Coucou !
Voici le chapitre 9 ! Un chapitre 100% Loryl qui j'espère vous plaira !
Je suis désolée de ne plus être aussi présente en ce moment, la période est un peu compliquée pour moi. J'ai déménagé dimanche dernier, et je n'ai toujours pas internet...vive le partage de la 4G qui me permet de poster quand même lol Mais du coup avec tout ça, je manque de temps pour écrire autant que je le voudrais :(
Un très grand merci à ma copine Saya600 pour sa review ! J'espère que tu apprécieras cette suite !
Pour la musique : Melissa Auf Der Maur - follow the waves
Bonne lecture mes petits rôdeurs !
Chapitre 9 – Bonnie and Clyde
LOLA
- Quoi ? demanda Daryl tandis que je me tenais bras croisés en compagnie d'un air blasé.
- La conserverie, hein ? répliquai-je, les sourcils arqués. Tu l'as vu quand pour la dernière fois ?
Après avoir fait la connaissance, à leur insu bien entendu, de Simon, Timmy et le black qui n'avait pas daigné décliner son identité, nous avions marché de longues heures sous une pluie diluvienne. L'automne cédait peu à peu sa place à un hiver qui promettait d'être rigoureux, si l'on tentait compte des températures faiblardes. Resserrant les pans d'une veste en jean dégotée un peu plus tôt dans une bicoque abandonnée, je soupirai de façon tout à fait théâtrale. Les ruines qui avaient remplacé l'usine de boîtes de conserves se dressaient devant nous, fières de leur petit effet de surprise. L'endroit, désert et silencieux, me faisait vaguement penser à une version post apocalyptique de la chocolaterie de Willy Wonka. Outre les véhicules carbonisés depuis des lustres, le bâtiment en partie effondré, était éventré, vomissant des débris en tout genre sur le bitume détrempé. Hormis quelques rôdeurs éparses, les lieux étaient dénués de vie...enfin, si l'on pouvait considérer les morts vivants comme un signe de vie...
- Fais pas chier Casse-Noisette, marmonna-t-il en remontant son arbalète sur son épaule. C'est Aaron qui m'en avait parlé, ajouta-t-il.
- Tu pourras lui dire que son tuyau était percé. On essaye Pomme Land ?...on essaye pas Pomme Land, me renfrognai-je immédiatement devant son regard noir.
D'une humeur massacrante, le chasseur me dévisagea en mordillant sa lèvre inférieure. Les traits crispés, il transpirait l'exaspération...bordel de merde. Pourquoi fallait-il que cet homme diablement sexy de base, se transforme en véritable aimant à hormones féminines lorsqu'il était en rogne ? Un sourire s'étira sur mes lèvres tandis que je l'observais grommeler au sujet de cette journée de merde. A sa décharge, depuis notre départ d'Alexandria nous avions fait chou blanc...et pas seulement au niveau du ravitaillement en capotes. Rien à manger, pas le moindre paquet de cigarettes, aucun survivant à part les trois types bizarres...à croire que les alentours étaient vides. Littéralement. Pour couronner le tout, notre véhicule nous avait lâché en fin de matinée. Ouais. Il avait raison. Cette journée était vraiment merdique. Mais nous étions ensemble. Juste lui. Et moi. Alors en ce qui me concernait, elle était parfaite.
- Sous cette montagne de gravats il reste peut-être encore des pêches au sirop, tentai-je de plaisanter...sans grand succès.
- J'vais pas remuer toute cet'merde. Ça doit grouiller d'cadavres. Et puis on peut pas rester sous la flotte, faut qu'on trouve un abri avant que t'attrape la crève.
- Aux dernières nouvelles, mon système immunitaire se portait très bien, m'esclaffai-je avant de planter ma hachette dans le crâne délicieusement putréfié d'un rôdeur affamé.
L'archer marmonna vaguement quelque chose à propos des gonzesses et se mit en route. Réprimant un éclat de rire, je lui emboîtai le pas, restant légèrement en retrait.
