Hunting the coyote
Titre : Hunting the coyote.
Chapitre : 10, The none so unhappy ending (La pas si non joyeuse fin).
Auteur : Katel Belacqua.
Fandom : Gundam Wing.
Persos et Pairing : Heero x Relena, et le coyote.
Rating : T voire K+.
Genres : UA, romance, vie quotidienne.
Disclaimer : Gundam Wing manga à Koichi Tokita. Gundam Wing anime à Masashi Ikeda et au studio Sunrise. "Gundam" à Yoshiyuki Tomino et Hajime Yadate.
Nombre de mots : 4 562 mots.
Notes globales sur le texte : - La soundtrack n'est, évidemment, qu'une indication. Ce ne sont pas des chansons qui m'ont inspirée ou que j'ai écoutées en écrivant, plutôt des chansons qui correspondent à l'ambiance du chapitre en question. Pour ceux qui veulent, j'ai les chansons, je peux les envoyer par mail !
- Aucun humain ou animal n'a été maltraité durant l'écriture de ce texte. Sauf l'auteur et Gugus, ordinateur portable de son état.
- Les idées évoquées dans le texte n'impliquent que les personnages, bien évidemment. Ca fait partie de l'histoire, rien de plus. Pas la peine de partir dans un débat pro-chasse, anti-chasse, ce n'est ni le lieu ni mon intention ni ce que j'espère vous faire retenir de cette histoire.
Chapitre 10 - The none so unhappy ending
Soundtrack : No Doubt - Don't speak
Il fallut une année supplémentaire à Heero pour pouvoir entrer à la Massachusetts Institute of Technology. Il travailla neuf mois à temps plein comme caissier dans un supermarché, démissionna pour réviser à fond le concours d'entrée, et livra des journaux très tôt jusqu'au jour des résultats. Cela le forçait à se lever avant l'aube, mais il aimait la tranquillité du petit matin pour travailler. Après sa tournée, il avait la journée devant lui.
Evidemment, il avait été déçu de ne pouvoir y entrer tout de suite. Cependant, la déception s'était ajoutée à la liste. Le départ de Relena restait le numéro un. Il ne comprenait toujours pas sa décision. Mais le temps avait passé, beaucoup de mois, il ne ressentait plus de la douleur en pensant à elle, juste une vague tristesse teintée de mélancolie. Il aurait aimé qu'elle soit la première personne à qui il annoncerait qu'il y allait.
Cela lui fit drôle de quitter le comté et l'Etat pour aller dans le Massachusetts. Le temps était différent. La proximité avec l'océan Atlantique apportait du vent froid et de la pluie. Heero n'aurait su exprimer ce qu'il ressentit en découvrant la mer pour la première fois. C'était à la fois décevant et merveilleux. Une telle étendue d'eau, ça ne semblait avoir rien d'exceptionnel, et pourtant c'était là, en face de lui. Et très loin, bien plus loin que la ligne d'horizon, il y avait l'Europe, l'Afrique.
Une nouvelle vie, un nouveau départ, certainement. Dans l'immense campus, Heero redevenait anonyme. Personne ne le connaissait et il ne connaissait personne. Cela lui allait très bien. Ici, il ne risquerait pas d'entendre parler de Brian ni de Relena.
Quoique. Elle avait dit vouloir faire ses études à Harvard, non ? C'était tout près de Boston, à Cambridge (1) pour être exact. Quinze minutes en voiture à peine. Heero fut tenté plusieurs fois d'y aller, de se promener dans les espaces publics pour tenter de l'apercevoir… Mais les chances étaient trop minces pour que cela arrive. Parmi les milliers d'étudiants, comment reconnaîtrait-il Relena ? Et qui pouvait lui affirmer qu'elle y était bien ? Elle-même ne savait pas ce qu'elle ferait, quand elle lui avait écrit sa dernière lettre. Elle pouvait très bien être à Princeton, à Yale, à Chicago… ou à l'étranger. Peut-être ses parents l'avaient-ils fait revenir en Allemagne.
Vraiment… Heero n'arrivait pas à se la sortir de la tête. A croire qu'il devenait comme Brian et ne supportait pas la séparation. Non, c'était totalement différent. Relena avait rompu avec Brian, mais elle s'était séparée de lui. Elle avait été obligée de déménager, et elle savait qu'elle ne donnerait plus de nouvelle, d'où sa décision de le laisser partir. Elle ne voulait pas qu'il reste constamment attaché à elle quand elle savait qu'elle ne pourrait plus le voir ni lui parler. Pourtant, c'était le cas. Heero n'avait pas de petite amie. Il n'en cherchait pas et n'en désirait pas d'autre que Relena.
