Note : Nous revoici pour la suite de l'histoire ! Comme d'habitude, je vous retrouve en fin d'article pour quelques explications sur les termes employés, cette fois-ci pour le choix du titre du chapitre. Bonne lecture !
Merci encore pour vos reviews, votre réactivité face à mon désarroi de n'avoir aucun retour m'a fait chaud au cœur !
ACTE 2
Titre : La Forge
Genres : Action, aventure, amitié, espionnage/enquête
Personnages : Ootori Naru, Motoya Masakazu, Abarai Renji, Shinanji Katsuya, Kuchiki Byakuya, Rikichi, divers autres personnages.
Synopsis : Après le départ de Katsuya, la Sixième Division continue ses enquêtes dans le but de retrouver le groupe organisé qui leur a pris leurs camarades. Naru et Motoya partent faire leurs recherches, quand ils tombent sur une vieille connaissance. Apparaît alors une silhouette encapuchonnée de noir portant un masque d'or...
Chapitre 10 : Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ?
La Soul Society était immense. Bien que la principale source d'activité et d'agitation résidait autour du Seireitei, il y avait, au-delà des frontières du Rukongai, des hectares de forêts, de plaines, de montagnes, et d'océans. Tout un monde, peu fréquenté, peu habité et peu connu. Mais, si l'on passait la Porte Est du Seireitei et qu'on traversait les différents quartiers, qu'on dépassait les granges, les fermes et les hameaux abandonnés, on arrivait sur une large étendue sèche. Un désert de roche et de sable. De désert, il n'en portait pourtant presque que le nom, car la chaleur n'était pas insoutenable, et si la large plaine ne recelait aucune forme de végétation, c'était bien à cause du vent, violent, qui venait des montagnes, situées plus au nord. Alors, si on traversait ce paysage, et qu'on marchait tout droit, qu'on avançait, encore et encore, on pouvait atteindre la lisière d'une épaisse forêt. Les troncs noueux, les branches basses et les cimes touffues en obscurcissaient le sol, recouvert d'un tapis de feuilles jaunies. Dans les ténèbres, on pouvait entendre les pépiements, sourds et lointains, de quelques oiseaux, et le martèlement des sabots du gibier. Mais il ne fallait pas interrompre la marche, ne pas s'attarder.
Si on continuait, qu'on conservait ce cap, plein est, qu'on parvenait à traverser les remous violents de la rivière, glaciale, qui surgissaient entre les racines d'un arbre séculaire, qu'on contournait, sans perdre son chemin, les monts de falaises qui s'étendaient au centre de l'étendue de verdure, on arrivait alors devant une vaste campagne, légèrement vallonnée, cette fois. L'herbe, couleur émeraude, la rendait plus vivante et plus accueillante, et quelques bosquets solitaires se détachaient sur le ciel azur. Alors, il ne restait plus qu'à trouver le camp, jusqu'alors invisible. Caché aux yeux des ignorants, il ne paraissait être qu'un petit vallon traversé d'un ru dont le léger clapotis et les miroitements détendaient n'importe quel combattant. Là, dans le creux des collines vertes, il fallait se découvrir, laisser apercevoir une signature spirituelle, et attendre que les gardes, aux aguets, créent une ouverture dans les épaisses barrières de kidô qui entouraient l'endroit. On pénétrait dans les lieux, et le camp se dévoilait à nos yeux.
C'était une petite agglomération de cabanons, de huttes et de gargotes qui avaient été construites le long de la rivière. Certaines s'engageaient même dans les remous grisâtres du court d'eau, faisant voler quelques embruns clairs et rafraîchissants. Des chemins, de terre battue et de dalles de pierre, gravissaient les monts situés de part et d'autre pour remonter vers la cime du village. Là, trônant sur le faîte du relief, se tenait une large maison de bois, ouvragée avec soin, dont le toit de chaume luisait au soleil comme une parure d'or. Elle s'imposait comme une couronne devant des manants, comme un roi face à ses sujets.
Dans l'agitation et la vie du camp, où fourmillait toute une masse grouillante de combattants, sabre à la ceinture, trois silhouettes particulièrement singulières se détachèrent. La foule s'écartait, s'inclinant avec respect, dévotion, et un peu, rien qu'un peu, de crainte. Ayant atteint le centre névralgique du camp, la place centrale, où tous se retrouvaient, un homme dépassa la tête de file et s'avança, bombant le torse.