- T'avances ?
- Je préfère rester derrière, gloussai-je.
- C'est quoi encore ces conneries Lola ?
- La vue est plutôt sympa, répliquai-je en le reluquant sans aucune retenue.
Putain. J'étais en manque de lui...le retour de Lola la shootée au Dixon...addiction délicieuse, songeai-je avec un soupir rêveur. Daryl s'immobilisa pour me rejoindre en quelques enjambées. Sans crier gare, il attrapa mon visage entre ses mains et écrasa violemment ses lèvres sur les miennes. Je pouvais mourir, là, tout de suite. Dans ses bras, ça n'avait plus aucune importance. Sa langue se fraya un chemin jusqu'à la mienne, m'arrachant un gémissement tandis que j'enroulais mes bras autour de son cou pour prolonger de quelques secondes notre étreinte passionnée. Ignorant tout de nos hormones en ébullition, le ciel, toujours aussi maussade, continuait inlassablement de déverser ses tourments sur nous...ouais...cette journée était parfaite.
- Toujours pas fini ? s'enquit-il contre ma bouche.
- Pas depuis ce matin, soupirai-je, frustrée, tout comme lui.
- C'est interminable, marmonna-t-il en m'embrassant sur le front.
- A qui le dis-tu, répondis-je en frissonnant. Bordel, je suis gelée.
- Raison de plus pour qu'on s'bouge et qu'on trouve un abri.
J'acquiesçai d'un signe de tête, entrelaçant mes doigts aux siens avec un sourire. Intérieurement, je remerciais Nick de lui avoir parlé. J'ignorais comment il avait fait, mais le musicien avait su trouver les mots justes pour le faire changer d'avis. A part Rick, peu de gens y seraient parvenus. Un élan d'affection pour mon ami aux yeux déroutants s'empara de moi tandis que nous reprenions notre route, trempés jusqu'aux os et frigorifiés.
- Je rêve d'un bain brûlant, déclarai-je en claquant des dents.
Daryl coula un regard amusé vers moi avant de grimacer en passant devant un panneau nous indiquant la proximité du parc d'attractions. Retenant un nouvel éclat de rire, je contemplai la mascotte de Pomme Land avec une moue dubitative. Moi qui m'attendait à une golden ou à une granny smith, quelle ne fut pas ma déception de découvrir une banale pomme de pin. Elle avait des yeux globuleux et un superbe chapeau de cowboy, certes, mais ça n'en restait pas moins une vulgaire pomme de pin. Je m'interrogeai vaguement sur l'apparence de Pompom le Gentil Pommier mentionné dans le prospectus du parc. S'agissait-il d'un véritable pommier ou encore une fois une entourloupe vile et cruelle ? Ouais...tout ça pour une pomme de pin. Je fronçai les sourcils, déçue, tandis que l'archer continuait d'avancer, ignorant tout de mon désappointement ô combien palpitant...surtout au beau milieu d'une apocalypse. Avec un soupir un brin exagéré, je lui emboîtai le pas, jetant un œil désabusé au ciel lorsque deux rôdeurs surgirent des fourrés. D'un tir habile et précis, l'archer en dégomma un premier alors que je tentais de me débarrasser du second. Les yeux pendouillant joyeusement de leurs orbites, le cadavre grognait à s'en décrocher la mâchoire. Métaphore à laquelle je parvins à donner vie d'un simple coup de hachette. Le bas de son visage se détacha dans un gargouillis parfaitement dégueulasse auquel s'ajouta un geyser d'hémoglobine putride. Après quelques secondes de lutte, je plantai ma lame dans son crâne, telle une amazone de l'apocalypse trempée, et gelée.
- Beurk et re-beurk, marmonnai-je en observant la dépouille de mon assaillant avarié. Quoi ? ajoutai-je à l'attention du chasseur.
- Rien, dit-il avec un sourire en coin en reprenant sa route.
- Qu'est-ce-qu'il y a ? m'exclamai-je en me précipitant à sa suite.
