Bonjour à toutes,

Prêtes pour l'atterrissage ? Je l'espère parce que cela risque de secouer un petit peu…

Merci à toi Lily pour la correction de ce chapitre.

Je vous souhaite une bonne lecture.


Vingt-cinq centimètres. Ces vingt-cinq centimètres correspondaient à la différence entre le bord du gigantesque lit et moi, position allongée et bras écartés. Léonard de Vinci a décrit dans sa représentation de l'Homme de Vitruve que : « L'ouverture des bras de l'homme est égale à sa hauteur. ». Mon enveloppe corporelle rentrait exactement dans le cercle et dans le carré, soit un mètre soixante-huit de ma tête à mes pieds et du majeur de ma main droite à celui de ma main gauche. Un lit « king size » mesurait, à ma connaissance, un mètre quatre-vingt-treize et je m'interrogeai pour déterminer quelle partie d'Edward aurait pu rentrer dans ce lit pour combler ces malheureux vingt-cinq petits centimètres, qui faisaient que cette place-là était affreusement glaciale.

Cette constatation me fit cogiter quelques secondes et mon calcul me permit de reconnecter mon esprit lentement. Quoi de plus fantastique que de me réveiller dans un lit aussi grand ? Mis à part un Edward Cullen emmailloté à l'intérieur, je ne voyais absolument pas !

Je souris en repensant que Charmant était dans la chambre juste à côté de la mienne et surtout, qu'il était seul. Et il a des sentiments pour moi…

Boston était au-delà de toutes mes espérances. Le scénario qui s'était déroulé hier soir avait été inimaginable. Les événements avaient pris une tournure inouïe et j'étais tellement secouée après tout ce qu'il s'était passé que je n'avais absolument pas envie de travailler.

Irrationnellement, j'aurais souhaité traîner au lit pour faire des calculs stupides. Néanmoins, ce n'était pas vraiment le moment de me relâcher. Nous n'avions pas allumé nos ordinateurs hier soir, trop fatigués d'avoir parlé et mis à plat le début de notre relation. Relation, qui ne nous autorisait aucun franchissement d'étapes.

Nos moments ensemble avaient été magiques. Tous. Je ne pouvais pas dire quelle partie de la soirée j'avais aimée le plus parce que l'attention qu'il avait eu à mon égard me rendait boulimique, vorace de plaisir. J'essayais de me tourner vers le futur mais savoir que ses pensées avaient gravité vers moi depuis plus d'un an dépareilla quelque peu ma bonne humeur. J'aurai aimé effacer ce temps perdu mais je rejetais mes regrets et espérais le retour de ma confiance envers le moment présent.

J'enfilai un pull large noir en lin sur le débardeur qui me servait de vêtement de nuit et tirai un peu sur mon short pensant qu'il allait miraculeusement recouvrir mes cuisses un peu plus. Je me blâmai un instant de ne pas avoir pensé à ce détail logistique en faisant mon sac la veille.

Après mes ablutions matinales et en passant par mon brossage de dents, désormais indispensable au lever, je plaçai maladroitement mon oreille gauche contre la cloison séparant nos deux chambres. Soit il dormait encore, soit les murs étaient trop épais pour que j'entende quoi que ce soit.

Ne sachant pas trop à quoi m'attendre et confusément excitée de le retrouver, j'ouvris ma porte pour jeter un coup d'œil dans le reste de la suite et, alors que j'allais m'engager dans le salon, je vis Edward terminer l'enfilage de son tee-shirt tout en marchant.

J'eus droit à un glissement du textile sur ses reins, et, pour me faire tirer la langue un peu plus, le tissu ne retomba pas correctement sur sa hanche droite et fut à même de dévoiler un carré de peau. La texture de son épiderme avait l'air ferme et fine, teintée sans être vraiment bronzée non plus. Il s'agissait d'une couleur naturelle que je lui aurais enviée si elle n'avait pas été estampillée « Cullen ».

Je m'arrêtai net et me fis la plus discrète possible. Le film de deux secondes repassait dans ma tête et je fus certaine d'une chose : habiller Charmant serait encore mieux que le déshabiller.

Être celle qui aurait le plaisir d'être toujours près de lui le matin, était un poste pour lequel je voulais me porter candidate et j'aurais, j'en étais certaine, énormément de ressource pour le remplir à la perfection. Il ferait de moi la fille la plus comblée et la plus surexcitée de New-York et même des Etats-Unis entiers.

Mais Cupidon et toute sa tripotée d'anges avaient décrété que me faire languir pour pouvoir l'embrasser et le toucher était une bonne occupation pour eux depuis là-haut et j'étais presque sûre qu'ils avaient réservé un sort similaire à Edward en le faisant patienter un an et plus encore. Et pour couronner le tout, ils nous avaient barré la route avec Phillios, le Dieu de l'Amitié. J'envisageai de déposer une plainte au bureau du Tout Puissant ! Déjà que je devais m'occuper des chiennes.

Même si Edward faisait partie d'un fantasme au départ et qu'il était en haut de ma fichue liste réalisée avec Kate, je ne l'avais jamais considéré comme quelqu'un avec qui j'aurais pu avoir des affinités. Alors que les chiennes de Newton semblaient l'idolâtrer comme une quelconque gourmandise, pour moi, il était un homme impossible à oublier. Les événements s'étaient succédés les uns aux autres et le voir au saut du lit était réel. Si les choses tournaient mal pour tous les deux, j'étais sûre d'être liée à lui jusqu'à ce que ma tête et mon cœur se séparent.

Me tournant toujours le dos, il avança dans le salon et brancha son téléphone sur la station d'accueil à disposition des clients. Le son prit quelques décibels et un air des Foster The People débuta. Je me manifestai à ce moment-là en fermant la porte de ma chambre de manière à signaler ma présence et il regarda derrière son épaule.

J'avançai vers lui un peu intimidée d'être « moi » au saut du lit. Mais il se rapprocha afin de planter un baiser sur ma joue tout en saisissant mes poignets, ce qui me désorienta un peu.

- Salut, murmura-t-il, m'allumant tellement avec son odeur que je m'obligeai involontairement à me taire.

Comment arrivait-il à me bloquer la parole en me ponctionnant un sens ?

