Harry Potter - J.K. Rowling
La Liste - Rose
Faire semblant d'avoir mal - POV Draco Malefoy, 27 mars 2003
_ Mais je suis malade !, me plaignais-je alors que Potter, exaspéré, secouait la tête de gauche à droite.
Ses mèches folles, encore trempées de sa récente douche, envoyèrent voltiger quelques gouttes d'eau tout autour de lui.
Irrésistiblement attiré, notre jeune chien entra dans la chambre en bondissant tandis que ses mâchoires se refermaient dans le vide, tentant sans succès d'attraper les gouttelettes qui s'écrasèrent au sol.
_ Toi dehors !, sifflais-je en pointant le salon du doigt.
_ Si tu es suffisamment en forme pour crier après ce pauvre Tyl, c'est que tu n'es pas si malade que ça.
Je m'affalais dans le matelas moelleux et remontais la couette sur mes épaules.
_ Je suis gelé !
_ Bien sûr, soupira-t-il en boutonnant sa sur-robe.
_ Tout à fait !
L'Auror m'ignora tout en ramassant une paire de chaussettes et tapota la tête du chien qui observait notre chamaillerie assis dans l'embrasure de la porte.
_ Harry !
_ Quoi ?, s'exclama-t-il en rejoignant le bord de notre lit, les poings sur les hanches.
_ Je suis malade … vraiment.
Les lèvres pincées, indécis quant à ma sincérité, il posa le dos de sa main sur mon front puis sur mon nez. Je grimaçais.
_ Aussi frais que la truffe d'un chien. Tu vas parfaitement bien.
Alors qu'il tentait de s'éloigner, j'agrippais son poignet et tirais de toutes mes forces.
Il s'affala sur le matelas avant de se redresser prestement, sa cravate de travers.
_ S'il-te-plait ?
_Et je leur dis quoi ? « Excusez-moi mon menteur de petit-ami a décidé qu'il était malade et m'a obligé à rater une journée de dur labeur ? »
_ Parfait. Maintenant enlève cette robe et recouche-toi !
Harry me regarda avec sévérité mais je pouvais lire l'hésitation dans son regard.
Bien décidé à gagner cette partie, je l'enlaçais et le faisais de nouveau basculer sur le matelas, puis calais ma tête au creux de ses omoplates.
_ Tu ne voulais pas que j'enlève ma robe ?
_ Ne vas-tu pas essayer de te sauver si je te lâche ?
_ Ça ne m'a même pas traversé l'esprit …
Et je n'avais pas besoin de voir son visage pour savoir que si, justement.
Avec hésitation, j'enlevais mes bras de sa taille, prêt à sauter du lit pour le rattraper au moindre signe de fuite.
Mais il n'en fit rien et se contenta de se déshabiller avant de se glisser à nouveau à mes cotés.
_ Tu pouvais enlever ça aussi, précisais-je en passant un doigt entre sa peau et l'élastique de son sous-vêtement. Il m'ignora.
_ Maintenant tu peux peut-être avouer ? Comment te sens-tu ?
_ Parfaitement bien. Tu es mon médicament personnel après tout.
Nous passâmes la matinée allongés dans la pénombre de ma chambre, sans rien faire d'autre que de soupirer d'aise lorsque l'un de nous deux effleurait l'autre du bout des doigts. Je connaissais les points faibles de Potter : derrière son oreille au début de sa clavicule, le long de sa colonne vertébrale, la base de sa nuque. Et il connaissait parfaitement les miens : derrière mes genoux, le creux de mes reins, l'intérieur de mes poignets.
À plusieurs reprises, je tentais de pousser nos caresses un peu plus loin. À chaque fois, il me murmurait qu'un malade avait besoin de repos avant de poser chastement ses lèvres sur les miennes.
Malheureusement, en début d'après-midi, la perspective de rester toute une journée au lit n'était plus aussi attrayante.
_ On pourrait aller se promener. Il semble faire plutôt beau aujourd'hui.
Le mois de mars avait été fidèle à sa réputation, les nuages et la pluie n'avaient pas quitté Londres depuis ce qu'il me semblait être une éternité.
_ Tu es censé être malade !, me rétorqua Harry, la mine déconfite.
_ Et alors ?