Les études étaient dures. Heero s'était attendu à un niveau élevé, mais la quantité de travail demandée l'écrasa les premiers mois. Il n'avait plus l'impression de vivre. Dès qu'il quittait les salles de classe, il devait aller à la bibliothèque ou en salle de travail réaliser des dossiers d'études, écrire des dissertations et faire toutes les recherches que réclamaient ses professeurs. Il ne se couchait pas avant deux heures du matin, se levait à cinq heures pour réviser ses cours… Au téléphone, Peter trouvait que sa voix était épuisée et le suppliait de se reposer de temps en temps. Comme s'il pouvait se permettre ce luxe.
Le premier semestre passé, il s'habitua à la masse de travail. Avec un peu d'organisation, il parvenait même à s'organiser des petites sorties et des moments de loisir. Le plus souvent, il allait se balader en ville, prenait un café en terrasse tout en lisant ou en faisant ses devoirs. La mer ne lui plaisait pas vraiment, décida-t-il sur un coup de tête. Il préférait la forêt, ses sous-bois humides, ses bêtes mystérieuses, son silence jamais total. Le vent qui soufflait dans les branches produisait un son doux, pratiquement une chanson. Ca lui manquait. Dès qu'il aurait du temps, il louerait une voiture et s'enfoncerait dans le Connecticut (2) pour retrouver ses anciens repères dans la forêt. Qui sait, il croiserait peut-être un coyote. Si c'était le cas, il sourirait en pensant à Relena. Elle lui avait donné envie de protéger cet animal, qui savait se montrer si noble à sa manière. Qu'il le veuille ou non, chaque fois qu'il en verrait un, il aurait son visage en tête. Son sourire, surtout. Doux, rêveur, délicat. Comme elle.
Il ne l'oubliait pas même lorsqu'il avait tant de devoirs qu'il en oubliait de manger.
Un beau jour, il apprit une nouvelle qui lui resta en travers de la gorge. En feuilletant un journal national, ses yeux accrochèrent une photographie. Le papier n'était même pas récent, il était resté dans un coin de sa chambre d'étudiant quelques semaines. Il n'avait pas remarqué l'article la première fois. Mais ce jour-là, il le vit. On y parlait d'un sénateur, qui posait avec sa famille. Le journal parlait d'un amendement que l'homme politique cherchait à faire passer, Heero ne lut pas plus que l'introduction.
Encadrée par ses parents, le bras d'un adulte entourant ses épaules dans un geste protecteur, Relena souriait à l'objectif.
La photo était en noir et blanc, pourtant Heero n'eut pas le moindre doute. C'était bien elle. Avec cette famille dont Heero savait si peu de choses. Et l'adulte qui était si proche d'elle, ce devait être Milliardo, son grand frère.
Mais pourquoi était-il question du « sénateur Peacecraft et de sa famille » ?
Quelques recherches plus tard, et par le biais de plusieurs réseaux d'informations (3), Heero comprit que « Darlian » était le nom de jeune fille de la mère de Relena. Nom qu'elle avait dû utiliser pour garantir son anonymat pendant ses études. On ne faisait pas le lien entre une banale adolescente qui avait des parents très occupés ailleurs que dans le comté, et la fille d'un sénateur. Il devait reconnaître que c'était bien trouvé.
A l'automne suivant, comme Heero avait réussi sa première année et allait entrer dans la deuxième, il décida de tenter de reprendre contact avec Relena. La famille Peacecraft possédait une maison de vacances non loin de la ville de Cambridge. Relena y logeait peut-être pour ses études. Au pire, quelqu'un pourrait bien lui donner son adresse.
Comme il avait mis du temps ) se décider, le soir tombait et le ciel s'était déjà assombri au-delà de la cime des arbres. Personne ne faisait attention à lui dans le quartier, même si sa tenue des plus ordinaires devait faire bizarre. Toutes les maisons étaient magnifiques, des manoirs à plusieurs étages, avec colonnades, balcons, portails dorés, jardins immenses et parfaitement entretenus… Il ne serait pas étonné d'apprendre que des ministres ou des hommes d'affaire importants habitaient là. Il se surprit à sourire en constant que la propriété qu'il cherchait, de taille assez conséquente, possédait un grand parc qui donnait sur la forêt. Evidemment. Relena ne pouvait pas rester loin de la nature, n'est-ce pas ? Il l'imaginait bien suppliant son père de choisir ce terrain plutôt qu'un autre, pour la seule raison que le jardin était immense. Il y avait peut-être même des écuries à l'arrière de la maison. Relena lui avait dit qu'elle montait depuis qu'elle était toute petite.
