Bonjour!
Merci pour les retours, ça m'aide vraiment à améliorer l'histoire :)
Pour le chapitre d'aujourd'hui je ne vais rien dire, vous verrez par vous-même ce qu'il va se passer et vous allez peut-être être étonné (ou pas, après tout certains d'entre-vous sont assez doués niveau théories) par ce qui va se passer... ;)
(Quand même une précision car c'est le genre de truc où personne n'est jamais d'accord, pour Johann le Négociant, je l'écris comme ça car en cherchant un peu j'ai vu que c'était l'écriture officielle, après je sais que c'est plutôt prononcé Yohan, mais j'ai préféré garder l'écriture officielle)
Réponses aux reviews:
Douby08: Merci pour la review! Harold a en effet un rôle important dans les décisions, mais tout n'est pas si simple comme tu le verras. Pour le surnom, en effet c'est principalement pour ça, après il y a quand même une histoire derrière et reste à savoir comment il l'a obtenu et qui lui a donné ce surnom, c'est un peu la première idée que j'ai eu pour la fic d'où le nom de celle-ci d'ailleurs ;) Je suis d'accord pour Varek, en plus ce côté calme et intelligent est assez facile à utiliser pour lui donner un rôle dans l'histoire, par contre je dois bien admettre que j'ai plus de mal avec Rustik et les jumeaux. Ensuite pour Astrid, comme tu l'as dit c'est "peut-être", pour l'instant elle se pose pas mal de questions, mais bon, elle a pas vu Harold depuis 5 ans, tout ne peut pas être simple. Hagbard aurait peut-être pu les retenir, mais j'avais vraiment besoin de les faire partir pour qu'arrive ce qui se passe dans ce chapitre. Je sens qu'il va falloir que je m'applique pour les entrevues ^^ surtout que tu m'as dit que tu étais fan du hiccstrid, je sens que ça va donner lieu à des reviews sympa. Je ne vais rien dire sur ton idée d'Harold qui doit aller sur une certaine île, tu as toujours de bonnes idées, reste à savoir si tu as raison ;) D'ailleurs j'en suis venu à attendre avec impatience tes reviews, faut dire que tu balances toujours une super idée/théorie et je pense que ce chapitre ne va pas déroger à la règle vu comment il se termine...
Anonyme: Merci beaucoup! Ça me fait vraiment plaisir de savoir que tu aimes l'histoire et le style d'écriture! Pour ce qui est de Stoïck, pour tout te dire, je n'avais pas vraiment approfondi/pensé à ce point-là pour l'instant, c'est une très bonne remarque, ça me donne pas mal d'idée. Vraiment merci pour la review, je pense que ça va donner lieu à une bonne amélioration de l'histoire :) Et oui il faut bien un peu de rebondissements, d'ailleurs n'hésite pas à commenter le nouveau chapitre, ce genre de retour sur ce que j'écris est vraiment génial!
Bonne lecture!
Chapitre 9
Le soleil était levé depuis quelques heures quand finalement ils virent leur foyer, leur île. Beurk était magnifique vu de leur drakkar et à chaque seconde ils s'en rapprochaient un peu plus. Cela faisait près d'un mois et demi qu'ils étaient partis et enfin ils rentraient chez eux. Pourtant alors que le drakkar fendait les flots et que la joie gagnait peu à peu chacun des membres de son équipage, l'un d'entre eux restait plongé dans ses pensées, songeant au meilleur moyen pour retourner sur l'île qu'ils avaient quittée des jours plus tôt et ainsi enfin obtenir des réponses.
Astrid avait passé une bonne partie du voyage muré dans le silence, à réfléchir à ce moyen et personne n'avait cherché à la déranger, tout comme Astrid la plupart de l'équipage était resté plus ou moins longtemps plongé dans ses pensées. Ils avaient tous été étonnés de la tournure des événements, que ce soit par ce qu'ils avaient appris ou l'attitude de leur chef, et même si pour la plupart ils avaient compris les raisons d'un tel comportement, ils étaient restés songeurs. Cela n'avait cependant pas duré très longtemps pour les jumeaux et Rustik. Ils en étaient rapidement arrivés à la conclusion qu'il n'y avait pas de raison de s'inquiéter et ils avaient alors repris leurs chamailleries habituelles. Ils avaient une totale confiance en Stoïck, ce qui n'était pas le cas de tout le monde à bord du navire.
