Havoc et Fury, une
histoire à suivre
Chapitre 09
Thème #21,
violence/pillage/extorsion
Rating : PG-13 / T
Avertissement : suite logique du chapitre précédent. Ça continue dans le sordide et on tente comme on peut de réparer la casse. Et ouiiin, je m'en veux de ce que je fais subir à mon Fury préféré !
oOo
À l'extérieur, le calme avant la tempête. Sous la tente de l'état-major, le général Mustang, le lieutenant-colonel Armstrong et leurs hommes de confiance discutent stratégie. Ne manque qu'une personne.
« Et le
lieutenant Hawkeye, qu'est-ce qu'elle fiche ?
-'doit
encore être aux toilettes, ça leur prend tellement
temps, aux nanas, ce genre de trucs.
-Ah, c'est spirituel.
-Ben
quoi ?
-Ça serait la vraie, t'oserais pas raconter des
salades pareilles.
-…
-C'est vrai qu'elle est bien
longue. »
C'est justement ce moment que l'objet de
leur discussion choisit pour faire irruption. Les cheveux en
bataille, les joues rouges et le souffle court d'avoir couru. Il
reste en arrêt juste à l'entrée, cherchant à
reprendre son souffle.
Son regard erre de l'un à
l'autre, dévisageant chaque personne présente,
complètement perdu. Sur le point de dire quelque chose, le
jeune lieutenant se reprend au dernier moment.
« Ben
alors, qu'est-ce que vous faisiez ?
-Pardon… désolé…
désolé pour le retard, laissa échapper une
petite voix étranglée.
-Vous en faites une tête,
qu'est-ce qui se passe, vous vous êtes fait violer derrière
les feuillées ou
quoi ?
-De plus en plus spirituel, vraiment ! »
Un
sanglot sec répond à cette question. Sans leur prêter
attention, les poings serrés convulsivement, le regard
obstinément tourné vers le sol, Fury supplie
:
« Maj-… lieutenant-colonel Armstrong, Sir,
s'il vous plaît… je vous prie, laissez-moi… laissez-moi
enlever cet uniforme. Je… je regrette, je ne peux pas tenir
ce rôle, je ne peux pas…
-Hey, Fury…
-Je vous en
prie… »
Oubliant son rôle, ou se prenant
peut-être très au sérieux, Havoc n'a qu'une
envie, c'était de
se lever illico presto de cette place de chef et de
rejoindre vite son camarade toujours figé sur
place.
Sauf qu'Armstrong le prend de vitesse. Il a à
peine eu le temps d'esquisser un geste que l'autre est déjà
sur place, à entourer Fury de sa présence.
«
Fury, qu'est-ce qui s'est passé ?
-Je crois… je crois
que j'ai tué quelqu'un, » répond-il d'un
ton pitoyable.
Un silence plane sur l'assistance.
«
Bah ça, si la situation s'éternise, ça devait
bien finir par arriver, ironise finalement Breda. C'est un peu pour
ça qu'on est là, à l'origine.
-Non…
non…
-Chhhh. Fury, quelqu'un dans nos lignes ? C'est
ça ?
-Je ne voulais pas, je ne voulais pas…
-Calmez-vous. »
Mais le jeune homme est loin, très loin de se calmer. C'est plus que Havoc ne peut supporter ; cette fois, passant outre Armstrong et tout le reste, déterminé, il s'avance et tente de le prendre par les épaules pour le secouer… mais le jeune homme se dérobe avec un violent tremblement.
« Hey, hey, du calme. Du calme, j'ai dit ! »
Il aurait bien voulu lui coller une gifle, pour voir si ça l'obligerait à reprendre ses esprits. Mais en définitive, il n'ose pas. Dépité, il bat en retraite de quelques pas, incapable de s'imposer de crainte de l'affoler encore plus. Vu sa chance question relations humaines, il ne pourrait sans doute réussir qu'à faire empirer la situation.
« Fury, reprenez-vous. Expliquez-nous ce qui s'est passé. »
Sous l'injonction froide, presque coupante, tellement impersonnelle qu'il ne saurait plus dire si c'est Farman ou Armstrong qui parle ainsi, le jeune homme prend sur lui, s'efforce de se ressaisir, ravale ses larmes, tente de parler.