L'affection qu'il me témoignait était à tout point de vue la plus sincère que je n'avais jamais vécue. Il se jouait d'une tendresse si sensuelle avec moi et lorsqu'il traîna une de ses joues sur la mienne, je fermai impulsivement les yeux. Sa caresse aurait pu passer pour innocente parce qu'il nous empêchait de nous toucher en maintenant mes bras à la verticale mais il expérimentait une autre forme de luxure. J'étais convaincue d'avoir, avec ce simple toucher, tous les signes extérieurs d'excitation et, sans pouvoir me retenir, je fis un pas vers lui et mes seins effleurèrent son torse. Je m'abstins de me frotter à lui plus fermement mais les envies de mon corps étaient à la limite de commander ma raison.

Tout d'un coup, il me mordit le lobe de l'oreille et d'instinct, je penchai ma tête tout près de sa bouche, remontai ma poitrine plus haut comme si j'avais pris quelques centimètres et ouvris la bouche en bloquant l'air de mes poumons.

Surprise par son impulsivité, j'avais répondu à son assaut en le forçant à se serrer plus fort contre moi et en balançant mes poings, qu'il tenait toujours, vers l'arrière de mon corps. Mes seins étaient effrontément collés à ses pectoraux et lorsque j'expirai, je m'obligeai à retrouver ma stature initiale bien rangée dans ma zone personnelle de confort. Ma tête était sans dessus-dessous. Et le lobe de mon oreille était mouillé !

- Je suis désolée, lui dis-je en m'écartant tout en baissant la tête.

Il lâcha un de mes poignets et je passai ma main libre sur mon front pour cacher un autre blocage d'air, me permettant la reprise d'un rythme plus coordonné.

- Pas moi… Viens.

Il avança devant moi en me traînant à sa suite, passant de mon poignet à la paume de ma main. Je me demandai si notre brève séance de frotti-frotta assez chaste lui avait fait le même effet. Je l'entendis alors respirer un peu plus fort qu'à son habitude et le vis à peine, fermer les yeux pour se maîtriser.

Victoire !

- Qu'est-ce que tu prends pour déjeuner ? me questionna-t-il en se dirigeant vers la console en bois foncé du côté de la salle à manger.

- Je crois que je vais laisser tomber les pancakes, répondis-je l'air de rien.

- Pourquoi dis-tu ça ? dit-il en se retournant vers moi, les sourcils hauts.

- Je pense qu'ils ne vaudront jamais ceux que j'ai goûtés à New-York dernièrement, commentai-je l'air distrait.

- Tu parles, rit-il. C'était du grand n'importe quoi !

- Du grand Edward, tu veux dire ?

- Non, non. Mais je m'améliorerai, sois en sûre.

- Tu me le promets ?

Il hocha la tête solennellement.

- As-tu compris ce que ça signifie une promesse pour moi ? le questionnai-je plus sérieuse.

- Bien sûr. Je suis celui qui a parlé d'engagement Isabella, me rappela-t-il en me regardant comme si ce qu'il disait à l'instant était plus important que quoi que ce soit.

- Je sais.

Je m'approchai alors de lui et posai mes mains à l'intérieur de ses avant-bras. Il recouvrit alors les miens de ses mains pour me garder contre lui ou me toucher, je ne savais pas vraiment.

Dotée d'une force impulsive, je levai mon corps et l'embrassai sur la joue, à mon tour. Je la promenai contre la sienne, en appréciant son côté râpeux, puis retombai à plat sur mes pieds nus. Je m'aventurai ensuite à déplacer mes yeux vers lui pour lui sourire. J'avais fait mon premier pas et il le comprit puisqu'il adopta une expression de visage totalement fascinée.

- Merci, me chuchota-t-il en comprenant que je partageai sa promesse.

Afin de dépasser ce moment de flottement, je regardai sur la console pour voir ce qu'il voulait me montrer avant cette démonstration d'affection.

- Alors Isabella, continua-t-il à la manière d'un maître d'hôtel, voici ce que je peux vous proposer ce matin.

D'un mouvement gracieux, il glissa nos mains le long de nos deux bras pour qu'elles se rejoignent et en fit passer une autour de nous pour que je me retrouve dos à lui, mes pieds nus chatouillant les siens. Il attrapa et déplia alors devant moi, une sorte de menu orné d'un liseré doré qui traînait sur le meuble. Le livret regroupait l'ensemble des prestations proposées par l'hôtel et Edward choisit la section restauration.

- Que me conseilles-tu ?

- J'ai l'habitude de manger directement à l'Asana mais je suppose que le service propose les mêmes plats.

- Oh bien sûr. Veux-tu que l'on déjeune là-bas ?

- Non, non, non. Avec ta spécialité de l'évasion, je ne veux pas prendre de risque, se moqua-t-il.

- Edward, je ne vais pas m'enfuir.

- Nous nous sommes mis d'accord pour dire que les restaurants ne sont pas pour nous... pour l'instant, me gronda-t-il avec humour.

Je pinçai mes lèvres pour essayer d'empêcher mon sourire. Evidemment, je n'y arrivai pas.

- Très bien, secouai-je la tête. Je voulais te demander... pour hier soir, je ne voulais te vexer au restaurant, balbutiai-je. Enfin, je veux dire... Ce n'était pas du tout mon intention et...

- Oui, j'ai compris Isabella. Ne t'inquiète pas d'accord ? Mais tu n'y couperas pas... plus tard.

Sous-entendu : Lorsque je t'aurai embrassée et même fait l'amour... Et que j'aurai dit à mon meilleur ami que j'ai des sentiments pour sa pseudo-ex.

- Je n'ai jamais embrassé Alec, clarifiai-je dans l'urgence.

- Quoi ? m'interrogea-t-il en prenant mes épaules pour me retourner face à lui.

- Avec Alec, il ne s'est rien passé. Enfin, nous nous sommes un peu rapprochés mais notre relation est restée plus ou moins superficielle.

- Plus ou moins ?

- Oui, dis-je sans oser le regarder. J'ai eu comme un moment un peu plus…comment dire… rapproché avec lui avant que nous allions dans le bar de Felix mais…

Je levai la tête pour voir sa réaction et bloquai sur ses lèvres appuyées l'une contre l'autre.

- Isabella, reprit-il. Je ne préfère pas savoir.

Je déglutis ne sachant pas si je devais rire ou pleurer d'avoir dirigé notre conversation sur ce terrain-ci. Il lâcha mes épaules et s'assit sur le fauteuil derrière lui, à côté de la console. Il reposa le menu sur le meuble. Je le vis mettre ses coudes sur ses cuisses nues et il se frotta la nuque, un peu las. J'étais plantée devant lui et vraiment tracassée de voir sa réaction.

- Je n'aurai pas dû aborder le sujet. Je suis désolée.

