J'essaie de rattraper le retard pris dans la publication d'un chapitre par semaine. Donc nouveau chapitre !

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noicz : Ahah merci. Pour tout dire, je n'ai pas particulièrement apprécié Mai Otome non plus mais bon, j'avais une idée qui me trottait en tête alors j'ai dû finir par l'écrire. En espérant que ma version de l'histoire plaira parce qu'on ne fait que commencer.

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Quand Schwartz décida qu'il était temps d'atterrir, elle ne prit pas grand soin de sa charge. Elle laissa simplement Shizuru glisser de son épaule, de la même façon que son sac : sans aucune précaution.

Ce n'était pas comme si elle était à quelques égratignures près mais putain ça faisait mal. Elle en avait assez d'être balloté sans qu'elle n'ait son mot à dire.

Elle se traîna au sol, se recroquevillant sur elle-même pour tenter de se réchauffer un tant soit peu. Avec ses mains encore fermement attachées, elle ne pouvait pas faire grand chose. Le soleil qui se couchait en dardant ses derniers rayons lumineux ne lui conférerait bientôt plus la moindre chaleur.

C'était probablement stupide de penser à se réchauffer quand sa vie ne tenait plus à grand-chose, mais son corps tremblait tellement qu'elle ne pouvait guère faire autrement.

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Schwartz, quant à elle, semblait aller incroyablement bien. Elle s'étirait en déambulant tranquillement devant elle, sans souci. Elle exhalait la confiance et la puissance, Shizuru essaya de se rappeler si elle avait un jour été aussi impressionnante. Elle songea que malgré l'assurance qu'elle savait afficher, elle manquait parfois de réelle confiance en elle-même, un défaut que son sosie ne semblait pas posséder.

Toute la grâce de Schwartz parut soudain disparaître quand elle renifla avec dédain et s'approcha à nouveau du sac pour en tirer la photo de groupe qu'elle avait glissé là avant leur fuite.

« Je pensais que Smith avait plus de confiance en moi, énonça-t-elle tranquillement. »

Shizuru pinça les lèvres mais ne répondit pas. Schwartz semblait osciller entre le désappointement et la colère.

« Je veux dire j'ai fait mes preuves, continua-t-elle. Le Carnaval a eu lieu comme prévu, j'ai traqué une bonne partie des HiMEs et je les ai détruites. J'ai gagné. J'ai eu le vœu qu'il désirait tant. Je lui ai obtenu l'Harmonium. »

Shizuru chercha une meilleure position d'assise alors qu'elle tentait de traiter ses nouvelles informations. Schwartz était visiblement troublée par son existence. Ce qui était étonnant ce n'était pas la possibilité qu'elle existe qui semblait la gêner mais les raisons supposées de son existence.

Ce qui l'inquiètait beaucoup plus toutefois, c'était le Carnaval des HiMEs dont elle parlait et dont elle se disait vainqueur.

C'était pourtant impossible. Impossible ! Elles avaient détruit l'étoile. Qu'est-ce que cela signifiait ? Qu'elle était bel et bien dans une univers alternatif ? Shizuru ne comprenait plus rien, mais l'idée du Carnaval instillait en elle une peur bien pire que celle de l'Harmonium, parce qu'elle connaissait intiment le premier alors qu'elle avait encore du mal à appréhender le second.

« J'ai fait tout ce qu'il voulait, continua de se plaindre Schwartz, et ils ont quand même voulu une assurance ! Ils m'ont cloné pour toi ?! »

Schwartz semblait honnêtement agacée à l'idée. Shizuru toujours épuisée, essayait quant à elle de comprendre ce qu'on lui disait. Il y avait peut-être là le début de quelques réponses.

Le voyage et les événements faisant, l'adrénaline pulsait dans son sang et lui redonnait suffisamment d'énergie et de clarté d'esprit pour cela. Elle comptait en profiter autant que possible.

« Je veux dire, enchaîna-t-elle avec agacement, on est tous clonés bien sûr. Après tout il faut 12 HiMEs pour déclencher le Carnaval. Et malgré le fait qu'une partie des données de cette époque ait été perdu, ils avaient la certitude que l'original ''Shizuru Fujino'' en était une. Elle a fait suffisamment de dégâts à Schwartz en détruisant deux de nos districts il y a trois siècles pour bien qu'on se souvienne d'elle. C'est pour cette raison que toi et moi existons aujourd'hui, 3 siècles après notre vénérable… comment la qualifies-tu l'original ? Mère, sœur ou tout simplement 'original' ? Peu importe en fait. »

Le cœur de Shizuru s'accéléra. Schwartz était lié aux District ? C'était donc eux qu'elle avait en partie détruit 3 siècles plus tôt ? Elle était… l'original ? Schwartz avait été cloné à partir d'elle.

