Bonjour à vous, lecteurs du jour ! (Ou de la nuit, si comme moi, vous avez parfois des crises d'insomnie).

Nous nous retrouvons donc pour un nouveau chapitre, qui je l'espère, ne vous décevra pas. Je suis désolée pour le léger retard, mais vous voyez, je ne vous abandonne pas ! Un grand merci pour vos gentilles reviews, je prends toujours un immense plaisir à vous lire et à vous répondre. J'en profite pour remercier les guests Ewylyn et Popola, aussi fidèles que si elles avaient des alerts et surtout, toujours aussi encourageantes. Merci également à Ines et Meo (bienvenue!), dont les remarques m'ont énormément touchée. Comme le dirait Sirius, vous méritez votre poids en Chocogrenouilles !

Et, enfin, merci aux lecteurs silencieux et à ceux qui ajoutent cette fic en alert/favorite. Vous êtes de plus en plus nombreux, et ça me fait très plaisir. Si l'envie vous prend de discuter un jour, n'hésitez pas à écrire un petit mot, en général ça illumine ma journée;)

Chapitre 10

La fin du mois de janvier était particulièrement froide malgré la disparition de la neige. Un vent glacial, de ceux qui vous fouettaient les joues, s'était abattu sur la région depuis quelques jours, glaçant les élèves dès qu'ils avaient le courage de mettre le nez dehors. Constatant que le temps ne s'améliorait pas plus ce matin-là, Iris passa par-dessus son uniforme un gros gilet qui avait peut-être fait son temps, un peu pelucheux, qui lui permettrait de s'emmitoufler dedans au moindre frisson.

— Je hais définitivement le matin, râla Karen en laçant ses chaussures.

Mary était en train de lui répondre que discuter avec Orthia jusqu'au bout de la nuit dans la salle de bains n'était pas la solution idéale pour se lever de bonne humeur le matin, quand plusieurs coups frappés assez sèchement à la porte les firent toutes sursauter. S'assurant qu'elles étaient toutes visibles, Lily ouvrit la porte sur le professeur McGonagall. L'enseignante les salua rapidement et se dirigea droit vers Iris, dont les gens perdirent instantanément toute capacité à la maintenir debout. Assise sur son lit, elle priait de toutes ses forces pour que Mrs McGonagall ne soit pas venue lui annoncer le décès de son frère. Mais, remarquant le visage très détendu de l'enseignante, habituellement si sévère, elle reprit sa respiration, pleine d'espoir. L'enseignante ne put s'empêcher de lui sourire et Iris crut bien que son cœur allait exploser de joie.

— Professeur...

— Ah, Miss Leighton, si vous n'aviez pas été déjà levée, je vous aurais réveillée moi-même ! Votre frère a repris conscience très tôt ce matin, vers cinq heures.

Hébétée, Iris vit à peine ses amies bondir de joie derrière leur professeur. La jeune fille sentit une curieuse sensation l'envahir, presque enivrante, un peu comme si elle venait enfin de reprendre son souffle après des mois d'apnée. Lionel était de retour, alors ? Ce n'était pas juste l'un de ses mauvais rêves, si cruels, qui la décevaient tant au réveil ?

— Je... Il va bien ? parvint à dire Iris en passant fébrilement une main dans ses cheveux.

— Je n'ai pas beaucoup d'informations, Miss. Il vient de se réveiller, et il doit passer beaucoup d'examens. Votre mère, qui nous a rapidement contactés ce matin, nous a néanmoins précisé qu'il semblait conscient de ce qui l'entourait, de où il était. Il semblerait donc que les maléfices qu'il a reçus n'aient pas trop endommagé ses capacités mentales. Mais tout ce que je vous dis est à prendre avec prudence, vous en saurez plus bientôt.

— D'accord, merci Professeur...

— Vers 18 heures, vous viendrez à mon bureau. Vous aurez l'occasion de parler tranquillement à votre mère par le réseau de Cheminette. En attendant, je vous prie d'être patiente.

Iris hocha la tête, bien qu'elle n'avait qu'une envie, celle d'emprunter le balais de Sirius et de se rendre à Sainte-Mangouste. Bien que, étant donné le peu de qualités dont elle disposait en terme de vol sur balai, c'était une idée vraiment stupide, surtout par ce temps venteux.

— J'ai vraiment beaucoup espéré pouvoir vous annoncer cette bonne nouvelle, Miss. Je suis très heureuse pour vous et votre famille.

Iris lui sourit, se sentant un peu bête avec toutes ces larmes qui lui montaient aux yeux. Discrète, Mrs McGonagall leur souhaita une bonne journée et se dirigea vers la porte, avant de se retourner.

— Il vous reste encore beaucoup de temps avant le premier cours, et donc bien assez pour mettre un peu d'ordre dans cette chambre avant d'aller prendre votre déjeuner, jeunes filles.

— Comptez sur nous, Professeur. Une ou deux effusions de joie et après, on s'y met !

Karen était bien en-dessous de la vérité, car à peine la porte refermée, les filles laissèrent éclater leur joie à grands coups de cris, de sautillements et d'embrassades. Iris s'était rarement sentie aussi heureuse de sa vie : sans doute fallait-il vivre un grand malheur, pour réussir à ressentir un soulagement pareil.

— Il se passe quoi ici ? Vous êtes folles ou quoi ! s'écria Alice en ouvrant la porte et en entrant dans la chambre.

— Le frère d'Iris s'est réveillé ! expliqua Karen alors que Iris prenait Joke dans ses bras pour l'embrasser.

— Sérieusement ? Nom d'un dragon, mais c'est génial !

Pour être génial, cela l'était. Iris était tellement soulagée et euphorique qu'elle avait l'impression que ses pieds ne touchaient pas le sol en marchant. Dans la salle commune, les filles tombèrent sur Peter, Remus et Potter, l'air plutôt agacés.

— Bah vous en faites des têtes... dit Mary en embrassant Remus.

— Essaie de sortir Sirius de son lit, on verra si tu gardes ta mine radieuse... répondit le préfet.

— C'est qu'on a des raisons d'être vraiment de bonne humeur ! Pas vrai, Iris ?

— Mon frère s'est réveillé, expliqua Iris, le sourire aux lèvres.

La joie des garçons lui fit au chaud au cœur, notamment de la part de Potter, dont elle n'était pas particulièrement proche.

— C'était donc ça, ces cris ! On était tellement occupé à essayer de réveiller Sirius qu'on a pas fait attention à ce qui se passait, dit Peter.

— Bah d'ailleurs, ça va le motiver à descendre ça, je vais lui dire, déclara Potter avant de monter rapidement les marches menant aux dortoirs.