- Amaterasu-sama, annonça-t-il.
La silhouette, traitée ainsi en reine, fit un geste de la main, gracieux, mais plein de dédain, pour l'écarter de son passage. Deux pas, et on se trouva au centre de toute l'attention.
- Mes chers amis, claqua sa voix, claire et pleine d'autorité, il est temps. Préparez-vous au combat. Le règne du Sankashin est venu, celui des Shinigamis n'est plus.
Pas d'exclamation, rien qu'une voix faite pour commander. Tous les hommes rassemblés s'inclinèrent, puis l'agitation reprit le village. Les trois silhouettes se retournèrent et se dirigèrent en silence vers la cime du baraquement, où trônait l'imposante maison, que le peuple appelait Palais du Soleil. Là, dans l'ombre des murs de bois et des panneaux coulissants de papier, Amaterasu s'affala dans une grâce nobiliaire sur un amas de coussins et de tapis. Ses deux acolytes, eux, restèrent en retrait, silencieux.
Si on revenait plusieurs dizaines de kilomètres en arrière, qu'on retraversait la forêt, le désert rocheux et les maisons abandonnées qui formaient la lisière de Rukongai, en sens inverse, et qu'on en suivait le tour vers le sud, on tombait sur une scène des plus étranges. Là, étrangers pour la Soul Society, car de nature profondément contraire, méprisant tout de ce monde, de l'astre brillant dans le ciel au plus infime des brins d'herbe qui se balançaient dans la brise, se tenaient trois combattants. Vêtus de blanc, un sabre à la ceinture, ils se tenaient, patientant en silence, dans les airs, comme s'ils marchaient sur une surface de verre. L'un des deux hommes arborait une longue crinière blonde tenue par un catogan lâche qui effleurait ses reins, quelques mèches rebelles venaient caresser ses pommettes saillantes, hautes, soulignant un visage aux traits léonins. Son camarade avait une apparence plus commune, si ce n'était le masque blanc, presque osseux, qui encadrait sa mâchoire pour l'arquer d'une forme reptilienne, crocs acérés et cavités nasales sombres. La femme qui les accompagnait avait une belle chevelure brune, tressée, qui se balançait jusqu'au bas de son dos. Les bras croisés, ils guettaient l'arrivée des Shinigamis qui, ils le savaient, avaient remarqué leur présence. Faisant abstraction des manants, démunis et sans le sou, qui tiraient vers eux leur cous et des regards étonnés et curieux, ils patientaient. Ni les ornements faciaux, ni les hakamas, ni leur peau blanchâtre ne suffisaient pour qu'ils devinent qui ils étaient : et pour cause, ils n'avaient jamais rencontré d'Arrancars. Les trois spécimens qui se tenaient-là n'avaient, de plus, rien à voir avec la rébellion de trois ex-Capitaines du Gotei. Ils s'étaient toujours décidés indépendants, jusqu'à ce que leur route ne croise celle d'Amaterasu.
L'équipe d'intervention formée des membres de la cellule d'enquête venait de pénétrer dans les ruelles tortueuses des quartiers pauvres de la ville qui s'étendait tout autour. Les maisons, d'abord solides bien que vieilles et usées, laissèrent place à des constructions branlantes de bois et de tôles et, enfin, à des ruines s'étalant en amas de pierres brisées. Les quelques curieux se trouvaient là, cachés derrière une colonne bancale, un muret qui s'effritait ou un parapet instable. Dans l'ombre, ils laissèrent s'échapper des exclamations impressionnées quand les six combattants arrivèrent, faisant face, à la même altitude, aux Arrancars. Le premier, visiblement plus fougueux que ses camarades, s'avança d'un pas, un air rusé sur le visage.
- Et bien ! Vous en avez mis, du temps ! lança-t-il avec un sourire narquois.
Motoya, l'actuel chef du groupe, ne répondit pas, mais, ses pensées rejoignirent les paroles de leur adversaire. Il était vrai qu'entre le moment où leurs énergies spirituelles avaient été détectées et celui où ils avaient quitté la Sixième Division, presque une heure s'était écoulée, ce qui était bien trop pour un état d'alerte imminent. Pourtant, il faisait intimement confiance au Commandant Yamamoto et à ses capacités de gestion en temps de crise, et s'il avait jugé qu'ils avaient le temps d'une réunion officielle, alors il s'en remettait à lui sans une once d'hésitation.