_ Alors si je croise quelqu'un, je dis quoi ? « Oh Draco ? Non finalement il se sent beaucoup mieux ! »
_ Pourquoi poses-tu des questions auxquelles tu as déjà les réponses ? Allez, habilles-toi !, concluais-je en sautant du lit et en ignorant aisément son regard exaspéré.
—
Le Chaudron Baveur était désert, si ce n'était pour Hannah Abbot qui, perchée sur le comptoir, informait Harry des nouvelles lubies botaniques de Londubat. Il ne fallut pas cinq minutes de cette conversation pour que l'envie de retrouver mon lit ne devienne irrésistible.
_ Je t'attends dehors, lâchais-je au Gryffondor sans me préoccuper d'avoir coupé la parole à l'ancienne Poufsouffle future Madame Londubat.
_ Tu prends Tyl ?, me demanda-t-il en me collant d'office la laisse du chien entre les mains, sans marquer la moindre hésitation.
Une fois à l'extérieur, j'aspirais goulument dans l'espoir de me débarrasser de l'odeur vieillotte et poussiéreuse du bar, le soulagement fut immédiat. Au bout de sa laisse, Tyl s'ébroua joyeusement. Son poils avait commencé à s'épaissir et sa fourrure blanche était parsemée d'une multitude de tâches noires et grises. Granger avait qualifié la couleur de bleu merle, et je trouvais le terme étrange. Harry, lui, avait décrété que c'était le parfait mélange entre ses cheveux et les miens - ce qui était parfaitement ridicule.
_ Draco ?
Je me retournais par réflexe. Et me figeais instantanément.
Pansy Parkinson n'avait pas beaucoup changé. Elle était toujours ce petit bout de femme, avec ses yeux marrons et son carré court parfaitement lisse.
_ Pansy ? Que fais-tu ici ?
_ Ravie de te revoir également Draco. Comment vas-tu ? Moi un peu fatiguée, je viens de traverser la moitié du monde en Portoloin après tout.
Le procès de Pansy Parkinson s'était soldé par un non-lieu. Elle n'avait pas la Marque des Ténèbres, n'avait jamais pris par aux raids des Mangemorts et avait été assez maligne pour plaider la légitime défense lors de la Bataille de Poudlard. Certes, son intention de livrer Potter au Seigneur des Ténèbres lors de cette même bataille n'avait pas joué en sa faveur. Mais là encore, elle avait prétendu que la peur avait pris le dessus sur la raison. Et devant son jeune âge, le Ministère de la Justice avait décidé d'être clément.
Malgré tout, Pansy avait pris la décision de quitter le Royaume-Uni, et d'après ce que j'en savais, était partie en Amérique. Son retour sur les terres anglaises était un véritable mystère.
_ J'ai l'intention de prendre une chambre au Chaudron Baveur pour quelques jours. Le manoir n'a pas été occupé depuis des années et n'est pas habitable pour le moment, reprit-elle malgré mon silence. Te croiser ici est peut-être un signe du destin, Draco. Tu aurais bien une chambre de libre au manoir, je suis certaine que cela ne dérangerait pas beaucoup tes parents.
_ Je n'habite plus le manoir, répondis-je tout en cherchant un moyen de mettre un terme à cette malheureuse rencontre.
_ Vraiment ? C'est l'inconvénient de vivre à l'autre bout du monde. J'ai perdu le cours des derniers ragots londoniens.
Son rire m'exaspéra. Il me paraissait bien trop artificiel maintenant que j'avais pris gout aux éclats de rire spontanés des Gryffondors. Et Blaise fréquentait bien trop Ginny Weasley - au grand dam de Ron - pour conserver cette manie aristocratique de rire hypocritement de tout et n'importe quoi.
La porte du Chaudron Baveur grinça dans mon dos. J'espérais vainement que ce ne soit pas Harry. Mais Tyl tirait de toutes ses forces sur sa laisse, ne laissant aucun doute quant à l'identité du nouveau venu.
_ Ça alors ! Si tu te retournes Draco, tu vas avoir l'impression d'être de retour à Poudlard. Où sont tes fans, Petit Pote Potter ?, railla la Serpentard.
_ Je te conseille de te taire Pansy. Et de passer ton chemin par la même occasion.
_ Pardon ?, s'exclama-t-elle en me dévisageant.
