Hello ami lecteur! Je sais, je prends mon temps en ce moment. Je suis un peu loin du rythme des un chapitre par mois, mea culpa! Mais bien entendu, je n'oublie ni vous ni ma fic et voici la suite!

Merci encore à tous ceux qui prennent le temps de me laisser une ptite review, c'est grandement apprécié et moteur pour la préparation des chapitres suivants.

Bonne lecture!

;)

PS: Pour les nouveaux (s'il y en a...), gare au rating et aux avertissements présentés dans le premier chapitre.


Chapitre 9

Duo poursuivit ses efforts les jours suivants, faisant du sport à gogo, initiant les premières mesures pour solder son activité de garagiste en Italie. Cette couverture avait vécu, il ne se sentait plus de la porter un jour de plus, aussi était-il temps d'en changer.

Il occupait le reste de ses journées à rechercher Chang, tâche délicate à réaliser sans l'aide de celui qui avait été son allié pendant des années. L'héritier Winner lui manquait terriblement, dans chacune de ses actions. Que ce soit du pro, du perso, Quatre avait toujours été là pour lui. Par forcement au premier plan, mais présent, même dans l'ombre, pour écouter ses histoires, rire avec lui et partager des moments à deux.

A bien y réfléchir, ils ne passaient pas réellement tant de temps que cela ensemble, chacun ayant bon nombre d'occupations diverses, mais de savoir qu'il était là, c'était rassurant.

Maintenant, il devait apprendre à être seul. A travailler seul, à sortir seul, à vivre seul. Enfin, pas complètement pour le moment. Heero était là, partageant ses soirées. C'était une présence rafraîchissante bienvenue, même si Duo se serait fait écorcher vif plutôt que de l'admettre. Il lui permettait de mieux gérer la transition, de se préparer à l'avenir.

Ils avaient fini par cohabiter sans trop de heurts, partageant la zapette pour choisir le film, se battant pour la meilleure place du canapé.

Heero avait apprécié les efforts déployés, notant au passage la petite excursion que le natté avait fait dans sa boutique préférée sans pour autant émettre le moindre commentaire.

Le caractère tumultueux du natté réapparaissait lentement, par petites touches, plus ou moins subtiles.

En tant que colocataire conciliant, Duo lui avait fait part de ses plans pour les semaines à venir.

D'abord se remettre un peu sur pieds. Ensuite aller voir Quatre. Il avait besoin de faire le point avec lui. Finir sa convalescence et enfin retrouver Chang et le descendre.

Heero avait premièrement grimacé.

« Hé, quoi ?! » Lança Duo. « Je respecte tes desideratas : je bute Chang après la fin de ma convalescence ! T'as rien dit pour le reste, je te signale. »

Effectivement, il marquait un point. Restait la question de Winner.

« Tu ne comptes pas retourner en Europe sous peu ? »

Duo se mit à rire. Il avait prévu cette réponse.

« Nan, je sais bien. Huit heures d'avion ! J'ai mieux que cela à proposer ! » Déclara-t-il en lui adressant un clin d'œil malicieux.

« Quoi ? » Questionna prudemment Heero.

Quand Duo faisait cette tête-là, il s'attendait toujours au pire.

« Miami ! » Claironna le natté.

« Tu veux le retrouver à Miami ? » Répéta Heero, pour être sûr d'avoir bien compris.

« Humm, quel cerveau ! Tu serais pas agent secret toi ? » Se moqua le natté. « Bref, oui, je veux le retrouver là-bas. C'est à trois heures de vol donc pas très loin mais suffisamment pour que tu ne sois pas impliqué là-dedans. Un terrain neutre en quelque sorte.»

« Tu comptes y aller seul ? »

Duo le dévisagea bizarrement.

« Evidemment. J'ai pas besoin de garde du corps. Faudrait pas oublier que je suis capable de me débrouiller tout seul. »

La remarqua piqua au vif Heero qui rougit un peu et préféra revenir au sujet principal.

« Pourquoi Miami ? Pourquoi pas au Canada, à Boston ? Je ne sais où encore ? »

« Pour les cocktails ! »

C'était tellement évident !

Heero se demanda à nouveau s'il avait bien entendu.

« ? »

« Ben quoi ?! Après tout, il s'agit bien d'une soirée entre potes non ? Je vois pas pourquoi on ne pourrait pas allier utile et agréable. Et puis, je fais ce que je veux, tant que je ne cherche pas Chang non ?! »

Heero préféra ravaler ses objections et haussa dédaigneusement les épaules.

« Absolument Maxwell. »

Il pouvait même faire tout ce qu'il lui passait par la tête, il n'en avait cure !


Un soir, peu après

Vautré dans le canapé, après avoir fait trois fois le tour de l'ensemble des programmes du câble sans rien y trouver d'intéressant, Duo soupira avec désespoir. Il s'ennuyait ferme.

« Et si on sortait dîner à l'extérieur ? »

La proposition de Duo agréa son hôte. Heero était un amateur de bonnes choses, les bons vins, la bonne cuisine, les décors soignés. Dans des ambiances feutrées ou plus décontractés, il n'était pas obtus.

Changer un peu de décor ne lui ferait pas de mal non plus. Il n'était pas sorti depuis des semaines et cela lui manquait, surtout avec l'envahissante présence de son colocataire.

« Une bonne adresse ? » Demanda Duo. « Sinon, je choisis au pif avec Google. »

« Nan ! » Le stoppa illico Heero. Les improvisations de Duo, il en avait soupé. Il prenait les choses en main. « J'ai exactement ce qu'il nous faut ! T'aimes le poisson ? » Demanda-t-il, pour orienter son choix.

« Tant qu'y a pas d'arrête. » Fut la réponse laconique qu'il obtint.