Il redressa sa tête et me regarda. Il tendit ses mains vers moi et je les pris. Il me fit alors asseoir sur ses jambes dos à lui et entoura nos mains autour de mon ventre.

- Tu es impulsive avec moi et j'adore ça, le sentis-je sourire pendant qu'il embrassait mon épaule droite, mais j'avoue qu'évoquer ton passé avec Alec est un peu difficile à passer.

Je me donnai quelques secondes de réflexion pour choisir mes mots.

- Edward, ce que je voulais te dire simplement c'est que je trouvais normal que tu aies ma version des faits. Je ne souhaitais pas que tu imagines qu'Alec et moi avions fait évoluer cette attirance, partagée à un moment donné, finis-je en baissant d'un ton. Je ne vais pas te mentir. Je ne cherchais pas vraiment à m'engager, ni quelque chose de platonique non plus.

- Es-tu en train de me parler de tes… besoins ? me titilla-t-il.

- Non ! m'offusquai-je.

Il éclata de rire.

- Je n'ai jamais été autant gênée de ma vie, baragouinai-je en baissant la tête pour me regarder frotter mes pieds nus l'un contre l'autre.

- J'ai presque l'impression que tu es...

- Vierge ? m'aventurai-je, enjouée.

- Oui, oui bien sûr ! rit-il.

Il se mit alors à me chatouiller et je levai mon visage et basculai mon corps contre le sien. Je me retins de glousser ou de lui dire d'arrêter, trop heureuse qu'il ait retrouvé sa bonne humeur et sa complicité avec moi.

- C'était l'idée générale... avec Alec, continua-t-il lorsque nous fûmes calmés. C'est gentil d'avoir fini ma phrase mais tu pourras t'abstenir à l'avenir si c'est pour tenter de me faire croire l'impensable ! Je sais que c'est sûrement stupide de ma part mais je m'étais fait une idée de votre… idylle.

- Idylle ! éclatai-je de rire.

- Qui sait ?

- Moi ! Moi, je sais ! Tu prêches le faux pour savoir le vrai Edward, continuai-je à rire. Ecoute, j'étais là et si Alec s'est emporté, j'ai essayé de lui faire comprendre que ça ne collerait pas entre nous.

- Je n'aurais pas dû penser que toi et lui... Vraiment pas, maugréa-t-il plus pour lui que pour moi. La version d'Alec était légèrement enjolivée.

- Quand ça exactement ? Quand il t'a précisé qu'il voulait que l'on soit des potes avec affinités ? ironisai-je.

- Il m'avait laissé penser que vous en étiez à des étapes bien plus avancées que ça.

- Absolument pas. Nous avons passé la soirée ensemble dans le pub où nous nous sommes rencontrés la première fois. Puis, nous avons dîné ensemble et il m'a raccompagnée chez moi. Ensuite, il est venu me chercher pour passer la soirée dans le bar de son frère. À la fin de cette soirée, je lui ai expliqué que cela ne marcherait pas entre nous. Et pour finir, il a voulu me revoir pour une ultime explication et c'est ce que nous avons fait mais il est revenu à la charge avec cette histoire de sexe et vraiment là, j'en avais assez, terminai-je un peu tendue de devoir me justifier pour le comportement d'Alec.

- Ça ne me regarde pas vraiment, concéda-t-il avec une voix un peu défaitiste.

- Edward... Ce que je veux dire par là, c'est que je ne me suis jamais engagée avec Alec. Jamais.

- J'ai compris ce que tu voulais me dire. Vraiment. Mais je ne sais pas quoi rajouter de plus.

- J'y étais et je peux te certifier que nous, précisai-je en utilisant ce pronom pour la première fois, avons créé bien plus de souvenirs dans ma tête en quelques jours que tout le temps que j'ai passé avec lui.

Il se tut pendant un moment et la voix a cappella de Mark Foster résonna faiblement dans la pièce.

- Il ne nous a pas parlé plus que ça de vous, reprit-il alors que je soufflai d'exaspération discrètement à l'emploi du « vous ». Et, c'est une première à vrai dire. Non pas qu'il argumente forcément sur ses conquêtes mais il était très attaché à toi. Je pense... Il voulait t'acheter une voiture, tu le savais ?

- Oui, dis-je en levant les yeux le plus haut possible.

- Le surlendemain que nous nous soyons vus dans le bar de Felix, ils sont venus taper à la porte de mon appart et Alec et moi avons bu tous les deux comme des trous mais pas pour les mêmes raisons. Quoique… Tu étais notre centre d'intérêt commun, ricana-t-il.

- C'est le jour où il m'a envoyé son fameux message ?

- Oui. Je lui aurais arraché la tête quand il t'a écrit ça, se crispa-t-il. Je me rappelle qu'il a parlé de « revendiquer ton corps » !

J'osai une caresse avec un de mes pouces libre sur sa main.

- Il a eu tort. On en a parlé et il a compris.

- Je sais mais ça m'a vraiment énervé. J'étais à côté de lui et j'aurais dû lui dire quelque chose au risque qu'il me mette son poing dans la figure. Mais, en même temps, je voulais savoir si tu allais… accepter.

- Bien sûr que non, essayai-je de l'adoucir un peu. Je n'étais pas d'accord pour ça. Je n'arrivais pas à m'imaginer avec lui. Tu m'as fait comprendre que tu voulais m'inviter à sortir avec toi… et je ne sais pas mais… je n'aurai jamais cru cela possible.

- Ouais, je ne suis pas vraiment quelqu'un d'entreprenant ! lança-t-il tout en se moquant de lui-même.

- Ce n'est pas grave, d'accord ?

- Un an Isabella. J'ai eu plus d'un an pour le faire.

- C'est curieux. Je pensais que tu étais sûr de toi, enfin, avec les femmes.

- Pourquoi dis-tu ça ?

- Je ne sais pas. Jane et les autres… Elles te tournent toutes autour. Tu n'as pas eu d'aventures avec qui que ce soit au bureau ? dis-je en cachant un masque d'horreur.

- Sûrement pas non !

- Tant mieux alors.

- Et toi ? osa-t-il.

- Non. Je te dirais que le travail c'est sacré pour moi mais je passerais un tantinet pour une cracheuse de feu vu la position dans laquelle je me trouve ! blaguai-je.

- J'espère que vous ne vous asseyiez pas sur les genoux de tous vos collègues Miss Swan !

- Les clients plutôt... J'ai eu une ouverture récemment, le taquinai-je en saisissant le menu posé sur le meuble. J'envisage de joindre Tyler Crowley, continuai-je l'air de rien, en feuilletant les plats de l'Asana.

