Quelques jours plus tard, un hélicoptère gris est venu déposer un homme, la peau noir, ayant un bandeau sur l'œil qui s'est de suite adressé à Logan comme un vieil ami.
Ce dernier m'a raconté pas mal d'histoires sur sa vie passée, tout du moins les aventures dont il se souvient… C'est pour cela que j'ai pu comprendre que cet homme était Nick Fury, fondateur du SHIELD.
Mais je n'ai pas pu de suite aller interroger Logan : j'étais en séance de relaxation avec des élèves et elle s'avérait difficile. En effet, relaxé, le contrôle que les enfants exercent sur leur pouvoir diminue et c'est moi qui suis obligée d'assurer la sécurité de tous. Autant dire qu'après ces séances, j'ai besoin de repos.
Mais je n'y ais pas le droit cette fois-ci : une fois que les élèves ont quitté la salle de psychomotricité, Erik me demande de l'accompagner au bureau du Professeur. Qu'est-ce qu'il m'attend encore cette fois-ci ?
J'entre à peine dans le bureau qu'une voix moqueuse m'accueille :
- Ainsi donc, voici Coralie, la fille qui a su dompter Logan.
- La moindre des politesses, quand on adresse la parole à quelqu'un, est de se présenter monsieur.
- Mais c'est qu'elle mordrait ! Mon nom est Fury. Je suis le directeur du SHIELD. Enchanté.
Je dédaigne la main tendue pour me m'assoir aux côtés de Logan. Celui-ci m'adresse un sourire tout en allumant son éternel cigare. Je consulte du regard le Professeur qui m'indique qu'il n'y a pas de danger. Mais, généralement, quand vous avez la visite d'une agence gouvernementale, vous n'êtes pas complètement relaxé. C'est pourquoi Erik met sa main sur mon épaule. Geste qui ne passe pas inaperçu aux yeux du Directeur.
Monsieur Fury s'installe dans le canapé situé en face de nous. Il s'allume lui-même un cirage et reprend la conversation, comme si de rien n'était :
- Vous comprenez notre situation, Professeur Xavier. Nous ne pouvons pas le libérer. Il représente un danger, même sans pouvoir. Sa capacité à rassembler les foules…
- Je veux voir papy Magnéto.
- La politesse demande l'emploi des termes « je souhaiterai » ou « j'aimerai ».
- Pas quand il s'agit d'un ordre.
Il semblerait que j'arrive à choquer même les Directeurs d'agences Gouvernementales. Il est vrai que cela doit être rare, une jeune femme de vingt-deux ans qui donne un ordre à un Directeur. J'ai même le droit à un raclement de gorge de la part du Professeur, un éclat de rire de Logan et un lever de sourcil circonspect de Nick Fury. Au bout de quelques secondes, il me dit :
- Vous savez ce que vous voulez. Moi aussi.
- Nous verrons ce que nous pouvons faire pour vous. En attendant, faites un geste et laissez-moi voir Papy Magnéto.
- Croyez-vous que cela fonctionne ainsi ?
- Je peux aussi vous manipulez mentalement si vous le souhaitez.
- Coralie, il suffit.
Puisque le Professeur intervient, cela signifie que je suis allée trop loin. Détournant le regard de Fury, je me cale confortablement dans le divan tout en croisant les bras. Pas question que je n'obtienne pas ce que je désire.
Grace à mon empathie, je constate que Charles et Erik sont amusés, Domitille catastrophée tandis qu'Ororo, Hank et Kurt découvrent une Coralie inconnue à leurs yeux…Quand à Logan, il est fier de moi.
Cette discussion risque d'être intéressante.
- Le Directeur de l'arme X est un homme mégalomaniaque ayant décidé de mettre fin à la menace mutante avec l'aide, forcée si nécessaire, de ces derniers. Il aurait subit un traumatisme étant plus jeune : son visage est lacéré de coup de griffes… N'est-ce pas Wolverine ?
Seul un grognement répond à Fury. Moi, je suis fière de mon Logan : le visage du Directeur est insoutenable au regard.
- Quoiqu'il en soi, l'antidote à la mutation n'est qu'un traitement temporaire pour les mutant de niveau 4, dont fait parti Magnéto. Ce qui explique la recrudescence de ses pouvoirs, lente due à la dose massive d'antidote injecté, mais qui sera complète d'ici quelques mois. C'est également pour cette raison que nous ne pouvons le libérer.
La façon qu'a le Directeur du SHIELD de me regarder à ce moment là est légèrement agaçante. « Attends un peu que je m'occupe de toi… » Mais mes pensées sont interrompues par le toussotement peu discret de Charles. En guise d'excuse, je lui offre mon sourire le plus hypocrite.
- Les raisons qui font que je m'adresse à vous et vos X-men, Professeur, c'est que j'ai besoin de savoir qui a créé le sérum qui contrôle les mutants, afin de le stopper dans son action, mais également assurer une confidentialité optimale.
