Ma théorie est confirmée : l'hiver est plus propice à l'écriture ! ) Je me suis mise au défi de finir cette fic avant 2011…Je suis encore loin d'être sûre de pouvoir le relever, mais bon…Il paraît que se fixer des objectifs, c'est avancer. So…

Brefouille, voilà donc un nouveau chapitre, Pov Drago. J'espère que j'arrive à faire ressortir son personnage. C'est déjà difficile d'écrire sur Drago, alors écrire sur un Drago amoureux ! ^^ La galère. J'espère que ça vous plaira. Et comme dans la réalité, Noël approche…

Bonne lecture !


CHAPITRE 9

Life on Fascination


Je la regardais dormir. J'adorais la regarder dormir. C'était….reposant. Plus que çà. Apaisant. Fascinant. Elle était fascinante.

Sa peau pâle avait repris quelques couleurs, ses joues creuses s'étaient rebondies, presque enfantines, ses lèvres violettes avaient rosi, ses yeux ternes brillaient à nouveau de mille éclats. Je la trouvais plus belle. De jour en jour. Et de jour en jour, la tentation était plus grande. Presque effrayante. De la toucher. La caresser. L'embrasser.

Alors, je me racontais des histoires. Comme toujours. Les mensonges étaient tenaces. Ils cernaient ma vie. Depuis son commencement. Je me disais que c'était sûrement le fait d'être enfermé ainsi avec elle depuis plus d'une semaine. Sans avoir vu personne d'autre. Je me disais qu'objectivement, Maylen n'était pas si belle que çà. Je me disais que j'étais en manque de sexe. En manque de sport. En manque d'alcool. En manque.

Mais tout çà, c'était des foutaises.

Et lors de ces quelques moments de lucidité, je réalisais qu'elle m'avait fasciné bien avant tout çà. Bien avant d'être ici avec elle, et d'apprendre à la connaître. Bien avant de la regarder dormir et de l'aider à prendre son bain chaque jour.

Cet enfermement était pour moi une bouffée de liberté, telle que je n'en avais pas connue depuis ma toute petite enfance. Paradoxalement. Elle était ma part de liberté. Et même si je savais que cet enfermement ne durerait pas toujours, j'aurais bien voulu que ce soit le cas. Parce que j'adorais être enfermé ici avec elle. L'accompagner à la salle de bains. Lui laver les cheveux. Parce que j'adorais ses cheveux. Littéralement. J'adorais la voir manger avec délice les plats de chez Twins. L'écouter parler. De sa voix mélodieuse et fragile. J'adorais son odeur. Fruitée. Savoureuse. J'adorais la voir porter mes tee-shirts. Trop grands pour elle. Qui dévoilaient immanquablement ses épaules menues. J'avais toujours détesté les échecs mais j'adorais y jouer avec elle. Je ne tenais pas trop aux cartes mais j'adorais son air triomphant quand elle gagnait. A tout les coups. Les gens qui riaient m'avaient toujours irrité, mais par Merlin, son rire était un enchantement.

Et les mensonges reprenaient le dessus. Plus forts et plus convaincants. Parce tout çà, çà me faisait flipper. Carrément. Et qu'inexorablement, elle partirait. Comme Théo. Comme Pansy. J'étais voué à être seul. Je l'avais toujours été.

Je l'observai se réveiller doucement, connaissant par cœur chacune des étapes de son réveil. Toujours les mêmes. Un léger battement des paupières, avant que ses narines délicates ne se dilatent légèrement. Puis, sa lèvre inférieure tremblotait et elle poussait un faible soupir. Son corps se raidissait et elle fronçait ses sourcils bruns. Enfin, ses paupières s'ouvraient sur ses prunelles fabuleuses.

Je lui souris. Elle me sourit en retour.

Ma main s'égara le long de son flanc et mon index alla titiller ses côtes.

« Drago… », protesta-t-elle doucement, d'une voix encore rauque de sommeil.

J'aimais mon prénom dans sa bouche. Ce prénom détestable et superficiel. Entre ses lèvres, il était doux et sensuel.

« Humm ? », fis-je innocemment.

Elle me jeta un coup d'œil. Elle n'était pas dupe. Elle enroula ses doigts autour de mon poignet. Douce et tremblante, comme à chaque fois qu'elle me touchait. Comme si elle hésitait à chaque fois à le faire. Je sentis à peine son étreinte sur ma main et poursuivit sur ma lancée, taquinant ses côtes jusqu'à ce qu'elle éclate de rire, vaincue. Je me délectai de ce son telle une mélodie paradisiaque, et réitérai l'expérience, encore et encore, m'en saoulant sans m'en lasser, jusqu'à ce qu'elle implore ma pitié. A contrecœur, je la laissai reprendre son souffle. Elle roula sur le côté tandis qu'un silence confortable enveloppait la chambre.

Comme souvent, je vis son regard se voiler. Puis ses paupières battre plus vite, pour retenir des larmes invisibles, tandis que ses doigts se tordaient nerveusement. Douloureusement. Je savais à qui elle pensait. Luka lui manquait. Terriblement.

Je pinçai les lèvres et m'extirpai du lit. Incapable de la réconforter. J'ouvris la fenêtre et aussitôt le froid matinal me piqua la peau. Désagréable. Je risquai un rapide coup d'œil au dehors et soupirai. Londres était toujours aussi grise et brumeuse. Hivernale. Du coin de l'œil, j'aperçus un des journalistes de la Gazette, juché sur un balai, se dirigeant vers moi. Il me héla, aussitôt suivi de quelques autres. Je soupirai, exaspéré. Je m'emparai rapidement du paquet-repas qu'un hibou de chez Twins avait déposé sur le rebord de la fenêtre et refermai prestement cette dernière. Saisissant ma baguette, je renforçai le sort d'opacité et de silence sur la fenêtre.

L'air de rien, je jetai en travers du lit une vieille nappe retrouvée dans le fond d'un de mes placards et y déposai le paquet encore chaud, grâce aux sorts qu'on avait dû lui jeter.