Il rouspéta en laissant échapper un « grrr » et il me chatouilla une fois encore. Je me dandinai sur lui et espérai que je pourrai remonter un peu son tee-shirt pour apercevoir cette fameuse hanche.

- Les filles du bureau te surnomment « Sexy Cullen ».

Il me tourna vers lui et je me retrouvai en travers de son corps, à la perpendiculaire. Il était à la limite d'éclater de rire. Il me regardait la bouche à peine ouverte et ses yeux pleuraient presque tellement ils étaient brillants.

- Et qu'est-ce que tu en penses ?

Je haussai les épaules.

- Qu'est ce tu veux que j'en pense ?

- Je pensai que « sexy » était ton adjectif à toi, argumenta-t-il en plantant son index gauche sur une de mes cuisses.

- Non, j'ai changé pour « manipulateur » et c'est la raison pour laquelle tu m'as embrigadée jusqu'à Boston.

- Donc, elles ont tort ?

- Elles ne te connaissent pas aussi bien que moi depuis ces dernières quarante-huit heures, argumentai-je en me mordant l'intérieur de la bouche pour ne pas rire.

- Donc… avant ces deux derniers jours, qu'avais-tu dis me concernant ? sourit-il bien content de m'avoir piégée.

- Que tu étais… sexy.

- Ah enfin ! s'écria-t-il en levant les bras en l'air.

Puis, il nous appuya l'un contre l'autre et sa main droite logée sur mon rein droit me retint de manière plus possessive. Son ventre gargouilla et me sauva un peu de ma défaite verbale.

- Il est temps que vous mangiez Monsieur Cullen, en profitai-je pour me moquer. Puisque j'attends toujours vos conseils sur le menu, je prendrai la spécialité « Continental », finis-je avec une mine faussement blasée.

Nous commandâmes donc au service d'étage notre petit déjeuner et une nouvelle chienne se présenta pour assurer la prestation. En voyant son chemisier ouvert de trois boutons, j'étais à rien de lui demander ce qu'elle avait fait de son collier antipuces.

Elle laissa nos plateaux sur la table de la salle à manger et je fus surprise de la voir arriver à remuer ses fesses de la sorte. Et là, j'eus une sorte de révélation… La queue ! J'aurais bien dit à Edward de se cacher dans sa chambre mais ça me faisait une occasion de me moquer de celle-ci particulièrement excitée ! Oui, oui, la queue !

Edward, quant à lui, ne lui prêta pas vraiment attention. Il utilisa les seuls mots « Bonjour Miss Smith - Merci - À demain Miss Smith ». Son badge me confirma bien son nom de famille mais moi, par contre, je n'avais pas vraiment envie de la voir demain.

- Tu viens manger ? m'appela-t-il, en se demandant certainement à quoi je réfléchissais.

Ça me plaisait bien de déjeuner en tête à tête avec Edward dans notre suite, aussi plan-plan que cela puisse paraître. Seuls, on pouvait se créer une complicité. Avec d'autres, j'étais plus introvertie. Edward avait raison. J'avais l'impression que nous avions un petit cocon pour nous et je n'avais pas envie de partager cela avec qui que ce soit. Quelque chose me disait qu'il pensait la même chose et qu'il appréciait cela. Edward était quelqu'un de foncièrement patient et je suppose que mon impatience faisait aussi qu'il me tempérait.

Après que nous nous soyons restaurés, nous nous préparâmes et il me donna son planning pour la journée.

- Je ne pourrai pas déjeuner avec toi ce midi. J'ai un rendez-vous de l'autre côté de la ville et demain ce sera pareil, dit-il un peu ennuyé.

- Edward, je dois vraiment continuer mes analyses.

- Bien sûr, me sourit-il. Je sais que ton temps est compté.

- Comme le tien, non ?

- Sûrement.

- Je vais travailler aujourd'hui et demain. On fera le point ce soir comme c'était prévu.

- On ajourne l'autre dossier à samedi alors ? concéda-t-il en plaisantant pour faire référence à notre fréquentation.

- Je crois oui, fis-je un peu contrite.

- C'était le deal du départ, admit-il.

- Oui, je pense que nous devrions le mettre en stand-by... pour le moment, précisai-je pour lui faire comprendre que nous vivions certainement nos derniers moments entre parenthèses.

- Bien sûr, je comprends. Pourra-t-on se voir samedi soir ?

- C'est ce que tu veux ?

- Oui, c'est ce que j'aimerais oui. Juste nous deux.

- Je vais en parler à Kate parce que nous n'avons jamais dérogé à notre verre du samedi. Mais je suppose qu'elle peut se trouver une autre occupation. Je te dirais, d'accord ?

Il me prit les mains et me demanda implicitement de me lever pour être à sa hauteur.

- Je vais y aller.

- Ok.

- Je parlerai à Alec samedi après-midi, murmura-t-il en effleurant ses lèvres sur mon front et en reposant ses mains de part et d'autre de mon cou.

Je frissonnai et hochai la tête. Il plaça un dernier baiser. Je ne le regardai pas partir parce que je me sentis nostalgique de savoir que c'était peut-être une des dernières fois que nous nous engagions vers ce terrain. Alec déciderai pour nous et je me demandai si mon amitié avec lui comptait un peu pour qu'il tienne compte de mon avis. Peut-être que nous ne passerions pas ce samedi ensemble finalement ?

Je laissai mes interrogations de côté pour l'instant en sachant très bien que le temps ne passerait jamais assez vite et samedi me semblait à des années-lumière.

Je passai donc deux jours entiers sur le dossier Crowley. J'appris avec un contact à l'ambassade russe aux Etats-Unis que Mike Newton m'avait conseillée d'appeler, que les russes ne s'étaient pas équipés de ce nouveau programme mais qu'il existait bien, qu'il était ultra sophistiqué et s'appelait Invisibility.

Mon interlocuteur n'était évidemment pas loquace pour me lâcher quelques informations sur les projets dont il avait entendu parler. Mais il m'avait clairement fait comprendre que les personnes ayant ce droit d'utilisation sur Invisibility n'étaient pas les plus honnêtes à servir leur pays, me sous-entendant que l'exploitation de ces données se rapprochait de manœuvres déloyales. Il évoqua passablement diverses organisations s'apparentant à des groupes armés et trafiquants en tout genre. Ce qui me fit complètement trembler.

Ce vendredi matin, j'avais appelé Crowley pour savoir s'il avait entendu ces quelques rumeurs par rapport à un projet parallèle portant le nom d'Invisibility. Son inquiétude me confirma que ce n'était pas le cas et m'effraya encore plus.

