Hello et merci de suivre toujours cette histoire :)

Rien ne m'appartient, comme d'habitude, Star Wars est à George Lucas et l'histoire est à Eirian Erisdar.

Bonne lecture.


Le hangar sud du Temple Jedi n'est jamais tout à fait tranquille, y compris à cette heure de la nuit, les vaisseaux et les petites embarcations dérivent encore, bercés dans son étreinte, comme des oisillons attirés par un nid commun. Dans le silence des heures qui précèdent minuit, Coruscant s'enveloppe autour des rivières de fumée et des lumières éternelles de la ville-planète, et le hangar est encore en mouvement, comme les eaux d'un maelström se gonflant à leur vitesse la plus basse, un mouvement à la fois tempéré et calme. Des Chevaliers solitaires et quelques paires de Maître/Padawan en retard descendent, fatigués, les rampes d'accès et émergent des portes à air comprimé, de retour de mission, négociation, bataille et guerre, chacun aussi proche et aussi loin de Coruscant comme l'esprit et le corps. Ils sont accueillis seulement par la Force , qui fait écho à leur retour à la maison.

L'aube se lève sur l'horizon de Coruscant, les lumières chatoyantes balayent la forêt de duracier comme une traînée de poudre, jusqu'à l'entrée du hangar, qui semble remuer, comme une ruche sur le point d'essaimer. La Force semble respirer, agitée. L'odeur de l'huile de moteur flotte dans l'air, une odeur d'aventure, de danger, apportant avec elle l'effluve caractéristique de l'hyperespace. Tout à coup, des êtres sensible convergent sur le sol en duracier, ingénieurs, matelots et pilotes, provenant des engins spatiaux. Bottes et semelles foulent le métal suivis par des cris et des claquements de caisses et d'équipement, des rires et des salutations dans une centaine de langues. Chaque rang, de capitaine à cuisinier, d'officier à garçon de cabine, et chaque rang de Jedi de Maître à initié. Et avec chaque spécimen de bio-matière qui aspire l'air chauffé de hangar, des droïdes arrivent par douzaine. Des astromechs, des droïdes médicaux, des anciennes unités de protocole qui titubent maladroitement sur leur jambes, des droïdes scientifiques, de maintenance, d'ingénierie, de divertissement. La voix cultivée de Maître Huyand, le droïde architecte, résonne dans le hangar, racontant à de pauvres padawans les effets dus aux sabre laser mal réglés. Bips stridents et voix mécanisées se joignent à la mêlée, se mêlant dans un champ de bataille de bruit cassé.

Obi-Wan danse doucement à travers cette cacophonie, sa signature de Force est une étoile solitaire au milieu d'une galaxie tourbillonnante de sons chaotiques, et il sourit intérieurement. Il se sent spécial aujourd'hui. Ici, il n'est pas seulement l'œil de la tempête, ou la goutte silencieuse d'un orage, il est un moment parfait de calme dans cette tourmente qui est rigoureusement maintenue, le chaos ordonné de la cavalcade matinale dans le hangar sud du Temple Jedi. Obi-Wan est le centre de la galaxie.

Qui-Gon jette un regard en direction d'Obi-Wan, il avance dans les courants des droïdes et des êtres sensibles, cherchant à ancrer son apprenti à sa présence solide- seulement pour découvrir que ce n'est pas nécessaire. Plutôt que de libérer son irritation, il se concentre sur le lien au-dessus de cette marée capricieuse de la Force gonflant dans ce ce champs de bataille. Avec ironie, Qui-Gon se rend compte qu'il utilise Obi-Wan comme une ancre, au lieu du contraire. Il se retire légèrement derrière des boucliers solides pour sauver la face.

Malgré lui, Obi-Wan sourit de plaisir.

