La vie prend parfois des détours auxquels on ne s'attend, l'un de ces détours m'a éloignée du clavier mais voici, enfin, la suite.
Dans l'ascenseur je me demandais ce que Dean pouvait bien me vouloir. Il m'attendait près de mon bureau, il semblait inquiet et… je n'arrivais pas à déterminer les différentes émotions qui semblait danser dans son regard.
-Et bien, Dean, que veux-tu me dire ? demandais-je en m'installant à mon bureau.
- Est-ce que l'on peut aller dans une pièce où on pourrait être vraiment seul ?
Vu l'air qui se peignait sur son visage je compris qu'il valait mieux s'isoler. Je l'emmenais dans l'une de nos salles d'interrogatoire.
- Alors, c'est si grave ? dis-je en commençant à être vraiment inquiète.
- Ecoute Jane, je me suis comporté comme un vrai crétin.
Son discours démarrait plutôt bien, mais je ne voyais pas trop de quoi il parlait vu qu'ill s'était comporté comme un vrai crétin à de nombreuses reprises. J'entendais qu'il poursuive sans le contredire.
- J'aurais dû vous écouter Maura et toi quand vous êtes venues me voir avec vos conclusions. Au lieu de ça, je me suis montré trop fier pour accepter que vous aviez vraiment mis le doigt sur des éléments qui nous manquait. J'ai mis Maura en danger et maintenant c'est toi. Je te demande pardon Jane.
- C'est tout ?
- Non, je tiens toujours à toi Jane, je pensais être passé à autre chose, mais quand je t'ai vu dans mon bureau il y a quelques semaines j'ai réalisé que j'étais toujours amoureux de toi et…
- Dean tais-toi. Tu crois vraiment que je peux te faire confiance ? Tu t'es servit de Maura et de moi pour arrêter son père, tu nous as mis tous en danger en débarquant comme un cow-boy sans réfléchir. Et pour couronner le tout j'ai failli perdre la confiance de Maura avec toute cette histoire. Il a fallu que Maura soit grièvement blessée pour que je trouve la force de me battre pour sauver notre amitié alors que je pensais l'avoir définitivement perdue. Pendant un temps j'ai même cru que Maura quitterait la morgue juste pour m'éviter plus facilement. Aujourd'hui je sais que le lien qui nous lie Maura et moi est certes fort mais je ne cours plus le risque de le voir disparaître. En plus, j'ai quelqu'un dans ma vie alors, merci pour ta déclaration mais nous ne pouvons, désormais, avoir que des relations professionnelles.
Sur ces mots je sortie de la salle d'interrogatoire sans un regard en arrière. Je n'avais pas vraiment menti, certes Casey était en Afghanistan, certes je ne savais pas vraiment à quoi m'en tenir avec lui mais j'avais énormément d'affection pour Casey, assez pour envisager de l'épouser. J'interpellais Frost et Korsak, je voulais faire un point sur l'affaire avec eux. Depuis le meurtre de Bridget Bishop il semblait que notre tueur se tienne tranquille, si on ne tenait pas compte de ses lettres. Je pris mes notes et accompagné de mes deux co-équipiers je pris le chemin de la morgue, au moins là-bas personne ne nous dérangerait et je pourrais aussi faire un point avec Maura si nécessaire. J'avais besoin de faire un point de tout ce que nous avions pu réunir sur notre tueur, d'avoir une vue d'ensemble.
Notre tueur avait tué cinq jeunes femmes dans quatre villes différentes, dont deux ici à Boston. Toutes ces jeunes femmes étaient brillantes, diplômées et aimaient la littérature. Grâce aux recherches de Frost on savait que ces jeunes femmes étaient inscrites sur des forums d'échanges sur la littérature. Certaines écrivaient même leurs propres textes, notamment Cassandra, Marie et Bridget. D'autres avait même fait du théâtre. Aucune d'entres elles n'étaient inscrites sur le même forum, elles ne se connaissaient pas et, à première vue elles ne s'étaient jamais croisées ni dans la vrai vie ni sur l'un des forums littéraires auquel elles s'étaient inscrites. Elles ne venaient pas du même milieu social, pas le même métier, elles n'avaient pas séjournées dans les mêmes villes, même sans s'être croisée. Alors comment les chosissait-il ? Et surtout comment faisait-il pour qu'elles ne se défendent pas ?
Chose étonnante pour un tueur en série, il ne semblait pas tuer à intervalle régulier, pas de pleine lune ou quoique ce soit du genre. Le profil psychologique des victimes ne nous aidait pas vraiment à cerner notre tueur, d'autant plus que son mode opératoire restait pour nous en partie un mystère. On savait qu'il appréciait beaucoup les femmes qui avait marqué l'histoire de leur empreinte. Et le fait qu'il s'intéressait à ma personne venait bouleverser le peu de certitude que nous avions. Maura et moi ne répondions pas vraiment au profil de ses victimes, à moins que… une remarque que l'agent Thomas avait faite me revint en mémoire. Sans un mot je sortie pour rejoindre Maura dans son bureau. Je ne fus pas surprise de la trouver en pleine discussion avec l'agent Thomas, mais que la porte de son bureau soit fermé était une première. Je frappais à la porte et attendit que Maura me dise d'entrer. Ce qui fut fait sur un ton qui ne m'incitait pas vraiment à rentrer, à moins de porter un gilet par balle.
