Merci pour vos reviews adorables et voilà le chapitre 10. Dans la foulée, vous aurez le 11 et le 12. Pour le 13, faudra attendre un peu


10

Le vent s'en prit à Harry dès qu'il passa la porte. De grosses rafales froides pour ne pas dire glaciales griffèrent la peau veloutée du futur prince consort. Ce dernier resserra son écharpe d'une étrange couleur rouge et jaune autour de son cou et mit sa capuche sur la tête. La dernière grippe lui avait donné une leçon. Il bénit d'avoir mis son gros manteau et ses bottines fourrées, au moins il serait au chaud sans prendre le risque d'attraper la crève.

Il remonta l'allée impeccable. Rien n'avait vraiment changé hormis que les arbres commençaient à mourir. D'ici quelques semaines ou mois, ils seraient retournés à la poussière. Le jeune homme pensa à devoir faire tout le tour de Poudlard afin de tenter de repérer la « mère ». La sienne apparemment. Il se dit que rencontrer cette Mrs Trelawney n'était pas une mauvaise idée. Elle pourrait le renseigner plus avant sur cette prophétie.

Mais avant d'aller lui parler, Harry avait autre chose de prévu. Il voulait aller chez le médecin afin qu'on puisse examiner son bras qui lui faisait mal. C'était celui qu'il avait mordu la veille pour étouffer ses larmes. C'était la première fois qu'il se mordait depuis longtemps. En général, personne ne se souciait de savoir ce qu'il faisait. Il ne manquait à personne. Les voisins tapaient contre le mur et en hurlant pour qu'il se taise. C'était tout.

Aujourd'hui, il avait mal. Il pouvait plier et déplier tous les doigts ainsi que la main. Sauf que la morsure était profonde et qu'il ne voulait pas d'infection. Hors de question de subir un interrogatoire Severusien et d'être considéré comme un enfant.

Le jeune homme se frotta les yeux afin d'essayer de chasser le sable inexistant qui le piquait. Il avait dormi par terre, roulé en boule et s'était réveillé perclus de douleurs et raide un peu partout à force d'être resté dans la même position inconfortable. Son bras valide avait été envahi de fourmis pendant de longues minutes avant de retrouver dans ses doigts la moindre sensation.

Il s'était levé, l'esprit embrouillé, s'était lavé et était allé prendre un petit déjeuner en ignorant totalement que Severus était matinal. Le prince l'attaqua à peine fut-il arrivé, faisant remonter la colère de la veille et poussant Harry à sortir de table alors qu'il n'avait pas terminé. Le jeune homme avait ensuite déambulé dans le palais pour le quitter quinze minutes plus tard alors qu'il n'était pas huit heures.

Il jetait sans cesse des coups d'œil sur sa montre toute neuve qu'il s'était achetée avec son argent quelques jours plus tôt avant de tomber malade. Il lui restait deux bonnes heures avant son cours avec lord Malefoy. Un cours qu'il redoutait parce qu'il sentait que l'homme lui rappellerait son départ de la veille, sa façon de parler et qu'il serait épouvantable.

Harry n'avait pas envie de s'y rendre, néanmoins il n'avait pas le choix. Il avait fait une promesse et mettrait un point d'honneur à l'honorer quand bien même cela lui coûtait. Il avait l'affreux pressentiment que Severus était au courant de l'affaire et que le prince allait lui faire un sermon bien senti, le rabrouer et l'humilier encore un peu plus.

Le brun leva les yeux vers le ciel gris et soupira. Il secoua la tête puis se remit à avancer. Il atteignit la rue déserte et se dirigea vers le cabinet du Dr Pomfresh qu'il savait être en ville dans la rue Ste Mangouste.

La première fois que Harry avait vu le nom des rues, il avait cru halluciner devant l'originalité frôlant parfois la bêtises des pancartes. Les gens avaient de drôles d'idées.

Le trajet jusqu'au cabinet fut relativement rapide. Après un bon mois à visiter les rues de Poudlard, Harry connaissait plutôt bien la ville, du moins les artères principales et le vieux quartier. Quelque chose lui disait qu'il n'aurait plus vraiment le temps d'aller se balader autant qu'avant avec tout ce que Severus voulait qu'il ingurgite tant en politique qu'en finance ou en économie. À croire que le prince avait oublié que son fiancé n'était pas un érudit et qu'il avait de grosses lacunes dans certaines matières de base. Peut-être allait-il devoir faire mention du fait qu'il ne se souvenait plus comment on posait une simple division ou qu'écrire anglais sans fautes était tout bonnement impensable.

Le jeune homme laissa de côté ces pensées quand il arriva enfin devant la porte rouge surmontée d'un heurtoir en bronze. Une petite pancarte indiquait « Dr Pomfresh, médecine générale, consultations avec et sans rendez-vous ». Une aubaine lui qui n'avait rien demandé à personne.

C'était la première fois que Harry se rendait chez un médecin, qu'il mettait le pied dans une salle d'attente. L'hôpital ne comptait pas.