Pourquoi se sentait-elle surprise de cette possibilité ? Vu les expériences que les districts menaient –étudier le Carnaval, se servir de jeunes filles comme cobayes-, ils se fichaient bien des lois et de ce que représentait une vie humaine. L'idée qu'on l'eut cloné -elle et d'autres- étaient déjà suffisamment perturbant sans les raisons qui les avait mené à cela… Reproduire le Carnaval et le contrôler, là où ils avaient échoué 3 siècles auparavant.

On ne pouvait pas leur retirer ça… ils étaient patients et persévérant.

Schwartz agita la photo devant elle avec dégoût.

« Regarde-moi la tête de ces idiots. Ils pensaient vraiment en avoir terminé avec le Carnaval. L'étoile se présente tous les 3 siècles, c'est un foutu phénomène naturel encore inexplicable mais prévisible. Et si des HiMEs existent à ce moment-là, il peut y avoir le Carnaval ! Et le vœu pour le gagnant ! Tu savais que cette idée stupide de faire un vœu en présence d'une étoile filante vient de là ? Les gens sont si stupides. »

Shizuru n'osa pas bouger ni interrompre cette version d'elle plutôt causante. Parce qu'elle commençait à comprendre comment était advenu ce qui était bel et bien le Futur.

« Tu savais tout ça ? »

Le regard de son clone venait de se poser sur elle avec une intensité terrifiante.

Shizuru secoua doucement la tête et Schwartz parut trouver cela prévisible.

« J'étais plus curieuse que toi alors. J'ai toujours voulu comprendre les choses, pourquoi ils nous voulaient tellement, nous autres les HiMEs. Et la réponse était toute bête. Schwartz a commis une erreur fâcheuse : ils ont détruit la plupart des lignées d'HiME après le précédent Carnaval. Ils ont abattu sainte Fumi Himeno entre autre, se moqua-t-elle. Tu savais ça quand même, non ? Que la première soi-disant otome avait été abattu par notre organisation. Entre nous soi-dit c'était notre « original » la première véritable otome, c'est comme ça qu'elle a vaincu le Third District avant de disparaître. »

Schwartz s'était accroupie juste à son niveau et lui parlait à présent d'une voix faible comme sur le ton d'une confidence. Shizuru dut se retenir de lui offrir des précisions sur cette époque. L'air de profonde certitude et d'arrogance de son clone l'agaçait plus qu'elle n'aurait pu l'imaginer.

Schwartz pencha la tête vers la photo qu'elle tenait toujours avant de l'incliner vers elle.

« Tu dois le savoir, ils ont forcément du te raconter aussi. C'est la seule photo qui regroupait les Himes. Sauf qu'ils ont oublié qui parmi eux était les élues à cloner. Problème d'archivage, ils avaient récupéré des échantillons d'ADN de chacune de ces personnes mais ils n'ont pas été fichus d'indiquer qui était les HiMEs et les gens nécessaire à leur pouvoir. »

Shizuru préféra ne pas indiquer qu'il n'y avait pas de gens nécessaire au pouvoir des HiME, qu'il suffisait simplement d'avoir de l'affection pour quelqu'un.

« Alors par précaution, ils ont cloné tout le monde. HiMEs et être chers.

-Pourquoi ne pas avoir cloné que nous ? intervint-elle finalement, qu'une seule version de m- de Shizuru Fujino. On n'aurait pas eu d'office le Vœu ? »

Schwartz eut un rire condescendant et Shizuru pinça les lèvres en attente d'une réponse.

« Il faut le mériter, se montrer meilleur que les autres. Il faut avoir des adversaires. Ils ont recréé les choses en faisant en sorte que ça ressemble autant que possible au précédent Carnaval, répondit-elle en haussant les épaules. Ils nous ont clonés avec des différences d'âge similaire à ce qu'ils ont pu estimer sur les photos.

-Ils ont cloné… tous les gens de cette photo ?

-Mouais, répondit Schwartz. Et ils ont fait encore mieux. Ils ont astucieusement placés tous les clones dans des familles importantes. Quand nos combat on commencé, ça n'a pas seulement été le début du Carnaval, on a déclenché une véritable guerre. »

Le large sourire de Schwartz était mortifiant, l'idée qu'une dizaine de personne est déclenché une guerre mondiale semblait l'exciter.