- Tu d'viens une vraie dure à cuire, répliqua-t-il en passant un bras autour de mes épaules.
- On est les Bonnie and Clyde de l'apocalypse, gloussai-je.
- Espérons qu'on finisse pas comme eux, grommela-t-il.
La nuit était tombée depuis une vingtaine de minutes lorsque enfin, nous arrivâmes dans un vieux lotissement. Semblable au quartier où nous avions vécu avant l'apocalypse, l'endroit plongé dans une pénombre angoissante n'avait pas grand chose en commun avec Alexandria. Entre détritus éparses, mauvaises herbes et façades défraîchies, les habitations, lugubres, semblaient tout droit sorties d'un téléfilm tiré d'une œuvre de Stephen King. Réprimant un frisson, en partie dû à l'humidité combinée aux températures hivernales, je resserrai les pans de ma veste en jean sur ma poitrine.
- Par là, marmonna Daryl en avançant vers une maison, située un peu à l'écart des autres.
Je lui emboîtai le pas, jetant des regards nerveux aux alentours. Une quinzaine de rôdeurs en balade grognaient péniblement, tout en traînant leurs membres putréfiés sur l'asphalte trempée. Par chance, ils ne nous avaient pas encore aperçu. Toutefois, je restai méfiante. Une horde pouvait toujours surgir de nulle part. La main crispée sur le manche de ma hachette, je marchais d'un bon pas, suivant l'archer de près.
- T'es prête ? demanda-t-il à voix basse en se plaquant contre le mur près de la porte d'entrée.
J'acquiesçai d'un signe de tête tandis qu'il ouvrait discrètement. En pénétrant à l'intérieur, nous fûmes accueillis par une forte odeur de renfermé aux nuances subtiles de nourriture avariée. La faible luminosité offerte par la lune, perçait par les fenêtres poussiéreuses, diffusant ses reflets blafards sur les murs clairs. Je refermai derrière nous, détaillant les lieux en silence. D'une taille modeste, le salon était habité par un sofa et un fauteuil coordonné, dont les couleurs m'échappaient dans la demie pénombre. Sur la table basse en bois, les reliques de ce qui avait dû être une pizza à la garniture indéterminée, avaient été abandonné, témoignant de l'urgence dans laquelle les anciens occupants avaient dû fuir.
Après quelques pas sur la moquette tâchée, je m'attardai un instant sur les visages souriants, bien à l'abri dans leurs carcans de verre disposés sur une bibliothèque branlante. Grelottante, j'attrapai l'un des cadres pour observer un couple d'une trentaine d'années avec un pincement au cœur. Blond, des cheveux lui arrivant au niveau du menton, l'homme plutôt mince, enlaçait sa superbe compagne qui le regardait avec des yeux amoureux. Ils avaient l'air tellement épanouis, tellement heureux...Faits l'un pour l'autre, c'était flagrant.
- C'est clean, déclara Daryl en me rejoignant, m'arrachant un sursaut au passage.
- Enfin une bonne nouvelle, soupirai-je en reposant le cliché.
- C'est quoi ?
- Les gens qui vivaient ici, répliquai-je avec un pincement au cœur.
Le chasseur s'approcha de moi en mordillant sa lèvre inférieure. Il jeta un regard rapide sur les photos avant de m'embrasser sur le front.
- On n'en a pas de nous, remarquai-je, pensive.
- On en a pas besoin Casse-Noisette, répondit-il.
Je gardai le silence, les yeux baissés sur les amants insouciants. Derrière leurs sourires, ils pensaient avoir la vie devant eux...et si le monde n'était pas parti en vrille, ils l'auraient eu. Probablement. Avec un nouveau soupir, je ne pus m'empêcher de m'interroger sur Daryl et moi. A quoi auraient ressemblé nos existences sans cette foutue épidémie ? Aurions-nous fini par nous trouver après toutes ces années passées à nous chercher ? Ou aurions-nous continué de prétendre comme deux andouilles que nous n'étions qu'amis ? Finalement, malgré tous les désagréments qu'elle nous avait causé, force était de constater que sur ce point là, la fin du monde nous avait rendu service.