Je vais prendre ça pour un oui.

« OK ! Alors on est parti. »


Aux quatre vents

Le restaurant choisi par Heero était une sorte de brasserie, conviviale, chaleureuse, proposant exclusivement des produits de la mer. Toute la salle était pleine à craquer en ce jeudi soir mais Heero appela discrètement le serveur et demanda à saluer le boss.

Duo réprima une moue sarcastique. C'était tellement m'as-tu-vu comme technique. Mais bon, il n'allait pas rechigner quand on parlait de diner !

Le patron arriva quelques instants plus tard. Grand, imposant, large comme une porte. Vraiment impressionnant. Une longue balafre courait sur son avant-bras.

Son visage s'éclaira en apercevant le brun.

« Heero ! Quelle joie de te revoir ! Ça fait bien longtemps ma foi ! Allez, viens donc, je vais vous dénicher une table.»

Il les entraîna à travers le dédale de tables, donnant au passage quelques ordres à ses serveurs, disposant au vol une ou deux carafes.

« J'ai un petit coin spécial, que je garde pour mes clients privilégiés. Et Heero en est un ! » Précisa-t-il à l'intention de Duo.

Qui eut un sourire clairement narquois.

« Il vous ramène toutes ses conquêtes d'un soir ? »

L'ironie surprit le commerçant.

« Ah ça, je ne crois pas… » Commenta le patron en échangeant un regard avec Heero, qui lui fit signe de passer outre. C'était Duo, il ne fallait pas se formaliser. « C'est juste qu'il m'a rendu un fier service l'an passé. Il m'a arrangé un litige que j'avais avec le propriétaire, ça a sauvé mon affaire. »

Duo visualisait très bien le type d'arrangement qui avait pu être trouvé. Alors comme ça, Iron man était un homme de ressources… Intéressant.

Le patron leur dénicha une petite table.

« Du coup, je le remercie comme je peux. Et voilà, installez-vous ici !»

Le coin était effectivement le plus agréable du restaurant, légèrement à l'écart du bruit de la salle sans être privé de son animation. La décoration était un peu kitch mais bon enfant. De la musique passait en fond sonore, ajoutant au joyeux brouhaha.

« C'est chouette ici. » Commenta Duo.

« Attends de voir la carte. » S'amusa Heero, content que son choix agrée le natté.

Ils ne regrettèrent pas leurs sélections. De l'entrée au dessert, tout était gouteux. Le vin choisi par Heero se laissait boire également. Faisant passer la soirée dans un délicieux brouillard ouaté, qui fleurait bon la mer et l'amitié.

C'est à demi ivre qu'ils regagnèrent l'appartement.

Duo était hilare.

« Qu'est-ce que ça fait du bien ! » S'exclama-t-il en s'étirant comme un chat. Il en profita pour dénouer sa tresse, savourant de sentir le poids s'enlever de son crâne.

« Allez, je vais faire un petit café. » Cela devait bien être le cinquième de la journée. Le brun refusa d'un léger mouvement de tête.

« J'avoue que c'était une très bonne idée. Il faudra qu'on réitère l'opération. » Concéda Heero en s'asseyant près de l'îlot central. Il avait passé une très agréable soirée, sereine, sympathique. Il se sentait bien, tout simplement. Il avait un peu bu aussi. Mais juste un peu!

Son regard fut aussitôt attiré par la masse brillante qui était cascadait sur le dos de Duo. Il ne l'avait encore jamais vu les cheveux ainsi lâchés.

C'était surprenant. Il ne s'était pas attendu à un tel spectacle.

Étaient-ils aussi doux qu'ils en avaient l'air ? La question, si stupide de prime abord, devint primordiale, occupant toutes ses pensées.

Il s'approcha de la silhouette penchée sur le bar de la cuisine, en train d'insérer une capsule dans la machine. Et ne put s'empêcher de tendre la main vers sa nuque pour passer sa main dans cette masse soyeuse, effleurant au passage la peau chaude de Duo. Presque involontairement.

Les yeux améthyste se dardèrent aussitôt sur lui.

Un regard intense, concentré.

Un regard perçant, qui le mettait à nu, l'attirant comme le papillon vers la flamme.

Faisant sauter les barrages de sa raison.

Une alarme résonna dans le cerveau d'Heero.

Arrête ! Ne fais pas ça. Pas maintenant. Il a beau se donner des grands airs, il est toujours fragile, sous le choc. Tu ne vas pas profiter d'un mec convalescent pour le mettre dans ton lit, bordel ! Se sermonna-t-il intérieurement.

Mais il ne pouvait s'en empêcher.

Attraction tentatrice.

Peut-être salvatrice ?

Sa main retourna lentement vers la nuque. Doucement. Massant délicatement le cou du natté. Provoquant un frisson chez l'intéressé. Amenant le trouble dans ses yeux. L'amenant à se tourner complètement vers le brun, le rendant attentif à ses mouvements, faisant plonger son regard dans le sien.

Heero hésita une fraction de seconde, avant de s'approcher encore plus, réduisant à quelques centimètres à peine l'espace qui les séparait. Pour ensuite faire glisser sa main sur sa joue, caressant sa pommette du bout du pouce.

Savourant la douceur de cette peau, la délicatesse de cet instant, l'intimité de ce moment.

C'est alors qu'il se rendit compte de son erreur.

De son énorme erreur.

Un sourire carnassier fendit le visage de Duo. La lueur brûlante de son regard devint incendie, dévorant tout sur son passage, insidieuse, contagieuse.

Il avait cru avoir à faire à un être vulnérable.

Fragile.

Blessé.

Dans son âme et dans son corps.

Il avait cru

Avoir une chance.