_ Tu as parfaitement compris.
_ Je sais que tu as quelques dettes envers le balafré mais tout de même. J'ignorais que tu baisais le sol qu'il foule.
Moi ce que j'ignorais, c'était pourquoi Harry ne réagissait pas. Son silence m'inquiétait davantage que les remarques pleines de mépris de mon ancienne camarade. Je me tournais vers lui, dans l'espoir de pouvoir déchiffrer son attitude. Devant mon air interrogateur, il se contenta de hausser les épaules, comme pour dire « Ton problème Draco, tu gères ça comme tu l'entends » et il n'avait sans doute pas tort.
_ En fait, tu n'es pas loin de la vérité. Sauf que ce n'est pas le sol que je « baise » mais Potter lui-même … et l'inverse est également vrai bien entendu, ajoutais-je quand Harry se racla la gorge délibérément.
_ C'est une plaisanterie ?
Pansy n'avait jamais été aussi pâle.
_ Tu fréquentes trop de Gryffondors Draco. Tu deviens vulgaire, s'offusqua faussement Harry qui s'était rapproché.
_ Je peux être encore plus vulgaire, défiais-je en enlaçant nos doigts.
J'avais eu l'intention de me tourner vers Pansy pour lui décrocher le sourire le plus hypocrite que j'avais en réserve. Je n'en eus jamais l'occasion.
La douleur fut instantanée, la honte et la colère m'emplirent en une fraction de seconde.
Pansy avait toujours le bras levé et sa main s'agitait d'un tic nerveux, comme si elle devait lutter contre l'envie de me décrocher une seconde gifle. Elle avait le souffle court, les joues rouges et les yeux brûlants de rage.
J'avais vaguement conscience de tirer sur la laisse de Tyl pour l'empêcher de se jeter sur la sorcière, ses mâchoires claquant dangereusement dans le vide. Peut-être aurais-je dû prêter davantage attention à Harry car ce dernier pointa sa baguette sous le menton de Pansy sans une once d'hésitation.
_ Pars. Tout de suite Parkinson avant que je change d'avis, murmura dangereusement l'Auror.
_ Parce que tu crois que tu me fais peur Potter ? Tu es peut-être le Sauveur. Tu as peut-être vaincu. Mais tu es toujours le même petit garçon sans famille, déambulant dans un monde qui n'attend qu'une seule chose : que tu crèves.
_ Harry !, s'exclamais-je en attrapant son bras.
La magie virevoltait tout autour de nous et Pansy était clairement une idiote. Une idiote qui allait finir en petits morceaux au vu de l'instabilité des pouvoirs du Survivant.
_ Je n'ai pas peur de toi !, répéta-t-elle en levant de nouveau la main.
Je tirais précipitamment sur le bras de Potter et Pansy manqua sa cible. Ce qui ne l'empêcha pas de dégainer sa baguette magique.
Notre petite scène avait attiré l'attention et quelques personnes observaient en périphérie. Je n'avais pas l'intention de me donner en spectacle et choisissais donc - contre mon instinct - de ne pas sortir la mienne. Décision que je regrettais dès les premières syllabes du sort choisi par Parkinson.
_ Dolo …
_ Expelliarmus. Impedimenta, rugit une voix qui n'appartenait pas à Harry.
Pansy maîtrisée, ce dernier baissa immédiatement sa baguette.
_ Quand vous prenez un jour de repos M. Potter - au passage, vous avez l'air incroyablement en forme M. Malefoy, j'apprécierai que ce ne soit pas pour chercher les problèmes, déclara Gawain Robards l'actuel chef du Bureau des Aurors.
_ Je ne cherche pas les problèmes. Ce sont eux qui me trouvent. Quand est-ce que les gens vont comprendre ça ?, marmonna Harry en passant une main derrière sa nuque, clairement embarrassé.
_ Et bien, qui avons-nous là ?, continua l'homme en ignorant la remarque de mon compagnon. Et dispersez-moi cette foule vous deux !, ordonna-t-il à deux autres Aurors qui, d'après la couleur de leurs sur-robes, ne devaient être que de simples stagiaires.
_ Pansy Parkinson, l'informais-je et devant son air interrogateur je poursuivais. Une ancienne camarade de Poudlard.
_ De quel genre de camarade parle-t-on ?
