Chapitre 9

Deux mois plus tard

En deux mois, l'état de Tony s'était énormément amélioré, malgré le fait qu'il soit toujours dans le coma. Ses fractures avaient parfaitement guéri, il n'avait plus besoin du stimulateur cardiaque et le respirateur lui avait été retiré. Maintenant, seule une canule nasale suffisait à lui apporter le surplus d'oxygène dont il avait besoin.

Les chirurgiens avaient commencé à pratiquer les greffes de peau sur les parties de son corps qui avaient été brûlées au troisième degré. Celles-ci avaient bien pris mais étaient loin d'être finies. Il allait devoir encore en subir pendant pratiquement un an, voire plus, avant de retrouver une apparence à peu près normale.

Le seul point négatif restait le coma du patient. Bien qu'il soit moins profond que lors de son arrivée, le jeune homme ne présentait toujours aucun signe de réveil. Ses différents scanners et électro-encéphalogrammes ne montraient aucun indice laissant entrevoir la possibilité d'un réveil imminent.

Gibbs venait le voir chaque jour. Il avait posé tous les congés qu'il avait accumulés au cours des années pour pouvoir rester auprès de Tony le temps qu'il faudrait. Le directeur - enfin Jen - avait un peu tiqué mais il ne lui avait de toute façon pas laissé le choix.

Il était le premier à arriver le matin à l'ouverture des heures de visite et le dernier à partir le soir quand celles-ci s'achevaient. Il s'installait dans le fauteuil qui avait fini par prendre la forme de son corps, vu les heures qu'il y passait, et lui parlait de tout et de rien : du temps qu'il faisait dehors, des infirmières qui étaient très mignonnes, du café de l'hôpital qui était infect, etc.… Il lui lisait le journal pour le tenir au courant des dernières informations et lui donnait régulièrement des nouvelles des autres.

Il s'était installé dans l'appartement de l'italien pour être sur place quand Tony quitterait l'hôpital. Dans son esprit, il ne faisait aucun doute que Tony finirait par sortir de son coma. Il avait en cela une foi inébranlable. Il savait également que le réveil et la rééducation allaient être difficiles et qu'il allait avoir besoin d'une personne qui l'aide et le soutienne jusqu'à son rétablissement… et il voulait absolument être cette personne sur qui Tony pourrait compter.

11 novembre 2007 – Hôpital

Gibbs salua sur son passage le personnel hospitalier, qu'il côtoyait maintenant quotidiennement depuis deux longs mois, avant de pénétrer dans la chambre de Tony.

-Bonjour, comment vas-tu ce matin ? lui demanda-t-il en déposant un léger baiser sur son front

-...

-J'ai eu Abby au téléphone ce matin, elle t'embrasse. McGee, Ziva et Ducky te passe le bonjour aussi.

-...

Gibbs déposa le journal du jour et son gobelet de café sur la petite tablette à côté avant de s'installer sur le fauteuil.

-Tu…

Les mots moururent soudain dans sa bouche : son regard venait de croiser les yeux verts de l'homme qui était allongé inanimé dans ce lit depuis presque deux mois.

-Hé, enfin réveillé ? souffla-t-il doucement d'une voix émue et en souriant tandis qu'il enfonçait le bouton d'appel pour prévenir les infirmières que leur patient venait de reprendre connaissance.

Tony ouvrit la bouche, mais seul un faible coassement s'échappa de sa gorge.

-Chut, n'essaye pas de parler lui dit Gibbs en posant un doigt sur ses lèvres.

A cet instant, la porte s'ouvrit et une infirmière passa la tête dans l'embrasure pour voir ce qu'il voulait. Quand elle s'aperçut que Tony était réveillé, elle ouvrit de grands yeux et partit en toute hâte chercher un médecin avant de revenir . Moins de cinq minutes plus tard, la chambre bourdonnait d'animation et Gibbs fut doucement mais fermement poussé vers la sortie, le temps que le docteur fasse subir un examen complet à son patient.

Encore un peu sonné par ce qui venait de se passer, Gibbs se dirigea vers la salle d'attente d'un pas un peu chancelant et sortit son portable afin d'appeler Abby pour lui annoncer la bonne nouvelle. Il appela ensuite John pour l'informer du réveil de Tony. Il avait peu à peu tissé des liens d'amitié avec le jeune homme qui passait régulièrement à l'hôpital pour venir rendre visite à son ami. Ce dernier fut ravi de la nouvelle et lui promit de s'occuper de l'annoncer à ses collègues et à son chef.