Astrid qui n'avait toujours pas trouvé de solution à son problème finit par sortir de ses pensées quand l'impression d'être observé l'oppressa au point de la mettre mal à l'aise. Elle regarda alors autour d'elle, mais personne ne la regardait, il y avait bien Varek qui lui jetait des coups d'œil interrogatif pourtant cela ne pouvait expliquer le sentiment qu'elle avait ressenti. Peu à peu celui-ci disparut et lorsqu'ils arrivèrent en vue des quais elle arrêta d'y songer. Elle entreprit alors d'observer son île et remarqua qu'un travail titanesque avait été accompli. On pouvait voir de nombreux vikings circuler tout en portant des matériaux de construction ou des outils, certains étaient attelés aux quais qui étaient en cours d'amélioration et d'autres pouvaient se distinguer en haut des falaises où des postes de tir pour archer ainsi que de nouvelles catapultes étaient en construction, cependant le plus impressionnant elle ne le vit que plus tard. Pour l'instant les quais se rapprochaient et bientôt ils débarqueraient.
À peine furent-ils arrivés que tout s'enchaîna très rapidement. Le chef leur donna leur journée pour se reposer du voyage puis il partit prendre connaissance des dernières nouvelles et des avancements dans la préparation de l'île. Astrid décida d'aller faire un tour pour voir de plus près ce qui avait été accompli et elle n'en revint pas. Mis à part de nouvelles tours de guet disséminées aux points principaux de l'île, les postes de tir, les nouvelles catapultes et d'autres petites choses, le plus incroyable était le mur composé de pierres d'un gris profond presque noires qui était en construction tout autour du village. Elle le savait, Beurk se trouvait en première ligne, pour autant elle ne s'était pas attendue à voir une telle construction. En voyant cela, Astrid comprit à quel point le chef redoutait cette guerre, elle en était sûre, Stoïck n'avait pas peur, après tout, ses exploits étaient légendaires, mais à la vue de cet imposant édifice elle comprit que c'était de la victoire dont il doutait. Il avait alors entrepris de faire de Beurk une véritable forteresse, signe qu'il s'attendait à des combats d'une rare violence jusque sur leur propre île. Astrid ne mit pas longtemps également à faire le lien avec son étrange comportement lors de leur dernier passage sur l'île d'Hagbard, où il avait, au grand étonnement de tous les vikings présent, fait preuve d'une grande retenue. Tous avaient cru que la situation dégénérerait, mais au lieu d'agir comme à son habitude, il avait fait preuve d'un calme relatif et d'une certaine forme de diplomatie. Astrid avait bien compris après coup qu'il avait agi ainsi pour qu'ils puissent rentrer sur Beurk et pour préserver une possible alliance malgré ce qu'il s'était passé, mais ce n'était que maintenant en voyant ce mur en construction qu'elle comprenait pleinement tout cela. Elle qui aimait à penser qu'elle était sans peur ne put s'empêcher d'avoir un frisson face à toutes ces implications.