« Petit-déjeuner ! », lançai-je sur un ton théâtral.

Maylen se redressa et s'assit en tailleur sur le lit. Elle me sourit. Mauvaise actrice. J'ouvris le paquet et elle détailla son contenu d'un air gourmand. Comme tous les matins, café et viennoiseries. Je la forçai à tout finir jusqu'à la dernière miette. Jusqu'à ce qu'elle pousse un long soupir de satisfaction et ne se laisse tomber en arrière sur le lit, ses deux mains sur son ventre. Elle m'adressa un sourire repu alors que je finissais mon café. Je fis disparaître les restes d'un coup de baguette.

« Tu ne te sens pas enfermée ici, parfois ? »

Elle haussa les épaules, les yeux clos.

« Je ne suis guère une adepte des longues promenades dans les parcs. Ma vie, c'est plutôt transplanage-boulot-dodo. »

« Pour moi, l'espace est plus restreint. Je ne reste pas souvent ici. Je suis souvent au stade, ou à l'extérieur. »

A me bourrer la gueule avec Blaise. A baiser n'importe qui. A noyer mon passé dans l'excès. Ecrasé de culpabilité. Entouré de noirceur. Recherchant un oubli inaccessible.

Je grimaçai. Maylen me jeta un regard interrogateur, ne voyant pas où je voulais en venir. Après un instant d'hésitation, je lui avouai ce qui me trottait dans la tête depuis plusieurs jours.

« Nous sommes confinés dans cet appartement depuis près d'une semaine. Et personnellement, je commence à tourner en rond. Je pensais changer d'air quelques temps. »

Elle m'observa gravement. Sans un mot. Je vis sa lèvre inférieure trembler mais elle la mordit aussitôt.

« Je retourne à mon appartement après ma douche. », affirma-t-elle. « Je peux me débrouiller seule à présent. Je comprends que tu en aies assez de rester tout ce temps avec moi…Je ne suis pas d'une compagnie trépidante. », marmonna-t-elle en détournant les yeux.

J'aurais presque ri tant elle était à côté de la plaque.

« Maylen, il est tout à fait hors de question que tu retournes dans ton appartement miteux. Quand je parlais de déménager, je parlais de déménager ensemble. »

Elle me jeta un regard de biais.

« Tu seras bien mieux sans moi. », assura-t-elle.

Je secouai la tête. Avant d'essayer de la prendre par les sentiments. Mon côté serpentard s'avérait plutôt efficace avec elle.

« Je suis en quarantaine comme toi. Qu'est-ce que je ferais tout seul ? Je tournerais en rond comme un lion en cage. »

Je souris de la comparaison. Je ne croyais pas m'être jamais comparé à un lion…

« Ta compagnie m'est précieuse. », ajoutai-je. Si bas que je ne sus pas si elle m'avait entendu.

Elle me fixa un instant, les yeux brillants.

« Mais où irions-nous ? Je ne connais aucun autre endroit… »

J'allais rétorquer mais elle m'interrompit :

« Bien évidemment, il est hors de question que nous allions dans un hôtel ou autre chose de ce genre. Je vous coûte déjà bien assez cher, à toi et à ta mère, alors que je ne pourrais jamais vous rembourser. », fit-elle en désignant la nappe sur le lit et les habits de tissu fin que lui avaient offert ma mère.

« Maylen, il faut que tu comprennes que ma mère a toujours rêvé d'avoir une fille. Crois-moi, en s'occupant de toi, elle réalise le fantasme de toute une vie. Quand à moi, mon père m'a laissé une telle fortune, ajouté à mon salaire mirobolant de joueur de Quidditch, que je pourrais nourrir l'Afrique entière pendant plus de dix ans… »

« Pourquoi ne le fais-tu pas ? »

Je ris à cette idée.

« Parce que, comme je te l'ai déjà dit plusieurs fois, je suis très égoïste. Les famines africaines sont le dernier de mes soucis. »

« Dans ce cas, pourquoi m'entretenir ainsi ? »

« Toi, c'est différent… »

Oui, elle, c'était différent. Elle était différente.

Nos regards s'accrochèrent de longues minutes, avant que je ne rompe le contact le premier, incapable de soutenir la pureté de ses yeux.

« Revenons-en à notre sujet. Je ne pensais pas à un hôtel ou quelque autre chose de ce genre, comme tu dis. Plutôt à la maison familiale… Le Manoir Malefoy. »

« J'ignorais que tu possédais un manoir. », lâcha-t-elle, visiblement perplexe.

Je ricanai à cette remarque.

« Tu dois bien être la seule dans toute l'Angleterre ! »

« Qui y habite ? »

« Personne depuis la fin de la guerre. Mais ce sera parfait pour la fin de notre quarantaine. Les pièces y sont grandes et lumineuses, et le parc est immense. De quoi se donner un peu d'espace… »

« Pourquoi ta mère et toi n'y habitez plus ? »

Je soupirai. Elle avait un don pour mettre le doigt là où ça clochait.

« Disons qu'il n'est pas rattaché qu'à des souvenirs heureux. », avouai-je avec un sourire tordu.

« Pourquoi vouloir y retourner dans ce cas ? »

« Je commence vraiment à tourner en rond ici. De plus, tu ne l'as pas remarqué, mais une dizaine de journalistes fait le pied de grue devant cette fenêtre et se précipite sur moi dès que je l'ouvre. Je ne serais pas contre un peu de calme. Le Manoir est entouré de sorts de protection innombrables. Nous serons tranquilles là-bas. »

Elle se mordilla les lèvres quelques secondes, cherchant de nouveaux arguments, avant de finalement lâcher du bout des lèvres :

« D'accord. »

« D'accord ? », répétai-je, incrédule qu'elle cède si facilement. Je m'étais attendu à des heures et des heures de négociations.

« D'accord. », répéta-t-elle avec un grand sourire.

.

.