Quarante minutes plus tard, John le rejoignit à l'hôpital. Gibbs attendait toujours à l'extérieur de la chambre. Il serrait nerveusement un gobelet de café dans sa main et faisait les cent pas en attendant d'avoir enfin des nouvelles sur l'état de santé de Tony.

-Bonjour, comment va-t- il ? demanda John en arrivant près de lui.

-Bonjour. Je n'en sais rien encore répondit Gibbs sans pouvoir complètement masquer l'angoisse dans sa voix. Les médecins sont toujours avec lui et aucun n'est ressorti pour le moment.

Après encore trois quart d'heure d'attente et trois cafés plus tard, le personnel hospitalier ressortit enfin de la chambre de Tony. Gibbs bondit aussitôt sur ses pieds et se tourna vers eux. Les apercevant debout au milieu du couloir, le médecin référent de Tony s'avança vers les deux hommes pour leur faire un bilan de l'état de son patient.

-Comment va-t- il ? demanda aussitôt Gibbs, en le dévisageant d'un air inquiet.

Le médecin le jaugea quelques secondes avant de répondre et décida que l'homme était en mesure de supporter la vérité, qu'il l'exigeait même, il ne prit donc pas de gants pour exposer les séquelles de Tony.

-L'inspecteur, DiNozzo souffre actuellement d'une hémiplégie du coté droit. Il rencontre également quelques difficultés respiratoires, dues à la quantité de fumées toxiques qu'il a inhalées et il est fort probable qu'il souffrira d'asthme dans le futur. Sa vue aussi à l'air d'être touchée mais à un moindre degré.

-Est-ce que cet état est permanent ? l'interrogea Gibbs.

Il se demandait si Tony serait capable de renoncer au travail de terrain sans y perdre le goût de vivre. Il avait déjà perdu Martin, serait-il capable de supporter de perdre aussi son boulot ?

-Il est encore un peu tôt pour se prononcer, M. DiNozzo vient tout juste de reprendre connaissance. Mais avant cet accident, c'était un homme en parfaite condition physique. Il a une constitution solide donc il n'est pas impossible qu'il recouvre son entière mobilité répondit-il honnêtement.

Gibbs sentit le soulagement l'envahir. Bon, ok, le médecin ne lui assurait pas à 100% que Tony récupérerait complètement, mais il disait que c'était une possibilité. Et lui, Leroy Jethro Gibbs, ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour que ça se produise.

-On peut le voir ? demanda-t-il avec empressement.

-Oui, bien sûr ! Mais ne le faites pas trop parler, il est encore très faible. Nous ne l'avons pas mis au courant du décès de vos collègues. Nous ne pensions pas être les meilleures personnes pour lui annoncer cette mauvaise nouvelle mais la personne qui s'en chargera devra le faire avec énormément de précautions. Cela risque de provoquer chez lui un choc violent.

-Je me chargerai de le lui dire déclara John d'une voix légèrement tendue.

Le médecin hocha la tête à cette information et prit congé.

-Je vais devoir vous laisser maintenant, j'ai d'autres patients qui m'attendent.

Sur ce, il s'éloigna rapidement dans le couloir.

John et Gibbs pénétrèrent dans la chambre de Tony avec une légère appréhension, se demandant comment ils allaient bien pouvoir lui apprendre la mauvaise nouvelle. Il ne faisait aucun doute que la première chose que le jeune allait leur demander serait des nouvelles de son fiancé… et aussi des autres membres de son équipe.

-Salut, chef John s'avança jusqu'à Tony et lui serra la main. Content de vous revoir enfin parmi nous.

-Jooo nnn…

-C'est Abby qui va être heureuse que tu sois enfin réveillé dit Gibbs en venant se placer de l'autre coté du lit. Elle était morte d'inquiétude pour toi.

-Qu'est ...ce …. qui ...passé ?

John prit la parole et décida de lui présenter les faits de la manière la plus honnête possible.

-Notre informateur nous a vendus. On était attendus de pied ferme, c'était un véritable traquenard. Les trafiquants étaient lourdement armés, notamment avec des engins explosifs. Ça a pété dans tous les sens et ça a déclenché un violent incendie. Tu as été grièvement blessé. C'était il y a deux mois dit-il, décidant dans un premier temps de ne pas parler des autres victimes pour que Tony ait le temps de digérer ce petit bout d'information.