Il n'eut pas à sonner. Il aperçut, à travers le grillage du portail, une silhouette un peu plus loin, baissée, qui ne lui était pas inconnue.
Elle se releva et se tourna vers lui, comme s'il l'avait appelée. Or il n'avait pas ouvert la bouche. Il en était pratiquement certain.
La jeune fille approcha lentement de la grille et l'ouvrit, mais ne l'invita pas à rentrer. Il n'essaya pas non plus de s'imposer. L'avoir sous ses yeux était déjà un miracle en soi.
- Heero… Qu'est-ce que tu fais là ?
La rencontre était si irréelle qu'il ne put que la dévisager. A quel moment allait-il se réveiller ? Quand retrouverait-il son lit, sa chambre, son quotidien monotone ?
- Tu m'as encore suivie ? demanda Relena, son nez se plissant avec malice.
Il tressaillit.
- Non…
- Alors tu cherchais encore la fille des bois ? Celle qui était avec les coyotes ?
- Je n'ai vu aucun coyote, répliqua-t-il par automatisme.
Cette rencontre était réellement très différente de tout ce qu'il avait pu imaginer…
- Il y en a, pourtant. Dans la forêt. Dont le mien. Tu te souviens ? Celui qu'on a sauvé, qu'on a nourri… Il est là, maintenant.
- Evidemment que je m'en souviens.
Il regarda en direction des bois. Ainsi, des coyotes rodaient encore dans les parages ? Et les chasseurs, qu'en était-il, d'eux ? Y avait-il un autre lui, chassant afin de gagner suffisamment pour continuer ses études, qui tomberait sur une autre Relena ? Combien de personnes qu'il côtoyait à l'université faisaient de la chasse leur moyen de subsistance ? Et combien en faisaient leur passe-temps ?
- Il… va bien ?
- La dernière fois que je l'ai vu, il gambadait gaiement près de la lisière. Il s'approche toujours de la propriété. C'est dangereux, pourtant. Les gens de la maison ont des consignes, mais s'il s'avère qu'il approche d'une autre habitation…
- C'est parce qu'il te connaît. Parce que pour lui, tu fais partie de sa meute. Il ne peut pas couper les liens avec toi.
- Sans doute. Mais je ne suis pas un coyote. Il le sait, il voit bien que je ne mange pas la même chose que lui, que je ne chasse pas comme lui, que je ne vis pas comme lui. Il sent mon odeur d'humaine… Ca devrait l'avertir du danger.
- Il sent la main qui l'a nourri, qui l'a protégé. Tu n'es pas une humaine comme les autres.
- Il a fondé une famille, je crois. J'ai vu un autre coyote qui le suivait, l'autre jour. J'espère que c'était le cas. Je ne voudrais pas qu'il réfrène ses instincts parce qu'il a été en partie élevé par des êtres humains. Il ne doit pas oublier qui il est.
- S'il a réussi à partir, c'est qu'il s'en souvient.
Il lui jeta un regard en coin, détaillant brièvement son apparence. Un pantalon noir à la coupe droite, un petit chemisier blanc, un pendentif discret autour du cou, pas de maquillage, les cheveux hâtivement attachés… Son visage respirait la santé et le bien-être. Elle ne manquait de rien, avait les siens autour d'elle. Cela suffisait sans doute à son bonheur.
- Et toi… tu vas bien ? risqua-t-il.
- Ca va. Je n'ai pas à me plaindre. Je suis à Harvard, au fait.
- Tu as donc réussi à y rentrer.
- Oui. C'est un niveau très difficile… mais j'aime ça. Je suis dans mon élément. J'aime ce que je fais. J'ai envie de continuer encore quelques années.
- Tu fais des études de vétérinaire ?
Elle sourit.
- Raté, du droit. Je veux devenir avocate. Enfin, ça, c'est l'objectif à court terme. Je verrai ce que je ferai après.
- … Membre du parlement ?