J'atterris sans encombre devant les grilles du manoir, Maylen entre mes bras. L'atterrissage fut plus violemment ressenti par elle que par moi, et elle cria lorsque ses pieds heurtèrent le sol sans douceur. Je resserrai mon bras sur sa taille. Je voulais attendre quelques jours avant de la faire transplaner, mais elle avait insisté pour partir immédiatement. Je n'aurais pas dû l'écouter.

Je frissonnai sous le froid piquant de cette mi-décembre, contraste brutal avec mon appartement surchauffé. Mes yeux se posèrent sur Maylen, prise de tremblements. Malgré qu'elle soit étroitement enroulée dans mon manteau le plus chaud. Je vis que ses lèvres avaient déjà viré au violet. J'avançai rapidement vers les grilles noires et rouillées. Le manoir était protégé par toutes sortes de sortilèges, plus ou moins légaux. La plupart relevant de la magie noire. Jetés par les plus puissants Mangemorts au cours de la guerre, Voldemort y compris. Aucun n'avait été levé depuis. Et c'était aussi bien.

La solution à tout ces sorts compliqués et dangereux était d'une simplicité extrême : la magie primitive. Je savais comment y pénétrer. Je l'avais fait des centaines de fois. C'était mon manoir.

Je sortis ma baguette et m'entaillai le doigt. Maylen poussa un petit cri mais je n'y prêtai pas attention. J'avançai vers les grilles et portai mon doigt ensanglanté sur celle du milieu. Le sang laissa une traînée invisible sur le fer rouillé. Je lançai un sort de guérison à mon doigt et jetai un Alohomora sur la grille. Elle se déverrouilla dans un bruit sinistre. Je saisis Maylen par la taille et, la portant à moitié, avançait rapidement dans l'allée boueuse, refermant la grille d'un coup de pied. Elle claqua dans un bruit métallique.

« Tu es censé te couper le doigt à chaque fois que tu rentres ici ? », articula Maylen entre deux claquements de dents, visiblement interloquée.

« Il faut croire, oui. », répondis-je avec un petit sourire.

L'allée principale ne m'avait jamais paru aussi longue. Je jetai un deuxième Alohomora sur la porte d'entrée en chêne massif et me précipitai à l'intérieur, entraînant Maylen vers le salon. Les meubles y étaient recouverts de housses blanches maculées de poussière. J'allumai un feu dans la cheminée d'un coup de baguette et fit asseoir Maylen sur le fauteuil le plus proche. Un nuage de poussière s'en éleva lorsqu'elle s'y laissa tomber. Elle éternua trois fois de suite, et je poussai son fauteuil vers la cheminée et le feu qui y grondait. Je frottai ses épaules sans ménagement jusqu'à sentir ses tremblements se tarir.

« Tu vas me faire visiter ? », demanda-t-elle en laissant courir son regard sur la pièce. Impressionnée.

« Dès que toutes les pièces seront à une température correcte. En attendant, tu ne bouges pas d'ici. »

Elle me jeta un regard contrarié.

« Et ce n'est pas négociable. », rajoutai-je d'un ton ferme.

Elle se renfrogna et se recroquevilla dans le fauteuil poussiéreux.

Je fis apparaître un parchemin et y griffonnai une lettre pour Blaise. J'étais coincé ici et je me sentais totalement impuissant. J'avais besoin d'aide. Je le priai de me trouver un elfe de maison dans les plus brefs délais. Par Salazard, j'avais peine à croire que j'allais payer un elfe ! J'entendais presque Granger ricaner et jubiler derrière moi.

Je jetai un sort par la fenêtre et mon hibou arriva aussitôt, je lui confiai le parchemin et le regardai s'éloigner dans un hululement. Je jetai un œil à Maylen qui venait de s'assoupir et soupirai. Il n'y avait plus qu'à espérer que Blaise ne soit pas défoncé trois jours d'affilée.

.

.

Il ne le fut pas. A peine deux petites heures après avoir fait partir mon hibou, la sonnette de la porte d'entrée retentit. Stridente. Je sursautai et Maylen gémit, tirée brutalement de son sommeil. Je lui fis signe de pas bouger et allai ouvrir la porte. Un elfe de maison se tenait sur le seuil et m'observait de ses yeux globuleux et larmoyants.

« Monsieur Zabini m'envoie, Maître. », lâcha-t-il d'une voix nasillarde et haut perchée qui me fit instantanément grimacer. « Je suis Naouka. »

Je m'effaçai pour le laisser passer et refermai la porte derrière lui.

« Je voudrais que tu commences par chauffer cette maison, ensuite tu verras si tu peux la nettoyer un peu... », ordonnai-je.

« Bien, Maître. »

Il me dépassa d'un pas traînant et disparut dans le corridor sombre. Je retournai auprès de Maylen qui s'étirait paresseusement dans son fauteuil. Son tee-shirt se souleva à peine, découvrant une parcelle de son ventre immaculé. Je déglutis péniblement. Elle n'avait pas la moindre idée de sa sensualité. Elle m'adressa un regard interrogateur.

« Qui était-ce ? », s'enquit-elle.

« L'elfe de maison que je viens d'engager. »

« Drago ! », lança-t-elle sur un ton de reproche.

« Maylen, il faut que tu arrêtes de te soucier de cet argent que tu es censée nous devoir. Et franchement, tu n'as pas la moindre idée de l'immensité de ce manoir. Je n'ai aucune envie de le remettre en état, moi-même ! Et puis il nous faut quelqu'un pour nous faire à manger. Je ne peux plus rien avaler qui vienne de chez Twins ! »

« Je peux très bien faire à manger. », assura-telle.

« Non, parce que j'ai besoin que tu me tiennes compagnie. »

« Je peux très bien cuisiner tout en te tenant compagnie ! », riposta-t-elle.

Merlin, elle avait toujours réponse à tout !

« Maylen, je ne t'ai pas emmené avec moi pour que tu me fasses à manger. Tu es une invitée, ici ! Tu dois juste te reposer et te distraire. »

« Je n'ai pas fait çà depuis mon adolescence. », souffla-t-elle.

« Je sais. », soupirai-je.

« Je ne sais même pas si je me souviendrais comment faire ! »

« Alors je te montrerais. », murmurai-je en m'asseyant à ses côtés.