« Rien, rien du tout. Ils ont voulu… »
Farman semble sur le point de demander « qui ça, ils ? » mais Armstrong le coupe d'un geste ; ça, ça peut attendre encore un peu.
«
Je ne voulais pas, j'ai essayé de les empêcher, mais
je ne pouvais pas, alors… alors… je… j'ai sorti mon arme,
j'ai tiré… je l'ai peut-être tué…
-Attendez,
vous croyez, vous n'êtes pas sûr ?
-J'ai…je suis
pas resté pour voir ! »
Pendant un moment, il n'y
a plus riend 'audible, que la respiration paniquée de Fury,
ses sanglots réprimés. Les autres essayent de digérer
l'information.
Cette fois, la question s'impose :
«Ils qui ça ? »
-Des hommes… je ne sais
pas qui… et il faisait sombre, je n'ai pas bien vu…
-Qu'est-ce
qu'ils vous ont fait pour que vous vous mettiez dans cet
état ? »
À cela, il ne peut répondre, gardant les yeux obstinément rivés au sol. Les mots refusent de sortir. Il ne peut pas leur raconter ça, leur avouer, se mettre encore plus en position de faiblesse… Il a cru, un peu plus tôt, qu'ils pourraient l'aider, mais au final…
« C'est bon, c'est bon. Tout ira bien, maintenant, on va trouver une solution. Repos. »
À ce moment-là, Jean Havoc regrette
comme jamais de ne pas ressembler réellement à Mustang.
Il donnerait n'importe quoi pour des gants à feu et la
capacité de contrôler les flammes. Ou à défaut,
pour trouver l'audace de quitter définitivement son rôle,
de quitter son poste, et de virer Armstrong qui tient finalement Fury
tout contre lui, un bras possessivement passé autour de son
épaule, malgré sa peur évidente, lui murmurant
des mots de réconfort à l'oreille. C'étaitson rôle à lui ! C'était à lui de
sécher ces larmes ! Personne d'autre ne devrait l'approcher
!
…et puis d'abord, se dit-il avec une colère froide,
il ne devrait pas le serrer comme ça, il va certainement
faire empirer les choses, cette fois il en est sûr ; il n'y a
qu'à le voir, il l'étouffe, il l'effraie plus
encore au lieu de le calmer. Il fallait le laisser au calme, bas les
pattes !
Mais non. Il est incapable de bouger de sa place. Et
petit à petit, les sanglots de Fury se calment, sans que ça
puisse lui être dû.
« Ça va,
reconnut-il. J'ai… juste eu peur.
-Il ne s'est rien passé
?
-Presque… non, rien. Rien. »
C'était
rageant, tellement rageant, d'être cantonné dans son
rôle de doublure : ressembler à Mustang et surtout nerien faire, et c'est tout. Rester planté là,
avec interdiction de prendre la moindre initiative, laisser les
autres tout faire à sa place, rendu totalement impuissant,
juste bon à décorer le coin au fond.
Finalement, il
ne tient plus à lui ressembler. Vraiment.
o
Déjà, le
reste de l'équipe échafaude des plans, ayant classé
ce problème et ne pensant plus qu'à ses conséquences
éventuelles pour leur mission, sans se soucier de… la
victime ? c'était
ça, le mot, pour le désigner, se demande Havoc,
terriblement mal à l'aise à cette idée.
D'accord,
c'est la meilleure conduite à tenir, de la part d'officiers
chargés de telles responsabilités. Il le sait. Il
n'aurait pas dû
pas s'en offusquer. Et pourtant, il ne peut pas s'empêcher
de trouver ça injuste pour Fury :
« Donc, on a un
cas de tentative de viol dans nos propres rangs, peut-être un
meurtre –en légitime défense, au moins un
soldat disparu. On ne sait pas ce que sont devenu les autres
agresseurs ?
-Si tôt après le début des
opérations…
-Je ne pensais pas qu'on risquerait des
tensions internes si vite.
