Auteurs : KMIG

Disclaimer : Les personnages de GW ne sont pas à moi.

Base: Gundam Wing

Genre : UA, historique

Couples : Pas encore pour le moment.

Note : Chapitre relu par Nevermore. Veuillez m'excuser pour mon retard. Comme je l'avais dit dans une note informative maintenant supprimée, j'ai de gros problèmes de motivation pour taper cette histoire, tout étant déjà écrit dans ma tête. Vos commentaires et appréciations sont un atout précieux pour ma motivation.


Quand le Général le ramena dans sa cellule, Trowa ne prononça aucun mot. Son visage restait de marbre, mais il affichait intérieurement un sourire narquois. Finalement, cette soirée, ou plutôt cette nuit, avait été très intéressante. Consommer un repas offert par l'ennemi ? Voir le visage décomposé de l'Allemand au moment où il le mit échec et mat valait bien toutes les entorses faites à l'honneur du combattant qui consiste à ne jamais pactiser avec l'ennemi.

Le résistant s'était néanmoins attendu à une réaction plus vive que celle qu'avait eue Quatre. Ce dernier avait pâli, mais aucun cri de colère, ni aucun geste non plus d'ailleurs. Il semblait simplement ne pas croire ce qui venait de se passer, tout en conservant malgré tout un certain sang-froid. Le Français avait bien perçu un certain bouillonnement chez son partenaire d'échecs, mais il fallait aussi lui reconnaître une maîtrise de soi...

Après que la porte de sa cellule se fut refermée derrière lui, Trowa resta un instant debout au centre de son "royaume". Il leva la tête pour tâcher de voir le ciel parsemé d'étoiles par le petit soupirail. Et c'est avec un certain plaisir qu'il s'allongea sur sa planche de bois avec un sourire. Cette victoire n'avait pas rendu le bois plus confortable, mais elle l'avait rendu plus supportable. Il se demandait néanmoins s'il n'allait pas payer dès le lendemain cette "démonstration" de supériorité. Encore une fois, il se dit que la satisfaction d'avoir remis cet Allemand à sa place valait bien une séance de torture...

Pourtant, il n'y eut nulles représailles. Le lendemain, il devait être environ 3h de l'après-midi à en juger par la luminosité de la cellule, la porte se rouvrit. Trowa se leva tout de suite, s'attendant au pire. Deux soldats allemands lui crièrent de sortir immédiatement. Leurs aboiements germaniques étaient incompréhensibles, mais leurs gestes suffisaient. Le résistant soupira. Mais on ne lui fit faire que quelques pas, avant de le jeter dans la cellule qu'il occupait avant... Celle dont les murs n'étaient que de simples barreaux. Et derrière les barreaux, dans la cellule d'à côté...:

"Trowa !" cria un Duo presque exalté. Emprisonné dans ces conditions, on apprend vite à apprécier des joies simples. Et revoir celui qui l'avait hébergé en était une. L'Américain se leva et se jeta sur les barreaux qui le séparait du résistant. Trowa aussi fut heureux de le revoir. L'isolement avait été dur à supporter. Pouvoir communiquer lui ferait du bien.

De son accent américain, Duo raconta les inquiétudes qu'il avait eues depuis que le Français avait été emmené ailleurs.

"Je cwaigniais que ils t'avaient tué."

Trowa le rassura donc, et commença à lui raconter aussi son aventure de la veille, et sa rencontre en tête-à-tête avec le maître des lieux. Le pilote semblait étonné :

"-Il est strange, le général...

-Hnn", fit vaguement Trowa pour confirmer. Il semblait toujours en pleine réflexion, se repassant le film de la veille... Plus il y pensait, et plus il trouvait que quelque chose ne collait pas...


Mais le Français n'était pas le seul à se poser de nombreuses questions sur cette rencontre. Quatre aussi, chaque fois que son travail le lui permettait, laissait son esprit s'égarer vers les événements de la veille.

Se rendre compte qu'il avait été mis échec et mat l'avait désarçonné. À un tel point qu'il avait oublié de fulminer de colère ! Il cherchait à se remémorer la partie de la veille, faisant appel à sa mémoire pour recomposer les coups de ce... terroriste. Il refaisait la partie et analysait ses faiblesses. Il prenait parfois rapidement des notes sur cette partie, jusqu'à ce que, au bout de deux heures de réflexion, il perçoive toute la subtilité du jeu de Trowa.

"C'était brillant..." murmura-t-il dans le silence de son bureau.

Il se rendit compte aussi que cette partie n'avait fait qu'aviver encore plus la curiosité qu'il avait envers le résistant. Il se promit de recommencer à le voir. Peut-être dès ce soir...

En attendant, le Général soupira, et se remit à lire les documents qui le passionnaient peu. Cela concernait la collecte des biens à prélever pour envoyer en Allemagne. Il fallait s'assurer que le pays occupé et soumis participait correctement à l'effort de guerre !


"Pourquoi combattez-vous ?"

La question surprit Trowa. Il était en train de savourer un autre repas plutôt agréable, aussi agréable que la veille.

Il reposa sa fourchette et se cala dans le fauteuil qu'il occupait. Son interlocuteur le regardait avec de la curiosité dans les yeux. Quatre était aussi confortablement assis, les bras posés sans force sur les bras du fauteuil, ses mains serrant vaguement le bout de l'accoudoir.

Après une légère pause, le résistant haussa les épaules, reprit sa fourchette, et piqua un morceau de saucisse.

"-Vous pensez vraiment pouvoir venir chez nous, vous installer, faire claquer vos bottes sur les Champs-Élysées, sans aucune réaction de notre part ? répondit Trowa d'une manière ironique.