Le petit groupe n'attendit pas longtemps : ils entendirent un grand fracas, quelques jurons, et à peine une minute ou deux minutes plus tard, Potter redescendit les marches, suivi de son meilleur ami. Les cheveux en bataille, la cravate mal nouée, le Gryffondor faillit rater quelques marches dans son empressement.

— Yihaaaah !s'écria-t-il en descendant les dernières marches. Tope-là Leighton, parce que ça, c'est sans doute la meilleure nouvelle de l'année !

— Je suis vraiment touchée qu'elle parvienne à te faire sortir de ton lit, plaisanta Iris alors que, fidèle à ses habitudes, il passait un bras autour de ses épaules.

— Non mais sérieusement, je suis vraiment, vraiment content. Mais mine de rien, je te l'avais bien dit.

Iris leva les yeux au ciel et un peu émue, rappela à ses camarades qu'ils ne devaient pas tarder à aller prendre leur petit-déjeuner.

Un petit-déjeuner qui d'ailleurs, lui sembla le plus heureux et le plus savoureux du monde. Les rires des autres élèves lui parurent particulièrement joyeux, les tartines grillés plus dorées que d'habitude et la marmelade plus délicieuse encore. Et il y avait-il une meilleure façon de démarrer une journée qu'en savourant ses tartines sans la peur qu'on vienne vous annoncer une funeste nouvelle ?

XXXX

Presque une semaine plus tard, les mains dans les poches et les yeux rivés sur ses chaussures, Iris essayait d'éviter le regard de l'un des deux Aurors qui la fixait depuis un bon moment dans le couloir de Sainte-Mangouste. Ses parents, à l'intérieur de la chambre avec Lionel et les deux Aurors qu'elle avait déjà rencontrés, lui avaient demandé de l'attendre à l'extérieur et elle trouvait vraiment le temps long.

— Ce sont des nouvelles chaussures ? Parce que t'as l'air de les trouver particulièrement fascinantes.

Iris releva la tête assez brusquement, étonnée par la remarque du sorcier.

— Tu es Iris c'est ça ? Je suis chargé de la surveillance de la chambre de ton frère avec Filby, lui dit-il en désignant de la tête l'autre homme posté plus loin. J'entends souvent parler de toi.

— De la surveillance ? Personne ne surveillait sa chambre avant... Vous en savez plus ? Vous savez qui lui a fait ça ?

— Doucement, gamine. De un, je sais pas grand-chose sur l'enquête, juste ce que j'arrive à grappiller au fil des discussions.

— Vous ne faites pas partie de l'enquête ?

— A la base, si. Mais disons que... Je suis un peu sorti des sentiers battus et qu'on a décidé de me punir... Enfin, de m'affecter à la surveillance de la chambre... Ne le prends pas mal hein, ton frère m'est très sympathique, je suis content de le protéger, mais on a vu plus palpitant.

— Et pourquoi mon frère a besoin de quelqu'un devant sa chambre ?

— Ah bah ça, tu demanderas à tes parents. Peut-être même qu'ils en savent plus que moi.

Iris soupira, doutant que ses parents acceptent de lui dire quoique ce soit, avec cette manie de vouloir "la préserver".

— Vous avez vu mon frère, alors ? demanda Iris.

— Oui, bien sûr.

— Il est comment ?

— Tes parents ne t'ont rien dit ?

— Si mais... Quand je l'ai vu, il était inconscient et couvert de bandages. Enfin, ils ne me disent pas vraiment tout alors je me dis... Enfin, je ne sais pas. Vous le trouvez comment vous ?

— Il est bien, pour quelqu'un qui a vécu ce qu'il a vécu, dit simplement l'Auror.

Iris ne put s'empêcher de se faire la réflexion qu'au vu de son apparence physique et de son caractère bourru, elle n'était pas vraiment sûre que son appréciation était rassurante. L'homme avait de grosses cicatrices sur le visage, et une partie de son cou semblait brûlée. Ses longs cheveux, un peu crasseux, ne venaient pas améliorer son apparence. L'homme ne devait pas encore avoir atteint la quarantaine, mais son visage semblait hésiter entre la jeunesse et la vieillesse.

— Tu es dans quelle maison, à Poudlard ? lui demanda l'homme.

— Gryffondor.

— Ah... Bon choix, très bon choix.

La porte s'ouvrit soudain et le Iris eut la sensation de sentir son cœur s'échapper de sa cage thoracique tant elle était pressée d'aller voir son frère. Les Aurors sortirent en compagnie de son père, qui les remercia.

— Fais très attention, ce sont de vraies pourritures... entendit-elle dire l'un des Aurors à l'homme balafré alors qu'elle s'approchait de la porte.

— Ne vous inquiétez pas, vigilance constante !

Timidement, Iris passa la porte, s'arrêtant à l'entrée de la chambre. Elle ne parvint à aller plus loin, trop émue de voir son frère les yeux ouverts, la regardant, un sourire sur son visage partiellement couvert de pansements. Certaines blessures avaient beaucoup de mal à cicatriser, sa mère le lui avait expliqué.

Toujours aussi amaigri et pâle, Lionel restait encore effrayant avec ses pansements, ses cicatrices et drôle de couleur grise qui semblait ne pas vouloir le quitter. Mais c'était bien lui, avec ses yeux qui avaient l'air de lui dire "ça fait un bail, pas vrai ?". Ils se fixèrent quelques secondes tous les deux, avant qu'Iris, des larmes plein les yeux, se décide à avancer pour aller s'installer sur le bord du lit et prendre la main de son frère.

— Oh, j'ai même pas réfléchi... Je peux, je ne te fais pas mal ? en voyant les bandages sous ses doigts.

Lionel la rassura d'un regard et serra un peu sa main dans la sienne, lui souriant toujours. La jeune fille s'en voulut un peu, mais elle ne parvint pas à s'empêcher de penser que son sourire, de près, ressemblait plus à une grimace qu'à autre chose. Iris aurait voulu le serrer dans ses bras, mais elle avait été prévenue, son frère souffrait énormément. Il suffisait de remarquer, en plus de tous les bandages, des cicatrices, la manière dont malgré lui, il restait crispé pour deviner combien son corps avait l'air de lui faire mal.

— Je suis tellement, tellement contente de te voir... dit Iris en essuyant une larme de sa main libre.

Lionel lui sourit encore, lui faisant comprendre que lui aussi, il était heureux de la voir. Heureux d'être là, tout simplement. Iris le vit échanger un regard avec ses parents, leur indiquant de les laisser seuls.