Et un cas flagrant
d'insubordination, qui plus est…
-Il va falloir
improviser, en tout cas.
-Je suis désolé, émet
pitoyablement Fury.
-N'en parlons plus. Vous pouvez quitter cet
uniforme et reprendre votre identité, on fera sans le
lieutenant Hawkeye, voilà tout. On avait surtout besoin d'elle
sur le départ ; maintenant, je pense que personne ne
remarquera sa disparition.
-Au pire, une petite mise en scène
?
-Non, on n'en arrivera sans doute pas là. »
o
Dans le coin où il
s'est finalement réfugié, Fury les écoute sans
doute discuter de son sort comme
s'il n'était pas là, sans oser les regarder.
Armstrong et Farman, surtout, Breda qui précise leur propos de
temps en temps.
Dans chaque silence de leur conversation, il
attend un reproche : enfin, comment avait-il pu se fourrer dans une
situation pareille? n'aurait-il pas pu simplement penser que, quel
que soit le prétexte fallacieux utilisé, miss Riza
Hawkeye n'aurait sans doute pas suivi des soldats inconnus dans un
coin sombre à l'écart du camp ? Non, ça ne lui
serait pas venu à l'esprit, que des hommes qui faisaient
confiance à « son » Colonel Mustang puissent se
comporter de manière aussi abjecte. Mais personne ne le lui a
encore fait remarquer. Personne n'ose l'accabler plus encore,
blâmer sa naïveté et sa négligence.
Qu'importe, il le fait lui-même.
Et Havoc dans tout ça ? Aussi hors de leur conciliabule. Au placard, la potiche. Et cette fois, puisque décidément, on se passe de lui pour prendre les décisions, il estime qu'il peut bien n'en faire qu'à sa tête. Un peu tard, certes, il se coule vers Fury.
« Il ne s'est rien passé, »
murmure celui-ci une fois de plus, sans le regarder, comme pour
s'excuser, une fois de plus, des problèmes créés
par ce qu'il imagine sa seule faute.
Havoc se contente
de hocher la tête.
« Ils ont juste essayé. Je
ne les ai pas laissés faire.
-Mh. C'est bien, petit. De
ne pas te laisser faire.
-J'ai quand même tué
quelqu'un…
-Qui le méritait sans doute. »
Fury
garde le silence pendant un moment, ne voulant porter aucun jugement,
ou ne pouvant tout simplement pas le formuler à haute voix.
«
Je ne pouvais pas les laisser découvrir…
-Et toi
alors ? Au diable Hawkeye, pense un peu à ce qui aurait pu
t'arriver à toi ? ça
ne compte pas, peut-être ?
-Pardon… »
La résolution de
Havoc de juste le laisser tranquille faiblit de nouveau. Il a besoin
de tenter une approche, de faire quelque chose, n'importe
quoi, ne pas juste le regarder et rien de plus. Là où
il aurait voulu le prendre dans ses bras, le serrer contre lui, le
bercer peut-être, il se contente de lui tapoter l'épaule,
n'osant même pas y laisser sa main posée. Dérisoire
geste de réconfort.
« Ils vont étouffer
l'affaire, promit-il. Personne ne
viendra se vanter de s'être fait descendre par une
fille, surtout s'ils avaient des intentions aussi pas
honnêtes à l'origine. Et personne ne pourra te
reconnaître. Tout ira bien, » répète-t-il
une fois de plus.
Fury émet un petit son étranglé,
qui doit être approbatif.
« Un soldat disparaît,
la belle affaire, y'en a des tas chaque jour. Le lieutenant aussi,
c'est bien dommage mais ce sont des choses qui arrivent.Personne ne pourra faire le lien avec toi. Fais-nous confiance
? »
Là, Fury ne répond rien. Havoc se mord
la lèvre : oui, il avait confiance dans le plan du Colonel,
ils pensaient que personne ne les reconnaîtrait sous ses
déguisements, et voilà le résultat.
Pourvu,
vraiment, que ça marche. Et que cette insurrection se finisse
sans les voir disparaître l'un ou l'autre ou les deux à
leur tour…