D'atteindre…

Il n'avait pas compris.

Que c'était lui

Qui aller jouer

Son cœur.

Il se retrouvait face à un chasseur.

Fougueux, déterminé. Qui s'apprêtait à fondre sur sa proie.

Lui.

Le natté serait sans pitié, ni merci.

Parce qu'il était simplement lui.

L'allumette était craquée. La mèche allumée.

Et bientôt, il allait…

Exploser.

Sans détacher son regard du sien, le défiant sans vergogne, sexy, sensuel, sans souci de sa chemise, Duo ouvrit le vêtement d'un geste sec, faisant au passage sauter tous les boutons.

Mettant ainsi son torse à nu avec une nonchalance pleine d'assurance.

Le compte à rebours était lancé.

Il devait…

Reculer.

Maintenant.

Mais avant qu'Heero ait pu faire un mouvement, les mains du natté s'étaient emparées de sa ceinture, s'introduisant habilement.

Les effractions n'étaient-elles pas son domaine de prédilection ?

« Duo, attends… » Tenta Heero.

Il ne put achever sa phrase. La main de Duo avait plongé dans son pantalon, lui arrachant un hoquet de surprise qui expira en un soupir rauque.

Temps suspendu.

Temps mort.

Avant la reprise du tempo.

Sur un rythme adagio.

Maintenant, les lèvres du natté n'étaient qu'à un cheveu des siennes, partageant son souffle, guettant la moindre de ses respirations.

Monitorant son désir, qu'une main entreprenante orchestrait un peu plus bas.

Maintenant, le corps du natté n'était plus qu'à un millimètre du sien, ondulant, odorant.

Dégageant une chaleur d'enfer.

Tic-tac, tic-tac.

L'ombre de ses yeux était une flamme, avide, indomptable.

Un nouveau tour de poignet, un nouveau frémissement de plaisir, qui parcourut le brun de la tête aux pieds.

Tic.

Tac.

Qui fut le détonateur.

Et tout devint

Sensations.

La main gauche de Duo se plaqua sur son cou, l'obligeant à ployer la tête vers son assaillant qui s'empara de ses lèvres.

Un baiser vorace. Violent. Irrésistible.

Comme une avalanche qu'il ne pouvait contenir, Heero céda et fut emporté.

Fusionnant finalement son corps contre le sien, se laissant dévorer de baisers, sentant ses vêtements se faire arracher sans chercher à les retenir. Sans même vouloir les garder.

Il voulait sentir.

Ressentir.

Vibrer.

Ne plus penser.

Il se laissa guider jusqu'à la chambre de Duo, se faire projeter sur le lit, ensevelir sous l'emprise impatiente et suave du natté qui explorait sa bouche, son cou, la courbe de ses fesses, le creux de ses cuisses, sans pudeur, sans retenue.

L'atomisant de son désir.

Si impatient, impérieux.

L'étourdissant, par son envie d'un corps à corps brutal et sauvage.

Le poing du brun enserra fortement les draps. Cet enfoiré, si bavard, savait animer la conversation, faisant danser son corps dans une symphonie savamment dirigée.

Tempo agitato.

Mais pas question de se faire ainsi mener à la baguette.

Il était un soldat.

Mais pas à ses ordres.

Il était en mission.

De reconnaissance.

Car la connaissance était toujours

La clé.

Il repoussa Duo sur le drap, l'écrasant de son poids, pour libérer ses mains et découvrir enfin l'ennemi.

Ses creux. Ses bosses. Les anciens champs de batailles, marbrés de cicatrices.

Pour l'étreindre, plus fortement encore. Plus profondément aussi.

Duo gémit sous lui.

« Hummm, Yui prend la main… » Haleta-t-il.

Un nouveau coup de rein, plus puissant.

Provoquant un cri sec. Fugace. Lascif. Vite étouffé par un baiser. Puis un autre.

Des corps qui dansent dans une chorégraphie anarchique, sur un rythme endiablé, pleine de violence et de volupté.

Un ballet érotique qui s'acheva dans une apothéose sonore.

Laissant pantelant ses acteurs, les disposant au sommeil.

Pas de 'je t'aime', ni de promesse.

Juste un final explosif qui apporte le calme dans la nuit.


Heero se réveilla peu après. Il s'assit sur le bord du lit et jeta un regard hébété sur le corps endormi.

Vision d'un Duo nu, allongé sur le ventre, les cheveux étalés en étoile autour de lui. Serein dans son sommeil. Beau comme un dieu. Attirant comme jamais.

Vision d'enfer l'obligeant à faire plonger sa tête dans ses mains.

Écœuré.

Il était écœuré.

Félicitations Yui. Tu te foutais de la gueule de Quatre. Te voilà au même point que lui.

Sa petite voix intérieure avait beau l'asticoter, rien n'y ferait. Il s'était fait prendre à son propre piège. Et s'était retrouvé dans les filets dévastateurs du natté.

Il n'était pas stupide. Il savait ce qu'il s'était passé.

Duo avait besoin de présence, de contact. De sexe. Pour s'apaiser, se rassurer.

Il avait donc été son instrument.

Rien de plus qu'un putain d'instrument de jeu.

Heero se leva d'un bond et quitta la chambre en claquant la porte.

Il était dans une colère noire contre lui-même.


Un rayon de soleil matinal réveilla Duo. Il se lova dans les draps, savourant la quiétude de ce moment. Il reconnut l'odeur d'Heero sur l'oreiller. Un sourire étira ses lèvres. Il avait passé une si bonne nuit.

Y'a pas à dire, c'est un bon coup…

Il se sentait plus en forme que jamais. Si détendu. La fébrilité qui l'habitait encore la veille avait disparu. Il se sentait d'attaque pour passer aux choses sérieuses.

