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Chapitre 9: 'A travers tes yeux'

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Il était blessé, cela se voyait aux trois marques bordées de fils noirs sur son ventre, des empreintes en forme d'arc sur sa peau, plus claire que le reste de celle-ci et rougie par endroit. L'homme qui le prenait régulièrement dans ses bras entre deux de ses disparitions le regardait tendrement alors qu'il pointait l'endroit où se situaient les blessures.

- … alors il faudra faire attention, dit sa voix grave.

Il releva la tête, regardant les orbes verts face à lui, l'homme lui souriait toujours alors il fit de même. Il comprenait que la peau parsemée de tâches pâles était fragile, qu'il devait y faire attention. Il sentait comme une boule dans sa gorge, une soudaine impression qu'on l'étranglait depuis l'intérieur de son corps, un sentiment désagréable qui accompagnait l'instant où il avait vu ces trois marques, et qui ne disparut pas lorsque le tissu gris que portait l'homme les avait recouvertes d'un voile opaque.

Est-ce qu'il va bien ?

Il leva les yeux vers lui de nouveau, attendant que celui-ci devine ce qu'il avait besoin d'entendre comme il le faisait si souvent, alors que lui-même ne savait pas quelles associations de sons pourraient enlever l'horrible sensation qu'il ressentait.

- Je vais bien, dit-il en caressant sa joue droite du bout de l'un de ses doigts rugueux.

Il aimait cette sensation, et il aimait cette voix. Il sentit ses lèvres s'étirer à nouveau pour prendre la forme d'un arc tourné vers le haut, et la chose qui étranglait sa gorge disparue au même instant.

L'homme prit sa main dans la sienne, et il sentit sa peau se réchauffer sur chaque millimètre que la sienne touchait. Il joignit leurs doigts et par réflexe il les serra entre les siens, ayant compris depuis longtemps que c'était la chose à faire. Il l'avait compris lorsque l'homme aux yeux d'un vert plus beau que tous les arbres qu'il pouvait voir avait serré les siens, et qu'une image s'était superposée à ce qu'il voyait pour lui montrer quelqu'un qui lui ressemblait faire de même. Il avait eu l'impression de connaitre cette image, comme une chanson que l'on joue en boucle car on est incapable de s'en lasser.

L'homme qui provoquait une douce chaleur sur sa peau tira sur sa main, et ses pieds se mirent en mouvement pour le suivre, l'entrainant à travers la succession de marches qui permettait d'accéder à un espace situé au-dessus du premier. Il marchait lentement, attendant que ses pieds se lèvent l'un après l'autre pour monter à chaque fois un peu plus haut. Puis, ils avancèrent ensemble le long du couloir, et passèrent la porte d'une pièce où ils étaient souvent les deux seuls à aller.

- Tu m'attends là ? Il faut que je prenne une douche.

Il le regarda, ayant compris ce qu'il voulait faire et pourquoi, mais il ne lâcha pas sa main. L'homme lui sourit avant de la retirer lui-même, décroisant leurs doigts, écartant sa peau de la sienne, et aussitôt il ne ressentit plus de chaleur. L'homme face à lui leva ensuite une main et la posa sur sa joue avant de la remonter et de la passer plus haut dans ses cheveux, et de nouveau il sentit de petits picotements là où les doigts étaient passés.

- Je reviens tout de suite, dit-il avant de retirer sa main et de sortir de la pièce, fermant la porte derrière lui.

Lorsqu'il se retrouva seul, il tourna sur lui-même, posant ses yeux sur un environnement qui lui était maintenant familier. Contre l'un des murs un meuble rectangulaire et moelleux dans lequel l'homme qui venait de quitter la pièce le prenait dans ses bras avant que le monde ne devienne noir et terrifiant, flou et incompréhensible. Ils y allaient lorsque ses yeux piquaient et que ses paupières se fermaient plus fréquemment, lorsqu'il devenait difficile de les garder ouvertes. Il aimait bien y être parce qu'alors, il pouvait constamment sentir cette chaleur autour de lui, et cette sensation était aussi à l'intérieur de lui. Quand ses yeux se fermaient, il faisait noir, et lorsque des images apparaissaient dans ce noir il détestait ça, alors il ouvrait les yeux, pour voir l'homme qui créait la chaleur et sentir ses bras autour de lui. Et alors tout allait mieux.

Non loin du lit, accolé au mur où il y avait la fenêtre, se tenait un vieux fauteuil brun, le tissu semblait usé et il était plein de poussière c'était là que l'homme aux yeux émeraude était longtemps resté assis avant de venir dormir avec lui. C'était l'endroit où il s'asseyait lorsqu'il lui parlait, lui racontant des histoires qui faisait apparaitre de nombreuses images devant ses yeux, faisant disparaitre le véritable monde autour de lui. Au début, il avait lu des briques remplies de fines tranches blanches sur lesquelles étaient inscrites des signes, qui créaient des mots, qui créaient des histoires des livres. Mais il préférait quand l'homme racontait ses propres histoires, parce qu'elles étaient les seules à lui faire voir un autre endroit.