-La guerre est finie. Vous l'avez perdue ! Quelques semaines à peine ont suffit ! Votre Maréchal Pétain a promis qu'il collaborerait...

-"Notre" Maréchal... C'est vite dit... Malgré tout le respect qu'il faut lui porter pour avoir participé à la branlée qu'on vous a mis en '14, il reste qu'il a vendu la France !"

Quatre serra les dents. Il ferma les yeux quelques instants, pour reprendre d'une voix glaciale :

"-Nous n'avons pas perdu la dernière guerre...

-J'ai un armistice qui dit le contraire... répondit Trowa sans lever les yeux de son assiette.

-En 1940, nous avons franchi votre frontière, comme en 1914, nous avons marché sur votre territoire, nous avons pris votre capitale. Nous avons détruit toute résistance. Et vous ? Qu'avez-vous fait lors de la dernière guerre ? Rien ! Strictement rien ! La vérité, c'est que le peuple allemand a été trahi ! Vous n'aviez pas mis un pied sur notre territoire. Berlin n'est pas tombée."

Le Français garda le silence. Il sentait que l'Allemand bouillonnait intérieurement et que le souvenir de la dernière guerre était vivace pour lui. Il préféra ne pas répondre. Il fallait aussi avouer que la réponse de Quatre le mit dans une situation inconfortable. Le Général avait marqué un point.

Ce dernier dut considérer le silence du Résistant comme une obstination sur sa position, et il reprit, de la même voix glaciale, maîtrisant une colère contenue qui pouvait exploser à tout moment.

"-La vérité, encore, c'est que vous avez détruit l'Allemagne quand nous avions déposé les armes ! Vous êtes venus comme des voleurs ! Et vous nous avez maintenus dans la pauvreté ! Mais si nous n'avions pas été trahis par l'Empereur et sa clique...

-Est-ce une raison suffisante pour vendre votre âme à Hitler, ce fou furieux ? coupa Trowa, sortant finalement de sa réserve.

- Ce n'est pas un fou ! C'est notre guide ! Notre Führer !"

L'évocation d'Hitler sembla plonger Quatre dans une sorte d'exaltation qui surprit le Français. Celui-ci croisa les mains sur son ventre et baissa la tête en soufflant et en faisant un signe de dénégation de la tête...

"-Vous êtes bien un SS, Herr General. Un de ces hommes complètement fanatique !

-Tiens donc ! Et vous, qu'avez-vous de si bien à proposer, Monsieur le Terroriste ? La Démocratie ? Merci, nous avons vu ce que cela donnait. Une République incapable d'avancer, et qui prostituait l'Allemagne à la France et à l'Angleterre. Nous avons tous connu la misère. L'Allemagne, pays millénaire, réduite à faire des cerfs-volants avec sa monnaie tellement celle-ci ne valait plus rien ! Et maintenant, regardez ! Regardez le chemin parcouru en dix ans ! L'Allemagne est grande. Elle est forte.

-À quel prix ?"

La dernière remarque parut enfin déstabiliser le Général, dont la bouche resta entr'ouverte sous l'effet de la surprise. Il finit par baisser le regard pour reprendre d'une voix éteinte :

"Il faut parfois faire des sacrifices..."

Un nouveau silence s'installa pendant quelques instants. Quatre gardait un regard fixé sur l'assiette de Trowa, tandis que ce dernier fixait au contraire l'Allemand d'un regard perçant.

''Des sacrifices... C'est comme cela que vous l'appelez, vous ?''

Trowa préférait ne pas trop en dire. Il savait que le Général avait raison sur plusieurs points. Au fond, la position des deux hommes étaient difficilement tenable. Le Français regardait le présent, l'Allemand le passé, et ni l'un ni l'autre n'était beau à voir.

Quatre restait silencieux, et le Résistant toussota un bref instant. Ce silence le mettait-il mal à l'aise ? Pas vraiment, mais il commençait à se demander à quoi pouvait bien penser son geôlier pour être plongé dans un tel silence. Il lui sembla qu'il serait peut-être plus adroit de changer subtilement de sujet. Et il fallait bien dire que le blond avait une attitude intrigante qui commençait à éveiller la curiosité du Français.

''-Je me demande ce qui vous a amené là, vous savez... Pourquoi vous êtes-vous engagé dans l'armée ? demanda Trowa d'un air sincère. Quatre finit par relever la tête et répondit après avoir lancé un regard étrange vers son prisonnier.

-Tradition familiale... Les Von Sieger sont une vieille famille du Brandebourg...

-Junker ?

-Tiens, vous connaissez ce mot ? demanda Quatre, étonné avant de reprendre : Enfin, oui, Junker. Vieille noblesse, dans l'armée depuis quatre siècles. Je suis le dernier de la lignée.''

Le Français se fit la réflexion que cela devait être dur d'avoir un destin tout tracé dès la naissance, mais il ne répondit rien. Ce fut une question du général qui rompit ce bref temps mort.

''-Et vous ?

-Quoi et moi ?

-Votre famille...

-Ah... Oh... Pour ce que j'en sais, nous avons toujours été de la région. On cultive la terre. On n'est peut-être pas bien riche, mais ces lopins de terre sont à nous... C'est pour cela qu'on les défend...''

Était-ce un début de conversation qui s'instaurait entre les deux hommes ? Il y avait pourtant dans les mots qui furent échangés quelque chose de surréaliste, une ambiance étrange qui ne devait échapper ni à l'un, ni à l'autre. Et cette impression ne se dissipait pas, bien que l'heure avança et que les deux hommes continuaient d'échanger quelques informations parcellaires sur leur jeunesse ou leur famille, ne parlant plus pour un moment de la guerre, ne parlant plus de leur rôle respectif, ne parlant plus de cette prison dans laquelle le Français serait bientôt remis par l'Allemand...