Quatre.

Il finit par se lever, s'étirant doucement avant d'enfiler un jogging, heureux de sentir sa cicatrice le tirailler sans plus de douleur.

Il trouva Heero, la mine sombre, buvant une tasse de thé dans la cuisine.

« Salut ! » Chantonna le natté en sortant du placard la boite de capsule d'expresso, dont le niveau baissait dangereusement vite.

Le brun lui émit un son inintelligible en guise de réponse.

« Je meurs de faim. » Commenta Duo en se préparant une assiette de croissants et de tartines avant de se servir un verre de jus d'orange en sus de son mug de café.

Il avala son petit déjeuner comme un glouton, ne remarquant même pas la crispation sur la mâchoire du brun.

Heero n'était jamais vraiment loquace de toute manière, et encore moins le matin.

« Je crois qu'il est temps. » Annonça le natté la bouche pleine.

Faisant lever les yeux de Heero de son journal.

Interrogatifs.

« Je vais aller voir Quatre. » Expliqua Duo.

Le maigre espoir qui subsistait dans le cœur du brun vola en éclat.

Ainsi, après ce qu'il s'était passé hier, la seule chose qu'il trouvait à dire, à faire, la seule et unique chose à laquelle il pensait, c'était à Quatre ?!

Voir Quatre, appeler Quatre. Penser à lui, parler de lui.

Quatre par-ci, Quatre par-là.

La main d'Heero enserra fortement sa tasse de thé, si bien que ses jointures devinrent blanches.

La maîtrise de soi était tout un art. Il devait en déployer toute la science en cet instant.

Que c'était dur…

« Ok. » Fut tout ce qu'il parvint à répondre.

Duo, qui avait fini de manger, débarrassait son assiette.

« Je vais lui mettre un message. Pour lui donner rendez-vous demain soir, à Miami. »

Heero resta silencieux, simulant toujours de lire les nouvelles du jour.

« Ça te dérange pas j'espère ? » S'enquit finalement le natté en le dévisageant curieusement. Il s'était attendu à un minimum de réaction de la part du brun. Pas à ce silence obtus.

Haussement d'épaules, genre 'qu'est-ce que tu veux que ça me foute ?!'.

Duo fronça les sourcils et détailla les titres du journal.

« Des news intéressantes aujourd'hui ? »

« Très. » Répondit sombrement Heero.

En réalité, les caractères bougeaient telles des ombres devant ses yeux sans qu'il puisse rien discerner.

Il se sentait mal. Très, très mal.

Il s'éclaircit la voix.

« De toute façon, je ne suis pas là. »

« Ah bon ? »

« Je pars en mission cet après-midi jusqu'en début de semaine prochaine. » Dit Heero en relevant enfin les yeux pour dévisager son interlocuteur.

Duo était un peu surpris.

« C'est récent, cette histoire de mission ? » Demanda-t-il.

Il ne lui en avait pas parlé hier soir…

« D'aujourd'hui. Pourquoi ? Mon emploi du temps pro, ça te regarde ?»

Les yeux bleu prusse étaient plus glacials que jamais.

Duo soupira. Allons bon, Iron man avait un problème. Il allait falloir passer par là.

Finalement, il n'appartenait peut-être pas à la bonne catégorie.

« Y-a-t-il quelque chose dont tu voudrais qu'on parle ? »

Son ton disait très clairement : 'vas-y, je sais que tu es dans ta phase gonzesse, alors exprime toi, et vite, qu'on en finisse'.

Mais le brun était d'un niveau au-dessus.

« Et toi Duo, y a-t-il quelque chose dont tu voudrais qu'on parle ? »

Leur duel visuel ne faiblissait pas.

« Absolument pas. Tout baigne pour moi. »

Une nonchalance qui frisait l'insolence.

Horriblement énervante.

« Parfait. » Conclue Heero en pliant brutalement son journal et en le jetant sur le comptoir. « Alors, à dans trois jours. »

« Ok. »

Le brun prit son attaché-case et partit sans un regard en arrière.

Tellement furieux.

Tellement déçu.

La porte claqua derrière lui.


Miami, le lendemain soir

La chaleur était encore étouffante. Dans cette vaste agglomération de cinq millions d'habitants la climatisation était reine. Et les soirées cubaines aussi.

Duo paya son mojito et regagna sa table.

Le Sugarcane, un resto bar grill qui servait les meilleurs mojitos de tout Miami. Joli endroit pas très loin de la plage avec une terrasse verdoyante et surtout des concerts en live. De quoi mettre une ambiance de folie.

Depuis sa chaise, Duo pouvait voir les couples se déhancher en collé-serré sur les rythmes latins. Les demoiselles n'étaient d'ailleurs pas insensibles au charme de ce jeune homme solitaire, avec sa chemise bleu foncé et son jean bien ajusté, aux longs cheveux châtains et aux yeux mauves.

Il déclina pas mal d'invitations à danser, attendant son ami. Il était arrivé trop tôt, si impatient de le revoir.

Le message avait été clair : Entrevue en terrain neutre. Juste eux. Pas de Trowa. Pas de ruskov.

Il allait donc pouvoir profiter pleinement de sa soirée.

Quatre arriva enfin. Jean gris clair, polo blanc, lunettes de soleil sur le front. Des mèches blondes qui masquent un peu ses yeux lagon. Pas assez pour ne pas se faire remarquer. Il repéra immédiatement Duo et prit place face à lui. Il commanda sans un regard pour la serveuse, prête à tomber en pamoison pour ce magnifique garçon à l'allure princière.

L'héritier Winner était dans la place. Son cocktail – langue de feu, tout un programme – arriva plus vite que l'éclair. Additionné d'un sourire ravageur de la demoiselle.