Elle préféra laisser tout ceci de côté et après avoir constaté ce qui avait changé, elle se rendit à la forge pour voir Gueulfor, mais celui-ci était tellement submergé de travail qu'il prit à peine le temps de la saluer et elle se demanda alors où était passé son apprenti. Il ne s'agissait là que d'une question de pure forme qu'Astrid ne posa même pas, elle savait que depuis le départ d'Harold Gueulfor n'avait jamais gardé un apprenti plus de quelques mois et une nouvelle fois il avait dû renvoyer le dernier que Stoïck l'avait obligé à prendre. Astrid le savait, Harold manquait grandement à Gueulfor et il était l'un des rares vikings à ne pas réellement sans cacher, ce qu'Astrid trouvait admirable quand on connaissait le caractère de Stoïck et la manière dont il avait fait disparaitre Harold de sa mémoire et de celle de beaucoup d'autres. Ses relations avec Stoïck l'avaient toujours préservé, mais depuis qu'il avait un penchant un peu trop prononcé pour l'hydromel celles-ci s'étaient détériorées et Astrid se demandait comment Stoïck réagirait en apprenant que Gueulfor avait de nouveau renvoyé un apprenti, surtout que désormais une guerre approchait. Elle ne pouvait cependant rien n'y faire et n'ayant aucune connaissance en métallurgie, elle quitta la forge et se retrouva sur la place principale du village où un flux incessant de vikings se croisait, elle réalisa alors qu'elle avait du mal à reconnaître son village. Ce n'était pas tant les nombreux travaux en cours et la fortification de l'île que l'attitude de son peuple qui créait ce sentiment chez elle, on pouvait sentir chez chacun des membres qui le composaient une certaine fébrilité, de l'appréhension face à l'avenir. La joie de vivre qui était présente quelques mois auparavant avait disparu pour laisser place à des mines fermées et concentrées. Voyant cela, elle préféra arrêter là sa visite et rentrer chez elle, espérant y trouver un état d'esprit plus positif et l'occasion de se reposer.
Le lendemain quand le jour se leva, Astrid et son groupe se retrouvèrent rapidement submergés de tâches. Elle qui avait espéré avoir le temps de parler avec Varek pour trouver une idée sur la façon de retourner sur l'île d'Hagbard n'en eut pas l'occasion. Étant considérée comme la meilleure guerrière de l'île, elle se retrouva propulsée à la tête des entraîneurs des nouvelles recrues pour l'armée de Beurk et n'eut presque plus l'occasion de voir les membres de son groupe. Le seul point positif était que les voyages loin de l'île avaient laissé assez de temps aux guerriers de Beurk pour mettre au point un entraînement convenable et elle n'eut qu'à l'améliorer. Cependant cela ne l'empêcha pas de se retrouver assaillie de toute part du matin au soir et quand enfin elle finissait sa journée, elle s'écroulait de sommeil.
Elle réussit néanmoins à apprendre que tout se déroulait à peu près comme prévu, que ce soit sur Beurk ou sur les autres îles de leur coalition. On lui apprit que les pierres pour le mur venaient d'un clan spécialisé dans la taille de pierre qui avait accepté de les fournir et que le paiement en contrepartie n'aurait lieu qu'après la guerre. Ce type de transaction avait lieu entre de nombreux clans de la coalition et pour toute sorte de ressources. De Stoïck lui-même elle apprit que de nombreux rapports leur étaient parvenus et qu'ils connaissaient désormais un certain nombre de positions ennemies et même que certaines missions de sabotages des flottes adverses avaient réussi, ce qui la surprit. Depuis le départ elle doutait de la réussite de ces missions, Stoïck lui-même avait renoncé à envoyer des beurkiens, les vikings qui avaient réussi cet exploit venaient d'une petite île dont le peuple était réputé pour son courage, mais de par sa taille, Astrid ne lui avait accordé que peu d'importance lors de leur visite. Pour elle qui était une guerrière, le combat devait se mener sur un champ de bataille et elle n'avait porté que peu d'intérêt à cette île qui avait proposé d'utiliser des méthodes qui pouvaient être considérées comme peu honorables. Elle devait néanmoins reconnaître désormais qu'ils avaient accompli là un tour de force et que leur courage méritait d'être loué, grâce à eux, tous pouvaient espérer un délai supplémentaire avant que la guerre ne commence.
Ils profitèrent du temps qu'il leur restait et cela dura pendant plus d'une semaine ainsi, sans répit, avant qu'enfin une occasion ne se présente. Astrid se trouvait dans la grande salle avec Stoïck, Mastock et Gueulfor où une réunion avait lieu concernant principalement l'entraînement et le nombre de leurs hommes. Celle-ci avait déjà commencé, mais Astrid n'y portait qu'une oreille peu attentive, préférant songer à ce qu'elle avait appris le matin même, Johann le Négociant était arrivé à Beurk et cela lui avait donné une idée. C'est ainsi que lorsqu'une ouverture se présenta elle saisit l'occasion.