Une fois tous les deux dans la chambre, Lionel soupira doucement avant de la regarder à nouveau, visiblement très ému. Quelque part, cela mit Iris très mal à l'aise, car il n'y avait rien de normal dans tout cela. C'était bien la preuve, même si elle s'en doutait déjà, que l'on ne pourrait pas faire comme si rien ne s'était passé. Quelque chose avait foncièrement changé en son frère, au-delà de ses cicatrices. Et c'était douloureux à réaliser.

— Tu m'as vachement manqué, tu sais.

Lionel serra à nouveau sa main et ferma les yeux quelques secondes. Iris imaginait volontiers combien il devait se sentir frustré, à ne pouvoir s'exprimer comme il le voulait. Pour l'instant, son frère ne savait plus parler. Du moins, il ne savait plus se faire comprendre. Les fractures de sa mâchoire avaient beau être réparées, il lui fallait encore beaucoup de rééducation pour parvenir à articuler correctement. Et encore plus pour parvenir à mastiquer sans s'étouffer un jour, sans doute.

— Maman m'a dit que tu as beaucoup de migraines. J'espère que ça ira vite mieux. Mais tout le monde s'occupe bien de toi ici pas vrai ?

Son frère hocha très légèrement la tête, presque imperceptiblement. Iris retint un soupir triste, ne voulant pas l'accabler. Mais elle avait tellement envie de l'entendre rire, de la taquiner, de vivre ! Lionel avait l'air à bout de forces, comme si être là était déjà un exploit. Ne supportant plus ce silence imposé, Iris se décida à amener un peu de vie dans cette chambre toute blanche.

— J'ai un peu discuté avec le type dehors, tu sais, celui avec les longs cheveux. Un sacré numéro, non ? Il doit souvent avoir des problèmes avec sa hiérarchie.

La remarque sembla amuser Lionel et il avait l'air plutôt d'accord. Ayant envie de rattraper le temps perdu, Iris se mit à lui raconter tout ce qui lui passait par la tête.

Lionel sourit beaucoup plus franchement quelques secondes, et son visage se contracta dans une drôle de grimace, qui manqua de faire tiquer sa sœur. Mais elle continua, devinant dans son regard qu'il aimait l'entendre parler de sa vie à Poudlard.

— On a gagné notre premier match contre Serpentard. On va disputer la finale contre Serdaigle, du coup. Oh, et je t'avais parlé du nouveau professeur de Défense, le professeur Tiddle ? Ses cours sont toujours aussi bien, mais qu'est-ce qu'il peut être sévère des fois. Et il est toujours tellement décoiffé... Je me demande ce qu'il fabrique, franchement.

Lionel ne la quittait pas des yeux, concentré sur ses paroles. Iris poursuivit pendant de longues minutes, lui parlant des cours, de blagues des Maraudeurs, et de à peu près tout ce qui pouvait l'intéresser.

— Et bon, je te dis un truc parce que je sais que tu ne vas pas le répéter... Euh, non, c'est pas ce que je voulais dire ! Pas parce que tu peux pas parler, mais parce que je sais que tu le dirais pas, t'as toujours été une tombe pour ce que je te disais. Mais quelle idiote... Rigole pas, espèce de crétin !

Iris connaissait assez son frère pour savoir qu'il était hilare. Son visage, déformé par le rire et par la douleur, lui disait de ne pas s'en faire. Iris s'en voulut quand même un peu, même si s'était bien de le voir rire, car il semblait avoir du mal à reprendre son souffle.

— Bon, reprit Iris. Black et moi on... On sort ensemble, en quelque sorte.

L'expression abasourdie avec laquelle Lionel haussa un sourcil faillit faire éclater Iris de rire. Mais sa mère lui avait demandé de faire attention, car son frère était sujet à de violents maux de tête et sensible au bruit, alors elle se contenta de pouffer.

— Tu diras rien hein ? Tu sais comment sont Papa et Maman... Et puis, c'est pas très important, c'est... Enfin, c'est juste bien et j'ai pas envie que Maman me prenne la tête avec ça.

Lionel hocha la tête d'un air entendu et semblait vouloir dire quelque chose, mais ils furent interrompus par quelques coups à la porte. Celle-ci s'ouvrit sur leurs parents qui souhaitaient les rejoindre, accompagnés de Hector et Elaine. Hector l'embrassa et salua son frère en lui demandant comment il se sentait, Iris toujours serrée contre lui.

— On brave l'interdiction d'être plus de trois dans la chambre, mais bon, ça fait du bien d'être en famille pas vrai ? dit l'aîné en faisant un clin d'œil à leur frère.

— C'est trop bien, affirma Iris.

— Bon... On veut pas te fatiguer trop longtemps et on ne veut pas d'histoires avec les infirmières mais on profite qu'on soit tous réunis pour vous dire un truc. Maman, ne fais pas cette tête inquiète, c'est trois fois rien, soupira Hector.

Elaine et Hector échangèrent un regard très complice, tendre, qui fit sursauter Iris. Se rappelant combien elle avait trouvé sa belle-sœur fatiguée à Noël, elle se dégagea de l'étreinte de son frère en poussant un cri de surprise. Lionel lui, affichait un drôle d'air en regardant leur frère, à la fois très ému et un peu nostalgique.

— Je crois qu'Iris et Lionel ont deviné, dit Elaine en riant.

Les visages de leurs parents se décomposèrent et se recomposèrent tout aussi vite, n'osant pas trop y croire. Amusé, Hector leur confirma qu'Elaine était enceinte, et leur mère fondit en larmes.

— Maman... râla Hector en la prenant dans ses bras, amusé par l'émotion de leur mère.

— C'est que je suis tellement heureuse ! Vous allez avoir un bébé !

— On ne voulait rien dire plus tôt... J'avais un bon pressentiment sur le fait que Lionel allait être de la fête, confia Hector en se tournant vers leur frère.

Iris se sentait très étrange, en cet instant. Un bébé, ce n'était pas rien comme nouvelle. Un bébé dont elle allait être la tante. Son grand frère allait avoir un bébé. C'était très curieux, comme idée. Bien sûr, Hector avait toujours été l'aîné, l'adulte, le plus mature. Mais imaginer son frère avec un bébé dans les bras, c'était quand même quelque chose. D'ailleurs, à voir la figure pensive de leur père, il devait se dire la même chose.

— C'est une sacrée bonne nouvelle... finit par dire leur père en serrant Hector dans ses bras. C'est même mieux... C'est une nouvelle parfaite.