À huit heures, il était seul dans la petite pièce composée de chaises en plastique et d'une table recouverte de magazines posés en vrac. Peu certain de savoir à qui s'adresser parce que personne n'était présent, il prit un exemplaire de papier glacé et regarda un instant la couverture un peu chiffonnée. La date indiquait qu'il remontait à l'année précédente. Les quelques titres et image accrocheurs, presque racoleurs, parlaient des stars du moment mais cela ne rebuta pas Harry qui ouvrit celui qu'il avait dans les mains. Il feuilleta rapidement son exemplaire puis le reposa. Toutes ces images people lui rappelaient que dans quelques semaines, il serait peut-être à leur place. Cette idée lui donna la nausée. Il ne se voyait pas lire les lignes parfois humiliantes qui le concerneraient.

La porte s'ouvrit à ce moment-là sur le Dr Promfresh qui fut presque surprise de le trouver là.

– Mr Potter. Si je m'attendais à vous voir. Venez, entrez. Profitons du fait qu'il n'y ait personne.

Le jeune homme pénétra dans le bureau-salle d'auscultation et s'installa sur la chaise face à la table de travail.

– Que vous arrive-t-il ? Votre grippe est finie ?

– Oui oui. C'est pas pour la grippe. Faut juste que personne sache que chui venu. 'fin, personne du palais, comprenez ?

Le voilà qui bafouillait. Il s'en voulut et se maudit. Parler était normalement facile pour lui. Aujourd'hui, sa verve et son aisance semblaient avoir pris quelques jours de vacances.

– Les consultations sont confidentielles. Je suis soumise au secret professionnel. Rien de ce qui sera dit ici ne sortira d'ici.

– Ah... Ok, j'sais pas trop comment ça fonctionne tout ça en vrai. C'est la première fois que je vais au docteur (1).

– Vous n'y êtes jamais allé ?

– Non. Pas vraiment eu l'occasion.

– Eh bien ce sera celle de faire un check-up de votre état de santé avant toute chose. D'autant que j'aime bien connaître mes patients. Je vais en profiter pour compléter votre dossier. Les quelques renseignements que la secrétaire de Son Altesse m'a donnés m'ont permis de remplir le nécessaire Nom, prénom, date de naissance, ça c'est bon. Adresse aussi. Un numéro de téléphone ?

Harry haussa les épaules. Il avait bien un portable mais il avait rendu l'âme dans la bagarre avec les hommes de McNair.

– Nan.

– Nom du dernier médecin traitant.

– J'en ai pas.

La liste se poursuivit un instant jusqu'à ce que Pomfresh, sans paraître surprise par son ignorance, le fasse se lever et se déshabiller.

– Vous ne gardez que votre sous-vêtement et vous montez sur la balance devant vous.

Harry retira donc ses différentes couches sans honte et fit ce qu'on lui avait demandé. La balance à aiguille indiquait soixante kilos. Il sentait qu'il s'était quelque peu remplumé avec les repas divins qu'on servait au palais, même si la grippe lui avait fait perdre du poids.

– Venez ici.

Elle le manipula pour le placer sous une toise.

– Tenez vous droit et collez vos talons contre le mur. Un mètre soixante-treize.

Elle retourna vers son bureau et prit une calculatrice.

– Vous avez un IMC normal, annonça-t-elle le plus aisément du monde alors que Harry était complètement perdu.

Il n'avait jamais entendu parler d'IMC.

– Quoi ?

– IMC, indice de masse corporelle. Poids divisé par la taille au carré. Et le résultat détermine si vous êtes dans en surpoids, en sous-poids ou dans la norme qui est entre 18,5 et 25. Le votre est à 20 tout pile. Donc tout va bien. Vous pouvez vous rhabiller. Je vais prendre votre tension et ensuite on verra ce bras.

Elle avait bien entendu noté la morsure rouge qui tranchait sur la peau pâle.

– Que vous est-il arrivé ? s'enquit la doctoresse en se levant de nouveau pour aller chercher son stéthoscope. Tendez votre bras.

Encore torse nu, Harry s'exécuta. Le sentiment de compression de son avant-bras le fit grimacer, surtout quand Pomfresh appuya sur sa petite poire de gonflage du tensiomètre pour gonfler le brassard passé autour du bras.

– Tension basse. Il va falloir surveiller tout ça. Bien, regardons ce bras ? Belle morsure. Vous avez légèrement entamé la chair. Rien de très grave. Les ligaments et tendons ne sont pas touchés. Bougez la main pour voir ? Pliez, dépliez les doigts ? Vous avez mal quand vous remuez ?

– Non. C'est juste que ça tire un peu sur la peau. Et pis ça fait mal quand je touche.

– Vous avez mis quoi dessus ? Pour désinfecter ?

– Rien. Eau et savon quand j'me suis lavé ce matin mais c'est tout.

– On va nettoyer tout ça alors. Je vais mettre un bandage pour éviter les frottements avec le tissu. Si la plaie s'infecte malgré tout, c'est à dire que ça gonfle, que ça devient chaud et que c'est bien rouge, venez me voir. Je vais vous prescrire tout de même de quoi badigeonner la marque. Par contre, évitez de vous mordre encore une fois.