— Stoïck, je comprends, mais tu as vu les rapports comme moi ! Nous n'avons pas assez d'hommes ! Dit Mastock.
— Je sais bien ! Mais il n'y en a pas plus ! S'exclama Stoïck.
— Chef, il y a toujours les clans du nord. Intervint Astrid.
— Astrid, je ne pense pas qu'il faille compter sur eux. S'ils avaient voulu s'allier avec nous, ils nous auraient laissés parler directement à celui qui les représente.
— Nous aurions peut-être dû leur accorder plus de temps, ils n'avaient pas pris de décision quand nous les avons quittés et peut-être est-ce toujours le cas. Nous y sommes allés sans prévenir et leur avons demandé de se joindre à nous sur notre simple parole. Comment pouvaient-ils être sûrs de pouvoir nous faire confiance? A leur place je pense que j'aurais également essayé de gagner du temps pour déterminer s'y on me disait la vérité et comme eux nous aurions sûrement gardé quelques informations cachées. Laissez-moi y retourner pour essayer de les convaincre, Johann le Négociant est arrivé ce matin, je suis sûr qu'il voudra bien m'emmener là-bas. Tenta Astrid avec force et sans se démonter face au regard de Stoïck, elle savait que ce qu'elle disait n'était pas forcément cohérent lorsqu'on avait toutes les informations, et encore moins si la personne qui se cachait derrière le Protecteur du Nord était bien celui qu'elle espérait, mais eux ne savaient pas tout cela alors elle espéra.
Stoïck resta silencieux quelques instants, jetant des regards aux vikings présents tout en songeant aux paroles d'Astrid. Il devait reconnaitre la pertinence de ses propos, mais il commençait sérieusement à se poser des questions sur celle-ci. Elle avait, au cours du voyage, eu plus d'une fois des comportements étranges auxquels il fallait rajouter ce que Rustik lui avait rapporté concernant sa disparition lors du repas, ce à quoi il n'avait pas porté beaucoup d'attention. Cependant il avait lui-même constaté de ses propres yeux la discussion chuchotée entre elle et le fils d'Hagbard. Il n'avait rien contre un rapprochement entre les deux jeunes vikings, après tout, avec ce qui se profilait les alliances de tous types étaient les bienvenues, il ne s'agissait peut-être que de ça, un simple rapprochement, pourtant il sentait dans ses tripes que quelque chose lui échappait.
— Hum… Il faut se rendre à l'évidence, il nous faut plus d'hommes. Je suis d'accord pour que quelqu'un y aille, mais je vais plutôt envoyer Varek. J'ai besoin de toi ici pour former les recrues, tu fais partie de mes meilleurs guerriers. Répondit le chef qui était frustré de devoir reconnaître qu'Astrid avait raison, les dernières nouvelles ne laissaient que peu de place au doute, il avait espéré en quittant l'île d'Hagbard ne pas avoir besoin de ces clans, mais il savait désormais que sans plus d'hommes et de drakkars, la guerre était perdue d'avance. Cependant il ne voulait pas non plus s'abaisser à supplier les clans du nord de le rejoindre et ses doutes sur Astrid le tiraillaient.
Astrid passa en quelques instants par deux émotions complètement opposées, joie et désespoir, elle avait réussi à obtenir l'autorisation d'y retourner et l'instant d'après tout volait en éclat.
— Chef, je pense que ça devrait être moi justement car je suis une bonne guerrière! Je disposerai de plus de temps que ce qu'on a eu la dernière fois et je pourrai leur montrer qu'on est sérieux, qu'on sait se battre et celui qui les représente risque d'être plus sensible face à un guerrier. Des vikings ne se seraient pas rangé derrière autre chose qu'un guerrier à la veille d'une guerre et puis Varek est doué, mais… Dit Astrid avant de commencer à chercher ses mots, Varek était son ami, elle ne voulait pas le dénigrer ou l'insulter, mais il fallait absolument qu'elle y retourne.