Dans la précipitation, nous avions organisé ensemble un rendez-vous avec Sam Uley, gérant actuel d'Equador, pour la semaine suivante à San José en Californie, dans le but d'évaluer ses objectifs et ses attentes par rapport à la cession de sa compagnie vis à vis de Crowley.

Lorsque que je me retrouvai dans l'avion avec Edward en partance vers New-York, je fus incapable de dormir. Je voulais profiter de ces soixante-dix minutes qu'il me restait avec lui.

Edward, lui, ferma les paupières presque instantanément après que nous ayons attaché nos ceintures. Je me demandai s'il serait aussi paisible demain après sa rencontre avec Alec. Je passai tout le vol à le regarder sommeiller. De petites cernes avaient percé sous ses yeux. Je l'avais trouvé fatigué aujourd'hui. Ses deux rendez-vous professionnels de la journée s'étaient-ils mal déroulés ? Appréhendait-il notre entrevue avec Uley la semaine prochaine ? Ou était-ce en rapport avec Alec ?

Ses lèvres étaient droites, presque inexpressives et son petit nez qui plongeait légèrement vers le bas de son visage aurait pu être considéré comme un défaut pour un professionnel du mannequinat mais il lui donnait un charme fou et je me sentais quelque part fière d'avoir découvert ce détail aussi infime le caractérisant. Je l'avais déjà remarqué lorsqu'il m'avait inspiré son profil gauche, dimanche dernier sur son canapé et je ne pouvais pas m'empêcher de le trouver adorable.

Une hôtesse s'approcha et je lui fis signe de faire doucement alors qu'elle voulait lui proposer une collation comme je l'avais vue faire quelques minutes plus tôt. Elle se retourna un air mauvais sur le visage et oubliant de me proposer à boire.

Même dans les airs, certaines chiennes devenaient difficiles à dresser !

Charmant, quant à lui, était impassible et j'en profitai pour avancer mes recherches sur son corps. Il avait troqué son costume complet pour un jean bleu et un tee-shirt blanc tout simple, avant de partir à l'aéroport. Son bracelet était toujours sur son poignet droit, bien en place. Il ne le quittait jamais gardant un peu de sa mère près de lui. Comme moi...

Je tournai la tête vers les nuages et mon mouvement le réveilla.

- Sommes-nous arrivés ? me questionna-t-il la voix rauque de ne pas s'être exprimé pendant un moment.

- Dans moins d'un quart d'heure, lui précisai-je alors que je m'enfonçai un peu plus dans mon siège.

- J'ai beaucoup aimé ce déplacement sur Boston.

- Moi aussi, lui confiai-je en me tournant vers lui pour esquisser une moue faiblement désolée.

- Demain va être loin, murmura-t-il.

- Pour moi aussi, lui souris-je.

Nous nous observions et je savais que le moment aurait été parfait pour que nous nous embrassions. C'était la fin du voyage et aussi d'autre chose… Le même semblant de frénésie me prit comme la dernière fois et je me détournai vers le hublot plutôt que le supplier des yeux comme cela s'était passé chez lui, quelques jours auparavant. J'aurais aimé qu'il touche mes lèvres avec passion mais je préférais ne plus le dévisager que subir une autre punition sentimentale.

Je sentis presque sa colère de frustration sans même le regarder. Au lieu de ça, il me prit la main droite et la leva vers lui. Je me retournai vers lui par surprise et il me fit une démonstration des plus affectives que je n'ai jamais éprouvées.

Il me regarda dans les yeux et son vert et mon marron se mélangèrent. Puis, lentement il baissa les siens et approcha ma main de sa bouche. Il les ferma lentement comme s'il allait se délecter de mes lèvres. Ma main atteignit son objectif et je fus subjuguée de voir ses lèvres se fondre sur le dos de ma main. Elles appuyèrent pour me faire ressentir que c'était bien lui et il m'embrassa si délicatement que j'eus l'impression qu'il épousait la chair de ma bouche. Il ouvrit alors les yeux, lèvres contre peau, et m'étudia avec une telle intensité et un tel feu dans les yeux que la volière dans mon ventre me secoua par vagues pour se diriger directement dans mon cœur.

Il baissa ma main entre nos deux corps, sans plus de cérémonie, et ce baiser de quelques secondes me rassura comme s'il avait proclamé haut et fort que je lui appartenais, scellant à lui seul, une union non consommée. Je déglutis et il noua nos doigts ensemble. Il lâcha ensuite mon regard pour se redresser et s'appuya de nouveau contre le dossier de son fauteuil et referma les yeux. J'aperçus ma bague en or, fondue dans sa main et souris alors que le commandant de bord annonça l'approche de JFK Airport.

Lorsque nous débarquâmes, mes yeux papillonnèrent avec nostalgie sur le tapis roulant délivrant les bagages des passagers de notre vol. J'espérai un instant que la compagnie ait perdu les nôtres et que nous passions la nuit à l'aéroport tous les deux, même sur les bancs inconfortables en plastique. Cependant, nous récupérâmes tous nos effets personnels sans casse ni autre rudesse, ajournant mon souhait de trouver une excuse pour rester un peu plus auprès de Charmant.

Une fois à l'extérieur, nous rejoignîmes le métro sans un mot. Il était aux alentours de dix-neuf heures et le moment de se quitter était proche. Le métro était bondé et nous nous étions retrouvés éloignés l'un de l'autre lorsque la rame s'était arrêtée à une étape, engrangeant un vague de passagers pressés de rentrer chez eux. Pas moi…

Par ailleurs, je devais descendre avant lui et au moment où mon arrêt fut là, je lui fis un signe de la main avec un sourire un peu penaud de le quitter de cette façon-là. Il me renvoya mon sourire et je sortis, nous séparant d'une façon terriblement brusque. J'étais, non pas frustrée, mais amère sachant que demain changerait tout et j'espérai vraiment qu'Edward tienne parole. J'aurai voulu avancer le temps de vingt-quatre heures.

Pour combler le vide de la présence d'Edward et me changer les idées, je décidai d'appeler Kate tout en marchant vers mon changement de rame. Je composai son numéro.

- Je veux un récap´ complet de Boston minute par minute ! exigea-t-elle en décrochant.

Je ris et calai ma sacoche professionnelle sur ma valise de façon à me traîner l'ensemble et tenir mon téléphone avec ma main disponible.

- Bonsoir à toi aussi Katie ! Boston était... différent !

- Différent bien ?