Elle lui badigeonna la plaie d'une solution antiseptique qui ne piquait pas et lui recouvrit le bras d'une petite bande.

– Je vais vous prescrire un désinfectant à appliquer deux fois par jour pendant deux ou trois jours. Au moindre signe d'infection, vous n'hésitez pas. Chaleur, gonflement, rougeur.

Pomfresh rédigea à son bureau l'ordonnance pendant que Harry finissait de se rhabiller.

Dix minutes plus tard après avoir payé en liquide ce qu'il devait – et parce qu'il ne voulait pas que le prince sache ce qu'il était allé faire – Harry prit la direction de la pharmacie la plus proche afin d'acheter ce fameux antiseptique.

– Mr Potter ? l'appela une voix de femme parfaitement inconnue.

Dans son champ de vision apparut une folle habillée comme un épouvantail, avec de grosses lunettes qui lui donnaient l'air d'une mouche. Pour un peu, Harry aurait voulu prendre la fuite.

– Heu... c'est pour quoi ? bégaya-t-il mal à l'aise alors que l'inconnue lui prit la main pour la serrer dans la sienne.

– Je fais enfin votre connaissance. La dernière fois que je suis passée au palais, vous n'étiez pas présent. Je suis Sibylle Trelawney.

Ce nom rappela à Harry celui de la timbrée qui avait déclamé à Severus cette prophétie dans laquelle Poudlard devait être sauvé par l'enfant des quatre fondateurs, à savoir lui. Elle avait également annoncé que Severus risquait de mourir.

Oui, il voulait rencontrer la prophétesse mais c'était lui qui devait faire le premier pas, pas se faire alpaguer.

La fuite aurait été une excellente option si Trelawney ne lui avait pas tenu la main aussi fort.

– Cool. Je... chui attendu.

Dans une heure et demi il devait être dans la salle de bal avec Malefoy et être passé à la pharmacie auparavant.

Il se retrouva sans savoir comment ni pourquoi à suivre cette folle à travers Poudlard. Elle avait une de ces poignes qui empêchait Harry de se libérer et partir en courant. Trelawney le fit trottiner dans les rues encore vides. Il était tôt pour l'ouverture des commerces. Seules quelques voitures roulaient, ceux qui quittaient Poudlard pour la journée, se rendant à leur travail parfois à une heure de route. Harry aurait bien aimé que quelqu'un s'arrête et l'aide. Mais comme la veille, personne ne fit rien. C'était à peine si on le voyait passer.

Ils s'arrêtèrent devant une maison d'apparence délabrée aux volets tombants et aux larges fissures apparentes. Le toit manquait ça et là de tuiles tombées au sol. Le jardin était en piteux état. Harry n'était jamais allé jusque là, se contentant de rester en ville. Il se dit que tenter de faire un tour aux abords de Poudlard pourrait se révéler intéressant.

– Je vous prie d'excuser l'état de la maison. Elle était mieux avant que tout ne se mette à mourir. Entrez, entrez.

Une odeur de choux et de pieds mal lavés prit Harry au nez. Il crut vomir tellement la puanteur était pestilentielle.

– Xéno, va te laver, chuchota furieusement Sybille à un homme crasseux aux longs cheveux clairs emmêlés en une tignasse sale.

Trelawney lui ressemblait un peu. Ils avaient ce même air fou même si la femme était plus... présentable. Le fameux Xéno décampa, pieds nus et en caleçon grisâtre qui rebuta Harry. Dans quel monde venait-il de mettre les pieds ? Il se le demandait.

– Installez-vous. Mon frère n'est pas méchant vous savez. Il est un peu... dans la lune depuis la mort de sa femme. Sans sa fille, je pense qu'il ne serait plus de ce monde. Il oublie souvent des choses comme manger, dormir ou se laver. Asseyez-vous !

Harry considéra le tabouret un peu branlant et décida qu'il avait posé ses fesses sur plus sale que ça, que faire la fine bouche parce qu'il s'était habitué au confort n'était pas dans ses habitudes. Il s'installa à la table et une tasse de café fumante fut posée devant lui.

– Merci.

À la première gorgée il ferma les yeux. Le palais savait faire des choses divines en matière de repas mais leur café, c'était du jus de chaussette. Là, Harry venait de goûter le meilleur café du monde. Le liquide sublime coula dans sa gorge et le réchauffa tout entier. Il avait un petit goût de paradis.

– Vous êtes vraiment beau, souffla une jeune fille d'une quinzaine d'années en entrant dans la cuisine.

Elle arborait la même masse de cheveux clairs sauf que les siens semblaient en meilleur état que ceux de Sibylle et de Xéno.

– Mr Potter, je vous présente ma nièce, Luna. La fille de Xénophilius. Luna, voici Harry, celui qui doit nous sauver. Oui, c'est vrai qu'il est beau, tu as raison. L'Enfant.

Elle gratifia Harry d'une caresse sur la joue. Au lieu de le rebuter, ce geste d'abord surprenant laissa au jeune homme une impression étrange. Il regarda Sibylle avec de grands yeux. Elle lui rendit son regard avec tendresse.