- T'es sûre que ça va ?
- Oui, bien sûr, souris-je. C'est juste que...tout ça, ça me rend nostalgique. Je sais que c'est débile mais, ils avaient l'air d'être heureux et aujourd'hui...ils sont sûrement morts.
- T'en sais rien. Pt'être qu'ils sont comme nous à squatter la baraque de quelqu'un d'autre.
Surprise par son optimisme, je levai mes prunelles vers lui, détaillant un instant ses traits étonnement sereins. D'ordinaire crispé, l'archer paraissait apaisé. Comme si notre petite virée à la Bonnie and Clyde avait, pour un temps, calmé ses tourments. Débordant d'amour pour cet homme abîmé, je me dressai sur la pointe des pieds pour capturer tendrement ses lèvres.
- Y a une baignoire, dit-il, en replaçant une mèche de cheveux derrière mon oreille.
- De l'eau chaude ?
- Ouais, le générateur fonctionne. Tu d'vrais aller te détendre.
- Et pendant que je barbote tu comptes faire quoi ? m'enquis-je en posant ma tête contre son torse tandis qu'il passait ses bras autour de ma taille.
- J'vais sécuriser la baraque et nous trouver à bouffer.
- Tu comptes retourner dehors ? m'écriai-je à voix basse.
- Seulement si y a rien ici.
- J'ai pas faim, mentis-je avec un aplomb fort déroutant, même pour moi.
Ce fut sans compter sur mon estomac qui choisit ce moment précis pour se manifester, trahissant lamentablement la confiance que j'avais placé en lui. Les sourcils froncés, je gardai les yeux baissés, réprimant le fou rire coincé dans ma gorge.
- J't'aime, grogna-t-il avec un petit sourire.
Mon petit cœur se fissura délicieusement, dégoulinant de guimauve bien niaise, comme à chaque fois que le chasseur prononçait ces mots. Nous n'étions pas parfaits. Ni l'un. Ni l'autre. Mais dans nos imperfections, nous étions nous. Daryl. Et Lola. Les Bonnie and Clyde de l'apocalypse.
Après avoir fait trempette pendant de longues, de très longues minutes dans une eau bouillante, je sortis de la baignoire pour retrouver la fraîcheur de cette fin de soirée. Tremblant des pieds à la tête, je m'enveloppai dans une serviette avant de m'éclipser en direction de la chambre à la recherche de vêtements secs. J'inspectai silencieusement les lieux, m'attardant une seconde sur les clichés du couple accrochés au dessus du lit. Dans une vie normale, aurions-nous vécu ensemble Daryl et moi ? Aurions-nous affiché notre amour sur tous les murs sans aucune retenue ? Ça me paraissait peu probable. Et pourtant, imaginer à présent que nous aurions pu continuer à nous voiler la face me semblait ridicule tant nous étions fusionnels. Je me tournai vers la penderie pour en sortir un pull sombre et un jean délavé. Le tout était un peu grand mais ferait parfaitement l'affaire en attendant de rentrer à Alexandria. Je levai les yeux sur l'étagère du haut en quête d'une ceinture. En vain. Toutefois, deux trésors qui apporteraient un certain réconfort à mon archer se trouvaient là, bien en évidence, attendant sagement qu'un importun ne les déniche.
Je retournai dans le salon, planquant mes trouvailles dans mon dos, excitée comme une gamine de douze ans un soir de Noël. Appuyée contre le chambranle de la double porte, j'observai le chasseur affairé à calfeutrer les fenêtres. Un sourire attendri s'étira sur mon visage tandis qu'il pestait à voix basse en essayant vaguement de faire tenir une nappe en guise de rideau. Une vieille lampe de camping diffusait une lumière chaude dans la pièce, projetant des ombres insolites sur la moquette d'un vert d'eau passé. A en juger par l'énorme paquet de bretzels et le pot de beurre de cacahuète tout aussi gros abandonnés sur la table de la salle à manger, une excursion en territoire rôdeur à la recherche de quelques victuailles n'était pas au menu.
