Salut.
Voici donc la suite, avec un peu d'avance. Je suis désolé pour les fans inconditionnels du Tony/Gibbs mais ce chapitre traite davantage de Ryan, puisqu'il s'agit de la suite directe du précédent. Rassurez-vous, l'Interlude spécial souvenirs d'enfance est pour bientôt, ainsi que les explications sur leurs rapports un peu chaotiques, et celles sur Peter. Cependant il faut bien achever cette enquête, donc navré, il va falloir en passer par là. Dites-vous que ce chapitre est nécessaire pour la compréhension de la suite, et notamment des deux derniers chapitres.
coco6-3-9-1 : voila la suite, en espérant que ça te plaise, et merci pour ta review.
sirius08 : la note au-dessus t'es plus ou moins adressée. Je sais que tu préfères les instants Tony/Gibbs, mais j'espère quand même que ce chapitre te plaira. En tout cas merci pour la review.
Washington-Jones : ah ah ah ! Je réponds à ta review directement dans ce chapitre ! Tu vas devoir poster !
Sur ce, bonne lecture et review, please !
Kael
8
« Gibbs ? » dit lentement Ryan sans quitter le véhicule des yeux, « j'ai. En plein milieu de l'allée. Elle correspond à la description de Ziva et McGee. » Il marqua une brève pause avant de lâcher : « Attends… je crois qu'elle bouge… elle a dû me voir… »
L'instant d'après, le garçon comprit de quoi il en retournait et se jeta au sol.
Juste à temps. La vitre explosa dans un vacarme assourdissant et la balle tirée par Amanda Bellford alla se ficher dans le mur derrière l'adolescent.
« Ryan ! » s'écria Gibbs à l'autre bout du fil.
« Je vais bien ! » répondit l'autre en se mettant précipitamment à quatre pattes. « Mais j'aimerais autant que tu rappliques vite, je vais pas tarder à avoir de sérieuses raisons de paniquer ! »
Bon, inutile de se poser trente-six questions, ce n'était pas le moment, il aurait tout le temps de se demander ce qui était passé par la tête de cette femme plus tard. Il avança jusqu'à la porte puis, une fois dans le couloir, se remit debout et se précipita vers la chambre d'amis, d'où sortait déjà Laura, paniquée. Il l'attrapa sans ménagement en passant un bras autour de ses épaules et la poussa dans l'escalier.
« Malcolm ! Réveillez-vous ! » hurla-t-il en déboulant dans le salon.
Il saisit le kit main libre qui traînait sur la table et s'empressa de le brancher à son téléphone, qu'il fourra dans sa poche avec précipitation. Il ne s'était pour ainsi dire jamais trouvé directement en contact avec les suspects ou les meurtriers, se bornant à régler tous les problèmes informatiques qui pouvaient se poser et prenant plaisir à s'entraîner le week-end sur les cibles dont se servaient les agents pour leurs exercices de tirs. Mais ce n'était jamais que la troisième fois qu'on lui tirait dessus, et il n'y était absolument pas habitué. Et, s'il lui fallait calculer, il n'avait eu à brandir son arme en situation réelle qu'une demi-douzaine de fois, et n'avait pas eu à tirer la moitié du temps. C'était l'avantage et l'inconvénient d'être entraîné, d'être surdoué… mais de ne jamais avoir véritablement eu à pratiquer. Pourtant il savait quoi faire, il savait amplement.
Ils étaient chez Gibbs, et Amanda Bellford était garée dans la rue, devant eux. Elle ne pouvait connaître la sortie de secours, ce qui signifiait qu'ils n'avaient plus qu'à attendre qu'elle entre, bien que Ryan doutât qu'elle aille frapper à la porte. Du coin de l'œil, il fit signe à Malcolm, tout juste levé mais parfaitement réveillé, d'emmener Laura vers le fond de la maison, et il se plaqua contre le mur, tendit le cou par la fenêtre pour distinguer le véhicule, et soudain, un doute s'insinua dans son esprit. Gibbs continuait de parler, de lui assurer que Ziva conduisait et qu'ils n'allaient pas tarder mais il commençait à sentir la peur monter en lui alors que, d'un geste rendu mécanique par l'angoisse, il vérifia le chargeur de son pistolet. Sa respiration se bloqua quelques secondes avant de repartir de plus belle, complètement affolée. Il en était sûr.