– Tu ne comprends pas tout, n'est-ce pas ?

– Pas grand chose, non. Enfin, juste que je suis la réincarnation d'une personne morte et que je dois sauver Poudlard. C'est tout.

– C'est déjà pas mal.

Les deux femmes prirent place à table. Leur présence rassura Harry qui se sentait un peu chez lui ici dans cette cuisine en désordre, devant sa tasse de café bien chaude.

– Avant tout chose, je ne veux pas entendre parler de réincarnation. Tu as en toi son âme.

– Quoi ?

C'était la même chose pour Harry. Réincarnation, posséder l'âme d'un défunt. Apparemment, ce n'était pareil que pour le jeune homme.

– La réincarnation est un mythe, un conte de fée issu de plusieurs religions disant qu'une âme trouve refuge du corps d'un mort dans celui d'un nouveau-né et ce encore et encore. Dans ton cas et celui de l'Enfant, l'âme a erré une fois l'Enfant mort. Peu lui importaient les siècles, elle a attendu son heure pour te trouver, toi.

– Pourquoi moi ? J'ai quoi de si spécial pour être cet... Enfant ? J'ai rien demandé. Ok, chui né en juillet, à la fin. J'ai une putain de cicatrice qu'on sait pas d'où qu'elle vient et Sev est prince. Mais ça pourrait être n'importe quel con.

Il l'espérait.

– Luna, sois gentille et va me chercher la pierre.

Luna quitta la table. Harry l'entendit monter les escalier situés derrière la porte du fond. Ses pas résonnèrent au dessus de leurs têtes puis de nouveau sur les marches de bois. La jeune fille réapparut quelques instants plus tard, avec une pierre ronde dans la main. Elle la déposa avec cérémonie dans le creux de la paume de sa tante.

– Avant que je ne te la passe, il faut que tu saches que tu es issu de l'idée de Helga Poufsouffle, l'une des quatre fondatrices et maîtresse de l'air. Son emblème était le blaireau, ses couleurs, le jaune et le noir.

Harry ne voyait pas trop le rapport entre un blaireau et l'air. Puis le fait que Sibylle en sache autant sur cette dame étonna le brun.

– Comment vous savez ça ? Elle est morte y a des siècles !

– Excellente question, Harry. La réponse est simple. Ma famille est l'une des rares à vivre sur Poudlard depuis des milliers d'années. Lorsqu'Alberic Rogue, le fondateur officiel de Poudlard, arriva, nous étions déjà là. Une petite communauté qui était sur les terres qui s'étendaient bien plus loin qu'aujourd'hui. Alberic a restreint les terres pour créer le Poudlard que nous connaissons actuellement. Nous n'étions rien qu'un petit groupe un peu fou et tu noteras que cela n'a pas changé. Les gens nous tolèrent parce que nous ne faisons pas de mal et que parfois, nous sommes utiles. Ma famille possède des dons de voyance. Mais nous reviendrons sur ce point plus tard. D'abord tu dois comprendre que nous étions là quand les Quatre étaient présents. Là quand ils ont essayé de monter cette école pour jeunes élémentaires. Une de mes ancêtres y est allée, à cause de ses dons. Sauf que comme tous les autres, elle ne possédait pas le pouvoir élémentaire. Seuls les Quatre fondateurs de Poudlard en étaient dotés. Mon ancêtre y a tout de même appris à lire et à écrire. C'est d'elle que nous tenons tout ce savoir sur les Quatre.

Potter était suspendu aux lèvres de Sibylle, bouche ouverte et yeux écarquillés. Une petite part se demandait si y croire n'était pas un peu trop gros, l'autre voulait y croire. Jusque là, tout n'avait été que vérité. Toutes les affirmations de Trelawney s'étaient révélées vraies. Alors pourquoi ne pas la croire quand elle disait que sa famille était née sur ces terres et qu'elle était dotée d'un certain pouvoir de voyance ?

– Quand les fondateurs se sont rendus compte qu'ils étaient les seuls élémentaires et voyant qu'ils allaient mourir, leur savoir avec eux, ils sont décidés de braver les lois de la nature en créant un être qui posséderait ces dons et qui vivrait bien plus longtemps qu'un être humain. Dans leur quête de la perfection, ils créèrent un Enfant plus beau que tous les humains sur cette terre, dangereux... Parfait à leurs yeux. Sauf que les humains n'aiment pas ce qui est différent. Ils le tuèrent, laissant ses créateurs effondrés. Helga plus que les autres puisqu'elle lui avait insufflé la vie, faisant d'elle sa mère. Elle voulut déchaîner sa haine sur les hommes responsables. Elle en fut empêchée par la sage Rowena Serdaigle, maîtresse de l'eau qui fit appeler mon ancêtre. Bellia est entrée en transe et lui a déclamé cette prophétie. Elle a même donné ton nom ainsi que celui de Son Altesse. Mille ans se sont écoulés. Siècles après siècles, toutes les voyantes avec un peu de don véritable ont répété cette même prophétie, mot pour mot.