Elaine discutait avec la mère d'Iris et avait l'air particulièrement heureuse et fière. Un peu honteuse, la jeune fille se prit à penser que l'épouse et la belle-fille parfaite allait gagner en puissance, devenant aussi la maman parfaite. Par réflexe, elle se tourna vers Lionel, qui la regardait lui aussi. En un regard, la jeune fille sut qu'il s'était fait la même réflexion et ils ricanèrent en même temps, assez discrètement pour ne pas se faire remarquer. Iris se sentit particulièrement joyeuse et rassurée en cet instant. Lionel était de retour.

— Lionel... dit Hector en s'approchant et en posant une main sur le bras de leur frère. Tu sais, il n'y a personne d'autres au monde qu'on veut comme parrain pour ce bébé.

Lionel esquissa un sourire, qu'Iris eut la surprise de trouver peut-être un peu triste, et agrippa la main de leur frère, fermant les yeux. C'était très curieux, comme elle se sentait à la fois folle de joie et mélancolique.

Ils passèrent encore un moment en famille, à discuter de tout et de rien, et tout le monde demanda à Iris de raconter un peu ce qui se passait à Poudlard. Bien sûr, elle évita soigneusement le sujet Sirius Black, qui resterait un secret entre Lionel et elle pour un bout de temps. De toute façon, Lionel avait toujours su merveilleusement bien garder les secrets. Mais au bout de moment, Lionel se mit à somnoler, visiblement très fatigué et sa mère décréta qu'il était temps pour tout le monde de partir et de le laisser se reposer. Tendrement, même si elle avait un peu hésité devant les cicatrices, Iris avait embrassé son frère sur la joue exempte de pansements.

— Je viens te voir demain après-midi, vers quinze heures, après mon cours, dit son père en embrassant Lionel avant de partir. A demain, mon grand.

Quelque chose avait changé chez le père d'Iris, elle le savait depuis le jour où elle l'avait vu complètement perdu, mutique, le jour de l'agression. Et cela semblait avoir également changé beaucoup de choses entre son père et Lionel. Ils avaient toujours été proches : le père d'Iris était un homme qui aimait passer du temps avec ses enfants et qui avait toujours tout fait pour compenser le temps qu'ils passaient à Poudlard avec eux. Mais désormais, Gregory Leighton avait l'air de ne plus vouloir quitter Lionel des yeux, et il le regardait toujours comme s'il le voyait pour la première fois. Mais après tout, n'était-il pas celui qui l'avait retrouvé, presque agonisant dans une mare de sang, encore conscient, souffrant le martyre ?

Il était prévu qu'Iris dîne avec ses parents, et la jeune fille apprécia de se retrouver autour d'une table avec sa famille en pouvant se dire que bientôt, la chaise vide de Lionel serait à nouveau occupée. Bien sûr, elle ne put s'empêcher de culpabiliser en l'imaginant tout seul sur son lit d'hôpital.

— Nous nous arrangerons pour que tu puisses rendre visite à ton frère régulièrement Iris, dit sa mère en lui passant la salade. Mais il faudra que tu sois patiente... Entre ses séances de soin et...

— Je sais Maman, ne t'inquiète pas.

— Et Iris... Je sais... Je sais qu'on a eu tendance à te délaisser un peu, ton père et moi, depuis ce qui s'est passé. Vraiment, j'en suis désolée. C'est simplement que c'était difficile. Tu dis toujours que je sais tout gérer, mais ça...

La voix de sa mère s'étrangla et comme pour se redonner contenance, elle but une gorgée d'eau. Iris, mal à l'aise devant la souffrance évidente de sa mère, se concentra sur le service de la salade. C'était un peu lâche, mais elle ne savait pas vraiment comment réagir. Surtout sans fondre en larmes.

— Tout ce que je veux dire, c'est qu'on sait très bien que tu as vécu ces mois très difficilement toi aussi et que je suis désolée de ne pas avoir été là pour toi. Et ma pauvre, tu dois gérer la préparation de tes BUSEs dans tout cela... Mais...

— T'inquiète pas Maman, répéta Iris. Et puis tu sais, je me débrouille pas si mal que ça, même quand tu n'es pas sur mon dos. Bon d'accord, je me ballade souvent avec les mains dans les poches, mais à part ça...

Les parents d'Iris sourirent et sa mère se pencha pour l'embrasser dans les cheveux. La jeune sorcière était tout de même mal à l'aise, voulant aborder un sujet qui elle le savait, était très sensible chez ses parents. Mais elle avait besoin de savoir.

— Dites... Je sais que vous n'avez pas très envie de m'en parler mais... Qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là ? Lionel a dû indiquer des choses aux Aurors et à vous aussi, même s'il a du mal à parler. J'aimerais savoir.

La mère d'Iris frissonna et but à nouveau une gorgée d'eau. Son père quant à lui, la fixa sans rien dire un long moment. Il finit cependant par lui expliquer que oui, Lionel avait pu confirmer des choses aux Aurors, mais que l'enquête était loin d'être terminée.

— Et je peux en savoir un peu plus ?

— Je ne peux pas entendre cela une fois de plus, déclara la mère d'Iris.

— Mais Maman... protesta Iris.

— Flora, je lui expliquerai. Tu es fatiguée, tu devrais aller te coucher. Iris sait prendre le réseau de la poudre de Cheminette... On se débrouillera.

L'ancienne Serdaigle hocha la tête et se leva en leur demandant de penser à débarrasser la table. Très tendrement, elle serra Iris dans ses bras, puis elle embrassa son mari sur la joue en lui rappelant que le professeur McGonagall attendait le retour d'Iris pour 20h30. Du coin de l'œil, Iris observa sa mère retirer ses chaussures au bas de l'escalier comme si elle se déchargeait d'un poids immense, et surtout trop lourd à porter.

— Ta mère est très fatiguée, tu sais, finit par dire Gregory Leighton après un long moment de silence.

— Oui, je sais. Mais j'ai tellement besoin de savoir...

— Je comprends, Iris, je comprends, lui répondit son père en poussant son assiette et ses couverts sur un côté de la table. On ne sait pas encore exactement qui a agressé ton frère...

— Mais comment c'est possible, ça fait des mois qu'ils enquêtent ! C'est quoi ces Aurors pourris ? le coupa Iris.

— Pour la bonne et simple raison que les personnes qui ont l'ont agressé sont des inconnus parfaitement organisés, Iris. Tu te souviens de sa petite amie ?

— La moldue ? Oui, ils l'ont toujours pas retrouvée non plus j'imagine...

— Ils vont avoir du mal à la retrouver. Elle... Elle fait partie de ceux qui ont torturé Lionel. Elle n'a jamais été une victime.

Iris écarquilla grand les yeux, abasourdie. La fille qui plaisait à Lionel, pour qui il avait fait réchauffer des lasagnes, était dans le coup ? Soudain envahie par un sentiment de rage, la jeune fille serra les poings à s'en faire mal.