- J'ai trois bonnes nouvelles, déclarai-je alors, les mains toujours dissimulées. Tu veux laquelle en premier ?
- La moins bonne des trois, marmonna-t-il en terminant son ouvrage.
- Ça va être difficile de trancher, répliquai-je, amusée.
Intrigué, Daryl approcha, contemplant la tenue dans laquelle je flottais sans faire de commentaires.
- Tadaaaa ! lançai-je en lui tendant la bouteille de tequila et la cartouche de Morley que j'avais dégoté. C'est qui la meilleure ?
- C'est quoi la troisième ? grogna-t-il.
- La troisième ? répétai-je, mutine.
- T'as dit qu'y avait trois bonnes nouvelles.
- Attends que je fasse le compte. On va pouvoir boire, tu vas pouvoir bousiller un peu plus tes poumons et...mère nature a décidé de me rendre ma liberté, ajoutai-je avec un haussement de sourcils suggestif.
En une fraction de seconde, il me souleva du sol m'arrachant un éclat de rire pendant que j'enveloppais ses hanches de mes jambes, lorsqu'il me plaqua contre le mur le plus proche.
- T'aurais dû commencer par celle-là, murmura-t-il avant de capturer mes lèvres.
Sa langue retrouva la mienne, entamant un ballet d'une sensualité déroutante rythmé par nos soupirs impatients. Avec des gestes désordonnés, je déboutonnai sa chemise encore humide, les doigts tremblant tandis que je jetais le vêtement dans un coin de la pièce pour laisser courir mes mains sur ses bras délicieusement musclés.
- Moi qui pensais que tu voudrais boire d'abord, soupirai-je sous l'assaut de ses caresses.
- T'es conne.
- Je sais.
DARYL
J'suis adossé contre le canapé, à même le sol. Lola en est à son troisième verre. Elle est pas bourrée. Mais on n'en est pas loin. Elle se marre pour rien, emmitouflée dans une couverture, avant d'plonger la main dans le paquet de bretzels. Tequila et Bretzel...tu parles d'un festin ! J'la regarde avec un semblant de sourire. J'pourrais crever tellement elle est belle.
- On devrait jouer au jeu de la vérité, elle déclare très sérieusement.
Si ça l'amuse. J'ai pas grand chose à lui cacher toute façon. Elle connaît tout de moi. Ou presque. Je l'observe pendant qu'elle resserre la couette autour d'elle. Elle est gelée. Mais elle s'plaint pas. Elle se plaint jamais.
- Je te pose une question et tu dois me répondre le plus honnêtement possible sinon, tu bois !
- Toi tu d'vrais pt'être arrêter là, je marmonne.
- Pourquoi ? elle demande, les yeux écarquillés.
- Parce que t'as assez bu Lola, j'réponds en lui prenant la bouteille des mains pour la porter à mes lèvres. Vas-y, pose ta question, j'ajoute en passant un bras derrière ma tête.
Elle cogite quelques secondes. Et s'allonge à côté de moi, les yeux rivés sur le plafond. Y a un truc qui la travaille. J'le vois à ses sourcils froncés.
- Quand est-ce-que tu as réalisé que...t'avais des sentiments pour moi ?
Difficile à dire. Je l'ai toujours su. J'crois. C'est juste que j'voulais pas me l'avouer. Parce que c'était qu'une gosse. Et que j'avais fait une promesse à sa frangine. La promesse de veiller sur elle. Pas d'la mettre dans mon pieu. J'soupire. Ce jeu est débile. J'me tourne vers elle. J'la revois ce jour là, à New York, le jour de son audition pour sa première compagnie. Elle avait quoi...vingt ans. C'est là que je l'ai su. Quand le jury me l'a enlevé.
- New York, j'finis par dire en m'rongeant l'ongle du pouce.