Puis il y avait la fenêtre, et le monde extérieur qui changeait derrière elle, devenant plus clair ou plus sombre, changeant lentement de couleur, le bleu devenant orange et passant par toutes les autres couleurs, le vert devenant brun avant de se transformer blanc pour se repeindre en vert.

Enfin, il y avait un autre meuble, dans lequel se rangeaient des choses, surtout du tissu que portait l'homme qui le réchauffait, mais que lui aussi portait pour pouvoir toujours avoir son odeur avec lui, comme un moyen constant de se rassurer.

Il resta immobile plusieurs minutes au centre de la pièce avant que l'homme ne revienne. Le son de la poignée de la porte lui fit lever les yeux vers elle et il le vit entrer, les cheveux plus foncés que d'habitude, coller en de petits paquets, et goutant aux bouts de certaines pointes. L'homme passa sa main dans ses cheveux avant de sourire.

- Ton frère a raison, il faut vraiment que je les coupe.

Il passa rapidement sa main dedans, faisant voler plusieurs gouttes d'eau dans les airs qui allèrent s'écraser sur le sol en une petite pluie silencieuse. Il tira sur l'un des mèches l'amenant devant son visage, celle-ci arrivant juste au-dessus de sa lèvre supérieure. Puis il lui lança un regard, et un autre sourire.

- On n'a rien d'autre à faire pour le moment de toute façon, dit-il. Attends deux secondes.

Il disparut encore une fois, mais ne ferma pas la porte derrière lui. Lui, il entendit plusieurs bruits d'objets se frappant les uns contre les autres et de placards qui s'ouvraient et se fermaient, puis de nouveau l'homme plus grand que lui de quelques centimètres entra dans la pièce, repoussant la porte.

Ce dernier lui tendit une surface plate réfléchissante, de la même sorte qu'il y avait dans la salle où il se lavait. Il la prit entre ses mains, et laissa l'homme le guider jusqu'au lit où il s'assit, puis il tient la plaque comme il le lui indiqua, pour qu'elle lui renvoie son reflet. L'homme tenait dans sa main une paire de ciseau. Lorsqu'il saisit une première mèche de cheveux et l'approcha entre les deux lames, il lui lança un regard amusé.

- Je sens que je viens d'avoir une très mauvaise idée.

Puis il referma le ciseau en un petit claquement aigus et une partie de la mèche de cheveux tomba lentement jusqu'au sol. Ils la suivirent tous les deux des yeux, l'observant plusieurs secondes après qu'elle ait touché de sol, comme s'ils s'attendaient à ce qu'elle bouge. Puis dans un même mouvement ils relevèrent leurs têtes, rencontrant le regard de l'autre. L'homme qui tenait les ciseaux semblait amusé, lui ne comprenait pas vraiment ce qu'il y avait de drôle, et cela fit rire l'autre.

- Bon, allez, on continue, dit-il lorsqu'il eut finit de rire.

Il coupa mèche après mèche, ses cheveux se raccourcissant au fur et à mesure que les lames s'agitaient autour de sa tête. Il eut du mal à couper ceux qui se trouvaient à l'arrière de sa tête, mais après s'être contorsionné dans plusieurs positions étranges, il réussit. Le résultat était inégal, court, mais donnait aussi l'impression d'un retour à la normal, il aimait beaucoup voir l'homme aux yeux émeraudes avec les cheveux de cette façon, et quelque chose en lui s'agita en le voyant ainsi. Il se sentait, d'une certaine façon, plus joyeux.

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Des gouttes d'eau tombaient en direction du sol, y explosant dans une mélopée de sons réguliers, elles l'humidifiaient et rendaient la terre qu'elles touchaient plus molle, plus pâteuse, et il suffisait que quelqu'un y dépose son pied pour qu'on puisse lire l'empreinte de sa chaussure, jusqu'à ce que l'eau ne recommence à couler et change lentement et imperceptiblement cette marque. L'herbe semblait plus verte qu'avant, plus sombre aussi, et s'il s'approchait, il savait qu'il pourrait voir certaines pousses se pliées en accueillant le poids des larmes du ciel, avant que celles-ci ne s'écroulent encore plus bas que là où leur vertigineuse chute ne les avait déjà fait tomber.

- Il pleut, résonna une voix grave bien connu derrière lui.

Castiel se retourna en direction de la mélodie. Il savait que ce n'était pas vraiment une mélodie, que ce mot référait à quelque chose de musical, un ensemble d'instrument, un chant, un fredonnement. Mais il trouvait cette voix si agréable et apaisante qu'il aimait penser à elle comme d'une mélodie.

L'homme aux yeux émeraude appuya son épaule contre le mur, juste quelques centimètres avant l'encadrement de la fenêtre par laquelle Castiel regardait avant que son regard ne soit happé par sa présence. Ses pupilles et ses iris bougèrent dans l'océan blanc qui les entouraient, allant d'une direction à l'autre, semblant ne pas pouvoir choisir la bonne direction et décidant alors de faire demi-tour, avant de revenir à leur point de départ, incapable de se figer ou ne voulant pas rester immobile.

Puis les émeraudes rencontrèrent les saphirs, et alors elles se fixèrent, surprises d'avoir été observées ou bien ayant enfin trouvé un spectacle à la hauteur de leur beauté.