Lentement, avec révérence, Sibylle tendit ce qu'elle avait dans le creux de la main à Harry, révélant une pierre parfaitement ronde. Le garçon la manipula avant de regarder la femme, l'air de se demander ce qu'il devait en faire. Il n'y avait rien du tout à regarder. Elle semblait polie de main d'homme pour avoir cette forme sphérique. Lui qui avait cru qu'elle serait plus que cela, il était déçu.

– Ouais et ben quoi ? C'est une jolie pierre.

– Elle n'est pas simplement jolie. Viens et prends la pierre avec toi.

Ils quittèrent la cuisine par la petite porte du fond, tombèrent sur un couloir assez sombre qui desservait les pièces de la maison. Sur la gauche, la porte d'entrée, sur la droite, l'escalier et d'autres portes. En face se trouvait le salon. Partout le sol était dallé de pierres un peu inégales. Harry devait faire attention où il mettait les pieds.

La première chose qui attirait l'œil dans le salon était l'imposante cheminée, assez haute pour qu'un homme se tienne debout à l'intérieur et large pour y faire cuire un bœuf entier. Elle était allumée et diffusait une douce chaleur qui contrastait fortement avec la fraîcheur du reste de la maison.

Harry sentit qu'il s'agissait de la pièce à vivre. Des canapés, des sièges, des coussins, des bibliothèques qui montaient jusqu'au plafond assez haut – plus que dans la cuisine ou le couloir – une table, des chaises et un chien allongé près de la margelle... la petite famille vivait ici. Le reste ne servait qu'à manger ou dormir. C'était sans doute la salle la mieux entretenue, du moins par rapport à la cuisine qui ressemblait à un fourre-tout.

– Va t'asseoir à la table, Harry. Luna ma chérie, va réunir les éléments et apporte-les à table. Fais attention à ne pas te brûler avec le feu.

Sceptique mais sans se poser de questions, Harry obéit et posa ses fesses sur la première chaise qu'il trouva autour de la longue table taillée dans le bois. Il posa la pierre dessus et fit attention qu'elle ne roule pas, puis il attendit. Sibylle le laissa seul quelques secondes, le temps que Luna revienne avec trois bols en terre cuite qu'elle posa près de Harry. L'un était rempli de terre, l'autre d'eau, le troisième était vide. Mais quand le jeune homme vit la blondinette de quinze ans se hâter vers la cheminée et prendre grâce à une pince un brandon rouge, il ne se demanda pas plus longtemps ce que le récipient allait contenir.

La braise encore rougeoyante fut placée au milieu du dernier bol. Au même moment Sibylle revint avec une grande plaque en ardoise noire qu'elle posa sur la table, devant Harry.

– Place la pierre au milieu.

– Ça va servir à quoi ?

– Nous allons mettre le feu, la terre, l'air déjà présent autour de nous, et l'eau contre la pierre. Tu verras ce que ça va donner. Luna mon cœur mon amour, plus grosse la braise. Je vais en chercher une autre.

Elle récupéra le bol, la pince et se rendit à son tour vers la cheminée dans laquelle elle farfouilla quelques secondes. Elle revint avec non plus une braise mais quatre ou cinq, qui, entre elles, avaient fait naître une petite flamme.

– Parfait.

Avec des gestes précis et une main sans trembler, Sybille fit rouler la pierre dans l'eau. Elle fit une sorte de nid avec la terre et y plaça la boule au milieu.

– De deux.

Armée de la pince de la cheminée, elle disposa les braises sur la terre en faisant en sorte qu'elles touchent la terre et la pierre qui grésilla un peu. Elle se pencha ensuite et se mit à souffler doucement sur les brandons rougeoyants collés les uns aux autres qui se mirent à luire et la petite flamme réapparut.

– Voilà. Maintenant regarde. Cette pierre a été créée par les Quatre et elle contient en son sein le secret qu'ils ont voulu renfermer. L'identité du porteur de l'âme de leur Enfant et la personne à laquelle il est destiné.

Guère convaincu, Harry regarda néanmoins la boule durant quelques secondes. Rien ne se passa. Et puis, alors qu'il allait détourner les yeux, quelque chose apparut sur la surface. Des lettre se formèrent, se gravant dans la roche dure.

Presque hypnotisé, le jeune homme s'approcha pour regarder avec plus d'attention.

– Putain de merde, souffla-t-il. Comment vous faites ça ?

– Je ne fais rien. Nous n'avons pas ce pouvoir. Je te l'ai dit, il s'agit de l'œuvre des Quatre. Prends-la.

– Ça va pas, c'est chaud ! Pas envie de me cramer.

À sa place, Luna la prit et la lui mit presque d'autorité dans la main. La pierre n'était pas chaude, à peine tiède. Les inscriptions étaient toujours là. Minuscules.

– Que lis-tu ? demanda Sibylle en lui tendant une loupe cachée dans la poche de son pantalon trop large.

– C'est pas de l'anglais.

– Non. À cette époque, les gens parlaient scot, un mélange de plusieurs dialectes. En voilà le résultat. Il s'agit de la prophétie écrite en scot.

– Comment on peut être sûr que c'est ça ?

