Rating : PG. Rien de très grave, loin de là.
Note de Wam : Tout d'abord, c'est la première fois que j'essaye ce genre d'histoire, pseudo-thriller/angoisse (j'insiste sur le terme "pseudo"), donc gardez ça en tête. Ce chapitre n'est pas très gai, je préviens immédiatement. Mais y a tous les personnages que vous aimez (et détestez, accessoirement).
Note de Wam (2) : Pour celles/ceux qui ont lu mes autres histoires, le titre est un clin d'oeil à une ancienne passion... J'adore laisser des petits clins d'oeil à moitié nostalgiques par-ci par-là. J'imagine tellement bien Veronica en Dumbledore. Sauf que Veronica n'est pas un sorcier gay barbu et manipulateur. Mmmh. Mais Dumbledore aurait certainement craqué pour Logan. Je le comprends. Même si cette pensée est proprement dégueulasse. Je suis fatiguée. Un grand merci aux reviewers/revieweuses qui m'ont motivée grâce à leurs messages! Sur ces (bonnes?) paroles, je vous souhaite une bonne lecture.

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VERONICA'S ARMY

Keith dormit très mal cette nuit-là. Il ouvrit les yeux à six heures précises du matin, avant même que son réveil ne sonne, ce qui, en soi, était très étrange. Il appartenait certes au groupe de personnes qui aimaient se lever tôt, mais il se réveillait rarement avant que l'insupportable appareil électronique ne se mette à émettre le son ô combien strident dans le but de le tirer des bras de Morphée.

Par acquis de conscience, il se leva et toqua doucement à la porte de Veronica. Lorsqu'il n'eut pas de réponse, il l'ouvrit, et ne fut pas surpris de voir que le lit n'était pas défait. Sa voiture n'était toujours pas garée sur le parking.

Il n'était que six heures deux, après tout. Lorsqu'elle découchait, Veronica rentrait toujours vers huit heures. Parfois beaucoup plus tard. Mais, également, lorsqu'elle découchait, Veronica prévenait. Keith hésita longuement, craignant la réaction de sa fille s'il était pris à téléphoner à tous ses amis pour vérifier où elle était.

Jane pouvait dire ce qu'elle voulait, à vingt ans comme à quarante, tant qu'elle vivrait sous son toit, elle le préviendrait si elle ne rentrait pas ! Sinon, c'était elle qui paierait pour les frais médicaux qui suivraient ses probables crises cardiaques, d'anévrisme, de nerfs, et d'angoisse. Ouais. Tout en un. Lui aussi pouvait la rendre dingue s'il le voulait.

Keith se demanda si elle ne le faisait pas un peu exprès. Après tout, elle détestait Jane à un point inimaginable, et elle s'était probablement imaginé que sa prof resterait dormir avec lui. Comme si Keith se le permettrait. Il n'oserait jamais dormir dans cet appartement avec Jane, encore moins en sachant Veronica dans la pièce d'à côté. Mais après tout, ils n'en avaient jamais réellement parlé. Il pensait que c'était évident, mais ça ne l'était peut-être pas. Jane lui disait que seule l'honnêteté fonctionnerait avec Veronica.

Elle disait que ses problèmes de confiance venaient de trop de mensonges – le mensonge sur la paternité, sur la mort de Lilly, celui dans lequel ils baignaient quotidiennement en travaillant à Mars Investigations. Il y avait tellement de non-dits sur lesquels les gens trichaient, tellement de mots qui faisaient des différences – dans des contrats prénuptiaux par exemple – que Veronica attendait des termes clairs et évidents, sur lesquels elle ne transigerait pas.

Keith trouvait que ça ressemblait énormément au comportement qu'elle avait lorsqu'elle avait quatre ans et qu'elle lui répétait mot pour mot les phrases qu'il lui avait dites la veille, voire une semaine auparavant. Il avait réellement fait attention, mais peut-être qu'il n'avait pas encore assez l'habitude.

Keith attrapa son portable, mais il n'y avait aucun appel en absence. Il composa le numéro de Veronica, et tomba, comme la veille, sur sa boîte vocale. Keith soupira, et essaya de rester le plus calme possible. « Veronica, c'est moi. Je commence à m'inquiéter. Si tu es en colère ou bouleversée, fais-le moi juste savoir. Je ne serais pas en colère. Tu n'as qu'à m'envoyer un texto pour me dire que tout va bien. Si à huit heures je n'ai pas de réponse, je pars à ta recherche, ce qui pourra s'avérer très humiliant pour toi. Tu as été prévenue. » Il prononça ces mots avec un sourire forcé, comme s'il essayait de se convaincre que son mauvais pressentiment n'était que ça. Un mauvais pressentiment.

Le problème, c'était que la plupart du temps, son instinct ne se trompait pas.

oOoOoOo

Wallace inspira lentement dans son sommeil, et grimaça immédiatement. Une horrible sonnerie retentit dans le silence et son rêve se dissipa immédiatement. Refusant d'ouvrir les yeux, il chercha de la main son réveil, en pensant « déjà le matin ? », et écrasa le bouton de l'alarme. A sa plus grande surprise, le son ne s'arrêta pas.

Réagissant de son propre chef, la main de Wallace appuya encore une fois. Sans résultat. Il martela l'objet une bonne dizaine de fois, mettant sa tête sous l'oreiller, mais à son plus grand désespoir, l'insupportable bip ne cessa pas.

Aux grands maux, les grands remèdes, Wallace attrapa alors l'appareil démoniaque, tira un énorme coup dessus, et le jeta à travers la pièce. Il entendit avec une satisfaction hors du commun l'odieux objet se fracasser contre ce qu'il imaginait en son for intérieur être la porte, et fut satisfait lorsque le silence régna de nouveau dans la pièce.

Poussant un soupir de bien-être, Wallace se retourna sous les couvertures, et s'enfonça dans la chaleur de son lit.

Ce ne fut qu'à ce moment précis que Wallace réalisa quelque chose. Quelque chose qui l'empêchait de se rendormir, qui tendait ses muscles fatigués, et qui trottait dans sa tête. Depuis quand son réveil faisait-il des bips insupportables ? Non, le sien, celui qu'il avait eu à Noël pour ses sept ans, il faisait des tûts insupportables. Pas des bips. Des tûts.

Ce qui faisait des bips, c'était son portable, lorsqu'un numéro inconnu l'appelait. Wallace grogna très inélégamment dans son oreiller, et hésita à ouvrir une paupière. Puis une vibration monstrueuse retentit, le faisant sauter d'au moins un bon mètre, et l'obligeant malgré lui à ouvrir les yeux.

Il avait un nouveau message. Wallace grogna encore une fois, plus longuement – après tout, il était seul dans sa chambre, il n'embêtait personne – et fixa le petit objet qui éclairait sa chambre, encore dans la pénombre. Dans un geste lent et désintéressé, il attrapa son cellulaire, et regarda le numéro qui s'affichait.

Comme il s'y attendait, il ne le connaissait pas. Du tout. Sauf qu'il lui disait quelque chose. Donc, si son cerveau embrumé par le sommeil ne le trompait pas, il avait probablement déjà été appelé par la personne à qui le numéro appartenait. Sauf qu'il n'avait pas jugé utile de l'enregistrer dans ses contacts.

Wallace repassa mentalement la liste des personnes qui l'avaient déjà appelé et qu'il n'avait pas voulu enregistrer, mais trouva le processus beaucoup trop long à une heure pareille. D'ailleurs, il ne savait pas quelle heure il était. Wallace coula un regard vers sa table de nuit, et fut bêtement surpris de ne pas y trouver son réveil.

Grimaçant, il tourna alors son regard vers la porte, l'air légèrement craintif, comme s'il avait peur de ce qu'il allait y voir. Il ne fut pas déçu – ou le fut, c'est selon. Sa mère allait sûrement l'être encore plus lorsqu'il devrait lui demander de lui en acheter un autre, parce qu'il avait explosé celui qu'il avait précieusement gardé jusqu'à la fac pendant plus de dix ans.

Une partie de lui se sentit triste. Et décréta qu'il s'achèterait lui-même son nouveau réveil. Comme ça, sa mère ne serait pas déçue qu'il ait lamentablement détruit le sien d'une façon aussi stupide. Il n'avait même pas une bonne excuse pour faire passer la pilule. Même si, après tout, ce n'était qu'un réveil.

Wallace appuya sur le bouton d'appel de sa messagerie, et colla son portable contre son oreille, tout en refermant les yeux, prêt à se rendormir. La charmante dame du téléphone l'informa qu'il avait un nouveau message, reçu à huit heures quatre du matin. Au moins, il savait quelle heure il était. Mais il n'avait aucune idée de qui pouvait bien lui téléphoner à une heure pareille.

La réponse lui fut vite donnée. Et l'étonna beaucoup : « Wallace, c'est Keith Mars. Appelle-moi quand tu as ce message, s'il te plaît, c'est à propos de Veronica. »

Wallace fronça les sourcils, profondément surpris, puis sans réfléchir, appuya sur le bouton de rappel automatique du numéro. Il n'arrivait pas à croire que Veronica ait pu parler de leur dispute à son père. Et si Keith Mars l'appelait en personne, cela ne voulait dire qu'une chose : Veronica était dévastée. Mais Wallace refusait de se sentir coupable. Il regrettait la façon dont il lui avait dit, mais il ne regrettait pas le contenu de ses paroles. Et, d'un côté, s'il le lui avait dit gentiment, Veronica ne l'aurait pas véritablement pris au sérieux.

A en croire cet insupportable réveil, sa petite gueulante avait eu l'effet escompté. Et même pire. Il était quand même une sacrée bonne poire pour téléphoner au père de sa meilleure amie, et accepter qu'il cherche à réparer les pots cassés. Même si, d'un côté, ce n'était pas vraiment le style de Veronica d'aller confier tous ses terribles problèmes à son père. Si elle le faisait un peu plus souvent, Wallace était à peu près convaincu que les trois quarts de ses problèmes seraient plus rapidement réglés.

Il y eut à peine le temps d'une sonnerie avant que quelqu'un ne décroche le téléphone : « Wallace ? » demanda M. Mars d'une voix pressante.

Wallace fronça les sourcils. « Oui ? Vous m'avez appelé ? »

Keith soupira, l'air déçu, puis prit la parole. Wallace l'imaginait très bien assis dans son canapé, la main pressée contre le téléphone, l'autre posée sur son front, le coude planté dans son genou. Il avait probablement le front ridé par l'air soucieux qu'il arborait toujours dès qu'il était question de sa précieuse fille. « Est-ce que tu sais où est Veronica ? »

« Euh… Non. Pourquoi ? Elle n'est pas rentrée ? » Wallace ouvrit les yeux. Ce n'était pas très surprenant, à son sens. Veronica était le genre à ne pas rentrer chez elle quand elle était bouleversée. Elle était plutôt le genre de personne à aller chez lui pour qu'il la console. Ou, dans le cas où elle était bouleversée à cause de lui – mais il refusait, oui, il refusait, de se sentir coupable – elle était sûrement partie se réfugier chez quelqu'un d'autre.