Mais à présent, c'était à lui d'être fier et inébranlable. Il en valait, certainement, de la vie de ses camarades, de ses frères d'armes. Il eut alors une pensée pour Naru, certainement la plus jeune et la moins expérimentée d'entre eux. Masakazu reconnaissait son courage, sa volonté de combattre, de protéger ce qui lui était cher, et de prouver sa force et sa valeur, il n'en était pas moins dangereux qu'elle participât à ce combat. Il allait mettre toutes les chances de son côté pour la maintenir en vie, qu'importe ses progrès. Pour lui, elle restait la petite nouvelle un peu perdue arrivée par ce jour d'été, un an auparavant.
Ses réflexions furent coupées net quand une pensée germa dans son esprit. Oui, ils avaient pris, en tout et pour tout, une heure pour partir et arrêter ces Arrancars. Et pendant ce temps, était-il normal que les trois adversaires ne soient qu'à quelques mètres de la banlieue pauvre du Rukongai ? N'auraient-ils pas eu suffisamment de temps pour se frayer un chemin jusqu'au Seireitei et attaquer ? Et leurs positions semblaient étranges. Tout portait à croire qu'ils les attendaient. Pourquoi donc ? L'officier fronça les sourcils. Ce n'était qu'une hypothèse, mais l'idée dérangeante que ce soit le cas lui glaçait le cœur. S'ils les attendaient, cela signifiait beaucoup. Et, entre autres, qu'ils n'étaient là que pour les occuper tandis que l'action se déroulait ailleurs.
Sans répondre à l'homme blond qui se dressait, orgueilleux, devant lui, il porta sa main à sa gorge et pressa un petit interrupteur sur le collier noir qu'il portait. Imperceptiblement, il murmura alors quelques mots à la salle de surveillance.
- Restez sur vos gardes, les Arrancars ne sont certainement qu'une diversion.
Il n'attendit pas la réponse, qu'il avait déjà coupé la communication. Un sourire amusé, carnassier, sur le visage, l'homme qui lui faisait face éclata de rire.
- Et bien ! lança-t-il d'une voix forte. Tu es plutôt malin, ma parole ! Quel est ton nom, Shinigami ?
- Motoya Masakazu, Cinquième Siège de la Sixième Division.
Moqueur, son interlocuteur se plia dans une courbette exagérée, ramenant une main sur son buste, l'autre écartée les doigts dépliés et tendus, une jambe fléchie.
- Monseigneur !
- Ah, il commence à me les briser, lui ! lança Toya depuis les rangs.
Le chef de l'équipe lui fit signe, d'un geste de la main, de ne pas intervenir, puis il reprit la parole.
- Puis-je vous retourner la faveur ?
- Bien sûr, bien sûr. Je suis Lior. Lior Korteon, votre humble serviteur, termina-t-il dans une nouvelle courbette.
- Et Arrancar, acheva le Shinigami en plissant les yeux, méfiant.
- Oh, vous savez donc ce que nous sommes ? Fort bien, les présentations n'en seront que plus courtes.
D'un geste de la main, il désigna tour à tour l'autre homme puis la femme qui les accompagnait.
- Voici donc Argo Mondrake et Siena Tiell. Nous échappons tous les trois aux numérotations d'Aizen, mais nous n'en sommes pas moins puissants.
- Je n'en doute pas.
Motoya, habituellement doux, retenait sa salive et ses paroles. Il décelait, derrière cette apparente politesse, une vile manière de se débarrasser d'eux ou de les retarder. Sa première hypothèse se confirmait donc peu à peu. Et même s'ils n'avaient sans doute pas grand-chose à voir avec les trois ex-Capitaines, ils n'en demeuraient pas moins dangereux, voire peut-être même plus, car libérés d'un possible joug hiérarchique. En silence, il tenta d'observer les énergies spirituelles de leurs ennemis. Elles étaient habilement retenues, et il lui était difficile de déterminer qui d'entre eux était le plus puissant. Il s'en remit donc à la chance, croisant les doigts pour que sa décision ne leur porte pas défaut. En se retournant à moitié, il s'adressa aux cinq Shinigamis postés derrière lui.
- Naru, Toya, Ryuhei, pour le blond, Kôki et Nasae pour l'autre, je vais m'occuper de la dernière.