Il ne restait plus la moindre balle.
Et jamais, jamais, il ne s'en était servi sans les remplacer aussitôt.
Il se souvint brusquement d'un jour, des mois auparavant, où il avait entendu Vance s'énerver après Gibbs alors qu'il venait de découvrir que lui, le gosse surdoué dont il ne voulait pas, non seulement squattait délibérément ses locaux, mais en plus était en possession d'une arme à feu. Un délit passible d'une lourde amende, selon le directeur. Il avait trouvé proprement inadmissible qu'un enfant d'alors dix-sept ans soit en possession d'un pistolet automatique, et avait exigé que cela cesse immédiatement. Il n'y avait pas prêté attention sur le coup, car il était sûr que l'ex-marine ne l'écouterait pas, et il en avait eu la certitude peu de temps après, lorsqu'il avait dû, pour la troisième fois de son existence, se servir de son arme contre une cible vivante. Il avait eu la naïveté de croire que cette histoire s'était arrêtée là. Et s'il devait reconnaître que la détention d'une telle arme par un garçon de son âge pouvait être dérangeante voire répréhensible, il aurait tout donné, à cet instant précis, pour que Gibbs n'est pas fait cas de l'avis de son directeur.
« Gibbs… » lâcha-t-il d'une voix éteinte.
« Barricade-toi avec les autres, on arrive ! »
« La prochaine fois que tu vides mon chargeur, sois gentil, préviens-moi avant. »
Aussitôt, il fit demi-tour, rejoignant Malcolm et Laura à l'arrière de la maison, son pistolet toujours à la main. Il n'avait pas le temps de descendre à la cave chercher d'autres munitions, quand bien même il en existât dans cette maison dont il pu se servir, et savait à présent que leur seule chance de salut était de sortir sans être vu et de bondir dans la voiture. Il n'aurait plus qu'à téléphoner à Ziva et à Fornell depuis le véhicule pour les avertir. S'il y avait bien un jour où le FBI pouvait se rendre utile et lui renvoyer l'ascenseur pour tous les bugs qu'il avait éliminé de leur système informatique depuis des années, c'était aujourd'hui.
« Je te rappelle dès que j'ai prévenu la cavalerie » dit précipitamment l'adolescent en raccrochant.
Il avisa les deux autres, terrifiés. Bon, il l'était tout autant, sinon plus alors que se dessinait dans son esprit le plan le plus idiot qu'il n'ait jamais concocté. Mais il était le seul ici à avoir déjà vu de près des armes à feu, à savoir s'en servir et à vivre avec des agents du NCIS depuis dix ans. Et comme il était également le seul ici capable de faire bouger ne serait-ce qu'un tout petit peu le FBI, il ne voyait pas tellement comment il pouvait déléguer la responsabilité de leur situation à Malcolm.
« Ecoutez » dit-il à voix basse, « la porte est fermée à clef mais je l'ai vu sortir de la voiture, on a que quelques secondes. Vous prenez la porte là-bas et vous courez sans vous retourner jusqu'à la voiture, d'acc ? Pas de question, pas d'hésitation. Je conduis alors attendez moi, mais dix secondes, pas plus. Compris ? Ok, alors go ! »
Aussitôt l'enseignant et la jeune fille se ruèrent sur la porte que leur désignait Ryan, tandis que lui rebroussait chemin en tentant vainement de faire abstraction du bruit d'explosion de la serrure de la porte d'entrée. Si jamais il y pensait, il réaliserait sans nul doute la folie de son geste et se retrouverait dans l'impossibilité de bouger. Pourquoi n'avait-il pas songé à tout ça quelques secondes plus tôt d'ailleurs ? Parce qu'il s'était laissé aller à la panique ? Il fallait qu'il se calme, ou bien elle aurait raison de lui et causerait sa perte ! Il fallait qu'il se concentre, mais qu'il évite également de trop penser à ce qu'il était en train de faire à l'instant, car ça aussi, cela pouvait causer sa perte…
Il parvint au salon en quelques secondes et se jeta à plat ventre derrière le canapé. Là, elles devaient être là, il le fallait… YES ! Il attrapa le sachet noir et commença à se redresser, avant de plonger dans le couloir derrière lui. Amanda Bellford tira sa première balle depuis l'autre bout de la pièce alors même que Ryan fermait d'un coup de pied la porte qui les séparait. Il se releva et détala plus vite que jamais, heurtant de plein fouet son issue de secours sans même penser à ralentir. Merde ! Ebène ! Il l'avait oublié !