— Mais comment... Je ne comprends pas. Je croyais que Lionel avait été torturé magiquement ? Ce sont ses complices qui s'en sont chargés ? Et... Mais c'est quoi son intérêt à elle dans tout ça ?

— Elle a pris part aux tortures aussi. Ce n'est pas une moldue, Iris.

— Elle a été jusqu'à se faire passer pour une moldue pour le piéger ? C'est possible, ça ? Mais ils lui voulaient quoi à Lionel, ces gens ?

— Là-dessus, c'est plus compliqué... Ton frère reste encore très évasif avec nous et étant donné les difficultés qu'il a à s'exprimer... Mais cela aurait à voir avec le voyage que vous avez fait en Grèce cet été. Lionel aurait fait quelque chose, là-bas.

Hormis manger de la feta et visiter les vestiges de la Grèce antique, Iris n'avait pas le souvenir que son frère ait fait quelque chose de particulier pendant ces vacances. Bien sûr, il y avait ce rendez-vous où Lionel était allé seul, et dont elle avait déjà parlé aux Aurors, mais cela n'avait pas duré longtemps. Dans quel pétrin avait-il réussi à se fourrer, en l'espace de si peu de temps ?

XXXX

— C'était vraiment un été for-mi-da-ble... Au mois de juillet, mes parents veulent aller en Italie. C'est bien aussi, mais je ne sais pas si ce sera aussi génial que Paris. En plus, ils veulent aller dans un petit village perdu de Lampanie...

— Campanie, corrigea Iris entre deux gorgées de Bièraubeurre.

— Voilà c'est tellement paumé que je suis incapable de retenir le nom de la région. J'ai peur de m'ennuyer, et puis, on pourra pas faire les magasins comme à Paris, poursuivit Victoria, sans se rendre compte des regards moqueurs.

Pour au moins la vingtième fois depuis le début de cet après-midi, Iris maudit silencieusement James Potter. Cette fois, elle songea aussi à lui lancer un sort pour que ses cheveux, qu'il aimait tant ébouriffer, deviennent aussi aplatis qu'une crêpe. Potter, sans doute lassé de continuer à essayer de séduire sans succès Lily, avait embrassé Victoria Truman deux jours auparavant. Grâce à cette idée brillante, Iris se retrouvait à écouter Victoria raconter toutes les merveilleuses choses qui pouvaient lui arriver. Malheureusement pour la Poufsouffle, elle réussissait à chaque fois, sans doute par un procédé magique très étrange, à rendre tout ce qu'elle disait formidablement inintéressant.

— J'espère vraiment que mes parents vont accepter que tu viennes avec vous, dit la blonde à Emeline Joyce, sa meilleure amie.

Car oui, puisque Potter avait stupidement décidé de sortir avec Victoria, ils avaient gagné deux idiotes pour le prix d'une, comme disait Sirius. Iris en était presque à regretter de ne pas être restée avec Lily et Darius. Mais cela voulait dire passer l'après-midi avec Garrick aussi, et pour l'instant, elle avait toujours cette envie difficilement répressible de lui mettre son poing dans la figure lorsqu'elle le voyait lui sourire avec ses faux airs de genre idéal.

— De toute façon, si je n'ai pas suffisamment de BUSEs, mes parents ne m'emmènent pas. Je devrais peut-être faire exprès de rater mes examens, dit-elle avant de glousser d'une façon très désagréable.

Sirius, qui était juste en face d'Iris, fit alors semblant d'enrouler une corde son cou et de tirer d'un coup sec, avant de mimer le balancement d'un corps inerte. Bien que de mauvais goût, l'imitation était parfaite de réalisme et Iris ricana, cachée derrière sa Bièraubeurre. Remus, Peter et Mary avaient eux aussi bien du mal à garder leur sérieux. Potter, bien que visiblement amusé lui aussi, le fusilla du regard, tout en essayant de paraître à continuer s'intéresser à ce que disait Victoria, qui n'avait rien remarqué et continuait de parler. Iris devait bien le reconnaître, James Potter avait l'air du genre à essayer d'être charmant avec ses petites amies. Orthia, qui connaissait assez bien sa famille, disait que c'était parce que sa mère le tuerait sans doute si elle apprenait qu'il n'était pas un parfait gentleman.

— On irait pas faire un tour ? finit par dire Sirius, lassé.

— Il fait tellement froid dehors, on est bien mieux ici, dit Victoria en balayant la proposition de Sirius d'un revers de la main avant de reprendre son récit.

— Queen Victoria, hein ?

Potter le fusilla du regard, ne voulant manifestement pas s'attirer d'ennuis. Il fallait bien avouer que si Victoria possédait une chevelure d'un blond très doux, elle ne devait pas être du genre facile à vivre.

— Bah Sirius, tu vas où ? demanda Peter pour tout le monde, alors que Gryffondor se levait et remettait son manteau.

— Leighton et moi on va prendre l'air.

— Ah bon ? demanda Iris, en lui montrant sa chope de Bièraubeurre non terminée.

— Ouais, j'étouffe moi ici, et quand j'étouffe, je deviens désagréable et méchant. Un sale cabot... Tu voudrais pas que je montre une si piètre image de moi à Victoria, pas vrai James ?

Potter leva les sourcils, agacé par le caprice de Sirius. Iris, qui préférait aller se promener plutôt que de continuer à écouter le babillage de Victoria, but une grande gorgée de Bièraubeurre et se leva à son tour.

— La descente d'une Gryffondor, plaisanta Sirius en la regardant mettre son écharpe. Bon, les gars, à plus ! Et surtout... Amusez-vous bien !

Sirius attrapa Iris par le bras et l'entraîna vers la sortie du pub avant même qu'elle ait fini de fermer son manteau. Une fois dehors, elle l'arrêta pour pouvoir se couvrir un peu mieux et fit tomber son bonnet et ses gants. Faussement désespéré, Sirius ramassa rapidement ses affaires, lui tendit ses gants et lui enfonça son bonnet sur la tête jusqu'aux oreilles.

— Mon champ de vision est légèrement diminué là, Black, dit Iris en remettant correctement son bonnet.

— On va se promener vers la Cabane Hurlante ? J'aime bien le coin...

