Chapitre X : Renaissance.

- Encore un effort, on y est presque !

La sueur perlait sur le front du plus jeune des capitaines. La forêt était devenue maintenant si dense, que même les rayons du soleil avaient du mal à l'éclairer. Hitsugaya s'était vu obligé à dégainer son zanpakûto pour progresser, en tranchant la végétation au fur et a mesure de sa course effrénée, sans pour autant ralentir une seule seconde.

- Ca va faire vingt fois que vous me dites ça, capitaine ! A ce train-la, on n'y sera jam…

Rangiku ne finit pas sa phrase. L'immense forêt venait de prendre brutalement fin : les deux shinigamis avaient découvert une immense clairière, absolument vierge de tout relief, mis à part l'étrange structure imposante qui se maintenait en son centre.

- On y est ! lança Hitsugaya.

Les shinigamis s'approchèrent de la structure : vue de plus près, cela ressemblait simplement aux ruines d'une maison de piètre facture. C'était un énorme mais simple amoncellement de bois, calciné depuis des siècles.

- Selon le vieux, ce sont les restes du laboratoire de Yokai. Il ne m'a pas expliqué pourquoi, mais on n'a jamais su le détruire complètement. On est censés rester ici et protéger ce tas de cendres jusqu'à ce que la situation se calme.

Rangiku s'avança vers les ruines. Un profond sentiment de malaise l'envahit soudain : une étrange aura, sombre et malsaine, émanait inexplicablement des vestiges du laboratoire.

- Vous le ressentez aussi, capitaine ?

- Oui. Il doit rester dans cet endroit quelque chose de terrible…

- Absolument, lança une troisième personne. C'est d'ailleurs exactement ce que je suis venu chercher.

Hitsugaya se retourna. Cette voix ne lui était pas inconnue… le capitaine de la douzième division se trouvait derrière lui.

- Kurotsuchi ?


- Quoi ?

Janus ne put réprimer sa surprise. La scène était d'ailleurs assez insolite : deux versions d'un même homme unis par la lame d'un sabre. Celui qui tenait l'épée était l'usurpateur, celui qui était transpercé, le véritable propriétaire de cette identité.

- Byakuya ? Mais comment… dit Ichigo, n'en croyant pas ses yeux.

Pour toute réponse, le noble referma solidement sa main sur le katana qui le traversait. Le sang coula lentement sur le tranchant de la lame.

- Tu es… à moi… maintenant… dit Byakuya d'une voix entrecoupée, presque inaudible.

Les runes sur l'épée commencèrent à briller. La panique se dessina soudain sur le visage de Janus, le paralysant presque sur place.

- Non ! Arrête, espèce de sale peste !

Le capitaine de la sixième division récita alors une étrange incantation, non sans difficulté. La détermination qui se lut dans ses yeux demeurait inébranlable.

- Que les cendres… soient emportées par le souffle du géant… le masque du dragon tombe … et devient la chair… du dieu de la…vie… L'âme du défunt… retourne à une errance… sans fin… deuxième technique interdite… du kidô… seiryoku seshhu !

Janus poussa alors un abominable hurlement de douleur, tellement aigu qu'il en semblait inhumain. Un halo de lumière enveloppa les deux combattants, et devint de plus en plus intense, si bien que tous durent détourner leur regard. Le hurlement s'étouffa alors, et on entendit le bruit d'un corps tomber sur le sol. La lumière termina par s'estomper.

Les deux personnes qui se trouvaient toujours à cet endroit avaient profondément changé.

Le corps qui gisait par terre était couvert d'un grand manteau vert. Mais les traits de son visage étaient devenus ceux de Renji Abarai. A côté de lui, impassible, avec une prestance olympique, Byakuya Kuchiki le regardait. Il avait récupéré sa tenue de shinigami, ainsi que sa vitalité et ses pouvoirs. Il tenait sa vengeance.