« Cadeau de la maison. » Susurra-t-elle.

Qui a dit qu'on ne pouvait pas avoir le beurre et l'argent du beurre ?

« Hey buddy. » Le salua doucement Quatre lorsqu'ils furent enfin 'seuls'.

Le cœur de Duo fit un bond.

« Oh putain, si tu savais à quel point je suis content de te voir… » Les mots avaient du mal à sortit. Il était plus ému qu'il ne l'aurait pensé.

Le brillant des yeux bleus ne le trompa pas.

S'il avait pu, il se serait jeté dans ses bras. Mais il ne le fit pas.

Il se contenta de le dévisager intensément, enregistrant chaque détail de ce visage tant aimé, chaque minuscule imperfection qui en faisait la beauté.

La main de Quatre prit la sienne et le serra fortement.

« A moi aussi, tu m'as manqué. Terriblement manqué. »

Autour d'eux, la musique résonnait fortement, les gens chantaient, dansaient, s'embrassaient.

Une animation intense qui ne les atteignait pas. Ils étaient dans une bulle, protégés de tout cela par une longue absence, la joie de se revoir.

Par leur amitié.

Une amitié si belle. Si forte.

Et pourtant.

« Je t'ai manqué… » Répéta doucement Duo en faisant tourner son verre du bout des doigts. « On ne peut pas dire que tu l'aies beaucoup montré. »

Simple clignement des paupières. Sorte de code pour dire 'oui, je l'avoue, je suis désolé'. Mais les mots qui sortent sont tout autre.

« Je te savais entre de bonnes mains. »

Tiens donc…

« Heero ? »

« Oui. »

Sourire furtif.

« Un mec que tu ne connais même pas ? Un tueur ? Et tu lui fais confiance ? »

Un soupçon d'ironie.

« Oui. »

« Ça semble devenir un leitmotiv, Quatre. D'abord Trowa, puis lui. Fais gaffe, ça pourrait te jouer des tours. »

Et une attaque, directe. A la Duo.

Les deux jeunes hommes s'observèrent un instant. Ainsi, le ton était donné, l'explication lancée.

« Que veux-tu que je te dise Duo ? »

Il était temps d'arrêter de tourner autour du pot. L'héritier Winner, si diplomatique en affaires, n'aimait pas jouer sur le terrain de sa vie privée.

Le natté se pencha en avant, posant ses coudes sur la table, s'approchant davantage de son ami pour ne pas perdre une miette de ses réactions.

« Réponds simplement à mes questions : où est Trowa en ce moment ? »

Les yeux bleus cillèrent. Quatre hésitait à mentir. Et Duo ne perdait rien de ce combat intérieur. Il le connaissait trop bien.

« A mon hôtel. » Avoua-t-il finalement.

« Ici ? A Miami ? »

« Oui. »

Duo se mordit la lèvre. C'était pire que tout ce qu'il avait pu imaginer.

« C'est contraire à ce que nous avions convenu. » Sa voix devenait plus faible, plus incisive. Il ne lâcherait rien.

« Je sais. Mais je ne voulais pas le laisser et il voulait m'accompagner. Il s'inquiétait pour moi Duo! Pour ma sécurité. »

Duo se repoussa contre le dossier de sa chaise, incrédule.

« Tu parles… C'est l'hôpital qui se fout de la charité franchement.» Maugréa-t-il, contrarié.

Il reporta son attention sur le blond, le scrutant attentivement. Une idée venait de germer dans son esprit.

« Il est ici tu dis ? »

Les flics américains, un peu de drogue… Et on n'en parlerait plus.

Quatre bondit aussitôt.

« N'y penses même pas Duo. Je t'interdis de t'approcher de lui. »

« Pourquoi cela ? T'as pas de raison de t'inquiéter ! Il a des chances de s'en sortir tu sais.» S'esclaffa faussement le natté. « La dernière fois, il a bien failli m'avoir. » Précisa-t-il.

Le blond ne releva pas.

Creusant l'abîme qui les séparait.

« Tu étais au courant ? » La voix de Duo atteignait des sonorités dangereusement basses.

« Il me l'a dit, après son réveil. »

Cette fois, l'expression du natté changea. Il cligna des paupières plusieurs fois, lentement. Assimilant la nouvelle. En mesurant l'impact.

« Tu sors donc avec un type qui a tenté de tuer ton meilleur pote, si je résume bien ? En toutes connaissance de cause, j'entends.»

Question rhétorique. Que Quatre esquiva avec brio.

« Je sors avec le mec que j'aime. Ne vas pas chercher plus loin. »

« Ça change quelque chose ? »

« Tu devrais essayer des fois, ça ne te ferait pas de mal. » Répondit méchamment l'héritier Winner qui commençait lui aussi à s'échauffer.

Duo resta muet. Il n'avait rien à répondre à cela.

Ou peut-être que si.

« Le mec que j'aime, que je veux protéger, c'est toi Quatre. »

Faisant sourire le blond.

On ne la lui faisait pas, pas à lui.

« Arrête. Il ne s'agit pas de notre amitié ici, tu le sais très bien. Mais le temps passe et les attentes changent. L'option 'coup d'un soir' a perdu de son attrait, tout comme l'option 'quatre heures de Duo'. Et j'ai maintenant envie de signer pour un bail plus long. Alors, oui, c'est vrai, Trowa a commis des erreurs, et pas des moindres. Mais j'ai mis ça au clair avec lui à sa sortie de l'hôpital. Il ne te touchera plus jamais Duo. Je te le promets. »

Duo ne réagit pas, pensif. Une promesse de Quatre, pour les actes d'un autre. Il prenait des risques.

D'énormes risques.

