, il n'a rien voulu me dire, et à vous ?
-Qu'il est tombé amoureux d'un homme mais que celui-ci est marié.
-Si ce n'est que ça il en trouvera un autre, ne sut que répondre l'archéologue en haussant les épaules, c'est pas grave à ce point-là quand même.
-Quand est-ce que tu as vu Harry amoureux ? Siri.
-A bien y réfléchir, jamais je crois.
Drago leva un sourcil interrogateur devant la bêtise du parrain de Harry.
-Oh ! tu veux dire que c'est hyper sérieux de chez sérieux ?
-Evidemment que ça l'est sinon il ne se serait pas mis la tête à l'envers, tu crois pas ?
-Maintenant nous voilà frais, grimaça Blaise, il est parti et nous on se retrouve comme des cons sans savoir quoi faire pour l'aider.
-On peut même pas le suivre.
-De toute façon il doit être loin, Blaise, alors c'est inutile.
-Déjà on va l'attendre, il va bien revenir à un moment ou à un autre, tenta de rassurer le métis.
-Moi en tout cas je vais l'attendre et il aura plutôt intérêt à s'expliquer, commenta le parrain de Harry. Et s'il ne veut pas parler je pourrai toujours le menacer, continua l'homme aux cheveux châtains. Après tout c'est moi qui l'ai élevé, je sais comment le prendre.
-Ouais, on a vu, rigola Blaise.
-Nous aussi on reste, hein Blaise ?
-Oui, en attendant si on mangeait les pâtes ?
-Des pâtes ? à quoi, fit Sirius Black avec un air de gourmandise sur le visage.
-Sauce bolognaise et gruyère râpé et pour accompagner le tout, un bon vin. Que des bonnes choses, sourit le métis aux grands yeux noisette en repartant vers la cuisine suivit de ses deux congénères.
Les trois complices discutèrent autour de la table et émirent des hypothèses toutes plus farfelues les unes que les autres pour connaître le nom de l'homme dont Harry était amoureux.
-Il l'a rencontré il y a un peu plus d'un mois dis-tu, Drago ?
-C'est ce qu'il a dit, oui.
-Pourquoi il ne m'a rien dit ?
-Tu n'es pas souvent là tu sais, émit doucement Blaise avec justesse.
-Oui, c'est pas faux et je le regrette. Pour une fois qu'il avait besoin de moi je n'étais pas présent, j'ai foiré je crois. Quand même je me fais l'effet d'être le dernier des derniers, s'auto-flagella le parrain de Harry.
-Oui bon on va pas se prendre la tête, ce qui est fait est fait !
Le repas fini, les trois hommes allèrent s'asseoir dans le canapé du salon, puis finirent par s'endormirent quand l'horloge sonna cinq heures du matin. Ils avaient passé la nuit éveillés à attendre leur ami, mais maintenant le sommeil les avait gagné bien malgré eux.
Harry n'était pas rentré, allait-il seulement revenir ?
