Chapitre 10 : le Cognard Fou

Depuis le désastreux épisode des lutins, le professeur Lockhart n'avait plus amené de créatures vivantes en classe, au grand soulagement de ses élèves. Il se contentait de lire et de mettre en scène des passages de ses livres en reconstituant – au hasard – les scènes qui le mettaient le mieux en valeur. Il demandait souvent à l'un des étudiants de lui servir de partenaire dans ces mises en scènes. Il avait vite compris que Harry ne serait pas un comédien accommodant. Au vu des piètres performances (un peu forcées) du garçon, Lockhart avait dû se rabattre sur d'autres élèves, moins célèbres mais plus aptes à répondre à ses attentes. Ainsi, Ronald Weasley avait tenu – pour sa plus grande honte - le rôle d'un villageois de Transylvanie que Lockhart avait guéri d'un sortilège de Babillage. Finnigan avait joué un yéti atteint d'un refroidissement et Dean Thomas, un vampire qui n'arrivait plus à manger que de la laitue depuis que Lockhart s'était occupé de lui. Bizarrement, les Serpentard s'étaient tous révélés très piètres comédiens.
Ce jour-là, Neville Londubat fut chargé d'interpréter devant toute la classe le rôle d'un loup-garou. Il semblait que Granger l'avait assez chapitré pour l'obliger à produire cette performance.
- Très bien, ce hurlement, Neville – c'était exactement comme ça – et ensuite, vous me croirez si vous voulez (Et on ne veut pas), j'ai bondi sur lui – comme ceci – je l'ai plaqué au sol – comme ça – d'une seule main, j'ai réussi à l'immobiliser (Bien joué, Hercule… Non mais vraiment… Qui peut gober ça ?) – et avec mon autre main, je lui ai mis ma baguette sur la gorge – j'ai alors rassemblé mes dernières forces (Mais quel mélo !) et je lui ai jeté un sort extrêmement complexe qu'on appelle le sortilège d'Homomorphus – il a poussé un petit cri pitoyable – vas-y Neville – plus fort que ça – très bien (En effet, Londubat, tu es pitoyable) – sa fourrure a disparu – ses crocs se sont ratatinés – et il a repris sa forme humaine. Simple, mais efficace. Et voilà comment, une fois de plus, tous les habitants d'un village se souviendront de moi comme du héros qui les a délivrés de la terreur que faisait peser chaque mois l'abominable loup-garou (Dommage que cette créature ne nous ait pas libérés de lui…)
La cloche sonna pour annoncer la fin du cours et Lockhart se leva.
- Voici le sujet de votre prochain devoir : vous composerez un poème racontant ma victoire sur le loup-garou de Wagga Wagga ! L'auteur du meilleur poème recevra un exemplaire dédicacé de Moi le Magicien !
- C'est un cours de Défense ou un cours de littérature ? grommela Sarah en se levant.
Les élèves commencèrent à sortir et Harry vit Hermione qui avançait vers le bureau du professeur pour faire signer un papier en compagnie de Neville et Ron. Il entendit parler de la Réserve de la bibliothèque et d'un livre que la demoiselle voulait y consulter. Elle parla avec enthousiasme d'un des ouvrages de Lockhart. Harry eut encore le temps de voir le professeur prendre une grande plume de paon pour signer le parchemin avant de se sauver. Il rapporta ces faits à ses deux acolytes.
- Oh, oh… Ils mijotent quelque chose, ces trois-là… Je me demande pourquoi Granger aurait besoin de Weasley et Londubat ? fit Théodore, perplexe.
- Rien de bon, surtout que ces deux-là ne sont pas réputés pour leur grande habileté, répondit Harry.
- Je vais aller voir ça de plus près, décida Sarah en prenant le chemin de la bibliothèque.
Elle revint un quart d'heure plus tard avec son propre livre sous le bras.
- Alors ? questionnèrent avidement les garçons.
- Elle a pris les Potions de Grand Pouvoir. J'ignore pourquoi, mais ils sont allés se cacher dans les toilettes de Mimi Geignarde pour le lire tranquille. J'aurais bien aimé les écouter, mais entre le fantôme qui pleurait dans son coin et ces trois andouilles aux aguets, je me suis dit que ce ne serait pas une très bonne idée. Il valait mieux attendre qu'ils en sortent et passer très vite derrière eux.
