Un Oeil sur Poudlard
- Tu as entendu parler du raffut dans la Grande Salle mardi midi ? Des élèves avaient ensorcelé les couverts avant le déjeuner. Dès qu'on les touchait, ils se mettaient à chanter.
- Tu penses que ce sont les mêmes qui ont tenu réveillé Rusard toute la nuit en chantant dans les couloirs la dernière fois ?
Amélia ne pouvait s'empêcher de réprimer un sourire chaque fois qu'elle entendait des discussions similaires.
- On commence à être connus. Dommage qu'on ne puisse pas le revendiquer.
- Ca vaut peut être mieux, répondit Sid. C'est moins compliqué si personne ne sait que c'est nous qui faisons tout ça. Pas de compliments, mais pas de reproches.
Les casseroles étaient assises à la table des Serdaigle dans la Grande Salle. Trouver un moment pour se voir tous ensemble était difficile, en raison des emplois du temps, mais également à cause des occupations personnelles. Les jeunes Serdaigles avaient pris l'habitude de déjeuner plus tôt que les autres de temps en temps. Ca leur permettait de partager leur repas tout en discutant, sans éveiller les soupçons ou être entendus par des oreilles indiscrètes.
- Il faudrait faire attention aux préfets, dit Sid en attaquant ses pommes de terres. Je crois qu'ils commencent à se méfier de nous. Deux élèves de cinquième année, une de quatrième et une de sixième, ça attire l'attention.
- Il faudrait trouver un moyen pour être plus discret, commença Sophia. Et aussi de garder un œil sur les autres élèves, pour savoir ce que l'on dit de nous.
- Pourquoi pas Ambrosia ? Proposa Amélia.
- Pourquoi pas un balai avec une perruque ? Répondit Sid. Je suis sûr qu'on y gagnerait.
- Sid ! Le reprit Amélia. Ne commence pas. Elle pourrait être très utile !
- Elle a raison, approuva Pen. Elle connaît beaucoup de monde.
- Un balai nous permettrait de nous déplacer si un préfet arrive, répondit Sid. Ca fait un partout.
- L'avoir avec nous nous rendrait moins suspect, poursuivit Pen. Elle est toujours très entourée d'élèves de tout âge et de toute maison.
- Bon, d'accord, admit Sid. Elle serait peut être plus utile qu'un balai. Mais il faudrait trouver un moment où elle est seule. Et là vous allez avoir du mal.
- Je m'en occupe, dit Amélia en se levant.
Elle venait d'apercevoir Ambrosia, entourée d'un petit groupe. Amélia s'approcha d'Ambrosia, et dû s'éclaircir la gorge pour se faire remarquer.
- Ah, Amélia ! Comment tu vas ?
- Bien, merci. Euh, est-ce que je pourrais te parler, seule à seule ?
- Bien sûr ! Allez, laissez nous un peu.
Amélia fut surprise par la rapidité avec laquelle le petit groupe se dispersa. Elle eut en tête l'image d'un groupe de moineaux chassés par un geste de la main.
- Alors, que voulais-tu ?
- Euh, oui, reprit Amélia. Voilà, il y a quelque temps, avec Sid, on a fondé un... groupe. Et on se demandait si ça t'intéresserait d'en faire partie.
Ambrosia parut surprise. Elle ne devait pas s'attendre à ça. Elle sembla hésiter, mais Amélia eut très vite l'impression qu'elle hésitait plus sur la manière de décliner l'offre que sur le gang en lui-même. Rapidement, elle sut qu'elle avait vu juste.
- Amélia, ça n'a rien de personnel, mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée.
- Tu es sûre ? Demanda Amélia déçue. Pourquoi ?
- Déjà, je te rappelle qu'avec Sid on n'a jamais réussi à se supporter. Je ne sais pas si faire partie d'un groupe qu'il a fondé serait une bonne chose.
- Oui, mais il a lui-même reconnu que tu pourrais avoir beaucoup d'importance, tenta Amélia.
- Il n'y a pas que ça. Tu sais, je fais déjà partie de presque tous les groupes de Poudlard. Ce n'est pas que le tien ne m'intéresse pas, mais je n'ai pas le temps d'être partout. J'ai déjà beaucoup de responsabilité, alors un groupe de plus...
- Ce n'est pas n'importe quel groupe ! S'emporta Amélia sans le vouloir. C'est le Gang des Casseroles Ambulantes !
L'effet fut immédiat, et sans l'avoir recherché, Amélia remarqua tout de suite l'intérêt qui s'éveilla chez Ambrosia.
- Un gang ? Je n'ai jamais fait partie d'aucun gang ! Ca peut être drôle !
Amélia sourit malgré elle. Si elle avait su que la simple évocation du mot gang aurait suffit à convaincre son amie, elle aurait directement commencé par là.