« Non, j'ai essayé de l'appeler plein de fois, mais je tombe directement sur sa messagerie. Son portable doit être éteint, mais je commence à m'inquiéter, d'habitude elle téléphone pour prévenir. Tu n'as aucune idée de l'endroit où elle pourrait être ? »

Wallace soupira, et se redressa sur son lit, changeant le téléphone d'oreille. « En fait, on s'est disputés hier. Une grosse dispute, elle était pas bien quand je suis parti. Elle est probablement allée dormir chez Mac. »

Il y eut un léger silence, pendant lequel il entendit M. Mars bouger, probablement pour se lever, et Wallace sentit la question qui allait venir. « Une dispute grosse à quel point ? »

« Au point où un départ pour Chicago paraissait intéressant. » marmonna honteusement Wallace. Mais il ne se sentirait pas coupable.

M. Mars eut un petit rire sans humour, et soupira. « C'était à propos de l'enquête sur Robin, hein ? »

« Entre autres. » concéda Wallace. « Il n'y avait pas que ça. »

« Ouais. Veronica a été assez dure, ces temps-ci. Je comprends que ça ait clashé. J'y ai eu droit aussi, j'imagine que tu es au courant. » répondit Keith.

Wallace ricana. « Jane Braun, M. Mars ? Vous vous surpassez d'année en année. La prochaine, ce sera qui ? Madison Sinclair ? »

Keith éclata de rire, un rire sincère qui se transmit à Wallace. « Grand Dieu non. Je ne suis pas Aaron Echolls, moi. »

« Non, ce serait une situation très bizarre. » plaisanta Wallace en s'enfonçant plus confortablement dans ses oreillers.

Keith Mars eut un autre petit rire, suivi d'un léger silence puis, « Mac, alors ? Elle va me prendre pour un malade. Surtout si Veronica est à côté. »

Wallace soupira, sentant la faveur venir. Finalement, Veronica tenait énormément de choses de son père. Il l'imaginait presque la tête penchée comme sa fille, un « tu peux me rendre un service ? » passant ses lèvres. Wallace préféra prendre les devants. « Vous voulez que j'appelle Mac moi-même ? Ca paraîtra moins suspicieux. Je vous laisserai savoir ce qu'il en est. Votre folie sera bien gardée. »

Il imaginait parfaitement le sourire de son ancien beau-père lorsqu'il entendit sa réponse : « Merci beaucoup Wallace. Tu me rends un grand service. »

Wallace leva les yeux au ciel, et après quelques banalités, finit par raccrocher. Il soupira longuement, reposa le portable sur sa table de nuit. L'inquiétude de Keith Mars pouvait bien attendre qu'il ait pris sa douche, et avalé un petit déjeuner. Il connaissait déjà la réponse, de toute façon.

oOoOoOo

Mac discutait avec Parker depuis deux bonnes heures, affalée sur son lit, en rigolant. Elle ne pensait pas que se lever à dix heures pour travailler la mènerait à se mettre du vernis à ongles en papotant joyeusement. Elle n'était plus habituée. N'avait jamais été habituée. Parker était devant le miroir en train de se maquiller, et se tourna pour mettre les Barenaked Ladies. La jeune fille se mit à danser comme une folle sur la musique, tirant un rire amusé de la part de Mac.

« Tu crois pas qu'il est un peu tôt pour te déhancher ? » demanda-t-elle en reposant le vernis à ongle sur sa table de nuit. Celle-ci était bondée de livres, papiers à réviser, et de piles/gadgets/insérer ici ce que vous voulez. Mac n'était pas du genre bordélique, mais elle devait avouer que depuis quelques temps elle n'y faisait pas très attention. Elle n'arrivait même pas à voir son réveil.

« Cindy McKenzie, il est n'est jamais trop tôt pour se déhancher ! » Elle éclata de rire et secoua la tête, mais ses cheveux, encore trop courts ne volaient pas dans tous les sens.

Parker s'arrêta, et passa une main dans ses cheveux, l'air pensive. « J'ai hâte qu'ils repoussent. J'adorais avoir les cheveux longs. » grommela-t-elle. Puis elle effaça cette pensée d'un geste de la main et sauta sur le lit de son amie pour être à côté d'elle. « Tu peux me prêter une de tes mèches ? J'aimerais bien voir ce que ça fait dans mes cheveux… »

« Sers-toi. Je te conseille la rouge. » proposa Mac en soufflant sur ses doigts vernis de noir. « Ca ira bien avec ton teint. »

« J'arrive pas à croire que tu mettais ça au lycée. C'est tellement cool ! » s'extasia la jeune fille en se dirigeant de nouveau vers le miroir pour accrocher la mèche. Elle eut du mal, mais finit par y arriver, et tourna sur elle-même, comme si ce tout dernier atout changeait complètement l'effet qu'elle faisait.

Mac haussa les épaules, toujours souriante. « Ouais. Cool. C'est tout moi, ça. Je suis complètement cool, totalement populaire, et extrêmement classe. Tout le monde m'envie ! »

Parker lui tira la langue. « Tu crois que Logan aimera bien ? »

Une sonnerie perturba leur discussion, et Mac secoua la tête en rigolant. « Je ne veux pas connaître la réponse à cette question. Quoique tu fasses avec ce truc dans les cheveux, je ne veux pas le récupérer. Dis-toi que c'est un cadeau de Noël avec deux mois de retard. »

Le regard de Parker s'illumina, alors que Mac attrapait son téléphone, et son amie se dépêcha de baisser le son de la musique. Mac lut le nom qu'affichait l'écran de son cellulaire, et décrocha. « Ami Wallace, bonjour ! » salua-t-elle.

De son côté, Parker se touchait les cheveux, cherchant quelle serait la meilleure coiffure. Elle se tournait dans tous les sens, changeant de moue, et se dandinant toujours en rythme avec la musique.

« Salut à toi, Mac ! Comment tu vas ? » Sa voix était dynamique et enjouée. Il avait l'air de meilleure humeur que ces derniers jours. Mac se demanda si ses problèmes s'étaient arrangés.

« Pas mal du tout. Je suis officiellement une fille, Wallace. » l'informa-t-elle, comme si ce n'était pas une évidence pour le reste du monde.

« Félicitations ! C'est une énorme évolution j'imagine. Passer de nerd à humaine. Un jour, qui sait, tu seras peut-être une séductrice manipulatrice ! » plaisanta-t-il.

« J'y travaille, en tout cas ! Que puis-je faire pour toi ? » Même si Wallace lui téléphonait régulièrement, elle sentait dans le ton qu'il employait qu'il avait besoin d'un service. Ce qui ne la dérangeait pas réellement : ça, elle y était habituée.

« En fait, ce n'est pas pour moi, mais pour M. Mars. » sourit Wallace, bien qu'elle ne pouvait pas le voir. Parker cessa de se regarder dans le miroir, et alla fouiller dans son placard, probablement à la recherche d'une autre jupe. « J'imagine que Veronica a dormi dans ta chambre cette nuit. Elle a dû oublier de le prévenir et son portable est éteint, mais du coup il s'inquiète et il ne veut pas qu'elle l'étrangle pour avoir eu une de ces crises paranoïaques appartenant au patrimoine génétique des Mars ! J'ai juste besoin d'une confirmation pour le rassurer… »

Mac fronça les sourcils, « Attends. » dit-elle à l'adresse de Wallace, puis elle se leva de son lit, attrapa sa veste, et se tourna vers Parker qui dansait toujours, un autre chemisier dans la main. « Je vais déjeuner avec Wallace, à tout à l'heure. »

Parker hocha la tête, toujours en rythme, pour lui montrer qu'elle savait, et Mac quitta la chambre, après avoir pris son sac et une veste. Une fois la porte fermée, elle reprit sa conversation avec Wallace.

« Je n'ai rien voulu dire devant Parker, tu sais comment elle est dès qu'il s'agit de Veronica. » expliqua-t-elle à Wallace.

Celui-ci eut un petit ricanement, qui s'étouffa lorsque Mac poursuivit : « Cela dit, Veronica n'a pas dormi dans ma chambre. Je ne l'ai pas vue depuis hier après-midi, elle avait besoin de mon aide pour retrouver Patrick Machinchose, qui l'avait dénoncée pour la drogue. »

Il y eut un silence, et Mac poussa la porte du bâtiment dans lequel elle dormait, puis se dirigea vers le restaurant universitaire. « Comment ça, elle n'est pas venue te voir ? Elle ne t'a pas appelée hier soir ? »

« Non » répondit Mac, surprise. « Je sais qu'elle avait un dîner avec Braun de prévu, mais qu'elle comptait le sécher pour passer du temps avec toi. Pourquoi ? »

Wallace soupira, alors que Mac passait le bâtiment des sciences, et une vieille affiche représentant Gory Sorokin en pleine action humiliante, ce qui la fit sourire. « On s'est disputés, hier. A propos de son sens de l'amitié plus intéressé que réellement sincère. J'ai été un peu dur avec elle, et je l'ai laissée en plan. Apparemment, elle n'est pas rentrée. Je commence à être inquiet. »

Mac poursuivit son chemin, et manqua de rentrer dans une armoire à glace qui ne s'excusa même pas lorsqu'elle dut faire une pirouette afin de l'éviter. Elle leva les yeux au ciel, agacée, mais se reconcentra sur les mots de Wallace. « Ce n'est probablement rien. Si elle était bouleversée, elle est probablement partie se réfugier quelque part. Ou elle avait une affaire ? »

Il y eut un silence pendant lequel Mac imagina Wallace en train de secouer la tête négativement. « Justement, elle n'avait que l'affaire de Robin, et elle avait l'air d'avoir atteint une impasse. Quant à se réfugier, si elle n'était pas chez elle, chez toi, ou chez moi, où veux-tu qu'elle soit allée ? »

Mac arriva en vue du restaurant universitaire, et grimaça en atteignant la même conclusion que Wallace. « Logan ? » proposa-t-elle, tout en se doutant qu'elle avait probablement tort. En tout cas, elle se félicita d'avoir quitté la chambre. Parker aurait probablement perdu toute sa bonne humeur en un temps record.

« J'y ai pensé aussi… Elle sait qu'il a été viré de Hearst. » prononça-t-il.

« Elle sait pourquoi ? » demanda Mac, en grimaçant encore à cette pensée.

« Je ne crois pas. Mais j'ai attisé sa curiosité quand elle a réalisé que j'étais déjà au courant. » avoua Wallace, qu'elle vit apparaître au bout d'un chemin.

« Tu es dans son cours de sociologie, ce n'est pas vraiment étonnant. Tu crois qu'elle a fouillé là-dedans alors qu'elle venait juste de se disputer avec toi ? Ou qu'elle est allée le voir ? »

Elle vit Wallace hausser les épaules, et raccrocha lorsqu'il fut à portée de voix. Ils se serrèrent dans les bras pour se saluer, et poursuivirent leur conversation, en avançant vers l'entrée la plus proche du parking. Ils avaient prévu d'aller à la plage après, pour travailler sur les trajectoires de l'avion électronique de Wallace. « Ils ont une connexion étrange, c'est clair, mais elle avait l'air assez en colère après lui. Exaspérée. Bref, comme elle est toujours lorsque Logan n'agit pas exactement comme elle le veut. Tu crois qu'il faudrait l'appeler pour lui demander ? »

Mac haussa les épaules. « Logan est plus loyal envers Veronica qu'elle ne peut l'imaginer. Si elle ne veut pas qu'il nous le dise, il ne nous dira rien. Ça n'avancera à rien. Et elle ne répond pas au téléphone de toute façon. »

Wallace eut un mouvement colérique, « Tu vois, c'est exactement ça que je reproche à Veronica ! Je l'adore, mais elle n'a aucune considération pour le reste du monde ! Elle… »

« Et si elle n'avait pas bougé ? » dit soudainement Mac, qui s'était arrêtée de marcher, et fixait un point au loin.