Avant même d'attendre sa réponse, Sirius l'avait déjà à nouveau entraînée par le bras, manquant de la faire trébucher. Lorsque Sirius Black avait quelque chose dans la tête, il était impossible de lui faire oublier, ou de lui proposer autre chose, Iris l'avait bien compris. Seul Potter semblait pouvoir réussir à lui faire entendre raison, tout comme Sirius était le seul à avoir un semblant d'autorité sur lui. En réalité, les deux garçons n'écoutaient rien ni personne, si ce n'étaient eux même. Quoique, parfois Remus avait l'air de pouvoir exercer une bonne influence sur eux. Iris commençait à s'habituer aux caprices et aux fantaisies de Sirius, qui n'avait jamais l'air d'imaginer qu'elle pouvait ne pas avoir envie des mêmes choses que lui. Lily disait qu'elle se laissait trop marcher sur les pieds. Iris, elle, trouvait simplement que Sirius avait l'air à chaque fois tellement enthousiaste qu'elle n'avait pas envie de contredire un tel entrain.

— Quand je pense que je viens de passer presque deux heures à écouter parler Victoria Truman... soupira Sirius.

— Qu'est-ce qu'il lui trouve, au fait ?

— Paraît qu'elle est jolie, qu'elle trouve que c'est un dieu du Quidditch, qu'elle l'aime bien et qu'elle est pas méchante. Je suis pas trop d'accord sur le dernier point mais bon, j'ai tendance aussi à être un connard des fois...

— Pas faux.

— T'es pas supposée être ma copine, toi ? Tu devrais pas me dire des choses gentilles, au lieu de confirmer que je suis un abruti avec un sourire sournois ?

— Si tu veux quelqu'un qui te chante des poèmes en jouant de la lyre et te jette des roses sur ton passage, va falloir aller voir ailleurs Black...

Sirius éclata de rire et la prit affectueusement par l'épaule, lui disant qu'il voulait bien faire des concessions si elle continuait à lui prêter ses magazines de musique moldue. Ils marchèrent un moment tous les deux, discutant de musique surtout, mais aussi des BUSEs, et même de Lionel. Si avec Lily, Iris discutait surtout de l'état de santé de son frère, du moral de sa famille et la peine que tout cela lui causait, Sirius et elle avaient plutôt tendance à se poser des questions sur l'enquête.

— Comment ça, Dumbledore est venu rendre visite à ton frère ? s'étonna le Gryffondor.

— Dans les premiers jours après son réveil... Avant moi même. C'est mon père qui m'en a parlé, l'autre fois. Je pensais te l'avoir dit.

— C'est bizarre non ?

— Qu'il aille lui rendre visite c'est pas si bizarre que cela, dit Iris alors qu'ils descendaient un sentier. Après tout, c'est l'un de ses anciens élèves, Lionel était Préfet-en-Chef et tout... Mais qu'il y aille aussi vite, ça oui, c'est bizarre.

— Dumbledore a tendance à se mêler de politique, mes parents en parlent souvent, lui expliqua Sirius. Ton frère lui a peut-être rendu un service... Quelque chose en lien avec le fameux Voldemort... Il fait de plus en plus parler de lui, après tout.

— J'en sais rien. Moi je pensais juste qu'on était en Grèce pour prendre le soleil et admirer la région, à la base. Maintenant tu me dis que mon frère était peut-être en mission pour le directeur de Poudlard...

— Avoue que c'est plausible, non ? En plus, Dumby a donné une interview à la Gazette où il prévient que ce mec là, il pourrait être très dangereux. "Un fléau pour le monde sorcier", qu'il a dit. De toute façon, moi, un mec qui se fait surnommer le Seigneur des Ténèbres, je trouve que ça craint.

— Faudra quand même m'expliquer le rapport avec la Grèce, soupira Iris.

— Là, j'avoue que je sèche. Et... Ce serait pas Servilio là-bas ?

Iris tourna la tête vers la direction désignée par le Gryffondor, sans penser à la reprendre pour l'usage de cet horrible surnom. Elle remarqua en effet Severus, en train de discuter avec Wilkes, un de ces Serpentards dont on devinait qu'il ne portait pas les Moldus dans son cœur.

— Qu'est-ce qu'ils peuvent bien être en train de trafiquer tous les deux ? demanda Sirius comme s'il parlait à haute voix.

— Ils ne trafiquent pas forcément quelque chose Black... Ils ont quand même bien le droit de profiter d'une sortie à Pré-au-Lard, Serpentards ou pas.

— Et pourquoi ils sont pas aux Trois Balais, ou dans une boutique ? Pourquoi est-ce qu'ils se retrouvent dans un endroit isolé, comme ça ?

— Bah nous aussi on se promène dans un endroit isolé, rétorqua Iris, qui trouvait l'attitude de Sirius ridicule.

— J'ai pas vraiment l'impression qu'ils soient là pour se promener.

— Et pourquoi ça ?

— Parce qu'ils sont assis sur un pierre et discutent de trucs qui ont pas l'air nets. Pour discuter de trucs normaux, ils pouvaient très bien se retrouver dans le centre de Pré-au-Lard.

— Sauf que dans le centre de Pré-au-Lard, il y a tes copains et toi qui risquent d'insulter ou de balancer des sorts à Severus. Je comprends volontiers son envie de prendre l'air ailleurs.

— Tu sais Leighton, je t'aime bien, mais franchement, tu es vraiment trop naïve comme fille.

— Si tu veux. On va moisir longtemps comme ça, cachés à moitié derrière les arbres ? On fait demi-tour et on va retrouver les autres ?

Mais Sirius ne l'écoutais pas, observant avec un drôle de regard les deux Serpentards, comme s'il lui fallait résoudre un nouveau mystère. Soudain, Severus et Wilkes se levèrent et se dirigèrent dans leur direction, continuant de discuter.

— Ils viennent par ici, ce serait bien le moment de bouger non ? proposa Iris.

— Bah pourquoi ?

— Tu es capable de croiser Severus sans l'insulter ou lui jeter un sort ?

— Si seulement j'avais la cape...

— Quoi ?

— Rien, rien... Je ne peux pas m'en aller sans dire bonjour à Servilio... De toute façon, ils nous ont vu regarde, ne nous montrons pas impolis...

— Tu fais vraiment chier Black ! Tu peux pas lui foutre la paix deux minutes, non ? En plus tu vas faire quoi ? Ils sont deux, espèce de crétin, et il est hors de question que je participe à embêter Severus, okay ? Alors moi, je m'en vais, débrouille-toi.

Tournant les talons, Iris commença à s'éloigner. Mais même si elle avait de grandes jambes, Sirius la rattrapa en trois enjambées, la retenant par le bras, comme à son habitude. Il paraissait un peu énervé et allait dire quelque chose quand les deux Serpentards arrivèrent à leur niveau, les dépassant. Iris savait pertinemment que Sirius n'allait pas pouvoir s'empêcher de les insulter, mais il n'en eut même pas le temps, tant ils furent surpris tous les deux par le regard haineux que Severus lança à Iris. Elle ne fit même plus attention à Sirius, tant elle se retrouva saisie par la manière dont il la regardait.