- En fait, c'est un peu spécial. Il ne faut pas que les gens soient au courant.
- Oh, dit Ambrosia déçue. Pourquoi ?
- Eh bien, on aurait sûrement des problèmes si les préfets savaient qui nous sommes. Et puis ça nous permet d'agir plus librement, sans être surveillés.
- Dans ce cas pourquoi avoir besoin de moi ?
- Si les préfets voient un groupe d'élèves d'années différentes, ils vont se demander ce que l'on fait ensemble. S'ils nous voient avec toi, ils vont penser qu'on est simplement des... des admirateurs ou quelque chose dans le genre. Et puis tu connais tellement de monde, ça serait super d'avoir quelqu'un d'aussi populaire que toi.
Apparemment ce dernier argument avait fait mouche. Ambrosia sourit un instant, avant de reprendre.
- Très bien, j'accepte de faire partie de ton gang.
- Euh, ce n'est pas mon gang, on l'a fondé à deux avec Sid. Et puis tu ne sais pas encore ce que l'on fait exactement.
- Allons, allons, Amélia, tout ça c'est secondaire. Je fais partie d'un gang pour la première fois. Il faut que j'organise une fête. Ne t'inquiète, je ne dirai pas le motif de la fête. J'en fais tellement qu'il n'y a plus vraiment besoin de motif.
Ambrosia éclata de rire en partant, sûrement pour préparer la fête pour la soirée pensa Amélia. Mais elle fut satisfaite d'avoir rempli sa mission. Elle se tourna vers les autres au bout de la table qui la regardaient, inquiets. Ils parurent rassurer de la voir acquiescer de la tête, sauf Sid qui leva les yeux au ciel. Mine de rien, le gang commençait à prendre de l'ampleur.
Les résultats furent saisissants. Au cours des jours qui suivirent, les casseroles semblaient tout simplement faire partie du décor lorsque Ambrosia était avec elles (« Mais non, c'est juste qu'ils n'ont le temps de regarder qu'une personne en passant. » répondait Ambrosia dans une tentative de modestie). Même Joseph Troughton, le préfet de Serdaigle qui avait pris en grippe Amélia dès son arrivée, semblait ne plus accorder autant d'importance à leurs petites réunions.
Mais avec l'examen imminent pour le tournoi, les casseroles passaient bien plus de temps à réviser qu'à élaborer de nouveaux plans. La veille de l'examen, Amélia avait l'impression que chaque nouvelle information qui entrait dans sa tête se faisait au détriment d'une ancienne. Elle s'acharna cependant à réviser jusqu'à la dernière minute, ressassant dans sa tête toutes les informations qu'elle avait survolées dans les dernières heures. Ce n'est qu'une fois assise à sa table individuelle dans la Grande Salle aménagée pour l'occasion qu'elle se permit un moment de repos.
Regardant autour d'elle, elle s'aperçut que la Grande Salle était quasiment pleine. L'examen n'était pas obligatoire, cependant la majorité des élèves à partir de la quatrième année étaient présents. Lorsque tous se furent installés, Amélia vit son oncle et trois autres professeurs traverser la Grande Salle, suivis d'une malle volant à quelques mètres du sol. Arrivé à la table des professeurs, Gordon Ephistas ouvrit la malle et plusieurs centaines de copies s'en échappèrent pour se poser sur la table à ses côtés.
- Je vous souhaite le bonjour chers élèves. Ce test de niveau et de compétence magique est divisé en trois parties, annonça-t-il d'une voix forte. Chaque partie compte autant que les deux autres. Au final, se sera la meilleure copie de chaque maison qui sera sélectionnée, et son auteur se verra recevoir l'honneur de représenter sa maison au tournoi. Vous avez exactement trois heures à partir de maintenant. Sur ce, voici vos copies. Bon courage à toutes et à tous.
D'un geste de baguette, les feuilles furent envoyées sur chaque table, et Amélia s'empara de son sujet. L'examen était divisé en trois parties. La première était un QCM qui portait apparemment sur toutes les matières, rien d'inquiétant. Si elle ne connaissait pas la réponse, elle pourrait toujours tenter sa chance. La deuxième était un sujet de réflexion, au choix parmi trois : « La métamorphose humaine peut-elle remplacer les animagi ? », « Les Runes, pallier ou dépassement de la Magie ? » et « L'émancipation centaurienne, quelles répercutions sur l'esclavage des Gobelins ? ». Enfin, la troisième partie était une petite série de questions portant sur un sujet en particulier, la... la Magie Elémentaire ?