- Alors ça, je dois avouer que c'était pas mal du tout… s'exclama Kenpachi. Comment t'as réussi ce coup-là, Kuchiki ?

- Je n'ai pas à te donner la moindre explication, Zaraki.

Kenpachi ricana. La voix de Byakuya était totalement revenue à la normale.

- Au contraire, si tu as été jusqu'à utiliser une des techniques interdites, tu te dois d'expliquer la raison à un autre capitaine… n'est-ce pas ? dit-il avec un grand sourire.

Byakuya laissa échapper un soupir.

- Kurotsuchi.


Byakuya gisait, misérablement inerte, sur le lit qui était censé le maintenir en vie. Mais sa volonté de vivre s'échappait lentement, peu à peu.

- Eh bien… tu m'as l'air en sale état, Kuchiki…

Le capitaine de la sixième division tourna péniblement la tête en direction de l'intrus : Mayuri Kurotsuchi le regardait, un sourire malicieux sur ce qui lui servait de lèvres.

- Tu n'as pas besoin de me répondre, bien sur. Je sais bien que tu es en ce moment tellement faible, que même ce ridicule petit effort te serait pénible…

Byakuya ne lui parla pas, mais son regard en disait long. Ainsi donc, ce scientifique était venu le narguer jusque sur son lit de mort…

- C'est quand même délicieusement ironique, non ? Le noble Byakuya Kuchiki, grand défenseur de l'honneur et des lois, finira ses jours ici, comme un vulgaire bambin impuissant, incapable du moindre geste… vraiment pitoyable.

La colère de Byakuya devint presque palpable. Mais que pouvait bien vouloir ce détraqué ? Le tourmenter ainsi était si satisfaisant pour lui ?

- Mais bon, tu te doutes que si je suis venu jusqu'ici, ce n'est pas pour une simple visite de courtoisie. En fait, je suis venu te proposer un petit marché.

Mayuri lui montra alors un étrange attirail. C'était une espèce de masque en métal, de forme triangulaire, relié à une petite bombonne transparente.

- Ceci est ma dernière invention. La bombonne que tu vois ici permet de collecter l'énergie spirituelle ambiante, pour la renvoyer à l'utilisateur de façon concentrée. La dose est trop faible pour avoir des effets remarquables chez un shinigami normal, mais elle permettrait à quelqu'un dans ton cas de retrouver un peu de forces, juste histoire de te mouvoir un peu. Evidemment, l'effet ne durerait pas longtemps, mais ce serait suffisant…

- Et… alors ?

- Tiens, tu arrives encore à parler ? Admirable… eh bien disons que si tu pourrais recouvrer le moyen de te déplacer, tu pourrais peut-être récupérer tes pouvoirs.

Byakuya écarquilla les yeux. Ce fou dangereux aurait trouvé un moyen ?

- Comment …?

- Avec la technique interdite, bien sur. Il n'y a pas d'autre moyen.

Mayuri fixa son interlocuteur droit dans les yeux.

- Après tout, il s'est attaqué à ton honneur d'une façon impardonnable, n'est-ce pas ? C'est la seule chance que tu as pour réparer cet affront, et tu le sais. Et je ne te demande qu'un tout petit service en retour…

- …Quoi ?

- L'accès aux donnés privées de la famille Kuchiki. Il me faut la consulter pour l'une de mes expériences.

Byakuya hésita. Allait-il encore désobéir aux lois ? Où allait-il mourir comme un chien, sans aucune fierté ? Il ferma alors les yeux pendant un long moment. Quand il les rouvrit, sa décision était prise.

- …Soit.


- Kurotsuchi, hein ? J'aurais du m'en douter… lança Kenpachi.

- De toute façon, Zaraki, vous pouvez rentrer, toi et tes hommes. Je n'ai pas besoin de vous.

Byakuya se tourna vers Janus, qui se relevait péniblement.

- Je vais l'éliminer ici et maintenant.

Un sourire sinistre se dessina sur le nouveau visage du démon.