Des hochements de tête plus tard, ils s'étaient répartis en fonction de leurs adversaires. Les Arrancars, eux, n'avaient pas esquissé le moindre geste, Lior se délectant de ce qui allait suivre avec un haussement de sourcil moqueur.
- Oh, donc, vous voulez vous battre ? fit-il, les poings sur les hanches.
- On n'est pas ici pour prendre le thé, idiot ! s'enflamma Toya en brandissant son sabre.
D'un commun accord, Argo et Siena s'éloignèrent afin de se laisser de l'espace pour le combat. Ils prévoyaient déjà suffisamment de dégâts dans la banlieue pauvre du Rukongai, il était inutile de se gêner en plus de cela.
Masakazu se trouvait à présent en face de cette femme Arrancar. Elancée, les jambes longues, elle portait, en plus d'un hakama qu'il supposa réglementaire -ce qui était étrange puisqu'ils ne suivaient pas Aizen, peut-être les vestiges de leur précédent service auprès du traître ?- une tunique dépourvue de manches et qui était tenue par des laçages noirs. D'un geste souple, le regard sérieux, elle passa la main dans son dos et brandit un bâtonnet blanc à peine plus large que sa paume. Interdit, l'officier ne la quitta pas des yeux, se demandant ce qu'était cet objet. Il saisit néanmoins la poignée de son sabre et le dégaina dans un crissement de métal.
- Je suis différente des autres Arrancars, prononça-t-elle d'un ton détaché, je ne me bats pas au sabre.
- Et quelle est donc ton arme ? demanda-t-il, sur la défensive.
Elle ne répondit pas. Soudain, le bâtonnet s'étira dans sa main, et s'allongea, s'allongea, et s'allongea encore, tout en se courbant. Quand elle dressa le bras, elle tenait un bel arc ivoire.
- Je vois, souffla le Shinigami, sans savoir précisément quoi en penser.
Il n'avait jamais affronté d'Arrancar, mais il avait été mis au fait de la théorie, et celle-ci disait qu'il ne fallait pas s'arrêter à l'apparence de son adversaire ou de son arme. Un simple arc pouvait hypothétiquement cacher des attaques au corps à corps, sans parler de la Resureccion, qui transformait leur corps de manière impressionnante. Il aurait voulu rappeler toutes ces informations à ses subordonnés, mais il perçut, plus loin, le fracas bien connu des armes. Le combat avait déjà commencé.
Après s'être toisés pendant de longues minutes, Kôki, le maître en kidô de la Troisième Division avait levé sa main, prêt à attaquer l'homme que se tenait devant eux. Bruns, les cheveux en bataille, le regard, d'un bleu électrique, vide de toute émotion, l'Arrancar les observait en silence, les mains dans les poches. La simple férocité qu'il dégageait émanait de la forme surprenante de son masque, qui recouvrait toute la partie inférieure de son visage. A sa hanche pendait le fourreau noir d'un zanpakutô à garde triangulaire. A côté de son camarade, Nasae dégaina son sabre et se tint en position, prête à s'élancer. Elle attendait l'ouverture qu'allait lui donner Kôki grâce à l'un de ses sorts. Celui-ci vint rapidement. Paume tendue vers Argo, il puisa dans son énergie spirituelle.
- Shakkahô ! s'exclama-t-il alors.
Une importante sphère de feu d'un rouge flamboyant se forma devant sa main tendue, s'enroula, puis fusa dans un sifflement peu engageant, vers l'Arrancar resté immobile. Le boulet incandescent explosa à son contact, répandant flammes, fumée et braises, tandis que Nasae s'élançait, son sabre en main. Elle disparut dans les nimbes obscurs, et quelques tintements de lames retentirent. Quand la fumée se dissipa, Kôki aperçut Argo, tenant entre ses doigts le fil acéré du katana, l'autre main toujours dans sa poche. Ni sur sa tenue, d'un blanc immaculé, ni sur son visage, il n'y avait de marque de brûlure ou d'un quelconque effort. Il avait simplement balayé d'un geste de la main les flammes brûlantes du sort qu'il avait lancé avant d'arrêter la lame qui venait vers lui. Nasae, les mains toujours serrées sur sa poignée, fit pression avec son énergie spirituelle, la déployant dans son intégralité pour augmenter sa force. Bientôt, l'air s'alourdit, crépitant d'un lointain vrombissement, et des vagues, des ondes, de sa puissance auparavant contenue, pulsait autour d'elle, faisant voler et claquer les pans de leurs tenues. Dans un grognement de rage et de colère, elle s'appuya un peu plus sur sa lame, forçant le barrage des doigts d'Argo qui l'observait sans une once d'émotion. En réalité, il l'étudiait. Il analysait sa signature énergétique, sa fréquence, sa force, et son point d'émission.