- Boston est une ville superbe ! Tu aurais vu l'architecture Kate, elle est fantastique et l'hôtel était... luxueux. Et mon lit Kate ! Im-men-se ! m'extasiai-je en sachant que ce n'était absolument pas le genre d'informations qu'elle souhaitait connaître.

- Oui, ça j'ai compris et je connais Boston, râla-t-elle, mais Edward ? Que s'est-il passé ?

- Attends deux petites secondes Kate, je te mets en attente. Je dois prendre une correspondance.

- Ok, je reste en ligne.

J'appuyai sur la touche d'attente sur mon téléphone et enjambai les portes du dernier changement de métro qui me ramenait directement chez moi. Quelqu'un souleva mon bagage alors que les roulettes forçaient le passage du seuil des portes en accordéon. Je levai les yeux pour remercier la personne qui m'aidait. Edward me fit une moue légèrement timide, appréhendant très certainement ma réaction. Je bloquai un instant le passage aux autres voyageurs, tellement je fus surprise. Surprise et heureuse. Je soufflai, soulagée, et lui souris pour lui faire comprendre que ça me faisait plaisir de le voir.

Nous nous assîmes sur les strapontins et plaçâmes nos bagages maladroitement devant nous.

- Kate ? repris-je notre conversation.

- Oui, je suis là. Alors ? Cullen ? répliqua-t-elle impatiente.

Je me tournai vers Edward et mes genoux collèrent ses cuisses. Il prit ma main droite libre et pressa son pouce et son index sur ma bague pour la faire tourner. Je levai le regard vers lui mais il était concentré sur son geste qu'il semblait effectuer de façon extrêmement minutieuse.

- Ça s'est bien passé. Je ne sais pas vraiment quoi te raconter Kate, continuai-je en regardant toujours le visage d'Edward. Nous avons beaucoup discuté les deux premiers jours et nous avons pas mal travaillé, aussi.

- Y'a que toi pour bosser alors que tu es dans un hôtel cinq étoiles avec un mec sept étoiles ! rit-elle.

- Sept étoiles ? Je ne pensais pas qu'on s'était mises à évaluer les mecs en les listant par étoiles ? J'aurai bien envie de connaître ton barème ! Je suppose que Démétri est hors catégorie !

- Exactement ma belle. Dans les dix au bas mot, je dirais.

Je secouai la tête.

- Comment ça a été avec Dém ?

- Comme je te l'ai dit mercredi, nous nous sommes expliqués. Il a eu Edward au téléphone hier et a eu un topo beaucoup plus complet que le mien. J'attendais ton appel parce que je n'ai pas réussi à lui faire cracher le morceau.

- Ça doit être dur pour toi Katrina Dénali ! éclatai-je de rire.

- Oui, rit-elle. Si tu ne m'en dis pas plus, c'est que tu n'es pas seule, je me trompe ? me demanda-t-elle avec intuition.

- Tu as tout compris, souris-je.

- Edward ?

- Oui, il est avec moi.

- Ok, on s'appelle demain pour les détails.

Je passerai au studio si tu as un moment. J'amènerai à manger.

- Oui ça marche.

- À demain Katie.

- Hey Bella, juste pour me mettre quelque chose sous la dent avant demain, comment a été Edward ?

- Sexy et parfait, admis-je très sérieusement alors qu'Edward leva les yeux vers moi et me sourit en coin.

- À demain Bella, l'entendis-je avant de raccrocher, morte de rire.

- Ah tu passes aux confessions, quand même ! me taquina-t-il.

- Tu m'as suivie, le chahutai-je en poussant un peu sur sa cuisse avec mon genou.

- Oui... Je ne voulais pas que tu rentres seule, affirma-t-il en plissant des yeux.

- Bien sûr, je comprends. Je risque ma vie tous les jours en rentrant chez moi, le charriai-je en rentrant dans son jeu. Et puis, je vis dans un secteur complètement désert !

- Désert et mal éclairé !

Nous nous sourîmes.

- Je ne t'avais pas dit au revoir, déclara-t-il tout en nouant ses doigts aux miens.

- Merci de me raccompagner.

- Maintenant que je sais où tu habites, je pourrais devenir une espèce d'harceleur.

- Un harceleur sept étoiles alors, d'après Kate, ris-je.

- Je ne suis pas sûr de tout saisir mais si ça compte pour toi, ça me va.

- Ça compte, hochai-je la tête.

Le métro s'arrêta et nous sortîmes pour rejoindre ma résidence. Nous dûmes zigzaguer entre les passants avec nos bagages et je fus contente d'apercevoir mon immeuble au loin. J'étais éreintée de me traîner ce sac de voyage depuis l'aéroport. Je plaignais mentalement Edward de devoir continuer son trajet jusqu'à chez lui.

Une fois chez moi, je fus soulagée de lâcher mon bagage dans l'entrée et surtout, heureuse de profiter de la présence d'Edward.

- Est-ce que tu veux bien que l'on dîne ensemble ? me demanda-t-il avec réserve.

- Oui. Je ne voyais pas les choses autrement. Y'a un traiteur à une rue d'ici qui propose plein de spécialités asiatiques, mexicaines et même traditionnelles. Je t'avoue que je suis un peu fatiguée pour cuisiner autre chose que des pâtes ce soir, lui précisai-je.

- Ça me va, répondit-il alors que je lui présentais la carte du traiteur posée avec quelques papiers sur le comptoir de ma cuisine.

Nous descendîmes à pied jusqu'au traiteur qui nous emballa notre commande en quelques minutes. Et, alors que nous étions en train de plaisanter tranquillement en revenant chez moi, j'aperçus la voiture d'Alec, reconnaissable entre toutes, qui nous dépassa et se gara dans la rue perpendiculaire à ma résidence, hors de notre visibilité.

- Merde, entendis-je Edward.

Il s'arrêta net. Quant à moi, je devais être livide. J'avais fait un pas de plus qu'Edward et je me retournai pour le regarder. J'espérai voir mon phare étincelant dans ses yeux mais ils étaient plus ou moins choqués. J'en voulais immédiatement à Alec d'avoir gâché ma soirée avec lui. Qu'est-ce qu'il faisait ici ? Rentrait-il de Washington ? S'était-il dit : « Tiens, et si j'allais voir ce que Bella a trafiqué cette semaine ! » ?

Edward dû voir ma panique car il s'approcha de moi et, d'un geste immensément tendre et qui m'étonna face à cette situation incongrue, il colla délicatement son front au mien et posa une main dans mon cou.