Elle me sourit et dans un geste spontané, saisit ma main. Je la recouvris de la mienne et m'amusait comme à chaque fois de la voir disparaître entre mes doigts. Délicate et minuscule. Lorsque ses doigts commencèrent à se réchauffer, je fis apparaître un jeu d'échecs sorciers.

« Et si, avant la visite de mon manoir, tu acceptais de me laisser au moins une chance de gagner à ce fichu jeu. »

Elle rigola doucement et dégagea sa main. Pour le coup, ce fut la mienne qui me parut glacée.

Et je me délectai de son air concentré. De ses sourcils qui, en se fronçant, faisaient apparaître une légère ride sur son front. De l'éclat de ses yeux lorsqu'elle trouvait une solution. De la façon dont elle repoussait ses boucles brunes dans son dos d'un simple mouvement de tête. De la délicatesse de ses mains qui déplaçaient les pièces de bois sur l'échiquier. Et surtout, de son rire triomphant lorsqu'elle gagna. Parce qu'évidemment, elle gagna. Comme toutes les autres fois. J'avais été bien trop absorbé à l'observer pour réfléchir un tant soit peu à ma tactique. Je pris une moue boudeuse, et elle redoubla ses rires, ravie.

« Drago, je suis nulle aux échecs ! », s'exclama-t-elle entre deux éclats de rire. « Comment peux-tu être encore plus mauvais que moi ? »

« Je n'ai jamais été mauvais aux échecs. », rétorquai-je, faussement vexé.

« Dans ce cas, pourquoi est-ce que je gagne toujours ? Ne me dis pas que tu me laisses gagner ? », demanda-t-elle avec un air suspicieux.

Je souris à cette remarque enfantine.

« Non. »

« Alors pourquoi perds-tu à chaque fois ? »

« Disons que je suis distrait... »

Je savais qu'elle ne se contenterait certainement pas de cette réponse et je m'en amusais.

« Distrait ? Par quoi ? Que ce soit ici ou dans ton appartement, je ne vois pas ce qui aurait pu te distraire. »

« Vraiment ? », insistai-je, en la couvant d'un regard brûlant.

J'approchai mon visage du sien, plongeant dans son regard. Elle cligna plusieurs fois des yeux. Troublée. Je m'approchai encore. Elle se tendit. J'étais si près que je pouvais voir mon reflet dans ses yeux brillants et sentir son souffle haché balayer mon visage. Son regard exprimait une crainte diffuse. Comme à chaque fois que je l'approchais d'un peu trop près. Je me détournai de son visage et plongeai vers sa gorge. Attiré par son cou frêle, j'y posai mes lèvres un instant, goûtant la saveur délicieuse de sa peau. Enivrante.

« Tu es vraiment sûre de ne pas savoir qui me distrait à ce point durant nos parties d'échecs ? », murmurai-je tout contre son oreille.

« Je… », commença-t-elle.

Je saisis son lobe d'oreille entre mes lèvres, le mordillant doucement. Son souffle se coupa et ses mains agrippèrent mes épaules.

« Drago… », laissa-t-elle échapper dans un souffle rauque.

Ses mains se crispèrent sur mes épaules alors que je descendais dans son cou. Par Salazard, c'était à la fois la caresse la plus chaste et la plus sensuelle que j'avais prodigué à une femme. Elle était là, entre mes bras, si fragile et si douce. Mon souffle se hacha à son tour.

« Maître Malefoy, le manoir est chauffé et Naouka a enlevé la plus grande partie de la poussière. »

La voix stridente de l'elfe brisa la magie de l'instant. Les bras de Maylen se détachèrent de moi et glissèrent de mes épaules. Je me redressai en retenant un grognement de frustration.

Je détestais les elfes de maison. Depuis toujours.

Maylen avait les paupières closes et tentait de reprendre un souffle normal, lèvres pincées. J'effleurai sa joue rosie. Elle était sublime. Elle ouvrit immédiatement les yeux, et évita mon regard.

« Drago…Je.. », bredouilla-t-elle.

« Allez, viens… », fis-je en me levant.

Elle parut soulagée et se redressa, m'emboîtant le pas pour une visite que je redoutais malgré moi. Comme je le lui avais dit, cet endroit n'était pas rempli de bons souvenirs. Loin de là. Ma mère aurait sans doute confirmé. Ce lieu était rattaché aux heures les plus sombres de nos vies. A ce passé que nous cherchions tous à fuir. Désespérément.

Revenir ici était étrange. En cet endroit qui avait un temps servi de QG à l'Armée Noire. Dépourvu à présent de toute sa splendeur d'antan.

Plus de Mangemorts dans les couloirs. Tels des ombres terrifiantes. Plus de Lucius Malefoy se pavanant fièrement au milieu de son salon. Plus de Bellatrix aux rires rauques et à la démarche folle. Plus de hurlements en provenance des sous-sols. Plus d'elfes de maison en quête du moindre grain de poussière. Plus de Nagini, dont le corps froid glissait silencieusement sur le parquet, accompagné du rire glacé de son maître.

Tout cela, c'était étrange. Je n'avais quasiment connu cet endroit qu'ainsi. C'était étrange de le voir différemment aujourd'hui. Poussiéreux et silencieux. Avec un seul elfe de maison. Et Maylen, si pure, au milieu du grand corridor. Sa seule présence semblant réchauffer le manoir sombre et froid. Comme si elle l'éclairait de sa propre lumière.

Elle me précédait de quelques pas et, voyant que je ne la suivais pas, elle se retourna pour m'interroger du regard. Je lui souris et, lui saisissant la main, la guidai à travers le dédale des couloirs sombres. L'elfe avait été efficace, tout était propre.

