L'EVEIL – Chapitre 9
Chapitre 9 : « L'endormie. »
|Drago prit soin de ramasser le fil de fer avant de sortir, pour ne pas se faire réexpédier à Poudlard en quittant la chambre, et laissa Hermione seule. Enfin, seule était un bien grand mot.|
Luna dormait. Ses yeux fermaient en donnaient l'illusion, du moins. De longues mèches blondes s'étalaient autour de la tête de la jeune fille le jaune doré ne l'était plus, il avait pâli avec les jours. Sa peau, plus blanche que jamais, ne faisait qu'inquiéter. Les os de Luna commençaient à se voir à travers la peau, bientôt on les verrait comme sur un squelette. Luna ne mangeait-elle donc pas ?
Deux petites mains étaient délicatement posées sur les draps blancs du lit d'hôpital. Hermione glissa l'une des siennes dans celle de Luna et serra très fort possible douleur que Luna sentit peut-être, qui sait.
-Bonjour Luna.
La voix d'Hermione était brisée alors qu'elle s'était promis de ne pas pleurer. Elle secoua la tête, détourna les yeux un instant puis, respirant un grand coup, affronta l'invisible regard de la blonde.
-Tu m'entends, j'en suis persuadée. Je sais que je ne suis pas venue, ces derniers temps. Alors que je pouvais. Alors que je voulais.
Hermione savait pertinemment qu'elle ne pouvait attendre aucune réponse de la part de Luna et pourtant, chaque fois qu'elle gardait le silence, Luna décevait Hermione qui s'en voulait de l'être.
-Tu sais, c'est pas facile de te voir comme ça. Tu avais l'habitude d'être si extraordinaire, si… spéciale. On ne s'en rendait pas toujours compte, mais tu étais importante. On le sait maintenant. Je dis « on », je parle de nous tous. Tu sais, tous ceux qui tiennent à toi.
Hermione soupira à nouveau, et ajouta, baissant la voix :
-Quel monologue…
Elle déposa un baiser sur le front de Luna.
-Je pourrais peut-être te parler de Poudlard. C'est merveilleux d'y retourner. De créer de nouvelles amitiés. De tout recommencer. C'est comme s'éveiller d'un rêve magnifique et de pouvoir en vivre un autre, pourquoi hésiter ? Tu serais là, tu dirais que les rêves, les souvenirs, ça vient, ça disparait. Et tu es là. Mais tu ne dis rien.
La sorcière s'assit sur un fauteuil à côté du lit. Toute la chambre l'enveloppait d'une atmosphère blanche et pure qui semblait surréelle. Hermione n'aimait pas les hôpitaux, n'aimait pas les malades.
Hermione n'aimait pas parler seule. Quelle argumentation pouvait-elle avoir ? Comment pouvait-elle avoir raison face à Luna, l'endormie ? Or c'était ce qu'elle aimait dans les conversations, hormis rire et parler de tout et de rien avec les meilleurs amis qu'elle n'avait jamais eus.
-Tu serais déçue, Luna. Harry, Ron, Neville, Ginny, tout le monde, je ne les vois plus trop. J'ai fait une erreur. Quand on se dispute, on croit pouvoir tout recommencer, je… Tu dirais tant de choses que je ne saurais choisir quel conseil suivre. A ton avis, Lovegood ? Dis-moi. Qu'est-ce que je dois faire ? Essayer de trouver qui je suis loin d'eux, ou le faire avec eux ? Ne sont-ils pas une partie de moi ? Ne puis-je pas tout simplement nouer de nouveaux liens tout en gardant les anciens ?
Hermione resta en suspens quelques secondes, prise dans un élan d'espoir, avant de se souvenir de l'état de Luna.
-J'ai besoin de toi Luna. Reviens-moi.
Hermione se leva et serra une dernière fois la main de Luna dans les siennes. Ajoutant quelques mots, elle quitta la chambre :
-Reviens-nous.
Hermione ferma délicatement la porte derrière elle. Chamboulée plus qu'elle ne voudrait l'admettre, elle se laissa respirer quelques secondes, adossée contre le chambranle, avant de rejoindre Drago qui attendait poliment à l'écart.
-C'est bon, dit-elle.
Drago hocha la tête se redressa, perdant l'allure nonchalante qu'il avait pris l'habitude de montrer. Il commença à marcher, mais avant d'aller plus loin, Hermione l'arrêta :
-Attend Malefoy.
Il fronça les sourcils et se retourna.
-Merci, reprit-elle. Je ne sais pas pourquoi tu fais ça, pourquoi tu m'as amené, mais merci.
-Je te dirais bien que ce fut un plaisir, et c'en fut un, mais tu ne vas pas apprécier ce qui va suivre.
Hermione grimaça :
-Il y a une condition, n'est-ce pas ?
-Non. Tu verras, Granger.
Drago se dirigea alors vers la chambre d'où était sortie Hermione. Elle se précipita à sa suite :
-Où vas-tu ?
-Voir la personne que je suis venu voir.
-C'est la chambre de Luna.
Elle eut un rire incertain, qui voulait sûrement dire « tu dois te tromper ».