Il traversa le bout de jardin en farfouillant dans le sachet, et y trouva finalement, au milieu des billes de plombs, les deux balles qu'il y avait planquées. Personne, pas même Gibbs, n'aurait songé à fouiller sous le canapé, et c'était une chance. Ayant saisit les balles entre deux doigts, l'adolescent renversa derrière lui le contenu du sachet, conscient que dans la demi obscurité, si l'autre décidait de le suivre à la trace, elle risquait fort de marcher dessus. Cela leur ferait gagner quelques précieuses secondes.
Il adressa un signe à Malcolm, qu'il distinguait mal dans l'obscurité, mais savait déjà dans la voiture, et lui montra la dernière fenêtre de la maison, au premier étage. La seule pièce qu'il n'avait pas pensé à vérifier en partant…
Ryan ne prit même pas une seconde pour réfléchir, il s'y précipita. Si jamais cette folle furieuse décidait de faire des dégâts à la maison par dépit ou il ne savait quoi, Ebène, malgré toute son intelligence, risquait d'en pâtir, et ce n'était pas quelque chose que le garçon pourrait un jour se pardonner.
« EBENE ! » hurla-t-il sous la fenêtre.
Faites qu'il soit réveillé, faites qu'il le soit !
La fenêtre s'ouvrit lentement sur Ebène et Ryan, tout à son soulagement, aperçut à peine Bellford s'élancer dans le jardin et, comme il l'avait espéré, s'étaler violement de tout son long en marchant sur une bille de plomb. Au même instant, Malcolm bondit derrière le volant et démarra la voiture, fonçant vers l'adolescent, en tentant au passage d'éviter la femme étendue sur le sol.
« SAUTE ! » hurla Ryan à Ebène, qui, après une brève hésitation, s'exécuta.
L'adolescent le reçu dans les bras et sauta à l'intérieur de la voiture, dont l'enseignant lui avait ouvert la portière du passager avant. Il la claqua derrière lui et tendit Ebène à Laura, assise à l'arrière.
« ROULEZ ! » hurla-t-il à Malcolm qui s'exécuta.
La voiture fit un bond en avant et traversa la palissade de bois des voisins sans difficulté.
« Mais… qu'est-ce que c'est ? » s'exclama Malcolm en dévalant la rue à toute vitesse.
« C'est Ebène, mon chimpanzé ! » rétorqua Ryan en jetant un regard à Laura qui serrait à présent l'animal contre elle, sans la moindre crainte, dans un geste de protection. « Un cadeau pour mes seize ans ! » Il jeta un regard par-dessus son épaule et se tourna à nouveau vers Malcolm. « Bougez-vous, je conduis ! »
« Quoi ? T'es fou ? »
« Bougez ! » ordonna sèchement l'adolescent en empoignant le volant. « Allez ! »
L'adulte se détacha et glissa de son mieux vers la banquette arrière le temps de laisser Ryan s'installer à la place conducteur, puis s'attacha à la place passager. Aussitôt, la vitesse du véhicule augmenta prodigieusement et l'adolescent effectua un virage en épingle à cheveu et s'engouffra dans une ruelle en pente à plus de cent kilomètres.
« Mais, mais arrête ! Ralentis ! » hurla Malcolm.
« Vous êtes fou ? Vous avez vu sa voiture ? Elle nous aura rattrapé dans vingt secondes si on ne speed pas ! Cramponnez-vous ! » hurla-t-il en faisant faire un tel bond à la voiture que lui-même manqua se prendre le volant en pleine figure.