- Très juste. Inutile de leur donner un motif de grogne avant le match contre leur équipe, pas vrai ? fit Théodore en grimaçant.
- Ouh ! Je l'avais presque oublié, ce fichu match ! C'est demain… Brrr…
- Pas de panique, Harry ! Tu as déjà gagné deux matches l'année dernière et tu vas continuer cette année.
- J'ai pas vraiment le choix, dit Harry, misérable. Si je rate le vif, Marcus va m'arracher la tête.
- Et confier ton poste à Malefoy, ajouta Sarah en souriant gaiement.
- Merci pour cet argument massue, Sarah ! Hors de question de perdre, après ça !

Le matin du match, Harry resta longtemps allongé sur son lit, les yeux fixés sur le plafond. Quelque chose lui nouait l'estomac. Il n'avait aucune crainte face à l'équipe de Gryffondor, mais pourtant, il avait un assez mauvais pressentiment. Parce que son balai était moins rapide que ceux de ses équipiers ? Allons donc ! La seule chose dont il devait s'occuper était d'aller plus vite que l'attrapeur adverse. Il soupira en s'enfonçant plus profondément dans son oreiller.
- Hé ! Harry ! Marcus dit que si tu ne t'amènes pas tout de suite, il donne ta place à Malefoy ! cria Wendel Fallencrest en passant la tête dans le dortoir.
- C'est bon, j'arrive. Bon sang ! Je sais pas pourquoi, mais j'ai un trac de tous les diables !
- C'est le premier match de la saison. C'est normal.
Ils gagnèrent les vestiaires au petit trot. Marcus était déjà entrain de faire son discours de motivation à l'équipe et les deux collègues arrivèrent au moment où leur capitaine conseillait à ses troupes de se montrer à la hauteur, sans jamais préciser le châtiment qui les attendait en cas d'échec. Marcus fit mine de ne pas noter leur retard. En hâte, Harry enfila la robe verte et argent de son équipe. En revanche, poussé par Marcus qui ne souhaitait pas faire attendre l'arbitre, il n'eut pas le temps d'enfiler les protections de cuir épais que les joueurs portaient sur les jambes et les avant-bras. « Tant pis ! Je devrai voler plus vite que les cognards… »
Une fois dehors, les Serpentard furent accueillis par les vivats de leurs supporters, presque noyés par les sifflets du reste de l'école. Harry aperçut avec effarement Lucius Malefoy dans la tribune des professeurs, juste à côté de Rogue. S'il venait admirer les prouesses de son fils… Marcus et Dubois se serrèrent la main à s'en écraser les phalanges. Au coup de sifflet de Bibine, les quatorze joueurs s'élevèrent sous un ciel de plomb.
- Ça va, le petit balafré ? cria Angelina Johnson en passant à côté de lui.
Harry n'eut pas le temps de répliquer car un gros cognard lui passa sous le nez. La balle fit demi-tour vers lui, mais la batte de Cori l'intercepta au passage. Le cognard n'en démordait pas, car il revint à la charge comme un boomerang. Harry accéléra brutalement et fonça vers l'autre bout du terrain, tandis que la pluie commençait à tomber, s'écrasant en grosses gouttes sur les lunettes de Harry. Le cognard le pourchassait en sifflant. Mais que se passait-il ? D'habitude, les cognards s'en prenaient à tout le monde. Aucune importance. Il n'était pas un des meilleurs balais volants de l'école pour rien. Espérant détourner l'attention de son adversaire Creevey, il se lança dans un simulacre de poursuite qui eut l'effet désiré : l'attrapeur en rouge et or se jeta à sa suite… et le cognard avec lui. Harry enchaîna les figures : tonneaux, cercles, zigzags, chandelles et piqués. Derrière lui, Creevey avait bien du mal à suivre. Le Serpentard éprouva un immense plaisir à entendre la voix lugubre de Jordan annoncer que son équipe menait par soixante à zéro. (Ce n'est même plus amusant… On aurait dû garder les vieux balais.)