— Elle n'a pas tort Stoïck et puis on s'en est bien sorti quand vous étiez absent, il y a plein de vikings compétents ici. Intervint Gueulfor qui avait compris que cela tenait à cœur à Astrid même s'il ne savait pas pourquoi.
— Bon très bien… Dit en soufflant Stoïck face à cet entêtement si caractéristique de la jeune guerrière, tous connaissaient son caractère, pourtant à cet instant il avait bel et bien l'impression qu'il y avait quelque chose de plus. Mais tu pars seule, je ne veux pas que les autres t'accompagnent et arrange-toi pour revenir rapidement, peu importe que tu réussisses ou non à les convaincre. Quand la guerre commencera, j'aurai besoin de toi.
Stoïck le savait, il aurait pu l'empêcher de partir, mais connaissant Astrid et son foutu entêtement, il se doutait qu'elle aurait désobéi et qu'elle serait sûrement partie d'une manière ou d'une autre. Il avait beau avoir des doutes, il n'avait rien à reprocher à Astrid ni aucune preuve et la confronter sur une simple intuition ne l'aurait mené à rien. En plus de ça, il ne pouvait se permettre de laisser partir trop de vikings, la meilleure solution était donc peut-être de la laisser y aller, d'autant plus qu'elle n'avait pas tort.
Il lui jeta un dernier coup d'œil et l'espace d'un instant il se demanda s'il avait bien vu apparaitre un sourire sur son visage, mais cela avait été tellement fugace qu'il n'aurait su le dire, il eut néanmoins une idée. Il avait vu Astrid passer beaucoup de temps avec Varek durant le voyage et il songea qu'il y avait peut-être là un moyen d'obtenir des réponses... Il garda cela dans un coin de sa tête et repris la réunion.
Astrid remercia le chef quand il accepta de la laisser partir et dès que la réunion fut terminée elle courut jusqu'au quai où elle trouva Johann, elle lui expliqua la situation et promit de le payer s'il acceptait de l'emmener là-bas. Il accepta de l'emmener à la condition d'être placé sous la protection de Beurk, mais refusa le paiement prétextant qu'il avait à faire dans le nord. Elle accepta la condition, elle savait que le chef ne refuserait pas une telle demande à Johann en une telle période. Il lui dit qu'il partait le lendemain et alors qu'il allait enchaîner sur l'une de ses histoires rocambolesques, Astrid mit fin à la conversation pour allait préparer ses affaires et informer le chef de son départ pour le lendemain, ainsi que de la demande de Johann. Elle se rendit également auprès de son groupe pour les informer de la situation, elle réussit en même temps à parler quelques instants seule avec Varek et celui-ci comprit l'envie de son amie de retourner là-bas, mais regretta de ne pouvoir s'y rendre également, lui aussi aurait voulu savoir la vérité. Il lui souhaita bon courage et ils se séparèrent.
De nouveau l'étendue azur s'étendait à perte de vue, Astrid se trouvait à bord du navire de Johann et de nouveau elle subissait ce voyage d'un ennui mortel, mais le pire cette fois était qu'elle devait supporter les histoires de Johann. Au début ce n'était pas insurmontable, l'excitation était à son apogée, elle allait retourner là-bas et enfin connaître la vérité, mais rapidement le voyage avait laissé place à la monotonie et la conversation incessante de Johann la rendait folle, mais heureusement à chaque seconde qui passait le dénouement approchait.
Leur voyage touchait à sa fin, il restait un jour, peut-être un jour et demi avant d'arriver à destination et d'être libéré des histoires de Johann. Astrid était à l'avant du navire de celui-ci et regardait le soleil entamer sa lente descente à l'horizon, elle avait pris l'habitude d'observer chaque couché de soleil depuis que les voyages avaient commencé, cela était magnifique et en même temps Astrid y voyait là une fin et un renouveau. Le soleil disparaissait marquant la fin d'un jour, emportant avec lui les événements de la journée pour laisser place à l'astre lunaire qui en apportait de nouveaux, lesquels de par leur nature nocturne pouvaient prendre bien des formes. Ce qui fut d'autant plus vrai en cette fin de journée quand elle remarqua au loin un point qui se rapprochait rapidement d'eux. S'agissait-il d'un navire, d'un dragon, ou simplement d'un effet d'optique?