Sentant le danger poindre en voyant le regard de l'Arrancar sur sa camarade, Kôki s'avança d'un pas, le cœur battant.
- Nasae ! Contrôle ton énergie, il va…!
Mais ce fut trop tard. Dans un geste qui lui parut d'une lenteur insoutenable, Argo leva l'autre main, tendit les doigts, et la lança vers le buste de la jeune femme. Les chairs se fendirent sans aucune résistance, le sang coula de la plaie béante, et l'homme referma le poing sur une petite glande, cachée par le diaphragme, invisible et intangible, qu'il serra. Il y donna de sa propre énergie, sur une fréquence si élevée, si différente, que le choc électrifia la victime. La respiration coupée, la Shinigami se tordit sous la douleur, le visage figé dans sa souffrance, les yeux exorbités et la bouche ouverte en une plainte muette. Sa prise se fit tremblante sur son sabre. Elle sentit le goût métallique du sang sur sa langue, avant qu'il ne se répande aux coins de ses lèvres et sur son menton. Argo sentit, entre ses doigts, la boule d'énergie perdre toute résistance et se briser. Autour de Nasae, la pression spirituelle explosa, atteignit son apogée, comme débridée, des bourrasques l'entourèrent, secouant ses cheveux et ses vêtements, puis tout s'arrêta soudainement et le calme retomba, implacable, assourdissant. Sans une once de compassion, l'Arrancar retira sa main, couverte du liquide carmin, poisseux, et laissa tomber le corps tremblant et affaibli de la jeune femme. Vidée de la moindre goute d'énergie spirituelle, elle chuta et atteignit le sol dans un fracas de corps brisé, inerte.
Serrant les mâchoires, Kôki la regarda du coin de l'œil. Comment avait-elle pu oublier les théories qu'on leur avait transmises ? Elle aurait dû savoir qu'en dévoilant ainsi sa personnalité spirituelle, elle s'exposait dangereusement, et d'autant plus qu'elle ne connaissait pas la force de leur adversaire. Oui, comment avait-elle pu oublier ? Ravalant la peine qui lui étreignait le cœur, il posa la main sur la poignée de son zanpakutô et le dégaina d'un geste vif.
- Tu vas le payer, Arrancar ! lâcha-t-il, rageur.
Il s'élança alors, les doigts si serrés sur sa poignée tressée que ses jointures en étaient blanches. Il courut, bondit en sauts successifs rapides, usant d'un shunpo précis et maîtrisé, en espérant tromper la vigilance de son adversaire, toujours silencieux, qui l'observait de ses yeux froids, la main ensanglantée reposant contre sa cuisse. Enfin, Kôki s'arrêta une fraction de seconde dans le dos de son adversaire et pointa son index vers lui.
- Byakurai.
Il avait murmuré, priant pour que l'Arrancar ne l'ait pas entendu, afin de profiter de l'effet de surprise. Du bout de son doigt apparut et fusa dans un crissement strident un vif éclair blanc. Le cœur battant, le Shinigami exécuta plusieurs bonds de plus, espérant duper ainsi son adversaire. Malheureusement, il le vit se retourner à moitié, lever la main droite et balayer l'éclair comme si cela avait été une volute de fumée. La flèche blanche alla se ficher dans le sol avant de se répandre en fragments lumineux. Ne s'avouant malgré tout pas vaincu, Kôki repartit à l'assaut, cherchant une stratégie qui lui permettrait de prendre l'ascendant. Son principal désavantage était qu'Argo semblait pouvoir repousser toutes ses attaques d'un simple revers de la main. Que se passerait-il s'il parvenait à l'immobiliser ?
Prenant appui plus en altitude, profitant du désintérêt manifeste de l'Arrancar pour son combat, il brandit la paume de sa main dans sa direction et se concentra.
- Char rugissant, murmura-t-il, brèche du rouet. Que la lumière sépare en six. Soixante-et-unième technique d'immobilisation : Rikujôkôrô !