— Un problème, Servilio ? lui dit le Gryffondor, menaçant.

— Black, arrête, intervint Iris en soutenant le regard de Severus.

— Ce n'est pas la peine de te donner tant de mal Leighton, Black n'attaque jamais sans ses gardes du corps, ricana Severus.

— Tu me traites de lâche ? s'énerva Sirius, ses doigts crispés sur sa baguette.

— Tu sais... Bellatrix fait un charmant récit de votre réveillon de Noël... dit Severus, amusé.

Wilkes se mit à rire et Iris crut bien que Sirius allait faire exploser quelque chose tant il paraissait furieux. Et visiblement, Severus était très satisfait de lui. Rageur, Sirius leva sa baguette et expulsa Severus quelques mètres plus loin. En voyant Wilkes que Sirius, tout à sa rage contre Severus, avait oublié, diriger sa baguette vers eux, Iris réagit et le désarma.

— Mais arrêtez bon sang ! leur cria Iris en ramassant la baguette de Wilkes, qui sembla seulement réaliser sa présence.

Severus, qui s'était redressé très rapidement, évita le maléfice d'Entrave jeté par Sirius et rétorqua par une formule qu'Iris ne reconnut pas, mais qui frappa Sirius en plein visage. Le Gryffondor porta un bras à son visage mais ne lâcha pas sa baguette pour autant. Lorsqu'il baissa son bras, Iris ne put s'empêcher de sursauter. Son visage était gonflé voire déformé, rouge, et ses yeux avaient pris une couleur écarlate eux aussi.

Furunculus !

De gros furoncles purulents et violacés se mirent à pousser sur la peau de Severus, ce qui fit éclater de rire Sirius. Il avait déjà commencé à répliquer quand Iris les somma une nouvelle fois d'arrêter.

— Mêle-toi de ce qui te regarde ! lui cracha Severus en envoyant un nouveau sort à Sirius, qui l'évita avec un sortilège de bouclier.

Locomotor Wibbly ! s'écria-t-elle, furieuse.

Lorsque Severus et Wilkes, en voyant Sirius perdre le contrôle de ses jambes, comprirent qu'Iris avait lancé le Maléfice de Jambencoton sur son camarade de maison et nouvellement petit ami, ils écarquillèrent les yeux aussi grands que s'ils venaient de découvrir le Graal. Severus regarda alternativement Iris puis Sirius, se demandant clairement si la jeune fille s'était jetée elle-même un sort de Confusion. L'improvisation d'Iris avait eu au moins le mérite de couper net l'affrontement.

— MAIS QU'EST-CE QUE TU FOUS ? hurla Sirius en essayant de se relever.

Iris s'avança vers les Serpentards, sa baguette dirigée vers eux. Severus ne la fixait plus avec haine, mais toujours avec un air prodigieusement étonné. Avec son visage couvert de furoncles violets en prime, la chose aurait été plutôt comique, si la situation n'avait pas été aussi tendue.

— Vous vous en allez, tous les deux, dit Iris en essayant d'ignorer les vociférations de Sirius derrière elle.

— On a aucune raison de t'obéir, répondit Severus, sa baguette toujours à la main.

— Je te jure que si tu continues Severus, je vais m'arranger pour que Lily ne te jette plus jamais un seul regard.

L'argument sembla un peu ébranler le Serpentard, qui la toisa froidement avant de lui demander de rendre sa baguette à Wilkes. Iris, mal à l'aise, jeta la baguette à son propriétaire. Si elle s'était sentie relativement courageuse dans les minutes précédentes, elle avait maintenant l'impression de se liquéfier.

— Tu comptes annuler ton sortilège ou je vais devoir attendre jusqu'à la Saint-Merlin ? lui demanda Sirius, furieux, alors que les deux Serpentards s'éloignaient.

— J'attends qu'ils se soient éloignés suffisamment.

— Mais dites-moi que je rêve ! Ça te prend souvent, de négocier avec l'autre connard graisseux, et de jeter des sorts à tes petits-amis ? T'aurais pu prévenir, j'y aurais plus réfléchi avant de t'embrasser !

— Tu n'as pas du tout réfléchi avant de m'embrasser, je te rappelle.

— Ouais bah ça me réussit de moins en moins apparemment, la spontanéité ! Tu m'as jeté un sort, quoi ! Mais merde Leighton, pourquoi tu l'as pas balancé à Servilus ?

Iris haussa les épaules, n'ayant pas très envie de répondre. La jeune fille savait très bien que Sirius ne comprendrait pas la réponse. C'était plus simple de jeter un maléfice à Sirius qu'à Severus, et c'était aussi étrange que logique. Elle y avait pensé pourtant, mais elle avait été incapable de lever sa baguette contre lui. Pour Iris, Severus, ce n'était pas Servilus. C'était Severus, le garçon un peu étrange dont elle n'était pas sûre d'avoir un jour gagné l'amitié. Peu importait, car le fossé entre eux s'était encore plus creusé qu'auparavant aujourd'hui.

— C'est par rapport à Lily, c'est ça ? lui dit Sirius un peu plus calmement.

— Entre autres... répondit Iris distraitement, en regardant la silhouette de Severus au loin.

— Hé oh, je suis là !

— Et puis sur toi, j'avais pas de moyen de pression suffisamment fort pour arrêter ce massacre, ajouta Iris en le délivrant du sortilège. C'est le choix de la raison.

— Balancer un sortilège à ton mec, c'est le choix de la raison ?

Sirius était en colère, c'était évident. D'ailleurs, il ne lui adressa plus la parole de tout le trajet pour rejoindre le reste du groupe. Étant donné l'ego surdimensionné qu'il avait tendance à avoir, Iris n'était pas très étonnée. De toute manière, Iris était elle aussi en colère contre lui. Heureusement pour lui, son visage avait repris une forme et une couleur à peu près normales quand ils retrouvèrent leurs amis sur la place de Pré-au-Lard. Seuls ses yeux étaient encore très enflammés et gonflés.

A la grande surprise d'Iris, Lily était avec le reste du groupe, à côté de Darius. Elle avait l'air si furieuse que la sorcière comprit très vite pourquoi ils s'étaient joint à eux, en dépit de la présence de Potter.

— J'ai croisé Severus et vous vous doutez bien de ce que j'ai vu, déclara Lily en se plantant devant eux, les bras croisés. Il m'a dit qu'il fallait que je vois ça avec Black et toi, tu m'expliques Iris ?