Ne sachant pas ce qui approchait et craignant à juste titre une rencontre inamicale en pleine mer, elle informa sans tarder Johann qui prit sa longue-vue pour voir ce qui se rapprochait ainsi. À peine l'avait-il porté devant son œil qu'Astrid le vit blêmir et elle comprit que quelque chose n'allait pas. Johann ne s'attarda pas à lui donner des explications et il entreprit immédiatement de crier ses ordres aux deux autres membres d'équipages qui entreprirent de s'armer avec rapidité tandis qu'il essayait de son côté de faire gagner de la vitesse à leur navire. Astrid qui avait compris aux ordres donnés qu'un combat se profilait, s'approcha de Johann pour savoir exactement ce qu'il avait vu. À son grand désespoir, elle apprit que le drakkar qui fonçait vers eux semblait avoir de nombreux vikings à son bord, et pire que tout, qu'il portait les couleurs de Drago.
Astrid aurait voulu aider Johann dans ses manœuvres, mais elle ne s'y connaissait pas assez en navigation et pour ne pas gêner elle alla se positionner près du bastingage, sa hache à double tranchant fermement en main et le regard rivé sur le drakkar qui inexorablement se rapprochait. Quant à Johann et aux deux vikings que Stoïck lui avait confiés quand il l'avait placé sous sa protection, voyant l'écart qui s'amenuisait de plus en plus, ils essayèrent de nouveau de faire gagner de la vitesse à leur navire, mais la soute de celui-ci était pleine et cet excès de poids allait leur être fatal. Le drakkar ennemi se rapprocha rapidement et après une heure d'appréhensions et d'inquiétudes, il ne fut plus qu'à quelques mètres.
Astrid pouvait désormais distinguer les vikings qui se trouvaient sur l'autre drakkar, ils étaient au moins une dizaine, tous étaient armés et à les voir, elle ne doutait pas qu'ils savaient se battre. Les voyant se rapprocher de plus en plus, elle qui avait déjà sa hache en main l'agrippa fortement et s'accrocha au bastingage en prévision du choc à venir tandis que les deux autres beurkiens prirent leurs épées et firent de même. Johann qui ne savait pas se battre prit néanmoins un couteau et comme ses compagnons il s'agrippa. Rapidement le drakkar ennemi se rapprocha et percuta légèrement leur navire en se positionnant flanc contre flanc, puis la dizaine de vikings qui se trouvait à son bord lança l'abordage. Astrid qui ne s'était jamais battue en mer eut quelques difficultés à compenser le roulis, elle réussit cependant à s'éloigner du bastingage et à se mettre en position de combat.
Dès que le premier ennemi posa le pied sur le drakkar, elle n'attendit pas et elle l'attaqua avec une telle rapidité qu'il n'eut pas le temps de se défendre. Elle le tua sur le coup, murant son esprit pour ne pas penser à ce qu'elle venait d'accomplir, puis se tourna vers un nouvel ennemi. Les deux beurkiens n'étaient pas de mauvais combattant et tout comme Astrid ils s'attaquèrent aux premiers vikings qui posèrent le pied sur le pont, mais malgré cela, leurs ennemis réussirent de par leur nombre à prendre rapidement position. Astrid tenta de garder une certaine zone de contrôle, mais c'était sans compter le roulis qui lui posait bien trop de problèmes. Elle avait du mal à garder un équilibre suffisant pour vaincre ses ennemis qui était de plus en plus nombreux et à chaque seconde elle cédait un peu plus de terrain. Elle put néanmoins, l'espace d'un instant, jeter un coup d'œil à ses compagnons et elle constata qu'ils ne se débrouillaient pas trop mal, mais elle n'eut pas le temps de s'attarder plus, il y avait tellement de combattants qu'elle se devait de se concentrer sur le combat. Celui-ci dura encore quelques minutes, lesquelles ne furent qu'esquives, coup de taille et d'estoc qui pour la plupart étaient paré, malgré cela, elle réussit à blesser et peut-être même à tuer plusieurs vikings, ils étaient tellement nombreux, qu'elle n'aurait su dire.