La courbe de la bouche pleine de l'homme changea, s'arquant délicieusement au coin en un sourire. Sa main gauche quitta le côté de sa cuisse contre lequel elle était posée et s'avança en direction de sa propre main, touchant timidement du bout des doigts aux ongles rongés le dos lisse de celle-ci. D'un geste rapide et naturel, elle fit tourner la paume face à elle et s'en rapprocha pour entremêler leurs doigts et l'empêcher de partir, comme si Castiel aurait même pu le vouloir.

Alors que l'homme effectuait ce mouvement, il avait senti de petits insectes à six pattes courir sous sa peau depuis les points où les doigts l'avaient d'abord effleuré, comme s'ils s'enfuyaient en prévision d'une onde de choc bien plus grande. Ce choc, il l'avait ressenti juste un minuscule instant plus tard, et c'était une tempête électrique parcourant sa peau avec pour source sa main et sa nuque, se propageant le long de sa peau aussi rapidement que les vagues causées par une pièce dans une bassine d'eau, traversant ses épaules et sa colonne vertébrale, son poignet et son bras. Puis la chaleur, pas une brulure ou un feu, juste l'agréable rappel d'une présence qui ne fléchissait jamais.

Les yeux émeraude quittèrent les saphirs pour voguer à nouveau sur le paysage visible à travers la vitre salie par la poussière et la terre laissées après que l'eau de la dernière pluie se soit évaporée. Castiel sentit ses propres lèvres changer de forme, s'étirant sur ses joues et légèrement vers le haut un doux sourire sur son visage.

Il sentit le pouce de l'homme au contact électrique frotter doucement la peau du côté de sa main, son regard était tellement concentré à voyager entre les nuages gris sombres que ce geste semblait irréfléchis.

Il n'eut pas besoin d'essayer de penser pour savoir qu'il se sentait bien.

Il se demanda ce qui attirait la concentration de l'homme qui lui tenait la main, aussi il détourna le regard de son visage et observa à son tour les différentes nuances des nuages qui peuplaient le ciel et recouvraient son bleu. Les gouttes d'eau tombaient rapidement et il n'arrivait pas à en suivre une seule le long de son chemin jusqu'au sol il abandonna après plusieurs essais, s'interrogeant vaguement sur son incapacité à le faire alors qu'il avait le sentiment clair d'avoir déjà vu cela se produire, la longue chute d'une perle transparente depuis sa formation à partir de vapeur, puis sa course folle à travers les molécules de l'air, pour finalement s'abattre en une explosion difforme d'autres gouttelettes sur le sol dur et épais.

Quelque chose tira sur sa main, alors il la regarda, remarquant que son bras n'était plus posé le long de son corps, mais légèrement penché vers l'homme qui avait ses doigts emmêlés aux siens et qui le regardait à nouveau. Ses yeux céruléens remontèrent le long du bras, coururent sur l'épaule et la clavicule, suivirent leur piste sur le cou avant d'atteindre le visage.

- Tu as faim ? demanda-t-il.

Il avait fini par comprendre ce que ce terme impliquait, il correspondait avec cette sensation désagréable de contraction et de vide à l'intérieur de son corps au niveau de son ventre. Le plus souvent, lorsqu'il commençait à la ressentir, l'homme qui prenait constamment soin de lui prononçait ces mots et y remédiait.

L'homme fit un pas en arrière et, comme il garda leurs mains l'une dans l'autre, son propre corps fut attiré dans son mouvement, doucement, mais assez pour qu'il le suive et que les muscles de ses jambes et de ses pieds se mettent en action et avancent dans la même direction que lui.

Leurs mains ne se détachèrent que lorsque l'homme aux yeux émeraude commença à ouvrir les différents placards en bois blanc crème salis par le temps et la poussière, et il remarqua les différences de cette pièce avec la précédente, et surtout le fait qu'elle soit moins éclairée puisque la lumière provenant normalement des fenêtres étaient bloquée par plusieurs lames de métal superposées et reliées ensemble par des ficelles fines.

Son regard se déporta sur le salon à travers la porte grande ouverte, il suivit les planches sombres du parquet, comptant distraitement leur nombre, jusqu'à ce que sa vision heurte deux pieds dans des chaussures noires. Il ne les reconnues pas instantanément et ses yeux montèrent le long du pantalon bleu sombre en toile que la personne portait. Cela lui parut être un très long moment avant qu'il n'aperçoive son visage aux traits moqueurs, et la milliseconde qu'il mit à le reconnaitre fut plus longue que toutes les nuits passées contre le corps de l'homme à ses côtés.

Les yeux d'un brun sombre presque noir tentaient de lui transpercer la peau, pas pour le blesser en soit, mais pour le plaisir de lui faire mal. Le rictus amusé qui pourrissait sur ses lèvres faisait briller ses globes oculaires tel ceux d'un charognard ayant trouvé son nouveau festin. Sauf que Castiel ne serait pas son nouveau festin, juste les restes meurtris du précédent que personne n'avait pris la peine de finir avant de jeter aux ordures. Il pouvait lire dans le brun la promesse qu'il ne serait pas aussi négligeant que l'avait été ceux l'ayant laissé partir.