Elles braque ses grands yeux verts sur moi. La bouche légèrement entrouverte de stupeur. Elle croyait quoi ? Que c'était plus récent ? Elle déglutit.
- Et toi ?
Lola réfléchit une seconde, la main posée sur mon torse nu. Elle dessine les contours du tatouage de mon pec du bout des doigts.
- Je l'ai vraiment réalisé chez Hershel. Le soir de mon anniversaire, elle sourit, nostalgique. Mais, je crois que je t'ai aimé dès notre première rencontre.
J'passe un bras autour de ses épaules. J'embrasse sa tempe. La vie est bizarre. A croire que Lola et moi, c'était écrit. Depuis le début. Comme si tout ce qu'on avait fait avant de se rencontrer avait été programmé jusqu'à ce qu'elle débarque dans ce quartier pourri.
- Tu crois que sans l'épidémie on aurait quand même...
Je l'interromps de mes lèvres. J'ai pas envie d'répondre à cette question. Parce que j'ai pas la réponse. Et qu'je veux pas y penser. Sans cette foutue apocalypse, elle aurait continué à faire le tour du monde, et moi...moi, j'aurais sombré un peu plus. L'alcool, la dope, les coups d'un soir. Mon existence se résumait à ça. Elle l'éclairait quand elle était de passage. Pour quelques semaines. Jamais plus. J'étais pas un mec pour elle. J'suis pas certain de l'être plus aujourd'hui. Mais j'veux croire que j'ai changé. Que j'suis plus ce junkie complètement abruti. Je l'observe du coin de l'œil. Elle étouffe un bâillement. J'suis heureux. Vraiment heureux. Et bizarrement, j'le dois à un type que j'connais à peine. Si ce putain d'musicien s'était pas pointé, j'srais parti tout seul. Comme un con.
- Je ne pensais pas que depuis tout ce temps on était sur la même longueur d'ondes, elle murmure. C'est fou d'arriver à se voiler la face comme ça.
- Ouais. Faut croire qu'le karma attendait l'bon moment.
- Il aurait pu éviter de nous envoyer une armée de cadavres dégueulasses, elle s'esclaffe en se redressant sur un coude. C'est quoi le programme de demain ?
J'en sais rien. J'nous vois bien rester toute la journée au pieu. A s'envoyer en l'air. Pour une fois qu'on peut être juste nous deux. Sans risque d'interruption. Mais faut qu'on avance. Qu'on trouve de la bouffe. Ou des survivants...autres que les cinglés de ce matin. J'repense à ce type. Simon. Et à la gueule terrorisée du gamin quand il a mentionné leur chef. C'était comment déjà ? Negan ? J'ai rien dit à Lola. J'veux pas l'affoler. Mais ces types, j'les sens pas. Faudra que j'en touche deux mots à Rick quand on sera rentré. Va falloir qu'on soit prudent. Sur nos gardes. J'veux pas revivre l'enfer qu'on a vécu avec ce taré de Gouverneur.
J'ouvre les yeux. Péniblement. Le jour est à peine levé. Putain de merde. J'ai mal au crâne. On a pas mal picolé hier soir. Et on a pas beaucoup dormi. J'souris en r'pensant à cette nuit. J'ai l'impression d'me transformer en vraie gonzesse. Sa guimauve à la con est contagieuse. Mais c'est plus fort que moi.
Lola dort encore. Elle est à moitié allongée sur moi. Sa respiration est lente. Régulière. Paisible. J'resserre mon étreinte autour d'elle. Histoire de prolonger ce moment avant qu'on reprenne la route. J'passe quelques minutes à l'observer. En silence. Ouais. La vie est bizarre. J'sais pas si on se serait trouvé sans cette foutue apocalypse. J'veux croire que oui. Tôt ou tard.