- Je ne crois pas, non…

Il leva la main pour montrer une petite bille blanche, nichée au creux de sa paume. D'un mouvement sec, il l'écrasa.

Un gigantesque flash lumineux émana de la petite bille. La lumière se condensa, et se concentra sur le démon, jusqu'à former une sphère éblouissante dont il était le centre. Les shinigamis tentèrent de l'approcher, en vain : la sphère repoussait toute matière qui s'approchait vers elle. Ikkaku bondit, et tenta une attaque aérienne, mais il fut violemment projeté contre un bâtiment adjacent.

- Navré de ne pouvoir rester avec vous plus longtemps. Mais ne vous trompez pas : ce n'est que partie remise. Je reviendrai sans faute pour vous massacrer tous !

- Non, dit Byakuya. Je te retrouverai avant. Et je jure que je te ferai regretter ton existence.

- Nous verrons…

Il y eut un dernier flash de lumière, puis plus rien. L'ennemi des shinigamis avait disparu.


Hitsugaya ne comprenait pas. Que voulait donc le chef du département technologique ?

- Ne fais donc pas cette tête-là, lui dit Mayuri. Ecarte-toi de mon chemin, c'est tout ce que je te demande.

- Désolé, mais c'est hors de question ! J'ai l'ordre de protéger le périmètre. Je ne peux laisser personne, même un capitaine, s'approcher de ce tas de cendres.

- Voyez-vous ça… tant pis, il va donc falloir que je t'y force. Ce n'est plus qu'une question de minutes, maintenant…

Hitsugaya eut un frisson. Il fut soudainement éjecté sur le sol : là où il se trouvait une seconde avant, une grande sphère de lumière était apparue. En s'estompant progressivement, le visage de Renji Abarai devint peu à peu visible.

- Enfin ! lança Mayuri. On peut dire que tu as pris ton temps !

- Abarai ? Qu'est-ce que tu fabriques ici ? dit Hitsugaya.

Pour toute réponse, le démon dégaina son sabre.

- Excellent…je vais peut-être pouvoir me refaire une santé avec vos reiatsus, après tout…

- Non, tu ne bougeras que si je te l'ordonne, dit Mayuri en levant une main vers Janus. Celui-ci fut stoppé net dans son élan : à sa grande surprise, il était totalement paralysé.

- Capitaine ! s'exclama Rangiku. Ce n'est pas Kurotsuchi !

- Quoi ? Tu… tu en es sure, Matsumoto ?

- Absolument. Regardez ses mains !

A son grand étonnement, le capitaine de la dixième division constata que sa subordonnée avait raison.

- Toi… qui est-tu donc ? dit Hitsugaya en menaçant son homologue de son sabre ?

- Tu ne me reconnais plus, maintenant ? Ton ignorance t'aurait-elle rendu aveugle ?

- Ton déguisement est très réussi, je te l'accorde. Mais tu as commis une erreur cruciale. Tu portes un ongle très long, comme Mayuri… mais le vrai le porte dans l'autre main.

Son interlocuteur se mit alors à rire, avec une voix différente, plus froide, plus cruelle : une voix de femme.

- Je vois que tu es très observateur, mon petit capitaine… eh bien, puisque tu es si malin, je vais te montrer ma véritable apparence. De toute façon, toi et ton amie allez mourir ici…

Le vent sembla alors devenir trouble autour de l'imposteur. La forme de Mayuri s'effaça progressivement, pour laisser place à celle d'une femme, grande et svelte. De longs cheveux noirs réunis en une élégante queue de cheval retombaient sur son épaule. Elle portait une simple jupe blanche, assortie à sa chemise qui laissait entrevoir sa taille et son nombril. Le côté gauche de sa bouche était couvert par un fragment de masque, ressemblant à des écailles. Ses yeux noirs étaient emplis de cruauté.

- Soy el arrancar decimocuarto. Soraya Zamora.