En voyant son visage se décomposer, il comprit qu'elle croyait n'être que Relena Darlian à ses yeux. Elle avait eu l'intention de garder le secret jusqu'au bout. Mais ça ne comptait pas, pour lui. Relena Darlian, Relena Peacecraft, c'était du pareil au même. Il la connaissait au lycée, dans un environnement différent de sa famille, mais ça ne l'avait pas empêché de l'apprécier. Relena Peacecraft restait Relena Darlian. Elle avait le même parcours, faisait les mêmes études… Et avait les mêmes rêves.
- Je ne pense pas, non, répondit-elle avec calme quelques instants plus tard. Je veux défendre les droits des animaux. On ne fait pas entrer des gens comme ça au gouvernement.
- Ils ont besoin d'avocat ? Les animaux ?
- Pourquoi pas ? Il existe bien les avocats commis d'office. Il faut que quelqu'un puisse défendre ceux qui n'ont pas la possibilité de faire entendre leur voix.
- Je ne remettais pas ta décision en doute. Si c'est ce que tu veux faire, alors c'est parfait. Je n'ai rien à y redire. C'est bien, tu as déjà un projet très précis et tu t'y fixes.
- J'ai les moyens d'y arriver. Je sais, tu dois penser que c'est grâce à mes parents… Mais je t'assure que je travaille suffisamment dur pour faire mon propre chemin. Je ne veux pas profiter de ce que certains appellent « mes privilèges ».
- Je n'allais pas dire ça.
Elle le regarda avec attention.
- Tu sais, pourtant… Qui sont mes parents.
- Oui.
- Alors pourquoi ne me juges-tu pas ?
- Pourquoi, je devrais ?
- Certains l'ont fait.
- Tu n'étais qu'une adolescente qui s'est isolée de sa famille pour se donner les chances de montrer ses propres capacités. Et c'est ce que tu as fait, non ? Tu as montré à tout le monde qu'il ne suffit pas d'avoir un nom.
- Ce nom… Pour moi, il est synonyme de tant de choses. De mauvaises choses. Mon père jamais là, ma mère en train d'organiser des galas de charité, des thés mondains, des bals… Le téléphone qui sonne à tout moment du jour ou de la nuit, les remarques déplaisantes dans mon dos, qui sont en réalité dirigées contre mon père, les menaces, aussi. Un jour, quelqu'un m'a bousculée dans une foule à une conférence de mon père et je me suis faite très mal en tombant. J'avais sept ans.
- Je l'ignorais.
- Ces histoires n'intéressent pas les journaux. Mon père était furieux… Mais que pouvait-il faire ? Il n'était qu'un homme politique en lice pour devenir gouverneur, comme il y en a des centaines. Il m'a interdit de venir.
- Et tu as obéi ?
Elle sourit.
- Non. J'allais le voir en cachette. Je voulais savoir comment il se défendait, pourquoi les autres ne le voyaient pas comme moi, je le voyais… C'est une personne formidable, et il a tant d'idées merveilleuses pour aider notre pays ! Oh, pardon, je dois passer pour une militante, en disant ça. Mais je pense qu'il a beaucoup de potentiel. C'est un candidat comme j'aimerais qu'il y en ait plus…
- Mais du coup, il négligeait son rôle de père.
- Ce n'était pas un « père », non. C'était le chef de famille, la personne de confiance, celui qu'on respecte et qu'on écoute quand il est là… ce qui n'était pas souvent le cas. S'il avait été sénateur quand j'étais petite, je crois que je l'aurais pris pour mon parrain ou mon oncle, pas pour mon père. Il est toujours en déplacement ou à Washington.
- C'est pour ça que tu as fui la maison ?
- J'avais besoin de voler de mes propres ailes, Heero. J'avais besoin de sentir que j'en avais, moi aussi. Je ne pouvais pas me contenter de jalouser les autres, de me dire que j'aurais aimé être comme eux, avoir une famille près de moi, des parents ordinaires, pour qui la politique est un sujet barbant et ennuyeux. Je n'avais juste pas réalisé que j'en avais les possibilités. Mais pour le comprendre, il m'a fallu être seule.
- Tu as donc été bel et bien adoptée par la famille coyote. Tu t'es créée une nouvelle famille, avec qui tu tisserais des liens de confiance.
- Et vois où ça m'a mené : les coyotes sont morts et le dernier survivant est parti rejoindre les siens dans la forêt.
- Tout en restant près de toi.