Un bourdonnement me parvient depuis l'extérieur. Il m'ramène à la réalité. Bordel de merde. Ces putains de rôdeurs ont l'air nombreux. J'me lève discrètement. J'veux pas la réveiller. J'enfile mes fringues et mes pompes. En silence. Je m'approche de la fenêtre pour jeter un œil dehors. Fais chier. Y en a des dizaines. Ils se rapprochent. Certains grattent déjà à la porte. Ils grognent. Réclament leur festin. J'sais pas comment ces foutus cadavres font pour toujours savoir où on est. L'odeur de la bouffe ? Un radar ? On va pas pouvoir traîner dans l'coin. J'repère une bagnole de l'autre côté d'la rue. J'retourne vers Casse-Noisette. J'la réveille. En douceur. J'pose un index sur ses lèvres, lui indiquant de rester silencieuse.
- Combien ? elle chuchote en s'habillant.
- Beaucoup.
Sa respiration s'accélère sensiblement pendant qu'elle met ses rangers. Elle attrape un sac à dos sur le canapé dans lequel elle fourre ma cartouche de clopes, le paquet de bretzel et l'pot de beurre de cacahuète. La bouteille de tequila est vide. On l'a torché cette nuit. Elle enfile sa veste. Sans sourciller. Prête. Comme toujours.
- On sort par où ? elle demande.
Elle sursaute en entendant les rôdeurs massés contre la porte d'entrée. J'regarde vite fait par le carreau. On pourra pas passer par là bas. Ils sont trop nombreux. J'redresse mon arbalète sur mon épaule.
- La fenêtre, je marmonne.
Elle acquiesce, et m'rejoint. J'prends son visage entre mes mains. Ses prunelles encore endormies croisent les miennes. Si elle panique, elle le montre pas. Ma putain de survivante. J'pose mes lèvres sur son front. Elle agrippe mes bras. J'sais qu'elle a la trouille. J'le sens aux battements de son cœur qui pulsent dans sa poitrine.
- On court jusqu'à la bagnole.
- Ok, elle réplique, en mettant le sac sur son dos.
J'fais glisser la vitre. Discrètement. J'me laisse tomber dans l'herbe. Et j'aide Lola à sortir. Ils sont là. A quelques mètres de nous. Y en a une quinzaine devant la porte. Une vingtaine dans la rue. On se met en route. Rapidement. Et déjà, ils nous prennent en chasse. Leurs mâchoires claquent. Ils avancent sur nous. J'plante mon couteau de chasse dans un premier crâne. Lola m'imite. Elle en dégomme encore deux. Sans cérémonie. Elle continue de courir. Sans se retourner. J'en descends encore un. On se fraye un chemin. Comme on peut. On ignore l'odeur. Le sang. Les viscères. C'est la routine. C'est notre routine. Notre vie. On panique pas. On garde la tête froide. Si on lâche maintenant, c'est la mort assurée. On se précipite vers la bagnole. Casse-Noisette se débat avec un cadavre particulièrement dégueulasse qui lui a attrapé les cheveux. Elle lutte. J'recharge. Mais avant que j'ai le temps de tirer, elle le décapite à moitié. Elle s'engouffre dans le véhicule. J'la rejoins. A bout de souffle.
- T'as rien ? j'demande, inquiet.
- Non, ça va, elle répond en reprenant sa respiration, par contre j'crois que j'ai écrasé les bretzels, elle ajoute avec une grimace.
On est encerclé...et elle pense à la bouffe. Y en a tellement qu'on voit à peine l'extérieur. Bordel de merde. Comme on va s'sortir de là ? Leurs doigts putrides s'acharnent contre les vitres du véhicule. J'sais pas combien ils sont. J'ai arrêté de compter.
- Qu'est-ce-qu'on fait ?
- J'vais essayer d'la faire démarrer.
J'me contorsionne. J'chope les fils électriques sous le tableau de bord. Il s'passe rien. Que dalle.
- Fait chier, je gueule en tapant du poing sur le volant. La batterie est à plat.
- Je t'aurais bien proposé d'aller la changer, mais là, j'ai pas franchement envie de mettre le nez dehors, elle plaisante.