Son manteau semble danser autour de ses chevilles, une vague de tissu épais et marron qui coule de ses épaules pour glisser à quelques centimètres du sol, comme une flamme de gloire dansant dans le vent sur son passage. Le manteau est neuf, provenant tout droit du quartier des maîtres d'il y a quelques minutes à peine, et à chaque foulée d'Obi-Wan, il se mouve dans un nuage majestueux de manches volumineuses, de capuche, le tout cousu dans un tissu solide mais rugueux. Avec son sabre laser étincelant contre sa hanche, ses bottes lustrées, sa tunique, et sa tresse qui se balance en écho au mouvement de son manteau, Obi-Wan sait qu'il est l'image même d'un padawan Jedi.

D'un peu plus de 1m50, mais un Jedi quand même.

Obi-Wan regarde à côté de lui, et son estomac se tord de joie car il se rend compte qu'il ressemble presque exactement à son maître. Le manteau de Qui-Gon est plus usé, taché par endroits, ses bords effilochés, dus à de nombreux voyages, mais le maître Jedi ne porte pas le manteau uniquement comme un témoignage de son rang, il le représente aussi comme un vétéran de guerre. Cela semble évident quand on voit la façon familière dont son manteau orne ses épaules, se balançant élégamment autour de ses bottes égratignées, une ombre immuable et constante. Alors que le manteau d'Obi-Wan le désigne comme Padawan, et rien de plus, le manteau de Qui-Gon incarne en quelque sorte sa grâce, sa puissance tranquille, et des années de connaissances dans la Force. Et il y a quelque chose dans la façon dont il tournoie dans l'air matinal qui suggère un léger soupçon de non-conformisme.

Maître et Padawan. Ensemble, ils forment un duo redoutable.

OoOoOoO

Le pilote Dressalian qui se tient à côté de la rampe d'embarquement du transport privé de la République s'immobilise momentanément comme il regarde ses deux passagers approcher. Sa bouche tombe, grande ouverte, devant la démarche quelque peu arrogante du duo. Il a transporté des Jedi à travers tous les confins de la galaxie, mais qui ne ressemblaient en rien à ceux-là.

« Bonjour, Maître Jedi » se rattrape le pilote, évitant de justesse un désastre diplomatique.

« Bonjour » répond le grand Jedi, dans ce langage un tantinet déroutant qu'on les Jedi. « Je suis le maître Jedi Qui-Gon Jinn. Voici mon apprenti, Obi-Wan Kenobi. C'est un plaisir de vous rencontrer, capitaine... ? » Les yeux bleu ciel de Jinn scintillent avec humour, l'estomac du pilote se contracte en pensant que son esprit est peut-être analysé en ce moment même. Malgré tout le temps qu'il a passé avec les Jedi, il n'est toujours pas tout à fait convaincu que les Jedi ne disposent pas de pouvoirs surnaturels importants.

Avec un peu de retard, le pilote se rend compte que le Jedi attend toujours une réponse. « Saret »dit-il, un peu trop rapidement. « Vous pouvez m'appeler capitaine Saret »

Le Maître Jedi sourit d'un air entendu, et même s'il ne tourne pas la tête vers son apprenti- quel était son nom déjà ? Kenobi- le garçon incline légèrement la tête et serre les lèvres, comme s'il s'empêchait de rire. Le mouvement choque légèrement Saret Kenobi était resté si calme que seul ce petit mouvement attire l'œil du capitaine. Extérieurement, Kenobi paraît tout à fait normal, mais il y a quelque chose de...différent chez lui, l'aura de calme centrée autour du garçon est légèrement inquiétante.

Kenobi se reprend comme Maître Jinn le regarde sévèrement, et une rougeur coupable s'étale sur son visage juvénile. Saret cligne des yeux de surprise. Tout à coup, Kenobi passe d'un Jedi stoïque, une statue silencieuse, en un jeune garçon grimaçant à la réprimande d'un aîné. Mais ce petit changement est insuffisant pour enlever la sensation inconfortable dans la poitrine du capitaine. L'ensemble des échanges entre les Jedi, aussi rapide fut-il, semble avoir eu lieu dans un silence complet.