« De quoi tu parles ? » demanda Wallace, d'un ton douteux. Ce n'était pas vraiment le genre de Veronica Mars de rester immobile quand elle était bouleversée. Plutôt le genre à faire des erreurs.

Mac lui attrapa le bras, et se mit à courir vers le parking, montrant une voiture grise avec son autre bras. « Regarde, elle est garée là. »

« Qu'est-ce que… ? » commença Wallace.

Ils atteignirent la Saturn rapidement, et regardèrent par la fenêtre passager. Mais la voiture était vide. Mac en fit le tour, alors que Wallace avait un mauvais pressentiment. Une sensation de mal-être se propagea dans son corps, et enserra son cœur. Qu'est-ce que la voiture de Veronica faisait sur le campus ? Piz n'était plus là… Qui d'autre connaissait-elle ? Avec qui d'autre était-elle amie ?

« Oh mon dieu Wallace ! » appela Mac d'une voix blanche.

Le cœur de Wallace manqua un battement, et il accourut à ses côtés. Il chercha son regard, mais finit par le suivre lorsqu'il réalisa qu'elle ne lui accordait pas d'attention. Puis il la vit. La tache de sang qui coulait le long de la portière conducteur. Portière qui était mal fermée. Ses yeux glissèrent le long de la tache, et tombèrent sur le portable éclaté de Veronica.

Il dut perdre toutes ses couleurs lui aussi. « Ca explique pourquoi elle ne décrochait pas. » expliqua inutilement Mac, vacillante. Wallace se pencha pour rattraper les parties du portable, les yeux si vides qu'il manqua presque de remarquer un autre détail. Ce fut une bourrasque de vent s'engouffrant sous la Saturn qui fit bouger quelque chose plus loin sous la voiture.

Si c'était possible, Wallace pâlit d'avantage, et tendit une main tremblante pour attraper l'objet. Il se redressa, déglutit, et montra la seringue vide à Mac, qui croisa son regard horrifié.

« Et ça explique pourquoi elle n'est pas rentrée. »

oOoOoOo

Logan avait l'impression que sa discussion d'hier n'avait rien fait à Dick. Il agissait parfaitement normalement. Pas du tout comme quelqu'un qui réfléchit à une proposition sérieuse sur un projet sérieux. Mais après tout, Logan n'avait pas spécialement envie d'insister auprès de Dick. Il ne se sentait juste pas capable de tout faire tout seul, même s'il était plus ou moins persuadé que Dick ne ferait pas grand chose dans leur affaire, à part mettre de l'argent – ce qui, en soit, était déjà quelque chose d'énorme.

Il avait juste envie de se dire qu'ils étaient capables de faire quelque chose d'autre, d'honorable. Quelque chose qui aurait rendu son père blême de jalousie en matière de relations avec les médias. Il aurait probablement eu droit à une visite dans la collection de ceintures, juste pour avoir eu une meilleure idée que lui.

Logan eut un petit rictus et s'ouvrit une bière, puis regarda le ciel. « A toi, connard ! J'espère que tu rôtis bien là où tu es. » Logan espérait que l'enfer ressemblait à un freezer en flammes. Ce serait une sorte de putain d'ironie qu'il saurait savourer à sa juste valeur.

« Encore à te parler tout seul ? » se moqua Dick, en s'installant sur le canapé.

« Me dis pas que tu vas te remettre à la console ! » soupira Logan en se balançant sur sa chaise.

« J'ai besoin d'entraînement ! » contra Dick, boudeur.

Logan leva les yeux au ciel. « Tu dégages quand Parker arrive, qu'on soit bien clair. »

« Ouais, ouais, c'est ça. Si elle vient ! » Dick appuya sur le bouton d'allumage, et posa ses pieds sur la table basse.

Une sonnerie retentit, et Dick ricana. « Tu paries combien que c'est elle qui t'appelle pour te dire qu'elle ne vient pas ? »

Logan leva les yeux au ciel, et décrocha le téléphone, surpris et soudainement inquiet. Pourquoi Wallace Fennel lui téléphonerait-il ?

« Oui ? » demanda-t-il. Ce n'était pas bon signe. Pas bon signe du tout, Logan le sentait au plus profond de lui.

« On a des ennuis Logan. De sérieux ennuis. » commença-t-il. Le cœur de Logan manqua un battement. Son instinct avait raison.

« Veronica ? » devina-t-il, et sa voix se cassa sur la dernière syllabe. Il vit Dick du coin de l'œil mettre le jeu sur pause, et jeter un regard inquiet vers Logan.

« Elle a disparu depuis hier. Keith s'inquiétait, mais on pensait qu'il en faisait trop, sauf qu'on vient de trouver la voiture de Veronica sur le parking. Vide. Son portable était cassé par terre, et on a trouvé une seringue sous la voiture. » résuma Wallace d'une traite.

Logan resserra sa poigne sur son téléphone, et commença à faire les cent pas. « Est-ce que c'est… ? »

« Je ne sais pas. » coupa Wallace. « On n'a pas encore prévenu Keith, mais on pensait que tu devais savoir, au cas où… »

« Vous avez bien fait. » intervint Logan, imaginant que le « vous » signifait Wallace et Mac. « On se retrouve à Mars Investigations le plus vite possible. Keith saura quoi faire. » Logan soupira, puis ajouta, après une seconde d'hésitation. « Prévenez Weevil, aussi. Mais ne touchez à rien. Et ne dites rien à Keith sur… »

« On te laissera cette merveilleuse conversation, Logan. Crois-moi. » répondit Wallace, qui raccrocha immédiatement. Logan referma le clapet, puis le rouvrit immédiatement, et tapa sur la touche numéro deux. Après seulement deux sonneries, une voix chantante répondit.

« Je sais, je sais, je suis en retard. Mais je suis magnifique. » avança Parker.

Logan grimaça, le cœur serré. « Parker, je suis désolé, mais je dois annuler nos plans. Je me rattraperai, je te le promets. »

« Rien de grave, j'espère ? »

Logan ferma les yeux, voyant que Dick se levait pour lui poser des questions, et décida d'être honnête avec Parker. « Veronica a disparu. Sa voiture a été abandonnée sur le parking de la fac, son portable a été trouvé par terre, avec une seringue. Je vais aider à la retrouver. »

Il y eut un silence au bout de la ligne. « Je suis désolé de… Sincèrement, je ne veux pas que tu… »

« Je sais. » dit-elle d'une voix froide. « Tu sais, je suis quand même capable de mettre ma jalousie de côté lorsqu'il s'agit de la vie d'une personne, Logan. Par contre, je ne prévois pas de rendre les choses plus faciles après le happy end. »

Logan déglutit bruyamment, et hocha la tête, tout en sachant qu'elle ne pouvait pas le voir. « Je sais Parker. Merci. »

« Logan ? » appela-t-elle, alors qu'il allait raccrocher.

« Oui ? » demanda-t-il, légèrement impatient. Il y avait des choses bien plus importantes maintenant. « Merci pour l'honnêteté. Et tiens-moi au courant. »

Logan eut un petit sourire, nerveux et sincère à la fois, « D'accord. »

Il raccrocha, et se dirigea vers la porte, après avoir attrapé ses clés de voiture. Il remarqua que Dick, derrière lui, avait éteint la console, et l'imitait. Logan se retourna, surpris. « Qu'est-ce que tu fous ? »

« Je viens avec toi. » déclara-t-il d'une voix ferme et intransigeante.

Logan resta interdit quelques secondes, puis il lut dans le regard de Dick tellement de détermination, et un peu de culpabilité aussi, qu'il finit par lui jeter une veste au visage, et se dirigea vers les escaliers. Il ne se sentait pas capable d'attendre l'ascenseur.

oOoOoOo

Keith essaya de garder son calme, après le récit de Wallace et Mac. Il ferma les yeux, passa ses mains dessus, et les frotta, sentant la nervosité glisser sur ses nerfs malgré lui. Derrière lui, Jane posa une main douce et réconfortante sur son épaule. Elle était venue déjeuner avec lui pendant sa pause déjeuner, et avait assisté à toute la scène.

« Bien. On ne peut pas agir pour l'instant, nous allons devoir attendre une demande de rançon. Ils ne l'ont pas tuée, donc ses kidnappeurs voient en elle une utilité. On va commencer par faire une liste de ses ennemis. Ensuite on fera les miens. » commença Keith de sa voix la plus confiante. Il attrapa un papier, et un stylo. « Jane, annule tous mes rendez-vous de la journée, veux-tu ? »

La femme hocha la tête, et s'assit sur la chaise de Veronica. Le genou de Wallace n'arrêtait pas de se secouer. Le jeune homme avait beau le fixer, et lui demander d'arrêter, il semblait agir de sa propre volonté. Mac lui jeta un regard mauvais, mais il l'ignora.

« Ca risque d'être long, M. Mars. » grimaça Wallace. « Veronica a beaucoup d'ennemis. Tous ceux à qui elle a causé des ennuis, à tort ou à raison. »

« Il faut retracer ses derniers pas. Qui a-t-elle mis en colère dernièrement ? Qui pourrait lui faire du mal ? A-t-elle été menacée ? »

Keith sentit la colère monter en lui, et maudit Veronica de ne pas le tenir au courant de tout ce qu'elle faisait, de toutes ses affaires. Plus que tout, il se maudit lui-même, pour l'avoir introduite dans ces affaires, dans cet univers, et lui avoir prouvé qu'elle y était douée. Et pour l'avoir mise à ce point en danger.

« Je sais qu'elle est allée voir Patrick Nickerson il y a deux jours pour savoir pourquoi il l'avait accusée. Etant donné qu'il est riche, il n'aurait pas besoin d'une rançon. Et ça ne paraît pas vraiment être son MO. Elle enquête dans la mort de Robin. Elle suspectait Brad d'être son meurtrier, peut-être qu'elle l'y a confronté et qu'il a décidé de la faire disparaître ? »

Keith nota les deux noms sur la liste, puis y ajouta certains autres que Wallace ne connaissait pas, probablement des personnes reliées à des affaires de Mars Investigations. « Je doute qu'elle soit allée confronter Brad. On en a parlé justement, et on comptait poursuivre un peu plus profondément. »

« Vous êtes au courant ? » s'étonna Mac.

« Elle me l'a dit après son arrestation. Qui d'autre ? » poursuivit-il. « Les McCherry ? » Il nota leur nom, puis ajouta en gros « Kane ». Mac et Wallace échangèrent un regard qui en disait long, mais ne prononcèrent pas le moindre mot. Ils ajoutèrent quelques noms, la majorité faisant partie des 09ers, lorsque Logan entra dans la pièce.