J'me tourne vers elle. Elle pose sa main sur mon avant bras. Elle est calme. Vraiment calme. Cette gonzesse ne cessera jamais d'me surprendre.
- On va trouver un moyen, j'marmonne. Ils vont finir par s'disperser.
J'chope mon paquet de clopes dans ma poche arrière. J'en porte une à mes lèvres. Faut pas rêver. Ces saloperies sont pas prêtes de s'barrer. Sauf si quelque chose...ou quelqu'un fait diversion. J'veux pas que Lola crève. Pas ici. Pas comme ça. Rien que de l'imaginer, j'ai la gerbe. J'inspire une bouffée de tabac. Ça va pas lui plaire. Mais on a pas le choix.
- J'finis ma clope et j'vais sortir pour les attirer, je déclare. Ça te laissera le temps de te barrer.
- Quoi ?! elle s'écrie, ahurie.
Les rôdeurs s'excitent dehors. Ils ont la dalle. Ils collent leurs gueules dégueulasses contre les fenêtres. On s'croirait au drive. Sauf que l'menu du jour. C'est nous.
- C'est hors de question ! J'te laisse pas y aller seul !
- On a pas d'autre solution Lola !
Ses yeux se remplissent de larmes. Elle secoue la tête, incapable de parler. Je tire encore deux ou trois lattes. Ma clope se consume. Finalement, c'est pas cette merde qui m'tuera. J'ai pas peur pour moi. J'ai vécu trop de saloperies pour être effrayé par une vingtaine de cadavres. Affamés ou pas.
- Je viens avec toi, elle reprend, catégorique.
- Tu ne sors pas tant qu'ils se sont pas éloignés !
- Tu ne me feras pas changer d'avis. Je refuse que tu te sacrifies pour moi !
J'attrape son visage entre mes mains. J'essuie ses larmes de mes pouces. Et j'capture ses lèvres pleines.
- Fais pas ça, elle m'implore.
J'prends une profonde inspiration avant d'ouvrir ma portière. Putain de merde ! Un type black sorti de nulle part est entrain de s'les faire. Il se bat avec...un bâton ? C'est quoi encore c'délire ? J'me tourne vers Lola.
- On devrait lui filer un coup de main, elle remarque, les sourcils relevés.
J'acquiesce. Elle entrouvre. Suffisamment pour planter son arme dans les cerveaux ramollis qui se pressent comme des abrutis contre le véhicule. Je l'imite. Les minutes défilent. Lentement. Les corps s'entassent.
- La voix est libre, lance l'inconnu.
J'sors, Lola m'rejoint. Elle dévisage l'afro américain. Impressionnée par le carnage. D'un geste habile, il abat un dernier rôdeur. Sans ciller. Sans trembler.
- T'es qui toi ? j'demande.
- Morgan Jones.
- Putain ! Heureusement que tu passais dans le coin ! s'exclame ma gonzesse.
- T'es avec un groupe ?
Avec les mecs qu'on a croisé hier, j'reste méfiant.
- Non, je suis seul depuis Atlanta.
- Atlanta ? Nous aussi on en vient !
J'entraîne Lola un peu à l'écart avant qu'elle fasse une bourde. J'tiens pas à ce qu'on s'fasse encore avoir et que ce blaireau soit un nouveau psychopathe. J'le regarde du coin de l'œil. Il a l'air calme. Un putain de Gandhi.
- T'en penses quoi ? On le ramène à Alexandria ? elle propose.
- J'suis pas sûr que ce soit une bonne idée.
- Il vient de nous sauver la vie, elle remarque à voix basse. Ramenons-le et on verra ce qu'en dit Rick. En plus, on était censé trouver des survivants.
J'soupire. Ouais. Elle a pas tort. J'retourne vers lui. Mon arbalète bien en évidence. S'il tente quoique ce soit de louche, j'le bute.
- Combien de rôdeurs t'as tué ?
A suivre...
Voilà pour ce chapitre !
N'hésitez pas à me donner vos impressions !
A bientôt pour la suite !