Saret humidifie ses lèvres sèches et s'aventure : »Maître Jinn, voulez-vous être présent pour les vérifications avant le vol ? »

Jinn se retourne vers lui, avec un sourire soudain tout affable et tout politesse. « Bien sûr, capitaine Saret » répond-t-il, faisant un geste de la main. « Après vous »

« Obi-Wan ! »

Le cri résonne à travers les murs, couvrant les bips, les voix et les sifflements hydrauliques qui imprègnent le hangar, et Saret fixe un homme brun, vêtu de vert qui approche à grands pas vers eux. Kenobi- Obi-Wan- sourit au nouveau venu avec un plaisir non dissimulé.

« Capitaine » Maître Jinn pose une main sur la rampe, avant de se retourner vers son apprenti. « Cinq minutes ». Obi-Wan hoche joyeusement la tête, son maître s'avance vers le vaisseau avec leurs deux sacs installés sur ses larges épaules.

Saret fronce les sourcils. Et maintenant, ils se regardent comme père et fils.

Alors que Saret s'avance à son tour sur la rampe, le maître Jedi le suit, et le pilote se demande si, un jour, il comprendra les voies mystérieuses et impénétrables des Jedi.

OoOoOoOo

Obi-Wan incline sa tête en guise de salutation alors qu'Avarin s'arrête tranquillement devant lui. Le maître guérisseur lui renvoie le salut, pas un seul de ses cheveux d'argent ne bouge, même s'il a probablement couru à travers l'aile des Guérisseurs.

« Pensais-tu vraiment que tu échapperais à mes félicitations pour ton treizième anniversaire ? » plaisante Avarin, son large sourire fait écho à son jeune homologue. Sa main ébouriffe ses cheveux, touchant la petite queue de cheval comiquement attachée à l'arrière de la tête du jeune padawan. Obi-Wan lève un sourcil dans un défi que Avarin accepte, retenant son rire avec succès.

Obi-Wan se tortille légèrement sur ses pieds, sa main vole vers sa manche où réside son papier, mais Avarin tourne son regard étrangement perspicace vers lui, et sourit d'un air entendu.

« Ton chiot se remet en toute sécurité » dit Avarin, gloussant. « Il est devenu la célébrité de l'aile des Guérisseurs, spécialement auprès de la gent féminine des padawans. Ce n'est pas souvent que le Temple reçoit un hôte aussi adorable »

Obi-Wan acquiesce ses remerciements, les yeux brillants de soulagement. Il salue une fois de plus en guise d'adieu, et se tourne vers la rampe.

« Attends un instant, Obi-Wan ! » Les iris panachées d'Avarin brillent avec amusement. « Tu n'as pas supposé sérieusement que j'ai quitté ma montagne de travaux dans l'aile des Guérisseur ce matin, tout simplement pour t'informer de l'état de ta première forme de vie misérable ? » Il esquisse un sourire narquois. « Par les étoiles, qu'est-ce que ton maître t'a donc enseigné ? »

Obi-Wan s'immobilise à mi-chemin, sa mâchoire manquant tomber de surprise.

Avarin semble ruminer ses mots, et il se crispe, se frottant le menton. « En fait, ne répond pas, cela vaut mieux ». Son visage s'illuminant, il sort un mince tube de sa manche enveloppé dans un tissu blanc. « Un cadeau pour l'anniversaire de mon initié préféré- maintenant padawan, bien sûr » proclame-t-il avec humour. « Allez, ouvre-le »

Se courbant profondément jusqu'à la taille, Obi-Wan reçoit le présent avec un respect formel, se redressant que lorsque Avarin lui donne son approbation. Les nœuds se défont presque par eux-mêmes, et le tissu lourd s'ouvre silencieusement, révélant une flûte grise.