- Oui, c'est vrai. Il est toujours près de moi.
- Donc c'est qu'il veille sur toi. Il doit comprendre, d'une façon ou d'une autre, ta solitude, ton besoin d'être aimée.
- J'ignorais que l'instinct des coyotes était si développé. Tu parles de lui… ou de toi ?
Heero haussa les épaules avec désinvolture.
- Ce coyote et moi, on se ressemble un peu. Je ne peux pas le nier. Moi aussi, j'avais senti que tu étais seule. Je n'imaginais juste pas… à quel point.
- Pour comprendre, il fallait tout savoir. Je ne pouvais pas courir ce risque. Désolée de t'avoir menti.
- Dissimulé la vérité, rectifia-t-il. Je ne t'en veux pas. On a chacun ses secrets. Le tien était un peu plus gros que les autres.
Elle sourit. Heero poursuivit :
- Brian va s'en mordre les doigts, quand il saura. S'il l'apprend un jour. Il n'a certainement jamais ouvert un journal politique de sa vie. Comment crois-tu qu'il réagira lorsqu'il verra qu'il a fréquenté la fille chérie d'un sénateur ? Il aurait pu te faire du chantage, ou te menacer vraiment.
- Il aurait pris peur et serait parti. Certainement. Je n'étais pas sérieuse avec lui, de toute manière. Et mon père connaît suffisamment de personnes pour le faire taire s'il avait voulu me faire chanter avec quelque chose. Brian aurait su à qui il avait à faire.
- Et… tu lui as dit, à ton père ? Pour… Pour ce qu'il t'a fait. Ou a essayé de faire.
- Non.
Sa voix n'était qu'un mince filet de voix. Les souvenirs étaient encore frais dans sa mémoire.
- J'ai seulement parlé d'une altercation violente, qui a failli mal tourner. J'ai demandé à la police de minimiser l'affaire auprès de lui, parce que… parce qu'il aurait paniqué, s'il avait su tous les détails. Il aurait fait pression pour que le juge ne soit pas si clément. Ca aurait attiré l'attention. On aurait compris nos liens de parenté. Et ça n'aurait surtout servi à rien. Brian se serait montré dangereux. Il pouvait encore trouver un moyen de me faire du chantage avec des éléments qu'il est l'un des rares à connaître. Je doute que mon père apprécie de comprendre à demi mots qu'on a couché ensemble.
- Moi aussi, alors, j'ai des moyens de faire pression sur toi ?
Elle eut un sourire. Il n'était pas sérieux, et elle le savait bien.
- Ca dépend. Tu voudrais me faire pression pour obtenir quoi ? En général, on demande une faveur, un service… de l'argent.
- L'argent, j'en ai. Assez pour étudier à la MIT sans me faire de souci dans l'immédiat. Qu'est-ce que tu crois, que je suis resté à me morfondre après ton départ ? J'ai travaillé toute l'année. C'est moi qui me suis payé mes frais de scolarité et mon logement.
- Mes sincères félicitations.
Elle s'était appuyée contre une colonne et le regardait avec une lueur amusée dans les yeux. Ses félicitations étaient franches, cependant. Elle savait reconnaître la valeur de quelqu'un quand il se battait pour obtenir une chose qui lui tenait à cœur. Cette qualité à laquelle elle aspirait, elle l'accordait volontiers aux autres.
- Quant à la faveur et au service… Qu'est-ce que je pourrais vouloir de toi que je ne puisse pas avoir en te le demandant ? Je n'ai pas strictement aucune idée. Tu en as, toi ?
- Tu songes à me faire du chantage et je suis censée te souffler une idée ?
- C'est toi qui as suggéré que je devrais faire faire pression sur toi.
- Seulement si tu le désires.
- Je désire autre chose.
Son regard était brusquement devenu sérieux. Il la sondait, cherchant à lui faire passer un message. « Tu m'as manqué ». « Je t'aime toujours ». « Pourquoi tu es partie ? ». « Dis quelque chose au sujet de ton départ précipité ».
Relena baissa la tête. Elle n'avait pas envie de se poser de question. Pas pour le moment, du moins. C'était déjà si bon de le revoir, surtout que leurs retrouvailles s'étaient faites de manière totalement fortuite. Comme leur première rencontre. Ils ne cessaient de se surprendre l'un l'autre.