– Parce que nous avons demandé à des linguistes de traduire. Quatre ou cinq afin d'avoir plusieurs versions au cas où. Ils sont unanimes. Tourne la boule.

Harry s'exécuta et faillit la lâcher lorsqu'il vit son nom écrit sous celui de Severus.

– Ok. Je sais pas si je dois penser qu'je suis dingue ou alors croire à c'que j'vois. C'est dingue ce truc !

– Certains refusent d'y croire car cela dépasse leur logique humaine. Son Altesse en fait partie.

Potter releva la tête vers Sibylle, alors que le titre de Severus interpellait quelque chose en lui.

– Si chui pas prince avant la fin, il va vraiment crever ?

– Oui mais il ne sera pas le seul. Tout être vivant et mortel sur cette terre, et je parle de la terre de Poudlard, mourra. Il ne restera plus rien. Avant que les fondateurs ne viennent, ce n'était qu'une terre désolée, vide et morte. Ils ont insufflé la vie. Lors de l'anniversaire des mille ans de leur mort, si l'Enfant ne peut rétablir l'égalité entre les quatre éléments, tout mourra.

– Ouais mais... Ok, d'accord. C'est glauque ça. Mais... moi. Chui censé clamser aussi ?

Après ce que lui avait dit Severus quelques jours auparavant, il voulait être certain.

– Si tu ne remplis pas la prophétie, oui.

– Magnifique, soupira Harry qui laissa tomber sa tête sur la table. Je vais claquer dans tous les cas. Parce que je sais même pas comment remplir c'te putain de prophétie de merde ! Vous avez pas un tuyau à me filer ? Genre, c'que je dois faire ?

– Nous sommes les messagers, pas le guide.

– De mieux en mieux. Attendez, vous avez dit, si je remplis pas la prophétie. Ça veut dire quoi ?

Sibylle grimaça et Harry sentit que la suite n'allait pas lui plaire.

– Ça commence à puer grave votre truc là. Severus m'a dit un truc qui pue du cul aussi et je commence à être sur qu'il a raison, c'est ça qui craint.

– Qu'a dit Son Altesse ?

– Qu'en fait, je vais mourir dans tous les cas. Ce qui est pas logique quand on réfléchit deux secondes mais il a pas tort en fait.

– Je... ne suis pas certaine de bien te suivre, Harry, avoua Sibylle.

– La prophétie... y a pas un autre terme, parce que ça me gave de l'employer ?

Il grogna quand Luna et Sibylle secouèrent la tête en chœur.

– Ok. Bon... ah si, y en a un, la prédiction. Bref, la prédiction dit que Il... ça doit être moi, apparaîtra dans le sang sous le regard de sa mère. Ce qui colle pas trop avec le fait que je doive régner avec le prince ensuite. Pour Sev, je dois mourir. Le sang ça lui dit ça. Je dois mourir pour avoir plein de sang sur moi. Ou alors être blessé hyper sérieusement et crever dans la foulée. Mais ça colle pas avec la suite. Comment... comment mourir et vivre ensuite ? La résurrection, ça marche qu'avec l'autre, le Jésus. Chui pas l'fils de Dieu moi. Juste un pédé qu'a pas eu d'chance.

Il n'avait pas envie de mourir. C'était sa vie, il y tenait un peu.

– Une prophétie est assez... absconse, fit Sibylle.

– Quoi ? Assez quoi ?

– Abs... obscure, énigmatique.

– Oh. Ouais. On s'fait des nœuds au cerveau en fait. Mais vous en savez quoi vous de ça ? J'veux dire, vous pouvez m'dire quoi sur ça ?

– Harry, notre but était de vous transmettre, à toi et à Son Altesse, cette vérité. Le reste, c'est à vous de le trouver, à toi. Nous sommes le point de départ, pas le panneau indicateur.

Luna gloussa à ses côtés, amusée.

– Allez, soyez cool. Vous pouvez pas m'apprendre tous ces trucs pour venir ensuite me dire démerde-toi tout seul maintenant. Chui pas d'ici, chui qu'un humain. Ces machins, tout ça, ça m'dépasse total. Chui paumé. On m'demande un truc qu'est pas possible.

– Si, ça l'est. C'est que pour l'instant, tu n'es que le porteur, pas l'âme.

Harry fixa Sibylle, mauvais.

– Honnêtement, vos phrases à la mords-moi le nœud, c'est pas la peine. J'entrave que dalle. Vous savez des trucs, faut les cracher. Putain, c'est pas comme si j'étais un espion et que c'était un putain de secret d'État. J'risque ma vie et celle de tous les habitants de c'te putain d'pays.

– Le sang est la clé.

– Quoi ?

– C'est tout ce que je peux te dire. Le sang est la clé de tout.

– Non mais vous pouvez pas me lâcher c'te phrase comme ça sans m'expliquer ! Et c'est qui ma mère ? Helga ? Mais elle est morte !

– Harry, tout trouvera une réponse. Sache une dernière chose. Le vrai château de Poudlard est là-haut, sur la butte nord. Si quelque chose doit se passer, c'est là-bas.