Ses lèvres craquelées ne quittèrent pas leur sourire lorsqu'elles s'écartèrent pour laisser passer un son quasiment inaudible.

- Chuuut, souffla-t-il à son intention.

Son ventre déjà contracté à la vision de la personne face à lui sembla vouloir atteindre la taille d'une tête d'épingle. Au même moment ses poils se dressèrent sur ses bras et sa gorge se serra. Le contenu de son estomac maintenant plié sur lui-même sembla vouloir trouver son chemin jusqu'à ses lèvres, mais resta bloqué dans sa gorge par la peur. Il resta immobile, parce qu'il n'y avait rien d'autre à faire, et il attendit.

Il savait ce qui se préparait lorsque la position de son bourreau se modifia et que son corps s'avança vers le sien à une lenteur paralysante, un prédateur jouant avec sa proie, la torturant pour le simple plaisir de voir la lueur terrifiée de ses yeux s'allumer plus fort à chaque centimètre franchi. La promesse de la douleur dans son sourire lui donna envie de fuir, mais il n'y avait nulle part où fuir.

Il n'y avait jamais eu nulle part où fuir.

Ses yeux ne se fermèrent pas, il savait ce qui l'attendait, mais il n'était pas prêt, il ne l'était plus, il s'était habitué à ne pas constamment l'être, il s'était habitué à la douceur et la tendresse, il arrivait à oublier la douleur et la peur, la peine et la terreur. Il n'était plus obligé de souffrir à chaque instant, il y avait autre chose maintenant, autre chose, comme avant, les mêmes bras, la même chaleur, c'était vrai, cette fois, ce n'était pas un souvenir, pas son esprit, pas une illusion, il était là, l'homme aux yeux émeraude était là.

La main qui toucha son épaule était là, un réel contact sur son corps, électrique et piquant, agréable et rassurant. Il tourna la tête, galvanisé par la sensation que lui procurait la peau qui touchait la sienne à travers le fin tissu en coton de son t-shirt, et il rencontra le vert qu'il aimait tant, et soudainement, il n'avait plus peur.

L'homme lui sourit, avec une légère inquiétude sur ses traits, et il lui sourit en retour, voulant le remercier d'avoir fait émerger cette force inconnue en lui. L'homme détourna ses yeux en faisant glisser sa main le long de son bras, venant étreindre la sienne comme il l'avait fait plus tôt.

Lui observa son profil une seconde encore avant de faire à nouveau face à la personne aux chaussures noires. Mais lorsque ses yeux à la lueur combative tombèrent sur la pièce aux tons bruns, son bourreau semblait avoir pris la fuite et la pièce restait vide de toute présence. Il regarda attentivement, laissant ses yeux vagabonder dans les coins, tenter de percer l'ombre sous les meubles à la recherche de sa présence, mais celui-ci n'était nulle part, envolé rejoindre les siens.

Le pouce caressa le côté de sa main sans y songer, et Castiel sourit de nouveau, remerciant la chaleur paisible qui brulait les autres.

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La personne aux yeux sombres était de nouveau là face à lui, son air mauvais toujours inscrit sur son visage et son sourire répugnant lui promettait la douleur qu'il n'avait pas eu le temps de lui offrir la dernière fois.

Il se sentit de nouveau mal, et détestait la façon dont tout en lui hurlait lorsqu'il voyait son bourreau, comme son ventre lui faisait mal, comme sa gorge semblait vouloir imiter le premier, comme ses muscles se raidissaient, encore trop conscients de ce qui risquait de suivre s'ils ne l'emmenaient pas loin de lui.

Pendant longtemps, il n'avait jamais fuis, parce que c'était inutile et qu'il le retrouverait, et que ce serait pire s'il essayait. Mais il avait fini par comprendre que son bourreau n'aimait pas la chaleur, alors dès qu'il venait lui rendre visite, il la cherchait. Il la cherchait souvent, partout, ouvrait les portes, marchait d'une pièce à l'autre à sa poursuite. Dès qu'il l'avait compris, ses muscles l'avaient à chaque fois guidé vers lui, l'homme aux yeux d'émeraude qui chassait les ombres, à la voix grave qui assourdissait les menaces rocailleuses, à la peau chaude qui les brulait tout au loin.

Alors ses jambes s'agitèrent, et celles de l'autre le poursuivirent. Marchant vivement derrière ses pas trop lents, sa voix résonnant derrière lui, lui disant d'oublier de fuir, lui confiant ce qu'il lui ferait, lui chuchotant des idées aux creux de ses oreilles, son souffle chaud contre sa peau alors qu'il lui promettait des mondes et des mondes de douleur.

Ses pas firent craquer le plancher, mais un seul son le guidait, celui de la voix de l'homme aux yeux émeraude qui lui paraissait à travers les murs plus loin dans la maison. Il tourna à l'angle d'un mur, descendit les marches d'escaliers, tourna à travers une pièce, puis deux, puis trois, avant de le voir.