« Je ne suis même pas responsable de toutes les morts des HiMEs, pépia-t-elle avec enthousiasme. Même si je peux me vanter d'en avoir eu la plupart. J'ai mis près de 4 ans à traquer la dernière d'entre elles ! »

Shizuru était dégoûtée, dégoûtée de ce que son clone avait fait. Si croiser une version d'elle-même aurait pu lui rappeler Viola, Schwartz était parvenue à supprimer en elle toute volonté de comparaison. La première avait œuvré pour la survie des HiMEs, pas pour leur mort.

« C'est pour ça, cracha Schwartz de nouveau en colère, que je suis vexée qu'il m'ait cloné deux fois. Pensait-il vraiment que j'échouerais ? En tout cas, ils ont bien foiré leur coup avec toi. Tu t'es laissé capturer et tu leur aurais servi de bouc émissaire. Les différents Royaumes auraient pu faire la paix. Sérieusement ? A quoi tu pensais ? Enfin ça n'a pas trop d'importance. »

Son clone était instable, colère et joie malsaine se succédaient trop rapidement. Elle se demanda comment une organisation était parvenue à contrôler un être aussi puissant et à l'esprit aussi précaire.

« T'as des babioles intéressantes ! s'exclama-t-elle en farfouillant librement dans son sac. Schwartz t'a demandé de faire des trucs pour eux ? »

Un scintillement de peur venait de traverser son regard, l'inquiétude d'être intervenue dans une affaire à laquelle elle n'aurait pas dû se mêler. Pour la seconde fois en quelques minutes, elle se demanda comment la femme avait grandi.

Shizuru ne l'envia guère et la dégoût que son clone lui inspira se transforma en pitié. Son clone avait été pion des Schwartz, Shizuru et son ADN avaient été exploités, instrumentalisés pour faire d'une version d'elle une véritable arme dénuée de remord.

Schwartz releva la tête pour l'observer et Shizuru lui rendit simplement son regard. Elle n'avait plus peur d'elle, sa colère était dirigé vers l'organisation qui semblait continuer de la tourmenter même des siècles plus tard. Elle croisa les jambes dans la poussière et se pencha légèrement en avant pour essayer de soulager son dos, mis à rude épreuve.

« Je n'ai rien à dire, répondit-elle d'une voix éreintée.

-Hmm, okay, pas que ça est d'importance. Je n'aime pas trop l'idée qu'on puisse me remplacer. Je voulais juste discuter un peu. »

Schwartz se releva d'un bon leste, son arme réapparaissant aussitôt dans la main. Shizuru déglutit difficilement mais ne chercha pas à s'échapper. Dans son état, elle n'irait pas bien loin et elle ne voulait pas donner la satisfaction à l'organisation de la voir tremblée devant eux. Elle préférait voir la mort en face. Elle aurait essayé, se rassura-t-elle. Elle aurait vraiment essayé de survivre, même si Natsuki était morte des siècles plus tôt, elle avait quand même essayé de tenir sa promesse.

« J'aimerai juste savoir, requit-elle tranquillement. Tu as dit que Schwartz avait… abattu Fumi et que notre ''version originale'' avait détruit deux de leur district. Les quatre District du Japon formaient Schwartz ?

-Bah, expira-t-elle avec ennui, c'est une vieille histoire. Ça date de l'ère terrienne. Schwartz est un groupement d'hommes et de femmes alliant pouvoir, richesse et idéologie commune. Une idéologie selon laquelle une élite méritante doit mener le monde. Les districts correspondaient à leurs succursales. Ils en avaient à travers le monde qui menaient des recherches pour améliorer leur vie.

-Contribuer à l'amélioration de l'humanité, murmura Shizuru en rappel de la conviction du commissaire qu'elle avait dû affronté. »

L'homme n'avait guère été dans son bon droit en menant les expériences du Third District mais quelque part il avait véritablement pensé que le sacrifice d'une petite poignée de personne pourrait permettre de mener l'humanité plus loin. L'enfer est pavé de bonnes intentions. D'une certaine manière, cette expression convenait au Third District.

Shizuru se demanda si tous les districts avaient été aussi naïfs, aussi convaincus qu'ils travaillaient pour l'humanité. Avaient-ils tous ignoré que les bénéfices de leur recherche ne devaient revenir qu'à une poignée d'hommes arrogants ?