Le flûte se réchauffe sous ses doigts, elle est faite d'un matériau merveilleux qui n'est ni du bois, ni de la pierre, elle se glisse dans sa main avec le poids d'un travail magistral. Des formes en spirales et des motifs en forme de feuilles ont été gravés sur la surface gris argenté, alignant chaque trou de note et formant une couronne complexes de feuilles de vigne autour de l'embout buccal. Les Runes se frayent un chemin à travers les feuilles et les branches sculptées, comme si le vent chantait des mots d'une langue inconnue, coulant à travers le feuillage. La conception est si belle, parfaite et naturelle, que Obi-Wan croit que s'il souffle sur l'embout buccal et remplit la flûte avec son souffle, les feuilles danseront dans le vent soudain et chanteront pour lui.

« Tient la comme ça » explique doucement Avarin, souriant devant la crainte qui se dessine sur le visage d'Obi-Wan comme le guérisseur l'aide à placer sa main gauche, puis la droite, sur les différents trous de note, tenant la flûte parallèle à ses épaules et au sol, lui permettant de souffler sur le premier trou. La note cristalline pure flotte dans l'air, puis se fane dans la Force, elle n'est pas oubliée, c'est une chaleur persistante.

Dans le silence qui suit, Avarin incline sa tête, faisant danser ses cheveux d'argent. « Tu aimes ça ? » murmure-t-il.

Obi-Wan ouvre sa bouche, serrant la flûte contre sa poitrine, et hoche la tête si fort que sa tête pourrait en tomber.

« Je m'en doutais. Prends-soin d'elle » Avarin rit légèrement. « Elle est assez rare. Je n'en ai pas besoin, donc j'ai pensé te la donner » Au regard distrait d'Obi-Wan, Avarin fronce les sourcils. Puis une pensée traverse son esprit, et il demande. « Est-ce que ton maître t'a donné ce qui t'est dû ? »

Obi-Wan tressaille, les yeux écarquillés. Lentement, il secoue la tête.

« Ne t'inquiète pas » dit Avarin tranquillement. « Qui-Gon est suffisamment têtu pour attendre le moment propice avant qu'il ne donne un cadeau. Tu dois être patient.»

Maintenant, arborant un petit sourire soulagé, Obi-Wan salue une fois encore en remerciement, et gambade jusqu'à la rampe.

Avarin fait un pas en arrière et regarde le vaisseau qui monte dans l'atmosphère, sort du hangar, sa silhouette diminuant jusqu'à n'être plus qu'une étoile lointaine, qui sera bientôt perdue dans l'éther de l'hyperespace.

« J'espère que tu vas chanter » souffle Avarin dans sa barbe, souriant comme il pivote sur ses talons pour rejoindre ses quartiers.

OoOoOoOoO

Le vaisseau semble immobile sur le plan incorporel de l'hyperespace, se déplaçant à travers une brume intemporelle aux motifs incolores, immuables, une dimension infinie et tout à la fois, comme lors du dernier voyage. Obi-Wan sent le bourdonnement de l'hyperdrive sous la plante nue de ses pieds, et tend la main pour se stabiliser sur la barre du lit. Le dortoir semble assez rudimentaire, mais il y a sans doute bien pire quelque part. C'est un vaisseau de la République, et peu importe que le mobilier soit simple, les couchettes minces sont probablement convoitées par des centaines de millions de personnes qui voyagent à bord des transports publics interplanétaires tous les jours.

Obi-Wan frotte une main sur ses yeux fatigués- lire le briefing de la mission et s'informer avait été plus ennuyeux qu'il ne l'aurait cru. Les lignes ternes d'information n'avaient pas l'esprit de la philosophie Jedi ou l'impact captivant d'une histoire. Et à travers ces heures monotones, Qui-Gon lui avait à peine adressé quelques mots, entre sa méditation, l'aide au pilotage, et la lecture de sa propre copie du briefing.