L'homme était appuyé contre le meuble de la cuisine, juste à côté des plaques à gaz sur lesquelles chauffait une casserole. En face de lui, coudes posés sur la table et assis sur une chaise se trouvait un autre homme, celui plus grand qu'eux deux, aux cheveux plus long, celui qui était le frère de sa lumière.

Les deux hommes tournèrent la tête dans sa direction, et lui continua de marcher droit vers celui dont les yeux le happaient instantanément. Son bourreau se tenait à côté de lui, et murmurait à son oreille lorsque son regard se plongea dans un océan de nuances vertes, et aussitôt ses mots empoisonnés disparurent. Sa présence fut réduite à néant alors que l'homme lui tendait la main pour qu'il le rejoigne. Castiel n'hésita pas, tendant le bras lorsqu'il ne fut plus qu'à un ou deux mètres de distance, saisissant sa main et la serrant dans la sienne.

Les paupières de l'homme face à lui papillonnèrent légèrement avant que lui aussi ne serre plus fort, comme pour l'assurer de sa présence. Puis le second homme, derrière lui, reprit la parole et les yeux émeraude quittèrent les siens pour se replonger dans leur discussion.

Il lui fallut encore quelques moments avant d'oser ôter ses yeux du visage de cet homme qui semblait toujours là pour lui. Lorsqu'il le fit, il regarda l'homme assis à la table et se concentra sur ce qu'il disait. Il avait du mal à en saisir totalement le sens, ne comprenant pas s'il parlait de quelque chose de réel ou de quelque chose de fictif. C'était une distinction dont il avait appris l'existence quelques temps auparavant, alors que l'homme qui le prenait dans ses bras lorsqu'il faisait plus sombre lui avait fait regarder la télévision.

L'homme assis parlait probablement de son travail, d'une affaire sur laquelle il devrait bientôt se rendre. Il n'écouta pas de quoi il s'agissait exactement, il n'aimait pas lorsqu'ils donnaient des détails sur leur travail, cela lui donnait toujours l'impression d'avoir mal quelque part, alors qu'on ne lui faisait rien.

- Et tu comptes t'y rendre bientôt ? demanda celui qui lui tenait la main.

- Je pense, répondit l'autre en se passant une main sur le front et en s'appuyant sur le dossier de la chaise.

- Fais gaffe surtout.

- Quand est-ce que je ne le fais pas ? demanda-t-il avec un sourire affectueux.

L'homme qui lui tenait la main haussa une épaule pour ne pas répondre, l'expression de son visage était neutre, mais cela ne suffisait pas à cacher l'inquiétude qu'il ressentait pour son petit frère. Ce dernier soupira depuis là où il était assis, mais il n'avait pas l'air exaspéré.

- Je vais voir si Bobby en sait plus, dit-il en se levant.

L'homme aux yeux émeraude acquiesça d'une sorte de grognement, les yeux fixés sur le parquet sombre pendant plusieurs minutes. Des voix survirent, étouffées par les murs et la distance, et ce fut le moment où l'homme bascula la tête en arrière pour regarder le plafond.

Il ne parvenait pas à comprendre ce que les voix disaient, elles étaient trop faibles et déformées pour ça, mais il se demanda si l'autre pouvait les comprendre. Ce dernier tourna la tête dans sa direction, le regardant dans les yeux en y cherchant quelque chose.

- Je sais qu'il est capable de chasser tout seul, dit-il comme s'il ressentait le besoin de se défendre. C'est juste que …, son regard se porta sur quelque chose derrière Castiel, un point dans le vague qu'il n'observa que quelques secondes avant de secouer vainement la tête. J'aime pas le savoir seul.

Lorsque l'homme partagea à nouveau son regard, celui-ci semblait attendre une confirmation, ou bien au contraire qu'on s'oppose à lui, qu'on lui explique qu'il avait tort. Il avait le sentiment que c'était à lui de donner ce jugement, mais cela ne fit naitre qu'un mélange confus d'émotions et de pensées en lui. Il serra la main qu'il tenait, parce que ce fouillis lui fit peur, et celle de l'homme se serra à son tour, en réponse.

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L'homme aux yeux verts l'avait fait assoir sur une chaise en bois qu'il avait trainé bruyamment sur le sol jusque dans la salle de bain. Il avait ensuite fouillé plusieurs tiroirs du meuble à côté de l'évier et avait levé en l'air un objet métallique gris que Castiel reconnu rapidement comme des ciseaux.

L'homme se plaça en face de lui et lui fit légèrement pencher la tête en arrière, puis il écarta les deux lames l'une de l'autre et approcha la paire ouverte près de son visage. Instinctivement, son corps eu un mouvement de recul, et il sentit quelque chose taper fortement contre sa cage thoracique son cœur il avait peur. Le fait qu'il se savait en sécurité avec cette personne n'avait plus aucune importance, l'objet était pointu, coupant, dirigé dans sa direction, et peut-être que les yeux n'étaient plus du même vert, peut-être que l'émeraude se modifiait lentement, peut-être qu'il moisissait et ressemblait plus à l'écorce qu'aux feuilles d'un arbre.

- Hey, fit une voix grave.