_ De celle qui voulait me livrer à Voldemort pendant la Bataille, précisa Harry d'un air sombre.
_ Je vois. Comptes-tu porter plainte pour cette agression ?, demanda l'Auror en chef en perdant instantanément son air sévère.
Je restais bouche-bée. Gawain Robards était connu pour son sérieux. Tout le monde s'accordait à dire que lorsqu'il portait l'uniforme des Aurors, rien ne semblait jamais l'émouvoir. Cet homme était un roc, aussi solide et froid que la pierre.
_ Harry ?, demanda-t-il encore en posant une main réconfortante sur l'épaule de susnommé.
_ Non.
_ Elle était à deux doigts d'utiliser un Impardonnable !, m'écriais-je soudainement.
_ Et le département de la Justice Magique en sera informé M. Malefoy, vous pouvez en être certain.
_ Est-ce-que l'on peut disposer Monsieur ?
_ Rentrez chez vous M. Potter. Après tout, il ne faudrait pas que M. Malefoy retombe malade, n'est-ce-pas ?
Je me sentis rougir sous son regard sévère mais n'eus pas le temps de faire un commentaire que Harry m'agrippa le bras pour transplanner.
—
_ Pourquoi n'as-tu pas voulu porter plainte ? Un Doloris !
_ Arrêtes de bouger, ronchonna Harry alors qu'il appliquait une petite serviette remplie de glaçons sur l'hématome qui se formait doucement sur ma joue. De toute manière, je suis certain que M. Robards a déjà informé le Bureau et la Justice magique. Pas besoin de porter plainte, il ne la laissera pas s'en sortir comme ça.
Un petit silence s'installa entre nous. Tyl boudait dans un coin du salon, déçu de ne pas avoir eu la promenade promise.
Je repensais à l'étrange complicité qui semblait liée Harry à son supérieur. La compassion dont l'homme avait fait preuve plus tôt était forte étonnante. La curiosité me dévorait.
_ C'est quoi le truc entre toi et Gawain Robards ?
_ Comment ça ?
_ Tout le monde est dit que cet homme est une machine. Il m'a semblé drôlement humain à tes côtés.
Harry haussa les épaules.
_ Je lui ai sauvé la vie, déclara-t-il comme si cela expliquait tout, ce qui était sans doute le cas. Pendant la Bataille de Poudlard. Je n'étais pas au courant. Après mon admission au Bureau des Aurors, il m'a fait appelé dans son bureau. Il m'a dit que m'était grandement reconnaissant. Pas seulement pour avoir vaincu Voldemort, mais pour lui avoir sauvé la vie. Apparemment il était engagé dans un combat qui tournait en sa défaveur et j'aurais désarmé son adversaire avant de filer dans une autre direction. Je ne m'en souviens pas.
_ Tu n'aimes pas ça, n'est-ce-pas ?
_ J'ai l'impression qu'il pense me devoir quelque chose. Ce qui est stupide.
_ Mon côté Serpentard me souffle que c'est plutôt une bonne chose d'avoir le Chef du Bureau des Aurors dans sa poche.
Harry me dévisagea, scandalisé par mes propos.
_ Enfin, je pense que tes collègues n'ont pas à s'en faire. Notre noble Harry Potter n'aurait jamais l'idée d'utiliser ce genre de tactiques pour gravir les échelons.
_ Tu es ignoble !, s'exclama-t-il mi-figue mi-raisin.
_ Mais tu m'aimes comme ça !
_ Que tu crois.
Non, j'en étais certain.
Agraphe (guest) : merci pour les reviews que tu m'as laissé. Désolée pour les fautes d'orthographe qui t'ont sautées aux yeux … Je vérifie plusieurs fois mais c'est malin ces petites bêtes ! J'espère te relire bientôt, encore merci.
Navrée pour le retard de publication. Figurez vous que mon ordinateur m'a claqué encore les doigts, littéralement … j'étais tranquillement en train de surfer sur Internet et boum ! Plus rien ! J'ai été obligée de le configurer façon usine … et comme je ne sauvegarde jamais rien … plus de photos, plus de cours, plus de musique, plus de livres … ah, et bien évidemment plus de « La liste » … Je ne m'en suis pas encore remise.
Prochain chapitre : « Mettre les voiles - POV Harry Potter »