Une nouvelle pirouette aérienne l'amena à passer sous Creevey. Le cognard voulut suivre le mouvement et…
BLAM !
Le cognard percuta violemment Creevey et l'envoya au tapis. Un rugissement de colère monta des gradins de Gryffondor, tandis que les Serpentard applaudissaient à tout rompre. Harry eut alors un petit sursaut en apercevant le vif qui voletait juste à côté de la tête de Katie Bell. Il hésita un moment. Si l'attrapeur était hors course, un autre joueur avait parfaitement le droit de prendre le vif à sa place.
VLAM !
Harry avait hésité un instant de trop et le cognard venait de l'atteindre en lui cassant le bras. Étourdi par la douleur, il commença à glisser sur son balai, ne se retenant plus que d'une main. Le cognard lança une nouvelle attaque en essayant de le frapper au visage. Harry fit une embardée en n'ayant plus qu'une idée dans son cerveau embrumé : foncer sur Bell.
Aveuglé par la pluie et les messages chaotiques de son système nerveux, il fondit sur la jeune fille, qui s'écarta de sa route en criant de frayeur, persuadée qu'il voulait l'attaquer. Au moins, elle ne risquait plus de lui prendre le vif sous le nez. Plus qu'un mètre et…
Harry lâcha le balai et tendit les doigts vers le vif qui s'apprêtait à fuir. Il sentit le métal froid dans sa main, mais il ne tenait plus le manche de son Nimbus que par les jambes et il glissa pour de bon. Il entendit vaguement les gens qui hurlaient tandis qu'il plongeait vers le sol en essayant de ne pas perdre connaissance.
Avec un bruit sourd, il tomba dans la boue qui recouvrait le terrain et roula par terre. Son bras faisait un angle bizarre avec le reste de son corps. La tête lourde, Harry percevait à peine les cris et les sifflets de la foule autour de lui. Son dos reposait dans une flaque et il laissa la fraîcheur de l'eau engourdir peu à peu ses membres et atténuer la douleur qui lui vrillait le bras. Il regarda le vif d'or dans ses doigts.
- On a gagné… murmura-t-il.
Puis il s'évanouit.
Lorsqu'il reprit connaissance, Harry était toujours allongé dans sa flaque et la pluie continuait de lui marteler le corps. Quelqu'un lui avait relevé la tête. Il reconnut la longue tresse de Katarine Campbell. Puis il vit une rangée de dents étincelantes.
- Oh non, pas vous… gémit-il.
- Il ne sait plus ce qu'il dit, lança Lockhart d'une voix claironnante à l'adresse des élèves de Serpentard qui se pressaient autour de lui, la mine anxieuse. Ne t'inquiète pas, Harry. Je vais soigner ton bras.
- Non ! protesta Harry. Je préfère aller à l'infirmerie.
- Ce serait mieux, approuva Marcus, qui souriait malgré la blessure de son attrapeur. Pomfresh a tout ce qu'il faut en réserve. N'est-ce pas, professeur ? ajouta-t-il en montrant presque les dents. Colin Crivey, t'es gentil, tu me ranges cet appareil-photo de malheur, avant que ça se finisse mal ! On n'a pas besoin de paparazzi maintenant ! Ni jamais, d'ailleurs !
Le cliquetis de l'appareil cessa aussitôt.
- Sinon, beau boulot, Harry. Tu peux te lever ?
- Allons, reculez-vous… C'est un sortilège très simple que j'ai souvent pratiqué, dit Lockhart en retroussant les manches de sa robe vert jade.
- Puisqu'il vous dit qu'il veut aller à l'infirmerie ! s'exclama Campbell, furieuse.
Mais Lockhart continua à faire des moulinets avec sa baguette magique, qu'il pointa soudain sur le bras de Harry.
Une sensation étrange et désagréable se répandit aussitôt dans son bras, depuis l'épaule jusqu'au bout des doigts. Il eut l'impression que la chair se dégonflait comme un vieux pneu crevé. Les yeux fermés, il n'osait pas regarder le résultat, mais ses pires craintes se trouvèrent confirmées par les exclamations furibondes ou stupéfaites qui s'élevèrent autour de lui. Son bras ne lui faisait plus mal. En fait, il avait même l'impression de ne plus en avoir du tout.