Puis, il poussa un soupir, découragé.

« Qu'est-ce que tu imagines buddy ? Un barbecue entre nous ? Des visites dominicales ? Sans déconner, Quatre… Des coups de poings sur la gueule entre deux 'passe-moi le sel' ? Faut pas délirer non plus.»

Une ironie mauvaise déformait ses traits.

« Et ses liens avec Chang ? Ça aussi, c'est du passé j'imagine. Tout comme ses activités illicites ? » Reprit Duo, changeant d'approche.

« Précisément. C'est pour cela qu'il est ici. Je ne veux pas le laisser aux prises de ce taré. Je suis en train de le faire mettre sous la protection des autorités européennes. Il va dénoncer tous ses anciens camarades. Il risque de se faire pas mal d'ennemis. »

« Déjà qu'il en manquait pas… » Commenta Duo, sarcastique.

« J'aurais apprécié un peu de soutien de ta part Duo. »

Quatre et son regard de la mort. Genre 'tu me déçois énormément'. Un remake du Parrain.

Et le respect…

« Tu t'entraînes à jouer l'héritier Winner dans la pièce 'mon fils m'a beaucoup déçu' ou quoi ?! Tu déploies tes gènes de Winner à leur max ?» Rétorqua vertement le natté. « Parce que ça y ressemble fort. »

L'orgueil du blond en prit un coup. Il s'était toujours défendu d'agir comme son père. Il ne voulait en aucun cas lui ressembler, lui qui avait eu tant de pression dès son plus jeune âge.

Visiblement, il prenait de mauvais plis, malgré lui.

Mais Duo n'était pas de ce genre-là. Blesser Quatre n'était pas son objectif.

Il était temps de rendre les armes avant d'émettre des propos irrémédiables.

« Ecoute Quatre. Tu es amoureux, tu as trouvé l'homme de ta vie. Et tu m'assures que tu ne cours aucun danger. Alors, quel ami serais-je si je n'étais pas heureux pour toi ? »

Quatre eut un rire sec.

« Tu te moques de moi ? »

« Non. Tu as raison sur pas mal de points. Je suis incapable d'avoir une relation, encore plus de comprendre ce que tu vis avec Trowa. Je ne le peux pas et je ne le veux pas. Pas pour le moment du moins… Mais je peux accepter que ce soit différent pour toi. Garantie moi seulement une chose et je serais rassuré. »

Les yeux mauves étaient francs. Fatigués, désabusés même. Mais ils ne mentaient pas.

« Demande moi ce que tu veux Duo. »

« Garantie moi que, en dépit de Trowa, en dépit l'arrêt de notre collaboration, que en dépit de tout, nous resterons amis Quatre. Parce que je peux vivre à dix milles kilomètres de toi, je peux vivre en ne te voyant que tous les deux ans, je peux même vivre sans te parler s'il le faut. Mais je ne peux pas vivre sans toi. »

La mâchoire de Quatre se contracta violemment. Une déclaration d'amour, à la Duo. Si simple et pourtant, il savait qu'il en pensait chaque mot.

Il l'aimait tellement lui aussi, même s'il n'avait pas d'autre choix que de le délaisser pour un temps.

« Je peux te le garantir Duo. Sans souci. Parce que c'est pareil pour moi. Tu es mon frère et rien ne peux changer cela. »

Duo se leva brusquement et enlaça Quatre. Le serrant fortement dans ses bras. Respirant son odeur. Une dernière fois.

« Je vais te laisser. » Murmura Quatre, en se dégageant doucement de l'étreinte qu'il savait être mortellement tentante.

Duo approuva d'un signe de tête.

« On reste en contact de toute manière ? » Lança-t-il, avec un pauvre sourire.

« Prends bien soin de toi Duo. »

« Toi aussi. »

Duo le regarda s'éloigner, héler un taxi. Et disparaître.

D'une main tremblante, il appela la serveuse et commande un nouveau mojito.

Il ne le reverrait pas avant longtemps. Il le savait. Et ça faisait atrocement mal. Une sensation de manque dans tout le corps, comme un toxico privé de coc.

La douleur qu'il ressentait ne s'achèverait que dans l'oubli de la boisson. Momentanément.

Désormais, il devrait affronter chaque jour, chaque lever de soleil en sachant.

En sachant que Quatre avait fait son choix. Et que ce n'était pas lui.

Il rentra à son hôtel, tanguant déjà dangereusement et fit un sort au minibar pour finir vautré sur le lit complètement saoul, à la limite de l'inconscience.


Pendant ce temps

Heero baissa ses jumelles et quitta son poste de surveillance.

Lapin 1 avait quitté son terrier et s'apprêtait à rejoindre Belette 1, laissant sa cible enfin seule.

Le timing serait serré mais jouable. L'essentiel étant de ne pas se faire repérer avant de passer à l'action et de surtout ne pas laisser de traces visibles.

Pas forcement simple, tout comme la stratégie qu'il devait définir.

Gun ou pas gun ?

Le prendre avec lui engendrait des risques.

Ne pas le prendre également.

Mortels dans les deux cas.

Finalement, il opta pour la deuxième option. Toujours sortir couvert disait-on ? La consigne n'était pas toujours applicable.

Il se pressa, remplaçant son maillot par un T-shirt moulant. Une tenue pratique, facilité de mouvement, peu de prise.

Pas de gant. Il se dévoilait au grand jour. L'ennemi pouvait voir son visage, il n'en avait cure.

Il sortit de l'hôtel tranquillement, lunettes de soleil sur les yeux, précaution encore utile en dépit du crépuscule qui rosissait le ciel. Il n'avait pas eu de mal à repérer la chambre de sa cible. De toute façon, il savait parfaitement où chercher.