Une tension palpable emplit immédiatement la salle, lorsque Keith et Logan échangèrent un regard. Wallace, Mac et Dick cherchèrent un endroit sur lequel concentrer toute leur attention, mais Logan décida de casser le silence immédiatement.

« Des nouvelles ? » demanda-t-il, les yeux plantés dans ceux de Keith, le mettant au défi de l'envoyer au diable.

Keith serra la mâchoire, sous les yeux intéressée de Braun, qui observait la scène comme si elle cherchait à analyser tous les protagonistes. L'ancien shérif finit par baisser les yeux vers sa liste, puis ajouta un dernier nom. « Fitzpatricks. »

Wallace fronça les sourcils. « Les Fitzpatricks ? C'est pas ceux qui ont coincé Weevil quand on était en terminale ? C'est un peu vieux, quand même, non ? »

Keith secoua la tête. « Elle leur a volé du GHB, pour son enquête sur la mort de Robin. Weevil a commis l'acte, mais Veronica est une cible facile. » Il préféra ne pas leur dire qu'il avait reçu la visite de Liam Fitzpatricks pas une semaine auparavant pour le prévenir des conséquences de ses décisions. Keith avait prit au sérieux Liam, mais il avait sincèrement pensé qu'il pourrait protéger Veronica plus activement. Ou que Liam s'en prendrait à lui. Pas à elle.

Mais ça ne ressemblait pas à un enlèvement des Fitzpatricks. Les Irlandais étaient des habitués des enlèvements et des meurtres. Ils n'auraient jamais laissé de traces, pas d'indices qui puissent les ramener à eux. Par contre, c'était le genre de choses qu'ils aimaient faire.

« Weevil ? » demanda Logan à l'adresse de Wallace.

Mac répondit à sa place. « Je l'ai appelé. Il devrait arriver d'une minute à l'autre. »

Logan hocha la tête, puis fixa Keith un instant, et pénétra totalement dans son bureau. « Wallace, Mac, vous pouvez m'attendre dehors ? J'ai quelque chose à dire à M. Mars. »

Keith leva les yeux vers le jeune homme, surpris, et s'installa plus confortablement dans son siège lorsqu'il vit Wallace et Mac obéir à l'ex de sa fille. Quelque chose lui disait qu'il n'allait pas du tout aimer ce que Logan allait lui avouer.

Les deux jeunes fermèrent la porte derrière eux, alors que Jane reprenait le téléphone pour poursuivre les annulations. Logan s'humidifia les lèvres, et ouvrit la bouche, prêt à se faire décapiter.

« Ca a un rapport avec ta sortie de l'hôpital de l'autre fois ? »

Logan hocha la tête. « J'ai des ennuis, depuis quelques mois. Des ennuis qui, je pensais, resteraient entre la personne et moi, je ne suis plus aussi sûr. Je ne suis pas convaincu que ce soit qui je pense, parce que techniquement, c'est à moi de riposter. Mais ils ne sont pas équilibrés non plus… »

« Tu n'es pourtant plus avec Veronica. Tes ennemis s'attaqueraient plutôt à Parker, non ? »

Logan ne répondit rien, et Keith soupira, en secouant la tête. « Elle était au courant. » comprit-il.

« Non. » répondit immédiatement Logan. « Elle ne savait rien. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais votre fille et moi ne sommes pas dans des termes exceptionnels, en ce moment. Elle ne sait rien, mais vous connaissez Veronica. Si elle fouille un peu, elle peut découvrir des choses qu'il vaut mieux qu'elle ne sache pas. »

Keith réfléchit un instant, puis attrapa un stylo. « C'est qui, ces ennemis ? » demanda-t-il, la voix tremblante de colère. Voilà pourquoi il était très content que Logan reste loin de sa fille, ou que sa fille reste loin de lui. Apparemment, ils se tenaient à l'écart l'un de l'autre depuis six mois, et c'était très bien.

Logan allait répondre lorsqu'un toc à la porte l'interrompit. La tête blanche de Mac apparut dans l'embrasure, et elle parla d'une voix si faible que les deux autres durent tendre sérieusement l'oreille pour l'entendre. « Logan, tu n'as rien à voir là-dedans. M. Mars, vous avez reçu du courrier. Ça ne va pas vous plaire. »

Logan et Keith se levèrent en même temps, et attrapèrent l'enveloppe que Mac tendait. Derrière elle, Weevil avait l'air inquiet mais calme. « Je l'ai trouvée devant la porte en arrivant. A votre nom, shérif. Ça ne concerne pas Echolls, sinon on aurait reçu ça ailleurs. »

Keith jeta un regard à Logan, qui sembla soulagé, et ouvrit l'enveloppe. Il en sortit une photo en couleur de Veronica, les yeux à peine ouverts, attachée à une chaise, tenant fébrilement un journal datant du jour même. Keith perdit toutes ses couleurs, et Logan n'avait pas l'air plus fier, lorsqu'il lut les mots écrits rageusement sur la feuille.

TU ETAIS PREVENU

Keith se laissa tomber sur la chaise, alors que Weevil récupérait l'image pour la ranger. Il regarda l'ancien shérif, et d'une voix sûre, prononça tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. « La question est : qui vous avait prévenu ? »

Keith retint le bras de Weevil, et agrippa la photo comme si elle pouvait lui rendre sa fille. Le papier se chiffonna sous sa poigne, mais Keith n'y prêta pas attention. Son regard perçait les lettres écrites en encre rouge.

« Liam Fitzpatricks. »

oOoOoOo

Dick n'aurait jamais imaginé que le shérif Mars, celui qui lui faisait perdre tous ses moyens depuis qu'il était en âge de savoir ce qu'était une bêtise, pourrait perdre tous les siens en si peu de temps. Celui qui avait l'air de toujours tout savoir à propos de tout, celui qui avait ce regard perçant, scrutateur, dont avait si manifestement hérité Veronica, celui qui réagissait toujours avec calme même lorsqu'il apprenait un code quatre, celui qui avait eu le cran d'accuser Jake Kane le Grand du meurtre de sa fille ; jamais Dick Casablancas n'aurait pu croire que cet homme-là, si fort, puisse devenir dingue en si peu de temps.

Car dingue, de l'avis de Dick, Keith Mars l'était devenu. Et, il fallait le croire, ce n'était pas peu dire. Dick était du genre respectueux quand il s'agissait des gens spéciaux. En tant qu'adepte des drogues, et grand fanatique de fêtes/raves, Dick pouvait sans aucun problème s'auto-nommer Grand Connaisseur des Gens Bizarres – le titre lui plaisait, en plus. Et, à cet instant précis, Keith Mars rentrait dans cette catégorie.

Dick savait vaguement qui étaient les Fitzpatricks. Il ne leur avait jamais acheté quoi que ce soit, parce qu'ils le faisaient suffisamment flipper par la réputation qu'ils avaient. Et puis l'ecstasy, il l'avait essayé une fois, et il en avait rapidement fait le tour. Finir en bad-trip, les siennes totalement retournées, du vomi plein les fringues, ça le faisait marrer quand il avait quinze ans, le lendemain matin. A seize ans, il s'en était vite lassé. Le joint, c'était le bien.

Mais ce n'était pas le problème, essaya de se concentrer Dick. Non, le problème, à en croire les mots de Keith Mars, c'était Liam Fitzpatricks. A qui Veronica avait volé de la drogue. Dick devait avouer que son estime pour la jeune teigneuse était incroyablement remontée. Ça faisait un bon moment qu'il en avait pour elle, pour être honnête, mais ça Dick ne l'avouerait jamais à personne.

En tout cas, Keith Mars avait l'air de savoir précisément qui ils étaient. Pas que ça le surprenait beaucoup, puisqu'il avait quand même été shérif, et que c'était, genre, son travail de les arrêter. Mais ce qui le surprenait surtout, c'était de savoir que Veronica les connaissait. Il avait entendu Keith Mars le dire. Et Logan lui avait expliqué une fois, quand il était complètement trashé en terminale, qu'elle avait été plaquée par ledit Liam Fitzpatricks contre une table de billard.

A l'époque, Dick n'avait pas bien compris, et s'était imaginé que Logan se bourrait la gueule parce qu'il avait surpris ce Liam et Veronica s'envoyer en l'air sur une table de billard. Mais maintenant, le scénario avait l'air un peu plus crédible quand on connaissait Veronica. Honnêtement, Dick avait eu beaucoup de mal à croire que Veronica puisse jamais laisser quelqu'un la matter pendant qu'elle s'envoyait en l'air. Encore moins par Logan. Yep. Cette histoire avait maintenant beaucoup plus de sens.

Si Dick trouvait que Liam Fitzpatricks était un mec très, très flippant à l'époque du lycée où, Dick était lucide, il était totalement stupide, et irresponsable – il aimait à croire qu'il avait pris un peu de maturité, mais il n'osait pas en parler avec Logan de peur de sa réaction – il devait bien avouer que maintenant il n'oserait plus du tout s'approcher des quartiers craignos de la ville. Et il maudit les gens qui avaient voté contre l'incorporation. Neptune, plus propre, plus sécurisé, c'était un slogan qu'il avait bien aimé.

Apparemment, Keith Mars était d'accord avec lui, parce qu'après un moment plongé dans des pensées que personne, à part peut-être Veronica parce qu'elle était quand même sacrément douée, n'aurait pu deviner, il s'était jeté sur ses clés de voiture, et avait déguerpi à toute vitesse, sans un mot de plus.

Il avait suffi d'un regard entre Logan, Wallace, et Dick pour que tous se mettent à sa poursuite. Weevil les avait suivi en leur disant qu'il allait poser quelques questions dans le coin pour trouver des renseignements. Et, juste avant que la porte ne se referme sur Braun et Mac, Dick entendit la voix de Ghost World dire qu'elle commençait des recherches.

Dick n'avait aucune idée de la façon dont Mac pouvait bien trouver les Fitzpatricks en restant sur son ordinateur, mais après tout, ce n'était pas réellement son problème. Quant à Weevil, il ne se faisait aucune illusion, il allait probablement demander à ses amis prisonniers s'ils ne connaissaient pas de vilains dealers de drogues irlandais qui faisaient peur.

Pour un ancien shérif, Dick trouvait que Keith Mars grillait beaucoup de priorités, et faisait beaucoup d'excès de vitesse. Quand il pensait qu'il l'avait arrêté plus d'une fois pour vingt malheureux kilomètres au-dessus de la limite, Dick faisait la grimace. Bon, il n'avait jamais eu comme excuse de vouloir sauver sa gamine – dieu Merci, parce que cela impliquait qu'il ait eu une gamine, et ce serait, genre, un des signes annonçant l'apocalypse – mais ça n'empêchait que dans les films, les shérifs ne dépassaient jamais les limites de vitesse.

« Où il va ? » grommela Wallace, qui était assis devant à côté de Logan. Dick aurait bien fait la tronche, il n'était plus allé à l'arrière depuis ses six ans, mais il sentait que ses gémissements ne seraient pas les bienvenus. Et puis, sans mauvaise foi, il était plutôt inquiet par la photo de Veronica.