- Relena…
Il avança la main vers elle, ses doigts frôlant la surface douce de sa joue en une brève caresse. Elle lui avait paru fragile, quand il lui avait avoué qu'il avait quelque chose de précis en tête. Mais qu'y pouvait-il ? Elle lui avait manqué, terriblement manqué. Quelqu'un avait comblé le creux affectif qu'il ressentait depuis longtemps mais était parti avant qu'il ne soit entièrement guéri. La plaie était encore ouverte, refusait de se fermer, de cicatriser. La nuit, dans ses rêves, il la cherchait, un peu partout dans le monde. Aucun pays n'était épargné. Elle était en vie, donc elle devait bien se trouver quelque part, non ? Avec de la volonté, et Dieu savait qu'il en avait, il serait capable de la retrouver. Même si ça lui prenait des semaines, des mois, des années. Jamais encore il n'avait réalisé qu'il était capable d'aller jusque là pour elle. La douleur de la séparation avait été si vive qu'il avait fermé son cœur et refusait d'admettre qu'il gardait des sentiments pour elle. Il lui en avait voulu, mais parce qu'il était meurtri.
Et maintenant qu'elle était en face de lui, c'était comme si une distance les séparait toujours. Elle n'arrivait pas à l'accepter.
Qu'est-ce qui se mettait entre eux ? Elle n'en parlait pas, il devait donc le découvrir par lui-même. Brian ? Brian était un cauchemar vivant mais à des centaines de kilomètres de là. La famille de Relena s'assurerait certainement qu'il n'approche plus jamais d'elle. Quant au traumatisme de l'agression, elle semblait l'avoir surmonté, en grande partie, du moins. Son sourire tremblait un peu quand elle parlait avec lui, mais ses yeux ne fuyaient pas. Elle avait peut-être vu des psychiatres. Les gens riches et de bonne famille aiment que leur vie parfaite le reste aux yeux du monde. Il fallait bien que quelqu'un ait connaissance de leurs travers et avoir une personne sur qui répercutait leur angoisse devait les soulager d'un grand poids.
Sa famille ? Heero considérait cela comme un argument valable. Le père de Relena était une personne importante, ayant beaucoup de relations. Il connaissait des gens haut placés, sa descendance devait donc montrer la meilleure image d'eux-mêmes. Lui, Heero, il n'était pas grand-chose. Un roturier, comme on dit chez eux. Un fils du peuple. Un individu dans la masse qui n'avait vraiment rien d'exceptionnel.
Sauf qu'il avait protégé la fille du sénateur quand quelqu'un lui voulait du mal, et cela pouvait compter en sa faveur. Mais il l'avait protégée sans savoir qui elle était, juste parce qu'il l'aimait et parce qu'il n'aurait pas supporté qu'une personne lui fasse du mal. Comme il se serait interposé entre un loup et elle si elle avait été attaquée en forêt par une bête sauvage.
Alors il ne restait qu'une seule hypothèse. Elle-même faisait un blocage avec lui. Elle refusait de se permettre d'être heureuse. Elle l'avait été avant, mais un bonheur voilé d'angoisse, car elle savait qu'il lui faudrait un jour partir ou avouer le mensonge.
- Je ne te veux pas de mal, murmura-t-il.
Les lèvres de la jeune fille se levèrent en un mince sourire.
- Je sais. Tu n'as jamais voulu me faire de mal. Tu n'as jamais cessé de me le dire. Presque depuis la première fois.
- Alors pourquoi te tiens-tu toujours à distance ?
- Parce que ça fait quand même mal.
Il la regarda sans comprendre.
- T'aimer… Ca fait quand même mal. Même si tu ne me veux pas de mal, tu m'en fais. Alors qu'est-ce qu'il faut que je te dise ? Que tu partes, alors que je ne n'ai pas envie ? Ou que tu restes, même si je n'arrive pas à savoir ce que je veux ?
- Si tu me dis de partir, je partirai.
Elle secoua la tête.
- Tu es parti trop longtemps. Bien trop longtemps. Ca n'a pas marché.
- C'est toi qui es partie. Moi, je suis resté.
- Dans mon cœur… tu n'es jamais parti. C'est pour ça que ça fait mal ? Parce que tu étais toujours là ? Je souffrais à cause de mon passé, parce que j'avais peur que tu l'apprennes et que tu le prennes mal. J'ai hésité à t'en parler dans la lettre… Mais quelque chose m'a retenu. Je préférais te le dire de face, pour voir ta réaction. Même ça, je n'ai pas pu.