-Je sais, Granger. C'est elle que je veux voir.
-Non. Non, pourquoi ?
-Pas de question, Granger. Et si je te demande de me laisser seul avec un patient, quel qu'il soit, tu le fais. Ce sont les termes de notre accord.
-Mais… non. Non !
Hermione prit sa tête entre ses mains et détourna le regard. Elle devait le faire, elle avait promis. Il lui avait offert du temps avec Luna, elle devait le laisser entrer.
-Malefoy… tenta-t-elle une dernière fois, dans l'espoir qu'il lui dise que c'était une blague.
-Granger, attend-moi là.
Et il entra, laissant dans le couloir une Hermine plus que désarmée.
En refermant la porte, Drago put respirer. Enfin il la voyait. Enfin il lui prenait la main.
Dans l'unique lit s'étendait la jeune fille inanimée, qui respirait difficilement et dont les bras étaient reliés à des machines magiques silencieuses mais terrifiantes.
-Salut, Loufoca.
Il s'assit dans un fauteuil à côté d'elle et contempla son visage clos et ses cheveux blonds.
-Ça fait longtemps mais tu n'as pas bougé.
Il lui sourit tant bien que mal et se rapprocha un peu, avançant le fauteuil au plus près du lit.
-Comment ça va, jeune fille ? Rien de neuf dans ta vie ?
Il laissa du temps, comme s'il lui laissait l'occasion de répondre mais contrairement à Hermione, il ne s'attendait plus à ce qu'elle réponde, bien que ce fusse ce qu'il souhaitait le plus au monde. Pendant un temps, c'était certain, il avait espéré et avait été déçu à chaque silence. Mais, désormais habitué, il essayait de la faire paraître normale, comme si elle n'était pas dans un profond coma : il lui parlait et la laissait répondre comme il le ferai avec n'importe qui.
-De mon côté, j'ai un emploi du temps très libre. Poudlard a un peu changé cette semaine. Ça ne fait que quelques jours que nous y sommes, et déjà tout est chamboulé. Les Tests qu'ils nous font passés sont étranges mais légitimes. Sans mon jour de repos, je n'aurais jamais pu venir te voir.
Drago secoua la tête, le regard vers le haut, puis reporta son attention, très sérieux, vers le visage de Luna :
-Assez parler de moi. Quand est-ce que tu ouvriras les yeux ? Car je sais que tu le feras. D'ailleurs, et si on parlait de ça ?
Il lâcha la main de Luna au profit d'un geste plus tendre : il arrangea ses cheveux blonds, les écartant de son cou pour lui donner des airs de princesse endormie ce qu'elle était malgré son teint blanchâtre, ses joues creuses et ses cheveux dorés trop pâles.
-Lorsque tu t'éveilleras du songe qu'est l'illusion, pense à assurer les arrières de ton futur. Vivre est un grand périple, une épopée. Vivre a ses mérites et ses dangers. Longtemps tu penseras que tout est parfait. Que ce monde n'est ni pire ni plus mauvais que tous les autres. La perfection n'est qu'un rêve mais tu as le droit de rêver. Pour un temps, une période seulement.
Drago replaça ses mains sur les draps, ses yeux bleus fixés en continu sur les yeux de Luna, les imaginant de la même couleur que les siens, bleus océan mais jamais gris fer, à l'image de son cœur.
-Un jour il faudra s'éveiller.
Il s'arrêta, marquant un silence.
-Vivre dans ton propre monde n'est peut-être pas si mal. Tu peux penser que c'est mieux ainsi, mais ça ne le sera pas toujours. Je te le promets, un jour tu douteras. Tu seras bouleversée de ce que tu découvriras en ouvrant tes pupilles océan. Un regard nouveau s'offrira à toi, et tu la verras. La désillusion. Ce jour-là, tu t'éveilleras.
Drago entendit des bruits de pas dans le couloir et sourit à l'idée qu'Hermione faisait les cents pas. Ça lui ressemblait beaucoup. Il imagina aussi sa voix qui monterait dans les aigües quand il ressortirait, sans pouvoir l'empêcher de poser les questions qu'elle mourrait d'envie de poser. C'était Hermione Granger, l'interdire de demander était du suicide.
- Tu sais Loufoca, l'étrange, le décalé, ça marche un temps. Mais regarde-toi, tu vois bien que le concept vacille, hésite. Aurais-tu pu savoir ce qui allait se produire ? Pouvais-tu anticiper ou mieux te préparer à ce que la guerre t'avait préparé ? On ne le saura jamais.
Drago reporta son entière attention sur Luna, ses yeux parcourant son corps entier, s'arrêtant surtout sur ses yeux perpétuellement clos.
-Mais fait en sorte d'ouvrir les yeux un jour. Peut-être pas aujourd'hui, mais demain. J'attendrai, mais fait-le un jour.
Drago se leva sans pour autant lâcher la main de Luna qu'il avait reprise.
-Un jour, c'est tout ce que je te demande. S'il te plait, Loufoca. S'il te plait, ne fait pas de moi un meurtrier.
(copyright)