Comme pour lui donner raison, la voiture de Bellford apparut en haut de la pente et Ryan appuya à fond sur le champignon. Il pianota d'une main sur son téléphone sous le regard affolé de Malcolm et composa le numéro de Fornell. Comme l'heure le laissait supposer, l'homme ne décrocha pas tout de suite.
« Il nous rattrape » cria Malcolm en jetant un regard en arrière.
« Je sais ! » répondit Ryan en donnant un brusque coup de volant pour éviter la collision avec le pare-choc avant de l'autre voiture.
Seulement, comme les autres allaient rapidement s'en rendre compte, la nouvelle direction de la voiture n'était pas une route à proprement parler. Plutôt un escalier piéton menant à une rue en contrebas. Laura hurla, Malcolm aussi, en déversant un flot de jurons, Ebène grogna, aimant peu d'être autant secoué, et Ryan serra les dents en négociant difficilement son arrivée dans cette ruelle dépourvue d'éclairage. Son dérapage s'acheva dans le portail en bois de la maison face à eux, et l'adolescent laissa échapper son téléphone, les mains crispées sur le volant.
« Eh merde… ! »
« Putain mais c'est pas vrai ! » hurla Malcolm en se cramponnant à son siège. « Mais qui t'as appris à tenir un volant ? »
« Vous avez déjà vu Gibbs conduire ? » demanda simplement Ryan en passant la cinquième.
L'adulte se tourna vers lui, les yeux écarquillés d'horreur. Oh oui, il avait déjà vu Gibbs conduire… et il savait qu'il avait toutes les raisons du monde de s'inquiéter ! Il ne risquait pas d'oublier la fois où le marine avait manqué faire faire un infarctus à une de ses collègues un peu âgée en débarquant à deux cents à l'heure dans le parking parce que Tony était tombé en escaladant le toit et s'était cassé un bras. Ce jour-là, lui-même avait eu peur. Très peur.
Ryan regardait partout, de plus en plus affolé. Il avait perdu son téléphone ! L'arme, il avait toujours, mais pas moyen de remettre la main sur son portable ! Et dans le rétroviseur, l'autre voiture venait d'apparaître. Fébrile, l'adolescent jeta un regard en arrière, attrapant dans le même temps son pistolet, qu'il avait coincé contre la portière.
« Regarde la route ! » hurla Malcolm, qu'une image de leur voiture percutant un mur venait de frapper de plein fouet.
Ryan s'exécuta en tendant néanmoins son arme à l'enseignant.
« Qu… que veux-tu que j'en fasse ? » s'exclama celui-ci, les yeux écarquillés.
« Penchez-vous par la fenêtre et tâchez de viser ! »
« Tu te fous de moi ? »
« J'en ai l'air ? » répliqua férocement le garçon.
Livide, Malcolm se saisit de l'arme et, comme un automate, sans vraiment réaliser, se pencha par la fenêtre dont Ryan, d'un geste brusque, venait d'abaisser la vitre. Légèrement tremblant, Keyes se pencha, tâchant de se remémorer les rares fois où il avait expérimenter le tir à la carabine dans les fêtes foraines, et les difficultés qu'il avait eu à toucher sa cible. Il avait toujours été piètre tireur, ce n'était pas maintenant, dans ce bolide qui fonçait au milieu des habitations, avec autant de risques et d'émotions, qu'il allait être à même de viser correctement ! Il prit néanmoins une inspiration, leva l'arme, visa – si l'on puit dire – la roue avant la plus proche de lui, se heurta un instant à la résistance du pistolet, pressa finalement la détente et sentit son bras repartir en arrière au moment de la libération de la balle.
Comme il fallait s'y attendre, elle n'atteignit pas la roue, mais le capot, dans lequel elle effectua un trou à peine perceptible à cette distance. Se forçant à calmer ses tremblements, Malcolm fit une seconde tentative, mais cette fois la balle n'atteignit même pas la voiture.
« Alors ? » s'enquit Ryan.
« Roule ! »
Serrant les dents, il effectua un dérapage pseudo contrôlé qui manqua les envoyer dans la devanture d'une grande surface, parvint à éviter de justesse un réverbère et, alors qu'il gagnait une route droite, plongea la main au sol.