-D… deux… mois… ?

-Oui. Tu es resté dans le coma durant tout ce temps.

-Ma ... tin… ?

John se retint de faire une grimace et posa une main réconfortant sur l'avant-bras de son ami avant de lui répondre.

-Je suis désolé, Tony, mais Martin n'a pas survécu à ses blessures. Il a été grièvement blessé et a succombé dans l'ambulance qui l'amenait à l'hôpital.

-Nonnn, pas ça !!! gémit Tony en fermant les yeux, foudroyé par la douleur.

De grosses larmes se mirent à couler sur ses joues pâles et creusées

-Et les … autres ?murmura-t-il finalement quand il put retrouver l'usage de sa voix

-Seuls Phil, Ben, Steve et moi s'en sommes sortis, dit lentement John sans pouvoir empêcher sa voix de trembler.

Même au bout de deux mois, ça lui était toujours douloureux de penser aux collègues et amis qu'il avait perdu ce jour-là.

Le moniteur cardiaque s'emballa, indiquant une importante accélération du rythme cardiaque de Tony. Sa respiration se fit aussi plus difficile et sifflante. Tony était en train de succomber à une véritable crise de panique.

-Tony, calme-toi ! ordonna Gibbs d'une voix autoritaire en lui passant la main dans les cheveux pour essayer de le calmer.

Mais cela n'eut aucun effet sur le jeune homme dont le rythme cardiaque continua à grimper tandis qu'il luttait pour essayer de laisser l'air atteindre ses poumons.

Une infirmière, alertée par le moniteur de surveillance qui se trouvait dans le bureau des infirmières arriva rapidement. D'un seul coup d'œil, elle comprit la gravité de la situation. Elle lui plaqua immédiatement un masque à oxygène sur le visage et entreprit de le rassurer.

-Il faut vous calmer, M. DiNozzo lui ordonna-t-elle d'une voix ferme. Respirez tranquillement, profondément.

-Je … je... les…ai…tués gémit Tony d'une voix désespérée, ma… faute !

Il repoussa faiblement le masque et tenta de se lever

-Maintenez-le en place ! ordonna l'infirmière à l'intention de Gibbs.

Celui-ci s'exécuta pendant qu'elle préparait rapidement une seringue et lui injectait un léger sédatif. Tony se calma presque aussitôt et sombra rapidement dans le sommeil.

-Ai… tué parvint encore à murmurer le blessé avant de s'endormir.

Tandis que le calmant faisait effet, le moniteur indiqua que les battements de cœur reprenaient un rythme normal.

-Tout est revenu à la normale, il devrait dormir environ une heure les informa l'infirmière tout en auscultant son patient.

-Merci dirent en chœur les deux hommes soulagés

L'infirmière hocha la tête et quitta la chambre, refermant doucement la porte derrière elle.

-Le prochain réveil va être très dur commenta inutilement Gibbs en se laissant retomber sur le fauteuil qui l'accueillait maintenant depuis deux mois.

-Il ne pourrait pas en être autrement acquiesça John. Il vient d'apprendre la mort de Martin et de plusieurs de nos collègues. Et je ne pense pas qu'il ait eu conscience de la date… mais vous savez, c'est aujourd'hui qu'il aurait dû se marier. Quand il va le réaliser, ça ne va en être que plus difficile pour lui.

-Non, effectivement, j'ignorais la date exacte de leur mariage.

« Est-ce une coïncidence que tu aies repris connaissance aujourd'hui ? Ce jour qui était supposé être l'un des plus beaux de ta vie…mais qui dans tes souvenirs restera sûrement maintenant l'un des pires »s'interrogea intérieurement Gibbs en se plongeant dans la contemplation de ce visage qu'il chérissait tant.

Les deux hommes veillèrent silencieusement le sommeil de Tony, attentifs à chacun de ses mouvements. Au bout d'une heure, comme l'avait prédit l'infirmière, des petits gémissements émis par Tony les firent tout de suite réagir. Ils se levèrent en même temps pour s'approcher du lit et se placer de part de d'autre du blessé.

-Tony, tout va bien, tu es à l'hôpital murmura doucement Gibbs en lui passant la main dans les cheveux pour le rassurer.

-Martin, murmura le blessé avant de sombrer à nouveau dans l'inconscience