- Oui, en effet, disait la voix de Lockhart. C'est une chose qui peut se produire de temps en temps. Mais l'essentiel, c'est que les os ne soient plus cassés. C'est surtout ça qu'il faut avoir à l'esprit. Eh bien voilà, Harry, il ne te reste plus qu'à aller à l'infirmerie. Mr Flint, Miss Campbell, pouvez-vous l'accompagner là-bas, s'il vous plaît ? Madame Pomfresh n'aura qu'à… arranger ça.
Lorsque Harry se releva, il se sentit bancal. Respirant profondément, il ouvrit les yeux pour voir dans quel état se trouvait son bras… et faillit s'évanouir à nouveau.
Ce qu'il voyait dépasser de sa manche ressemblait à un gant de caoutchouc couleur chair. Il essaya de remuer ses doigts mais rien ne se produisit.
Lockhart n'avait pas ressoudé les os. Il les avait fait disparaître.

Madame Pomfresh était en rage.
- Vous auriez dû venir ici immédiatement ! fulmina-t-elle en soulevant le bras inerte de Harry.
- On a essayé… répondit-il d'un air piteux.
- Pour toute réclamation, contactez le professeur Lockhart, ajouta Sarah.
- Je peux ressouder les os en quelques secondes, mais les faire repousser…
- Vous pouvez le faire, n'est-ce pas ? demanda Harry, l'estomac noué par la peur.
- Sans aucun doute, mais ce sera douloureux, répondit l'infirmière en tendant un pyjama à Harry. Il faudra passer la nuit ici.
Sarah et Katarine attendirent de l'autre côté du rideau pendant que Théodore lui donnait un coup de main pour enfiler son pyjama. Il fallut un certain temps pour faire passer le bras amorphe dans la manche.
- On va voir si Granger et les autres minettes admirent toujours autant Lockhart après ça ! grommela Théodore. Si tu avais demandé à être changé en mollusque, ça se saurait… Enfin… Au moins, ça ne te fait plus mal, pour le moment…
- L'ennui, c'est que ça ne me fait plus grand-chose, en fait.
- Le pire, dit Sarah, c'est qu'il a l'air d'être partout à la fois. On est cernés par UN incapable, c'est vraiment rageant.
Lorsque Harry se laissa tomber sur le lit, son bras rebondit comme un gros paquet de chiffons.
Quand Pomfresh revint, elle tenait une grande bouteille de verre blanchâtre portant l'étiquette Poussos.
- Tu vas passer une mauvaise nuit, prévint-elle en versant un liquide fumant dans un bol qu'elle tendit à Harry. Faire repousser des os, ça fait mal.
Harry avala la potion et se mit à tousser, tant il avait la gorge en feu.
- Vous vous attendiez à quoi ? A du jus de citrouille ?
Puis elle s'en alla, pestant contre les sports dangereux et les professeurs incompétents. Sarah se chargea de faire avaler un peu d'eau à son collègue.
- On a quand même gagné, dit Théodore en souriant. Jamais victoire de Serpentard ne sera autant sifflée que celle-ci, c'est sûr. Dubois a passé un gros savon à Creevey, ainsi qu'à Bell, puisqu'elle avait le vif juste au-dessus de sa tête…
- J'aimerais bien savoir qui a trafiqué ce cognard pour qu'il me courre après.
- C'est une nouvelle enquête à ajouter sur notre liste. Je pense qu'elle rejoindra vite celle sur l'héritier, cependant.
A ce moment, la porte de l'infirmerie s'ouvrit à la volée. Couverts de boue et ruisselants de pluie, les joueurs de l'équipe de Serpentard venaient saluer leur attrapeur.
- Magnifique travail ! claironna Wendel Fallencrest. Je viens de croiser quelques supporters rouge et or. Ils sont aussi verts qu'à la fin de l'année dernière, quand on a gagné la coupe !
Ils avaient tous apporté des bonbons, des gâteaux, du jus de citrouille… Ils s'installèrent autour du lit et préparaient ce qui allait être une belle fête improvisée quand Madame Pomfresh surgit soudain en criant :
- Ce garçon a besoin de repos ! Il faut lui faire repousser trente-trois os ! Alors dehors ! DEHORS !