Je lui montrai la salle de réception, immense. Son lustre de cristal, son carrelage immaculé et brillant, son plafond représentant un faux ciel, à l'image de celui de la Grande Salle de Poudlard. Je me remémorai les innombrables réceptions qui s'étaient tenues ici. Combien de fois les Mangemorts les plus haut placés s'étaient-ils réunis autour de cette table, pour un festin majestueux ? Les mets les plus délicieux, les robes les plus sublimes, les musiciens les plus en vogue avaient circulé ici. Je me voyais encore faire valser Pansy sur ce carrelage blanc. Dans ses plus belles robes. Je revoyais l'ondulation exacte de son corps lors de ses gracieux pas de danse. Le noir profond de ses cheveux et son nez retroussé. L'éclat éteint de ses yeux et son sourire triste. Comme si elle avait pu connaître l'avenir. Comme si elle avait su comment nous finirions. Tous.

J'entendais encore les rires gras de Crabbe et Goyle, et je revoyais les sourires complices de Blaise et Théo, alors que nous reluquions les plus belles femmes du monde sorcier. Je voyais encore le Lord Noir faire tournoyer Bellatrix, et mon père danser avec ma mère. Un frisson me parcourut et la pièce redevint froide et vide.

Maylen n'avait pas cherché à quitter ma main et posait son regard sur tout, l'air admiratif et perplexe. Je souris. Elle ne connaissait pas ce monde. Elle n'en faisait pas partie. Elle n'en avait jamais fait partie. Elle n'avait même pas idée que tout cela pouvait exister. Des pièces si somptueuses, des meubles si raffinés, des salles si grandes,…Je l'entraînai à nouveau dans le couloir et la conduisis vers les cuisines, où Naouka s'affairait. Une odeur délicieuse s'échappait des fourneaux et nous rebroussâmes aussitôt chemin, beaucoup trop tentés. Nous passâmes devant l'escalier menant à la cave. Maylen s'arrêta et je fus forcé d'en faire autant, évitant soigneusement le petit escalier du regard.

Comme un rappel de toutes les horreurs. Un passage direct vers l'enfer et les ténèbres. Mais les fantômes me rattrapèrent et mes oreilles bourdonnèrent de l'écho des hurlements passés. Accompagnés de gémissements. De supplications. Des rires des Mangemorts. De craquements d'os, de pleurs, et d'une puanteur que j'avais peu à peu appris à reconnaître. L'odeur de la mort. Putride. Fétide. Intolérable.

« Drago ? »

La voix de Maylen me tira de mes pensées macabres.

« Qu'y avait-il ici ? »

« C'est là que sont la plupart des mauvais souvenirs… », soufflai-je en l'entraînant plus loin.

Je lui montrai une quantité innombrables de chambres, toutes plus somptueuses les unes que les autres, avant d'arriver aux appartements de ma mère. Plus sobres. Elégants et lumineux. Maylen lâcha ma main et fit quelques pas sur les tapis moelleux ornant le carrelage glacial. Elle se tourna vers moi.

« C'est la chambre que je préfère ! », s'exclama-t-elle.

« C'était celle de ma mère… »

« Elle est magnifique… »

J'admirai ses joues rosies et son regard brillant d'admiration.

« Tu peux t'y installer si tu veux », proposai-je.

« J'aimerais beaucoup. », répondit-elle en faisant courir ses doigts fins sur les innombrables flacons de cristal de la coiffeuse. « Pas de mauvais souvenirs ici ? »

« Il faudrait demander à ma mère. Mais je ne crois pas. Je pense qu'elle a été heureuse ici. Elle était…à l'abri. »

« A l'abri de quoi ? »

« A l'abri de tout. »

Des cris. Des gémissements. Du danger. De mon père. Des convenances. Des ténèbres. Oui, je pense que ma mère y avait passé de bons moments. Peut-être les seuls de cette période où elle avait été heureuse. Et libre.

La chambre suivante était la mienne. Inchangée. Je souris en redécouvrant la décoration verte et argent, poussée à l'extrême.

« Les couleurs de Serpentard. », expliquai-je à Maylen.

J'avançai dans la chambre et en fis le tour. A nouveau, j'eus l'impression d'avoir fait un bond dans le passé. J'effleurai du bout des doigts les posters accrochés aux murs. La plupart représentaient des joueurs de Quidditch de l'équipe londonienne. Je ris doucement. La commode toujours bondée de fioles emplies des potions les plus folles, de Vifs d'Or désenchantés, et de vieux parchemins tâchés d'encre.

Le lit était toujours défait, comme la dernière fois que j'avais quitté cette chambre. Il me semblait y revoir le corps nu et endormi de Pansy entre les draps froissés. Entre nous, pas d'amour. Juste une amitié profonde et une tendresse extrême. Nous avions eu besoin de nous sentir vivants. Et au milieu de l'horreur qui nous entourait, au milieu de tous les actes répugnants que l'on nous forçait à faire, nous avions eu besoin de nous sentir humains. Pansy. Ces éclats de rire, sa peau d'albâtre, sa douceur, sa résignation, son ironie mordante. Elle était mon amie. Une des rares. Sûrement celle en qui j'avais le plus confiance. Probablement la seule femme que je n'avais pas seulement baisé, mais à qui j'avais fait l'amour.

« Ici aussi, il y a des mauvais souvenirs ? », demanda Maylen doucement.

Je souris.

« Non. Juste des fantômes du passé. Mais je m'y réinstallerai avec plaisir. »

A présent, je n'avais plus aucun prétexte de dormir avec elle. Je l'entraînai vers la petite pièce adjacente au salon où nous étions tout à l'heure. Un seul meuble, en son centre. Un piano. Blanc et lumineux.

« Tu joues ? », demanda Maylen, enchantée.

Je souris, emporté par son enthousiasme.

« Je jouais. », rectifiai-je.

« Ça ne s'oublie pas. », assura-t-elle. « Joue-moi un morceau. », fit-elle, faussement suppliante.

Je ris et m'installai au piano, alors qu'elle s'y accoudait. Mes doigts trouvèrent les notes sans difficulté et je jouai cet air que ma mère adorait. Je ne ratai qu'une ou deux notes et Maylen applaudit bruyamment lorsque j'eus fini. Radieuse.

« Le morceau préféré de ma mère… »

Elle contourna l'instrument et vint s'asseoir à mes côtés. Elle plongea son regard dans le mien et sourit tristement.