Logan mettait des années de conduite en état d'ivresse et allant bien au-delà des limites de vitesse à son service pour suivre celle complètement dangereuse de M. Mars. Il avait l'air concentré, si bien que Dick se serait presque imaginé dans un remake de Fast and Furious s'il y avait eu des canons latinos un peu partout. Cette Carmen qui suçait des glaces, elle aurait été parfaite pour le rôle.

« J'ai l'impression qu'il va au commissariat. » répondit Logan, concentré.

Wallace tourna violemment la tête vers Logan, surpris. Ça avait probablement dû lui faire mal, alors Dick grimaça à sa place. Personne n'avait l'air de le croire, mais il était réellement angoissé. Mais quand Dick Casablancas était angoissé, il avait tendance à agir encore plus connement que quand il ne l'était pas. Ce n'était jamais de gros moments de gloire, alors Dick avait rapidement appris à ne jamais s'angoisser pour rien. Ces derniers temps, son attitude avait été très difficile à maintenir.

« Qu'est-ce qu'il irait faire au commissariat ? Van Lowe est un pigeon, il ne va quand même pas lui demander de l'aide ? Lamb, encore, passe encore, mais Van Lowe ? »

« C'est un ancien détective » avança Logan à tout hasard. « Peut-être qu'il peut lui donner des indices ? Il a sûrement travaillé contre les Fitzpatricks, et sait quelque chose ? Sinon, il va lui demander de l'aide. »

Dick n'aurait jamais pensé qu'on puisse arriver si vite au commissariat. En tout cas, ils se garèrent grossièrement, aussi rapidement que Keith Mars qui vola presque de sa voiture, et pour un homme aussi petit que lui, c'était quelque chose d'impressionnant. Il poussa les portes du commissariat, furieux, une rage hors du commun se dégageant de tout son être, et c'était comme dans un film.

Les gens reculaient sur son passage, jetant des œillades inquiètes et curieuses lorsqu'il les dépassait, Logan, Wallace et Dick dans son sillon. Sans ralentir, M. Mars poussa la porte du bureau de Van Lowe qui mangeait un sandwich en rigolant devant une vidéo qu'il regardait sur youtube.

Le shérif sursauta devant l'entrée tonitruante de Keith Mars, et glissa un regard encore plus surpris vers les trois jeunes hommes qui le suivaient. Il perdit immédiatement son sourire en voyant le visage pourpre de son rival de toujours. M. Mars claqua la porte derrière lui, et se mit à hurler d'une voix tonitruante.

« OU EST MA FILLE ? » Dick repensa à la fois où Duncan avait raconté comment leur professeur de littérature avait harcelé Weevil en lui demandant « Qui t'a aidé ? Qui t'a aidé ? ». Il se demanda si son professeur noir avait été aussi rouge que Keith Mars. Probablement pas.

Van Lowe retira ses jambes de son bureau, et fronça les sourcils, prenant manifestement la colère de son prédécesseur au sérieux. « De quoi tu parles ? Je l'ai relaxée avant-hier, on n'avait aucune preuve contre elle ! »

« DE QUOI JE PARLE ? » explosa M. Mars. Il plaqua la photo de Veronica sur le bureau si fort que le bois trembla violemment contre le carrelage. Dick le nierait pour toujours, mais il sursauta devant la violence du geste.

Les yeux du shérif s'écarquillèrent en voyant Veronica, et remontèrent vers Keith, l'air sincèrement désolé. Il secoua la tête, momentanément sans voix. « Keith, comment voudrais-tu que… ? »

« Tu sais très bien qui m'a prévenu ! » s'écria-t-il. « Tu savais pour la visite de Liam après l'arrestation de son poulain il y a une semaine ! Tu savais parfaitement de quoi il m'avait menacé ! »

Dick vit Logan et Wallace se crisper, en entendant les mots du père de Veronica. Dick n'arrivait pas à réaliser pleinement ce qu'impliquait l'échange se produisant sous ses yeux. Il n'arrivait tout simplement pas à croire qu'on puisse être si jeune et avoir autant de problèmes.

Il se demanda quand même pourquoi Van Lowe aurait dû être au courant. Il n'avait pas eu spécialement l'impression que les deux hommes avaient toujours été en de très bons termes, bien au contraire. Dick imaginait mal Keith Mars téléphoner à son BFF Van Lowe pour lui raconter ses déboires.

« Keith, je n'avais aucune idée ! Liam est venu te voir ? »

« Il y a une semaine, pour que j'arrête mon enquête sur vos liens ! Il sait que je monte un dossier contre vous, pour te faire quitter ton poste ! Il a menacé Veronica si je n'arrêtais pas ! » déclara-t-il d'une voix à peine contenue et tremblante, en posant ses mains sur le bureau, les yeux plantés dans ceux de Van Lowe.

Celui-ci secoua la tête. « Ce n'était pas exactement très discret. Mais je ne savais pas pour les menaces, je te le jure. Je n'aurais jamais accepté… Je ne les aurais jamais… »

« Mais tu ne les contrôles pas, Vincent ! » explosa Keith Mars. « Tu ne comprends pas, ça ? Tu ne les contrôles pas ! PERSONNE NE CONTRÔLE LES FITZPATRICKS ! »

Van Lowe fronça les sourcils. « J'ai des choses contre eux, Keith. Crois-moi, des choses suffisamment importantes pour les obliger à m'obéir sur certains détails. »

L'ancien shérif éclata d'un rire qui glaça les entrailles de Dick. Il n'aurait jamais pensé que Keith Mars puisse devenir dingue à ce point. « C'est là que tu te trompes ! Tu as des preuves qui te laissent penser que tu as du pouvoir sur eux. Mais tant qu'ils ont quelque chose à gagner de votre alliance, ils sont prêts à accepter certaines choses. Si je les fais tous arrêter, ou si je te fais virer de ton poste, tu ne sers plus à rien ! Et dès que tu ne leur seras plus d'aucune utilité, Vincent, toi et moi savons parfaitement que c'est Veronica ou moi qui enquêterons dans ta mort ! »

Dick déglutit bruyamment, et il fut rassuré de voir qu'il n'était pas le seul. Logan se tenait derrière Keith Mars, les bras croisés, et il réalisa pour la première fois qu'il n'était pas juste le petit ami, l'ex, ou il ne savait trop quoi, de Veronica Mars. Il réalisa pour la première fois qu'il était prêt à tout pour défendre ceux qu'il aimait, que ça allait bien au-delà de l'identité de la personne. Il avait l'air prêt à démolir n'importe qui sur son passage.

« Ils ne me tueront pas. » contrecarra Vincent Van Lowe, d'une voix fébrile, cependant. « Pas tant que je leur suis utile. »

« Si tu m'aides à sauver ma fille, tu ne leur es plus utile. » expliqua Keith, la respiration haletante d'angoisse. « Mais si tu ne fais rien, je jure devant Dieu, Vinnie, je te jure devant Dieu… C'est moi qui te tuerai personnellement. Toi, les Fitzpatricks, et quiconque sera lié de près ou de loin à cette histoire. »

Dick avait très envie d'encourager Van Lowe à se mettre de leur côté, rien que pour briser la tension, mais il sentait que s'il ouvrait la bouche à ce moment précis, ce serait probablement lui le premier à se faire tuer. Ça lui poserait un problème.

« Bien sûr que je vais t'aider. » renifla le shérif, comme si c'était une évidence. Dick trouvait que ce n'était pas quelque chose sur laquelle il aurait parié considérant les propos tenus dans leur conversation, mais il décida d'accorder le bénéfice du doute à cette évidence. Il était très tolérant, il l'avait déjà mentionné précédemment. « Mais je ne vois pas en quoi ! Je n'ai aucune idée des plans des Fitzpatricks concernant Veronica ! »

« Tu connais leurs planques. Tu peux téléphoner à Liam ! » insista Keith.

« Je ne connais pas leurs planques, justement. Je connais leurs trafics, et je les couvre pour ne pas qu'ils se fassent arrêter, mais ça s'arrête là ! Et Liam et moi ne sont pas exactement amis, il ne me dirait jamais où il cache Veronica, il flairerait le doute. Il sait très bien que je ne serais jamais dans ce genre de magouilles ! »

« EH BIEN AGIS NOM DE DIEU ! TU ES SHERIF, NON ! » M. Mars sembla perdre tout son sang-froid une seconde, mais se ressaisit tout aussi rapidement. « Tu voulais ma place, Vinnie, eh bien la voilà ! Pour une fois, agis en shérif ! Sois digne de ce putain d'uniforme que tu tenais tant que ça à porter ! »

« Je vais faire ce que je peux. Je te jure, je ferai ce que je peux. »

« J'espère pour toi, Vinnie. J'espère pour toi. »

oOoOoOo

Logan trouvait la situation bien pire que ce qu'il avait imaginé. Jusqu'à présent, il ne savait pas trop ce qu'il pouvait penser. Au moins, s'il avait été responsable de cette catastrophe, il aurait pu faire quelque chose, il aurait pu agir. Il aurait su qui attaquer, qui menacer, qui tuer, pour sauver Veronica. Mais en entendant la conversation entre Keith et Van Lowe, il comprit qu'il ne pourrait rien faire.

Logan connaissait les Fitzpatricks. Suffisamment bien pour savoir qu'ils ne reculeraient devant rien, rien pour obtenir ce qu'ils voulaient. A tel point qu'il n'en revenait pas qu'un homme aussi protecteur et paranoïaque que Keith Mars n'ait pas immédiatement réagi lorsque ces malades irlandais lui avaient rendu visite. Il se souvenait du regard de dingue de Liam Fitzpatricks, il se souvenait du sadisme qui émanait de lui, de cette folie qui animait chacun de ses gestes.

Et plus que tout, il se souvenait de la terreur qu'ils avaient inspirés à Veronica. Logan était très bien placé pour savoir à quel point il fallait être inquiétant pour que Veronica Mars soit dans cet état. Il savait de quoi les Fitzpatricks étaient capables. Il savait qu'ils seraient prêts à la tuer pour obtenir ce qu'ils voulaient. Ils savaient qu'ils seraient prêts à faire des choses dont Veronica ne se remettrait pas. Une partie de lui espérait qu'elle était droguée ou endormie pour qu'elle ne se souvienne de rien. Une partie de lui priait pour qu'elle soit assommée. L'autre espérait qu'elle n'avait rien qui puisse la rendre malade, rien qui puisse la faire overdoser.

« On va la retrouver. » décréta Wallace, comme si prononcer ces mots allaient être magiques. Mais Logan trouvait que c'était plutôt nécessaire en voyant la tête de Keith Mars.

Son propre cœur battait à toute vitesse. Cela faisait plus d'un an qu'il n'avait plus ressenti ça. Depuis Mercer, depuis les viols, depuis qu'il l'avait retrouvée allongée sur le parking, une partie de sa tête rasée ; depuis que Parker l'avait récupérée, droguée, parce qu'elle avait fait confiance à la mauvaise personne.

Il n'avait plus ressenti ça depuis que Veronica avait quitté sa vie. A chaque fois qu'il la voyait, son cœur battait plus vite d'anticipation, parce qu'il sentait que quelque chose allait se passer. Quoi, il ne le savait jamais précisément. Il ne savait pas s'ils se parleraient et, le cas échéant s'ils seraient amicaux ou désagréables. Il ne savait pas si elle allait l'ignorer. Elle ne savait pas si elle allait être humaine.