C'est comme si le maître d'Obi-Wan ne savait même pas que son padawan avait treize ans aujourd'hui.

Forçant à avaler la boule coincée dans sa gorge, Obi-Wan installe ses couvertures pour se préparer à dormir. Avarin, réputé pour avoir raison sur presque tout, s'est finalement trompé sur quelque chose. Cette petite étincelle d'humour ne fait rien pour soulager son malheur.

Maître Qui-Gon ne s'en soucie pas après tout.

Donc, Obi-Wan grimpe la petite échelle jusqu'à la couchette supérieure, trouvant l'hyperespace froid pour la première fois, l'air ventilé glacé de la grille au-dessus semble figer ses yeux avec du gel.

Et quand le gel commence à fondre, la première goutte de la fonte des glaciers coule sur sa joue.

Le sifflement de la porte coulissante est si soudain, et la lumière si brillante, que Obi-Wan tombe presque hors de sa couchette. Tentant de se redresser, il essaye de s'accrocher aux couvertures d'une façon particulièrement indigne, avant de basculer dangereusement vers le bord. Dans le fond de son esprit, il calcule que son centre de gravité glisse avec une précision croissante et il en est mortifié.

Qui-Gon regarde son apprenti avec un soupçon de sourire sur les lèvres, passant sur le côté comme Obi-Wan livre une bataille perdue d'avance avec la gravité. Quand la lutte ne montre aucun signe de ralentissement, Qui-Gon pousse un soupir. « Stop, padawan » dit-il en riant.

Obi-Wan se fige si comiquement et si instantanément que son derrière glisse finalement du bord de sa couchette. Il ouvre la bouche en un cri silencieux comme il sent la traction du générateur de gravité tourner dans son estomac, se tournant violemment, il plonge six pieds vers le sol, tête la première...

Et Qui-Gon avance intelligemment en avant, attrapant son padawan sous les bras, stoppant sa chute et le remettant gentiment sur ses pieds. Obi-Wan trébuche sur les couvertures encore emmitouflées autour de lui, comme il se lève lentement, désorienté.

« Il semble que ton contrôle est encore quelques défauts, padawan » dit ironiquement Qui-Gon, tenant Obi-Wan d'une main ferme par les épaules.

Obi-Wan rougit violemment, détournant les yeux avec embarras.

Qui-Gon fronce les sourcils. Le rougissement aurait pu aller, c'est le seul défaut, autrement son padawan serait l'image parfaite pour la négociation. Et puis il remarque combien leur lien s'agite avec inquiétude et se flagelle intérieurement. Obi-Wan a dû penser que mon mécontentement était dirigé contre lui. Un autre petit défaut: Obi-Wan s'auto-dénigre trop souvent.

« Obi-Wan » dit tranquillement Qui-Gon. « Tu ne m'as pas déçu. Viens. Assied-toi. » Il guide son padawan jusqu'à la couchette inférieure, se penchant pour ranger doucement le désordres des couvertures autour des petites épaules d'Obi-Wan. Celui-ci le regarde avec de grands yeux prudents, une vague de curiosité s'insinuant à l'intérieur de ses bouclés mentaux placés à la hâte.

« A présent, sais-tu pourquoi je suis ici ? » demande Qui-Gon en souriant. Il est tout à fait sûr que son apprenti a attendu ce moment avec impatience toute la journée.

Il devient un peu moins sûr, cependant, quand Obi-Wan secoue la tête, tournant des yeux méfiants et rougis vers son maître pour la première fois ce soir-là.

Qui-Gon marque une pause un moment, surpris et inquiet. Il n'a pas beaucoup parlé à son apprenti aujourd'hui, les procédures habituelles de début de mission et la collecte d'information l'avaient occupé. Mais la culpabilité se glisse comme un maraudeur dans son cœur quand il se rend compte qu'il a peut-être un trop négligé Obi-Wan. Obi-Wan est peut-être un padawan, mais aucun initié n'entrerait dans l'apprentissage avec un contrôle total sur ses émotions, ou débarrassé entièrement de son besoin d'attention enfantine. La façon dont Obi-Wan regarde tristement son maître respire la négligence.