— Pas mes affaires... dit Sirius en rejoignant Potter.

— Oh si, ce sont tes affaires Black ! Pourquoi tu t'en prends toujours à lui hein ? Et...

— Tu sais quoi Evans ? J'en ai rien à faire. Alors époumone-toi autant que tu veux, explique-toi avec ta pote, mais moi là, je sature.

Lily aurait sans doute pu lui arracher la peau du visage à mains nues si elle s'était écoutée, mais elle regarda Sirius de la manière dont on regarde les causes perdues, avant de se tourner vers Iris.

— Alors ?

— Lily, on en parlera une fois de retour à Poudlard d'accord ?

— Tu vas m'expliquer quoi ? Pourquoi cet abruti a eu raison d'attaquer lâchement Severus, une fois de plus ?

— Tu n'étais pas là Lily, répondit Iris avec peut-être un peu d'agressivité, tant elle se sentait fatiguée.

Iris trouvait que Sirius s'était effectivement comporté comme un abruti en se montrant une fois de plus incapable de ne pas pouvoir respirer le même air que Severus sans l'insulter ou l'humilier. Seulement, elle avait aussi vu chez le Serpentard un visage qu'elle n'avait encore jamais vu chez lui. Elle n'avait pas oublié le regard qu'il lui avait lancé, pas plus que le malin plaisir qu'il avait pris à ennuyer Sirius à propos de... A propos de quoi d'ailleurs ? Du réveillon de Noël ? Il devait sans doute savoir des choses sur la famille de Sirius. Iris savait qu'il n'avait pas passé un bon Noël mais il était rentré dans une telle rage... Et Severus avait eu l'air de parfaitement savoir ce qu'il faisait, en lui parlant de cela. De la part de quelqu'un qui avait lui aussi de gros problèmes relationnels avec sa famille, elle trouvait ça vraiment cruel. En réalité, les deux garçons s'étaient montrés particulièrement mauvais l'un envers l'autre. Néanmoins, elle ne pouvait pas s'empêcher de se dire que c'était finalement Severus qui avait commencé à les défier : en la regardant ainsi, il savait parfaitement que Sirius allait réagir. Forcément.

— Je n'arrive pas à croire que tu continues de le défendre, reprit Lily en la fixant, déçue et en colère.

— Je ne le défends pas là, Lily. Au cas où t'aurais pas remarqué, c'est légèrement tendu entre nous.

— Tu vas rompre avec lui ?

— Hein ?

Lily secoua la tête d'un air négatif et tourna les talons, prenant Darius par la main en s'éloignant vers Poudlard. Iris se retrouva bien bête, avec une gigantesque envie de pleurer, sous les regards gênés de ses amies.

Une fois de retour au château, Lily ne lui adressa pas la parole de la soirée. Iris ne mangea pratiquement rien lors du dîner, se contentant de jeter des coups d'œil tantôt tristes, tantôt furieux à sa meilleure amie, qui regardait systématiquement ailleurs.

Lily s'étant réfugiée immédiatement dans la chambre après le repas, Iris passa la soirée dans la salle commune, à essayer d'ignorer les regards de Sirius. Elle passa la soirée avec Orthia, Mary étant avec Remus et Karen ayant décidé de tenir compagnie à Lily.

— Je vais me coucher, je suis fatiguée... Tu montes aussi ? finit par dire Orthia en baillant après avoir perdu à la Bataille Explosive.

— Non, je vais attendre qu'il soit plus tard. J'ai pas envie de risquer un conflit ouvert...

Iris était donc seule depuis une bonne vingtaine de minutes, recroquevillée dans son fauteuil quand elle vit Sirius s'installer sur l'accoudoir en lui mettant une assiette remplie de toasts à la marmelade d'orange devant le nez.

— T'as rien mangé ce soir. Me regarde pas comme ça, c'est pas empoisonné, ça vient directement des cuisines.

— Non merci.

— Comme tu veux, lui répondit-il en enfournant l'un des toasts.

A son grand agacement, il resta cependant assis juste à côté d'elle, ne comprenant apparemment pas qu'elle était toujours fâchée contre lui, et surtout, pas du tout d'humeur à supporter ses fantaisies.

— C'était quand même surtout pour Lily, que tu m'as balancé ce sort hein ?

Iris haussa les épaules, n'ayant pas du tout envie de se mettre à pleurer devant lui pour une histoire aussi bête. Or, une boule désagréable était en train de se former dans sa gorge et ses yeux la piquaient.

— Ouais, c'est surtout pour Lily, dit-il en se laissant un peu tomber vers elle.

— Et alors ?

— Bah... Lily, c'est ton James à toi. Et même si James décidait de se marier avec Queen Victoria, ce serait quand même toujours James. Alors bon, on va dire que je comprends. Un peu hein, parce que merde, tu as quand même préféré me balancer un sort à moi plutôt qu'à Rogue. Je sais pas si je vais m'en remettre de celle-là.

Iris releva les yeux vers lui, ne sachant plus très bien quoi faire : d'un côté, elle avait encore envie de lui mettre un sérieux coup de poing dans la glotte, et de l'autre, ses paroles lui avaient fait l'effet d'une Bièraubeurre.

— T'es sûre que tu veux pas un toast ?

— Par Merlin Black, il y a vraiment des fois où je te trouve con comme un tuyau, tu sais, répondit Iris sans pouvoir s'empêcher de sourire un peu.

— Mais ? Parce que j'espère vraiment que cette phrase a un mais, sinon, je te jure que je subtilise définitivement ces toasts.

— Mais je dois en tenir une sacrée couche aussi, parce que j'arrive même pas à continuer à t'en vouloir. Et le pire, c'est que tu parviens à m'amadouer avec trois pauvres toasts à la marmelade d'orange.

Sirius éclata de rire sans retenue, comme d'habitude. Attirant Iris à lui d'un bras, il l'embrassa en continuant de rire, et Iris trouva cela vraiment réconfortant. Peut-être parce que Sirius avait le goût de la marmelade, et qu'une marmelade qui riait, c'était quelque chose de drôlement bien, quand on avait le moral dans les chaussettes.


Alors, pour information, je n'ai aucune obsession maladive envers la marmelade.

Sinon, bah j'espère que ce chapitre vous a plu. La relation entre Sirius et Iris, j'essaie de la rendre très particulière et j'espère y parvenir. Quant au mystère autour de Lionel, j'espère qu'il continue à vous intéresser !

N'hésitez pas à laisser un petit mot... On se retrouve dans environ deux semaines pour le prochain chapitre, qui sera... Haut en couleurs ;)

Mille bisous et un million de Patacitrouilles pour vous !