Il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il n'avait pas quitté sa vie à elle, et cette pensée le rassurait, le rendait fou de joie, et le mettait mal à l'aise en même temps. Il adorait Parker, c'était une fille bien, qui méritait tout son amour. Mais lorsqu'il s'était rendu compte qu'elle gardait toujours un dossier sur sa vie pour voir où il en était, il n'arrivait pas à retenir cet espoir stupide, cette pensée qu'un jour, peut-être, elle lui pardonnerait ses erreurs.

Logan ne savait même plus s'il voulait se remettre avec elle. Cette simple pensée le faisait rire, généralement, parce qu'il n'arrivait pas à croire qu'il puisse envisager que Veronica mette son ego de côté pour se remettre avec lui. Mais, si c'était le cas, il ne savait pas s'il voulait vraiment être avec elle. Ils avaient essayé, et ça n'avait jamais fonctionné, après tout. Parker était la preuve qu'il pouvait être aimé, qu'un couple pouvait être autre chose que des mensonges, des tromperies, et un manque de confiance. Parker, c'était la preuve qu'il valait autre chose.

Keith Mars était assis sur son siège, l'air profondément plongé dans ses pensées. Logan voyait les rouages fonctionner à toute vitesse, calculant les possibilités, jaugeant les attentes des Fitzpatricks. Il décida que c'était le moment d'entrer en jeu, et d'être utile. S'ils voulaient sauver Veronica des Fitzpatricks, ils avaient deux solutions : attendre qu'ils posent les conditions, ou retourner la situation et les traquer jusqu'à ce qu'ils en meurent tous.

Weevil faisait probablement ses recherches de son côté, pour trouver les détails. Cela ne voulait pas dire qu'ils devaient attendre sans rien faire, à réfléchir, à imaginer Veronica dans une pièce sombre et humide, faible, battue, violée, morte. Il y avait énormément de scénarii possibles, tous plus glauques et écoeurants les uns que les autres, qui donnaient la nausée à Logan.

« Rentrons à Mars Investigations, peut-être que Weevil et Mac auront trouvé des solutions… » poursuivit Wallace, mal à l'aise et anxieux.

Dick lui jeta un regard surpris. « Nan, mec, ils ont tous le téléphone. Ils nous auraient appelés s'ils avaient trouvé des trucs. »

Wallace lui jeta un regard mauvais, et Dick sembla comprendre qu'il était parfaitement au courant mais qu'il fallait faire réagir le père de Veronica. Logan s'humidifia les lèvres, fit le tour de la voiture de l'ancien shérif, ouvrit la porte passager, et s'assit à côté de lui.

Keith Mars leva un regard surpris vers lui, et Logan planta son regard dans le sien, prenant une grande respiration. « Il y a deux ans, quand j'étais accusé du meurtre de Felix Toombs, Veronica m'a aidé à me disculper. On a remonté une piste jusqu'à Danny Boyd, un ouvrier de chantiers. Celui-ci nous a mené jusqu'au River Styx, et Veronica est entrée pour poser des questions. C'est là qu'elle a fait la rencontre de Liam Fitzpatricks. Les Fitzpatricks la connaissaient, et ils l'ont terrifiée. S'ils l'ont enlevée, ils ont pris le soin de la droguer. Elle n'est pas morte, on peut en être sûrs, et ils ne veulent manifestement pas en arriver là. Vous leur faites peur, monsieur Mars. Ils ne veulent que vous faire peur, mais on peut la retrouver. On va au River Styx poser des questions, tout détruire s'il le faut, pendant que Weevil cherche ses contacts. »

« Logan, on ne peut pas détruire les choses lorsqu'on se sent impuissants. » tempéra Keith, même s'il avait l'air d'être très tenté par la solution.

« Pas parce qu'on est impuissants. On est quatre, vous êtes armé. On peut aller poser des questions, peut-être que l'un d'eux voudra nous répondre. On a d'autres pistes, de toute façon. »

Wallace et Dick observèrent les deux hommes discuter, attentifs à ce qu'ils mijotaient tous les deux. Wallace était concentré, et surpris. Comment n'avait-il pas pu savoir pour cette histoire au River Styx ? Qu'est-ce que c'était que ces Fitzpatricks qui avaient fait si peur à Veronica ?

« Quelles pistes ? » questionna M. Mars, en mettant les clés dans le démarreur.

« Danny Boyd. Les Fitzpatricks ont fait tuer Thumper en le mettant dans le Shark Stadium à faire démolir. Peut-être qu'ils l'ont emmenée sur un de leur lieux de travail ? »

« On est un jour de semaine. » contra Keith.

Logan haussa les épaules. « Donc ils doivent sécher leur travail. Vous faîtes une enquête sur les Fitzpatricks. S'ils sont au travail, j'imagine qu'ils n'ont pas confié la fille de l'ennemi numéro un des Fitzpatricks à des sous-fifres ? C'est forcément quelqu'un d'important qui garde un œil sur elle. Et si ce n'est pas sur leurs lieux de travail, c'est quelque part où ils se sentent surpuissants, où ils savent que vous n'oserez pas aller. Quels sont ces lieux ? »

Le regard que Keith Mars posait sur lui était quelque chose d'entièrement nouveau à Logan. C'était un regard presque admiratif, mais empli d'un respect qu'il n'avait jamais vu dans les yeux de cet homme, même quand il regardait Veronica. Il avait toujours cet air naïf dès qu'il s'agissait de sa fille. Cette fois-ci, il avait l'air de voir Logan pour la première fois, et il eut même un petit sourire.

« Il n'y a pas beaucoup d'endroits où je ne vais pas. Avec Mars Investigations, j'ai plutôt tendance à aller dans les quartiers qui craignent, précisément là où travaillent les Fitzpatricks. Appelle Mac, et demande-lui de vérifier où sont tous les Fitzpatricks dont le nom figure dans le dossier rouge de mon coffre. Le code c'est l'anniversaire de Veronica. Précise-lui que ce ne sont que les noms surlignés. Sinon, elle n'a pas fini de téléphoner. »

Logan sourit, et décrocha son téléphone. Pendant ce temps, Keith démarrait, et baissait la vitre. Wallace pencha la tête à l'intérieur, attendant les ordres. « Qu'est-ce qu'on fait ? » demanda-t-il, la voix emplie d'anxiété.

« Tu me suis. Tu t'armes de courage, tu fais ta tête de dur à cuir. On va au River Styx. »

oOoOoOo

Mac avait le genou qui tremblait. Elle avait infiltré la banque de données du commissariat – heureusement que Veronica le lui avait demandé deux jours auparavant, elle avait pu le faire en un temps record – et avait vérifié le dispositif de puces pour les repris de justice. Le bracelet au pied était la plus belle invention du monde, à son sens. Quelque chose de merveilleux, qui permettait de savoir précisément où étaient tous les condamnés. Le problème était par contre qu'il y avait beaucoup de condamnés à Neptune.

Elle commença par rechercher tous les condamnés portant le nom de Fitzpatricks, mais il n'y en avait pas tant que ça. Il n'y avait ni Liam, ni Joshua, ni aucun autre. Aucun des Fitzpatricks n'en portait, et elle ne savait pas si les autres faisaient partie de la bande.

Elle essaya de calmer les battements de son cœur, mais elle n'y arriva pas. Le téléphone de Mars Investigations sonna, et elle se jeta dessus.

« Monsieur Mars ? » demanda-t-elle, la voix aiguë.

Un rire froid lui répondit. « Non, ma jolie. Ce n'est pas Monsieur Mars. Mais j'avais l'espoir de lui parler… »

Mac se glaça. Une goutte de sueur coula le long de sa colonne vertébrale, et elle leva un regard terrifié vers Jane Braun qui fronça les sourcils. Elle appuya sur le bouton du haut-parleur, et hocha la tête dans la direction de la jeune fille, l'autorisant à parler. Sa main tremblait, mais elle ferma les yeux, et se demanda comment Veronica aurait réagi à sa place.

« Liam Fitzpatricks. » dit-elle d'une voix calme. Tremblante. Terrifiée. Mais calme. Elle cala le téléphone entre son oreille et son épaule, et commença à taper à toute vitesse sur son clavier.

« J'en conclus donc que Keith Mars a reçu mon art. Il sait ce que je veux. Son dossier complet sur mon business. Et une promesse qu'il me lâchera les basques, sous la forme de l'abandon des poursuites de Bunny. En échange, non seulement je ne m'amuse pas avec la chair de sa chair – Dieu sait pourtant que j'aimerais bien – mais en plus je le laisserai peut-être la récupérer en vie. »

Mac cligna des yeux plusieurs fois, les yeux plantés dans ceux de Jane Braun qui n'avait pas l'air plus ébranlée que ça par les paroles du malfrat. Mac remercia le ciel d'être en compagnie d'une personne si calme, parce qu'elle aurait probablement cédé à l'hystérie sur le champ si ça n'avait pas été le cas. Elle continua de taper sur les touches de l'ordinateur, voyant au fur et à mesure un plan se préciser. Il fallait le garder au téléphone.

Mac n'eut absolument aucune idée de l'endroit où elle alla chercher le cran dont elle fit preuve la seconde suivante. « Comment sait-on qu'elle est toujours en vie ? » demanda-t-elle.

Liam eut un rire qui lui causa une série de frissons dans le dos. « Gamine, Keith Mars a reçu la photo. Et puis… Tu sais sur quoi on base une relation. La confiance. »

« Je… Je ne sais pas où est monsieur Mars. » plaida Mac d'une voix tremblante, les yeux bougeant frénétiquement sur la carte affichée sur l'écran. Elle n'avait aucune idée de la façon dont elle pourrait garder Liam Fitzpatricks plus longtemps. Il ne lui suffisait que de quelques secondes.

« Ce n'est pas mon problème. Dis-lui simplement qu'il a intérêt à être au River Styx à une heure du matin. S'il ne se présente pas, vous aurez la preuve que Veronica est en vie, à travers ses hurlements. »

Mac ferma les yeux et étouffa un gémissement lorsque, après un petit rire qui terrifia Mac, Liam Fitzpatricks raccrocha. Elle leva les yeux vers Jane qui posa une main douce sur son épaule, et lui offrit un sourire rassurant.

« Tu as été parfaite. » déclara-t-elle. « Tu as fait exactement ce qu'il fallait, c'est très bien. Tu as eu une adresse ? »

Mac se demanda comment une femme pouvant être aussi monstrueusement cruelle pouvait se transformer en l'agneau le plus doux. Peut-être qu'elle était plus attachée à Veronica qu'on pouvait le penser. D'un côté, il fallait vraiment être une ordure de la pire espèce pour se pas s'inquiéter et ne pas se sentir concerné par ce qui pouvait arriver à Veronica.

Mais dans le même temps, Mac ne serait pas surprise si, à son retour en classe, Veronica devait faire un devoir sur le syndrome de Stockholm, ou la psychologie des victimes de kidnapping. C'était, évidemment, si Veronica s'en sortait.

Mais elle allait s'en sortir, hein ?

« J'ai un quartier. C'est juste à côté des collines ! » s'exclama-t-elle, surprise. Qu'est-ce que Liam Fitzpatricks faisait à la limite du territoire 09er ?