Il détourna les yeux de la paire de ciseaux, regardant l'homme face à lui dont le visage avait adopté des plis inquiets. Il leva lentement sa main, la faisant délibérément apparaitre en évidence dans son champ de vision avant de toucher sa joue. Sa paume lisse vint embrasser le côté de sa tête, le bout légèrement calleux de ses doigts allant se cacher sous quelques mèches de ses cheveux. Le contact était rassurant, et sans savoir pourquoi, il pencha la tête sur la main pour être encore plus pressé contre elle.

- C'est moi, reprit-il. Juste moi, je vais pas te faire de mal.

Il n'en doutait pas une seconde, mais il n'aimait toujours pas ce que Dean tenait dans sa main.

- C'est juste que … toi aussi maintenant tes cheveux poussent, et deviennent un peu trop long. Enfin, pas trop, trop, mais … pas comme avant, alors …

L'homme aux yeux émeraude passa sa langue sur ses lèvres, comme si elles étaient trop sèches, alors qu'elles ne l'étaient pas. Ses doigts s'étaient nerveusement mis à jouer avec ses cheveux, les mèches fines et courtes dansant vivement entre ses doigts.

- Tu me laisses faire ? demanda-t-il finalement.

Il n'avait pas un ton timide et hésitant, mais il levait un sourcil, voulant s'assurer que Castiel n'aurait pas peur de lui, ou ne tenterait de s'échapper. Mais ce dernier ne comprenait pas où il voulait en venir, et face à ça, il sentit les traits de son visage se transformer pour prendre une nouvelle apparence. Ses sourcils voulurent se rencontrer à mi-chemin entre ses deux yeux, ceux-ci se plissant dans le processus.

Un sourire apparut sur le visage de Dean, comme s'il était sur le point de se mettre à rire, et sa langue passa à nouveau sur ses lèvres alors qu'il baissait les yeux. Lorsqu'il les releva, la courbe de sa bouche semblait refuser de changer, et les émeraudes brillaient d'affection.

Il sentit ses traits se détendre devant se spectacle, et même lorsque les lames aiguisées s'approchèrent de lui, il ne trembla pas, de douces caresses du bout des doigts frôlèrent le long de sa mâchoire, jusqu'à ce que la main de l'homme soit de l'autre côté de sa tête, à quelques centimètres des ciseaux. Il saisit une mèche quelconque et tira légèrement dessus, puis les lames se refermèrent sur elle dans un bruit de cassure. Et l'homme refit ça, encore et encore, le regard concentré, l'expression neutre, ses doigts parcourant souvent son cuir chevelu, semblant se perdre volontairement et avec plaisir dans la jungle de ses cheveux.

Cela dura un peu plus d'une vingtaine de minutes, et il ne bougea que lorsque l'homme le lui indiquait, penchant légèrement sa tête en avant ou en arrière en fonction de là où il coupait. Puis les ciseaux furent posés en un cliquetis sur le meuble à côté de l'évier, et les mains de l'homme en face de lui vinrent toutes deux s'emmêler dans ses cheveux raccourcis avant de s'agiter pour les ébouriffés. Puis les mêmes doigts qui les avaient emmêlés firent quelques mouvements pour les lisser, passant entre eux pour enlever les nœuds.

Puis l'homme en face de lui saisit doucement ses avant-bras et l'incita à se relever. Il suivit son mouvement, et pivota comme l'autre lui indiquait alors qu'il posait ses deux mains sur ses épaules et tournait son corps vers le mur contre lequel était posé l'évier. Il y avait un miroir sur le mur, et il put y voir deux yeux bleus ciel scruter les siens.

Son regard vagabonda sur l'image en face de lui. Evidemment il se reconnaissait, il se souvenait de ce corps, de ces cheveux en bataille, de ces yeux bleus, de ce nez, cette bouche. Il remarquait que ses épaules avaient un air différent sous le t-shirt qu'il portait, ses bras semblaient plus forts maintenant qu'ils étaient à nus et non cachés sous une veste et un épais manteau. Ce n'était pas la première fois qu'il regardait son reflet, ni la première fois depuis qu'il était revenus ici, mais cela lui donnait toujours une impression étrange et surréelle. Il avait d'une certaine façon l'impression de redécouvrir à chaque fois que ce corps était maintenant entièrement le sien, plus qu'il ne l'avait jamais été avant. Si quelqu'un abimait cette peau, il la sentirait crier, et cette certitude était encore étrange à percevoir.

Puis son regard dériva sur la personne qui se tenait à côté de lui dans le miroir, et il croisa des yeux qui l'observaient déjà à travers la vitre réfléchissante. Puis, sa vision fit un pas en arrière pour lui donner une vue d'ensemble, le laissant regarder l'homme et lui-même à son côté, ensemble. Il remarqua seulement maintenant que l'une de ses mains était toujours délicieusement prisonnière d'une des siennes. Pendant plusieurs minutes, il admira leur réflexion, pas la sienne, pas celle de l'homme, mais la leur.

Il eut l'impression que c'était quelque chose de nouveau, une vue qu'il n'avait jamais eu la chance de voir avant cette exacte seconde. Parfois sa vue se troublait et il voyait cet homme à son côté, dans un jour plus lumineux, légèrement différent de maintenant, s'accrochant à lui comme à une bouée de sauvetage ou lui souriant d'un air entendu. Mais jamais l'impression de flou flottant autour de lui ne lui avait offert la vision de lui aux côtés de cet homme.