« Elle me manque aussi. », souffla-t-elle.

Comme toujours, elle avait vu juste. Je soupirai et passai ma main autour de sa taille, la serrant contre moi. Elle se raidit un instant avant de se détendre. Mon cœur rata un battement lorsque sa tête se posa sur mon épaule. Je sentis ses boucles folles me chatouiller le cou et je ne bougeai pas d'un millimètre, me délectant de cet instant, et de la magie qui l'accompagnait.

.

.

Je fixai l'assiette de Maylen, veillant attentivement à ce qu'elle en termine le contenu, alors que nous étions tous deux attablés à l'immense table du salon. Un coup frappé à la fenêtre la fit sursauter. Je me levai pour ouvrir à l'hibou qui toquait au carreau avec insistance. Immédiatement, je reconnus la chouette de ma mère. Je saisis l'enveloppe fixée à sa patte et elle rebroussa chemin, non sans m'avoir gratifié auparavant d'un coup de bec acéré. Je grognai. Je détestais cette chouette.

Je tournai distraitement l'enveloppe froissée entre mes doigts. Un instant, je fus tenté de la lui cacher. Avant de me raviser en croisant son regard clair. Je lui tendis l'enveloppe, grimaçant en la voyant pâlir dangereusement. L'adresse était écrite à l'encre verte, hésitante et hachée. C'était l'écriture d'un enfant.

Je m'assis près d'elle tandis qu'elle la décachetait de ses doigts tremblants. A l'intérieur, une simple photo. Je vis ses paupières papillonner, sans parvenir cette fois à retenir ses larmes, qui roulèrent sur ses joues pâles. Elle posa la photo sur la table et fixa le mur d'un œil vide. Sur le cliché, Luka courait après son Vif d'Or, sur une plage de sable clair illuminée par le soleil. Je soupirai.

Contre ce manque, j'étais totalement impuissant. Je serrai les poings en voyant ses larmes maculer son visage, toujours plus abondantes. Silencieuses. Le meilleur remède à la douleur était sans doute la distraction. Je grimaçai. Je n'étais pas vraiment doué pour çà.

« Maylen… », appelai-je doucement.

Aucune réaction.

« T'ai-je déjà parlé de Poudlard ? », insistai-je, dans une médiocre tentative pour la sortir de sa torpeur.

Après une minute, elle secoua la tête. Je souris légèrement. Et je lui racontai Poudlard. Son parc, son lac, ses professeurs. Albus Dumbledore, Severus Rogue, Minerva Mcgonagall. Harry Potter. La Cabane Hurlante, Préaulard, la Salle sur Demande, Serpentard & Gryffondor. Blaise Zabini, Pansy Parkinson, Théodore Nott. Peeves, Rusard, Miss Teigne,…

Ses larmes se tarirent et ses yeux se fixèrent sur moi. Curieux. Intrigués. Ses lèvres s'étirèrent doucement en un petit sourire. Ses joues humides séchèrent.

Et je lui racontai la Grande Salle et son plafond magique, les bals de Noël, le Tournoi des 3 Sorciers, la Forêt Interdite, les centaures. Les escaliers ensorcelés, les passages secrets, la bière-au-beurre des Trois Balais, les dortoirs et l'infirmerie, la tour d'astronomie,…Captivant son attention, tandis qu'elle captivait la mienne.

Je ne sais combien de temps je parlai mais j'aurais pu continuer encore des heures. Pour voir son sourire s'agrandir, encore et encore. Pour observer ses yeux s'écarquiller. Ses cheveux bruns voleter doucement autour de son visage à chacun de ses mouvements. Ses fossettes se creuser délicatement dans ses joues.

Je m'interrompis tout à coup, frappé par un détail :

« Où as-tu étudié la magie ? Il n'y a pas d'école en Irlande. »

« Exact. Mais seul mon père était irlandais. Ma mère était française. », avoua-t-elle dans un sourire.

« A Beauxbâtons ? »

« A Beauxbâtons. », confirma-t-elle.

Un petit sourire en coin étira mes lèvres, taquin.

« Merlin, je t'imagine tellement bien dans ce magnifique uniforme bleu. », susurrai-je, rêveur.

Elle vira aussitôt à l'écarlate. Je m'en délectai. J'adorais la faire rougir.

« Comment était-ce ? », insistai-je, curieux.

« Très différent du Poudlard que tu décris. »

Et sous mon regard insistant, elle me raconta à son tour. Beauxbâtons, Olympe Maxime, les cours stricts, les professeurs, son île, ses étangs, sa chaleur, ses étés indiens, ses cigales, ses plages, son charme tout méditerranéen,…

J'aurais pu me saouler de ses paroles jusqu'à épuisement. Mais elle tomba la première, s'interrompant dans un bâillement discret. Je ris doucement.

« Je suis épuisée. », grommela-t-elle.

Je me levai et l'accompagnai à l'étage. Elle se laissa tomber sur le lit de ma mère, rebondissant sur le matelas confortable et soupirant d'aise. Déjà, ses yeux se fermaient. Je soulevai ses jambes et la glissai sous les draps. Elle grogna mais avait déjà sombré dans un sommeil profond.

Je descendis aux cuisines, me servant un verre de Whisky Pur Feu, et allai m'installer dans la bibliothèque. Je saisis le premier livre qui me passa sous la main et me calai dans un des nombreux fauteuils de la pièce. Je feuilletai distraitement le livre, « Les noms célèbres du monde magique contemporain » avant de rapidement m'assoupir.

Je fus réveillé par des cris. Ses cris. Je me levai d'un bond, dégainant ma baguette. Les vieux réflexes étaient tenaces. Je sortis en trombe de la bibliothèque et grimpai les escaliers quatre à quatre, ma baguette devant moi, dans une position défensive familière. Je déboulai dans la chambre en poussant la porte d'un coup d'épaule. J'embrassai la pièce du regard et abaissai ma baguette. Maylen était encore endormie. Elle se débattait en hurlant contre les ennemis imaginaires de son cauchemar.