« Une rue ? » demanda Braun.

Mac hocha la tête. « Palm Street. Il faut appeler le père de Veronica ! »

A ce moment précis, le téléphone de Mars Investigations sonna, et après un mouvement paniqué de la part de Mac, Braun attrapa le combiné et déclara d'une voix si confiante que Mac se demanda si elle avait bien compris tout ce dont Liam Fitzpatricks avait menacé la famille Mars. Il n'était pas contre l'idée de la violer. Mac sentit la bile remonter dans sa bouche.

« Mars Investigations. »

Mac hésita à appuyer sur le bouton du haut parleur, terrifiée à l'idée que les Fitzpatricks rappelaient, terrifiée à l'idée d'entendre la voix de Veronica brisée par ses hurlements, terrifiée à l'idée d'entendre ses suppliques, mais lorsqu'elle vit le visage de Braun se détendre, elle lâcha un soupir fébrile, et pressa le bouton.

« … on a une piste, » disait la voix de Logan, pressante, anxieuse, nerveuse, « nous allons au River Styx. Allez dans le coffre de monsieur Mars, le code c'est 1-8-0-8 et prenez le dossier rouge. »

« Ne quittez pas. » déclara Braun d'une voix calme, en déposant le combiné sur le bureau, puis se dirigeant vers la porte du père de Veronica. Mac écarquilla les yeux, surprise, et se leva pour suivre Braun.

« Vous ne leur dites pas ce qu'on vient d'apprendre ? » demanda-t-elle, incrédule. « Un malade vient de téléphoner pour dire qu'il comptait violer Veronica, et on a l'adresse ! Pourquoi les laisser aller au River Styx ? »

Braun lui accorda un regard froid, calculateur, puis se baissa pour tourner la molette du coffre. « Liam Fitzpatricks attend de nous qu'on dise ce genre de détails à Keith pour le rendre fou de rage et le pousser à faire des erreurs. Voyons ce qu'il a à dire. S'ils ont un plan, c'est qu'ils ont suffisamment la tête sur les épaules pour réfléchir avant d'agir. Ecoutons ce qu'ils proposent, et on leur dira le reste après. »

Mac resta silencieuse une seconde, pendant laquelle Braun ouvrit le coffre pour attraper le dossier des Fitzpatricks. « Ils vont nous tuer quand ils sauront qu'on leur a fait perdre du temps. »

« Pas si on leur en fait gagner. » affirma-t-elle en ouvrant le dossier sur le bureau de Veronica. Elle ne reprit pas le combiné, mais s'adressa à Logan. « J'ai les papiers. Qu'est-ce que je cherche ? » demanda-t-elle en feuilletant les premières pages.

Mac fronça les sourcils en voyant la belle-mère morte de Dick en photo. Qu'est-ce qu'elle faisait dans le dossier des Fitzpatricks ? Pourquoi est-ce que la photo d'elle qui était agrafée était une photo prise en prison ?

« Une page avec le nom de tous les Fitzpatricks, et appeler au travail de ceux dont le nom est surligné. Vérifier s'ils sont au travail. Il y a forcément quelqu'un pour veiller sur elle, Liam doit être au travail… Vous pouvez faire ça ? »

Mac allait répondre, mais Braun lui coupa la parole. « On peut le faire, mais on ne le fera pas. » répondit-elle, sans même chercher la page dont Logan parlait.

Il y eut un silence lourd à l'autre bout du fil, et Mac jeta un regard surpris à Braun. « Pourquoi ? » demanda Logan, surpris. Il avait l'air de pressentir ce qu'allait lui dire Braun. Mac ne pouvait s'empêcher de penser que toute cette situation manquait cruellement de tact, de temps pour respirer, pour accepter, pour… Pour juste… Pour réfléchir, et… Elle ne savait pas. Depuis qu'elle avait trouvé la voiture de Veronica, Mac avait juste l'impression de n'avoir plus le temps de respirer, de ne plus savoir où elle était, et elle avait ces visions immondes de Veronica attachée, battue, ensanglantée…

Elle repensait à l'année précédente, à Parker qui l'avait trouvée par terre dans la chambre de Moe, à Logan qui l'avait récupérée sur le parking de Hearst, et elle ne put s'empêcher de penser que pour une fois, elle n'y était pour rien, qu'elle n'avait pas mis son nez partout, et qu'elle allait payer pour quelque chose dont elle n'était absolument pas responsable.

« Parce que je pense savoir où est Veronica. Liam a téléphoné, Mac a retracé son appel. Il est au 1483 Palm Street, à la limite du quartier 09er. » déclara-t-elle.

Mac resta bouche bée un instant, et Braun poussa la page sur Kendall Casablancas sous son nez. Mac dût chercher quelques secondes avant de trouver une note de Keith, disant qu'elle possédait une maison achetée par Cormac Fitzpatricks à cette adresse.

« Liam a appelé ? » s'étrangla Logan. Il y eut un bruit étrange de l'autre côté de la ligne, puis la voix anxieuse de Keith Mars retentit dans la pièce silencieuse de Mars Investigations.

« Liam a appelé ? » répéta-t-il. « Tu as pu parler à Veronica ? Qu'est-ce qu'il a dit ? »

Braun fixa le téléphone, imperturbable. « Qu'il fallait que tu arrêtes ton enquête. Et non, il n'a pas voulu qu'on parle à Veronica. Mais Mac a retracé son appel. Je pense qu'ils sont au 1483 Palm Street. Dans l'ancienne maison de Lacey Shifflet. »

Il y eut un nouveau silence, pendant lequel Mac remarqua seulement à ce moment-là que le véritable nom de Kendall était Lacey, ce qui, en soit, était encore plus laid et pimbêche. Puis Keith prit la parole, remettant manifestement les questions à plus tard.

« Vous restez où vous êtes, au cas où il rappelle. Contactez Weevil, et dites-lui de nous rejoindre. »

Braun raccrocha sans un mot de plus, puis tourna les talons vers le bureau de l'ancien shérif, et ouvrit un tiroir en grand. Mac resta assise sur la chaise, les mains tremblantes. Elle fixa la femme, et écarquilla les yeux en la voyant sortir un gun du tiroir.

« Qu'est-ce que vous faites ? » s'exclama-t-elle, laissant l'hystérie prendre le dessus.

Braun regarda l'état de l'arme, vérifia qu'elle était chargée, passa le doigt sur le barillet, puis la mit en position de fonctionnement. Elle referma le tiroir, et regarda froidement Mac.

« Je désobéis aux ordres. Vous venez avec moi ? »

oOoOoOo

Weevil gara sa moto à l'adresse indiquée. Il remarqua deux voitures déjà garées. Il entendit un premier coup de feu. Il ne réfléchit pas et retira son casque, sortant un couteau à cran d'arrêt qu'il portait toujours sur lui.

Ce n'était pas la première fois qu'il fonçait tête baissée dans un combat.

C'était la première fois que son cœur cherchait à fuir sa cage thoracique. La première fois qu'il eut envie de vomir avant même d'avoir pénétré dans la villa.

oOoOoOo

Logan n'avait aucune idée de la façon dont il s'était retrouvé derrière une table, agenouillé, cherchant frénétiquement un endroit où il pourrait trouver Veronica. A ses côtés, Wallace avait l'air encore plus perdu que lui, et Dick cherchait du regard une arme par terre.

Logan se souvint soudainement qu'il allait régulièrement au stand de tir avec son père. De son côté, Keith Mars était derrière le bar de la cuisine, et respirait profondément et calmement.

Logan se demandait comment un ancien shérif aussi rôdé que l'était le père de Veronica avait pu entrer si violemment dans la maison, sans prévenir personne, armé uniquement d'un flingue qui lui appartenait, et sans rien d'autre. La situation lui avait paru tellement surréaliste, qu'il n'avait pas vu Liam Fitzpatricks sursauter lorsqu'ils étaient entrés dans la maison, se jetant sur son flingue, et tirant en voyant Keith.

Logan n'avait certainement pas imaginé qu'il y aurait autant de Fitzpatricks attendant l'ancien shérif de pied ferme dans une maison située à la limite du quartier des 09ers. Il n'en revenait pas que Kendall ait jamais pu avoir une maison. Elle qui le soudoyait presque pour qu'il lui paye tout et n'importe quoi…

Il ne savait pas à quoi il s'attendait, mais il y avait eu un moment de flottement, puis Keith avait sorti son arme, jaugé Liam qui avait fait de même, et demandé d'une voix tonitruante où était sa fille. Il n'y avait pas réellement eu de discussion, quelqu'un avait fait un mouvement brusque, et avant que quiconque ait pu réaliser ce qui se passait, un coup de feu avait été tiré.

Logan vit Weevil entrer, un couteau à la main, et se faufila mine de rien entre les obstacles rapidement tombés pour se barricader. Celui-ci vint aux côtés de Logan, qui lui demanda une arme.

A sa plus grande surprise, Weevil n'en avait pas.

« Tu as appris quelque chose ? » cria Logan pour couvrir le bruit des cris, des balles, et de son cœur qui battait trop fort dans sa poitrine.

Weevil secoua la tête. « J'allais vous appeler quand Mac m'a envoyé l'adresse par texto. On en est arrivé au même point. »

« Donc Veronica est là ? » s'écria Logan. Weevil fronça les sourcils.

« Bien sûr ! Pourquoi vous êtes venus ici si vous n'en étiez pas sûrs ? » s'exclama-t-il, les yeux écarquillés.

Logan ne prit pas la peine de répondre. Il repoussa la table, et se redressa, mais une main attrapa son épaule. Logan essaya de se défaire de cette étreinte, mais le visage de Wallace, à trois centimètres du sien, le calma immédiatement.

« Qu'est-ce que tu crois que tu fais ? C'est un vrai champ de mine là-bas, il est hors de question qu'on se jette dedans ! Encore moins sans arme ! » s'énerva Wallace. « Ce serait bien si on rentrait tous vivants ! »

« Ils sont capables d'aller chercher Veronica et de la prendre en otage ! Qu'est-ce qu'on ferait dans ce cas-là, hein ? »

A cet instant, une explosion retentit, et de la fumée se diffusa dans toute la pièce principale. Logan, Weevil, Wallace et Keith se concertèrent du regard, puis ils tournèrent la tête vers la porte d'entrée, d'où surgirent deux silhouettes.

De l'autre côté des tables, Logan entendait les Fitzpatricks hurler, et tousser.

La silhouette la plus grande entra d'un pas décidé dans la pièce, et Logan resta les yeux écarquillés, bouche bée.

Derrière Jane Braun, le regard dur, pénétrant, et certain, avançait une Mac qui fermait presque les yeux pour ne rien voir, et qui la suivait dans son sillage.

« Je m'occupe de Veronica. » décréta Braun en se faufilant entre les différents obstacles, Mac sur les talons.

Logan entendit Wallace s'étrangler, voulant probablement retenir Mac qui avait toujours les yeux fermés, et dont Logan percevait la respiration haletante d'angoisse. Ou peut-être était-ce la sienne. Quoiqu'il en fût, il hocha la tête, en même temps que Keith, se jeta sur le sol et attrapa un gun qui traînait par terre, à côté d'une main inerte.