« C'est vrai toutefois que ce furent les districts du Japon qui ont largement contribué à la situation actuelle et à ce qu'est Schwartz aujourd'hui. Enfin les District du Japon et Windbloom, bien sûr. Ils ont volé leur rechercher et ont offert les nanomachines à tous, transformant des gens du commun en des surhommes. Disons que ça n'a pas beaucoup plu à Schwartz, mais l'Harmonium est en train de rétablir les choses.

-Les gens de Schwartz ne sont pas différents de tous ses gens qu'ils ont tués. Que tu as tué. Ce ne sont que des hommes. Des hommes qui ne méritent certainement pas que tu fasses de telles choses pour eux.

-Tu as tort : ils sont différents du commun des mortels, contra Schwartz. Ils ont été mieux informés et plus intelligents. Ils ne se sont jamais prétendu être des rois, mais ils ont joué et ils ont gagné alors qu'ils n'avaient ni terre… ni armée. Je trouve ça plutôt fort. Ça demande de la patience, beaucoup de moyen et surtout de l'intelligence. Il suffit de regarder : les royaumes gaspillent les rares nanomachines qu'ils arrivent encore à produire en se faisant la guerre. Ils n'en auront bientôt plus aucune. Et pas un homme ne se balade sans être cybérisé. Schwartz va bien. Ses membres se restaurent des meilleurs mets et des meilleurs vins, j'en suis témoin. On ne déplore ni blessé, ni mort. Dans quelques années et avec mon aide, ce monde sera le nôtre -celui de Schwartz- dans peu de temps. Et le reste de la lie humaine pourra choisir entre l'obéissance ou la mort.

-Alors félicitations, ironisa-t-elle. Vous serez les empereurs d'un cimetière. »

Elle voyait un peu mieux pourquoi certaines HiME pouvaient avoir eu peur d'elle après le Carnaval. Elle parvenait à transmettre une certaine lourdeur à travers son expression, il y régnait quelque chose de malsain, là, dans son sourire. Ce clone d'elle-même, élevé par les dirigeants des districts étaient devenus un monstre qui se délectait de la mort et du sang. Elle s'était montrée affable parce qu'elle savait que Shizuru ne pouvait s'échapper. Parce qu'elle pensait qu'elle était une simple création de l'organisation tout comme elle.

Aurait-elle agis différemment si elle avait su qu'elle était Shizuru Fujino, sa version originale ? Cela resterait une question sans réponse.

Schwartz continua de progresser vers elle, considérant visiblement que cette conversation était terminée et que Shizuru venait de dire ces derniers mots.

Shizuru s'efforça de se mettre debout, les jambes tremblantes de fatigues, épuisées au-delà des mots, mais trop fière pour se laisser aller devant la mort. Elle releva le menton dans une véritable posture de défi.

« Pourrais-je mourir au moins libre de mes gestes ou cela t'effraierait de me libérer ? »

Cela était sorti avec toute la morgue qu'elle pouvait réunir. Shwartz était une version plus fière encore qu'elle ne l'était, un version si orgueilleuse qu'insinuer qu'elle puisse être effrayée par elle suffit à la convaincre. Que pouvait-elle craindre de la femme affamée, amaigrie et affaiblie face à elle ?

D'un haussement d'épaules, Schwartz n'hésita pas à briser ses chaînes.

Elle laissa le temps à Shizuru de se masser bras et poignets courbaturés et douloureux d'avoir été retenus dans une position désagréable. Le sang qui circulait enfin normalement dans ses membres lui piquait les muscles.

Schwartz commençait à s'impatienter. Shizuru quant à elle en profitait réellement pour tenter d'appréhender une trace de pouvoir à exploiter.

L'idée d'être exécutée par un clone d'elle-même, un pion de Schwartz n'avait rien de réjouissant, cela lui était même carrément insupportable. La mort des HiMEs, le sacrifice de Viola, Natsuki et tout ce par quoi elle avait pu passer pour en arriver là… tout ça ne devait pas être vain.

Alors elle recherchait son pouvoir et elle le perçut en partie : un léger fourmillement, trop peu pour défier le Temps lui-même. Elle s'y agrippa toutefois fermement.

Lorsque Schwartz considéra qu'elle s'était montrée suffisamment patiente, elle s'âpprocha à grand pas, son épée frottant contre le sol. Elle la releva soudainement, prête à pourfendre Shizuru en deux. Alors seulement, Shizuru relâcha le pouvoir qu'elle avait agrippé.

Et l'épée de Schwartz ne faucha que du vide.

Shizuru avait disparu.