« Qu'est-ce qu'il y a encore ? » s'exclama Malcolm, toujours livide.
« J'ai perdu mon portable ! » lâcha l'adolescent, une note de panique dans la voix. « J'en ai besoin, c'est urgent ! »
Vociférant en essayant de ne pas heurter le tableau de bord avec les coups de volants brutaux que donnait Ryan pour tenter de semer leur poursuivant, Malcolm se pencha pour tâtonner à la recherche du téléphone, sans succès. Il commençait réellement à paniquer, d'autant que Ryan continuait d'accélérer en manipulant le volant violement pour tenter de gagner du terrain.
« Mon portable ! »
« Je le trouve pas ! »
Soudain, sa main heurta un objet rectangulaire.
« Je l'ai ! »
« Envoyez ! » hurla Ryan en tendant la main.
Il lança l'appel automatique du dernier numéro composé et poussa pratiquement un cri de soulagement lorsque Fornell décrocha.
« Hm… Ry ? Tu as vu l'heure qu'il est ? »
« J'ai la femme de Bellford aux trousses et elle veut nous faire la peau ! » hurla l'adolescent.
« Quoi ? » s'exclama l'agent du FBI en se redressant brutalement sur son lit.
« Je suis avec Keyes et Laura, en voiture, et on a une cinglée aux trousses ! Elle veut faire taire Laura ! Gibbs est en route mais il sera pas là avant des heures alors HELP ! »
« T'es où ? »
« On est où ? » s'écria Ryan en jetant un œil au rétroviseur.
Malcolm se pencha sur le côté.
« Je ne vois pas de nom de rue, mais on est près d'une usine et on a dépassé un pont et… »
Une balle traversa la vitre arrière, Laura hurla de peur et tous se baissèrent, terrifiés. Ryan manqua à nouveau se prendre le volant dans la figure et regarda, horrifié, le trou circulaire dans le pare-brise laissé par la balle qui venait de traverser toute la voiture.
« TOBIAS ! » hurla-t-il, au bord de la panique.
Mais à l'autre bout du fil, l'agent du FBI s'était déjà levé.
« Je vois où vous êtes, j'arrive ! »
« Magne ! » implora l'adolescent en donnant un brusque coup de volant sur la droite.
La voiture effectua un dérapage non contrôlé et fit presque un demi-tour sur elle-même. Leur poursuivant les dépassa sans réussir à freiner à temps. Ryan redémarra en trombe et fila en direction du pont à toute vitesse. Il venait soudain d'avoir une idée. Une idée terrible, qui n'était sans doute pas la meilleur qu'il avait eu de sa vie, mais la seule qui lui venait à l'instant.
Décidément, c'est la soirée ! eut-il le temps de penser, consterné.
« Malcolm ! »
« Quoi ? » demanda l'adulte, les mains crispées sur le tableau de bord.
« Regardez dans la boîte à gant, il doit y avoir une corde ! »
L'homme le regarda, stupéfait.
« Quoi ? »
« Faites-le ! » cria Ryan en négociant un virage en épingle à cheveu.
L'autre les rattrapait, et ils étaient encore à vingt mètres du pont. Seulement vingt mètres.
Malcolm extirpa de la boîte à gant une corde d'environ un mètre et s'empressa de la dérouler.
« Attachez-la à la poignée de la portière ! » ordonna Ryan. « Et l'autre bout, au volant ! »
« Quoi ? »
« MALCOLM ! » hurla soudain Laura à s'en déchirer les cordes vocales.
L'enseignant s'exécuta alors que, l'air de rien, Ryan ralentissait progressivement. Amanda Bellford se rapprochait vite, elle était à maintenant moins de dix mètres d'eux. 'Ce n'est pas assez' songea l'adolescent en ralentissant encore un peu.
« Passez à l'arrière » ordonna-t-il sèchement à Malcolm qui s'exécuta sans protester. Ryan jeta un bref coup d'œil dans le rétroviseur et expliqua : « Quand je vous le dirais, vous ouvrirez la portière de droite et vous sauterez en marche, compris ? Et merci de ne pas oublier Ebène. »
« Quoi ? » s'exclama Keyes, sûr d'avoir mal entendu.