Harry resta bête. Les ruines de Poudlard n'étaient plus que des ruines. Il n'y avait rien d'autre là-bas. Pas de passage secret, de salle secrète... rien que des murs écroulés, des trous et du vide.

– Et quand tout ça sera arrivé, il se passera quoi ? J'veux dire, je sais pas comment rétablir la magie. Je fais quoi si je peux pas reprendre le flambeau ? Ça se fera tout seul ou je dois faire quèque chose ? Et si rien se fait, Poudlard disparaîtra toujours ?

Il avait encore plein de questions, de doutes, d'incertitudes et un poids de plus en plus lourd sur les épaules.

– Tu as encore du temps.

– Non ! On a neuf putain de mois à peine avant que tout crève ! C'est pas du temps ça, c'est rien ! Je sais même pas c'que j'dois faire ! J'ai peur, avoua-t-il soudain tout bas.

Deux bras l'entourèrent, de même une légère odeur de terre. Pour la première fois de sa vie, Harry se retrouvait dans ce qui se rapprochait le plus de l'étreinte d'une mère. Ce n'était pas Lily mais il était bien dans ce giron doux et tendre. S'il fermait les yeux assez forts, les cheveux presque blancs de Sibylle et ses yeux rouges devenaient roux et verts. Il s'agrippa au gilet de la femme et éclata en sanglots.

– C'est normal d'avoir peur, petit garçon, murmura Sibylle. Celui qui n'a pas peur est un idiot. Tu peux pleurer autant que tu peux, petit garçon. Personne ne te jugera ici.

Une main toute douce passa entre ses mèches en bataille et les caressa tendrement. Harry se laissa aller dans le giron de Sibylle et pleura encore et encore, son corps secoué par les larmes qui ne voulaient cesser de couler.

Il était terrifié par la tâche à accomplir, terrifié par l'échec. Personne, pas même Severus, ne semblait réellement mesurer le poids qu'il devait porter, pour un monde duquel il ne venait pas. Cette terre n'était pas la sienne, il n'était pas né là et devait pourtant la sauver.

De longues minutes se passèrent avant que Harry se calme un peu. Il tremblait de tout son être. De froid, de peur, il ne savait pas trop et ça n'avait pas d'importance.

Toujours entre les bras de Sibylle, il n'avait aucune envie de les laisser. Pour une fois qu'il pouvait se montrer fragile en public et non fort, que rien n'atteignait. Pour une fois qu'il pouvait être ce petit garçon qui cherchait le réconfort dans les bras d'une maman. Pour une fois qu'il pouvait avoir un peu d'attention, d'affection et non du continuel rejet auquel il faisait face continuellement.

Sibylle ne bougeait pas, continuant ses caresses dans sa tignasse désordonnée. Il finit par se redresser, reniflant et s'essuyant les yeux, un peu honteux finalement.

– Pardon.

– Tout va bien, petit garçon. Parfois la tâche qui nous incombe est lourde, trop à nos yeux. Pourtant sache que, même si tu doutes et même si tu as peur, si tu as été choisi, c'est que tu es assez fort pour le faire. Toutes tes réponses viendront en leur temps.

Elle lui tendit un mouchoir froissé dans lequel Harry se mouche bruyamment.

– Merci.

– Tu es courageux, Harry. Très courageux. Tu es une perle qui ignore sa véritable valeur. Mais un jour, quelqu'un te montrera ce que tu vaux vraiment. Va maintenant mon chéri.

0o0

Sans se soucier de l'heure, Harry passa rapidement à la pharmacie du coin pour acheter son antiseptique et se dirigea vers le palais d'un pas lent. Les paroles de Sibylle ne cessaient de tourner dans son esprit. La femme avait été rassurante, douce, aimante. Il s'était rendu compte qu'ils n'étaient pas différents en réalité, cette famille et lui.

Ils étaient rejetés, les uns à cause de leur folie et leur savoir dérangeant, l'autre à cause de son physique.

Cette constatation lui avait donné l'impression de se rapprocher plus des Lovegood – comme il l'avait appris en lisant le nom sur la boîte aux lettre – que des autres humains qui peuplaient ce monde. Sibylle n'était pas cinglée, elle acceptait juste quelque chose que le commun des mortels refusait simplement : la magie.

Avant, Harry aurait ri. La magie n'existait pas. D'ailleurs, pendant près de treize longues années, ce terme avait été banni du vocabulaire des Dursley. Aucun dessin animé avec des sorcières, des monstres et autres créatures loin de l'être humain de base n'avait été toléré, aucun film non plus. Les seuls programmes acceptés à l'écran étaient le journal et les jeux débiles qui faisaient rire comme des cochons Dudley et Vernon. Dudley avait eu droit à des jeux de console, parce qu'il piquait des crises pour les avoir et que sa mère ne savait pas dire non à son fils obèse. Pétunia était terrifiée par son enfant, son fils unique qu'elle avait trop gâté et le garçon le savait. Il avait d'ailleurs été jusqu'à la frapper pour obtenir un gâteau qui n'existait que dans ses pensées, la faisant tomber et trouvant cela amusant. Pour le calmer, Pétunia avait passé quatre heures à préparer la pâtisserie qui s'était retrouvée par terre simplement parce que Dudley n'en voulait plus.