L'objectif de son voyage, s'il lui avait paru flou au départ, avait trouvé tout son sens quand il avait vu Quatre arriver en compagnie de Barton. Il était certain que Duo n'était pas au courant. Comment réagirait-il en voyant que son très cher ami ne tenait pas ses engagements ? Ce serait sans aucun doute un moment difficile pour lui.

Mais il n'était pas là pour cela. L'attitude de Duo était suffisamment claire sur le sujet. Il n'était pas assez naïf pour s'octroyer un rôle qu'on ne voulait pas lui donner.

Cependant…

Il y avait bien quelque chose qu'il devait faire.

Il pénétra dans l'hôtel d'en face sans difficulté et gagna le denier étage. Winner savait se faire plaisir et avait réservé la suite présidentielle.

Il sortit une carte magnétique de sa poche. Copie du système obtenue grâce aux talents de piratage de Brice. Il agissait sous le couvert d'une mission, bien entendu. Mission qu'il avait lui-même proposée à ses supérieurs et qu'ils avaient acceptée.

Il pénétra dans la chambre sans bruit et verrouilla la porte derrière lui avec une mention' do not disturb'. Inutile qu'une femme de chambre ou le service d'étage se pointent et interrompent leur conversation.

Il avança précautionneusement, sur ses gardes. Il avait laissé son flingue au vestiaire pour cette fois, étant trop délicat à dissimuler, ce qui le rendait vulnérable aux attaques à distance. Qui plus est, sa venue était plus à but pacifique qu'autre chose. Il ne comptait pas le descendre là maintenant.

Il précisait bien maintenant.

La suite était luxueuse, près de cent mètres carrés selon la brochure.

Il entendit du bruit : la télévision dans le salon, le bruit d'un verre qu'on pose sur une table basse.

Barton était là. Confortablement assis sur la large banquette de cuir blanc, buvant une bière.

Heero fit un pas de plus, entrant enfin dans son champ de vision.

Leurs regards se croisèrent, faisant marquer un temps d'arrêt aux yeux verts.

Un simple clignement des paupières comme manifestation de surprise.

Avant de reposer la bière sur la table de verre dépoli et de se lever, sans stress.

« Yui. »

« Barton. »

Des salutations plutôt froides, entre deux professionnels aguerris.

« Un motif particulier à cette visite ? » Demanda Trowa qui contourna lentement le canapé, faisant par là même bouger Heero, dans un mouvement parallèle.

« Je me suis dit que ça pourrait être sympa de discuter un peu. »

« Ah oui ? Bien, bien » Murmura Trowa, ne quittant pas le brun du regard. « Un sujet de prédilection peut-être ? Ton pote Maxwell, par exemple. » Suggéra-t-il.

Une lueur dangereuse pétilla dans les yeux bleus.

« Pourquoi pas. Un commentaire sur le sujet ? »

La remarque fit rire le géant.

« C'est toi qui veux discuter, pas moi. Ne l'oublie pas. »

Petite phrase anodine qui pourtant ne l'était pas.

Heero poursuivit.

« Tu as essayé de le descendre, en Lybie. J'aimerai que tu fasses en sorte de ne plus réitérer cette tentative. »

Trowa parut méditer sur cette demande.

« Si tu es là, c'est que tu sais ce qu'il se passe avec Quatre. Qu'il est en train de me déclarer comme agent sous protection aux autorités européennes. Et que je vais par là même m'engager à cesser toute activité en collaboration avec mes anciens camarades, ce qui inclue Chang. »

Heero approuva.

« Oui, je sais tout cela. » Répondit-il tranquillement.

« Alors, pourquoi es-tu ici ? Quatre adore ce chevelu. Quel intérêt aurais-je à butter le meilleur ami de mon mec ? »

« Intéressante question. » Heero fit un pas en avant. « Qui en soulève une autre : lors de l'attaque de Sabha, Quatre était déjà ton mec. Et Duo était déjà son meilleur ami. Pourtant, tu n'as pas hésité à lui tirer dessus. Pourquoi ? »

Vibration électrique dans les yeux menthe à l'eau.

« J'avais des ordres. Ma mission passait avant tout. C'est surement quelque chose que tu peux comprendre ? »

Le brun passa outre d'un signe de la main.

« Et maintenant, tu restes avec Quatre pour quoi ? Finir le boulot ? Devenir un agent double ? »

« Je ne suis pas idiot Yui. Je ne compte pas faire faux bond au pays qui m'accueillera. En ce qui concerne Quatre, je ne vois pas en quoi ma relation avec lui te regarde. »

« Cherche pas. » Rétorqua sèchement Heero. Expliquer ses motivations risquait d'être compliqué.

Un sourire étira doucement les lèvres du géant.

« Je vois… Un petit faible pour cette sangsue ? »

« Je ne vois pas de quoi tu parles. » Les yeux bleus lançaient des éclairs, déconseillant fortement à Barton de s'aventurer sur ce terrain-là.

« Allons, bon ! On ne va pas se voiler la face. Il a mis Quatre dans son lit. Oui, je ne l'ignore pas. » Précisa-t-il en voyant Heero lever un sourcil. « Il l'a utilisé pour satisfaire ses besoins sexuels et je sais aussi très bien que Quatre avait une affection plus forte pour lui que ce qu'il essaie de me faire croire. Mais Maxwell, lui, n'en avait rien à foutre et Quatre a fini par se lasser. C'est là que je suis arrivé.

Ce qui m'étonne, c'est que toi, tu sois tombé dans le panneau à ton tour. » Souligna Trowa, s'approchant à son tour.

Heero ne répondit pas, dédaignant ces insinuations.