- Ça va aller d'accord ? tenta-t-il de me rassurer.

Je déglutis et je sus à ses mots qu'il ne se défilerait pas face à Alec.

- Il semblerait que je vais faire ce soir ce que je devais remettre à demain, ironisa-t-il.

Il recula d'un pas et me sourit, tentant certainement de me rassurer.

Nous continuâmes notre marche et Alec apparut à pied au détour de la rue où il s'était garé. Nous nous approchâmes de lui, face à face, et la musique de « L'homme à l'harmonica » d'Ennio Moriconne se mît en route dans ma tête. Involontairement, je cherchai le pistolet d'Alec, façon western. Nous étions morts...

Je m'obligeai à prendre une position décontractée et j'avais officiellement décidé que je ne serai jamais actrice.

- Hey salut Alec. Ça va ? me forçai-je à dire en arrivant au même niveau que lui.

- Oui, me répondit-il d'un ton neutre. Salut Ed.

- Salut Alec !

Edward le salua de façon fraternelle, comme si tout était parfaitement normal. Puis, il reprit sa posture nonchalante, une main dans une poche, l'autre tenant notre repas, comme si notre rencontre était prévue de longue date. J'avais presque envie de lever les yeux au ciel et déclarer : « Nous sommes innocents ! »

Alec nous observa chacun notre tour, l'air sceptique.

- Vous traînez... ensemble ?

Il fronçait les sourcils et même si nous ne nous connaissions que depuis peu de temps, je savais que ce n'était pas bon.

- Tu rentres de Washington ? éludai-je. Edward m'a dit que tu étais en déplacement.

- Ouais. J'avais envie de passer te voir mais j'aurais peut-être dû appeler, finit-il en regardant Edward.

- On revient du traiteur. On va manger ensemble, affirmai-je nerveusement sans laisser le choix à personne.

Je sentis Edward se figer un peu à ma proposition.

Nous montâmes tous les trois dans un silence religieux mais personne n'était crédule. Je me disais qu'il valait mieux que l'on discute chez moi plutôt que dans la rue. Calmement ?

Je rentrai la première dans l'appartement et quand je vis nos bagages dans l'entrée, je compris à quoi Edward avait pensé. Les étiquettes identiques de JFK qui cerclaient les poignées de nos valises en disait long sur notre voyage. Je donnais à Alec toute la matière pour nous détester, de façon violente.

- Vous m'expliquez ? dit-il lorsqu'il aperçut nos valises.

J'entrai dans le salon, muette, en espérant qu'ils suivraient tous les deux. J'avais espoir de le confiner pour qu'Edward et moi puissions lui expliquer franchement.

Nous nous assîmes tous les trois sur mon canapé et je me relevai, nerveuse. J'attrapai trois verres et la bouteille de scotch dans un placard de la cuisine. Ils me regardèrent interagir au milieu d'eux.

- Bella, je n'ai pas forcément envie de trinquer là, continua Alec.

- Je sais, dis-je d'une voix atone sans le regarder. Je boirai ton verre si tu n'en veux pas.

- Bella et moi travaillons ensemble, lâcha Edward.

Je remplis un verre. Bella. Je n'aimais pas qu'Edward m'appelle Bella.

- Depuis quand ? l'interrogea Alec, méfiant.

- Depuis que je bosse avec Newton&Sons Inc.

- Tu travailles chez Newton Bella ?

Je hochai la tête. Nous n'avions jamais parlé de Newton, juste du « boulot ». Je remplis deux verres.

- D'accord. Vous comptiez m'en parler quand ? Jamais ?

- J'allais t'en parler demain.

Je remplis le troisième verre et en distribuai un à chacun.

- Donc... Quand je t'ai présenté Bella chez Félix, tu la connaissais.

- Oui, affirma Edward sans tenter de se dérober.

Je me taisais aussi lâche que j'étais. Par ailleurs, j'avais toujours remarqué que lorsque l'on en disait trop, on passait de suspect à criminel dans la tête des gens.

- C'est tout alors ?

- Non, poursuit Edward.

J'attrapai mon verre et le vidai d'une traite. Ils me regardèrent et je vis Edward se redresser un peu vers moi. Je leur signalai leur verre d'un geste approximatif et ils le burent. Chacun comprenant tout ce qu'il se passait mais tout le monde avait certainement besoin d'un remontant, non ?

- Bella ? m'interpella Alec.

Je lui fis un regard de côté en levant les sourcils et attendis.

- Pourquoi ne m'avez-vous rien dit ?

Je repris les verres de chacun et continuai mon manège en les remplissant à nouveau.

Petite, j'avais remarqué que faire diversion et obliger les gens irrités à se concentrer sur des gestes simples et saccadés, les apaisait, un peu. Je croisais les doigts mentalement pour qu'Alec puisse digérer un peu mieux la pilule. Mes mouvements étaient courts, directs et précis et je les obligeais inconsciemment à se maîtriser pour me regarder puisque j'étais leur point de chute et de discorde.

De plus, je ne voulais absolument pas qu'Alec se retrouve à l'écart. Leur amitié était aussi importante que nos sentiments à Edward et moi. Je devais préserver tout le monde même si je savais que personne n'allait sortir d'ici avec le sourire.

J'étais sûre qu'Edward avait compris ce que je tentais de faire. Je ne devais pas parler. Parler signifiait prendre parti. Alors, j'étais en train de nous fabriquer trois jolies petites cirrhoses !

- Demain, répéta Edward sans vraiment répondre à sa question. Je voulais t'en parler demain.

- Demain ? Edward ça ne me semble presque prématuré ! railla Alec.

Edward ne répondit rien et je leur tendis leur consommation.

- Et les valises ?

Sans attendre, je bus mon second verre bien plus vite que le premier.

- Nous étions en déplacement ensemble.

- Je croyais que c'était pour ta société ton voyage à Boston ? lui demanda Alec tentant d'avancer dans sa réflexion.

- C'était le cas.

- Je ne comprends pas Ed là.

J'agrippai ma bouteille de toutes mes forces et regardai mon verre vide.

- Bella a fait le déplacement parce que nous sommes sur un dossier confidentiel très urgent et mon voyage allait nous retarder.

Pas faux ! Je fis couler à nouveau le liquide ambré dans mon verre.

- Êtes-vous ensemble ?

J'avalai mon verre immédiatement et je sentis leurs regards sur moi. Je supportais assez bien l'alcool en général mais je ne pensais pas que boire plus serait acceptable. J'avais mon compte de tout pour ce soir.

Edward se leva et me prit la bouteille des mains pour la reposer sur le comptoir de la cuisine.