Astrid était désormais complètement obnubilée par le combat, sa hache était devenue un prolongement naturel de son bras et seuls comptaient les feintes, les parades et les coups qu'elle entreprenait. Les vikings lui faisant face avaient beau être ses ennemis, tous semblaient légèrement impressionné par sa maîtrise du combat, mais cela Astrid ne le remarqua pas, en revanche elle saisit le moment d'inattention de l'un d'eux pour le blesser. Cette fois elle vit une ouverture et alors qu'elle s'apprêtait à porter le coup de grâce elle fut habilement désarmée et propulsé avec violence contre le mât du drakkar.
Sonné par le choc, il lui fallut quelques minutes pour reprendre ses esprits et elle se rendit alors compte que Johann était prisonnier, à genoux, et que ses deux autres compagnons étaient morts. Elle avait été tellement concentrée sur le combat qu'elle n'avait rien vu de tout cela. Le premier de ses compagnons n'avait plus de visage, œuvre d'une hache de guerre et du deuxième il ne restait qu'un bras près du bastingage, il avait dû par la suite passer par-dessus bord. Astrid, enragée par ce spectacle essaya de se relever et de se battre au corps à corps, mais elle fut rapidement maîtrisée et retenue par un homme qui lui maintint les bras dans le dos. Elle regarda alors les vikings qui l'entouraient, beaucoup étaient blessés, quelques corps traînaient encore sur le pont, mais plus pour très longtemps, sous les ordres de celui qui devait être leur chef, ils avaient déjà entrepris de les jeter par-dessus bord. Ces vikings n'avaient aucun respect pour leurs frères d'armes, cela l'écœurait et alors qu'elle regardait ce manège morbide leur chef, au physique disgracieux et bien trop gras pour un guerrier, prit la parole.
— Transférez la cargaison de ce navire dans le nôtre ! Et on dirait qu'on a gagné à un autre beau petit lot. Dit celui qu'Astrid avait reconnu comme étant le chef à son attitude et à la façon dont il la regardait avec des yeux avides.
— Qui êtes-vous ? Comment osez-vous attaquer un navire marchand sous protection de Beurk !? Répondit avec colère Astrid, qui, encore un peu sonnée par les derniers événements, n'avait pas réfléchi à ses paroles.
— C'est donc de là que tu viens, je me disais bien que j'avais reconnu l'emblème sur votre voile, mais dis-moi Johann pourquoi t'être placé sous la protection de tels misérables ? Dit le chef en se retournant vers celui-ci.
Johann qui semblait connaître son interlocuteur eut du mal à trouver les mots, chose paradoxale pour un homme qui la plupart du temps ne pouvait cesser de parler. Astrid le voyait, il était terrifié.
— Avec l'époque dans laquelle nous vivons, il m'avait semblé plus sage de me placer sous la protection d'un clan. Dit-il en déglutissant difficilement.
— Tu aurais dû te placer sous la protection de Drago, mais tu as de la chance je n'ai rien contre toi, seule ta cargaison m'intéresse, alors je vais te laisser la vie sauve. Dit le chef avant de faire un signe à l'un de ses hommes se trouvant près de Johann qui frappa ce dernier avec force.
Johann se retrouva propulsé par la puissance du coup et s'étala sur le pont, sa tête cognant les planches de bois, assommé sur le coup. Les vikings ne s'occupèrent plus de lui et ils entreprirent de transférer toute la cargaison. Quand cela fut fait, le chef ordonna avec un sourire qu'on emmène également Astrid, puis il se dirigea vers son drakkar suivi de ses hommes.
— Tu vas voir, on va bien s'amuser ensemble… Lui dit à l'oreille l'homme qui la retenait et qui la força à avancer, ce qui lui glaça le sang.
Elle eut beau se débattre, cela ne changea rien et elle se retrouva sur le drakkar ennemi qui s'éloigna progressivement du navire de Johann pour prendre la direction de l'Est...