Obi-Wan sursaute quand Qui-Gon envoie une vague de réconfort à travers leur lien, teintée d'excuses. « Obi-Wan » murmure Qui-Gon. « Je suis désolé. J'ai par ailleurs été occupé ces derniers jours. Je te donne ce qui te revient » Fouillant dans une poche profonde, il en retire une pierre polie de la rivière de son enfance, la plaçant doucement dans les mains de son apprenti. Un léger rire suit ses prochains mots. « Et même si beaucoup de Jedi n'aiment pas dire cela, je tiens à te le dire quand-même : Bon anniversaire, Padawan »

Un bref moment, les doigts de Qui-Gon rencontrent ceux d'Obi-Wan, il sent alors différentes choses. Les mains d'Obi-Wan sont froides- même moites- et paraissent même petites par rapport à la pierre que Qui-Gon considère comme un caillou. Alors que Obi-Wan serre la pierre entre ses doigts, ses yeux s'élargissent, et sa bouche s'ouvre légèrement, formant les mots qui ne peuvent pas franchir ses lèvres.

Une étincelle semble danser dans la pierre de rivière, une langue de feu qui scintille dans les profondeurs opaques de la pierre. Les doigts d'Obi-Wan tremblent alors que ses jointures blanchissent autour du cadeau de son maître et un torrent d'émotions se répand dans la Force, comme un torrent éclatant un barrage fragile. Les larmes coulent sur ses joues sans entrave.

Qui-Gon hoche la tête.« Tu l'as bien mérité » dit-il calmement, prenant soin de ne pas être trop élogieux. Mais il se doute que ses efforts sont vains. La signature de Force de Obi-Wan est un océan de joie et de fierté, à présent.

« Ceci est une pierre de rivière de ma planète » dit Qui-Gon en caressant un doigt sur sa surface polie. « Elle est très chère pour moi, même si les Jedi ne sont pas autorisés à avoir d'attachement- mais cette pierre est l'un des rares souvenirs de mon enfance »

Tandis que Obi-Wan continue de serrer la pierre fermement sur ses genoux, clignant des yeux pour chasser l'humidité qui commence à briller, Qui-Gon murmure d'un ton encore plus doux. « Je te la confie. L'acceptes-tu, Obi-Wan ? »

Il avait prévu un simple acquiescement en réponse, mais Obi-Wan, une fois de plus plus, jette toutes les attentes de Qui-Gon aux quatre vents et enserre ses bras autour de la taille de son maître, hochant la tête avec force comme il enfouit son visage dans les tuniques de Qui-Gon.

Pour ce dernier, c'est un peu comme si Dex l'avait persuadé de boire un de ses célèbres cocktail Besalik briseur-de-cerveau. Le menton pointu d'Obi-Wan appuie douloureusement sur son sternum, et la pierre de rivière, bien lisse, frotte de façon irritante contre la colonne vertébrale de Qui-Gon, là où les mains de son apprenti se rejoignent derrière son dos. Les larmes et la morve, et il ne sait pas quoi d'autre, forment une tache humide sur ses tuniques autrefois immaculées où le visage de Obi-Wan est enfoncé dans sa poitrine.

Mais étrangement, il ne s'en préoccupe pas.

Mais oui, songe Qui-Gon en enroulant ses bras autour des épaules d'Obi-Wan, une main sur les pointes brunes de ses cheveux. C'est comme s'écrouler après avoir bu un briseur-de-cerveau en une gorgée. Son esprit est brumeux, sa poitrine comprimée, mais d'une certaine façon, l'étreinte est assez agréable.