Son visage était crispé de terreur, tandis que son corps mince était secoué de sanglots incontrôlés. Sa respiration se faisait sifflante tandis que ses bras brassaient l'air en des gestes désordonnés. Ses cris me tordirent le ventre. Je grimpai sur le lit et l'appelai doucement. Sans succès. Un nouveau cri de douleur pure me fit tressaillir. Je la saisis par les épaules et la secouai sans ménagement.

« Maylen ! Maylen ! »

Ses yeux gris s'ouvrirent sur un regard terrifié. Je frissonnai.

« Maylen ! Ce n'était qu'un cauchemar ! »

« Ils étaient là ! Ils étaient tous là ! Je… », lâcha-t-elle d'une voix hachée, tout en jetant des regards furtifs autour d'elle.

Je la secouai doucement par les épaules et elle parvint à fixer son regard apeuré sur moi.

« Ce n'était qu'un cauchemar ! Tout va bien ! », fis-je d'une voix calme. Rassurante.

Elle parut reprendre peu à peu ses esprits et ses yeux s'emplirent lentement de larmes qui dévalèrent ses joues délicates. Je m'appliquai à les sécher une par une. Je sentis ses mains se poser sur mes épaules.

« Drago ? », chuchota-t-elle, comme si elle s'apercevait à peine de ma présence.

« Je suis là. »

Elle poussa un long soupir et je sentis son corps se détendre contre moi. Ses bras se serrèrent autour de ma nuque, me coupant le souffle, mais je ne la repoussai pas. Elle se laissa retomber en arrière, m'entraînant avec elle. Je retombai sur elle sans douceur et l'écrasai de mon corps. Je voulus me dégager mais je sentis ses jambes se nouer fermement autour de ma taille. Je me figeai n'osant plus bouger d'un millimètre. Troublé malgré moi par cette nouvelle intimité. Sentir ce corps si proche du mien. Ce corps fragile mais tant désiré.

« Reste là. », murmura-t-elle, me serrant un peu plus contre elle.

« Maylen, je vais t'écraser. », rétorquai-je faiblement.

« Reste-là.», répéta-t-elle.

J'allais à nouveau protester lorsque je sentis ses lèvres se poser contre la peau fine de mon cou. J'en eus la respiration coupée. C'était la première fois. La première fois que c'était elle qui me touchait. Spontanément. Et c'était purement divin. J'aurais tout donné pour un moment pareil. Elle fit glisser ses mains le long de mon dos pour finalement les glisser sous ma chemise et les poser sagement contre ma peau.

« Dray… », souffla-t-elle.

Merlin ! Ce son était sans aucun doute le plus érotique qu'il m'ait été donné d'entendre. J'enfouis ma tête dans ses cheveux, respirant leur délicieuse odeur. Sa joue était encore humide mais brûlante contre la mienne. Il faisait trop sombre mais je savais qu'elle rougissait furieusement. Je souris. Je glissai mes mains sous son tee-shirt et m'arrêtai juste à la naissance de ses seins, me délectant des frissons que je faisais naître sur sa peau. Par centaines.

« S'il te plaît, reste-là. »

Ses paroles avaient un double sens et je le savais. Je ne bougeai pas.

« Je reste là. », soufflai-je contre son oreille. « Je reste avec toi. »

Je descendis légèrement ma main et caressai sa hanche. Doucement. Sa respiration se fit plus légère et elle sombra dans un sommeil profond. La serrant contre moi, je dénouai ses jambes de mes hanches et roulai sur le côté avec elle. Son visage était toujours contre mon cou et je pouvais sentir chacune de ses expirations me chatouiller. Bercé par le rythme de ses doux souffles contre ma peau, je ne tardai pas à m'endormir à mon tour.

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Ce fut Maylen qui me réveilla le lendemain matin, en essayant de se libérer de mon étreinte. Je resserrai mes bras autour d'elle, l'en empêchant. J'ouvris les yeux. Elle se mordillait la lèvre inférieure, les sourcils froncés, un air contrarié sur le visage.

« Reste là. », soufflai-je à mon tour.

Elle se figea aussitôt. Je raffermis ma prise sur sa taille et plongeai mes lèvres dans son cou. Merlin ! J'adorais çà. Embrasser sa peau fine. En sentir le goût délicatement sucré. Ressentir les frissons qui la parcouraient immédiatement. Sentir sous mes lèvres le pouls de sa carotide s'accélérer. Entendre son souffle se hacher.

Ma main s'égara sous son tee-shirt et comme quelques heures plus tôt, je m'arrêtai juste à la naissance de ses seins. Son souffle se coupa un instant, avant de reprendre son court. Saccadé. J'hésitai un instant, avant de promener doucement mon index le long de la base de son sein. Elle frissonna violemment et une de ses mains vint se poser sur ma nuque où elle se crispa. Mon propre souffle commençait à m'échapper lorsque je remontai ma main et englobai doucement son sein. Il était doux et ferme. J'en effleurai le mamelon dressé de désir.

« Dray… », gémit-elle d'une voix rauque, sa main se crispant un peu plus dans mes cheveux.

Je tentai vaguement de reprendre mes esprits. Cette fille n'avait pas la moindre idée sa sensualité et de son pouvoir sur moi. Ce gémissement. Par Salazard tout puissant ! Je continuai à caresser doucement son sein. Elle se cambra et ses hanches cognèrent les miennes. Cette fois, c'est moi qui laissai échapper un gémissement. La sensation de son corps contre mon sexe qui commençait à durcir dangereusement, c'était trop. Il fallait que je ralentisse les choses avant d'aller trop loin. Beaucoup trop loin.

Je retirai ma main et me redressai légèrement. La vue de Maylen, complètement abandonnée dans mes bras, me coupa le souffle. Ses cheveux indisciplinés encadraient son visage de leurs boucles folles qui s'illuminèrent de reflets fauves lorsque la lumière du petit matin vint les caresser. Son regard gris était voilé de désir, et ses joues avaient pris une délicieuse teinte rosée. Sa bouche à peine entrouverte laissait échapper son souffle court qui venait mourir contre ma peau. J'embrassai délicatement sa gorge.