Mais ce n'était pas le moment d'essayer de contester Ryan Sciuto, à non. Il se tourna brièvement pour lui décocher un regard noir tellement féroce que bien qu'il ait presque pris l'habitude, fut un temps, des humeurs de Gibbs, il ne chercha pas à protester davantage. Les noms de ceux qui l'avaient élevé étaient presque marqués sur le front de l'adolescent et on l'aurait cru directement apparenté à l'ex-marine avec une facilité presque terrifiante. Derrière eux, la voiture les avait rattrapés et entreprenait de les doubler. Dents serrées, mains crispées sur le volant, Ryan la suivait des yeux, la respiration rendue saccadée par l'angoisse. Lorsqu'elle se trouva à leur niveau et qu'il pu voir le sourire sadique et satisfait de Bellford, il hurla :
« Maintenant ! »
Il entendit la portière arrière s'ouvrir et jeta un rapide coup d'œil dans le rétroviseur alors que Malcolm et Laura, Ebène dans les bras, sautaient du véhicule pour atterrir durement sur le goudron. Priant pour que l'autre n'ait rien vu, l'adolescent entreprit d'accélérer. A son grand soulagement, Amanda Bellford mit aussitôt le pied au plancher pour ne pas se laisser distancer. Ryan, les doigts tremblants, détacha sa ceinture de sécurité en avisant l'endroit du pont auquel il pensait depuis le début, celui qui était marqué « en travaux » et interdit à la circulation. Un pant de la barrière de sécurité surmontant le fleuve était en effet en réparation à la suite d'un accident survenu peu de temps avant. S'il avait de la chance, une voiture lancée à pleine puissance passerait au travers sans le moindre problème. Restait juste à avoir de la chance.
Ryan appuya de toutes ses forces sur la pédale de l'accélérateur, aussitôt imité par la jeune femme. Ils étaient tous les deux à au moins cent vingt kilomètres heures, et approchaient du point final de cette poursuite. L'adolescent se baissa pour éviter les tirs de revolver dont l'abreuvait Bellford, jetant un coup d'œil rapide à la route, laissa son cerveau analyser la situation comme il en avait l'habitude, avec ce détachement et cette vitesse qui lui était propre, eut le temps de se traiter de sombre idiot et se jeta sans plus attendre sur la portière côté passager. Dans le même mouvement il actionna la poignée d'ouverture et bascula bras en avant sur la route.
L'ouverture de la portière tira un grand coup sur la corde accrochée au volant, qui fit une brusque embardée sur la gauche, percutant de plein fouet l'autre véhicule. Les deux voitures passèrent au travers du cordon de sécurité, heurtèrent ce qui restait de la rambarde, la voiture de Ryan se souleva sous le choc tandis que l'autre se déportait inévitablement hors du pont, et, comme au ralenti, comme dans les films d'action que Tony pouvait regarder en boucle, toutes deux basculèrent dans l'abîme.
Ramassé sur lui-même, tout ensanglanté, Ryan était immobile au milieu de la route, meurtri par sa chute et les roulades qu'il avait effectuées involontairement. Ses plaies le brûlaient atrocement, il avait l'impression d'avoir été traîné sur le bitume avec une force suffisante pour lui arracher la peau, ce qui se rapprochait malgré tout assez de la réalité. Il n'arrivait pas à croire ce qui venait de se produire, ce qu'il venait d'accomplir. C'était comme un rêve, et pourtant la douleur, presque insupportable, était bien réelle. Terriblement, horriblement réelle. J'ai sauté d'une voiture en marche, alors que j'avais accéléré le plus possible dans si peu de temps. Cette phrase tournait ben boucle dans son esprit, alors qu'il serrait ses bras en sang contre sa poitrine. Ses bras, ses mains, ses genoux, son dos même, étaient couverts de sang, de plaies brûlantes dues à sa chute. Tremblant, des larmes de douleurs noyant ses yeux, il se redressa avec peine et tituba jusqu'à l'endroit de la chute. Jeta un regard par-dessus les vestiges de la rambarde de sécurité et sentit son cœur se pincer à la vue de l'endroit où les deux véhicules avaient plongés. Il venait sans doute de causer la mort d'une femme, une femme qui aurait encore eut de belles années devant elle si cette nuit n'avait pas existée. Et ce n'était pas quelque chose dont il était fier, loin de là.