« Contrôle-toi, padawan » marmonne-t-il dans sa barbe. Obi-Wan relâche légèrement son étreinte, mais le lien vibre d'un amusement mutuel, comme ils savent tous les deux très bien que la réprimande n'aura aucun effet.

Et plus tard, quand Obi-Wan gît, enveloppé dans ses couvertures, en train d'écouter la respiration profonde de Qui-Gon sur la couchette du dessous, il sent sa pierre de rivière se réchauffer au creux de sa paume et l'hyperespace ne lui semble plus aussi froid.

OoOoOoOoOo

Comme Obi-Wan le découvre le lendemain matin, les Jedi sont plutôt respectés sur la planète Naboo.

L'ensemble de la cour royale de Naboo semble s'être rassemblée sur l'aire d'atterrissage avant le Palais pour saluer les ambassadeurs Jedi. La reine se tient au premier rang, resplendissante, avec sa robe inondée de pierres précieuses, un costume lourd orné de bijoux et aux tissus brodés à la main se terminant en un spiral de couleurs pourpres, sables et blanches. Son expression, masquée derrière des couches de maquillage blanc et par une formation en diplomatie, accueille les Jedi avec un léger sourire. Pas plus d'émotion que nécessaire. Ses servantes l'entourent dans des rangs encapuchonnés d'orange feu et d'ocre sombre, chaque visage demeurant caché. Le reste de l'entourage de la reine se tient attentivement derrière elle, chaque tenue est une explosion de couleurs essayant de surpasser celle qui se tient à côté, sauf pour les gardes, qui regardent droit devant, tels des soldats bien formés.

Alors que Obi-Wan descend la rampe, une pensée lui traverse l'esprit que la reine n'est pas loin de ressembler à un lys de feu, ses servantes étant une extension de ses pétales délicats et sa cour des fleurs à peu moins belles et des vignes grimpantes.

Et de chaque côté de la reine, dans des tons plus sombres de marine et de sable, se tiennent les deux candidats au Sénat, leurs propres partisans les entourant en un demi-cercle protecteur. Le plus jeune des deux candidats- Naberrie, se souvient Obi-Wan- les accueille d'un sourire, son entourage présentant les mêmes expressions chaleureuses sur leurs visages. Le candidat sénatoriale Naberrie ne peut pas être considéré comme jeune, mais il n'est certainement pas vieux. Il respire la confiance de la jeunesse et l'amitié facile, et en le voyant, Obi-Wan sait, avec la simple clairvoyance d'un enfant, que le candidat Naberrie est un homme bon et serait un ami digne de confiance.

Puis le regard d'Obi-Wan glisse sur sa gauche, et avec lui, il envoie une vrille de la Force curieuse et inquisitrice qui descend sur le sourire de crocodile, légèrement tordu du candidat Sénatoriale, Palpatine.

C'est seulement sous une contrainte instinctive que Obi-Wan se force à continuer de marcher.

Il s'était attendu à ce que les deux candidats soient différents, mais pas à ce point.

Le Candidat Naberrie est cultivé, habillé formellement, mais ses vêtements et ses bottes sont à la fois pratiques et pas trop chères. Palpatine, d'une certaine façon, a fait en sorte que ses robes sombres paraissent royales, volumineuses, et fluides, comme si le candidat au Sénat lui-même était paraît d'ombres en mouvement. La surface du tissu miroite à certains endroits, mais le léger motif réfléchissant ne sert qu'à montrer combien la lumière semble se tordre, captive, dans les lignes nettes de broderie. En contraste frappant avec l'élégance de sa robe, le visage ridé de Palpatine est pâle, presque maladif, alors ce que ses lèvres sont retroussées dans ce qui aurait dû être un sourire de grand-père, mais ce sourire rappelle vaguement à Obi-Wan la gueule d'un Sarlacc.