« Parce qu'au final, maintenant que Quatre n'est plus là pour réchauffer son lit, il a jeté son dévolu sur une autre cible. Toi. »

« Tu ne sais pas de quoi tu parles Barton. » La voix d'Heero était lourde de menaces.

« Oh que si. C'est pourquoi je qualifie Maxwell de sangsue. Il suce les mecs qui l'entourent puis les jette. C'est tout. »

La mine triomphante du géant fit sortir Heero de ses gonds.

Qui fonça en avant pour se jeter brutalement sur Trowa, le saisissant au col pour le projeter à terre.

La table se brisa dans un fracas de verre brisé, cédant sous leurs poids conjugués. Les deux adversaires roulèrent dans les débris.

« Alors quoi Yui ? On n'aime pas que son petit copain se fasse insulter ? » Se moqua Trowa.

Un direct du droit lui fit perdre de sa superbe. Mais Barton n'était pas en reste. Il était puissamment musclé et savait se battre au corps à corps, balançant ses poings comme des fusées.

Heero ne lâchait rien non plus, cherchant à le bloquer d'une clé, ripostant coup pour coup.

Une course poursuite s'engagea dans le salon. Trowa bondit au-dessus du canapé et courut en direction de la chambre, probablement pour aller chercher son arme.

Heero devait impérativement l'en empêcher. Il sauta après lui et parvint à le rattraper par la cheville, le faisant chuter. Il écopa au passage d'un coup de pied dans l'arcade, qui libéra un flot de sang sur son visage, l'étourdissant momentanément. Trowa en profita pour se jeter sur lui et réussit à lui enserrer la gorge de ses mains, l'étouffant progressivement.

La vision d'Heero commençait à devenir trouble, l'oxygène parvenant difficilement au cerveau.

Il devait réagir et vite.

Qu'est-ce qu'il regrettait de ne pas avoir pris Wing Zéro en cet instant !

Heureusement qu'il avait un plan B.

Il glissa tant bien que mal sa main gauche dans la poche de son pantalon tandis que la droite tentait de desserrer la poigne d'acier de Barton. Il en sortit une minuscule petite aiguille qu'il décapsula avec l'ongle du pouce.

Sa main droite quitta sa gorge, où il tentait vainement de se libérer de la poigne d'acier, pour se plaquer sur la nuque de Trowa, l'attirant vers lui dans un mouvement sec et profitant de cette diversion pour lui planter la seringue dans le cou, vidant son contenu d'une pression.

L'incompréhension se lut tout d'abord dans les yeux verts, avant qu'ils ne reflètent plus rien.

Géant vert était parti au pays des rêves. Pour quelques instants du moins.

Avec une telle dose, et vu le gabarit de la bête, il ne disposerait que de deux minutes au plus.

Heero repoussa sans ménagement le corps avachi sur lui et reprit sa respiration, savourant à grandes goulées l'air frais et climatisé qui parvenait enfin à ses bronches.

Il se leva de son mieux, fourbu comme il l'était, et regarda rapidement autour de lui. Il devait agir vite. Faire en sorte de régler le problème Barton. Et avant que Winner ne revienne.

Son regard fur immédiatement attiré par la valise ouverte dans la chambre.

Il y trouva ce qu'il cherchait.


Trowa rouvrit péniblement les yeux, avec une sensation de brûlure dans les muscles. Son esprit fit immédiatement la connexion et il tenta de se lever. Vainement.

Il baissa les yeux. Il était assis sur une des chaises de la suite, attaché par des ceintures en cuir, ses propres ceintures.

Devant lui, se tenait Yui, parfaitement serein à présent.

« Bien, et si nous causions un peu maintenant ? »

Trowa tira violemment sur ses entraves.

Avec un peu de force supplémentaire… ?

« Tsss, à ta place j'éviterais. » Conseilla Heero.

C'est alors que Barton remarqua ce qu'il tenait dans les mains.

Heavy arms.

Son propre flingue.

Il serra les mâchoires, furieux alors que le brun pointait l'arme dans sa direction, visant la tête.

« Qu'est-ce que tu veux bordel ?! » Finit par cracher Trowa.

« Que tu laisses Duo tranquille, une bonne fois pour toutes. »

« Et pourquoi je voudrais le buter putain ?! » S'énerva Trowa en tapant du pied, seule manifestation possible de sa colère dans sa position actuelle.

« Parce qu'il a blessé ton orgueil. Par deux fois. » Expliqua Heero. « La première, c'est quand il a couché avec Quatre. La deuxième, c'est quand il a failli te tuer à Sabha. »

Trowa ne répondit pas, se contentant de lui jeter un regard mauvais.

Il avait vu juste.

« Je connais les types comme toi Barton. Je sais que tu ne l'aurais pas lâché. Alors maintenant, tu vas m'écouter. » Heero se rapprocha un peu, plongeant ses yeux dans les siens. « Si jamais tu t'approches de Duo encore une fois, quelle qu'en soit la raison, je te tue. Et après, je me charge de Quatre. »

« Enfoiré… »

« En fait, si jamais tu tentes quoi que ce soit, je ne te lâcherai plus jusqu'à ce que mort s'en suive. C'est clair ? »

C'était parfaitement clair.

Heero le regarda, sans satisfaction. Laissait un ennemi repartir libre n'était pas dans sa philosophie. Mais il ne devait pas le tuer. C'était inutile. Sa menace serait suffisante pour assurer la paix.

Tant que Quatre et lui seraient là. Ils seraient le garde-fou entre Duo et Barton.

Il repartit tout aussi tranquillement, ses lunettes de soleil sur le nez, afin de dissimuler son arcade ouverte.

Avec un joli cadeau en prime.


Et voilà pour aujourd'hui! La fin se profile!

A très vite!