- Isabella, je ne pense pas que nous faire un malaise parce que tu n'as pas mangé, aide, me sourit Edward.

- Isabella, répéta lentement Alec.

Je le regardai et je discernai dans ses yeux toutes les combinaisons se mettre en branle. Il comprit avant même que l'on ait pu dire « au secours ! ».

Edward hocha la tête et Alec se leva à son tour.

- Depuis quand êtes-vous ensemble ?

- Nous ne sommes pas ensemble, pris-je la parole, la voix tellement chauffée par le scotch que je dus me racler ma gorge douteuse.

Alec sonda Edward.

- Vraiment ? ironisa-t-il avec dédain.

- Asseyez-vous tous les deux, leur demandai-je doucement.

- Je vais y aller. Merci pour le verre Bella.

- Il ne s'est rien passé entre nous parce que ce n'était pas correct par rapport à toi, continua Edward la voix atone.

- Correct ? Franchement Edward. Je pense que tu t'es assez foutu de moi ces dernières semaines pour me parler de respect.

- Je n'ai rien à justifier de quoi que ce soit, affirma Edward avec franchise. Nous serions bien plus avancés dans notre relation si nous ne nous étions pas freinés parce que je ne t'avais pas avoué que nous nous connaissions et que Bella est la fille du boulot avec laquelle je veux sortir.

Alec le regarda pendant quelques secondes, encaissant à coup sûr le « je veux sortir ». Comme moi…

- Flirtiez-vous ensemble Bella quand tu m'as rencontré ?

- Mais non Alec ! répliquai-je agacée. Je ne suis pas comme ça.

- Je ne pensais pas non plus que mon meilleur pote se taperait mon ex.

- Vous ne vous êtes même pas embrassés Alec, s'interposa Edward.

- Tout s'est terminé entre nous le soir où vous vous êtes vus ! dit-il presque avec mépris. N'oublie pas que j'étais là et que je me rappelle très bien ce que tu as dit ce soir-là.

- C'est vrai et je t'ai expliqué pourquoi, psalmodiai-je. Personne ne voulait blesser qui que ce soit.

- Bella, ce soir-là, nous sommes arrivés au moment où Edward disait qu'il voulait inviter une certaine Isabella. Quand je pense que je ne connaissais même pas ton prénom ni l'endroit où tu bossais, s'acharna-t-il en passant sa main dans ses cheveux, complètement retourné. Dém est au courant ?

Non pas Démétri !

- Il m'a laissé jusqu'à demain pour te le dire, avoua Edward.

- Putain Edward, tu fais vraiment chier. Comment t'as pu me cacher ça ? Et Dém ?

- Dém l'a su avec Kate. Alec, je ne peux pas rentrer dans les détails...

- De ta relation avec Bella ? rit-il ironiquement.

- Entre autre. Les circonstances ont fait que...

- Que vous vous êtes bien foutus de moi tous les deux ! s'énerva-t-il. Je vais vous laisser faire ce que vous voulez maintenant que tout est dit. Vous pouvez vous lâcher, finit-il amer.

- Ce n'est pas comme ça entre nous Alec, affirma Edward.

- Oui bien sûr, vous dormirez chacun dans votre propre lit ad vitam aeternam !

Alec s'engagea dans l'entrée et nous le suivîmes.

- On se voit demain Alec, assura Edward comme si c'était acquis.

- Franchement Edward, je ne sais pas. Faut que je réfléchisse à tout ça, lança-il en ouvrant la porte d'entrée. Salut Bella.

Edward souffla et je n'osai pas parler. Je refermai la porte derrière Alec et Edward s'approcha de moi.

- Viens, m'ordonna-t-il en me prenant la main. J'ai l'impression que tu vas tomber.

Il me mena jusqu'au sofa où je m'assis. Il partit en direction de la cuisine, attrapa le paquet du traiteur et s'affaira dans la cuisine. Il ouvrit les placards et je le regardai faire sans un mot. Il chercha un plat et fit tout réchauffer au micro-ondes. Au moment où il prit de quoi nous dresser une table de fortune sur ma table de salon, je me dis qu'il gérait avec excellence la situation. Comment faisait-il bon sang ?

- Merci, lui dis-je lorsqu'il revint avec la nourriture et les couverts.

Il me fit un demi-sourire.

- Je suis désolée pour Alec, continuai-je.

- Isabella, reprit-il tout en nous servant, j'espère juste qu'il acceptera de me parler demain et qu'il comprendra un peu avec le temps.

Mon cœur battit comme un fou quand il prononça « avec le temps ». Cela signifiait bien qu'il comptait rester avec moi malgré tout et ne pas m'abandonner. Charmant était courageux.

- Et puis, le fait que nous soyons ensemble pour lui dire, n'était peut-être pas si mal que ça.

- Tu crois ?

- Non, absolument pas ! sourit-il. Mais j'ai appris qu'il ne fallait pas que je te lance dans un jeu incluant l'alcool, me taquina-t-il.

- Il se mit à rire et je soufflai de le voir redevenir joueur avec moi.

- Au moins t'es averti Edward Cullen !

Nous mangeâmes tranquillement après ça et même si je ne voulais pas qu'il s'en aille, je savais que ce n'était pas le moment de partager mon lit. Plus tard…

Aux alentours de vingt-trois heures, je raccompagnai Edward en bas de ma résidence et il me promit de m'appeler demain.

Au moment de se quitter, il m'embrassa tendrement dans le cou et de façon irréfléchie, je passai mes bras autour de son corps et nous nous câlinâmes tendrement. J'aurai voulu ne jamais le lâcher. Et lorsqu'il partit sa valise et sacoche à la main, mon cœur et mon esprit avaient fait la paix.

En m'écroulant sur mon lit ce vendredi soir, j'étendis mes bras sur la largeur. Même si mon mètre soixante-huit dépassait du bord, je me promis de faire, tous les jours de ma vie, une place de plus de vingt-cinq centimètres à Edward, envisageant même d'acheter un lit plus grand si par cas nos cœurs se multipliaient.

L'introduction du ballet débuta vraiment ce soir-là et j'étais prête à apprendre tous les mesures complexes avec Charmant. Je n'avais qu'une hâte : Me présenter à son bras et officialiser le lien entre nos deux cœurs.


Je vous remercie d'avoir pris le temps de me lire.

Je prends autant de plaisir à vous lire ET à vous répondre que d'écrire alors merci pour ça, vous me le rendez au centuple.

Bon dimanche à toutes.

Bisettes.

Tess