« Tu es magnifique. », soufflai-je contre sa peau.

Je fis glisser mes doigts le long de son ventre et les posai sur ses fesses, la calant un peu plus contre moi. Elle se tendit à nouveau puis se relâcha en voyant que je ne bougerai plus. Je serais resté ainsi pour l'éternité. A sentir son corps contre le mien. Percevoir chacun de ses mouvements, chacun de ses battements de cœur, chacune de ses respirations. Sentir son souffle sur mon visage et ses cheveux me chatouiller la joue. Je serai resté ainsi pour l'éternité. Sans aucun problème.

« Tout çà… », chuchota-t-elle au bout de quelques minutes. « Tout ça, qu'est-ce que ça veut dire ? »

« Je n'en sais rien. », répondis-je sincèrement.

Je n'en savais foutrement rien. Je ne savais pas ce que je faisais. Je ne savais pas si c'était bien ou mal, ni si çà me mènerait quelque part. Maylen m'avait fasciné dès le premier instant. Elle m'attirait. Dangereusement. Je la désirais comme j'avais désiré peu de femmes. Peut-être aucune. Au point de la respecter. De me caler sur son rythme. Une autre, je l'aurais déjà baisé. Mais pas elle. Pas elle. Elle était autre. Elle était différente. A tel point parfois que je ne savais pas vraiment quoi faire. Elle me faisait toucher du doigt un bonheur auquel je ne pensais pas avoir droit et auquel je ne voulais pas croire. Parce que je n'y avais jamais eu droit et que je n'y avais jamais cru. Parce que personne ne m'avait fait y croire. Jamais.

« C'est…nouveau pour moi. », articulai-je doucement. Difficilement.

« C'est nouveau pour moi aussi. », répondit-elle dans un murmure.

Je souris et lui caressai les cheveux, fourrageant avec délices dans ses boucles emmêlées au parfum de framboise.

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Installé sur le canapé avec mon café, je me saisis du journal. Comme chaque matin, Maylen vint s'asseoir à mes côtés, lisant les nouvelles par-dessus mon épaule, tout en mâchonnant un croissant. J'aimais cette routine confortable qui s'était créée entre nous. Souvent, il n'y avait même pas besoin de mots. Il n'y en avait jamais eu besoin.

La première page de la Gazette du Sorcier montrait les illuminations de Noël du Chemin de Traverse. Je souris malgré moi. Ses illuminations, chaque année un peu plus féeriques, me rappelaient des moments oubliés de mon enfance. Légère et insouciante.

« Ma mère y aura sûrement emmené Luka. », lançai-je à Maylen, devinant ses pensées.

Elle me sourit.

« Il adore çà ! Et moi aussi… », soupira-t-elle.

« Nous irons tout les trois, l'année prochaine. », assurai-je.

Elle haussa les sourcils, en me lançant un regard perplexe. A nouveau, je devinai ses pensées. Maylen ne comprenait pas que je puisse m'intéresser à elle. Elle pensait n'être qu'un passe-temps pour cette quarantaine. Elle ne savait pas. Elle ne savait pas à quel point elle m'était devenue indispensable. Elle ne savait pas à quel point ma vie était lugubre avant qu'elle et sa lumière n'y rentre. Elle ne savait pas que de nous deux, c'est elle qui s'éloignerait la première, effrayée par mes ténèbres.

Je secouai la tête, revenant au présent. Pris d'une soudaine inspiration.

« Pourquoi ne pas faire nos propres décorations ? Naouka peut aller nous chercher tout ce dont nous aurons besoin… »

Le regard de Maylen s'illumina et un immense sourire apparut sur son visage, creusant sa fossette. Je me délectai de cette vision. Elle me parut si pleine de joie enfantine à cet instant, qu'elle parvint à m'en communiquer un peu. De cette joie pure dont j'avais épuisé les ressources depuis bien longtemps.

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Attentif, je surveillai chacun des mouvements de Maylen. Lui faisant passer boules lumineuses et guirlandes ensorcelées, tandis qu'elle oscillait dangereusement sur son escabeau, penchée vers l'immense sapin de Noël.

Je passai l'après-midi à lui faire déplacer une guirlande ou une boule que je déclarais mal positionnées, juste pour le plaisir de la voir froncer les sourcils, remonter sur l'échelle et tout replacer avec le même enthousiasme. Intact et débordant.

Enfin, elle descendit de l'échelle une bonne fois pour toutes, un air satisfait sur le visage, et nous reculâmes de quelques pas pour admirer le résultat. Je fis disparaître l'escabeau d'un coup de baguette et fit léviter l'étoile jusqu'à la cime du sapin. Aussitôt, tous les sortilèges et les enchantements se libérèrent et le sapin de Noël se mit à briller de mille feux. Féerique. Je souris bêtement, n'arrivant pas à me souvenir du dernier sapin de Noël que j'avais ainsi contemplé. Tout n'était que lumières, douces étincelles, paillettes et couleurs enchanteresses.

Je sentis la main de Maylen se glisser dans la mienne Si petite. Je tournai la tête vers elle. Elle me regardait de ses grands yeux gris. Alors que les lumières du sapin se reflétaient sur son visage, l'illuminant de mille couleurs vives, elle ne m'avait jamais parut aussi belle. Sans réfléchir, je me penchai vers ses lèvres et les embrassai doucement. Je mordillai sa lèvre inférieure tout en caressant sa joue de ma main libre, alors que l'autre s'entrelaçait à la sienne. Ses lèvres étaient délicieuses. Elle les entrouvrit légèrement. Nos langues s'effleurèrent à peine, et je me redressai doucement.

Incapable de la quitter des yeux, alors que son regard clair s'accrochait au mien.

Sans aucun doute possible, c'était le meilleur baiser de mon existence.

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Ahhhh, la Magie de Noël ! C'est tellement…magique !

Une pitite review ?

Biz & à bientôt.

Temperance.