A cet instant, il semblait extérieur à son propre corps, pouvant enfin bénéficier d'une vue complète sur eux ensemble. Il connaissait trop bien ce regard tendre que lui accordait deux émeraudes pleines, mais il ignorait celui similaire qu'offrait deux orbes ayant emprisonné le ciel. Il savait comment ils apparaissaient aux autres maintenant.

Il sourit dans la glace à la réflexion de l'homme qui faisait battre son cœur plus vite, et lorsque celui-ci lui répondit par la même attention, il prit ça comme un signe que lui aussi, aimait pouvoir se voir à ses côtés. Pouvoir avoir la preuve qu'il y possédait bien sa place.

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Les habits qu'il portait étaient désormais plus amples, d'un coton plus doux et plus léger. Il savait qu'il n'était vêtu ainsi que lorsqu'il allait s'endormir. Les premières fois que ça lui était arrivé, il avait détesté ça, incapable de différencier les moments où il était éveillé et ceux où il ne l'était pas. Aussi, il avait trop froid la nuit, et peur de ce qui se cachait dans ce qu'il ne pouvait pas voir. Lorsqu'il fermait ses yeux, les bruits devenaient plus forts, et il avait la désagréable impression que quelqu'un d'autre était dans la pièce, en dehors de lui et de l'homme qui le veillait.

Il n'avait pas voulu s'endormir, parce que la silhouette sombre qui se tenait face à lui semblait attendre son sommeil pour s'approcher, alors il l'avait fixé, et avait attendu qu'elle parte, ce qu'elle ne fit jamais puisque sa patience contenait plus de force qu'il n'en avait pour maintenir ses paupières ouvertes. Alors, ses yeux avait dérivé jusqu'à l'homme assis à côté de lui, celui dont la voix semblait maintenir le monstre au loin. Il avait découvert un vert qui lui donnait la sensation que tout irait bien, et il avait refusé de les quitter.

Puis un jour, l'homme qui le veillait était venu le rejoindre sur la surface molle dans laquelle il était installé. Il s'était placé comme un rempart entre lui et la silhouette, s'appuyant contre lui et faisant face à son monstre. Et il s'était endormi sans avoir peur.

Maintenant, il venait seul s'allonger contre lui. Même si la silhouette n'était plus là, il aimait être contre lui, la tête posée contre sa clavicule pour qu'il puisse entendre et sentir le cœur vivace de l'homme battre dans sa poitrine, sentir cette dernière se soulever au même rythme que sa propre respiration. Il aimait quand les deux bras de Dean se refermaient autour de lui pour le garder proche. Cela faisait naitre un sentiment de paix en lui, comme si les choses étaient exactement à la place où elles devaient être. Il soupçonnait être une de ces choses, et l'homme contre lui la seconde.

Le moment où ils se blottissaient l'un contre l'autre faisait partie des moments où sa vision devenait brumeuse, où la luminosité et l'endroit dans lequel il se trouvait changeait. Il voyait sa main caresser distraitement la peau musclée mise à nue du torse de l'homme contre lequel il se trouvait, puis son regard remontait et sa tête était penchée en arrière sur l'oreiller, sa bouche entre-ouverte et ses yeux clos, mais sa respiration était trop forte et irrégulière pour qu'il soit en train de dormir. La peau qu'il caressait était brulante et moite, et seul l'un des bras de la personne contre lui l'entourait, s'enroulant autour de lui pour l'empêcher de partir, une main reposant juste sous ses côtes sur son flanc. Puis lentement, la lumière diminuait, et leur position se transformait pour reprendre celle qu'ils avaient quelques secondes plus tôt.

Ses yeux papillonnèrent alors que le sommeil gagnait du terrain sur lui, alors il les ferma, et compta les battements du cœur qu'il aimait, jusqu'à ce qu'il oublie le nombre, et que quelque chose de profond vienne l'enlever à la réalité, la faisant disparaitre derrière des nuages paisibles mais sombres dont il n'avait aucune chance de voir à travers. Son esprit devint silencieux, et même les battements réguliers s'éteignirent dans le vrombissement qu'apportait avec lui le sommeil.

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Dean se tenait devant lui, lui indiquant d'une voix douce de lever les bras vers lui. Il reconnaissait ce processus, lorsqu'il eut les bras tendus l'homme face à lui les firent entrer dans les deux plus petits trous du t-shirt noir. Puis, il dû lever ses bras en l'air alors que l'homme tirait le tissus vers le bas, entrant sa tête dans une extrémité pour la faire sortir par l'autre. Ce mouvement ce répétait chaque jour, le linge rêche glissant contre sa peau afin de le vêtir. Il avait fini par s'habituer à la sensation d'avoir quelque chose coller contre sa peau, elle était différente de celle des couvertures sur son corps, celles-ci étant toujours plus douces, plus légère, et lui donnait l'impression de l'envelopper sans pour autant l'enfermer.