Quelque chose de froid s'enroule dans la poitrine d'Obi-Wan comme il rencontre le visage vide de l'homme devant lui. Il lui faut quelques instants pour reconnaître cette émotion, c'est la peur.

La signature de Palpatine est faible, inefficace, comme beaucoup de personnes qui ne sont pas sensibles à la Force. Mais tout comme son vêtement qui semble se déplacer contre le vent, la Force est instable autour de Palpatine, la lumière se retirant de sa sphère d'influence comme un poisson contournant la bouche d'un requin.

Obi-Wan continue de plonger ouvertement dans le regard de Palpatine, face à sa peur. Une étincelle scintille dans la paire de yeux sombres, puis Palpatine tourne son regard terriblement vide sur le maître d'Obi-Wan à la place.

Revenant à lui, Obi-Wan manque de trébucher comme il arrive au bout de la rampe. Ces longues secondes lui ont parues durer une éternité. Son cœur martèle derrière ses côtes, mais il se force à rester concentré. Une longue expiration profonde, puis une pensée traverse son esprit.

Pendant un moment, j'ai cru que c'était une étoile noire.

La présence de Force de Qui-Gon passe à côté d'Obi-Wan, comme un vent chaud caressant, comme il s'avance pour saluer la Reine. Seul un coup de pouce de la main de son maître ramène Obi-Wan à la réalité, et il s'incline hâtivement et sans effort, avec un air désolé. Une excuse plutôt bien accueillie, à en juger les rires que se murmurent les plus jeunes des servantes, ayant toutes l'âge d'Obi-Wan.

Concentre-toi, padawan, le réprimande Qui-Gon, sa voix grondant dans l'esprit d'Obi-Wan. Tu es distrait. Il y a une touche d'humour dans sa voix, alors qu''il jette un regard aux servantes aînées qui murmurent à leurs homologues plus jeunes de se taire.

Obi-Wan envoie un pêle-mêle de ses observations dans une série d'images et d'émotions à son maître. Qui-Gon ne s'arrête pas dans ses salutations et ses présentations, mais ses pieds se déplacent très légèrement dans une position offensive de Shii-Cho. Le réconfort ruisselle entre eux, et atteint la poitrine d'Obi-Wan, la réchauffant et déroulant le nœud glacé de la peur.

Mais alors que la reine commence à parler, Obi-Wan sent que le regard froid tombe à nouveau sur lui, le transperçant comme une Lame de ténèbres, une arme de combat que l'on a pas vue depuis des millénaires.

L'étoile noire brûle encore dans l'ombre de Naboo, ses rayons frigorifiant cherchant à capturer les deux Jedi comme une éruption solaire cherchant à saisir des comètes saphir et émeraude. Et comme Obi-Wan suit son maître dans le palais, il remarque quelque chose de plus.

La musique des sphères est étrangement calme, étouffée par les tentacules de l'étoile sombre.

Obi-Wan range ses manches, saisissant la flûte qui repose près de son avant-bras. Il s'accroche à ce chuchotement de la musique comme un homme pendu à la corde de son nœud coulant, luttant pour respirer à travers un miasme d'ombres.

OoOoOoO

Le sourire de Palpatine est légèrement plus large en cette matinée ensoleillée. Il a peut-être un peu exagéré, en montrant son intérêt pour le Padawan Kenobi de façon trop évidente. Il serait dur de faire basculer ce garçon...mais quand il réussira, le cristal brillant qui brûle dans le cœur de Kenobi se fixerait sur le plan de Palpatine comme un cristal dans une Lame de ténèbres.

Il sourit une fois de plus, une joie sauvage brûlant dans sa poitrine.

Après tout, pourquoi pas ? Il était temps de prendre un autre apprenti.


Voilà, voilà, Obi-Wan face à Palpatine...

J'adore la comparaison entre Palpatine et une étoile noire, c'est tellement ironique quand on y pense XD

J'espère que la suite vous plaira.

A bientôt !