Aujourd'hui, libéré des pensées étriquées de sa famille et de leur présence abrutissante, Harry voyait les choses autrement. Pour ce qu'il en avait constaté, la magie existait vraiment. Il était peut-être bête d'y croire mais ne voulait pas cesser.

On l'avait trop souvent obligé à avoir une vision des choses pour continuer alors qu'il avait commencé à réfléchir par lui-même.

C'était comme l'amour entre deux personnes de même sexe. Son oncle criait au scandale en voyant des homosexuels se tenir la main. Harry l'avait même vu une fois frapper une femme parce qu'elle embrassait chastement sa compagne. Le garçon en avait été choqué. Selon Vernon, l'homosexualité était une tare qu'il fallait faire disparaître, quitte à tuer tous les mécréants qui osaient s'afficher ou soutenir la cause.

Une fois dans la rue à se vendre, Harry s'était rendu compte que ce n'était pas mauvais ni sale.

Il n'avait jamais aimé ni n'avait jamais été aimé de quiconque, pas d'amour ni même d'amitié. C'était une notion qui lui était inconnue. Pourtant, quand il y pensait, il ne trouvait pas que le sexe entre deux hommes ou deux femmes était plus répugnant que celui entre deux personnes de sexe différent. Tant qu'ils se respectaient un peu, l'amour pouvait être beau. Potter ne pensait pas à lui lorsqu'il avait ces pensées. Il ne cessait de revoir ces deux femmes dans ce parc lorsqu'il était petit. Ces deux femmes qui avaient été là quand Vernon et Pétunia passaient. Ces deux femmes qui s'embrassaient, des étoiles dans les yeux.

Encore aujourd'hui, Harry voulait que quelqu'un le regarde comme ça, avec ces étoiles dans les yeux.

Ça n'arriverait jamais.

Le jeune homme s'assit sur un banc et regarda les voitures ou les personnes passer devant lui sans s'arrêter. Il n'était qu'un humain parmi tant d'autres. Un homme qui avait droit à un destin extraordinaire et pourtant aucun ne venait le saluer.

Pestiféré. Il avait beau tout faire pour oublier ce terme, il revenait sans cesse. Harry était un pestiféré. Un être qu'on aurait voulu voir ailleurs, parqué quelque part avec les autres de son espèce. Porteur de peste.

Harry resta là longtemps, sans se soucier du temps qui passait, du vent qui soufflait et du froid qui pénétrait peu à peu les différentes couches de vêtement. Sa petite crise de la veille, ses larmes entre les bras de Sibylle... rien n'avait fait disparaître cette mélancolie qui semblait s'arrimer à lui depuis hier. Depuis que Lucius lui avait jeté à la figure cette malheureuse phrase :

– Il devra se contenter de vous.

Mots anodins mais qui avaient blessé Harry plus cruellement qu'un couteau planté vingt fois dans son cœur.

Il n'avait pas envie d'y retourner, de subir les critiques de l'homme, de s'allonger sous ses pieds et se laisser piétiné. Il ne voulait pas, ne voulait plus.

Harry remonta ses genoux sous son menton et les entoura de ses bras.

0o0

En retard, en retard, j'ai rendez-vous que'que part, je n'ai pas le temps de dire au revoir, je suis en r'tard, en r'tard.

Cette phrase entendue quelque part ne cessait de résonner dans l'esprit de Harry qui courait comme un fou dans les rues de Poudlard jusqu'au palais. Il était en effet en retard. C'était un SMS de Hermione qui lui avait rappelé à dix heures qu'il avait son cours en ce moment. À dix heure pile, Harry était encore sur son banc.

En retard. Il était en retard. Lucius allait le sermonner et lui rappeler les bienfaits de la ponctualité. Il allait se faire tuer par Severus s'il venait à l'apprendre.

C'était officiel, si la prophétie ne le tuerait pas, ce serait le prince qui s'en chargerait.

– Putain de merde, râla Harry en ralentissant l'allure.

La pluie avait décidé de se mettre de la partie. De quelques gouttes elle était rapidement passée à torrentielle, rendant le sol glissant. Harry faillit se tordre la cheville une ou deux fois en courant avant d'arrêter ses bêtises.

– Je suis mort, je suis mort.

Une fois le palais en vue, il faillit hurler de joie. Il était trempé, frigorifié et ressemblait à une serpillière.

Il passa les grilles, remonta l'allée en trottinant et passa avec une certaine satisfaction les portes. Personne n'apparut, à son grand soulagement. Il retira ses chaussures et fila à l'étage pour se changer. Autant ne pas se présenter en ressemblant à un chat mouillé devant un lord qui était à cheval sur l'étiquette.

Changé, au sec et très en retard, il se rendit nonchalamment vers la salle de bal, voulant reculer sa confrontation avec le conseiller princier. La perspective de passer deux heures en sa compagnie et subir remontrances sur remontrances n'arrangea pas son humeur déjà maussades.

Lorsque les doubles portes furent devant lui, Harry soupira et se résigna à entrer.

(1) faute faite exprès


À suivre