Ah, problème, pensa Amélia. Celle là n'était absolument pas dans ses révisions. C'était sûrement dans le programme de la 6ème ou 7ème année. Elle se demanda alors si les autres avaient pensé à prendre de l'avance sur le programme pour se préparer à l'examen. Mais elle remarqua rapidement qu'elle n'était pas la seule. Plusieurs élèves de son année, et même d'autres, se regardaient l'air perplexe. Amélia s'était toujours demandée si elle arriverait première, à présent elle se demandait plutôt si elle y arriverait tout court.
Après plus de deux heures et demie de questions en tout genre (dont un bon quart d'heure de « Mais où ils sont allés chercher des trucs pareils ? »), Amélia se sentait déjà plus en confiance. A part quelques questions dont elle ignorait tout, principalement dans la troisième partie, elle pensait s'en être plutôt bien sortie. Etrangement, elle s'était trouvée de nombreuses choses à dire sur la métamorphose humaine. Il restait vingt bonnes minutes avant la fin de l'épreuve, ce qui laissait largement le temps de relire sa copie. Et tout en relisant, elle se demanda comment les casseroles s'en étaient sorties.
Jamais à Beauxbâtons elle n'avait eu de groupe comme celui des casseroles. Elle avait eu des amis, mais la plupart du temps elle allait parfois avec les uns, ensuite avec les autres. Avoir un groupe fixe de gens sur qui compter lui était nouveau, mais elle aimait ça. Elle sourit en imaginant le genre de sanctions qu'elle aurait reçue à Beauxbâtons si les casseroles y avaient réalisé leurs exploits. Une petite blague sur un professeur lui avait valu un renvoi, semer la pagaille dans l'institut lui aurait sûrement valu le bûcher.
- Plus que dix minutes jeunes gens, annonça le professeur Ephistas. Je vous conseille fortement de commencer à vous relire.
Amélia sortit de ses rêves pour se consacrer à sa relecture. Pour la conforter dans les pensées qu'elle venait d'avoir, Ambrosia et Pénélope l'attendirent à la sortie de la Grande Salle.
- Dis donc, commença Pen en se dirigeant vers les étages, ils y sont allés fort pour certaines questions. Nous mettre toute une partie sur les Elémentaires. Globalement ça s'est bien passé, mais ça va être difficile d'être sélectionnée. Et pour vous ?
- Je n'ai pas beaucoup révisé, mais sait-on jamais, répondit Amélia qui ne voulait pas montrer à quel point le tournoi l'intéressait. Et toi ? demanda-t-elle en se tournant vers Ambrosia ?
- Oh, moi les examens... Pour les réussir pas de problèmes, mais pour arriver première, c'est une autre histoire. Et puis la Magie Elémentaire, c'est surtout pour faire le tri, histoire d'éliminer les plus jeunes.
- J'y ai pensé aussi, dit Pénélope. C'est au programme des 7ème années.
- Bon, maintenant que c'est fini, il est temps de se remettre à comploter ! Dit Amélia d'un ton enjoué pour changer de sujet.
- Pas si fort ! La reprit Pénélope. On pourrait t'entendre.
- Ah, si seulement on pouvait être un peu tranquilles. Ambrosia, tu connais du monde, tu sais où on pourrait être tranquille ?
- Je connais du monde, mais le château en lui-même ne m'intéresse pas trop. Tu devrais demander à Tom.
- Tu penses qu'on peut lui faire confiance ? Demanda Amélia. Il faudrait éviter d'ébruiter tout ça.
- On peut avoir confiance en Tom, répondit Ambrosia d'un ton catégorique. Je le connais bien, et chaque fois que je lui ai demandé quelque chose, il l'a gardé pour lui.
- Tu devrais lui demander alors, si vous vous connaissez bien. Ca ferait moins louche que si c'était Amélia ou moi.
- Hé hé, ça ne fait que quelques jours que je suis parmi vous et je suis déjà indispensable, dit Ambrosia en empruntant l'escalier.
- Fidèle à elle-même, plaisanta Amélia.
L'après-midi même, alors qu'Amélia, Sid, Pénélope et Sophia discutaient dans la Salle Commune, Ambrosia arriva un grand sourire aux lèvres, accompagnée de Tom. Amélia ne put s'empêcher de détourner la tête en croisant le regard de Tom. Depuis qu'elle avait accepté de l'accompagner au bal, elle avait du mal à soutenir son regard. Mais son léger malaise disparut lorsqu'Ambrosia prit la parole :
- Nous avons notre salle ! Annonça-t-elle.
- Déjà ?
- Dans les cachots, entre les deux tableaux qui représentent des sorciers se bouchant les oreilles. Cette salle est insonorisée. Même avec de la magie, impossible d'entendre ce qu'il s'y passe si on est à l'extérieur. Et puis les cachots ne sont pas très fréquentés, donc personne ne remarquera des allés et venues.
- La belle affaire, dit Sid. Je la connais cette porte, impossible d'y rentrer.
