30 jours

Lettre 9 : Stitches (Shawn Mendes)

Hey Peter,

Ta maladie te rattrape. Tu tousses. Tu halètes. Tes muscles se tordent. Tes mains tremblent. Tu te tortilles. On vient te chercher. On t'emmène. Tu pars.

Stiles. Il pardonne. Il oublie. Il recommence à aimer. Je ramasse mes bêtises. J'achète un nouveau vase. J'oublie ma jalousie. Je recommence à aimer. Je me soigne.

Il me présente la fille. Elle s'appelle Morganne. J'ai mal. Ma colère resurgit. Stiles et Morgane. Morgane et Stiles. Leurs prénoms s'associent à merveille, forment une douce mélodie, agréable. Je les laisse seuls. Je m'enferme dans ma chambre, notre chambre. Je les écoute rire. Mon coeur reste de pierre.

Ma joie revient. Il ne l'aime pas. Il m'explique que c'était juste une amie. Je veux le croire. Il m'explique que ce jour de pluie, elle avait perdu son père et qu'il n'avait fait que la consolait, qu'il est le mieux placé pour la comprendre comme il a aussi perdu sa mère. Il m'explique qu'il ne m'abandonnera jamais, qu'il m'aime trop, qu'il n'y arriverait pas. Je veux le croire, je veux le croire, je le veux.

Notre vie reprend comme avant. Il est là. Il reste. Je le trouve magnifique, pur. Mon Stiles.

Je te regarde. Tu m'interdis de pleurer. Tu es allongé. Ils te tournent autour. Ils t'ouvrent le ventre. Ils t'enfoncent des tubes dans la peau. Ton visage ne trahit aucune sensation. Tu dors. Tu sembles si apaisé. Ils s'inquiètent. Ils ont peur. Ils t'éloignent. Ils m'empêchent de te voir. Ils me font sortir de la pièce. Des cris retentissent. D'autres arrivent. Ils sont une vingtaine autour de toi maintenant. Ils se passent des outils bizarrement effrayants. Des messes basses circulent comme une promesse qui t'enterre déjà. On me pousse. Je me laisse faire, je n'arrive plus à réagir, je n'arrive plus à rien. On me fait sortir du bâtiment. On essaye de me rassurer mais je n'arrive pas à écouter ce qu'on me dit. Je les entends mais je ne les comprends pas. Je ne ressens plus rien. Je tombe. Je pars. Je cours. Je fuis. Je t'abandonne contre mon gré. Encore une fois. Ce n'est jamais ma faute. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je n'en peux plus. J'arrête tout.

Je te rends visite. Tu dors encore. Je m'assois près de toi. Tout s'est bien déroulé, presque tout, mais le résultat est le bon. Tu respires tranquillement. Ton rythme cardiaque est bas. Je souris. Tu t'en es sorti. Tu es fort. Tout est enfin fini. Peut-être.

Tu ouvres enfin les yeux. Tu es surpris. Je me jette dans tes bras. Je t'embrasse. Je respire dans le creux de ton cou. J'ai l'impression de te retrouver. Tu ris. Tu ne comprends pas encore tout mais tu es content. On est réunis. Je suis soulagé. Je retrouve mon reflet. Mon petit Peter.

Tu sors. Tu marches. Tu es comme tout le monde, comme tous les hommes de ton âge. Ton passé est oublié. On ne veut plus y penser. On ne veut plus penser à rien qui concerne cette maladie. Tu es fort. Tes mains ne tremblent plus. Tout redevient normal. Tout semble redevenir normal. Tu repars travailler. Tu n'as pas de difficulté, tu sais tout faire. Tu as des amis. Tu es heureux. Tu sembles l'être. J'ai envie de croire que tu l'es. On en a besoin tous les deux. Tu retrouves Stiles. Ta vie est belle.

Tu cours dans les champs, ton visage au vent. Tu te sens vivant.

Je suis Peter. Tu es Peter. Nous sommes les mêmes. Nous sommes une famille. Une famille de nouveau réunie. Réunis.

Tu chantes. Tu danses. Tu grandis. Tu as quarante ans mais tu n'as pas peur de vieillir. Tu n'as pas peur. Tu le crois. Tu crois en être sûr. Et pour l'instant, il se peut que cela soit vrai.

Chaque matin, tu vas courir. Tu retrouves peu à peu une certaine force. Tu oublies de faire attention, de te ménager, mais ce n'est pas grave parce que tu vis. Tu rêves. Tu oublies que tu es encore un peu fragile. Un peu. Tu combats contre la nature. Contre ce qu'elle t'a donné. Tu t'offres à la Terre. Tu n'es plus le même. Tu ne ressembles à rien. Tu veux changer. Tu y arrives. Et j'avoue regretter un peu le passé. Je ne te reconnais plus. Tu n'es plus le même Peter. Tu veux devenir fort. Tu m'oublies. Je ne veux plus me battre, je ne veux plus que tu te battes. J'en ai assez. Pas toi. Je laisse passer. Tu es plus important que moi. J'oublie.

Tu joues de la guitare. Tu ne vois pas le temps passer. Le temps qui t'est compté. Tu improvises une mélodie qui résonne dans toute la maison. C'est beau. C'est beau mais si triste. Je sais ce que tu penses. Je comprends. Je comprends que tu dissimules ton passé devant les autres mais que lorsque tu es seul les souvenirs qui le meublent te rattrape. Je comprends que tu as encore peur. Peur de la mort. Tu ne veux pas mourir. Personne ne le veut. Peur que tout recommence. Peur que tout se finisse à nouveau. Tu ne le mérites pas. Tu es grand et tu as affronté de lourdes et dangereuses épreuves. Tu as peur. Et j'ai peur avec toi.

Mais je ne vais pas te voir pour te rassurer. Tu n'as pas besoin de moi. Je n'ai pas besoin de moi.

Peter