Et Harry se retrouva seul avec pour unique compagnie la douleur lancinante qui lui traversait le bras.

Des heures plus tard, Harry se réveilla soudain avec un petit cri de douleur. Quelque chose d'humide et froid venait de lui passer sur le visage. Il se redressa légèrement en grommelant. Son bras lui paraissait rempli d'échardes. Il retint un autre cri en se rendant compte que quelqu'un était entrain de lui éponger le front dans l'obscurité. Et il reconnut tout de suite les immenses oreilles.
- Dobby !
Des larmes coulaient le long du nez pointu de la créature. Harry hésita entre la colère et la pitié pour ce pauvre elfe de maison.
- Harry Potter est revenu à l'école, murmura-t-il, consterné. Dobby n'a pas cessé de le mettre en garde, pourtant. Ah ! Monsieur, pourquoi n'avez-vous pas écouté Dobby ? Pourquoi n'êtes-vous pas rentré à la maison après avoir raté le train ?
- Donc, c'est toi qui as bricolé la barrière pour que je ne puisse pas passer ? Bravo, très intelligent de ta part ! ricana Harry.
- Dobby s'est repassé les mains pour se punir, ajouta la créature en montrant ses doigts encore enveloppés de bandages.
- Imbécile… fut la seule réponse.
- Dobby s'en fichait, monsieur. Il pensait que Harry Potter était en sécurité. Jamais il n'aurait pensé que Harry Potter pouvait arriver à l'école par d'autres moyens !
- T'es pas le seul à me sous-estimer, rassure-toi.
- Dobby a reçu un tel choc en apprenant que vous étiez revenu à Poudlard, monsieur ! Il en a laissé brûler le dîner de son maître ! Jamais Dobby n'a reçu une telle correction…
- A cause de toi, les jumeaux et moi avons failli être renvoyés ! dit Harry d'un ton féroce. Tu ferais mieux de filer avant de déclencher d'autres catastrophes. Je ne sais pas ce que feraient Fred et George, s'ils te voyaient.
- Dobby est habitué aux menaces, monsieur. Il en reçoit sans cesse chez ses maîtres.
Il se moucha dans un coin de sa taie d'oreiller. Harry fit la grimace. Bonjour, l'hygiène !
- Pourquoi portez-tu toujours cette chose ?
- Ca, monsieur ? C'est un signe distinctif des elfes de maison. Dobby ne peut être libéré que si ses maîtres lui offrent des vêtements. Aussi sa famille fait bien attention à ne rien donner à Dobby, pas même une chaussette.
- Je vois… marmonna Harry. Dis-moi, puisque tu te soucies autant de ma santé… Tu dois avoir une idée de qui m'a envoyé ce maudit cognard, non ?
Dobby prit soudain un air coupable.
- Ne me dis pas… C'est TOI qui as essayé de me tuer avec ce truc ?
- Pas de vous tuer, monsieur, surtout pas ! dit Dobby, l'air choqué. Dobby veut sauver la vie de Harry Potter. Mieux vaut qu'il rentre chez lui blessé que de rester ici, monsieur ! Dobby voulait seulement que vous soyez suffisamment blessé pour être renvoyé chez vous !
- Et je peux savoir pourquoi tu tiens tant à me faire rentrer à la maison en petits morceaux ?
- Ah, si seulement Harry Potter savait ! gémit Dobby en versant un nouveau flot de larmes. S'il savait tout ce qu'il représente pour nous, les humbles, les esclaves, le rebut du monde magique ! Dobby se souvient comment c'était quand Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom était au sommet de sa puissance ! Nous, les elfes de maison, étions traités comme la pire vermine. Oh, bien sûr, Dobby est toujours traité ainsi, admit-il en s'essuyant les yeux, mais pour beaucoup, la vie s'est améliorée depuis la chute de Vous-savez-qui… Harry Potter a survécu et le pouvoir du Seigneur des Ténèbres a été brisé. Ce fut une aube nouvelle pour nous. Harry Potter était l'espoir pour nous qui pensions que les jours sombres ne se finiraient jamais. Mais maintenant, à Poudlard, des choses terribles se préparent, et Dobby ne peut pas laisser Harry Potter demeurer ici, à présent que l'histoire va se répéter, que la Chambre des Secrets a été de nouveau ouverte…
A cet instant, l'elfe se figea, comme pétrifié d'horreur, et il saisit la carafe d'eau qu'il abattit sur sa tête de toutes ses forces. Il s'effondra sous le choc, puis émergea un instant après, louchant et marmonnant :
- Méchant Dobby… Très méchant Dobby…
- Donc, il existe bien une Chambre des Secrets, murmura Harry. Et elle a déjà été ouverte dans le passé ? Intéressant… Raconte-moi un peu.