- Pas lorsqu'on a la technique, répondit Tom avec un sourire. Il faut siffler l'air de « Ma tarte aux citrouilles » de Celestina Moldubec pour qu'elle s'ouvre.
- En fait, ça serait pas mal d'avoir Tom dans le gang ! Lança Ambrosia. Avec moi pour les élèves, et Tom pour le château, vous avez un œil sur tout Poudlard.
Sid manqua de s'étouffer avec son infusion de Voltiflor.
- Pardon?
Tous se tournèrent vers Sid.
- Comment ça on demande à Thomas d'intégrer le gang?
- Tu sais Sid, c'est vrai que Tom pourrait nous être utile, dit calmement Pen qui sentait de plus en plus la colère de Sid monter.
- Dans ces cas la autant en parler à Rusard, je suis sur qu'il connaît bien le château lui aussi, en plus de ça nous n'aurions plus à nous soucier du couvre feu. Je suis sûr qu'il serait ravi de devenir une casserole.
- Arrête un peu avec ta mauvaise foi, s'emporta Ambrosia, tu agis comme si tu étais le chef ici.
Elle regretta immédiatement ses paroles devant le regard noir que Sid lui lançait.
- En effet je ne suis pas le chef ici, mais qui est-ce qui prend des décisions toute seule avant de nous les balancer à la figure ? Je te le demande Ambrosia.
- Je ne veux pas imposer quoi que ce soit, ajouta Tom quelque peu gêné, si vous n'êtes pas d'accord je compr...
- Bien sûr qu'on est pas d'accord ! Le coupa Sid.
Pénélope n'aimait pas du tout la tournure que cela prenait, elle décida de prendre les choses en main. Elle allait devoir y aller avec des pincettes avec Sid. La diplomatie était de rigueur, elle pensa à ce que Aldébaran aurait fait, elle se leva, prit une inspiration et parla calmement.
- Ne parle pas en notre nom alors que tu ne sais pas ce que nous en pensons.
- Mais...
- Laisse moi parler s'il te plait. La question de l'intégration de Tom dans le gang est peut être précipitée mais il nous rend un énorme service, tu en conviendras.
- Ouais... dit Sid sans vraiment y croire.
- Maintenant plus le gang s'agrandit et plus nous devons nous comporter comme un véritable groupe et donc prendre nos décisions ensemble. Et le meilleur moyen pour y parvenir est le vote.
- Dans ce cas, moi je vote oui, dit Sophia en regardant par la fenêtre, je suis pour qu'on apporte un peu plus de logique masculine dans le gang, ils sont tellement à côté de la plaque que ça nous fera du bien.
- Pour moi c'est oui, dit simplement Pénélope.
- Je crois que je n'ai pas besoin de me prononcer, dit Ambrosia. C'est évidemment oui.
- Je suis assez d'accord avec tout le monde, dit Amélia en regardant Sid d'un air désolé.
- Alors je pose mon droit de véto !
Tous regardèrent Sid, sidérés par son entêtement et sa mauvaise foi.
- OK ! Ajouta t il. Thomas est notre nouvelle recrue ! Applaudissons le et faisons lui une haie d'honneur.
Il jeta un dernier regard dédaigneux à Tom et s'en alla. Les casseroles restèrent sans voix.
- Je crois que ce n'était pas une bonne idée, dit Tom presque désolé d'avoir fait tant d'histoire. Avec Sid, cela n'a jamais été le grand amour, j'aurais dû me douter qu'il n'allait pas apprécier.
- Non, tu ne pouvais pas savoir, dit Ambrosia, il est tellement imprévisible. Mais ne t'inquiète pas ça s'arrangera avec le temps, bientôt vous serez inséparables.
- Permet moi d'en douter.
- Tout à l'heure dans les couloirs tu étais tellement emballé par le projet que tu n'as pas à t'inquiéter, ajouta Ambrosia, tu feras une formidable casserole.
- Merci, répondit simplement Tom.
- Parce que vous en aviez parlé avant ? Questionna Amélia.
- Oui bien sûr ! Répondit Ambrosia. Il fallait que je voie sa motivation.
- Alors il vaut mieux que Sid n'en sache rien, il ne supporte pas qu'on prenne des décisions dans son dos. N'oubliez pas que nous avons tous les deux créé ce gang, et personnellement je n'aimerais pas que vous fassiez des choix aussi importants sans mon accord.
- Oui c'est vrai, je comprends, dit Ambrosia avec un ton d'excuse qui ne manqua pas d'étonner Tom.
- Je vais maintenant le rejoindre et essayer de le calmer. Par contre on va s'arrêter là pour le recrutement, d'accord?
Tout le monde acquiesça, Amélia s'en alla chercher Sid et les casseroles restantes essayèrent de rassurer Tom sur son intégration mouvementée.