Je pense que Fury se croit au pays des bisounours. Ou qu'il est lui-même sous emprise psychique. Ou qu'il est fou… Parce que s'il attend notre inclinaison favorable, alors qu'il a lui-même des mutants sous son commandement, il se fourre le doigt dans l'œil jusqu'au coud…
- Nous vous aiderons.
PARDON ? C'est moi ou le Professeur, en dépit de toute logique, vient de donner son accord ?
- Merci. Je vous donne rendez-vous a…
- Attendez. Je veux voir Papy Magnéto.
- C'est une obsession chez toi.
- Je ne vous ais pas permis de me tutoyer. Je veux voir Papy Magnéto.
- Il est au quartier général. Tu ne sais pas où il est. Donc, je peux m'en aller.
- Je sais où est le quartier général, vous me faites chier et je veux voir Papy Magnéto. Nous sommes donc capables de nous entendre. Logan m'accompagne. Maintenant, monsieur le Directeur, si vous voulez bien magner votre cul : l'hélicoptère nous attend.
J'y suis allée au culot. Et Fury aurait bien pu ne pas nous accepter à bord, Logan et moi. Mais il semblerait qu'il apprécie mon aplomb. Comment je le sais ? Il a dit au Professeur, avant de quitter la pièce : « ne la lâchez pas celle-là, elle vaut de l'or »…
De ce fait, mon premier vol en hélicoptère se fait sous une garde gouvernementale. Tout va bien dans le meilleur des mondes…
Le Quartier Général du SHIELD est une bâtisse sombre, bien résignée à rester dans les années mille neuf cent soixante-dix. Nous y accédons par le toit. Fury ouvre la marche tandis que Logan me tient par la main. Qui essaye-t-il de rassurer, je ne saurai le dire. Finalement, au bout d'un nombre considérable de couloirs traversés, nous accédons aux geôles.
Je repère immédiatement où se situe papy Magnéto. Il a recouvert son aura magnétique habituelle… Enfin, habituelle pour moi. Je cours dans le corridor et vais directement à sa cellule. Lorsque je le vois, j'ai un choc : Papy Magnéto est assis sur son lit, le visage mal rasé, l'air perdu et fatigué. Comme si tout espoir avait disparu de lui… Je m'accroche aux barreaux de la cage et reçois un choc électrique assez important pour m'assommer si Logan n'avait pas eu le réflexe de m'écarter de ces derniers.
Mon cri suffit à réveiller Papy Magnéto de sa torpeur :
- Coralie ? Que fais-tu ici ?
- Je voulais voir si la combinaison orange t'allait à merveille. Par contre, désolée, je n'ai pas d'oranges…
- Tu ne devrais pas être ici.
- Moi aussi je suis heureuse de te voir. Fury, je peux entrer dans se cellule, s'il vous plait ? Je serai sage…
Il est temps que je fasse breveter ma technique de regard suppliant qui fait craquer tout le monde, y compris le Directeur du SHIELD. A moins que ce ne soit l'échange silencieux mais néanmoins menaçant de Logan qui fait son effet…
Quoiqu'il en soit, j'accède aux appartements privés de Papy Magnéto.
Sa cellule est un rectangle gris sombre. Une couchette sur la droite, une fenêtre fictive en face des barreaux et le coin hygiène dans le coin à gauche. Pas de lecture, un confort spartiate mais suffisant… Que font les prisonniers de leur journée ?
Je m'assoie à côté du vieil Erik. Qui ne me regarde pas. Alors, dans tout le tact dont je suis capable, je me sers contre lui pour lui faire un câlin. Il n'a d'autre choix que de me serrer dans ses bras. Après quelques secondes, Papy Magnéto me dit :
- Je suis désolé de ce qu'il t'est arrivé. C'est de ma faute.
- Donc tu as fait exprès de m'enlever, d'assister à mes interrogatoires torturants et d'être sous manipulation mentale ? Merci. T'es le plus chouette des papys.
Poussant un soupir de lassitude, Papy Magnéto dépose un baiser dans mes cheveux. Je me cale d'autant plus contre lui et commence à jouer avec ses doigts, acte que je réalise quand je ressens une grande inquiétude pour l'avenir… Mais dont je n'ose pas poser la question.
- Je ne sais pas ce qu'il va m'arriver, Coralie. Ni même si on se reverra. Ne commence pas à pleurer, il est normal que je paye pour mes actes.
- Mais… T'es mon Papy d'Amérique… Je ne veux pas qu'on ne se voit plus…
- Coralie, cesse de faire l'enfant. Vis heureuse, loin de moi. Je ne te demanderai pas de m'oublier, je sais que tu feras tout pour t'accrocher à tes souvenirs. Mais ne vis pas dans le passé. Maintenant, vas-t'en.
- Mais…
- Vas-t'en !
Après un dernier regard où je constate que Papy Magnéto est sérieux, je quitte la cellule, sans me retourner. Je ne veux pas qu'il me voit pleurer.
Du retour à l'Institut, je ne me souviens de rien. Dans le sens où je n'y prête pas attention. Mes larmes se sont taries, jusqu'à ce que j'arrive dans la chambre que nous partageons désormais, Erik et moi.