Il ne chercha pas à savoir pourquoi Laura et Keyes ne le rejoignaient pas, où se trouvait Ebène, dans quel état leur chute les avait-elle laissé. Les yeux fixés sur l'étendue d'eau rendue presque noire par la nuit, il demeura immobile, les yeux perdus sur la surface de l'eau. Il attendait quelque chose, un signe, un corps épuisé, essoufflé, mais bien vivant, en pleine lutte pour sa vie, un corps épuisé qui remonterait tant bien que mal à la surface et nagerait, au bord de l'évanouissement, jusqu'à une rive sur laquelle il se hisserait avec peine, à bout de force.
Mais ce signe ne vint pas.
Il resta là un moment, un de ces instants qui paraissent à la fois n'être qu'une poignée de secondes et durer pourtant des siècles, et ne se détourna du fleuve qu'au moment où retentit le rugissement des moteurs des voitures du FBI, arrivées trop tard, et celui, bienvenue, d'une ambulance. L'une des voitures s'immobilisa dans un crissement de pneu à quelques mètres de lui et Fornell en descendit en courant. Il le saisit par les épaules et se retint de justesse de le serrer dans ses bras : Ryan était dans un état qui ne le permettait pas vraiment, et puis, il avait tout de même dix-huit ans…
« Merci Forni » murmura Ryan avec un faible sourire en appuyant sa tête sur l'épaule de l'agent du FBI.
Celui-ci réalisa alors à quel point l'adolescent tremblait. De peur, de douleur, de fatigue peut-être, là n'était pas la question. Il était épuisé, et il tremblait. Sans plus réfléchir, Fornell le serra maladroitement contre lui en prenant garde à ne pas toucher ses blessures. Les gestes rendus saccadés par la douleur, Ryan referma ses mains sur le dos de Fornell, et enfouit son visage dans les replis de la veste de l'homme. Ses larmes de douleur et de peur dévalèrent son visage et s'écrasèrent sur le tissu. Quoi qu'il ait pu vivre jusqu'à ce jour, il venait d'avoir la peur de sa vie.
« Tu as assuré, Ryan » murmura Fornell avec conviction.
Mais, incapable de se contenir, l'adolescent laissa échapper d'une voix tremblante :
« Il y a au moins dix mètres de vide, plus le choc, et je ne l'ai pas vu remonter… »
Ainsi donc, le gamin pensait à cette femme. Il encaissait aussi la course-poursuite, c'était normal, mais Fornell trouvait déroutant de sa part d'éprouver de la peine pour celle qui avait failli le tuer. En même temps, il devait bien admettre que pour un gamin de dix-huit ans, même surdoué et plus ou moins entraîné, cela devait être traumatisant. L'adulte ferma brièvement les yeux avant de repousser doucement Ryan. Ce faisant, il l'empoigna par les épaules.
« Jeune Sciuto, regarde-moi » ordonna-t-il en lui redressant la tête, qui n'était que larmes. « Tu n'avais pas le choix. Tu as bien agis, mieux que beaucoup de gens nettement plus âgés que toi. Regarde » ajouta-il en désignant Keyes et Laura, que deux ambulanciers avaient pris en charge. « Ils sont vivants. Toi aussi. »
Ryan acquiesça faiblement, renifla.
« Tu as assuré. »
Le garçon sourit avec amusement devant ce terme qui semblait si peu approprié à Fornell, hocha la tête avec plus de conviction et, alors qu'il observait un ambulancier tenter de s'occuper d'Ebène, passablement récalcitrant, il répéta, sincère : « Merci. »
Un peu mal à l'aise, Fornell lui administra une tape amicale sur l'épaule avant de l'entraîner vers l'ambulance.
5h08
De : Fornell
A : Gibbs portable
Pas la peine de s'affoler. Ryan va bien, Laura et Keyes aussi. Amanda Bellford morte.
5h09
De : Gibbs portable
A : Fornell
Merci.
…
La suite en fin de semaine.