- Tu veux savoir ma réaction ? Et bien… j'ai été étonné, surpris, choqué, je me suis senti trahi… puis je me suis dit que t'étais la plus à plaindre, parce que tu avais scrupuleusement gardé le secret. Tu avais des amies proches, des personnes à qui tu faisais confiance, et tu leur dissimulais quand même une partie de ta vie. Tu as dû te sentir seule. D'autant plus que tu habitais sans ta famille, loin des tiens, loin de la ville. Et j'ai eu l'impression de ne pas avoir été à la hauteur.
- Tu étais là chaque fois que j'ai eu besoin de toi. Non, même les fois où je n'avais pas besoin de toi, tu étais là et ta présence m'était devenue nécessaire. Physiquement ou pas. Tu me suivais partout… Ca m'est devenu quasiment insupportable. J'avais besoin d'air, d'espace… de ne plus sentir cette douleur.
- Mais il n'y a rien que je puisse faire, si c'est en toi que tu as mal, fit remarquer Heero, essayant de comprendre si elle lui disait qu'elle l'aimait ou si au contraire elle le détestait pour cette souffrance qu'il semblait lui infliger.
- Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas.
Ils se dévisagèrent mutuellement pendant quelques longues minutes. Etrangement, chacun était quelque peu déçu de s'être retrouvé si c'était pour atterrir dans une telle impasse.
Heero fut le premier à parler. Il sentait que c'était à lui de faire le premier pas, puisqu'il était celui qui avait tant œuvré pour la retrouver.
- Est-ce que tu veux que je parte, Relena ?
Poser la question directement était une chose radicalement différente que de soulever l'hypothèse. Elle se mit à considérer sa proposition. En pesant le pour et le contre, une vie avec lui, une vie sans lui, elle comprit bien vite quelle était la réponse qu'elle devait lui donner. Et voulait lui donner.
- Reste. Viens, entre. Reste avec moi… Juste un peu. Juste pour qu'on rattrape le temps perdu, qu'on retrouve la complicité qu'on avait.
- Elle n'est jamais partie. Pour ma part, en tout cas.
Relena lui fit un sourire chaleureux puis l'emmena sur le sentier de gravier, qui menait à l'imposant porche d'entrée.
Durant leur échange, la nuit était réellement tombée. Il faisait plutôt sombre, à l'exception de la rue, brillamment éclairée par des lampadaires, et de l'entrée de la demeure des Peacecraft, illuminée comme un musée national. Un bijou d'architecture dont Heero ne vit rien, parce qu'il n'avait aucune connaissance dans ce domaine et que la jeune fille en face de lui était beaucoup plus intéressante.
Ils arrivaient en haut de l'escalier quand un cri rompit le silence de la nuit. Un cri déchirant, une plainte, une lamentation qui semblait dénoncer toutes les injustices du monde.
Le coyote hurlait à la lune.
Heero se tourna vers Relena.
- Il est triste, nota-t-il.
- Non, au contraire, je crois qu'il est heureux. A sa manière. Parce qu'il est libre.
Tandis que la porte se fermait derrière eux, le coyote reprit ses cris. Peut-être en effet appelait-il à la vie.
F I N
Notes de lecture :
(1) : A ne pas confondre Cambridge, Massachusetts, Etats-Unis, et Cambridge en Grande-Bretagne, hein ! Boston et Cambridge sont distantes de 3,6 miles (5,8 kilomètres), et pour Cambridge Etats-Unis et Cambridge Grande-Bretagne, Google Map refuse de me mettre un résultat sous prétexte que y'a un océan à traverser…
(2) : Le Connecticut, Etat au Sud du Massachusetts, est boisé et très prisé des New-Yorkais en week-end. Accessoirement, y'a également l'université de Yale…
(3) : Wikipedia xD ??
Dernières notes d'auteur :
Un grand merci à ceux qui ont pris la peine de lire cette histoire jusqu'au bout.
A ma Sousouchan, qui m'a méchamment poussée à écrire cette histoire, et qui a eu raison, en final, car elle traînait depuis trop longtemps.
Mes humbles respects à Tenchi, qui a fait de magnifiques (les mots me manquent) fonds d'écran en thème avec l'histoire, je ne m'y attendais vraiment pas. Un par chapitre, en plus, me voilà gâtée.
Et anaë, si tu veux que je te réponde, pense à me donner un mail !