L'homme aux yeux de la couleur la plus belle du monde passa ensuite une main dans ses cheveux pour le recoiffer. Il croisa son regard pendant une seconde, et son visage s'illumina d'un sourire. Castiel sentit la propre courbe de sa bouche se mouvoir en un arc, c'était un geste qu'il ne savait pas maitriser, mais la sensation de chaleur dans son estomac quand cela se produisait était tellement agréable qu'il n'avait aucune envie d'avoir le pouvoir là-dessus sauf si cela lui permettrait de la ressentir plus souvent.

La main rugueuse quitta ensuite ses cheveux, cinq petits points de pressions chaudes cavalèrent de chaque côté de son visage, d'abord sur ses tempes, avant de se promener sur ses joues, puis de descendre finir leur course lente de part et d'autre de sa mâchoire. Puis, deux paumes encadrèrent son visage, le prenant en coupe alors que les orbes émeraude semblaient admirer un spectacle au-delà de sa compréhension. Ils possédaient une lueur qu'il n'était pas certain de reconnaitre, quelque chose de profond, de précis, qu'il savait avoir déjà vu briller au fond de ce vert, il savait aussi qu'il avait su ce que cela signifiait.

Soudainement, tout devint plus clair dans la pièce, comme si le soleil avait décidé d'avancer plus vite dans le ciel et de briller avec plus d'intensité. Puis, il remarqua qu'ils étaient à l'extérieur, l'un en face de l'autre sur des planches de bois clouées ensemble, et les grands arbres autour d'eux projetaient leurs ombres là où ils étaient assis. L'air était imprégné du parfum des hautes herbes derrière lui, ainsi que de l'humidité du petit ruisseau qui clapotait sous eux. Il sentit un sentiment de paix l'envahir, l'agitation qu'il ressentait en lui alors qu'il se sentait incapable de quitter le regard émeraude de Dean n'arrivait pas à gâcher cette tranquillité. Et la lueur dans les yeux face à lui, celle qui adoucissait les traits de son visage et qui lui était destinée à lui seul, il la reconnaissait. L'affection. L'amour.

La pièce redevint plus sombre, le soleil retournant se cacher derrière les murs et les nuages pour ne pas blesser ses yeux par une lumière vive à laquelle il avait du mal à s'habituer. Les murs blancs de la chambre réapparurent autour de lui et il sentit qu'il était debout, la seule chose qui ne changea pas était l'homme devant lui, Dean. Dean était toujours présent, à lui sourire et à prendre son visage entre ses mains.

Puis, ce dernier descendit ses mains sur ses épaules et l'attira plus près, enroulant ses bras autour de lui. Lorsque leurs torses entrèrent en contact par-delà le tissu, Castiel releva ses bras et entoura Dean avec eux. Celui-ci le serra plus fort, plus près, et lui tenta de faire la même chose. Parce que cela semblait juste être bon d'agir ainsi, de le vouloir plus proche de lui, de sentir sa force tout autour de lui et d'avoir l'impression qu'il n'allait pas le laisser partir il ne voulait pas qu'il le laisse partir.

Lorsque Dean fit un pas en arrière en le lâchant, il fut surpris de la façon dont il était facile pour l'homme de s'enfuir de ses bras. Quelque chose vibra dans sa poitrine, et un mot résonna lointainement dans son esprit, déception, il disait, mais il ne comprit pas réellement ce que cela voulait dire.

Les mains de l'homme aux yeux émeraude ne le touchaient plus alors que celui-ci souriait à nouveau, puis il fit un autre pas en arrière, comme réticent à le faire. Sa langue passa sur ses lèvres pleines et sèches et il soupira avant de lui tourner le dos.

Aussitôt, son cœur manqua un battement, semblant se rattraper lors du deuxième car celui-ci donnait l'impression de vouloir briser sa cage thoracique pour sauter hors de lui et aller courir derrière l'homme qu'il aimait et qui une fois de plus s'éloignait de lui pour le quitter. Son estomac se noua avec une telle force qu'il ne sut pas comment il put rester debout sur ses deux jambes sans se tordre de douleur en s'écrasant au sol. Sa gorge enfla, et il eut soudainement la sensation de suffoquer, pourtant il arrivait très bien à respirer.

Il avait froid, ses muscles se pétrifiant comme entourer par de la glace sortant de nulle part et s'infiltrant en lui, sous sa peau et dans chacun de ses membres.

Non.

C'était comme si la scène se déroulait au ralenti sous ses yeux, les pas de Dean l'entrainant dans une lenteur pesante vers la porte. Une lente et longue torture qui l'obligeait à regarder sa lumière, son point l'encrage, sa chaleur, son amour le quitter.

Non !

La chaussure s'appuya sur le parquet en un craquement, et au même instant quelque chose de profondément ancré en lui s'effondra. Un craquement à l'intérieur de lui déclencha une vive douleur, comme si on arrachait avec précaution de la peau juste cicatrisée avant d'y jeter du sel, d'en remettre avant que les premiers grains n'aient eu le temps de fondre dans le sang, puis d'y déposer une flamme pour refermer la plaie par une brulure. En fait, c'était bien pire que ça.

NON !

- Reste.

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