A cet instant, déchirant l'air dans un grondement sourd, une demi-douzaine de pointes de lumière jaune, étincelantes, se dirigèrent vers la cible et l'encerclèrent, l'empêchant le moindre mouvement. Rassuré que sa technique n'ait pas volé en fumée, Kôki continua, déplaçant ses mains en une nouvelle position.
- Ô souverains, Ô masques de chairs et de sang, Ô univers entier, Ô battement d'ailes, Ô toi qui porte le nom d'humain ! Sur le mur de flammes indigo, grave un lotus double. Attends dans le ciel l'abysse de l'incendie. Soixante-treizième technique de destruction : Sôren Sôkatsui !
Il y eu un grondement grave, et l'énergie s'amassa, roula, contre ses paumes, lançant de furieux éclairs d'un bleu perçant. Il attendit de sentir sa chaleur, de l'entendre hurler, puis il la dirigea, d'un geste énergique et vif, sur sa cible. Deux boulets de flammes cobalt sifflèrent, visant l'Arrancar immobilisé. Il y eut une détonation, puis, une fraction de seconde après, une deuxième. Les flammes se répandirent, léchant ciel et terre, embrasant sol et nuages, dans un torrent de fumée épaisse et âcre. Sous la violence du vent, Kôki se protégea le visage, ne portant pas attention aux braises bleues qui venaient brûler son uniforme noir. Il attendit. Que la fumée se dissipe, que les flammes disparaissent, et que les braises tombent au sol. Quand ce fut le cas, il plissa les yeux, scrutant les volutes encore sombres pour y deviner la silhouette blessée d'Argo. A la place, il ne vit qu'un espace vide, et les fragments, rompus, tordus, des six branches de l'étoile qui l'avaient immobilisé, qui chutaient dans une myriade de miroitements tristes.
Le cœur battant, il se retourna, percevant tout à coup une implacable pression spirituelle dans son dos. Face à lui, le regard bleu électrique, froid et dénué d'émotion qu'il s'attendait à voir, brûlait à présent d'une incroyable flamme. Ce n'était pas de la rage, ni de la colère, ou de la peur. Ce n'était pas de l'amusement, ni de la rancœur. C'était simplement comme si son instinct venait d'être réveillé. Le souffle coupé par la stupeur, le jeune Shinigami fut incapable d'esquisser le moindre geste. Ses doigts serrés sur la poignée de son zanpakutô, son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine, il se tenait, debout, impuissant, face à un adversaire d'une puissance démesurée.
Argo, toujours silencieux derrière son masque osseux, le fixa de ses yeux trop bleus, et la flamme dans son regard s'éteignit à petit feu. Sa pression spirituelle mourut comme elle avait naquit. Détournant les yeux, non par dégoût, mais par désintérêt, il leva la main droite, celle-là même qui avait brisé Nasae, et la porta à la gorge du jeune homme. Ses ongles, telles des griffes, se refermèrent sur la trachée et les jugulaires.
Merci pour votre lecture ! J'espère que vous avez apprécié de chapitre ! :D
Explications du titre
Le titre fait référence, d'abord, à Andromaque, de Racine, lors du délire d'Oreste. La véritable phrase est "Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?". J'ai cependant préféré le "nos", qui s'accorde mieux ici. Si on pousse plus loin, ces serpents peuvent représenter (entre autres !) les Erinyes, trois divinités grecques résidant dans le Tartare, dont la chevelure est faite de ces reptiles. Elles portent pour nom Mégère (la Haine), Tisiphone (la Vengeance) et Alecto (l'Implacable). Nos trois Arrancars y feront tour à tour allusion.
Je voulais dans un premier temps utiliser "Pour qui sonne le glas ?" ou "Pour qui la mort s'apprête ?", voire même, les deux expressions juxtaposées, mais cela ne me convenait pas. J'ai choisi le présent titre car il reprenait l'aspect macabre de ces phrases, tout en se rapportant aux Erinyes.
Rien à voir avec le titre : j'ai essayé difficilement de conserver le doute sur le sexe d'Amaterasu. J'espère donc que l'utilisation du "on" à la place d'un "il" ou "elle" trop évident ne vous aura pas dérangé.
Voilà ! Merci encore d'avoir lu, et n'hésitez pas à me donner vos avis ! :D