- Maura, je suis désolée de t'interrompre mais j'ai besoin de te poser quelques questions.
- Entre Jane, tu n'interromps rien au contraire. Agent Thomas notre discussion ce termine ici et je demanderais à l'agent Dean de désigner un autre agent à ma protection pour vous remplacer.
- Maura tu ne devrais pas faire ça.
- Ne me dis pas ce que je dois faire ou non Caitlin, hurla Maura. Et sors de mon bureau.
- Je vous souhaite bien du plaisir lieutenant Rizzoli, me dit l'agent Thomas en sortant. Maura, une dernière chose, je n'abandonnerais pas sans me battre.
- Sur cette dernière tirade l'agent Thomas sortit en claquant violemment la porte.
- Mais qu'est-ce qui lui prend ? demandais-je
- Jane, je n'ai pas vraiment envie d'en parler maintenant.
- Ok, alors parlons un peu de l'enquête dans ce cas.
- Désolée, je n'ai rien de nouveau pour le moment sur l'enveloppe ou sur la lettre.
- Ce n'est pas pour cela que je suis là mais à cause de ce qu'à dit l'agent Thomas ce matin. Tu as fait partie d'un groupe de littérature au collège, au lycée ou à l'université ?
- Pourquoi tu me demandes ça ?
- L'agent Thomas a dit que je n'étais ni une cérébrale ni une littéraire comme toi. Sur le moment cela ne m'a pas percuté, mais je me demande si elle…
Pourquoi je n'arrivais pas à dire le fond de ma pensée, que je pensais que Maura s'était confiée à l'agent Thomas car je n'avais pas été assez présente et que l'agent Thomas commençait à connaitre mon amie mieux que je ne la connaissais moi-même.
- J'ai fait partie d'une troupe de théâtre, soupira Maura
- Comme certaines des victimes, murmurais-je.
- Si on ajoutait à ça que Maura étaient publiée pour ses articles médico-légal, elle entrait parfaitement dans le profil de la victime qu'aimait notre tueur.
- Pourquoi tu ne m'as rien dit Maura ?
- Je l'ai dit à l'agent Thomas, se défendit le médecin légiste
- Qui s'est abstenue de nous transmettre l'info, comme si je n'avais pas assez de raison de vouloir la tuer, ajoutais-je à voix haute
- Jane, s'exclama Maura
- J'en ai marre des cachoteries du FBI, j'en ai marre de la voir te tourner autour comme un vautour au-dessus d'une charogne, j'en ai assez de ses grands airs et par-dessus tout j'en ai assez qu'elle tente de prendre ma place de meilleure amie. Alors si tu te demandes si je suis jalouse, je ne te le cacherais pas, je suis jalouse que tu ais établit une relation amicale avec cette espèce de sal…
- Langage Jane, langage, dit Maura avec douceur un doigt sur ma bouche.
- J'allais juste dire que c'est une espèce de sale fouineuse, dis-je en souriant
Cela voulait dire qu'à un moment ou un autre chacune des victimes avait croisé le tueur soit dans la vraie vie soit par le biais de l'un des forums. Maura et moi faisions exception à ce schéma car il nous avait remarqué lors de notre intervention dans l'enquête et il avait, apparemment, fait des recherches sur nous ce qui voulait dire qu'il se documentait sur les personnes qui enquêtaient. Une idée pour piéger ce type commençait à germer dans mon esprit, mais pour la mettre en pratique il me faudrait plonger dans le passé, mon passé et mes années lycées. Avant d'en parler avec mes co-équipiers, Maura inclus, je devais récupérer quelques affaires et surtout m'assurer que mon intuition était fondée.
- Merci de ton aide Maura, on se retrouve ce soir pour diner chez toi ? demandais-je connaissant déjà la réponse.
- J'attends cette soirée avec impatience, répondit-elle avant d'ajouter, nos soirées m'ont manquées Jane… tu m'as manquée Jane
- Toi aussi Maura tu m'as manquée, mais une fois cette enquête terminée on reprendra nos bonnes vieilles habitudes, dis-je en souriant.
En disant cela je ne me doutais pas que cette soirée allait bouleverser ma vie, je n'imaginais pas que je serais assise dans ma voiture devant chez Maura avec des regrets, les regrets de ne pas être en sa compagnie, le regret de l'avoir trahie par mon comportement, d'avoir trahi sa confiance.