Ce dernier m'accueille dans ses bras et je me mets à sangloter. Spectacle pathétique, j'en conviens, et qui me donne un épouvantable mal de tête quelques minutes plus tard.
La vie repris son cour. Les quelques velléités dont j'avais preuve auparavant sont restées dans les légendes de l'Institut. Pour ma part, je ne fais que mon travail, alternant les prises en charges individuelles aux séances de groupe. Mais le cœur n'y est plus.
Je m'enfonce dans un vague à l'âme dont je ne sais sortir. Les paroles de Papy Magnéto résonnent encore à mon oreille et je ne peux accepter cet adieu sans une amère tristesse.
Bien entendu, mon état ne passe pas inaperçu : Domitille me fait faire des séances de shopping intenses, Charles discute durant des heures avec moi et Erik ne peut se tenir près de moi sans que je ne sois dans ses bras. Logan, lui, trouve la solution beaucoup radicale : me faire réagir.
Nous sommes dans la salle de sport de l'Institut. Ou, plus exactement, dans ce qui sert de dojo à Logan. Nous sommes seuls, chacun à nos entrainements respectif. Les derniers rayons du soleil éclairent la pièce à travers l'immense baie vitrée. D'ici peu de temps, l'éclairage automatique s'activera.
Logan me fait soudain signe de le rejoindre près du sac de frappe. Il me le tient, récitant les coups que je dois lui porter. Au bout de quelques minutes, il accélère le rythme et je ne peux plus suivre. Essoufflée, épuisée, je m'écarte du sac pour récupérer un peu de force. Mais il ne m'en laisse pas l'occasion :
- Tu crois pouvoirs dire « pause » dans un combat réel ? Remets-toi au travail !
Ce que je presse de faire. Même à travers mes mitaines, je sens les coups se porter contres os et mes jointures être de plus en plus douloureuses. Mes pieds, mes genoux ou mes coudes possèdent déjà de superbes marques rouges. Mes côtes, bien que ressoudées, sont tout de même sensibles.
Mais je m'en fiche. Je suis au-delà de ça. Chaque coup que je porte me soulage intérieurement. Ma rage, mon inquiétude et ma tristesse font que je tiens encore debout, à marteler le sac sous les ordres continus de Logan.
Mais je perds l'équilibre et me retrouve les fesses sur le sol. En nage, je tente désespérément de reprendre mon souffle. Action qui se révèle être difficile.
Mais j'ai besoin de me défouler. Pour la première fois depuis trois jours, j'ai l'impression de ressentir quelque chose. D'être en vie…
Logan me relève sans douceur et me dit de me débarrasser de mon dobok. Je ne suis donc plus que vêtue d'un short et d'un débardeur suintant de transpiration. Logan, lui, est torse nu au milieu des tatamis.
Sans me presser, je le rejoins. Puisque nous ne sommes plus vêtus de nos tenues d'art martialistes respectives, ceci signifie un combat de rue. Tous les coups sont permis.
Nous commençons doucement, parant les coups de l'un, esquivant ceux de l'autre puis Logan augmente la vitesse d'exécution de ses mouvements et je ne peux suivre. Les attaquent pleuvent sans que je puisse les discerner. Après dix minutes d'un lynchage en règle, je demande grâce.
Après tout, je suis au sol sous le contrôle de Logan qui enchaine ses différentes clefs sur mon corps…
Il se redresse et me toise :
- Tu abandonnes déjà ?
Son air condescendant avec son sourire satisfait me donne envie de l'étriper. Avec un magnifique sourire ironique, je lui réponds :
- Il n'y a que les imbéciles qui abandonnent. Tu es dans quelle catégorie déjà ?
Le combat reprend. Je suis de plus en plus désorganisée, lente et furieuse, agissant plus à l'instinct que par réelle méthode. A la fin, je ne me sers même plus du taekwondo mais griffe, mords et lance des coups dans le vide.
Je suis souvent sur le sol ou à quatre pattes. Il m'est impossible de rester debout plus de trente secondes car Logan s'acharne à me faire perdre mon contrôle.
C'est pourquoi je me mets à me servir de mon pouvoir, gaspillant ainsi mes dernières forces à copier les mouvements de Logan qui, bien entendu, ne se fait pas toucher et pare mes tentatives désespérées.
Finalement, je suis serrée contre le mur, une main de Logan qui me colle sur ce dernier, le souffle coupé.
- Tu abandonnes ?
Seul mon regard furieux lui répond. Je hais être humiliée. Je hais être faible. Mais Logan se donne le droit d'arborer un sourire de satisfaction :
- Voilà ma Coralie. Celle qui est fière et qui ne se laissera pas bouffer par la vie. Ce n'est pas toi qui disait : « Puisque la vie est une chienne, je la baiserai jusqu'à la lie ? ». Prouve-le maintenant.
Et il m'abandonne là, meurtries par ses coups mais étrangement libérée de mes angoisses. Papy Magnéto va devoir me laisser en paix.