Il attrapa le poignet squelettique de Dobby, qui tentait de prendre de nouveau la carafe.
- Je ne suis pas né de parents moldus… Encore que dans la cervelle de certains tordus, je sois aussi un Sang-de-bourbe. Mais pourquoi devrais-je avoir peur de ce que contient la Chambre ? Hum ?
- Monsieur, ne demandez plus rien au pauvre Dobby… balbutia l'elfe, les yeux exorbités. Il se prépare de mauvaises choses dans ce château et vous devez en partir, monsieur ! C'est trop dangereux…
- Qui est-ce ? siffla Harry, exaspéré. Qui a ouvert la Chambre cette fois ? Sûrement pas le même qu'avant.
- Dobby ne peut rien dire, monsieur. Dobby ne doit rien dire ! Rentrez chez vous, Harry Potter, rentrez chez vous !
- Hors de question ! C'est pas mon genre de me défiler à la première alerte, Serpentard ou pas ! Une de mes camarades a des parents moldus, elle est en tête de liste si jamais la Chambre est bien ouverte, alors ouvre ton bec et parle !
- Harry Potter doit d'abord sauver sa propre vie ! Il le faut.
- Écoute-moi bien, Dobby : Harry Potter est fort, Harry Potter a des amis forts et rusés, Harry Potter a déjà affronté l'Innommable par deux fois. Harry Potter est habitué au danger, et Harry Potter sauvera sa vie en combattant le danger, pas en fuyant éternellement ! Compris ?
- Harry Potter ne doit pas…
Dobby se figea soudain, ses grandes oreilles frémissantes. Harry entendit également les bruits de pas qui provenaient du couloir.
- Dobby doit partir ! souffla l'elfe.
Il y eut un craquement sonore et la main de Harry se referma sur du vide. Il se laissa retomber sur son oreiller, les yeux fixés sur la porte de l'infirmerie.
Un instant plus tard, Dumbledore entra à reculons. Il était vêtu d'une longue robe de chambre et portait un bonnet de nuit. Il soutenait l'extrémité d'une sorte de statue. Qu'est-ce que cet objet venait faire ici ? McGonagall apparut à son tour, tenant l'autre bout de la statue, que les deux professeurs déposèrent sur un lit.
- Allez chercher Pomfresh, murmura Dumbledore.
Harry resta immobile en faisant semblant de dormir. Il entendit des voix qui parlaient rapidement, puis les deux femmes passèrent devant lui.
- Que s'est-il passé ? interrogea l'infirmière.
- Une nouvelle agression. Minerva l'a trouvé dans l'escalier.
- Il avait son appareil photo avec lui. Je me demande ce qu'il comptait faire avec… Surtout à une heure pareille.
Harry se souleva légèrement et put voir le visage de la victime. Il reconnut Colin Crivey, les yeux grands ouvert, ses mains tendues tenant l'appareil photo.
- Pétrifié ? murmura McGonagall. Mais oui… Comme ce félin… Je me demande s'il a pu prendre son agresseur en photo…
Dumbledore réussit à prendre l'appareil dans les mains figées de Colin.
- Miséricorde ! s'exclama Pomfresh en toussant.
Un jet de vapeur jaillit de la boîte à images et une âcre odeur de plastique brûlé se répandit dans la pièce.
- La pellicule a entièrement fondu. Étrange… fit Pomfresh d'un air songeur.
- C'est bien ce que nous craignions, soupira Dumbledore. La Chambre des Secrets a été ouverte une nouvelle fois. Encore que je me demande bien comment ?
A voir leurs mines, Pomfresh et McGonagall étaient aussi perplexes que Harry.