Logan essaya de retenir la nausée qui lui vrillait l'estomac, et retourna à couvert. Il entendit un sifflement juste à son oreille, et vit au moment où il se retournait un tableau être perforé par une balle. Son cœur manqua un battement. Sa respiration se coupa un instant. Puis il resserra sa poigne sur la crosse.

« Dick, il y a un flingue juste à côté de la porte, je crois que monsieur Mars en a touché un autre. Wallace, va démarrer la voiture. On ne reste pas ici plus longtemps. »

oOoOoOo

Mac se répétait mentalement que tout irait bien. Tout irait bien. Tout irait bien. Aussi longtemps qu'elle garderait les yeux fermés, et la main serrée sur la chemise de Braun, aussi longtemps qu'elle la suivrait sans regarder le champ de bataille autour d'elle, tout irait bien.

Mac réalisa qu'elles avaient quitté le salon lorsque le bruit des toussotements devint plus étouffé. Elle entendit Braun fermer la porte, et la sentit lui mettre quelque chose dans les mains. Mac ouvrit les yeux, et les écarquilla, fixant Braun avec effroi.

« Non, non, non, j'en veux pas, j'en veux pas ! » s'écria-t-elle en repoussant l'arme vers la prof de psychologie.

« C'est pour te défendre. Va voir à la cave, je pense que c'est là qu'ils la retiennent. Par acquis de conscience, je vais vérifier les autres pièces. » déclara Braun d'une voix rassurante.

« Mais et s'il y a quelqu'un avec elle ? » craqua Mac, sentant l'hystérie et l'angoisse prendre le pas sur son calme habituel. « Pourquoi la police n'arrive-t-elle pas ? »

Elle sentit les larmes lui piquer les yeux, mais Braun posa une main douce sur son épaule. « Calme-toi. Tu auras le temps de devenir dingue après, pour l'instant pense à Veronica. Elle a besoin de toi. »

Mac essaya de reprendre sa respiration, et ouvrit la porte de la cave. Mac avait habité dans ce quartier, et toutes les maisons étaient les mêmes. Elle connaissait chacune des pièces de cette grande maison par cœur, et savait précisément à quoi ressemblait la cave. Elle savait qu'il y avait assez de place pour y cacher une jeune fille assommée.

Mac pria pour qu'elle ne soit qu'assommée. Ou mieux.

Elle ouvrit la porte doucement, sans bruit, pendant que Braun faisait de même avec les autres pièces. Son cœur battait à tout rompre, elle était persuadée que quiconque était en bas, ennemi ou Veronica, pouvait l'entendre. Mac frissonna, et serra de ses deux mains le gun, essayant d'imiter les policiers dans les cop show que son père regardait.

Elle mourait d'envie de fermer les yeux, de prendre ses jambes à son cou, et de se cacher dans son lit, en appelant sa mère comme quand elle était enfant. Qu'est-ce qui lui avait pris de suivre Braun ? Pourquoi n'était-elle pas restée dans la voiture ? A Mars Investigations ? Mac n'était pas une héroïne. Elle n'était pas celle sur qui on pouvait compter pour sauver le monde. Il y avait Logan et Veronica, pour ça. Wallace, même. Mais pas Mac. Mac, elle pouvait sauver le monde depuis sa chambre, depuis son ordinateur.

Elle posa un pied sur une marche en bois qui craqua, et elle sursauta, ne pouvant retenir un gémissement de terreur. D'un mouvement automatique, ses bras se tendirent, et elle visa n'importe où, ses yeux cherchant un potentiel ennemi.

Elle ne vit rien, mais entendit en haut les coups de feux reprendre. Elle essaya de se souvenir si l'on pouvait sortir sans passer par le haut mais l'angoisse prenait le dessus et rien ne lui revenait. Toutes les maisons se ressemblaient, se répétait-elle. Toutes, sans exception. Elle aviserait. De toute façon, il fallait d'abord trouver Veronica.

Elle finit de descendre les marches, retenant une envie de vomir de plus en plus persistante et, haletante, chercha le visage souriant de son amie. Elle pénétra dans la première partie de la cave, et écarquilla les yeux d'horreur en voyant toutes les armes et les plans accrochés au mur. Un gémissement derrière elle lui causa une crise cardiaque, mais elle se retourna immédiatement.

Son cœur s'arrêta littéralement, et l'arme qu'elle tenait glissa de ses mains moites. Un énorme bang retentit, mais Mac n'entendit rien, et se rua sur la forme attachée à une chaise, au beau milieu d'une flaque d'eau. Elle avait un bâillon sur la bouche, et sa tête pendait inanimée sur sa poitrine. Elle avait l'air sale, une de ses manches était beaucoup plus sombre que l'autre, et surtout, surtout, elle ne bougeait pas.

Mac se précipita sur son amie, trempant ses pieds en courant dans la flaque d'eau. Elle attrapa son visage, et le releva, retenant un haut le cœur lorsqu'elle vit un hématome bossu décorer la pommette droite de Veronica. Celle-ci était pâle comme la Mort, et n'eut aucune réaction lorsque Mac la toucha.

« Veronica ! » murmura-t-elle, la voix brisée. « Sois pas morte. Sois pas morte. »

C'était stupide, pensait-elle. Elle était forcément en vie, sinon qui avait pu faire ce bruit ? Mac fit le tour de la chaise, et comprit qu'elle ne pourrait pas défaire les liens avec ses mains : la corde épaisse était savamment nouée, mais Veronica n'avait pas eu l'air de s'être débattue à ce moment-là. Peut-être n'avait-elle pas été consciente.

Mac fit demi-tour pour attraper un couteau parmi les armes accrochées au mur, et se rua pour scier les cordes. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour en venir à bout, mais elle n'anticipa pas le changement de poids de Veronica, dont le poids mort fit basculer la chaise. Elle tomba la tête la première dans la grande flaque d'eau.

Mac essaya de calmer sa panique, et retourna son amie, défaisant ses liens aux pieds dans des gestes précipités, et totalement hystériques. Ses mains tremblaient à tel point qu'elle n'arrivait pas à savoir où elles étaient, et les larmes brouillaient sa vue déjà floue par l'angoisse.

« Mac ? » gémit-on à sa droite.

La jeune fille tourna la tête violemment, et ne put retenir un petit cri de soulagement lorsqu'elle vit les yeux ouverts de Veronica. Un rire nerveux lui échappa, et elle se laissa tomber par terre, pour essayer de reprendre ses esprits.

Un coup de feu retentit alors juste derrière elle, et Mac hurla de peur en se retournant. Le coup de feu fut suivi d'un étranglement monstrueux, puis d'un bruit sourd, et Mac se trouva nez à nez avec un homme aux yeux fermés, le visage figé à tout jamais. Une énorme marre de sang commençait à se répandre autour de lui, et Mac crut qu'elle allait défaillir.

Ses yeux remontèrent devant elle, et elle réalisa alors que c'était Jane Braun qui avait tiré. Elle n'avait pas l'air plus bouleversée que ça par son geste, et baissa son arme immédiatement, pour se pencher et récupérer celle que tenait manifestement le Fitzpatricks.

Mac comprit que Braun venait de leur sauver la vie. Qu'elle avait été à deux doigts de la perdre. Elle sentit qu'elle ne tiendrait pas longtemps avant de céder à la panique. Non. Cindy McKenzie n'était pas un héros.

« Ca va aller. » lui dit tranquillement Braun, d'une voix ferme. Mac ne comprenait pas comment on ne pouvait pas craquer dans une situation pareille. Même à quarante ans, on devait craquer dans une situation pareille. Être adulte ne voulait pas dire qu'on pouvait tuer n'importe qui, même un malfrat, et dire ensuite que tout se passerait bien.

Non, tout ne se passerait pas bien. Mac venait de voir un cadavre, elle venait de manquer de perdre la vie, elle venait de libérer sa meilleure amie d'une bande de malades irlandais terrifiants, alors non, tout n'allait pas bien, tout ne se passait pas bien, tout était horrible, horrible, horrible.

« MAC ! » cria Braun en la saisissant par les épaules, voyant manifestement que la jeune fille était en train de perdre le peu de sang-froid qui lui restait. « C'est bientôt fini. Tu as fait le plus dur. J'ai vu une porte derrière. Ça va aller. »

Braun avait raison. Le plus dur était passé. Il y avait une autre porte, donc tout allait bien. Personne n'était mort. Veronica allait bien. Tout allait bien. Tout allait bien. Tout irait bien. Mac hocha la tête lentement, et entreprit de finir de trancher les liens de Veronica.

Celle-ci avait l'air de lutter pour garder les yeux ouverts, et Mac planta les siens dans ceux de Veronica. Elle avait besoin de voir qu'elle était en vie. Veronica lui offrit un petit sourire qui se voulait très probablement rassurant, et essaya de bouger, mais ses muscles avaient l'air beaucoup trop lourds.

« On va t'aider. » déclara Mac d'une voix forte. Elle avait probablement crié, mais entendre sa voix la rassurait. Oui. Tout irait bien.

Braun et elle redressèrent Veronica qui tint fébrilement sur ses jambes, et glissèrent chacune un bras sous un de Veronica, l'aidant à marcher. Tout irait bien.

Braun poussa d'un grand coup de pied la porte arrière, et traîna les deux jeunes filles, une main toujours armée d'un gun, l'air prête à s'en resservir. Tout irait bien.

Mac prit une grande bouffée d'air frais, et ne put retenir un rire hystérique lorsqu'elle vit les voitures de police et plusieurs ambulances à côté de la voiture de Braun. Elle entendait Keith crier au loin « IL Y A MA FILLE QUELQUE PART DANS CETTE MAISON ! » alors qu'un infirmier essayait de lui mettre quelque chose sur le dos. Tout irait bien.

Quelqu'un dut les voir, parce que soudainement, elle n'entendit plus rien, et c'était comme si la vie était au ralenti. Elle vit les ambulanciers courir vers elles. Elle sentit des bras envelopper Veronica, et la porter vers une ambulance. Les cris des gens, les regards des badauds alertés par les coups de feu, les réactions similaires de chacun des hommes de la vie de Veronica, tout semblait comme anesthésié. Tout irait bien.

Elle s'avança jusqu'aux ambulances, quelqu'un vint la voir, elle leva la main pour signifier qu'elle allait bien. Ses yeux ne quittaient pas Veronica, sur laquelle son père s'était jeté.

« C'est qui, ton héros ? » demanda-t-il d'une voix faible, cassée, les larmes inondant ses joues.

Pas elle, pensa Mac.

Veronica eut un petit rire silencieux, et ferma les yeux, un sourire serein sur le visage. « Je savais que vous viendriez. » souffla-t-elle.

Mac se laissa tomber sur le sol d'une ambulance. Quelqu'un se précipita vers elle pour la soigner. Elle n'avait plus envie de craquer, soudainement. Wallace s'approcha d'elle, et posa un bras rassurant autour de son épaule, pour la rapprocher de lui. Mac inspira calmement son odeur.

Tout irait bien.

A SUIVRE…


Merci à Missgege93, Choupinette, Lorette, Bloody Merry, Elilove59, Faithlove43 et LilyAnthea pour leurs très gentilles reviews.

Prochain chapitre dans deux semaines... En attendant, reviews?